Plombage d'ambiance

16 1.5k
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 01:29
Septembre, reprise des cours. Fini le lycée, fini les gamineries, X va devenir un homme, il le sent, il le sait. Autour de lui tout le monde semble avoir été vieilli par la soudaine réalisation de l’entrée en études supérieures. Candide, X croit que la vie lui sourit, il lui ouvre ses bras et ouvre son cœur un peu trop facilement aux autres. Ses cours lui plaisent, ses camarades aussi. Comment oser refuser une invitation à sa propre soirée d’anniversaire. Être né peu après la rentrée à ses défauts, mais si des bonnes âmes en ont vent ça a l’avantage d’offrir un prétexte pour festoyer, échanger, se connaître. Qu’il est souvent compliqué de faire connaissance quand tous restent muets, quand tous sont dépaysés, loin du cocon familial, loin de leurs amis, loin de leur ville d’origine souvent.

Enfin… De toute façon une amie l’y accompagne. Si l’ambiance est mauvaise il aura toujours un regard dans lequel se plonger et une épaule sur laquelle se reposer. Aucune hésitation n’est de mise, il ne peut pas se permettre de passer pour un type fade à cette période de l’année où tous se jaugent, évaluent qui est à leur goût, qui apportera du piquant à leur vie et qui au contraire en a une qui manque de sel – Désolée il est tard j’ai faim. Bref. Il ira à cette soirée.

Au final tout se passe bien. Son amie se sépare même de lui pour rencontrer ses camarades, X se sent à l’aise. L’anniversaire n’était qu’un prétexte mais la vie lui offre l’opportunité de sociabiliser. Il en aura bien besoin dans cette ville inconnue. Il est un étranger ici, et tout le lui fait ressentir.

Y a pas de secret, le lubrifiant social détend et laisse le malaise s’estomper. Il enchaîne les verres, sourit sans réellement savoir pourquoi, sourit à ses nouveaux amis, sourit à cette fille qui l’aborde. « Tu bois quoi ? » - une banalité, mais qui n’en échange pas en société. Il répond, sans grand entrain, puis prend ses aises. Elle n’est pas moche pour un sou, loin de là même. Elle est pleine de confiance en soi et de charme, quand lui n’est que plein de confusion et d’éthanol. La musique semble de plus en plus forte, les hurlements qu’il pousse pour continuer leur discussion semblent lui brûler la gorge. A moins que ce ne soit les volutes de tabac. Quoiqu’il en soit il se sent mal, son crâne tambourine autant que son cœur à la vue de cette belle créature. Le haut-le-cœur ne tarde pas.

Il ne tarde pas, il ne tarde pas. Il ne tarde pas car il n’arrivera pas. Dans son crâne tout semble quitter le navire, la migraine a laissé place à la léthargie. Il écoute sans entendre, il sourit par défaut, hoche la tête lorsqu’elle hoche la tête, rit lorsqu’elle rit. S’il avait un peu moins bu il aurait croisé les doigts pour qu’elle ne se rende pas compte de son état, mais c’est trop tard, il n’a même plus cette force. Il se contente d’agir par automatisme.

Soudain elle se lève, lui demande de la suivre. Automatique, automatique, il s’exécute sans réellement savoir pourquoi, titube maladroitement derrière ses pas. Il la fait rire. C’est toujours ça. Minable mais drôle. Minable mais drôle. Dans sa tête cette phrase tourne en boucle. Il a besoin de se rassurer sur son état. Personne ne remarque son malaise, il n’est qu’un gus ayant trop bu parmi tant d’autres. C’est ça, t’inquiète pas, tu m’entends ? Personne ne t’a remarqué.

Ils arrivent dans une chambre. Elle l’enlace, l’embrasse, le débarrasse de son haut. Non, elle le glace, l’embarrasse et délace son propre haut.

« Non. »

Elle n’entend pas. Se met à genoux.

« Non. »

Elle n’entend pas. Baisse son pantalon, puis son caleçon.

« Non. »

Elle n'entendra jamais raison.
 
-----------------------------------------------------------------

Septembre. X est une femme stressée. Son anxiété est légitime, elle vient d’annoncer, devant sa belle famille abusive, à un (ex)-conjoint violent qu’elle le quitte. Tout le monde se lève d’un bond pour l’insulter, la mépriser, l’oppresser. Le choc est trop violent, épileptique depuis sa plus tendre enfance, elle tombe en crise.

Pendant longtemps. Trop longtemps. La crise dure 45minutes. Les pompiers sont incapables de réanimer et la transporte à l’hôpital le plus proche. Là-bas, chou blanc également. La situation est critique et elle est transferée en urgence dans un autre établissement. X revient à elle dans le véhicule du SAMU. Confuse.

Enfin, elle arrive aux services des urgences.

Allongée sur un brancard elle attend. Elle attend. Elle attend. Symptomatique des urgences surchargées qui riment souvent avec patience. Le médecin arrive, floquée d’une cour d’infirmières et d’internes. On prend sa tension, on lui pose quelques questions. Le médecin demande à ce qu’on la mettre sous perfusion, demande rejetée – on lui a déjà injecté suffisamment de produits à l’hôpital précédent, ce serait dangereux. Agacé, le petit roi en blouse blanche congédie la foule qui l’entrave. La porte se ferme, le piège aussi. Il lui fait une injection.

Des menaces suaves sortent de sa bouche, des caresses douloureuses sortent de ses doigts.

« Je suis médecin. J’ai tous les droits ici. Tu viens de la DDASS c’est ça ? »

Il la saucissonne et bâillonne tous ses espoirs de crier. Le produit est puissant. Pas assez pour une épileptique. Elle verra tout. A l’instar de cette infirmière qui surprend la scène, et qui refermera la porte sur cette agression et sur sa propre implication. Pourquoi agir lorsqu’on peut oublier le fait que d’autres ne pourront jamais oublier le fait qu’ils n’aient pas pu agir ?
Modifié 16 octobre 2019 à 01:34
Soyez respectueux
Répondre

Réponses

Passer les 16 commentaires
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 01:33
J'ai longtemps hésité à faire ce sujet (30 minutes c'est beaucoup non ?) puisque je trouvais assez maladroit et malsain de m'accaparer des histoires qui ne sont pas les miennes. Mais je tenais à rappeler à certains zigotos et zigotines qui pullulent sur les sites érotiques que les hommes aussi se font violer, et que si dans nombres d'histoire et de pornos, la belle fille adore se faire foutre contre son gré par beau papa, la réalité est toute autre.

Je n'ai pas détaillé le fond. Il tourne sûrement suffisamment assez dans la caboche des victimes pour qu'on ait pas à leur voler leur souffrance, et encore moins pour que zigoto et zigotine se touchent frénétiquement dessus.

PS : Désolée pour le saucissonner/bâillonne, j'ai pas pu m'empêcher aussi grave le sujet soit-il
Modifié 16 octobre 2019 à 01:33
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 02:12
Pour ma part je te dirais seulement que plomber l'ambiance est parfois nécessaire pour éveiller les consciences.

Je crois que tu as bien fait de ne pas détailler le fond pour les raisons que tu invoques.

Pour le reste, il n'y a pas grand chose à ajouter, tu as dit l'essentiel.

Je tiens à te remercier pour cette intervention aussi juste que justifiée.
Modifié 16 octobre 2019 à 02:12
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Tilia TV
Tilia TV
16 octobre 2019 à 02:36
C'est un sujet de sensibilisation sur le viol? Étrange que cela soit posté dans "discussions sexy".
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 03:22
Ca le serait tout autant qu'il soit dans divers
Y a pas vraiment de bon endroit pour le mettre
Soyez respectueux
Répondre
Lioubov
16 octobre 2019 à 06:48
Expérience vécue ?
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 11:02
Je crois m'appeler Hajar, pas X
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Brunsportif
Brunsportif
16 octobre 2019 à 14:03
Une chose est sûre pour ma part, tu es loin d'être maladroite et je ne pense pas malsaine non plus.

Ensuite, c'est appréciable de ne pas, encore une fois, stigmatiser uniquement que les zigotos, même si l'on peut accepter comme vrai qu'il y a plus de zigotos que de zigotine.

Pour finir, j'aime ton style d'écriture, n'ayant pas ton talent, et la maturité qui s'en dégage pour une jeune femme de ton age, c'est donc un plaisir de te lire.
Modifié 16 octobre 2019 à 14:04
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de JojoFun
JojoFun
16 octobre 2019 à 15:55
Trop sensible à l'injustice pour tout lire.

C'est le genre de sujet pour lesquels ma réactivité est trop intense et inutile puisque les coupables sont hors de portée.

J'ai parfois l'impression que seuls les gens convaincus comprennent, que ceux à qui il faudrait rentrer ça dans le crâne à coup de piolet y sont insensibles... Enfin, je m'arrête là... Je m'énerve déjà.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Tilia TV
Tilia TV
16 octobre 2019 à 17:21
Ca le serait tout autant qu'il soit dans divers
Y a pas vraiment de bon endroit pour le mettre

Il me semble que pourtant il s'agit de deux faits divers.
Rapporter des faits divers sordides ne fait pas trop évoluer les choses. Les gens généralement se disent que ce genre de chose n'arrive qu'aux autres. Sur le coup, ça choc, mais rien de plus.
Je prefere de loin des chiffres, qui sont certes moins choquants mais plus parlant:
74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime ;
25 % des viols sont commis par un membre de la famille ;
57 % des viols sont commis sur des personnes mineures (filles et garçons) ;
67 % des viols ont lieu au domicile (de la victime ou de l'agresseur) ;
45 % des viols sont commis de jour.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 17:40
Il me semble que pourtant il s'agit de deux faits divers.
Rapporter des faits divers sordides ne fait pas trop évoluer les choses. Les gens généralement se disent que ce genre de chose n'arrive qu'aux autres. Sur le coup, ça choc, mais rien de plus.
Je prefere de loin des chiffres, qui sont certes moins choquants mais plus parlant:
74 % des viols sont commis par une personne connue de la victime ;
25 % des viols sont commis par un membre de la famille ;
57 % des viols sont commis sur des personnes mineures (filles et garçons) ;
67 % des viols ont lieu au domicile (de la victime ou de l'agresseur) ;
45 % des viols sont commis de jour.

Je trouvais le côté histoire plus impactant sur un site d'histoire, plus pour briser le fantasme
Mais bon, maintenant au moins a les deux versions :)
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Narcisseique
Narcisseique
16 octobre 2019 à 20:41
Merci pour ce plombage d'ambiance. Une petite piqûre de rappel ne fait pas de mal.

Bien que tout doux dans la vraie vie, j'admet m'être souvent perdu dans les limbes d'une plateforme de porno quelconque, et, pas besoin de surfer sur le darkweb pour trouver des contenus qui interrogent. Les simulacres (simulacres ? parfois la question se pose) de viol sont légion, le très nauséabond "Non je ne veux pas arrête, oh mais finalement je prend mon pied continue" en tête.

Je ne sais pas ce qu'il se passe dans la tête des gens qui passent à l'acte et commettent l'irréparable, mais, je veux tout de même donner mon impression de "coupable en puissance", bien que je fasse tout pour m'en prémunir et chasser le fantasme dans toute sa composante la plus malsaine. Il m'arrive trop souvent pour l'éluder de regarder des séquences de film de cul qui "mettent en scène" un viol et même si tout les prétextes sont bons pour se rassurer (elle lui mordrait forcément la bite si elle n'était pas consentante: faux et stupide), le fait est que sur le moment je pense avec ma bite et ne fais pas tout le nécessaire pour ne pas être complice d'actes odieux.

Personnellement, tout comme visionner des images d'animaux abattus dans des conditions atroces n'impacte pas ma consommation de viande, lire les témoignages horribles où le viol est mis en contexte avec toutes ses conséquences meurtrières pour la victime n'a pas d'effet significatif. Certes, je suis terrorisé à l'idée de passer à l'acte, mais s'il était aussi facile et peu coûteux de commettre un viol qu'on peut acheter un poulet à Leclerc, toutes mes bonnes intentions suffiraient-elles à me convaincre ? Si je pouvais profiter de ma situation pour commettre un crime sans risquer la punition, mon éthique suffirait elle à m'empêcher d'être le dernier des salopards ?

Dans mon cas, ce qui marche le mieux pour m'assurer à moi même que, NON, je ne profiterais pas de ma situation si je pouvais agir en toute impunité, ce sont deux choses: Mais d'abord, j'aimerais insister sur ce qui, je crois, ne peux pas fonctionner à long terme:

- Les simulacres trop réalistes pour ne pas susciter un malaise. C'est facile, de mettre un avertissement/disclaimer en prologue, puis de décrire/filmer un viol ensuite comme si de rien n'était. Si tronquer l'histoire/vidéo empêche ensuite de faire la part du vrai/faux dans la mise en scène, alors on peut supposer que le lecteur/visionneur qui n'en aura rien à faire des précautions de l'auteur passera vite sur la partie consentement pour jouir sur le reste. Pour la "vraie vie" je pense que ça pose le même problème. Le consentement c'est pas: je signe un contrat puis tant pis pour ma gueule si je change d'avis. Il faut pouvoir s'en assurer à tout les instants. Ca passe par des codes de communication, annoncer ce qu'on va faire pour celui qui "passe en force", un mot clé pour dire non et s'assurer que le passage en force n'en est pas un pour l'autre. Je ne vois guère mieux que la parole pour prendre toutes les précautions.

Du coup j'ai déjà abordé l'une des voies qui, à mon sens, est raisonnable pour traiter ce satané fantasme du viol qui a la vie dure. Il y a des gens qui fantasment sur le viol, d'autres sur "se faire violer", oui. Mais c'est un fantasme, celui qui "veut se faire violer" ne le veut pas vraiment, un viol c'est une absence de consentement, "consentir à ne pas consentir" est un non sens. Beaucoup trop de personnes accrochent de la crédibilité à l'hypothétique "Non je ne veux pas arrête, oh mais finalement je prend mon pied continue". NON. Ca n'arrive JAMAIS dans la vraie vie.

Ensuite, même si ça peut paraître moins séduisant au début pour celui qui fantasme, merde, il y a beaucoup trop de choses à faire dans ce monde. S'intéresser à ce qu'on peut faire d'autre, sortir de sa zone de confort, oser la tendresse, un massage, des jeux de rôles, il y a mille façons de faire l'amour/baiser/gamahucher/foutre/conner/pénétrer/faire l'acte, un peu d'imagination bon sang.

Et surtout, surtout, à tout ceux qui y pensent mais se sentent à l'abri, à ceux qui auraient, malheureusement, déjà commis l'irréparable dans leur vie, parlez. Exprimez vous. Discutez. La communication c'est merveilleux. On ne peut rien faire sans elle. Alors même si c'est protégé derrière un écran, soyez sincères. Peut-être que quelqu'un pourra vous aider, peut-être que vous aiderez quelqu'un. Osez sortir du bois.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 21:13
un mot clé pour dire non

D'accord avec ton message, mais juste cette partie m'a fait sourire
Un mot clé..... Comme "Non" ? ahaha
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Brunsportif
Brunsportif
16 octobre 2019 à 21:37
Même sans parler d'amour, pour moi le sexe c'est un partage, alors violer quelqu'un c'est impensable pour moi. Les vidéos de simulacre de viol, de violences ne m'excitent pas du tout...
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Narcisseique
Narcisseique
16 octobre 2019 à 21:44
un mot clé pour dire non

D'accord avec ton message, mais juste cette partie m'a fait sourire
Un mot clé..... Comme "Non" ? ahaha

Si tu veux jouer sur le simulacre, autant garder non pour jouer la comédie et utiliser "quiche" en cas de problème. Comme ça, en plus, tu mets fin à la baise avec le sourire. Mais j'avoue qu'avoir en tête que ça peut s'arrêter à tout moment à qui dit "quiche" en premier ne doit pas aider à rester concentré.

Pour être franc, j'ai entendu dire et n'ai pas testé. A la fois j'ai le fantasme et à la fois je suis beaucoup trop mal à l'aise avec ça pour tenter une mise en scène.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
16 octobre 2019 à 22:40
Ah j'avais mal compris que tu parlais de pendant un acte de viol simulé
Oui dans ce cas ça rejoint un peu les safe words du SM
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
20 octobre 2019 à 00:20
Alors, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous.
Bon, comme tous les gens ayant un cerveau bien constitué, je suis contre le viol
Cependant, les vidéos de viols, qui n'en sont pas vraiment (bien sûr), m'excitent
Toutefois, j'ai testé le fantasme du faux viol et , c'était vraiment pas mon délire, je m'étais tellement mise dans le rôle (et lui aussi) que j'avais l'impression que c'était un vrai viol
Donc, je ne pense pas que les histoires et vidéos soient tant à blâmer.

(L'inconvenient des mots clés ridicules, en tt cas, ce fut mon cas justement lors de ce fameux "viol" , c'est que quand ça va pas, ça paraît tellement incongru, qu'on ne les utilise pas)
Soyez respectueux
Répondre
Gras
Sondage Spoiler Livre / chapitre
Soyez respectueux
Publier