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Abécédaire amoureux

Chapitre 1

Alerte

Histoire médaillée
Erotique

Tu observes ce monde depuis longtemps, tu ne le comprends toujours pas, de moins en moins depuis un an. Des vérités enfouies dans le sable du quotidien se révèlent à la lumière de la crise ; certaines sont difficiles à admettre, d’autres font mal. Le pire peut-être serait de relativiser, d’en prendre ton parti, de croire que c’est logique, ou à l’inverse de t’accrocher à l’espoir ridicule que tout peut encore être sauvé. Non, rien ne sera plus pareil, et ce n’est pas forcément un mal.

Des phrases éculées titillent ta mémoire, dites par d’autres en d’autres circonstances. À quoi bon accorder le passé aux symptômes du jour ? Tu devrais te mettre à l’écriture, inventer un langage qui te serait propre, comme les auteurs d’Héroic fantasy savent donner vie à leurs personnages, sans pour autant te perdre dans des pensées anonymes censées refléter l’urgence de l’instant. Reste toi-même à défaut de devenir celle que tu aurais voulu être.

– Qu’est-ce que tu fabriques ? bredouille Jordan, conscient du sac de voyage au bout de ton bras.

– Je m’en vais, t’étais prévenu.

– Mais...

– Non, ne me prends pas en plus pour une imbécile. Je viendrai chercher d’autres affaires demain, quand tu seras au travail.

Du coin de l’œil, tu vois le journal trembloter entre ses mains blanches, une réaction dérisoire comparée à la violence de ta décision. Jordan a la décence de se taire, tant mieux. L’avertissement de la semaine passée n’aura servi à rien, il t’a de nouveau trompée. Reconnais-le, tu espérais un faux-pas, un prétexte pour le quitter. Montre-toi forte, va au bout de tes convictions, retire l’écharde du mensonge plantée au cœur d’un mariage condamné dès le début à l’enlisement.

Voilà ! Ouvre la porte, reste digne, franchis le seuil de l’appartement. Tu vois, c’est facile. Pénètre dans l’ascenseur maintenant, appuie sur le bouton. La voisine de palier hurle après ses enfants, tu en souris, la cabine amortit la cacophonie. Quatre, trois, deux, un, les paliers défilent, le compte à rebours s’égraine. Rez-de-chaussée, une pause, le temps d’enfiler un masque obligatoire, te voici libre d’appeler un taxi ou de marcher jusqu’à la bouche de métro. Qu’importe, tu es une affranchie.

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Un jeune couple chargé de sacs en papier pleins se presse de rentrer avant le couvre-feu, les policiers en patrouille verbalisent à tour de bras depuis quelques jours. Ces deux-là paraissent encore amoureux. Pour combien de temps ? Ne sois pas si amère, Christelle, tout le monde a le droit d’y croire. Regarde, ils te retiennent le lourd portail vitré à deux pour t’éviter de patienter dans le froid glacial devant l’interphone, complices jusque dans les bonnes actions.

L’escalier sert de caisse de résonnance aux pas du couple, tu avances dans le hall au rez-de-chaussée. Tu y es, appuies sur la sonnette, oublies la concierge qui t’espionne par l’œilleton depuis l’appartement d’en face. Échanger un loft spacieux que tu possèdes pour moitié au cœur du 7ème arrondissement contre une chambre dans un immeuble décrépi du 11ème, la liberté coûte cher.

« J’arrive ! »

La voix pointue précède de peu l’ouverture de la porte, la chaleur te saisit. Virginie débarrasse son nez mutin d’une mèche rebelle, elle se retient de sourire ; ce n’est pourtant pas l’envie qui lui manque d’exprimer son plaisir de te voir. Respect, égoïsme, les motivations importent peu en de telles circonstances. Seul compte le fait qu’elle soit là pour toi.

Un homme se serait montré protecteur en prenant ton sac de voyage, la copine se contente de te précéder jusqu’à la chambre d’ami où elle s’appuie contre le mur. Sa discrétion l’honore. Tu as déjà dormi ici dans le passé, même lit, autres circonstances. Chasse ces souvenirs, Christelle, rien n’est plus pareil, il n’y aura aucun appel de Jordan ce soir, ton téléphone portable éteint en atteste.

– Qu’est-ce qu’on mange ? Je commence à avoir faim.

– Soupe de légumes et croque-monsieur. Tu ne ranges pas tes affaires ?

La question t’amuse. Tu vois, c’est facile de croire que tout va bien, ou de le laisser croire, comme le jour où Virginie te servait de témoin. Tu te souviens avoir pensé que passer devant le maire était une erreur, que rien ne valait un road movie sans fin avec ta meilleure amie. Pourquoi alors avoir prêté ta voix à cette parodie d’union pour la vie ?

– Je n’ai pris qu’une brosse à dents, un pyjama, et mon ordinateur pour travailler. On ira chercher mes vêtements demain.

Le visage de Virginie s’éclaire de se savoir incluse dans un projet à court terme. Tu penses sérieusement qu’il est plus important d’entretenir une amitié remontant au lycée qu’un mariage vieux de six ans ? Si tu veux, on se raccroche à n’importe quoi quand les mensonges ne font plus illusion. Il sera toujours temps de revoir cette position dans les prochains jours.

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– Du vin ?

Tu n’as rien d’une héroïne de roman, évite donc l’alcool ce soir, on ne sait jamais quelles idioties te passent par la tête quand tu bois.

– Non merci.

Les détails inhérents à la cohabitation ont été réglés d’avance, ça aurait fait un excellent sujet de conversation. Trouve autre chose, tu sais qu’elle va mentionner Jordan si tu lui laisses la main.

– Le boulot, ça va ?

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Le haussement appuyé des épaules de Virginie accompagne un soupir. La scène lui manque, le public lui manque.

– Ça irait si on savait. Mais ce flou sur une possible réouverture des salles provoque un putain de malaise. Et encore, j’ai eu la chance de participer à un tournage après le premier confinement.

Tu te souviens ? Ton amie y croyait malgré tes mises en garde sur un possible retour du virus avec la baisse des températures. Les jours sombres attestent de ta clairvoyance, même si tu préfèrerais avoir eu tort.

– On le voit quand ce téléfilm ?

– À la rentrée de septembre.

Allez ! Prends sa main, tu es loin d’être la seule à éprouver le besoin d’un peu de réconfort. Qui sait, te montrer charitable t’aidera aussi.

– J’ai hâte.

Doucement, Christelle, évite de pécher par excès. Virginie a mis à profit les cours de théâtre amateur au lycée pour devenir une actrice reconnue ; toi, tu as dû te rabattre sur une carrière de comptable parce que tu en faisais toujours trop. En rajouter, une manie qui ne t’a jamais corrigée. La preuve, un accroc de Jordan et tu quittes le domicile conjugal... Non, c’est différent. Tu ne supportes plus ce mariage depuis longtemps, voici la vérité. L’autre t’a permis de te libérer.

« Toc, toc, toc. »

La légèreté des coups à la porte témoigne d’une volonté de discrétion ; c’est ce qui arrive quand on habite en face de chez la concierge. Virginie se lève, curieuse.

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Deux hommes et deux femmes font irruption, comme toi dans la trentaine, les bras chargés. L’avantage des croque-monsieur, c’est qu’ils seront mangeables demain après un passage au four à micro-ondes. Les quatre intrus s’installent, tu as l’impression de les reconnaître. Oh oui ! L’été dernier, quand tu as passé un week-end chez Virginie, la petite fête organisée entre voisins de l’immeuble.

Il y avait davantage de monde ce soir-là ; surtout, tu n’étais pas la seule hétéro de la joyeuse bande d’allumés. Eux aussi te reconnaissent, les masques qui ont prévalu dans l’escalier disparaissent au profit de sourires charmeurs, une incitation à baisser la garde. Joue le jeu, tu n’as rien à craindre d’une assiette de choucroute maison accompagnée d’un verre de vin blanc d’Alsace.

Ô Virginie ! Ta copine est vraiment une bonne comédienne, au point que tu meurs d’envie de lui pardonner. Délicate intention ou heureux hasard, peu importe, tu serais bête de te renfermer maintenant. Oublie ce que la situation a d’incongru, concentre-toi sur l’essentiel, à savoir repousser l’inéluctable réflexion. Il sera temps demain de savoir si tu as pris la bonne décision. Cette idée ne t’aurait-elle pas déjà effleurée un peu plus tôt ? Qu’importe, tu dois t’attendre à ce que certaines tournent en boucle.

Et Jordan dans l’histoire ? Certainement dans les bras de sa pétasse blonde de 20 piges. Prends garde, Christelle, pense comme tu parles. Agis en comptable, avec ta logique coutumière, laisse la gestion de la colère aux psychologues, l’ironie aux comiques. Proférer des insultes n’a rien du comportement rationnel attendu d’une professionnelle de l’évaluation.

– Tu fais du télétravail ?

La question t’est adressée, dis quelque chose, évacue le trop-plein d’agressivité avant de te laisser submerger.

– Oui, je pense continuer après la crise.

Sage décision, la réduction des frais depuis un an te laisse un joli pactole. Cet argent, tu trouveras le moyen de la dépenser le moment venu.

– Et toi ? Toujours dans la coiffure ?

La rousse un peu boulote te ressert. Bon ! Un second verre puis tu arrêtes.

– Au chômage partiel.

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Virginie te tend la main, accepte l’invitation. Les autres, déjà en train de se mouvoir, seront ravis. Regarde comme le sourire de ta copine se nourrit de votre belle complicité, ça ne te rappelle rien ? Les soirées étudiantes, les slows que vous dansiez, enlacées pour que les garçons la laissent tranquille. Aucune des nombreuses remarques déplacées ne t’atteignait à l’époque.

Voilà, c’est bien, laisse-toi aller. Sens son corps contre le tien, ressens l’alchimie, nourris-toi de l’osmose singulière. L’amitié authentique s’exprime aussi pendant ces instants d’abandon, quand vous osez compter l’une sur l’autre, sans gêne ni a priori, une vérité trop souvent oubliée ces six dernières années. Plutôt six et demi, depuis que Jordan a fait irruption dans ta vie.

Lui pelotait tes fesses en dansant, certain de t’amener à le supplier. Et toi, tu jouais le jeu en gentille épouse soumise aux convenances archaïques de ta pauvre mère. Une fois dans la chambre, tu le gratifiais d’une fellation, une caresse buccale qu’il voulait te rendre. Tu lui accordais rarement la permission, tant c’était désagréable, surtout pour te débarrasser de la corvée au plus vite. Puis tu t’offrais sur le lit dans une position animale. Jordan jouissait, tu faisais semblant, rassurée d’avoir pris la pilule.

Les mains de Virginie flattent tes hanches. Accorde-lui le plaisir de mener la danse, elle perçoit ton besoin de te laisser guider ce soir. Les grands yeux de biche sous les cheveux châtains retenus en queue-de-cheval te dévorent. Réponds-lui, bon sang ! Tu en meurs d’envie, tu as ouvert la porte par tes multiples provocations depuis que vous avez poussé la table du salon contre le mur.

Eh oui, tu savais que l’alcool chamboulerait ta perception de la situation, que tu aurais envie de faire l’amour. Il t’arrivait parfois de maltraiter une bouteille de vin quand Julien était en déplacement, au point de t’abandonner ensuite à une longue séance de masturbation, le seul acte sexuel qui ne soit pas inévitablement ponctué de frustration. Alors tu te caressais jusqu’à l’épuisement.

Dois-tu revivre une telle aventure ce soir, ou te laisser entraîner sur un autre chemin ? Coucher avec Virginie aurait été possible à la fac, souhaitable sans doute, vous seriez vite passées à autre chose. Maintenant, tu es contrainte de refouler un désir trop longtemps ignoré, un vieux fantasme qui n’a plus lieu de te troubler. Et la moue de la bouche sensuelle de ta complice prouve qu’elle se sent prête à franchir le Rubicon.

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Minuit passé, les hommes ont déserté les lieux depuis un moment, leur nuit sera écourtée par la sonnerie du réveil. Virginie somnole, blottie contre toi au bout du canapé vieillot acheté d’occasion. Vous êtes trop bien pour que tu esquisses un geste, alors fais semblant de dormir. L’univers t’apparaît partiellement sous les paupières à demi baissées, ce que tu en perçois t’intrigue.

Mélissa, avachie contre l’autre accoudoir du canapé, retient Nathalie installée sur ses cuisses. Les amies se laissent bercer. Tout a commencé par quelques chatouilles, un jeu innocent ponctué de baisers légers dérobés au fil du chahut. Elles s’embrassent à pleine bouche désormais, et leurs mains ne sont pas en reste, en balade sur les poitrines en partie dévoilées dans la confusion.

Le désir devient palpable, tu peux le sentir, il te suffirait de tendre le bras pour le toucher. Contente-toi de les admirer, le moindre mouvement les pousserait à fuir, ce serait trop bête. Les amoureuses interrompent le baiser, le souffle leur manque. Qu’à cela ne tienne, pas question de laisser la pression retomber, les gestes jusque-là ébauchés deviennent francs.

Melissa enferme un petit sein dans une main, Nathalie se pâme sous la caresse, ce qui amène son téton rose devant la bouche de sa compagne. La coquine taquine le bourgeon de la langue un instant, l’enveloppe de salive, puis aspire l’aréole. L’abandon répond à la gourmandise, c’est beau, tu les admires, tu les jalouses un peu aussi. Comment en serait-il autrement ?

Un soupir couvre la musique en sourdine, Nathalie se libère de l’étreinte à regret. Tu les observes s’éloigner à pas feutrés, déçue de leur décision. Elles vont monter une volée de marches jusqu’au premier étage, s’enfermer, et se donner l’une à l’autre. Toi pendant ce temps, tu devras te contenter d’une masturbation dans la salle de bain. La question est de savoir si tu dois réveiller Virginie avant ou après.

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