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Addicte

Chapitre 1

Nouveau départ

Histoire médaillée
Lesbienne

« Mes premiers mots d’ailleurs sont pour toi, fidèle complice des temps jadis restée au pays des majestueux châtaigniers torturés dont les allures menaçantes nourrissaient nos inquiétudes de petites filles les soirs pluvieux d’automne. La beauté sauvage de la Sologne me manquera, comme ces balades à vélo entre les étangs noirs odoriférants à la recherche du rossignol à l’œil unique de la légende. Me manqueront aussi nos aventures extravagantes dans l’océan mouvementé des champs de blé.

J’éprouve aujourd’hui le besoin de te parler sans détour, jeune fille semblable à moi, peut-être un peu trop, la sœur jumelle que la nature m’a refusée, la camarade capable de tout entendre, de tout comprendre sans jamais te moquer de mes états d’âme à l’époque où le monde prenait la forme d’un dessin d’enfant aux traits grossiers dont les couleurs vives contrastaient avec les nuances de la réalité, uniformisée par les adultes dans l’évident souci de se fondre dans la masse.

Tes larmes sur le quai de la gare à Orléans ont failli me retenir. Laquelle des deux abandonnait l’autre ? Je suis montée seule dans le train de la chance en partance vers un destin loin de toi, premier acte responsable de la jeune femme que j’aspirais à devenir, rebelle et fière, surtout fidèle à moi-même. Je devais me satisfaire d’un espoir un peu fou en guise de compagnon de voyage à défaut de sentir ta présence rassurante, et mes larmes se joignirent aux tiennes quand ta silhouette disparut.

Ma décision de partir sans toi aura tenu quelques kilomètres de rails, te voici déjà de retour sous la forme d’une poignée d’annotations jetées sur un répertoire en attendant mieux, prête à remplir ton rôle de confidente, en attente d’une réalité nouvelle amenée par la transformation radicale de mon cadre de vie. Il n’y aura aucun secret, ni pudeur ni faux-semblants, rien de l’hypocrisie que certains revendiquent comme un art de vivre, autant leur laisser ce plaisir.

La discussion longtemps préparée dans ma tête a vite tourné à la confrontation trois jours après mon dix-huitième anniversaire, le départ s’avérait inévitable au contact de l’intransigeance des parents. Peu importe, le domicile familial est devenu trop exigu pour contenir mes rêves. Je pars l’esprit tranquille, ne laissant derrière moi aucun passé glorieux empli de souvenirs impérissables, hormis ces instants à rêver en ta compagnie d’un univers trop beau, trop parfait. »

Un timbre chaud m’interpella à la porte du bureau d’accueil près duquel on m’avait donné rendez-vous. Les touristes s’étaient concertés pour envahir la gare d’Austerlitz ce premier lundi de juillet 2015 en fin de matinée. Enfin ! La peur de l’inconnu se montrait facile à gérer comparée à la hantise de rentrer à Orléans en victime de la désillusion, les parents auraient beau jeu de se moquer.

– Bonjour, je suis Hélène, une amie de votre oncle. Il s’excuse de ne pas être là pour vous accueillir. Bienvenue à Paris.

Alain avait prévenu qu’il ne pouvait pas s’absenter de Londres. On ratait encore une occasion de se voir, dommage. La petite mamie à la soixantaine alerte dans une robe de coton coloré achetée à l’occasion de la révolution manquée de mai 1968 prit mon sac de voyage avec autorité sans me laisser le temps de répondre.

– Venez, nous allons prendre un taxi. Je ne peux pas m’absenter longtemps, c’est le métier de concierge qui veut ça.


La balade s’acheva dans un petit immeuble vieillot au cœur du 4ème arrondissement derrière l’Hôtel de ville. L’appartement au 1er étage se voulait séduisant et fonctionnel. Un long comptoir de bois agrémenté de trois tabourets dans le prolongement de l’entrée servait de table entre la cuisine américaine équipée et le salon au fond duquel une porte s’ouvrait sur une grande chambre. L’absence d’objets personnels ajoutée à la blancheur impeccable des murs nus prouvait l’inoccupation des lieux.

– Vous voici arrivée, souligna la mamie de ce sourire ambigüe qui ne la quittait pas depuis notre rencontre, j’espère que ça vous convient. Les voisins sont charmants, vous ferez leur connaissance rapidement, je n’en doute pas.

Alain ne m’avait pas dit que la concierge était si bavarde. Au moins, la prévenance se voulait rassurante dans une mégapole inconnue.

– C’est mignon, le loyer ne doit pas être donné.

– Votre oncle l’a payé pour 4 mois encore, crut-elle utile de préciser, ça vous laisse le temps de vous retourner. Voici la salle de bains.

La bibliothèque murale aux étagères chargées d’ouvrages coulissa sans effort sur une pièce à l’existence insoupçonnable. Armoire-penderie, grande baignoire, miroir psyché à double battant, lavabo incontournable et bidet plus rare, machine à laver, des toilettes séparées, rien ne manquait. Le rêve !

– Ça surprend toujours, chère Axelle, n’est-ce pas. Votre oncle m’a dit que vous étiez dans le milieu artistique.

D’après la teneur de la discussion, je suspectai Alain d’en avoir dévoilé davantage, à commencer par mon prénom.

– Je veux devenir actrice.

– Je me disais aussi, cette petite elle doit faire du cinéma avec un aussi joli minois. Vous avez peut-être faim.

J’aurais été bien incapable de contester le gargouillis de mon estomac malmené par un petit-déjeuner difficile.

– Un peu.

– Il y a un poulet rôti et de la salade, chantonna la mamie la tête dans le réfrigérateur, les produits de première nécessité sont au-dessus de l’évier, je vous emmènerai faire des courses demain.

À mon grand soulagement, la sonnerie de son bipeur interrompit la gentille bavarde prête à s’inviter.

– Excusez-moi, je dois répondre. N’oubliez pas de m’avertir au moindre problème, et ne vous inquiétez pas de la musique ou de la télé, l’insonorisation est parfaite.

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– D’accord, piaffai-je impatiente de profiter enfin de la salle de bain, merci beaucoup de votre gentillesse.

– On a tous été jeunes, gloussa la mamie complice avant de filer dans l’escalier.


Les cheveux bruns mi-longs, les sourcils fournis, les joues hâlées, les yeux sombres, le nez mutin un peu épaté à la base, la bouche charnue à la lèvre inférieure ourlée sur le menton, le portrait dans la glace du lavabo me réconforta autant que le reflet dans la psyché. L’intérêt pour mon image remontait à la puberté au cours de laquelle la maîtrise des émotions m’avait échappé, comme les mutations corporelles.

J’avais surveillé avec impatience le renflement de mes mamelons, aujourd’hui deux seins ronds et larges aux affriolantes aréoles roses. La générosité de ma poitrine restait en harmonie avec une silhouette élancée. La soyeuse toison entretenue avec soin sous le profond cratère du nombril mettait mon pubis en relief. Semblable à un abricot charnu, mon intimité conservait une apparence juvénile, un duvet protégeait la minuscule fente close des agressions.

Le reflet dans la psyché provoqua une brusque bouffée de chaleur, comme si ce corps appartenait à une autre. Mes seins à peine sollicités gonflèrent, les tétons pointèrent. Une délicieuse sensation m’intima de pousser plus loin, je massai le renflement de mon pubis, mon doigt se couvrit de mouille. Je débusquai le petit bouton et le maltraitai d’un mouvement circulaire de plus en plus rapide.

Un énigmatique bien-être me surprit. Les raisons de cet acte, le désir de connaître le délicieux frisson de l’extase, tout se mélangea dans ma tête avant de disparaître au profit d’une petite satisfaction mitigée, une apaisante béatitude. La sonnerie du portable posé sur le meuble blanc collé à la baignoire interrompit la montée du plaisir.

– Axelle ? demanda une voix lourde.

Briser mon élan au pire des moments, j’en aurais pleuré.

– Maman ! Qu’est-ce que tu veux ?

Un soupir me ramena à la réalité. La pauvre se sentait abandonnée après une dernière dispute ce matin.

– Je t’appelle pour savoir si tu es bien arrivée.

Elle avait tenté de me retenir à Orléans le temps des vacances, prétextant l’absence de mon oncle, mais on n’arrivait plus à parler sans se jeter des horreurs au visage. Ici au moins il serait possible d’avancer sur mon questionnement, le besoin de comprendre se faisait violent, le choix ne m’appartenait plus.

– Oui, tout va bien.

Mon agacement perceptible dissuada maman de se complaire comme d’habitude en victime d’un monde en évolution.

– Tant mieux, soupira-t-elle. Je te laisse alors, bisous.

– C’est ça, bisous.

Maudissant mon incapacité à lui parler, je raccrochai et me précipitai sous la douche afin de calmer mes hormones.


« Combien de fois avons-nous évoqué Paris, ma chère amie, la possibilité de nous épanouir ensemble dans la ville où tout est possible à condition d’y croire. Les aléas de l’existence ont précipité l’évènement en ce qui me concerne. Maintenant, j’ai intérêt à me montrer à la hauteur de mes ambitions. Voici l’occasion de tendre vers la réussite à laquelle je rêve depuis tant d’années.

Tu comprendras, j’en suis certaine, mon désir d’évasion au jour de mon arrivée dans la capitale. Un tête-à-tête avec la télévision paraitrait un châtiment bien immérité pour avoir rejeté le modèle familial. Par ailleurs, la chaleur estivale de ce début juillet est une exhortation à l’évasion. Je brûle d’impatience de découvrir mon nouveau territoire, ce sera aussi le moyen de contrecarrer un début de cafard. »

L’apparition du vague à l’âme me contraria. J’avais imaginé, incapable de présumer du ridicule d’une telle conception, une arrivée triomphante dans un univers à la mesure de mon abyssal besoin de reconnaissance, comme s’il suffisait de monter dans un train pour ne plus être la gamine incomprise dont les rêves effrayaient les parents. Je refermai le fichier de mon journal intime sur de nombreuses questions puis éteignis l’ordinateur. Les réponses se trouvaient à l’extérieur, il m’appartenait de les découvrir.

Les seins orgueilleux dévoilés par l’échancrure d’une ample chemise blanche nouée au-dessus du nombril, un minishort en jean moulait mes fesses et rehaussait le galbe de mes cuisses. L’aspect négligé du chignon retenu par un élastique apportait une touche d’insolence, l’absence de maquillage faisait ressortir un côté sauvage. La limite entre exhibition et suggestion se voulait floue, j’étais prête.


Une démarche prudente m’amena dans un canevas de rues tissées en toile d’araignée qui formait le 4ème arrondissement. Je m’attardai un instant sur la façade ensoleillée de l’Hôtel de Ville derrière les grilles de fer forgé ouvertes, au style Renaissance caractérisé par les nombreuses fenêtres et deux grandes portes en arceau de chaque côté du corps principal. Le bâtiment serait un jour ou l’autre l’occasion d’une visite, puis j’y déposerai le moment venu mon tout premier bulletin de vote.

Incapable de m’imaginer en citoyenne modèle, je pénétrai dans le petit bar-tabac de la rue Renard à défaut de pouvoir m’installer en terrasse. Le maître des lieux aux allures de César évadé du roman de Marcel Pagnol glissa derrière le comptoir de zinc rutilant sous un néon poussiéreux. Un peu plus loin, des joyeux lurons s’autorisaient quelques libertés avec l’heure de l’apéro.

– Vous prenez quelque chose, mademoiselle ? m’interpella un grand brun mal rasé, c’est ma tournée.

La peur du ridicule ou de passer pour une gamine surpassa celle d’être la victime des dragueurs, je m’efforçai au calme.

– Une bière pression, merci.

Étrangement, aussitôt servie, je me sentis négligée. Le patron retourna à son bac de vaisselle près des fêtards devant leur pastis, ces derniers donnaient l’impression d’avoir intégré ma présence passive et de m’arroser comme une plante à qui on ne demanderait rien excepté d’être là.

– Ça fait bizarre, n’est-ce pas ? Tu as gagné un verre dans l’histoire, pouffa une voix un peu rauque.

Je dévisageai sans animosité la quinquagénaire dont le sourire gourmand s’étirait sous les cheveux courts d’un faux blond dénoncé par des racines sombres. Une nouvelle coloration n’aurait pas été du luxe.

– Je peux ?

L’inconnue sans attendre de réponse s’installa mollement sur le tabouret de comptoir juste à côté de ce qu’elle devinait être une petite provinciale fraichement débarquée. Un sourire affable soulignait les traits à peine marqués du visage plein de santé, le regard noisette prenait de la profondeur.

– Je m’appelle Chantal. Et toi ? Je ne t’ai jamais vue dans le quartier.

– Axelle, répondis-je décidée à faire bonne figure le nez dans ma bière, je ne suis là que depuis ce matin.

– Le Chiquito n’est peut-être pas le meilleur endroit de Paris pour goûter la solitude, volontaire ou non.

Les efforts de mon interlocutrice pour se fondre dans le décor me détendirent.

– Je ne connais personne.

– J’avais remarqué, soupira Chantal à l’aise dans son costume de confidente, dis-moi de toi ce que j’ignore.

Une rasade supplémentaire de bière ouvrit la voie à certaines révélations faciles, une manière d’éluder le fond du problème.

– Et bien, je veux devenir actrice mais ce n’est pas un métier dans l’esprit de mes parents. Je suis venue...

– Pour leur donner tort. Et le petit ami, quelle place prend-il dans tout ça ?

La masturbation me réussissait mieux qu’une relation ces derniers temps.

– Il n’y en a pas, reconnus-je laconique sans insister sur la raison. Vous êtes mariée vous-même ?

– Mon époux est militaire, il commande actuellement son régiment en Afrique. Alors je tue le temps comme je peux.

À sa jovialité, Chantal supportait bien l’éloignement prolongé. Mon cafard s’envola au contact de la femme sympathique débordante de vitalité.

– Pour être honnête, je tue aussi le temps quand Robert est là. Il est adorable, mais... Enfin, ce n’est plus ça.

Mon éclat de rire parut déranger une seconde les hommes dans leurs libations, tant pis. Imaginer mon interlocutrice au balcon du salon, troussée par un jeune subordonné au garde-à-vous dans son dos tandis qu’elle applaudissait au passage de son époux à la tête du défilé du 14 juillet, était trop drôle.

– Tu me laisses t’inviter dans un endroit plus sympa ? se reprit Chantal impatiente de changer d’atmosphère.


La promenade de courte durée me rassura, l’idée de passer la soirée dans un quartier loin de l’appartement m’effrayait un peu. Envoutante, la capitale n’en restait pas moins mystérieuse, comme cette inconnue rencontrée par hasard.

– Pourquoi ce sourire satisfait ? chantonna Chantal les yeux étrangement brillants sur ma silhouette.

Je me retins de rire. Elle se demandait sans doute si je n’étais pas un peu jeune pour trainer sans un chaperon.

– On est tout près de chez moi, m’esclaffai-je en me laissant pousser gentiment dans le bistrot ouvert sur une ruelle quasi déserte.

La vitrine bleue à la peinture écaillée par le temps dissimulait un bistrot branché avec sa collection de gavroches peints à même les murs de plâtre blancs. L’absence de mecs m’intrigua, une douzaine de femmes occupaient des tables de bois, d’autres s’ébattaient sur le dancefloor entre le comptoir et la salle. Une grande brune fière sans arrogance étendit un torchon humide sur la machine à café.

– Bonsoir, lança-t-elle d’une voix chaude.

– Axelle, voici Hélène. Hélène, je te présente Axelle.

Coupant court aux présentations, Chantal m’entraina à une petite table isolée au fond du café, me fit assoir sur une banquette de moleskine vieillotte le long de la cloison et prit place près de moi.

– Alors comme ça tu veux devenir actrice, ce n’est pas permis à tout le monde.

Le sous-entendu trop semblable à la réaction des parents me froissa.

– J’ai suivis des cours d’art dramatique pendant cinq ans, et on m’a donné des rôles dans plusieurs courts-métrages.

– Voilà, s’imposa Hélène le temps de déposer deux cocktails et une assiette d’olives vertes dénoyautées.

Un regard complice confirma le lien d’amitié entre la patronne et Chantal. Celle-ci prit ses aises sur la banquette, la main gauche sur sa coupe et le bras droit sur le dossier à hauteur de mon cou.

– Je ne mets pas ton talent en doute, chère Axelle, se défendit-elle. Tu as un point de chute à Paris ? La vie y est chère.

L’indiscrétion avait au contraire un effet rassurant, j’évoquai longuement le frère de mon père responsable d’une société de communication à la City de Londres, le superbe appartement laissé à ma disposition. Il me restait quatre mois pour trouver une source de revenu stable, mais rien ne pourrait me détourner de mon objectif.


Combien avions-nous avalé de ces cocktails au nom imprononçable en deux heures, quatre ou cinq peut-être. Toujours est-il que je ne savais pas grand-chose encore de ma compagne de soirée.

– Et toi ? Femme de militaire, ce n’est pas un boulot, tu dois te faire chier quand il est parti plusieurs mois.

Oups ! Je venais dans la même phrase de la tutoyer et d’employer un langage d’ado décomplexée. Chantal s’en amusa.

– Détrompe-toi, courir de réceptions en dîners au bras de Robert n’a rien d’amusant. Mais la solitude est l’occasion de choisir ses distractions, n’est-ce pas ?

La pendule au-dessus du comptoir affichait 21 heures, l’alcool me montait un peu à la tête au point de croire à une charmante tentative de séduction. Et combien même, la gentillesse commandait de ne pas m’en défendre sous peine de me retrouver seule.

– Oui, si tu le dis.

– Petite cachotière, enchaina Chantal soulagée de détourner la conversation, tu n’as pas quitté ton petit ami sans raison. Un autre garçon en vue ?

– Certainement pas ! Ma vie sentimentale a toujours été une catastrophe.

– Tu as le temps. Et ta vie sexuelle ? Une jolie fille comme toi ne doit pas manquer d’occasions de s’amuser.

Holà ! on abordait un sujet brûlant. Rire ou prendre les jambes à mon cou ? Je n’en savais franchement rien, sauf que je me sentais bien en sa compagnie.

– Un désert, gloussai-je de manière irréfléchie le nez dans mon verre, je dois être un phénomène de foire. Il m’arrive de me masturber, mais...

– C’est déjà ça, souligna Chantal d’un large sourire, tu m’as fait peur un instant. Et tu fantasmes sur qui dans tes séances en solitaire ?

Là, c’était la question bête à laquelle je m’efforçais en vain de répondre depuis que la notion de sexualité s’inscrivait en pointillé dans mes marqueurs génétiques. Inventer ne m’aurait rien apporté.

– Sur personne ! Je me regarde dans la glace et ça vient naturellement.

Chantal jugea inutile d’insister dans cette direction, elle effleura mon avant-bras l’air de rien.

– Tu viens danser ?

La perception d’une intention singulière dans l’attitude un peu embarrassée résultait certainement de l’abus de boissons. Après tout, cette femme me consacrait une soirée au détriment de ses occupations, il n’y avait aucun mal à accepter une simple invitation à danser. Je me levai lentement afin de conserver un équilibre précaire, elle me prit par la main puis m’entraîna en silence vers le dancefloor.

Chantal adapta le mouvement de ses hanches au mien à une distance convenable sans cesser de m’observer comme une friandise. Portée par les nombreuses petites attentions à mon égard, je laissai mon corps s’exprimer au rythme lancinant de la musique. Danser avec une femme se faisait comme avec un homme, la drague subtile dont je me sentais l’objet n’avait rien de désobligeant, bien au contraire. Je m’efforçai de raccourcir un peu la distance pour en avoir le cœur net.

Impression ou réalité, Chantal contra la pitoyable tentative d’approche par un collé serré de côté, répondant à chacun de mes mouvements vers la droite par une contorsion vers la gauche, comme pour m’échapper. Toutefois, l’éclat de ses yeux prouvait qu’elle n’irait pas loin. Elle se planta devant moi, balança mollement les bras autour de mon cou puis le long de mon buste jusqu’aux hanches, et redessina ma silhouette en prenant garde à ne pas me toucher.

Le rythme de la musique ralentit au point de devenir un slow langoureux, les autres couples abandonnèrent la piste. Décidée à les imiter, je ne pus retenir un frisson de me sentir tendrement enlacée. Les mains s’animèrent dans mon dos entre les épaules et les fesses avant de se focaliser sur la peau découverte au niveau des reins. Le contact ferme et doux à la fois, semblable à une caresse, m’électrisa.

Chantal exhala un soupir de sentir mes seins enfler contre sa poitrine. J’aurais voulu empêcher mon corps de réagir ainsi, mais comment ? Le jeu perdait de son innocence. Sensualité suprême, elle lécha sa lèvre inférieure d’une langue humide avec une lenteur consommée, attirant mon attention, puis baissa le regard sur l’échancrure de ma chemise tendue par des tétons incontrôlables. Une chaude moiteur réchauffa mon entrejambe à ma grande surprise.

Les occasions de danser se faisaient rares ces derniers temps, une grande part de mes distractions avait disparu en fait, emportée par le tumulte de l’existence, je me laissai aller dans les bras de ma partenaire. La présence incongrue de la cuisse glissée entre les miennes, la douceur des mains dans mon dos et la brulure du souffle dans mon cou, rien ne me fut épargné pour mon plus grand plaisir jusqu’à la note finale.


– C’était vraiment chaud, roucoulai-je sous le charme de retour à la table, j’ai adoré. Tu danses bien.

Mon enthousiasme trahissait peut-être un certain état d’ébriété, Chantal montra des remords inattendus. Elle m’observa d’un œil critique.

– Tu veux prendre un peu l’air ? Ça nous remettra les idées en place.

Étrangement spectatrice face à la perte de mon innocence, je laissai divaguer mon esprit à son gré.

– Lesquelles ?

Ignorante de l’insinuation, Chantal m’entraîna vers la sortie, signifia au passage à la patronne de lui marquer les consommations puis m’installa en terrasse sur une chaise. Je n’avais certainement pas atteint le point de non-retour de l’ivresse véritable, pourtant le manque d’habitude se percevait dans ma démarche mal assurée. Une nuit claire étalait sur Paris son impénétrable beauté à peine troublée par de rares véhicules. Une question malencontreuse m’échappa.

– Ne te vexe pas mais... la patronne du bar, elle ne serait pas lesbienne ?

– Si, admit Chantal d’une voix égale. Tu n’es pas choquée ?

– Oh non ! L’ambiance est sympa et je reviendrai.

L’empressement à répondre justifié par le besoin de rassurer mon interlocutrice, je reconsidérai les cocktails ingurgités en grand nombre, l’absence de mecs dans le bar, le slow langoureux, autant de messages subliminaux que mon cerveau avait ignorés à tort ou à raison. J’effleurai la main de Chantal, attentive au choix des mots.

– Toi aussi tu... avec les femmes ?

Pressée de couper court à la discussion, elle se dégagea sans brusquerie. Je la sentais faible pour la première fois.

– Oui, ça m’arrive. Tu habites de quel côté ? Je vais te ramener.

– Rue du Roi de Sicile, expirai-je dans une grande bouffée d’air vivifiante, c’est plus loin à droite.

– Je connais, on y va quand tu veux.


Aussitôt debout, je m’accrochai au bras de mon accompagnatrice. Il ne s’agissait que de parcourir trois centaines de mètres mais l’impression de vivre un instant de liberté, le premier de mon existence, était troublante.

– Et toi, tu habites où ?

– Dans le 18ème arrondissement, répondit Chantal évasive, à Montmartre. À côté de la Basilique du Sacré-Cœur, s’esclaffa-t-elle devant mon air ahuri. C’est vrai que tu ne connais pas encore Paris.

Arrivée trop vite à mon goût au pied de l’immeuble, je tentai de retarder l’instant de me retrouver seule.

– Tu montes cinq minutes ?

Chantal hésita sur la conduite à tenir pour la première fois, pas longtemps, peut-être afin de jauger la détermination de la petite provinciale qui se prenait pour une adulte. Je la pressai à mi-voix au rez-de-chaussée afin de ne pas attirer l’attention de la concierge un peu trop bavarde.

– Viens.

Elle me suivit, davantage nerveuse à chaque marche, attentive à ne pas le montrer. Une pensée me fit sourire en grimpant jusqu’au 1er étage, la vaisselle de midi lavée et rangée, j’étais certaine de la recevoir dans un endroit propre.

– C’est là, marquai-je d’une voix chevrotante en glissant la clé dans le barillet de la serrure de sécurité.

Une main nerveuse me retint dans l’embrasure de la porte, comme si franchir le seuil de mon intimité représentait un danger.

– Il vaut mieux que tu rentres seule, sourit Chantal charitable.

L’angoisse de la solitude se fit violente à l’instant de me préparer à une première nuit dans mon nouveau domaine, le moral revenu depuis notre rencontre menaçait une fois encore de foutre le camp.

– Non ! Viens, m’insurgeai-je sur le ton d’une gamine capricieuse en la tirant par la main dans l’appartement.


Mon invitée apprécia la disposition des lieux avant de s’installer sur un haut tabouret au comptoir sur lequel trainait mon book.

– Je peux regarder ?

Chantal n’attendit aucune réponse, son regard prudent fit la navette entre les photos et moi, tétanisée en attente du jugement.

– Pas mal du tout, lâcha-t-elle au bout d’un instant interminable. Dis-donc, ton oncle a su tirer le maximum de la place disponible, cet appartement est une réussite.

– C’est gentil, balbutiai-je déconcertée de l’entendre changer de sujet. Tu veux boire quelque chose ? Il doit y avoir de la bière.

– Non merci, et je pense que tu devrais t’arrêter là pour ce soir. Le mieux serait de te laver les dents pour aller au lit.

Incapable de lui donner tort, je me dirigeai vers la salle de bain en lançant au hasard une banale discussion. Chantal moins pressée de s’en aller s’adossa à la bibliothèque qui servait de porte.


Estimant depuis toujours avoir une approche saine de ma physionomie, je ne voyais pas la nécessité de remettre mes vêtements pour aller dans la chambre. Et les dernières vacances de Pâques avec des copines au Cap d’Agde renforçaient cette impression. Bien entendu, les parents ignoraient que leurs filles avaient profité d’une semaine de liberté dans un camp naturiste.

– Tu as un pyjama ou une chemise de nuit ? demanda Chantal d’un ton égal.

– Oh non, dis-je soulagée par la douceur de la température, j’ai l’habitude de dormir à poil, surtout avec cette chaleur.

Elle tira le drap sans commentaire et attendit que je m’allonge pour s’asseoir au bord du lit, le regard inexpressif. Je la découvris songeuse, absente, presque défaillante. Cette soudaine impression de faiblesse me stupéfia. Elle resta un long moment le regard vide. Une parole de trop pouvait la pousser à fuir, mon silence respecta ses préoccupations.


Chantal posa la main sur mon sein gauche et joua distraitement avec le téton, comme on s’aide à réfléchir en occupant ses doigts. Un frisson trahit mon trouble. J’aurais dû la repousser. La paume sur ma peau devint inerte. Pourquoi ne disait-elle rien ? Pourquoi ne continuait-elle pas ? La caresse avait allumé une sensation inconnue.

La main s’aventura sur mon ventre, un ongle titilla mon nombril. Une fois encore la sollicitation dura un trop bref instant. Chantal retrouva son immobilité, indifférente à la tension provoquée par tant d’audace, m’abandonnant à une expectative dont je me serais volontiers passée.

Enfin la caresse se fit plus impérieuse à l’approche de mon bas-ventre. L’exaspérante lenteur ne traduisait pas vraiment une hésitation, plutôt la volonté de ne rien précipiter. Jamais je n’avais ressenti ce qu’il convenait d’appeler le désir. Chaque centimètre sur la peau moite en direction de mon intimité provoquait une confusion. Le cœur emballé, je guettai l’instant où les doigts se perdraient dans ma toison.

Toujours silencieuse, le regard détaché, Chantal écarta mes cuisses puis couvrit mon minou de sa paume. Une intense sensation de chaleur irradia mes chairs. Elle s’arrêta là, comme attentive à la portée de son geste, hésitante sur la conduite à tenir.

La main fouineuse disparut. Je restai immobile, abasourdie, une horrible impression d’abandon accrochée à l’âme, les cuisses ouvertes sur un vide détestable, trop ignorante de ces choses pour raisonner, incapable du moindre mouvement de peur qu’il soit mal interprété. Un grondement exalté échappa de ma gorge nouée.

– Chut, laisse-moi faire, me signifia-t-elle attendrie.

Soudain, tandis que je n’attendais plus rien, Chantal reprit l’initiative. Elle mouilla de salive son majeur et son index dans un sensuel mouvement de lèvres avant de reprendre possession de mon intimité. J’exhalai à nouveau un soupir, dépassée par l’érotisme de la situation, prête à toutes les folies.

Les doigts lissèrent mon abricot dans un lent mouvement répétitif plein de douceur. Enfin elle ouvrit avec précaution mes petites lèvres en évitant le clitoris. M’offrir ainsi augmentait les sensations, qu’une femme soit à l’origine d’une telle excitation relevait d’un interdit troublant. Les phalanges indiscrètes fouillèrent ma vulve, je sentis aussitôt la cyprine lubrifier le passage, lui permettant toutes les audaces.

Réflexe incontrôlable, j’accordai à mes seins des caresses qui n’avaient rien à voir avec les palpations insignifiantes habituelles, jamais pincer mes tétons durcis ne m’avait donné autant de plaisir. Chantal lécha de nouveau ses doigts puis les replongea en moi. Je devinai à son sourire qu’elle se régalait de ma mouille.

Elle continua son manège inlassablement, attentive aux moindres de mes réactions. Mon corps se liquéfiait de l’intérieur. Son pouce dénicha mon bouton et l’extirpa de sa gangue de peau avant de l’entreprendre sans se presser. Le contact me fit sursauter.

Concentrée sur la vertigineuse montée de mon plaisir au rythme d’une masturbation lancinante, exaspérante, Chantal s’efforça de ne rien perdre de mes émotions. Les doigts dans mon minou trempé me remplissaient, celui sur mon clito me rendait folle.

Les caresses m’arrachaient des frissons puis, presque trop tôt, des gémissements. Le volcan en moi menaçait d’exploser. J’aurais voulu me retenir, ressentir l’intensité de ce bonheur à l’infini, mais mon corps abdiquait. Les mains impatientes sur mes seins dont je triturai les pointes violemment, crispée au point de décoller la tête lourde de l’oreiller, je laissai échapper un petit cri.

– Oh !

– Jouis, mon ange.

Chantal continua sa caresse jusqu’à la fin de mes soubresauts, pour profiter jusqu’au bout de mon orgasme, pour le prolonger. Elle porta une dernière fois les doigts trempés de ma cyprine à sa bouche, les lécha avec une avidité décuplée. Je la sentis heureuse de partager ainsi l’intensité de ce qui venait de nous réunir.


Puis elle se releva lentement, toujours silencieuse, le regard brillant comme imprégné de la conviction du devoir accompli. Elle posa un baiser léger sur mon front et disparut. Le petit claquement discret de la porte me fit grimacer.

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