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Addicte

Chapitre 4

Show chaud

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5

Une histoire érotique écrite par

Fantasme
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« Mercredi 15 juillet, je viens de passer trois jours sans sortir, à retourner mille fois le problème dans ma tête. Qui suis-je ou plutôt que suis-je vraiment ? Une nana un peu étourdie de se trouver seule dans la capitale ou une petite lesbienne qui se ment à elle-même depuis des années ? Longtemps j’ai justifié ma préférence pour la compagnie féminine par la volonté de reconnaissance sociale. Était-ce de l’aveuglement ou le refus d’accepter une réalité dérangeante ?

Deux expériences au lycée m’ont poussée aux limites du supportable en matière de sexe avec les garçons. Est-ce une raison suffisante pour remettre en cause des années de certitudes ? En fait, la plupart de mes convictions ont foutu le camp après le refus des parents de me voir intégrer une école de cinéma au lieu de la fac traditionnelle qu’ils avaient choisi avec soin. Si en plus je leur annonçais que j’aime les femmes, papa le prendrait comme un défi personnel.

Ce désintérêt pour le sexe opposé s’expliquait simplement dans mon esprit à vif de jeune rebelle : l’amour n’était pas fait pour moi. Peut-être un jour serais-je tombée sur un mec qui m’aurait donné envie de mener une vie rangée de mère de famille, sinon tant pis. Je préférais concentrer mes efforts sur la réussite professionnelle. Les séances de masturbation quasi-quotidiennes suffisaient à me faire oublier la solitude, alors inutile de chercher la satisfaction ailleurs.

Toutes ces années passées dans un monde rural refusant l’évolution de la société, il m’a fallu composer avec un univers hostile ; aussi à Paris j’ai baissé ma garde. Chantal et Agnès en observatrices attentives se sont-elles engouffrées dans la brèche avec mon accord tacite ? Mont-elles transformée ou ont-elles découvert ma nature sous le vernis de la petite provinciale égarée ? Mon attitude vis-à-vis de Juliette samedi était-elle un premier pas vers une acceptation logique ?

La compréhension de l’orientation est bien entendu indispensable dans l’optique de me construire ; l’homosexualité ressemble à une formule de chimie complexe dont je connais quelques applications, aucun des fondements. On ne se lève pas un matin en disant « je suis gay » ou « je suis hétéro ». Notre seul choix est celui de s’assumer ou non, on a la chance de pouvoir le faire dans ce pays. Les nanas attirées par les mecs ne sont pas plus heureuses, ce serait trop simple, mais surtout injuste.

Voici en résumé le triste constat d’une première semaine à Paris. Triste ? Peut-être pas tant que ça, les réponses paraissent évidentes quand on se pose les bonnes questions. Simone de Beauvoir a écrit dans le Deuxième Sexe en 1949 : « On ne nait pas femme, on le devient ». Et si l’heure était venue pour moi d’ouvrir les yeux sur ma personnalité, d’envisager un avenir hors des sentiers battus de l’hétérosexualité imposée comme la norme sociale par excellence ?

Le microcosme vers lequel je tends irrémédiablement depuis quelques jours m’est inconnu ; néanmoins, la découverte du plaisir entraîne le désir, une révolution dont je compte profiter désormais. Il n’y a aucun mal à se faire du bien comme dit le célèbre proverbe. Quant à mon avenir professionnel, je n’ai décroché aucun casting ni emploi mais je ne doute pas d’y parvenir... »

La sonnerie de mon portable me tira d’une trop longue introspection, l’affichage du numéro d’Agnès me rendit le sourire.

– Tu es chez toi ? explosa aussitôt à mon oreille.

– Oui.

– Ne bouge pas, ordonna-t-elle sans me laisser le choix, j’arrive.


Une quinzaine de minutes à peine, le temps pour moi de prendre une petite douche et de faire un semblant de ménage, voici le temps qu’il fallut à Agnès pour apparaître sur le palier du 1er étage. La bise sur la joue m’amusa, je ne me serai pas formalisée si elle avait embrassé mes lèvres.

– Tu es prête, à ce que je vois, sourit-elle en refermant la porte dans son dos. Ne te couvre pas davantage, il fait bon dehors.

Un rapide coup d’œil à ma tenue transforma mon sourire en grimace. La veste mal boutonnée du pyjama un peu grand bâillait de partout, dévoilant ma peau par bribes. L’échancrure ainsi provoquée exhibait mon sein droit jusqu’à la pointe.

– Ne touche à rien, souffla Agnès en caressant le coton mal ajusté sur mon épaule, tu es trop mimi au réveil. On déjeune ? Elle agita sous mon nez un paquet de croissants.

Le temps passé à la rédaction de mon journal avait escamoté la notion de temps, la pendule du salon affichait fièrement 8 h 40. « Thé ou café ? » furent mes premières paroles. Décontenancée, je réussis à dissimuler ma gêne en m’activant dans la cuisine équipée à la recherche des boîtes adéquates.

– Thé sans sucre, avec du lait si tu as… Dis donc, ton oncle a su tirer le maximum de l’espace disponible. Cet appartement est une véritable réussite, même s’il manque un peu de déco.

Il fut aisé de deviner au changement de ton que mon invitée ne parlait pas pour remplir le silence, elle inspectait vraiment mon cadre de vie. Alors, dans mon esprit de petite jouvencelle de 18 ans, je me réjouis de l’intérêt porté à mon égard.

– J’aurai besoin d’un travail pour l’arranger, aussi pour remplir le réfrigérateur. Je ne pensais pas que la vie était si chère.

Je me retournai, la bouteille de lait dans une main et la boîte à thé dans l’autre, Agnès était là, à quelques centimètres de moi, sereine.

– Quand je t’ai dit l’autre jour que tu pouvais compter sur mon aide, ce n’était pas des paroles en l’air.

L’envie me prit de l’embrasser, au moins pour la remercier, mais l’eau en ébullition dans la bouilloire électrique accapara mon regard.

– Au fait, changea-t-elle de sujet après avoir pris place au comptoir. J’ai visionné tes courts-métrages avec beaucoup d’attention, « La baignade » a particulièrement intéressé une de mes connaissances.

On avait tourné ce film de 26 minutes le temps d’une semaine sur la base de loisir de l’Île Charlemagne à Orléans durant l’été 2014, une belle histoire écrite par une amie qui ambitionnait de devenir scénariste. Mon partenaire voulut m’embrasser pour de bon à la fin, il fallut presque tout un après-midi à l’équipe, moi en tête, pour l’en dissuader.

– Maintenant on doit s’occuper de ton apparence, stipula Agnès sans appel, je vais demander à ma coache personnelle de passer dans l’après-midi.

Rassurée par l’éventualité d’avoir bientôt une chance de percer, je m’abandonnai aussitôt à ses décisions.


J’avais guetté avec impatience le départ de Gaëlle, la coache personnelle qui faisait office de coiffeuse et d’esthéticienne, elle méritait pourtant toute ma reconnaissance. Le carré dégradé mi-long dont les pointes couvraient les épaules ne me vieillissait pas mais rendait mon âge impossible à définir. La conscience d’avoir désormais un réel pouvoir de séduction me traversa l’esprit, je pouvais jouer à l’envie d’une maturité précoce ou d’une ingénuité tardive.

– Euh… je peux te poser une question ?

Agnès acheva d’étendre la serviette humide avant de me regarder avec tendresse, de cette belle complicité qu’on pouvait trouver entre des amies vraies ou des personnes de la même famille.

– Tu fais ça à cause de… l’autre nuit ?

Déstabilisée une seconde, installée près de moi sur le rebord de la baignoire, elle prit mes mains dans les siennes.

– J’ai ressenti un pincement au cœur la semaine dernière, tu me rappelais ma propre jeunesse. Moi aussi je suis arrivée à Paris seule, perdue, des rêves plein la tête, avec la même volonté de réussir. Je crois en toi, Axelle, et je ne suis pas la seule, Christophe Bourdon en est persuadé aussi.

L’évocation de celui qui avait été mon professeur d’art dramatique pendant cinq ans me fit sursauter.

– Tu paraissais tellement convaincante que vendredi après ton départ j’ai visionné tous tes courts-métrages, puis j’ai mené ma petite enquête. Lundi avec une productrice de ma connaissance, elle recherche un profil particulier auquel tu pourrais correspondre, on a rencontré ton ancien prof à Orléans. Il nous a dit le plus grand bien de ton travail alors voilà, j’ai décidé de t’aider comme une personne l’a fait pour moi à l’époque. Ce n’est pas un gage de réussite mais au moins tu auras ta chance.

Par petites phrases ou par de longs discours, Agnès faisait preuve d’une désarmante franchise. Mon euphorie l’amusa.

– Tu me remercieras plus tard, décréta-t-elle en me prenant la main, on va t’arranger pour ce soir.

M’arranger ? Je me sentais déjà mal à l’aise d’avoir préféré une robe passe-partout à l’habituel short et tee-shirt. Mon ange gardien récupéra dans le salon un sac publicitaire abandonné sur le canapé à son arrivée puis m’entraîna dans la chambre. Elle déplia un bout de tissu avec soin.

– Ça va à l’encontre de mon conseil de l’autre jour, gloussa-t-elle, mais laisse tomber le soutien-gorge. Ce serait une faute de goût.

La précipitation me gagnait, je me forçai néanmoins au calme, la tenue apportée par mon amie devait valoir une fortune. Elle m’aida à l’ajuster.

– Fais voir ? Elle te va à merveille, je te l’offre.

La silhouette mise en valeur par une minirobe d’été d’un dégradé de bleu pastel à mauve, la transparence du bustier en dentelle et le tissu couvrant à peine le haut de mes cuisses me frappèrent.

– Ce n’est pas un peu provocateur ?

Le rire d’Agnès emplit la chambre.

– Pas si tu mets une culotte. On va rencontrer pas mal de professionnels du cinéma et du théâtre, ajouta-t-elle avec un sourire d’encouragement comme un prof aurait boosté son élève avant un examen de passage, alors c’est le moment de leur en mettre plein la vue, ma belle Axelle.


La réception dans le salon d’honneur de la Villa Frochot se voulait aussi formelle que je l’avais craint. Dépassée l’insouciance des Années Folles, la maison close puis le cercle de jeu fréquenté par les truands, l’ancien cabaret de Pigalle abritait désormais les mondanités dans un décor somptueux. De nombreuses personnalités du show-business, des arts et des médias avaient accouru pour le vernissage d’ouverture.

La charismatique Agnès Vidal m’avait prise sous son aile, toute la jet-set parisienne ne pouvait plus l’ignorer. Ces gens savaient-ils que nous avions été amantes ? Cela ne faisait guère de doute.

– Tu souris, tu bois quelques verres, le bouche-à-oreille et la couverture médiatique de l’évènement feront le reste. Charles ! s’emballa-t-elle soudain en prenant un célèbre producteur par le bras. Laisse-moi te présenter te présenter Axelle Lamare.

Les seins nus en transparence sous le bustier de dentelle brodée, j’avais l’impression d’être la proie de toutes les attentions. La robe, de la créatrice japonaise Katsura au dire de mon amie, attirait immanquablement l’attention. Par chance, des personnalités d’un autre acabit soulageaient un peu la pression autour de moi. Agnès allait et venait au gré des rencontres, m’encourageait à distance d’un sourire ou d’une œillade complice entre deux discussions informelles.

Oubliée l’amante, la femme rencontrée à la terrasse d’un café désirait sincèrement me venir en aide. Présentée par la généreuse rentière comme une amie, je n’avais pas à craindre les questions déplacées ou les remarques désobligeantes d’un microcosme dont les frasques s’étalaient en couverture des journaux à scandale à grand renfort de photos parfois monnayées à prix d’or.

– Bonsoir, charmante demoiselle, enchanté de faire votre connaissance.

Le timbre aigu résonna dans ma tête à la manière d’une puissante sirène d’alarme. La manière de prononcer chaque mot d’une récitation apprise par cœur à travers un sourire mielleux, l’habitude de forcer sur les cordes vocales pour se donner une contenance, la voix ne pouvait qu’être celle d’un dragueur invétéré.

– Je m’appelle Mike, photographe free-lance, toujours à la recherche de beautés à immortaliser. Je viens de la trouver. Vous prenez un verre ?

Je me sentis littéralement déshabillée sur place par le regard pesant du gêneur. Ce dernier, imperturbable malgré certains reproches silencieux lancés dans sa direction, ne s’encombrait plus du professionnalisme attendu dans ce genre de réunion.

– Non merci, grimaçai-je d’un timbre exagérément froid en cherchant un soutien ou une échappatoire de gauche à droite du buffet, j’en ai un.

– Prenez-en un autre avec moi, je vous en prie, nous pourrons parler tranquillement de votre avenir.

Proche ou lointain, réussi ou raté, mon futur ne s’écrirait jamais en compagnie d’un personnage aussi vulgaire qui se baignait dans un parfum capiteux pour faire oublier l’odeur nauséabonde de son comportement.

– Enfin ! Je vous cherche partout, soupira Agnès dont le bras ferme s’enroula autour de celui du dragueur. Parlez-moi de New-York, insista-telle en l’entraînant après un clin d’œil complice qui m’était destiné, vous y êtes allé finalement ?

– Euh... balbutia le photographe pris de court.

– Bonsoir, lâcha une voix rauque. Votre chaperon m’a devancée à l’instant où j’allais voler à votre secours.


Vêtue d’une ample chemise mauve sur un pantalon de popeline beige, la silhouette donnait l’impression de capturer la lumière. Une coupe mi-longue asymétrique féminine en diable couvrait le front pour tomber en une soyeuse cascade ondulée châtain sur des sourcils épais, deux grands yeux sombres encadraient le nez fin sur une petite bouche sensuelle aux lèvres ourlées que des fossettes mettaient entre parenthèses. Belle mais pas seulement, elle détenait ce petit plus qui attirait immanquablement l’attention.

– Merci, j’ai cru ne jamais m’en débarrasser, m’extasiai-je stupéfaite de la main fine tendue dans ma direction.

Candice Brandeberger, symbole d’une jeune génération de journalistes économiques et politiques, passait tous les jours ou presque à l’écran sur une chaîne d’informations en continu de la TNT.

– Ce genre de personnage déshonore la profession. Malheureusement, son talent de photographe le protège. Dites que vous n’aimez pas les mecs la prochaine fois, susurra l’apparition à mon oreille, ça suffit en général.

Mi-choquée mi-amusée, je ne pus retenir mes doigts de trembler dans la main de la belle inconnue. Elle maintint cependant le contact.

– Je...

– Ton gaydar n’est pas très affûté. Tout cela est nouveau pour toi, n’est-ce pas ? On est toutes passées par cette étape. Tu veux boire quelque chose ?

Qu’est-ce qui était le plus choquant, le tutoiement soudain ou l’affirmation qu’il ne me serait pas venu à l’esprit de démentir ?

– Du champagne, déglutis-je péniblement, merci.

Une question me taraudait hormis le fait de ressentir une attirance soudaine pour la jolie journaliste.

– C’est quoi le gaydar ?

– Un raccourci de gay et de radar, c’est une sorte de sixième sens qui nous amène à reconnaître les lesbiennes. En outre, pouffa Candice après avoir vidé son verre d’une traite, Agnès Vidal fréquente rarement des hétéros sauf pour les déniaiser, toujours à la recherche d’une novice mais jamais deux fois la même amante.

– Tu veux dire que tout le monde sait...

Je m’en doutais ; pourtant, l’entendre avouer donnait plus d’ampleur à la chose.

– Non, rassure-toi, moi oui car je la connais. Pas d’un point de vue intime, pouffa la journaliste d’un rire tragi-comique. Les gens présents ici s’en moquent, l’hypocrisie est une qualité dans la bourgeoisie.

Candice ne s’encombrait d’aucune charité de façade, au point d’en paraitre blasée, presque cynique. Pour autant, cette particularité la rendait craquante.

– Et toi ?

La petite bouche de la journaliste s’étira sur un sourire.

– Je n’ai jamais caché mon orientation, convint-elle en se servant un nouveau verre de vin, l’avantage d’avoir des parents compréhensifs.

– Tu as de la chance. Les miens ont failli me faire interner quand ils ont appris que je voulais devenir actrice. S’ils savaient pour le reste...

Le bras de Candice s’enroula autour du mien. Inutile de me complaire en victime, j’avais mieux à faire. Un champagne exquis, une jolie nana, la perspective d’une nuit torride, rien ne pouvait me satisfaire davantage, au point d’en oublier les personnalités du cinéma présentes.

– On file maintenant qu’on est gavées de petits fours ? pouffa Candice à mon oreille.

La soirée ne faisait que débuter à 21 heures, Agnès occupée à détourner l’attention du photographe me dédouana d’un sourire complice.


Le taxi nous déposa dans ma rue face à un bar auquel je n’avais pas prêté attention, Le Rendez-vous des Gazelles. À ma décharge, les évènements de la semaine avaient occupé mon esprit. La présence de nanas occupées à fumer devant la porte se réfléchit comme une publicité décalée. J’avançai jusqu’au panonceau en fer forgé noir d’habitude utilisé pour placarder le menu. L’audace de l’avertissement me surprit.

 « Ouvert tous les jours de 17 heures à 5 heures du matin, soirée 100 % filles le mardi et le vendredi. »

D’immenses boules lumineuses orchestraient l’éclairage bleu pailleté du bar cosy au mobilier composé de poufs moelleux autour de tables basses semblables à celles d’une boîte de nuit classique qui délimitaient un dancefloor peu fréquenté. Paris d’après mes recherches sur le Net ne recelait plus d’endroits réservés aux femmes, par extension aux lesbiennes. La clientèle masculine était bienvenue à condition de se montrer correcte envers les femmes. Qu’aucun homme ne montre le bout de son nez ce soir me convenait très bien.

– Tu en fais une tête, gloussa Candice en s’installant au bout du comptoir près de la porte d’entrée. Tout va bien ?

J’aurais pu débattre sur la présence d’un lieu de drague lesbien pratiquement au pied de mon immeuble, souligner le plaisir de connaître ce quartier dont je devais prendre la mesure, expliquer ma méconnaissance de ce microsome singulier, mais c’était bien la bulle de sensualité enveloppant notre couple qui prévalait. La différence entre la drague et le jeu de séduction me sautait aux yeux.

– Je ne sais pas si c’est une bonne idée de sortir dans cette tenue.

– Ta robe est assortie à ma chemise, donc tout va bien.

Travaillée ou naturelle, la désinvolture de mon accompagnatrice rendait les choses faciles. Elle aurait pu m’embrasser sans craindre une reculade, sentir la fièvre qui s’était emparée de moi, m’entrainer dans un coin sombre pour une étreinte furtive ou sauvage, je ne lui aurais rien refusé. Mais la précipitation n’était pas son credo.


Leçon apprise en cours d’art dramatique : une voix bien placée causait des ravages, la journaliste jouait de la sienne avec aisance, distillant un humour délicat accentué par de plaisantes mimiques de la bouche qui la rendaient craquante à souhait.

– Tu devrais passer des auditions pour être comédienne, je te verrai bien sur scène.

– Pour te voler la vedette ? Ce ne serait pas cool de ma part.

Je m’esclaffai, inconsciente de jouer une partie de cache-cache dont les nombreuses subtilités m’échappaient.

– Tu ne te places pas dans la lumière alors.

– Je le suis déjà au boulot, en réalité je préfère sous la couette. Mais je comprendrais que tu ne veuilles pas te lancer dans une aventure à mourir de rire.

La remarque aurait dû choquer, provoquer une cassure ; pourtant, l’art de l’élocution me garda encore une fois sous hypnose.

– Parce que tu invites les filles dans ton lit pour rire…

– Évidemment, riposta Candice d’un haussement d’épaules, tu voudrais qu’on y fasse quoi d’autre ?

– À quel âge tu as compris que..., ajoutai-je pressée par ma niaiserie.

– Je l’ai toujours su, j’imagine. Le malaise avec les mecs, le besoin de me rapprocher des nanas, les signes n’ont pas manqué. Ce n’était pas évident, surtout au lycée, mais c’est devenu plus simple à la fac.

– Rien n’a changé de ce côté. Et la première fois... ?

– À l’école de journalisme, souligna Candice, après plusieurs mois d’hésitation. Je me savais lesbienne mais c’est toujours difficile de passer à l’acte.

À bien y réfléchir, dissimuler ma préférence pour les filles à l’adolescence avait été une erreur, le remède se révélait aujourd’hui pire que le mal. J’avais découvert aussi les prémices de la sensualité par des attouchements maladroits, seule pour ne pas subir les insultes dont les jeunes étaient friands.

– Je me suis tournée vers des femmes d’expérience, continua Candice émoustillée par la teneur de la discussion, et je ne le regrette pas. Une bonne maîtresse se concentre d’abord sur le plaisir de son amante.

Il n’en fallait pas davantage. Un véritable désir naquit dans mon ventre, je la suivrai ce soir sans hésitation.


Anticipant mon désir de grand air, Candice choisit la terrasse d’une brasserie discrète peu avant minuit. Mais pouvait-on vraiment parler de discrétion dans une tenue aussi provocante en compagnie d’une personne médiatiquement exposée ? Rien n’était moins sûr. On s’attarda le temps d’une salade accompagnée d’une bouteille de rosé.

– Alors comme ça tu suis la première inconnue qui passe, ça t’arrive souvent ?

La tournure du débat me rendit nerveuse.

– C’est la première fois, excuse-moi si…

– Oublie ça, se rattrapa Candice, parle-moi un peu de toi. Tu donnes l’impression de porter un malheur trop grand sur tes épaules.

Pas évident de répondre sans se perdre en conjectures, l’impression de sentir ma vie sur le point de basculer me tétanisait. Étourdie, j’exhalai un long soupir.

– Je viens d’Orléans...

Je m’efforçai de raconter une enfance ordinaire au sein d’une famille gentille mais à l’esprit étroit, la sensation d’être différente dès les prémices de l’adolescence, le rejet du modèle social imposé par les collégiens eux-mêmes, l’effacement volontaire au lycée, le refus de la soumission aux garçons, puis à un garçon qui serait devenu mon époux. Car, sans en connaître la raison, je ne me sentais pas faite pour l’amour.

– Le problème de beaucoup, ma pauvre, coupa Candice, surtout dans les campagnes où l’étroitesse d’esprit est ancrée dans les mœurs. Alors, tes amours d’adolescente ?

– Deux expériences avec des mecs m’ont dégoûtée. Avoir des petits copains était un moyen de tromper les parents et les copines, je les larguais quand ils devenaient lourds.

Peut-être aurais-je gagné à ne pas dévoiler ce genre de détail. Candice s’empressa d’évacuer le sujet douloureux.

– D’accord, tu n’as jamais connu de femmes avant de monter à Paris ? Même pas des petits jeux entre copines ? Ça ne prête pas à conséquences quand on est adolescente, pas davantage ensuite, d’ailleurs.

– Pour me faire traiter de « sale gouine » devant tout le monde ? Je n’avais pas ton audace ni ta force de caractère. Je ne me rappelle pas d’avoir ressenti une attirance avant de connaître Agnès, c’est peut-être une simple histoire de cul en fin de compte.

– Si seulement ça pouvait être aussi simple, tiqua Candice désireuse de me soutenir. On ne peut pas coucher avec des femmes pour prendre du plaisir et dire à côté qu’on est hétéro. Ou il faut aussi aimer les hommes, ça n’a pas l’air d’être ton cas.

Ces paroles pleines de sagesse, j’aurais aimé les entendre plus tôt, je n’aurais alors peut-être pas été en mesure de les comprendre. Notre rencontre ce soir résultait de mon acceptation, elle n’en était certainement pas le déclencheur. Je racontai les rencontres avec mes deux initiatrices.

– Honnêtement, j’aurais détesté Agnès d’avoir abusé de ma naïveté si elle ne m’avait pas fait prendre mon pied, mais je n’arrête pas d’y penser. Ça devient une obsession.

– Pas facile d’entrer dans un nouveau costume. Tu dois découvrir ta vérité, Axelle, accepter tes émotions sans te laisser contrôler par elles.

– J’ai l’impression d’avoir gâché ma vie à me chercher, c’est pire maintenant que je suis décidée à m’assumer. Je ne vais pas passer toutes les soirées à me masturber sur un fantasme. Merde ! Je n’ai pas eu besoin d’une psychanalyse pour aller avec des mecs. Pourquoi ce serait plus difficile entre nous.

– Regarde où la précipitation t’a menée, sourit Candice soulagée de ma réaction, tu ne peux plus les voir. Les femmes sont dans une recherche plus cérébrale en général.


Un taxi nous déposa au pied d’un petit immeuble dans le 17ème arrondissement. On passa devant les appartements sur deux étages en se tenant par la main, promesse d’une étreinte proche. Passée la porte pour accéder au troisième l’escalier déboucha dans ce qui ressemblait à un salon.

– C’est…

La surprise me laissait sans voix, Candice s’en amusa.

– L’immeuble est une ancienne usine de confection. Les deux premiers étages où se trouvaient les bureaux ont été transformés en appartements de deux ou trois pièces. J’ai habité l’un d’eux à mon arrivée. Le loft occupe tout le troisième niveau où l’atelier était situé. J’ai sauté sur l’occasion quand il s’est libéré. La surface au sol est équivalente à celle des deux appartements par palier en dessous.

On se sentait vivre à la belle étoile sous la grande verrière au support métallique. Des spots LED aux murs diffusaient une atmosphère relaxante mauve, soutenue au centre de l’espace par le rouge incandescent d’une grosse boule lumineuse. Du coin cuisine au bout de la pièce jusqu’au grand lit de l’autre côté, pas un mur ni aucune ligne droite ne brisait l’harmonie délicate. De l’ameublement succinct réduit à son minimum jusqu’aux bibelots, tout n’était que rondeur.

– C’est génial ! Mais ça ne te gêne pas de… ?

Candice me poussa sur le canapé recouvert d’un plaid qui avait probablement vu le jour en Écosse avant de s’installer près de moi, juste en face d’une grande baignoire de verre transparent.

– Au contraire, c’est érotique. Les toilettes sont au bout de la cuisine à droite, c’est la seule pièce close.

Il était impossible de ne pas faire le rapprochement entre le loft sous la verrière et le jardin d’Agnès, quoiqu’ici le sentiment de se trouver en ville ne me quittait pas.

– À quoi tu penses, ma belle ? soupira Candice devant mon air absent.

– Je serais toujours à poil si j’habitais un endroit pareil.

Elle abandonna ses vêtements sans se focaliser sur mon propre déshabillage, comme si le moment n’était pas encore venu. Son air canaille m’invita à suivre les fesses rondes et fermes jusqu’à la cuisine.

– Alcool ou jus de fruit ?

La croupe somptueuse tendue vers moi ressemblait une provocation pure.


Nous papotions devant un jus d’orange quand mon hôtesse se redressa, mue par un ressort invisible, avant de scruter le ciel avec attention. Les étoiles avaient disparu, un trait lumineux suspendit son vol chaotique au-dessus de la verrière, l’orage déversa son fiel sur la terre.

– Ah ! voici le premier orage de l’année. Regarde comme c’est beau, Axelle, écoute le chant de la pluie.

Son regard s’attarda un instant sur moi, recroquevillée dans le canapé sous l’effet de surprise. Je frémis d’une peur irraisonnée. Se moquant de la tourmente, le visage éclairé d’un sourire plein de tendresse, Candice me tendit la main.

– Viens, tu ne risques rien.

Le bout de mes doigts sur les siens, elle dressée dans les éléments déchaînés et moi cramponnée à l’esquif de fortune que représentait le canapé, nous ressemblions à deux personnages statufiés. Mon regard se perdit à la contemplation du beau visage sur le cou fin, les épaules droites, les petits seins tendus aux tétons sages dans les aréoles brunes, le ventre tonique, la toison sombre impeccablement taillée.

Campée sur des cuisses galbées, Candice se laissa admirer sans arrogance superflue, et me rendit la politesse. Je me sentais fragilement belle dans ses yeux. Elle m’accueillit dans ses bras comme le capitaine d’un navire aurait réchauffé un naufragé. Je laissai aller ma joue sur son épaule, en confiance.

– Tu devrais voir quand tombe la neige, susurra un timbre rauque à mon oreille, le spectacle est magique.

Le désir s’insinua, sournois, intransigeant. Le hasard voulut qu’un orage au-dessus de la grande verrière transparente réveille notre libido.

Elle m’entraîna d’une démarche solennelle vers le grand lit au fond du loft, prenant le temps de laisser croître nos désirs.


Candice en initiatrice avertie s’allongea contre moi, les lèvres brûlantes nichées dans mon cou, puis se lança à la découverte de mon corps par des caresses éthérées. Les seins impatients, l’intimité humide de désir, je sentis fondre toute retenue. Elle se décida enfin à m’embrasser à pleine bouche, les yeux grands ouverts afin de suivre la progression de mon excitation.

Ingénue empressée, je tentai de m’approprier du bout des doigts le bas ventre de mon amante. Candice interrompit notre baiser, le regard lourd de sous-entendu accroché au mien afin de savoir jusqu’où j’étais prête à aller. Interprétant mon silence attentif, elle m’allongea sans ménagement sur le drap déjà froissé avant de s’installer à califourchon au-dessus de ma bouche.

Malgré mon désir de la goûter, de me repaître de son plaisir, en dépit du supplice de mon amante, il y avait encore loin de la coupe aux lèvres. Je ne pouvais qu’observer l’écrin recouvert d’une soyeuse toison sombre, incapable de toucher l’intouchable. La peur de la décevoir m’incita enfin à lisser les pourtours de son intimité, prenant soin d’éviter la plaie d’où sourdait une humeur impatiente.

– Lèche-moi là, gronda Candice en écartant les petites lèvres.

Le rauque de sa voix agit comme un électrochoc, stimulée par la situation, j’enfonçai ma langue dans sa grotte.

– Oh oui c’est bon…

Candice inspirée par mon apparente nervosité me guida, sa mouille délicieusement salée charma mes papilles. Pas question de rester spectatrice ce soir, les bras coincés le long de mon corps par ses jambes, les yeux grands ouverts sur le beau visage torturé par les prémices du plaisir, je m’enhardis à satisfaire le moindre de ses désirs.

– Mets ta langue dedans, suffoqua mon amante en décapuchonnant son clito, vas-y plus fort. Hummmm…

Je m’exécutai avec ardeur, saoulée de sa fragrance. Candice saisit mes cheveux pour frotter son sexe sur ma bouche ouverte à un rythme de plus en plus effréné, bientôt les plaintes s’accentuèrent.

– Vas-y, ma chérie, c’est bon…

Ses gémissements démontraient le bien-être, pas le plaisir. Les mains plaquées sur les fesses fermes pour la maintenir tout contre ma bouche, enivrée par mon audace, je la léchai avec une avidité croissante jusqu’à faufiler ma langue entre ses doigts occupés à frictionner son bouton. Ses mots me rassurèrent.

– Oui… comme ça… tu me rends folle…

Comprenant mon ambition de l’amener à l’extase, Candice cessa de se masturber et se contenta de décapuchonner son clito saillant. Le bassin projeté en avant par à-coups, elle frotta sa vulve sur ma bouche, maculant mon menton de cyprine.

Soudain, tandis que je pinçai le petit organe entre mes lèvres, les cuisses pleines de mon amante se contractèrent autour de mes joues, son corps se fit lourd. Elle expulsa sa jouissance sans retenue dans une longue plainte. Délaissant le clito avant que la caresse ne devienne souffrance, je savourai l’orgasme de la langue dans son intimité.