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Addicte

Chapitre 7

Montmartre

Lesbienne

Le toc-toc à la porte me tira d’une bienheureuse léthargie. Le manque de sommeil me laissait dans un flou artistique illuminé par le soleil matinal à travers la vitre. Où étais-je ? Quelle heure était-il ? Une poignée de secondes suffirent à replacer les évènements dans leur contexte.

– Entrez, signifia un timbre chaleureux bercé par un accent reconnaissable.

Engoncée dans un peignoir, Talya délaissa la souris de l’ordinateur. L’écran géant incorporé au mur se figea sur mon portrait réalisé dans le bain après… Une silhouette poussa un chariot dans le salon de la suite.

– Amenez-le dans la chambre, s’il vous plait.

Une grande brune d’environ 25 ans aux cheveux mi-longs noués sur la nuque, vêtue d’un costume homme pantalon gris anthracite bien coupé, apparut dans mon champ de vision. Le sourire ne laissait rien paraître d’un quelconque jugement à la découverte de deux femmes ensemble. Le chariot roulant chargé de douceurs oublié sans un regard sur notre univers, elle disparut en nous souhaitant une bonne journée.

À l’intonation de sa voix, Talya était réveillée depuis un bon moment. Elle appuya sur une touche du clavier avant de se tourner vers moi. Les images dont j’étais l’unique sujet défilèrent à l’écran, certaines rappelèrent quelques souvenirs accompagnés d’un regret dont je mesurai l’immensité de l’amertume.

– Je suis désolée de m’être endormie…

– Chut, signifia un doigt en travers de la bouche sensuelle. Tu avais besoin de repos, c’est tout.

Ce n’était pas une excuse. L’impression d’avoir tout perdu martelait mon cerveau, une franche gueule de bois aurait été préférable à cette impression de gâchis. Je voulais lui faire l’amour, m’endormir dans ses bras, me bercer dans son corps chaud de notre étreinte puis me réveiller de même. Rien de cela n’encombrait ma mémoire ce matin, rien ne remplissait la détestable sensation de vide.

– Tu as dit que tu m’accordais ce week-end ? tempéra Talya en approchant le chariot du lit. Alors savoure les choses comme elles viennent.

À commencer par le délicieux petit déjeuner qu’elle prépara avec un soin méticuleux, presque solennel.

– Thé ou café, ma chérie ?

La douceur de la voix tranchait avec l’espièglerie du regard.

– Café au lait s’il te plait, avec un sucre.

– Prends des forces, préconisa Talya mystérieuse en me tendant un plateau garni, on va faire du sport ce matin.


Fini le temps des cerises, les miséreux avaient disparu depuis longtemps ; pourtant, les paroles de la chanson ravivaient inlassablement les souvenirs de scènes cultes. Ils se nommaient Paul Albert, Chevalier de la Barre, Becquerel, Utrillo, Cotin, plus ou moins raides, étroits ou larges, longs ou courts, immortalisés par des peintres et des poètes qui parfois étaient les mêmes, les escaliers du côté Est de Montmartre restaient un des coins les plus romantiques de Paris.

La foule leur préférait désormais d’autres moyens d’accès comme le funiculaire, voici sans doute ce qui avait inspiré Talya dans le choix de son terrain de jeu, idéal à la réalisation d’un shooting photographique. Le décor offrait une multitude d’expositions différentes, ma complice s’en amusa jusqu’à la démesure en professionnelle accomplie, certaine de ses choix, confiante en moi.

– Tu n’es pas mannequin, chérie, ce n’est pas un défilé de mode. Alors reste nature, laisse éclore la véritable Axelle, fais-moi confiance.

L’allusion au sport pendant le petit-déjeuner n’avait rien d’une blague. La matinée à monter et à descendre des marches, la pesante chaleur de juillet, l’intransigeance requise dans les poses, tout me vida de mon énergie.

– Oui, bravo, c’est super ! Donne-moi ce que même ta meilleure amie ne connaît pas. Je m’occupe du reste, encore un effort.

La fatigue, les contraintes, qu’à cela ne tienne, je lui offris tout, la satisfaction visible de « ma photographe » suffisait à mon bonheur.

– Allez ma chérie, une dernière fois. Tu es magnifique ! Suspends-toi à la rambarde, tu es géniale !

Des passants curieux nous observèrent, leur présence m’indifféra comme la coulée de sueur dans mon cou mouillait le haut de la robe achetée pour l’occasion, ce n’était pas grave. Ignorante de ce qui nous entourait, attentive aux conseils, je m’appliquai à reproduire les émotions exigées par la donneuse d’ordres.

– On va manger un morceau ? proposa soudain Talya. Il est déjà midi, je meurs de faim.

Moi aussi, la matinée avait passé à une vitesse folle. Elle m’entraîna sur un bas-côté à l’abri des regards derrière une haute haie, retira le haut du vêtement trempé puis me libéra du soutien-gorge dans le même état. Interloquée mais incapable de prononcer un mot, je m’abandonnai à ses soins. Elle humecta mon visage et mon buste à l’aide d’un petit brumisateur avant de me sécher avec une serviette éponge.

– C’est sans alcool, ça ne te brûlera pas, prévint Talya prévoyante en vaporisant du déodorant sous mes aisselles et sur mes seins avant de remettre en place le haut de la robe.

Elle effleura mes lèvres d’un baiser, la scène avait duré moins d’une minute.


La terrasse Au Cadet de Gascogne donnant sur la place du Tertre n’était pas encore prise d’assaut, cela ne saurait tarder. La coupole de la basilique toute proche lançait sa flèche blanche vers le bleu du ciel immaculé. Les peintres installés depuis le milieu de la matinée interpellaient joyeusement les touristes. Des vendeurs à la sauvette jouaient à cache-cache avec la police. Toute la beauté de Paris semblait concentrée ici. On se serait presque attendu à voir les anges délaisser la basilique le temps d’un verre à une terrasse ensoleillée, et répondre à leur dieu de patron que le travail pouvait attendre.

Un intrus au sourire conquérant se présenta aussitôt à notre table. Ce genre d’attitude typiquement masculine m’horripilait.

– Talya ! Ty otchen krasivaya ! Ça veut dire « tu es très belle » s’amusa l’homme à mon attention. Mais vous n’avez rien à lui envier, chère mademoiselle. Je suis charmé de faire votre connaissance.

– Laisse tomber, Dimitri, soupira mon amie faussement agacée par l’irruption. Je te présente Axelle. Ma chérie, voici mon frère, attaché à l’ambassade de Russie.

La blondeur blanchissait un peu aux tempes du quinquagénaire élégant ; néanmoins, les regards brillants d’un semblable bleu azur et la finesse des traits ne permettaient pas de douter du lien. Le timbre guttural du frère répondit en écho à la voix chaude de la sœur, il s’installa avec désinvolture.

– Impossible de me libérer hier, désolé, j’en ai eu l’écho dans la presse. Tu restes longtemps à Paris ?

J’appréciai l’échange en français par prévenance envers moi. Le savoir vivre russe se vérifiait dans les moindres détails. Le serveur déposa une bouteille de vodka dans un sceau à glace accompagnée de trois petits verres de 5cl.

– Je suis attendue à Londres lundi mais le sujet de ma prochaine exposition est ici, on aura le temps de se voir.

Dimitri remplit les verres, il vida le sien d’une traite, aussitôt imité par sa sœur. Une petite gorgée d’alcool suffit à me brûler la gorge.

– Comment se porte notre mère ? demanda Talya d’une voix dépourvue d’assurance en servant une nouvelle rasade dont je fus par chance exempte. Elle me manque.

– Ça va. Mamotchka t’aime, petite sœur, elle finira par s’y faire.

Les verres vides furent aussitôt remplis, le mien y compris, une troisième tournée en moins de cinq minutes, je me demandais pourquoi le proverbe prétendait « boire comme un Polonais ».

– Tu restes déjeuner avec nous ? proposa Talya pleine d’espoir.

Dimitri avala la nouvelle rasade avec assurance puis se leva après avoir coincé un billet de 200 euros sous le sceau à glace.

– Impossible aujourd’hui, je dois y aller. Préviens-moi de ton retour à Paris, on se fera une petite fête.

Il embrassa sa sœur sur le front, baisa ma main avec délicatesse, puis se fondit dans la foule colorée de la place du Tertre. J’aurais supposé avoir rêvé sans la bouteille de vodka à moitié vide.

– Nazdrovie ! trinqua mon amie.

Le sourire forcé peinait à masquer la perte d’assurance. La venue de son frère avait révélé un malaise familial ; néanmoins, je me refusais à l’interroger sur le sujet malgré le désir de savoir.

– L’homosexualité n’est pas bien vue en Russie. J’adore ma mère mais elle rejette mon orientation. Notre dernière rencontre remonte à quinze ans.

Talya m’apparaissait fragile, la notoriété ne la protégeait en rien des aléas de la vie, bien peu de gens avaient pu la découvrir ainsi. Je me retins de la prendre dans mes bras afin de la consoler. J’osais à peine imaginer la réaction de mes parents. L’idée d’une éternité sans les voir me révoltait, comment se préparer à une telle éventualité ?

– Encore un ? proposa mon amie, la main sur la bouteille de vodka.

Mon refus ne l’incita pas à la sagesse, elle s’octroya une nouvelle rasade avant de chercher le garçon du regard.

– Allez ! On va manger.

L’idée me parut excellente.


Le malaise s’envola avec l’arrivée des premiers plats. Talya dévora d’un bel appétit sa salade composée, ses rires interpellaient sur la terrasse désormais pleine. Le serveur satisfait de travailler dans ces conditions nous choya avec un malin plaisir. Contagieuse, la bonne humeur lui garantissait d’excellents pourboires.

– J’avais déjà faim, rit-elle, la vodka n’a pas arrangé les choses. Tu as été très bien ce matin. C’est un plaisir de travailler avec toi, je te veux dans ma prochaine expo.

Un doute m’assaillit. Ces mots exprimaient peut-être un enthousiasme exagéré en réponse à un trop plein d’alcool.

– Comment tu peux le savoir avant d’avoir vu les photos ?

– Je ne fais que ça de les regarder, s’esclaffa mon amie en me présentant l’appareil numérique qu’elle manipulait entre chaque bouchée depuis le début du repas. Regarde par toi-même, dis-moi ce que tu en penses.

Je m’exécutai, un peu gênée, incertaine de me montrer impartiale. À l’observation dans le viseur de mon image ainsi mise en valeur, incapable de mettre sa sincérité en doute, je préférai attribuer le résultat à son talent.

– Tu es une grande professionnelle.

– Détrompe-toi, chère Axelle, se défendit Talya avec un sérieux retrouvé, je me contente de figer les images. Tu es faite pour attirer les regards. L’objectif d’un appareil photo ou d’une caméra est l’œil par lequel voient les foules, elles t’aimeront pour ce que tu leur offriras, non pour l’idée que tu as de toi-même.

Jamais on ne m’avait fait un aussi beau compliment.


– On va se promener ? proposa Talya sitôt la fin du repas. J’ai envie de m’imprégner de l’atmosphère de Paris.

Notre capitale stimulait le talent. Des fillettes perdues dans leurs jeux, deux mamies à papoter sous un porche, une femme au marché, des adolescentes déjantées, le moindre personnage féminin inspirait mon amie en artiste accomplie.

– Tu connais Laura Spelding ? demanda-t-elle au hasard d’une discussion à bâtons rompus à la terrasse d’un bar près du centre Georges Pompidou.

Le nom de la femme d’affaires ne m’était pas inconnu, elle défrayait régulièrement la chronique sur les plateaux de télévision. Un fait marquant heurta ma mémoire, la longue cicatrice sur la joue droite résultant d’un accident de voiture dans lequel son époux avait perdu la vie ne parvenait pas à l’enlaidir. On prêtait à la richissime veuve la réputation de convertir chaque initiative en or, et elle ne manquait pas d’inspiration.

– Son équipe travaille actuellement au projet d’une série tirée d’un roman fleuve sur les Amazones guerrières de l’antiquité grecque, reprit Talya sans me laisser le temps de répondre, elle a entendu parler de toi.

Agnès avait déjà évoqué le sujet sans entrer dans les détails ; maintenant, j’attendais avec impatience de pouvoir rencontrer la productrice en question.

– C’est un projet très ambitieux, annonça Talya sentencieuse. Si Laura va au bout de son idée comme elle en a l’habitude, il y aura une dizaine de saisons découpées chacune en vingt-quatre épisodes.

– Tu crois que je pourrais avoir un rôle ?

– Possible, s’emballa-t-elle en m’entraînant à une station de taxis, certains en parlent déjà. Si ça marche, tu t’engages pour quelques années. On passe à l’hôtel se préparer, je te sors ce soir.

Mon cœur explosa dans ma poitrine.


Talya, en digne héritière des traditions russes, avait imaginé au programme une heure dans le sauna de l’hôtel. L’idée m’emballa. Le cadran du régulateur de la cabine prévue pour deux affichait 30°. Il aurait fallu augmenter la température afin d’éliminer les toxines de nos organismes, j’étais juste bien.

La préposée l’avait affirmé, personne ne nous dérangerait. Le blocage par mes soins de la porte intérieure pouvait paraître exagéré, mais se faire surprendre dans le feu de l’action était un risque que je préférais éviter.

La chaleur sèche du sauna, contrairement au hammam, ne dégageait aucune vapeur. Nos serviettes recouvraient le banc de bois sur lequel on était installées côte-à-côte, mon regard effleura en douce sa nudité.

– Tu vas faire quoi à Londres ?

Ma question reflétait un intérêt véritable afin de contenir la montée d’un indicible attrait, la chaleur diffuse dans mon ventre n’avait rien de comparable avec celle de la cabine. Sous le charme de Talya depuis notre première rencontre, je vivais un véritable conte de fée depuis la veille. Il était si facile de tomber amoureuse dans ces conditions, de lui confier les clés de mon existence.

– Je vais rencontrer Louise Goldin, une styliste avant-gardiste dont les créations font fureur. Elle met les jambes des femmes en valeur comme personne.

Une autre question m’échappa.

– Elle est lesbienne aussi ?

Adossée au mur tapissé de lattes de bois clair, une jambe ballante et l’autre repliée sur le banc, la joue à plat sur un genou, Talya m’observa avec suspicion. Sa position offrait la vision de ses seins à peine tombants. Le ventre encore tonique malgré quelques bourrelets se gonflait par instant d’une respiration oppressée. La toison légère du pubis rappelait le blond foncé de ses cheveux. De fines vergetures en haut des cuisses fermes ne parvenaient à enlaidir ses rondeurs de femme mure.

– Sincèrement, Axelle, il n’y a aucun intérêt à le savoir. Tu viens à peine de vaincre tes démons, tu revendiques ton orientation comme une bravade. Si on faisait l’amour là, maintenant, tu me dirais « je t’aime », persuadée que c’est la vérité.

Sonnée, je demeurai un instant la tête basse.

– Je refuse de te manquer de respect, insista Talya soucieuse de me réconforter. On couchera peut-être ensemble, mais cela restera une aventure. Ce ne sera pas non plus une défaite si on se contente de dormir dans les bras l’une de l’autre.


Un geste gracieux de la main à la terrasse du célèbre restaurant L’Avenue à l’angle de l’avenue Montaigne et de la rue François 1er au cœur du 8ème arrondissement nous interpella. Mon accompagnatrice m’entraîna par la main, comme pour s’assurer de ma présence dans le dédale des tables joliment décorées de fleurs fraîches. L’établissement s’enorgueillissait d’une clientèle haut de gamme dont quelques noms du show business et du monde des affaires.

– Axelle chérie, s’empressa Talya après avoir embrassé la jolie rousse sur les joues, laisse-moi te présenter Audrey. Audrey, voici ma jeune amie Axelle qui sera mon égérie dans ma prochaine expo.

La notion du temps s’évapora l’espace d’un instant sous l’insistance du regard bleu de la célèbre Audrey Martin, élégante dans une robe à fleurs orange très clair sur fond blanc portée au niveaux des genoux. Mon regard s’invita dans le profond décolleté sur deux seins ronds mis en valeur par un soutien-gorge pigeonnant.

– Ah oui, s’enthousiasma l’actrice en prenant place à notre table, la protégée d’Agnès Vidal. Enchantée de faire votre connaissance.

Elles papotèrent deux minutes puis Audrey se leva, pressée par un rendez-vous à ne pas manquer. J’eus droit moi aussi à une bise accompagné d’un chaleureux « À bientôt, j’espère, sur le tournage d’un film, qui sait. »

Les yeux encore pleins de la présence, la joue marquée par le bisou, je m’installai à la table voisine sur la demande de Talya.

– Eh ! ma belle, s’esclaffa-t-elle face à mon inertie, remets-toi de tes émotions.

Oui, mais comment ? L’intrusion soudaine d’une jeune femme vêtue d’un ensemble chic me laissa le temps de récupérer. Les serveuses de L’Avenue arboraient l’élégance en guise de tenue de travail, loin de l’uniformité banalisée dans la restauration. Chacune dans un style particulier, en pantalon ou en jupe, elles étaient reconnaissables au petit sac noir en bandoulière contenant les outils de leur métier. Celle attribuée à notre table s’appliqua à l’aide d’un stylet sur un calepin électronique.

– Tu ne m’en veux pas pour cet après-midi ? demanda Talya en posant une main sur la mienne. Il ne s’agit pas de te juger mais de comprendre, je suis ton amie.

Le souvenir de la discussion au sauna en appela d’autres.

« Premier fait marquant de mon existence à Orléans, un garçon parvint à me séduire pendant les vacances après l’année de seconde. Pourquoi lui demeure un mystère, son manque d’assurance peut-être, plus certainement le fait qu’il ne fréquentait pas mon lycée. Peu importe ! De gentils baisers accordés en caresses volées, on coucha ensemble juste avant la rentrée. Le passage à l’acte sonna la fin de notre histoire, pas question de mêler les sentiments à « ça ».

Consternée d’avoir perdu mes illusions en même temps que mon pucelage, je m’en ouvris à maman. Elle s’évertua à m’expliquer la normalité du phénomène, les premières fois étaient rarement une réussite, l’épanouissement venait avec l’expérience. Mais cette désillusion ne présumait en rien d’une vie de femme épanouie par la suite. Comme elle, comme d’autres, je saurai trouver ma voie le moment venu.

Je commis l’erreur d’en parler à une copine qui s’empressa de faire circuler l’info. On m’aborda alors avec un acharnement singulier, je devins en peu de temps le trophée du lycée, la forteresse à prendre, « la fille qu’il fallait avoir avant les autres ». Mon refus systématique attisait les convoitises, chaque garçon tenait à tirer la notoriété d’être le premier à profiter de mes faveurs.

À bien y réfléchir, il m’était impossible de ressentir une quelconque attirance pour une physionomie dont je rejetais les caractéristiques. La seule pensée de ces mains trop grandes et trop nerveuses sur moi me donnait envie de fuir. Pas question de subir leurs lèvres sur les miennes, leur langue dans ma bouche, leur sexe dans mon ventre.

Moins le fait de rejeter les mecs qu’un agacement évident en leur compagnie devint un sujet d’étonnement, puis de débat, une rumeur enfla. Le terme de « gouine » – insulte suprême dans la bouche des lycéens – commença à circuler. La complexité du problème m’effraya par crainte de l’exclusion, la pire des punitions pour une adolescente, et un démenti violent aurait aussitôt pris l’apparence d’un aveu de culpabilité même si rien dans mon attitude ne laissait penser à une attirance pour les nanas.

Mes émotions avaient moins d’importance qu’une mauvaise réputation impossible à gérer. Je m’offris sous la pression des copines à un autre mec connu pour sa vantardise. On ne me traita plus de gouine mais la nouvelle épreuve m’écœura au point de semer le doute sur ma nature profonde, j’étais peut-être frigide ou de ces filles qui n’étaient pas faites pour l’amour. Seule certitude, il n’y en aurait pas de troisième fois.

Mes fantasmes ne m’entraînaient pas encore vers l’homosexualité, pourtant dans ma chambre, la masturbation devint un exercice quotidien. Je passais des heures entières à observer mon reflet dans la glace, à me toucher jusqu’au désir de me caresser, parfois ça m’entraînait vachement loin. La première chose que j’ai faite en arrivant à Paris a été de me branler dans la salle de bain. »

Ouf ! J’avais l’impression d’avoir fourni un effort surhumain à raconter en mangeant mes souvenirs de lycéenne.

– Comment tu as deviné ton attirance pour les femmes ? demanda Talya absorbée par le récit.

– Ma rencontre avec Agnès à la terrasse d’un bistrot. Elle avait peut-être cerné ma personnalité ou c’était le hasard, en tout cas ce fut une véritable révélation. J’aurai voulu le savoir plus tôt, ça m’aurait évité bien des souffrances.

La gentillesse de Talya se voulut un baume sur une blessure mal cicatrisée dont il me faudrait longtemps porter les stigmates.

– Je comprends mieux ton désir de rattraper le temps perdu, ma chérie. En fait, tu te libères de tes frustrations passées.

Loin d’éprouver une pitié nauséabonde, mon amie prit une décision ferme.

– Puisque les mecs te gênent, continua-t-elle complice, on les évitera. Leur présence ne m’est pas indispensable. On va faire un tour dans le Marais après dîner ?

L’idée de finir la soirée chez moi me traversa l’esprit, le plaisir de passer une autre nuit dans la suite me rattrapa aussitôt.


L’affluence au Rendez-vous des Gazelles reflétait la tendance estivale, des touristes remplaçaient les habitués partis sous d’autres cieux après le 14 juillet. Le samedi restait une soirée chargée avec, aux dires de la serveuse, une clientèle plus féminine. Certaines à la recherche d’une aventure de vacances, d’autres profitaient de l’absence de leur mari pour découvrir le sexe sous un angle neuf dans les bras d’initiées.

– Qu’est-ce que je vous sers ? proposa Marie après m’avoir embrassée sur la joue et salué Talya avec gentillesse.

– Vodka pour moi, fraîche mais sans glaçon, et un cocktail maison pour Axelle, je crois qu’elle adore.

Le sermon terminé, mon amie retrouvait son sourire charmeur inimitable, la maîtrise de ses émotions, son verbiage insolent bercé par un accent slave exagéré, tout ce qui en faisait une femme accomplie. Une nana un peu intimidée lui réclama un autographe, une autre s’incrusta.

Le court cheveu sombre sur un visage rond, un regard allumé de droguée, l’inconnue jouait avec grossièreté de son piercing sur la langue comme d’un trophée gagné à un concours de camionneuses. La poitrine plate sous un tee-shirt noir, les fesses semblaient camouflées par un jean informe, ou son cul manquait vraiment de fermeté, cette pensée me fit sourire tandis qu’elle draguait outrageusement Talya.

Cette dernière se montra charitable, trait dominant de son caractère. Elle fit semblant à plusieurs reprises de photographier la butch comme un édifiant emblème lesbien, l’objectif dévia toujours sur moi à l’instant fatidique, délicatesse destinée à me faire comprendre que personne ne s’immiscerait entre nous ce soir.

Je commençai néanmoins à trouver le temps long. Marie, habituée du milieu, rit de ma déconvenue une petite heure. Enfin, désireuse de bousculer un peu la sans-gêne trop entreprenante à mon goût, Talya se colla à moi dans une étreinte démonstrative.

– Axelle est superbe, n’est-ce pas ? demanda mon amie, une main baladeuse sur mes fesses serrées dans le mini short en jean.

Elle m’embrassa à pleine bouche, sa langue entraina la mienne dans une sarabande purement sexuelle. Le souffle court, je me régalai de sa salive imprégnée d’alcool. Des doigts s’insinuèrent par l’échancrure de ma chemise, jouèrent avec un téton, enrobèrent mon sein d’une caresse franche.

– Excuse-nous, on doit encore effectuer une séance photo de nu avant de baiser. Elle est assez chaude maintenant.

La remarque aurait été blessante en d’autres circonstances, mais l’aisance naturelle de Talya m’arracha un sourire. Sa parfaite maîtrise de l’art de la provocation incita la butch à admettre sa défaite.


On retrouva l’hôtel avec un certain soulagement, encore amusées de la déconvenue de la camionneuse. Je m’habituais à la suite aux couleurs intimistes. Le fait de partager mon espace intime comme si nous vivions en couple, au-delà du cadre enchanteur, me paraissait d’une touchante simplicité. Demain soir dans l’appartement d’Alain, le poids de la solitude se ferait certainement sentir.

– J’ai cru que tu allais me violer au bar.

– L’idée m’a effleurée, laissa tomber Talya insouciante de mon état, ce n’aurait pas été sympa de rendre cette pauvre fille jalouse.

Elle vérifia le fonctionnement d’un minuscule appareil photo numérique, me laissant le loisir de m’apitoyer sur mon sort. Elle disait donc vrai au bar, une nouvelle séance se profilait. Peut-être s’agissait-il d’un subterfuge destiné à contrer le malaise ressenti au sauna, d’une distraction destinée à parfaire son excitation.

– On va jouer sur le naturel. Tu te prépares pour la nuit sans te préoccuper de moi. Fais comme tu as l’habitude, je m’adapterai. Ce matin tu as posé, ce soir tu dois oublier l’objectif. Un effort, ma chérie, je ne te demanderai plus rien après.

Mon accord la satisfit. Elle savait trouver les mots en professionnelle accomplie, tout semblait facile en sa compagnie.

– Oh là ! s’exclama Talya partagée entre moquerie et tendresse, je connais ce regard. Tu penses à quoi ?

Mon hésitation l’incita à appuyer la question d’un sourire.

– J’ai l’habitude de me masturber avant de me coucher. Alors, si je dois…

– D’accord, rit-elle de ma désinvolture, on oublie ce passage. Je ne fais pas encore dans la photo pornographique.


Talya, qui avait profité de la salle de bain après moi, me trouva cette fois réveillée. Elle se débarrassa du peignoir, s’allongea de coté la tête appuyée sur un coude, puis me dévisagea d’un air narquois. La séance photo lui avait plu.

– Tu te caresses vraiment tous les soirs ? Je suis curieuse de savoir comment tu t’y prends. Tu te fais jouir en fantasmant sur quelqu’un, ou sur une situation ?

– Ça dépend, parfois c’est juste en me regardant dans la glace.

– Oh ! souligna-t-elle surprise de ma réponse. Ta propre image t’excite à ce point. Tu dois être très belle dans un moment aussi particulier. Montre-moi.

Je n’étais pas certaine de vouloir ; l’idée de me masturber devant celle dont je voulais devenir l’amante avait quelque chose de dérangeant. Il s’agissait peut-être d’une de ces lubies dont certaines femmes étaient friandes.

– Fais-le pour moi, ma chérie, susurra Talya.

Le timbre chaud m’électrisa. Contre toute attente, ma libido se nourrit de l’indécente proposition, mon corps réclama. Je me levai pour m’installer sur le fauteuil de direction à un mètre du lit près de la tablette supportant le clavier de l’ordinateur. Si je lui sortais le grand jeu, elle allait s’exciter.

– Hummm, ronronna la voyeuse dont le regard effleura à nouveau l’appareil photo posé sur la table de chevet.


Mes mains réveillèrent les terminaisons nerveuses de ce corps que j’apprenais au fil des expériences à connaître. Rien de sexuel encore, je caressai l’intérieur de mes bras, de mes cuisses, mon cou puis mes hanches, comme on me l’avait montré. Je me sentais bien, de mieux en mieux, mon esprit se libérait, acceptant l’érotisme irrationnel d’une situation qui m’échappait, au point que les premiers effets de mon trouble se voyaient sur mon corps.

Je massai ma poitrine de l’extérieur vers l’intérieur, soupesant au passage mes seins dont les pointes s’allongèrent. Je les pinçai dans une parfaite coordination. La délicieuse sensation se propagea plus bas.

Talya m’observait, attentive à la montée de mon désir, j’en épiais la progression dans son regard autant que dans mes sensations. Je glissai une main fébrile sur mon ventre et caressai mes seins de l’autre. Un doigt s’amusa avec l’ovale profond de mon nombril.

Je lissai ma toison taillée en un large triangle de poils courts dont aucun ne débordait sur mes aines. J’adorais admirer mon minou, le toucher, le câliner m’excitait. Ce soir encore la douce sensation était au rendez-vous. Le massage pubien appris au gré de mes jeux solitaires réveilla une appétence plus profonde.

Mon amie resta muette, immobile, dénoncée dans ses émotions par le regard dont le bleu se pailletait de gris. Je fantasmai sur sa nudité qui me restait interdite, pourtant si proche, en repensant à ses caresses dans la baignoire, à nos baisers langoureux.

Je mouillais, ma cyprine coulait entre mes fesses. Le remarquait-elle ? Sans aucun doute, un long soupir la trahit. Incapable de me retenir davantage, j’écartai les lèvres de mon abricot. Mon attention se concentra sur ma vulve, évitant le vagin et le clitoris. Ne rien précipiter, laisser monter la tension, prendre conscience que la puissance du plaisir dépendait de la patience.


Levée, Talya s’avança afin de m’observer avec tendresse. La sentir si près provoqua ma nervosité, je glissai un doigt dans mon vagin lubrifié. La fragrance de ses effluves se mêla aux miennes. Nos regards étaient les préliminaires qu’on s’accordait, sans savoir laquelle oserait le premier geste. La notion du temps s’évaporait dans notre désir l’une de l’autre. J’aurais aimé qu’elle me parle, peut-être espérait-elle de même.

Mon amante posa un pied sur le bord du fauteuil, sa peau contre ma fesse me brûla. Je glissai du siège en prenant garde de ne pas la bousculer et tombai à genoux, la tête levée entre ses cuisses écartées. Accrochée à ses jambes, le regard rivé à ce sexe offert, je jubilai de son abandon.

Ma langue s’insinua dans les nymphes moites d’un désir trop longtemps repoussé. La douceur presque sucrée de sa cyprine me surprit, son abondance illustra son désir. Je la léchai avec avidité, impatiente, sans aucune appréhension, comme si je pratiquai cette caresse depuis des années.

Talya ouvrit son sexe à mon appétit vorace, elle me guida à la découverte de ses secrets à mots couverts, tirant une certaine excitation de mon inexpérience, heureuse de me sentir au fond de sa grotte. Mon amante devait être habituée aux coups de langue superficiels des novices en matière de cunnilingus.

Je la pris de deux doigts, la pénétration lui arracha un nouveau soupir de volupté, je caressai ses seins de mon autre main, poires délicieuses dont il me fallait me régaler. Le geste provoqua son émoi.

– Oh ouiiiiiiii ! Fais-moi venir.

Nous retenir n’aurait rien eu de sain, son plaisir n’annonçait pas la fin de nos ébats, il ne serait qu’une étape sur le long chemin de la plénitude. Je trouvai le bouton tapis dans la moiteur de sa plaie, gorgé, sensible aux plus infimes effleurements.

Léchée, branlée, mon amante se livra en confiance à toutes mes fantaisies. Sa main dans mes cheveux m’indiqua le chemin à suivre pour l’amener au plaisir. Elle cherchait la délivrance, aussi je m’appliquai à la satisfaire, comblée de son bonheur.

– Comme ça… je… je…

Alors, dans une série de spasmes accompagnés d’un feulement, Talya se laissa aller. J’ignorais s’il s’agissait d’un véritable orgasme ou d’un simple plaisir de contentement, elle tomba à genoux pour s’enivrer de sa saveur dans ma bouche.


On trouva le grand lit à l’aveugle, trop préoccupées par notre baiser fiévreux pour voir où on mettait les pieds. Je me jetai sur ses seins, Talya me laissa faire. Une nuit et un jour pour profiter de notre désir, pour donner et recevoir, pour approcher ce paradis entraperçu au fil d’émotions jusque là contenues, c’était trop court.

Mon amante rompit notre étreinte, se redressa, contempla d’un regard pesant mes formes livrées à sa convoitise. Son insolence me sidéra. Muse inspiratrice ou disciple, je ne savais plus qui j’étais pour ma préceptrice particulière. Peu importait, je me livrais à ses choix, certaine d’y trouver mon bonheur.

– Tu n’as pas sommeil, j’espère, se moqua mon amante.

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