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Aïcha

Chapitre 1

Le drame

Divers

Hier était une journée noire avec un éclair éblouissant, je venais de perdre ma femme en couche à la suite de circonstances défavorables successives, mais un petit bout de chou était arrivé.

Plus en détail, il y a une dizaine de jours, on se présente à la maternité, le travail est déjà assez avancé. Là, un médecin, dont probablement la mère avait dû fricoter avec un ours, nous fait le coup de l’examen et de la piqûre pour soulager les douleurs. Les contractions se calment et nous pouvons retourner à la maison.


Manque de bol, j’étais en période militaire, et ma permission finissait ce soir, je dois rentrer au campement. Je laisse ma douce avec son gros ventre à la limite de l’accouchement avec une copine pour l’aider.


Le lendemain, je suis convoqué par le capitaine qui m’annonce, radieux, que je viens d’être père, et qu’il me donne les congés nécessaires ; comme c’était un cours de répétition qui se terminait dans la semaine, il m’a donné comme consigne de déposer mon barda et m’a signé ma sortie. Il faut dire que c’était le premier commandant de compagnie avec qui je m’entendais à merveille.


En rentrant à la maison, je saute à la maternité où j’ai le plaisir de voir mon épouse et mon bout de chou, tout nouveau. Je remarque que mon bébé a des marques bleues sur le haut des épaules.


— Que s’est-il passé ?

— On a bien failli avoir un bébé mort, le médecin d’aujourd’hui a traité son collègue d’inconscient d’avoir de telle pratique pour éviter de déranger un collègue un soir de pleine lune.


C’est là où j’ai appris que l’on avait administré une piqûre pour désamorcer le travail.

Deux jours plus tard, en rentrant, je vois ma femme pâle, j’appelle l’ambulance, et en toute hâte elle est amenée aux urgences où ils ne peuvent que constater le décès à cause d’une septicémie foudroyante d’origine vaginale.


Je me sens complètement abattu quand tout d’un coup je réalise que j’ai un bébé à la maison et que je ne peux pas me laisser aller. Je demande du secours, et là, je tombe sur une sage-femme qui avait également un rôle de puéricultrice, elle avait du lait humain en réserve et elle m’accompagne avec tout un petit matériel ; elle m’assiste du mieux qu’elle peut, mais elle ne peut rester longtemps ; cependant, elle m’annonce qu’en même temps que mon épouse, il y avait une fille-mère afghane qui a accouché en même temps et elle avait beaucoup de lait. Elle allait voir si elle ne pouvait pas m’aider et également cette jeune fille par la même occasion.


Nécessité fait loi ; les lois de Dieu sont vraiment souvent impénétrables ; de mettre une jeune fille étrangère, dont le pays d’origine ne badine pas avec les femmes, dans le rôle de nourrice.


— Oui, cela me conviendrait bien, j’ai beaucoup de place dans cet appartement et je pourrais parfaitement la loger avec son nourrisson pendant qu’elle s’occupera de ma puce.

— Je ne lui ai pas encore parlé, mais d’après ce que je sais d’elle, elle a perdu son fiancé dans un camp de réfugiés ; d’autres Afghans l’ont poignardé à mort, et c’est toute une histoire qui a été un peu étouffée dans les journaux, mais les principaux instigateurs sont sous les verrous. C’est une situation également bonne pour elle, elle disparaît de la communauté afghane, donc en sécurité.


La nourrice.


Le lendemain matin, je vois à nouveau la puéricultrice qui s’annonce avec une jeune fille et un bébé en bas de l’immeuble, j’ouvre la porte et je les invite à monter dans mon appartement.


— Ouah ! Elle est super ; une très belle fille élancée, le visage franc et des yeux à se perdre dedans, on ne dirait pas qu’elle relève de couches et surtout, il semble qu’elle en a beaucoup pour nourrir une tribu.


Madame fait les présentations et réexplique la situation.


— Voilà Mademoiselle Aïcha Alkabir, elle a le statut de réfugiée politique, elle vient de perdre son ami avec qui elle devait se marier une fois la situation calmée.

— Enchanté ; moi, c’est Pierre Kiroule, je ne sais si on vous l’a dit, mais je viens de perdre mon épouse Namas Pamous2, Marie pour les intimes, après son accouchement ; et je me retrouve avec mon bout de choux sans sa mère.

— Moi, je me retrouve sans mon futur mari en terre étrangère, me répond-elle dans un français plus qu’hésitant, et en plus, avec mon enfant.


Là, la puéricultrice lui conseille d’accepter ce poste, mais surtout, vu que dans les rangs des Afghans, il y en a qui sont très peu recommandables et qu’elle est fragile, d’éviter de sortir et de se faire remarquer.


— Pour moi, cela me convient, je ferais les achats, et si elle peut, en attendant que la situation s’améliore, elle pourra tenir mon ménage et s’occuper des deux enfants.

— Vous êtes mon sauveur, me dit-elle avec les yeux bordés de reconnaissance.

— En attendant qu’ils aient un peu grandi, on peut les mettre dans le même lit. Demain, je ferai le nécessaire pour un deuxième lit.


C’est à ce moment-là qu’Ali se manifeste, réclamant son lait, je lui indique la chambre pour qu’elle puisse le nourrir, et là, la puéricultrice fouillant dans les affaires de mon épouse décédée trouve des linges et tout ce qu’il faut pour le changer. Je les laisse s’installer pour qu’il puisse avoir son dû.

Mais par mimétisme, Aurore, ma fille, se réveille bruyamment avec un petit creux, réclamant aussi d’avoir son repas.

La prenant dans mes bras, je me permets de frapper à la porte pour leur donner le deuxième bébé, la puéricultrice me prend l’enfant des bras, et en se tournant, sans s’en rendre compte, elle me permet de voir l’allaitement d’Ali.

Je suis saisi d’une émotion en pensant que cela aurait dû être ma Marie qui aurait dû être là. Les larmes giclent de mes yeux et je m’en retourne bouleversé dans le living.

Une fois les deux enfants nourris, changés et recouchés, la puéricultrice m’aide à installer Aïcha, puis s’en va en disant qu’elle reviendra demain.


Je me retrouve seul avec cette très belle femme et je commence à lui expliquer comment je vois la situation.


— Tout d’abord, j’entends que vous ne parlez que difficilement le français, dès que vous ne comprenez pas, dites-moi.

— Oui, je prenais des cours avant d’accoucher, mais pas longtemps, j’ai mes cahiers ici.

— Je vous aiderai dans la mesure du possible, mais voilà comment je vois la chose. Tant que vous êtes chez moi, comme l’a dit la puéricultrice, évitez de sortir pour des raisons évidentes de sécurité. Il n’y a pas que les Afghans qui peuvent être méchants avec une femme seule, et le port d’un voile qui cache le visage n’est pas très bien supporté ici. On a aussi nos talibans et ayatollahs, presque aussi intolérants ; si vous devez sortir, vous me le faites savoir et je vous accompagnerai. Cela me fait penser qu’il faudra que je change la poussette pour en acheter une avec deux places...


Comme tout travail mérite son salaire, je vous paierai 2000 Fr. nets par mois, et je prends à ma charge le reste.

Encore une chose ; demain, je vais vous acheter un téléphone portable pour pouvoir m’atteindre à tout moment, d’une part, pour me dire ce qu’il faut pour achat et en cas de problème. Je préfère vous en fournir un et vous éviter de vous servir du vôtre, il est possible de savoir où se trouve une personne avec son téléphone portable.

Cela vous convient-il ? Je ne sais si cela est conforme, pour le téléphone, c’est bien, je vais sortir la carte de manière qu’on ne sache pas que ce téléphone soit ici.


— Mais c’est trop. Je n’ai pas besoin d’autant.

— Les habits, les souliers, etc. cela n’est pas gratuit. Enfin, on verra si c’est OK avec la puéricultrice.


Le lendemain, la puéricultrice s’amène avec une autre dame, assistante sociale.

Là, celle-ci commence à inspecter si l’appartement convient, elle fait une remarque que la porte de la chambre de la nourrice doit avoir une serrure et une clé et qu’il devrait y avoir deux toilettes. Heureusement que la puéricultrice s’en mêle, sinon, je crois que j’aurai pété un plomb.


— Ecoute Lucette3, ne fout pas tout en l’air avec des règlements à la con. Elle a besoin d’un toit, de protection, et elle a un enfant sur les bras, pratiquement sans moyen, et lui se retrouve avec un enfant en très bas âge sans maman avec un grand appartement et tout ce qu’il faut à part ces détails qui ne sont pas indispensables. C’est une situation où tout le monde y gagne, et tu voudrais que tout le monde y perde ?

— Tu as raison, surtout qu’avec son métier d’ingénieur, je connais cela, cela demande de la présence et c’est un homme très honorable.


Là, elle s’avance vraiment, car elle ne me connaît pas du tout, mais c’est vrai que je jouis d’une bonne réputation.

A ce moment-là, je me permets d’avancer ma proposition de rétribution.


— Vous allez dire que j’exagère, mais c’est trop, c’est largement en dessus des normes syndicales.

— Je ne savais pas que les réfugiés avaient déjà formé un syndicat, on n’arrête pas le progrès.

— Non, c’est vis-à-vis des aides sociales.

— Juste une question, vous en avez beaucoup qui font acte de présence 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7, et qui en plus, nourrissent des bébés ? Personnellement, je trouve que c’est presque un minimum ; mais je tiens compte que je lui fournis le gîte et le couvert, et que je compte bien l’aider au maximum. Cela rentre dans aucune convention collective, le remplacement d’une mère à plein temps.

— Je comprends bien, mais avec ces exceptions, je me vois mal vous obtenir des soutiens sociaux.

— Je pense que je n’ai rien demandé pour le moment, ma situation me permet d’assumer ces problèmes.

— Dans ce cas-là, je n’ai rien à dire.

— Il y a quand même une chose que je vous saurai gré de me renseigner : Si Aïcha doit s’absenter, vu certains problèmes administratifs, je me dois de l’accompagner, et soit, on y va avec une poussette à deux places, mais c’est un peu lourd, ou avoir une aide sur demande pour surveiller nos deux enfants.

— Ça peut se faire.

— Alors tout va sans problème, pour la police, c’est aussi en ordre ? Tant qu’à faire, j’aimerai d’autant que sa nouvelle adresse ne soit pas trop divulguée, son futur époux ayant été assassiné pour des raisons probablement politiques, je me vois mal accueillir ici une armée de tueurs potentiels.

— Je peux expliquer cela à la police, me répond l’assistante sociale, on a un problème similaire, quand on arrache une prostituée à la mafia, il faut qu’elle puisse se réfugier à un endroit sans que personne sache où exactement à part l’organisation qui s’en occupe, même la police, à cause des ripoux potentiels, ne connaît pas ces adresses.


On s’organise


On vient de fêter les 3 mois des bambins, Aïcha est resplendissante et paraît très heureuse, elle s’est très bien moulée dans le rôle de mère de substitution. Aujourd’hui, j’ai pris un jour de congé pour marquer cet anniversaire, j’ai pris soin d’acheter une petite délicatesse d’origine afghane, halal évidemment, chez le traiteur juif du coin.

Nous sommes assis sur le canapé du salon avec une tasse de thé noir4

Elle me dit, normalement, c’est aujourd’hui que devrait se pratiquer la circoncision d’Ali.

Je lui réponds qu’il n’y a rien qui presse et je n’ai guère confiance dans les imams installés ici ; peut-être qu’ils sont bons en majorité, mais il suffit de tomber sur le mauvais, et sa vie, la mienne et celle de nos enfants sont en danger ; et que je ne crois pas que ce soit une catastrophe de repousser l’échéance à plus tard.


— Moi, la religion, j’ai plutôt tendance à l’éviter, donc je vais suivre ton conseil, c’est peut-être à cause d’elle que mon fiancé n’est plus là.


Sur cette déclaration, je vois ses beaux yeux s’humidifier et les larmes jaillirent.

Je pose ma tasse et ma brioche5 et je me permets de la prendre dans mes bras en la serrant fort contre moi.


— Je comprends ; des fois, pleurer un peu soulage. Cela m’arrive souvent le soir quand je pense à mon épouse disparue.

— Moi, c’est de moins en moins souvent que je pense à Karim. Son image devient de plus en plus floue, mais sa présence me manque quand même, me dit-elle en refoulant ses larmes. J’ai de la chance de t’avoir rencontré ; si j’étais restée dans le milieu afghan, vivrais-je encore et qu’en serait-il de mon bébé ? Je serais considérée comme une fille-mère, donc une putain que tout le monde peut utiliser alors que toi, tu es très respectueux.

— Il ne faut pas leur en vouloir ; il n’y a pas si longtemps, ce n’était pas bien mieux ici. La religion musulmane n’est âgée que de 15 siècles environ, et ici, vers le 15ᵉ siècle, les mœurs n’étaient pas les mêmes que maintenant. On tuait pour un oui ou un non, et souvent de manière assez horrible et presque toujours avec un fonds religieux ; combien n’a-t-on pas tué de femmes âgées sous prétexte de sorcellerie pour les voler ?


Sur ce, elle se colla contre moi et m’embrassa dans le cou. Ce fut un électrochoc, je ne m’y attendais pas. Très ému, je la serrai encore plus fort contre moi et je sentais sa poitrine, oppressée par l’émotion, s’appuyer contre la mienne. C’était vraiment divinement délicieux. Le parfum de ses cheveux longs tillait mes narines.


— Merci, je lui ai dit, cela m’a fait beaucoup de bien de sentir ta présence féminine.


Simultanément, elle me regarde de ses beaux yeux noirs et elle me dit :


— Moi aussi, cela m’a fait du bien quand tu m’as serré contre ton cœur. Je l’entendais battre très fort.


C’est à ce moment que nos rejetons, ne voulant pas être mis sur le côté, manifestent violemment. C’est l’heure de la tétée, discrètement je m’éloigne pour lui laisser le champ libre pour s’en occuper.


— Non ! Reste, je t’en prie, qu’elle me fait en me tendant la main.

— Mais je ne voudrais pas être indiscret et choquer ta pudeur.

— Non, tu ne peux pas me choquer et c’est très naturel.

— Alors je reste.


Sans attendre, elle dégrafe son corsage et abaisse son soutien-gorge me présentant ses deux seins d’albâtre et elle place ses deux nourrissons, un sur chaque sein. Je suis fasciné par le spectacle, et à mon tour, mes yeux se remplissent de larmes en pensant à Marie.


— Pourquoi tu pleures ?

— Je pense à ma pauvre femme qui devrait être à ta place et je suis tout triste pour elle.

— Tu penses d’où elle est, elle est triste de me voir à sa place ? Enfin, pas tout à fait.

— Je ne le pense pas, mais l’émotion est venue toute seule en pensant à elle.


C’est alors qu’Ali qui s’était un peu débraillé arrose tout autour ; sans autre forme de procès, je le prends et m’applique à le changer pendant qu’elle termine de nourrir ma fille. Un peu de talc, et pour ses fesses rouges, de la pâte de zinc, une couche en papier, et le tour est joué, j’ai fini avant que ma fille finisse ses rôts, et finalement, je fais de même avec Ali en le mettant sur mon épaule en lui chantant « frère Jacques, frère Jacques...»


Aïcha me regarde tout étonnée que je m’occupe de son bébé. Elle n’imagine pas qu’un homme puisse le faire ; dans la société afghane, c’est se déconsidérer si un homme joue à la nounou. Son regard est si plein de douceur que j’en suis presque gêné.


Le lendemain, je rapporte à la maison du travail pour être sur place ; on s’est arrangé avec mes partenaires du travail que je peux réaliser à la maison et je ne vais pas me déplacer au bureau.

Je m’installe à ma table de travail et étale un plan avec un ferraillage assez compliqué à réaliser, des nappes qui s’entrecroisent et la précontrainte qui doit encore passer à travers, je n’arrive pas à trouver le bon ordre de mise en place et dans ces cas-là, il vaut mieux donner la marche à suivre pour disposer les armatures, car, sinon, c’est soit qu’il en manque une partie avec l’excuse qu’on n’est pas arrivé à la placer, soit, on en coupe quelques-uns pour s’en sortir.


Aïcha me regarde, amusée, me débattre avec ces schémas, puis me dit : en fait, je crois que j’ai compris comment tu devrais faire.


Surprise, oh surprise ! Et elle me démontre sans problème la suite logique de pose, tellement logique que je me demande comment je n’y ai pas pensé.


— Tu comprends quelque chose au béton armé et précontraint ?

— Non, pas spécialement, mais quand j’ai vu comment tu cherchais à mettre tes armatures, je me suis intéressée à ce puzzle et ce n’était pas trop compliqué.

— Est-ce que cela te plairait d’apprendre le métier de dessinatrice-constructrice ? Je pense que cela pourrait nous être utile.

— Pourquoi pas ; je veux bien essayer.

— Est-ce que tu sais dessiner ?

— Oui, à Herat, j’ai suivi l’école technique, et là, on avait des cours de dessins industriels. A voir, c’est pas trop différent de ce que j’ai appris.

— Demain, j’apporte le matériel nécessaire et on peut faire un essai ; si c’est bon, on t’engage à mi-temps, ce qui te permettrait de rester à la maison simultanément et de surveiller les bambins et t’occuper si cela t’intéresse.

— Je veux bien.

— Mais dis-moi, tu as un métier ?

— Oui et non, j’ai appris un peu dans la climatisation, mais je n’ai pas pu finir mes études à cause de la guerre. C’était compliqué, j’ai commencé avec un maître qui venait de Russie, il était excellent, mais quand ils ont été chassés, c’était un Américain qui a repris la place, mais j’ai eu l’impression qu’il en connaissait moins que moi, et que pour lui, c’était surtout un travail sans danger, pensait-il, mais il a sauté sur une mine ; après lui, plus rien.

— Dans notre bureau, il y a aussi une partie qui s’occupe de climatisation ; peut-être que cela pourrait les intéresser ?

— Je ne dis pas non, tant que je peux m’occuper des enfants.


L’engagement


Le lendemain au bureau, lors de la pause de dix heures entre les associés, je leur annonce ma trouvaille, enfin si l’on peut l’appeler ainsi.


— Pensez, je m... dais depuis une bonne heure, je ne trouvais pas comment réaliser ce nœud avec cet encombrement d’armatures. Elle, sans problème, elle me les a mises dans le bon ordre. Je pense qu’elle est bourrée de talent, je proposerai de l’engager à mi-temps chez moi. Elle m’a également annoncé qu’elle avait fait des études dans la climatisation, je ne sais comment c’est là-bas, mais je pense que faire un essai, c’est une idée valable.

— Oui, mais les textes.

— Les côtes, elle connaît les chiffres en français. Je prendrais un plan de béton armé et un plan de métal déjà faits pour lui expliquer les significations, et expliquer comment traduire le résultat d’une note de calcul.


C’est quelques jours plus tard, alors que j’émergeais d’un demi-sommeil qui m’avait apporté la solution d’un problème de voilement de plaque pour un concours de pont ; encore dans mes cogitations, je rentre dans la salle de bain et d’un coup, je me réveille totalement ; Aïcha est sous la douche7, magnifique statue ; sa poitrine sans soutien-gorge d’allaitement, son ventre plat, son buisson d’encre cachant son intimité, ses jambes fuselées.


— Excuse, j’ai oublié de frapper à la porte ; et un peu honteux, je retourne à la cuisine pour préparer le café.


Sans commentaire, naturellement, elle vient s’asseoir pour déjeuner. Un peu gêné, je m’excuse de mon intrusion en lui expliquant que je n’étais pas bien réveillé, un problème avec le concours que nous faisons, m’ayant pris l’esprit au réveil.


— C’est aussi de ma faute, j’avais qu’à fermer la porte à clé ; et c’est pas grave du tout, c’est tout naturel.


Le lendemain, j’ai fait bien attention de me lever en premier pour occuper la douche afin de ne pas faire un nouvel impair ; alors que sous la douche, je clamais : « Ô sole mio stanfronte a te Ô sole, Ô sole mio Stanfronte... »8, Aïcha ouvrit la porte à son tour, avec un sourire à la bouche.


— Mais non, tu n’es pas seul, je suis là ! En me regardant fixement de manière un peu coquine, peu pressée de quitter la salle de bain.


Après avoir fait mes ablutions, je m’apprête à aller déjeuner sans commentaire ; elle, avec un petit sourire :


— Match nul ; et je n’ai pas perdu au change.

— Arrête, tu vas me faire rougir, je suis presque une génération plus âgée que toi.

— Cela ne veut rien dire, ce que j’ai vu m’a l’air encore tout à fait bien.

— Merci du compliment. Au fait, j’aimerais t’inviter au bal des élèves ingénieurs électriciens, je ne suis pas un grand danseur, mais cela te fera un petit dépaysement, je me suis arrangé pour une baby-sitter.

— Là, tu me prends au dépourvu, j’ai pas grand-chose à me mettre et ce n’est pas dangereux ?

— Pour les vêtements, regarde s’il y a pas quelque chose dans la garde-robe de Marie qui t’irait ou si tu préfères qu’on achète du neuf ?

— Oui, mais seulement si tu me paies le coiffeur pour une teinture, et je vais regarder, mais cela me gêne un peu de prendre les vêtements d’une morte.

— Je comprends, on fera un tour dans les boutiques et c’est moi qui paie.

— Marché conclu qu’elle me dit en tapant de sa main droite ma paume droite, comme les ados.


Aujourd’hui, je vais faire un tour au bureau pour mettre la dernière main à notre projet et apporter les calques mis au net d’Aïcha. La finesse du dessin et la qualité en jettent ; certains qui étaient un peu opposés font la petite mine.


— Au fait, qui va au Balélec ?

— On y va tous.

— Alors, vous pourrez faire connaissance avec ma petite protégée.

— Adrien, tu boucles le dossier de concours et tu l’apportes au bureau des autoroutes. Comme mot de concurrent pour du dossier, tu mets Aïcha.

— C’est le nom de ta protégée ?

— Oui et alors ?

— Elle est Afghane non ?

— Oui, mais encore là, je ne vois pas.

— C’est la publicité autour de son nom, n’est-ce pas dangereux pour elle ?

— Je crois que tu exagères, il y en a beaucoup d’Aïcha, c’était la femme préférée de leur prophète. Non, je ne crois pas que cela ait un risque.

— Alors, va pour Aïcha. J’espère qu’elle nous portera chance.


De retour à la maison, je prends Aïcha pour faire le tour des boutiques et un supermarché. Elle a vraiment un goût très sûr. De retour, je vois qu’elle déballe des serviettes hygiéniques. « Tiens, les Anglais sont de retour ? » me dis-je.

Le Bal des électriciens.


Elle est resplendissante, d’une élégance folle, je crois que je vais tomber réellement amoureux de cette beauté. Marie est un peu oubliée depuis le temps. Toute mon équipe est là, je lis dans les regards, plus d’un chargé d’envie à mon égard ; et cela va du compliment à presque de la flagornerie. Vraiment, je constate que dans le cochon tout est bon, pour arriver à son but. Par contre, ils ne devraient pas oublier qu’elle a été élevée halal.


On commence doucement avec des danses classiques où je ne me débrouille pas trop mal ; et arrive la valse, ma danse préférée ; là, je me débrouille plutôt bien. Je guide ma cavalière avec sûreté et maîtrise.


Mais, tout a une fin ; voilà qu’arrivent les danses modernes pour ne pas dire sportives ; ce n’est pas pour moi, je me suis arrêté à la rumba et le paso-double. Le zouk, jerk et autre me sont vraiment étrangers ; je me sens un petit coup de vieux. Les jeunes, remarquant mon manque d’entrain pour enchaîner sur du sportif en profite pour me la soustraire. Elle se débrouille vraiment bien, à croire qu’entre deux Salamalecs9 il y avait une vie. Peut-être qu’elle avait fait de la danse ? Il faudra que je lui demande.


— Ouille, le drame.


Je vois un grand noir, le cul par terre, ouvrant de gros yeux horrifiés, et se tenant le pantalon. Il m’a bien semblé entendre un peu d’agitation, je vois mon Aïcha qui arrive tout énervée et furieuse.


— Vraiment, il y en a qui ne savent pas se tenir.


Je me renseigne un peu sur ce qui est arrivé.


— Mamadou a eu une conduite inconvenante ; et la baffe et le coup de pied mal placé l’ont mis pratiquement KO. Il ne faut pas la chatouiller où il ne faut pas.

— Mais encore.

— Il a fait comme d’habitude ; il s’est mis derrière, et a frotté son bas-ventre contre le dos d’Aïcha qui, une première fois, s’est dégagée en se retournant fâchée ; et cet imbécile a voulu continuer en lui mettant ses grosses pattes sur ses seins. Cela n’a pas traîné, la baffe, elle était d’anthologie, on aurait cru Serena Williams, en train de smasher son adversaire ; et le coup de pied dans les roustons, c’était Thierry Henri lors de la coupe du monde, je crois qu’il doit les avoir dans les amygdales.

— Oups, j’espère qu’on est pas obligé d’appeler le Samu, cela ferait tache.

— Non, c’est bon ; il s’en remettra et apprendra que tout n’est pas donné et est à sa portée.


Sur ce, Aïcha arrive à la table.


— Excuse, mais je ne supporte pas le cochon.


Etienne, l’apprenti :


— T’en fais pas ; ce con, il l’a bien cherché.


Sur un ton un peu plus gêné, le professeur de matériaux :


— Ouille, c’est le fils de Tchumbé10, j’espère que cela n’aura pas de conséquence.

— Tchumbé, le tyran de Samora ?

— Bien oui, on est en affaires avec son gouvernement pour deux ou trois expertises très intéressantes sur les possibilités de minage dans son pays et son fils est en dernière année.

— Pour moi, je ne pense pas que cela ait une conséquence, je ne travaille pas pour lui.


Finalement, l’ambiance est plombée, Mamadou est toujours au sol se tordant de douleur, les mains enfouies entre ses cuisses. Je me dirige vers lui et lui demande s’il faut faire venir l’ambulance.


— Non, cela va aller, mais il y a des tigresses qu’il vaut mieux ne pas toucher ; c’est ma faute.

— Après va t’excuser, normalement, elle est très agréable à vivre quand on est correct.


Péniblement, il se remet debout et vient s’excuser de son comportement.


— J’ai rien à ajouter, si ce n’est que j’ai été peut-être un peu trop fort, mais je ne supporte pas les goujats.

— Vous me pardonnez alors ?

— Tant que tu te tiens bien, c’est en ordre.


C’est reparti avec la musique, et c’est un blues ; et là, pour la détendre et la calmer, je l’invite à venir danser. Je vois bien qu’elle n’est pas trop enchantée, mais finalement, elle se décide, et après quelques pas, elle vient se coller contre moi, très chatte.


— Aïcha, pas trop ; je n’ai pas envie que tu te fâches avec moi.

— Mais pourquoi ?

— Tu es tellement belle et séduisante que mon corps risque de se comporter de manière inappropriée et j’ai pas envie de me retrouver dans une ambulance, dis-je avec un sourire en coin.

— Idiot, c’est pas la même chose, ce serait loin de me déplaire. Tu sais, mon veuvage commence à me peser et je suppose que le tien probablement d’autant plus.

— Mais c’est presque une déclaration.

— Je suis bien obligée, vu que pour les premiers pas, ils sont bien hésitants de ta part, me dit-elle, en passant ses mains derrière ma tête et en me tendant ses lèvres.


Vraiment, il y a des choses qu’il est impossible de refuser, elle se serre encore plus contre moi et le baiser, digne des meilleurs films d’Hollywood, crée un état voisin de l’indécence au niveau de mon pantalon ; la futée, elle s’acharne sur cette partie de mon corps qui se comporte de manière inconvenante en public. Je sens que je vais avoir de la peine à retourner à table.

On continue à s’embrasser, à se frotter l’un contre l’autre, on joue même les prolongations et l’on évite de justesse les tirs au but.


— J’ai envie de rentrer à la maison, tous ces événements m’ont fatiguée.


Dénouement


— On va leur dire au revoir et on rentre ; de mon côté, il y a aussi urgence.

— Idiot chéri, me fait-elle avec un grand sourire.


De retour au bercail, après une bonne douche réparatrice que nous partageons. Elle se dirige vers sa chambre.


— S’il te plaît, ne me laisse pas seul ce soir dans cet état de tension, viens dormir avec moi.

— Mais j’y compte bien, je vais seulement chercher de quoi me vêtir... après...

— Je suis un idiot incorrigible.

— Peut-être seulement amoureux, en général, dans ces cas-là, on est plus maladroit qu’à l’ordinaire.


Quand elle arriva en déshabillé...

Cette nuit, j’ai oublié Marie, la différence d’âge, tout, et je crois qu’elle aussi. Elle m’a avoué qu’elle était tombée amoureuse très rapidement, mais qu’elle ne savait comment faire pour que ce soit réciproque11.

Le lendemain, je me suis précipité chez un joaillier et lui ai acheté une bague de fiançailles.


— Veux-tu être ma femme ? Je ne sais ce qu’il faut faire pour y arriver, mais je crois que je ne pourrais plus vivre sans toi.

— Oui iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii12 ! me répondit-elle en se jetant dans mes bras.


Deux jours après, à peine remis de nos émotions, voilà que Fleurop frappe à la porte avec un magnifique bouquet de roses et une carte :


— Pour me faire pardonner, Mamadou.


Là, il y va fort le Mamadou en question. Enfin, je sais que même si son pays est un des plus pauvres, il y en a quelques-uns qui ne sont pas à plaindre.

Rouge de plaisir, Aïcha est sensible à cette marque de politesse, mais moi, je ne sais si c’est la jalousie, mais je n’apprécie vraiment pas. Enfin, on verra bien.

Le bouquet de roses trouve vite le vase qui convient, et il trône au milieu du salon. J’espère qu’il sera bientôt fané. Il faut dire que je me sens un peu en faute, je ne lui ai jamais offert de fleurs et encore moins de roses, alors qu’elle m’a offert la sienne. Ce n’est pas que je veuille copier Jacques Brel en pensant que les fleurs sont périssables, mais quand même un peu, ce n’est pas trop dans mes habitudes.

Comment a-t-il fait pour connaître notre adresse ? Cela ne me plaît pas. Bon, c’est vrai que je ne suis pas un illustre inconnu.

Pour le mariage, je ne sais comment faire avec sa famille. Je lui pose la question si l’on fait venir des membres de sa famille.


— Je suis indécise, tant pour père que pour mère et même pour mes frères et sœurs, à cause de la religion.

— Peut-être le mieux serait de leur poser la question, comment voient-ils la chose, et ensuite, on avisera ; écris-leur pour voir leur réaction. Connaissant la Suisse, c’est probablement que je devrais faire un certificat d’hébergement et d’assistance médicale ; mais ce n’est pas un problème ; juste qu’ils précisent "qui et combien de temps".


Quinze jours après, on a la réponse, c’est à vingt qu’ils veulent venir et ils ne précisent pas la durée.

J’y vois un petit problème, le logement, à la rigueur, mais cela va faire un certain trou dans le budget, mais supportable ; par contre pour la durée, il faut que je voie avec la police des étrangers.

Je m’en ouvre à Aïcha :


— Tu penses quoi des parents qui veulent venir ?

— C’est bien.

— Oui, mais pour la durée ; tu penses qu’ils vont essayer de demander l’asile politique ? Ce qui est sûr, c’est que les vingt, je ne pourrais pas les héberger à æternam13, il faut qu’ils précisent la durée pour obtenir le visa, on va essayer d’atteindre ton père ce soir.


Ce fut fait ; et finalement, on s’est limité à 15 jours, et leur laissant un peu de temps pour faire du tourisme.

L’arrivée de la tribu Alkabir à Genève-Cointrin ne passa pas inaperçue, pour simplifier, j’avais loué un petit autobus, ce qui nous a permis d’arriver rapidement au village où je m’étais arrangé avec le syndic pour avoir les locaux qu’ils mettent d’habitude à disposition pour les cours de répétition.


— Je m’excuse de ne pas avoir de meilleurs logements, mais avec autant de participants, c’est pas évident pour la Suisse ; voilà Hans, le cousin d’un de mes employés qui vous servira d’intendant et de cuisinier, n’hésiter pas de lui demander ce qui vous manque, il se fera un plaisir de vous l’apporter dans la mesure du possible. Aïcha fait la traduction en Dari.


Là, le chef de la tribu, le père d’Aïcha, Arian, s’exprime en anglais :


— C’est très bien, il y a tout ce qu’il faut.


Les laissant visiter, je rentre à la maison avec Arian et Aïcha.


— Mon futur gendre, raconte-moi un peu comment cela s’est passé. Cela fait plus d’une année et demie que notre Aïcha a quitté notre maison, avec ce qui devait être son époux, et on la retrouve sur le point de se marier avec un autre homme et avec un enfant.

— Je crois que ce serait plus simple qu’elle t’explique.

— Non, je veux entendre ta version en anglais, ce sera suffisant.


Alors, je lui résume notre vie depuis notre rencontre :


— Voilà, j’étais marié à une autre femme qui m’a fait une fille, mais elle est morte en couche en même temps qu’Aïcha mettait au monde Ali. Ce concours de circonstances a fait que je cherchais une nourrice pour ma fille et Aïcha cherchait un toit, ce qui a fait que depuis ce temps, elle vit chez moi. Petit à petit, on s’est apprécié de plus en plus, enfin moi, comme elle s’occupait si bien des enfants et du ménage, sans aucune remarque désagréable, tellement fréquente chez les autres couples que je connais. Finalement, il y a eu un bal de l’école polytechnique qui a été le déclenchement ou plutôt l’étincelle qui a fait éclore au grand jour notre amour, très rapidement, on a bien vu qu’on était fait l’un pour l’autre, enfin, c’est mon point de vue.

— C’est beau, mais tu n’es pas musulman.

— J’ai cru comprendre que votre famille ne l’était pas non plus. En fait, actuellement, la religion subit un recul très fort, de plus en plus chacun à la sienne, en prenant le meilleur de chacune.

— Alors c’est très bien. Ma fille, as-tu quelque chose à ajouter ?


— Comme tu le sais, je suis partie avec Ashkan où nous devions nous marier en arrivant en Europe, mais la route est longue, et après une semaine, je me suis donnée à lui devant ses insistances, résultat : je suis tombée enceinte. Nous sommes restés plus d’une demi-année dans un camp de réfugiés où Askan a d’un coup disparu. On m’a dit qu’il avait été emmené par deux hommes armés et qu’il était bien possible qu’il soit mort. Ensuite, j’ai réussi à partir pour la Suisse où j’ai été admise comme réfugiée politique, même si je n’ai jamais fait de politique. Peu après, j’ai été amenée en urgence à la maternité où j’ai accouché d’Ali, et à partir de ce moment, notre histoire est confondue.

— Je vois que finalement tu as eu beaucoup de chance et je suis content et fier pour toi. Je ne sais comment se passe un mariage, mais à tout hasard, j’ai pris le livret de famille.

— Tu as fait très bien, il faut encore que je trouve un traducteur officiel, ce qui n’est pas courant, je vais demander à l’ambassade à Berne qui peut s’en charger.

— Ou bien à l’université, il y a peut-être une piste, j’ai une connaissance à la chaire des langues.


Le mariage est prévu dans une semaine, rendez-vous pris avec l’officier d’état civil et le professeur nous a promis de faire le nécessaire si Aïcha peut l’aider éventuellement, car il n’est pas trop habitué aux termes administratifs afghans, mais le tampon de la faculté devrait être suffisant.

Entre temps, nos quinze invités sillonnent le pays avec le car que j’ai loué à cette occasion. Aïcha fait la guide. Chillon, le Chablais, les Diablerets, la télécabine du glacier, l’Abbaye de Saint-Maurice les gorges de l’Orbe, les vignes de Neuchâtel et le milieu horloger de la vallée de Joux, Genève avec son jet d’eau.

Le soir, ils rentrent heureux, mais harassés de kilomètres et de visites.

Enfin, le grand jour arrive, et c’est la cérémonie civile du mariage, il n’y en aura pas de religieuse, tant Aïcha que moi, nous n’y étions pas attachés et même son père aurait eu de la peine à trouver un prêtre et une église de Zoroastre.

Ça y est, on est unis pour le meilleur, et je n’espère pas que le pire arrive.


J’ai loué pour l’occasion un chalet dans les contreforts du Jura et là, on a fait le banquet, le traiteur a accepté de nous louer un cuisinier pour faire les méchouis. Tout se passe bien et nos deux bambins font l’attention de tous les participants.

Pendant la semaine, la mère d’Aïcha lui demande si elle ne pourrait pas rester pour s’occuper un peu de son petit-fils et du mien par la même occasion, Arian étant d’accord.

Après une visite à la police des étrangers, la demande fut bien accueillie, il faut dire qu’il y a peu de chance qu’elle pose problème. Je vois mon Aïcha dans une vingtaine d’années et je trouve que ce sera super.

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