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Amandine

Chapitre 1

Divers

Paris, juin 2013, Pont Neuf. 2 heures du matin.


Amandine regarde la Seine couler ; il fait frais à cette heure, elle frissonne sous son tee-shirt. Elle passe ses mains sur ses avant-bras couverts de chair de poule puis, après un regard circulaire pour s’assurer qu’elle est bien seule, elle enjambe le parapet.


Côté extérieur, une margelle de trente centimètres environ lui permet de se tenir juste au-dessus du flot noir et lisse. Elle secoue la tête, les yeux secs, repensant à ses désillusions, aux traîtrises qui l’ont conduite ici, devant le vide qui allait la happer.


Ce connard de Jérôme, son presque fiancé et le père de ses futurs enfants, son seul et unique amour. Et cette pute de Jessica, son amie d’enfance, sa confidente, sa sœur de cœur ; justement, son petit cœur, ils le lui avaient brisé, saccagé, détruit. Comment avaient-ils pu lui faire ça à elle, l’amie, l’amante, la douce, la fidèle ?


Bien sûr, Jess est canon, blonde aux yeux bleus, un visage pur et une bouche de croqueuse d’hommes ; taille 36 comme il se doit, de longues jambes, un mètre quatre-vingts de séduction et de glamour.


Alors à côté, Amandine ne peut rivaliser ; elle se sait jolie bien sûr, grande, saine, sportive, une poitrine bien pleine et un peu lourde, de belles fesses rondes et des cuisses musclées d’athlète. Mais le vert de ses yeux de rouquine est si intense qu’il intimide, et des taches de rousseur couvrent son visage pâle et ses épaules. Objets de moquerie dans son enfance, mais elle a appris à vivre avec, et Jérôme l’aime (rectification : l’aimait) comme ça.


Mais voilà ; si Amandine est une jolie femme, Jessica est un top model. D’ailleurs elle court les castings et les plateaux, sans grand succès il est vrai, alors qu’Amandine prépare un master d’histoire des civilisations à la Sorbonne.


La trahison de son petit ami avec sa meilleure amie, elle ne l’a pas vue venir. Ce soir, Jérôme l’attendait avec Jessica dans leur studio sous les toits alors qu’elle revenait de la bibliothèque universitaire. Assis côte à côte et main dans la main, ils lui ont expliqué d’un ton suffisant :


— Jess et moi, on est ensemble maintenant.

— Oui, et je m’installe ici avec Jérôme. Tu te trouveras une chambre quelque part ; on te laisse quelques jours pour prendre tes affaires. On n’est pas des salauds non plus.

— Mais… mais…


Amandine s’en veut de n’avoir pas su faire autre chose que bêler lamentablement ; elle avait tourné les talons, son sac bandoulière rebondissant sur ses hanches alors qu’elle dévalait l’escalier vétuste, les yeux brouillés par les larmes. Ils n’avaient esquissé aucun geste pour la retenir et cela l’avait inexplicablement mortifiée.


Dans un café du quartier latin, seule à une petite table devant une double vodka, elle avait examiné sa vie en miettes. Dressé un bilan sans concession.


Qui la regretterait ? Pas ses parents, petits comptables gris et ternes d’Évreux dont la froideur n’avait jamais pu s’accommoder de l’exubérance et de la fougue de leur fille. Pas son frère non plus, son aîné de trois ans, énarque et coincé du cul, fierté indicible de ses parents.

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Les seuls à qui elle manquerait un peu étaient quelques étudiants en master et des athlètes de son club de Levallois-Perret. Mais elle n’est réellement proche de personne, à part…

Non, personne ne la regretterait.


Inexplicablement, elle sent de grosses larmes rouler sur ses joues froides alors qu’elle évacue ses derniers doutes. Le flot tumultueux l’appelle. Elle prend une intense respiration et se prépare, se demandant pourquoi elle a besoin de gonfler ses poumons d’air alors qu’elle veut se suicider. Une voix gouailleuse la tire de son introspection :


— Attends, j’arrive. Tu vas pas faire ça toute seule, c’est pas cool du tout…


Interloqué, elle voit un jeune homme se positionner à sa droite, grande silhouette enveloppée dans un caban bleu nuit. Elle est si surprise – elle n’a ni vu ni entendu quelqu’un approcher – qu’elle se rattrape de justesse au parapet ; se ressaisissant, elle examine son voisin qui lui rend son regard, un vague sourire aux lèvres.


Grand, mince, un visage mangé par une barbe de trois jours et couronné d’une longue chevelure noire nouée en catogan sur la nuque ; la vingtaine, comme elle. Beau comme un pirate ; il a même une cicatrice sur l’arcade gauche. Mais qu’est-ce qu’il fout là, ce con ? Il vient se foutre de moi, me gâcher ma mort comme j’ai gâché ma vie ?


— Putain, c’est foutrement haut ! Mais je présume que c’est fait pour ; si tu veux te suicider, autant faire le saut de l’ange…

— Bon, remontez sur le pont et foutez-moi la paix ; vous n’avez pas besoin de vous moquer de moi, c’est pas le moment !

— Je l’entends souvent, celle-là ; c’est jamais le moment. Moi, ça me va. On saute ensemble, comme ça tu ne seras pas seule à mourir. En plus je sais pas nager.

— Mais c’est pas vrai ! Cassez-vous, c’est MON suicide ! Allez vous jeter sous le métro, sautez du deuxième étage de la tour Eiffel, je sais pas, moi !

— D’accord, mais le métro est fermé, idem pour la tour Eiffel. Alors pourquoi pas ici ?

— J’étais là avant vous, voilà pourquoi ! Allez vous pendre ailleurs. Et pourquoi vous voulez mourir, d’abord ?

— Moi ? Mais je ne veux pas mourir, c’est toi qui veux mourir ! Moi, je t’accompagne parce que je trouve triste que tu te suicides seule. Tu as l’air d’être jeune, jolie ; tu mérites mieux que ça.

— Putain, j’y crois pas ! Je me suicide et je tombe sur un comique à deux balles. Même ma mort je vais la saloper par votre faute. Par pitié, partez, je n’en peux plus.

— Et tu crois que je vais te laisser sauter sans moi ? C’est que je suis motivé maintenant, alors je viens avec toi.

— Vous allez vraiment le faire ?


Amandine essaie de lire sa détermination sur son visage ; il sourit à peine maintenant et il lui paraît décidé, la mâchoire serrée. Elle pousse un gros soupir. Elle ne peut pas sauter, pas dans ces conditions ; elle suppute le temps qu’elle mettra à se débarrasser de cet enquiquineur pour pouvoir revenir ici. Et sauter, seule.


— Allez, remontez sur le pont, je vous suis.

— Ouais ; qu’est-ce qui me dit que tu ne vas pas sauter dès que je serai remonté ?

— Ma parole. Je vous donne ma parole.

— D’accord ; je vois que tu es femme à respecter tes engagements.

— Ah bon ? A quoi vous voyez ça, vous ?

— Quelqu’un n’a pas respecté les siens, d’engagements, et ça t’a blessée. Et c’est tellement étranger à ton mode de fonctionnement que tu en as été si profondément blessée que tu veux te suicider.


Depuis l’autre côté, il lui tend la main qu’elle saisit sans réfléchir ; elle est tiède et douce pour ses doigts gelés. Elle enjambe le parapet et se redresse gauchement, ne songeant même pas à retirer sa main prisonnière. Elle lève la tête vers lui, s’attendant à trouver de la suffisance, voire de l’ironie. Au contraire, elle aperçoit des larmes sur ses joues ; interloquée, elle les essuie d’un geste tendre de sa main libre.


— J’ai eu peur, tu peux pas savoir., lui expliqua-t-il d’une voix un peu rauque.

— Et pourtant, tu l’aurais fait, tu aurais sauté.


Un peu perdue, elle essaie de comprendre pourquoi il était prêt à mourir. Elle ne se rend même pas compte qu’elle le tutoie pour la première fois, elle qui est d’une timidité maladive.

Il lâche sa main et elle ressent un pincement au cœur, mais il enlève son caban et en enveloppe la jeune fille. Elle frissonne en se rendant compte qu’elle est gelée, puis se plonge dans l’odeur du caban, mélange subtil d’agrumes, de menthe et de musc. Avec une petite hésitation, elle tend une main timide qu’il prend dans sa grande patte.


— Antoine. Enchanté de faire ta connaissance.

— Amandine. Je ne sais pas quoi dire. Pourquoi as-tu fait ça ? Tu ne me connais pas.

— Tu es une serial-killer ou pire, une voleuse de Carambar ? Damned, je suis fait comme un rat !

— Non, sérieux !

— Quel homme j’aurais été si je t’avais laissée faire une connerie sans réagir ? Quand je t’ai aperçue, j’ai eu peur de te voir sauter. Alors je me suis décidé très vite, à l’instinct.

— Et c’est vrai que tu ne sais pas nager ?

— Oui ; et aussi que j’ai le vertige et une peur panique de l’eau.

— Dans ce cas, c’est de la folie furieuse : tu as failli mourir de la pire des façons.

— Je t’ai fait confiance, et j’ai eu raison.

— La confiance ? Je crois que jamais plus je ne ferai confiance à quelqu’un.


Elle réalise alors qu’ils marchent main dans la main ; ils sont loin de la Seine, à présent.


— Même pas à moi ? Viens, je te paie un chocolat chaud, tu es gelée.

— D’accord pour le chocolat ; mais je n’ai plus froid avec ton caban, merci. Pour la confiance… (elle le regarde en coin) je ne sais pas ; peut-être.


Ils entrent dans le pub Saint-Germain, étonnamment calme à cette heure, s’assoient à une table ronde en bois vernis dans la salle au premier étage presque déserte ; ils se racontent, la main gauche d’Amandine doucement prise sous la main droite d’Antoine.


Amandine, vingt ans, timide, fleur bleue, gymnaste médiocre, danseuse passable, tenniswoman épouvantable, chanteuse de karaoké à la voix rauque et sensuelle. Célibataire depuis peu.


Antoine, vingt-six ans, gouailleur et tendre à la fois, basketteur très moyen malgré sa taille avoisinant le double mètre, danseur de rock émérite, judoka pitoyable ; chante comme une casserole, mais avec entrain et bonne humeur. Informaticien concepteur d’applications qui se vendent très bien. Amoureux de la vie, mais prêt à la sacrifier pour ce en quoi il croit. Amoureux depuis une heure d’une rouquine dépressive.


— Tu veux bien que je te raccompagne chez toi ?

— Chez moi ? (les larmes emplissent ses yeux verts) Joker.

— Tu veux un jus de fruits ? Désolé… (elle le regarde, interloquée, avant de sourire de son jeu de mot médiocre. Triste, le sourire).

— Bon, on va chez moi, c’est pas loin. Je crèche près d’Odéon. J’ai une chambre libre pour toi. Oui, bienvenue chez les rupins.


Elle scrute son visage innocent, mélange détonant d’ado attardé et d’adulte responsable, et y décèle de l’inquiétude. Pour elle ? Oui, probablement. Malgré sa situation précaire, elle lui sourit presque franchement, pour le rassurer. Elle est récompensée en voyant ses yeux marrons pailletés d’or s’éclairer, chaleureux et tendres ; ils enveloppent Amandine d’une douceur infinie qu’elle ressent jusque dans son ventre. Elle humecte ses lèvres, mordille sa lèvre inférieure et se décide :


— D’accord. Merci, Antoine… (sa gorge se serre et elle ne peut poursuivre.)

— Allez, on y va ?


Il se lève et lui tend la main ; elle lui confie la sienne et il la tire à lui. Debout, elle se blottit contre lui, joue collée contre son torse. Elle entend son cœur qui bat furieusement, sa respiration calme… Elle est bien. Il la serre contre lui de son bras libre, la main posée fermement dans le creux de ses reins. Elle sent contre son ventre la virilité du garçon et s’en émeut. Elle sourit malgré elle, dans le secret de son giron.


— Désolé, Mandy, mais mon corps réagit à ta beauté ; mais je sais me tenir, je te promets…

— Ne promets rien, je suis heureuse de te sentir contre moi ; et je n’ai pas peur, je te fais confiance. Entièrement confiance.


Se dressant sur la pointe de ses ballerines, elle tend ses lèvres et dépose un tendre baiser sur la bouche d’Antoine. Dont les yeux s’écarquillent de surprise.


— Je suis heureuse que tu m’ais empêché de faire une connerie. Mais j’ai si froid ; mon corps est glacé même si tu as réussi à réchauffer mon cœur.

— Dix minutes à pieds, tu vas tenir ?

— Difficile, je vais essayer. Si tu me serres contre toi.

— Je ne vais pas te lâcher comme ça, tu sais.

— Embrasse-moi, idiot...


Ils ne le savent pas encore tout à fait, mais ils s’aiment déjà. Ils se marierons dans un an, auront des triplés, trois garçons bruns, Richard, Philippe et Louis, puis une fille rouquine aux yeux verts trois ans plus tard, Esméralda, petite princesse choyée et chérie par toute la tribu.

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