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L'amour et les ruines

Chapitre 5

Erotique

L’amour et les ruines

Chapitre 5


Au-delà du domaine, bien avant que les plaines ne se fondent avec l’horizon, il a une petite colline sur laquelle rien ne semblait vouloir pousser. Les villageois, en bons provençaux l’avaient appelée "mortinèu". (1) Moribonde


La légende, locale bien entendu, veut que cette déformation du terrain soit le résultat de la chute d’une étoile. La partie visible, un peu comme un iceberg, ne serait que l’infime émergence d’un astre qui serait venu se réfugier sur la terre à la suite d’une querelle d’amoureux... non non ! Rien à voir avec "Le Petit-Prince" de St Ex, rassurez-vous. Ils disent aussi, ici, que le soir, lorsque la bataille fait rage entre la nuit et le jour et que la victoire finale n’est encore acquise à aucun des deux, de longues plaintes s’élèvent dans les airs, douloureuses jérémiades se perdant dans l’infiniment grand. J’ai tendu à maintes reprises l’oreille, et même les deux, sans jamais rien entendre, pourtant je ne doute pas de la vérité de cette légende.


Un soir, alors que le soleil s’était déjà retiré et où le ciel rougissait encore à l’autre bout de la terre, il me vint subitement l’envie de me rendre sur sur cette colline à l’aspect tristement désolé et véritablement "mortinèu".


J’ignore d’où me vint ce désir, mais il était si ardent que je ne pus m’y soustraire... Encore une fois ne vous en faites pas, ce n’était ni l’appel de la forêt, ni l’appel du grand large... juste une envie soudaine comme il peut en arriver à tout à chacun.


Bref, je laissai donc là mon ouvrage et pris mon bâton, celui-là même qui ne me quittait plus depuis que j’avais découvert ces ruines qui à présent étaient miennes.

Ainsi équipé, je me mis en route et c’est accompagné par le chant des quelques cigales encore éveillées et qui ne s’étaient pas encore tues, que j’avançai d’un pas alerte et décidé sur le chemin fleurant bon l’été.


Du sentier me parvenait un parfum enivrant. Dieu que tout était beau, bon, odorant en cette belle terre de Provence. Comme je comprenais Pagnol, ses souvenirs d’enfance, ses courses éperdues dans la garrigue, son sentiment de totale liberté. Comme je comprenais qu’il regrettait chaque départ pour la ville à la fin des vacances, chaque année d’enfance perdue pour devenir l’homme qu’il fut ! Alors en regardant "mortinèu" qui me semblait encore bien lointaine, il me semblait, en bien plus petit cela est une évidence, voir le Garlaban, et entendre les mots de "Mond des Parpalliouns" me dire que cela était sa terre et celle des papillons.


Alors que j’atteignais l’extrémité d’un champ dont je n’aurais su dire s’il était de seigle, d’orge ou de sorgho, j’entendis une voix féminine, claire comme chante une eau de source après une pluie d’orage. Elle fredonnait une vieille chanson au doux accent provençal. Et plus j’approchais, plus la voix était nette et belle.


Bientôt, au sommet de la colline, je vis une jeune fille, toute brune et toute bouclée, la peau couleur pain d’épices, assise au pied d’un arbuste. Elle était presque complètement dénudée et pouvait avoir une petite vingtaine d’année. Je pouvais entrevoir une poitrine frêle, et cette vision me fit un bel effet. J’aimais la peinture, j’aimais peindre oui, même si j’étais loin d’être un artiste, et cette jeune femme assise ainsi au pied d’un arbuste me donna l’envie folle d’en croquer l’instant pour que survive le souvenir de cette vision. Hélas, je n’étais pas équipé pour, et cela me fit peine.


Lorsqu’elle me vit arriver, elle ne parut pas étonnée, et, durant un bref instant, elle me dévisagea. Sans doute comprit-elle qu’elle n’avait rien à craindre et m’adressa la parole sans ambages.

"Bonjour ! On se promène" ?

Et sans même attendre ma réponse, elle poursuivit de sa voix chantante :

"Vous croyez aussi comme les vieux du village, aux légendes" ?

Elle était à la fois si jolie et si candide que je voulus sur le champ en faire une amie. D’un ton détaché je lui répondis en la tutoyant volontairement :

"Les légendes ne sont pas que pour les enfants. Bien souvent, même s’ils s’en défendent, les adultes eux aussi croient aux belles histoires et leur confèrent parfois un fond de vérité" !

Ma réponse parut la satisfaire et sans se lever, se tenant toujours assise auprès de l’arbuste miséreux, elle me dévisagea de ses yeux sombres et continua :

"Mon grand-père disait que le chagrin a rendu cette terre stérile et que jamais rien n’y pousserait. Alors, à l’automne dernier, pour la mémoire de mon grand-père, j’ai acheté cet arbuste à la pépinière à l’entrée de la ville. On ma dit qu’il était robuste, qu’il n’avait besoin que de très peu d’entretien. Je n’ai pas précisé où je voulais le planter, j’aurais peut-être dû. Enfin, disons que je m’y suis mal prise et que je n’ai peut-être pas choisi le bon endroit pour honorer mon papy" !


Puis se tournant légèrement, me laissant ainsi découvrir encore plus la beauté de ses seins, elle me montra l’arbuste du doigt.

"Même lui est mort. Je n’ai rien pu faire pour le sauver. Malgré mes visites chaque semaine pour le pailler, l’arroser, le bichonner, il n’a pas survécu" !

Elle semblait proche, très proche de laisser s’écouler quelques larmes. Je sentais bien que ce tronc décharné représentait bien plus pour elle qu’un simple petit chêne vert. Je pressentis qu’il y avait autre chose de plus profond.


Comme je me taisais toujours, elle poursuivit :

"Oh, vous savez, ce n’est pas la première fois que l’on tente de planter un arbre sur cette colline. Déjà grand-père en avait planté un ici-même lorsque grand-mère nous a quittés. Lui aussi il était persuadé que ça pousserait et il me disait souvent que de là où elle était, grand-mère saurait redonner vie à la terre, redonner l’envie à la colline de vivre et fleurir... lui aussi s’est trompé hélas. De son arbuste il ne reste rien et il en adviendra de même du mien. Maintenant il est parti aussi rejoindre les étoiles et je me sens bien seule" !


Tout en l’écoutant, je m’étais assis à ses côtés sans même y être invité. Je la regardais avec tendresse. Je cherchais mes mots pour la réconforter, elle semblait de plus en plus triste. Je voulais chasser de son regard la tristesse qui l’assombrissait.


Le nature comme la vie sont imprévisibles. Alors que nous étions assis là à présent silencieux, un martinet vint l’espace d’un instant se poser sur l’épaule de la jeune fille. Ce fut bref, et sans doute par accident, mais cela eut l’avantage de lui redonner le sourire. Je décidai d’en profiter.


"Écoute ! Je suis sûr que si il y a quelque chose après la mort, et bien, ta grand-mère a fait tout ce qu’elle a pu. On dit, mais tu le sais, que nous sommes ici sur les restes d’un astre qui a eu un grand chagrin d’amour. Je ne suis pas un connaisseur, je n’en sais pas beaucoup plus sur cette légende mais, et seulement mais, s’il y a une part de vérité dans cette histoire alors je suis sûr que l’on peut y remédier. Il suffit que naisse ici un autre grand amour... un amour passionné. Alors, je crois que la colline pourra reprendre vie et offrir de jolies fleurs, presque aussi jolies que toi. Je suis sûr aussi que ton grand-père et ta grand-mère à présent réunis là-haut y pourvoiront" !


Elle m’écoutait, les yeux écarquillés, comme incrédule. Il est vrai qu’elle ne me connaissait pas et qu’elle était en droit de se poser des questions. Puis sans prévenir, soudainement, elle se leva avec toute la vivacité de la jeune femme qu’elle était, faisant tournoyer dans les airs les volants de sa robe qui aurait pu être d’un autre temps :


"Il faut que je parte... J’ai des choses à faire ! Je reviendrai, peut-être... merci" !

Je l’avais regardé se lever, gracieuse, belle, et j’avais lancé incertain qu’elle m’entende :

"Quand tu reviendras, si tu reviens, je suis sûr que l’amour aura pris le dessus. Il sera si fort que même cette colline aride et désertique reprendra vie" !

Elle avait disparu si vite que j’avais hurlé mes derniers mots. Je pris moi aussi le chemin du retour avec en tête, l’idée de la surprendre en faisant renaître ne serait-ce qu’un brin de vie sur cette terre abandonnée.


Les jours suivants, je vins à plusieurs reprises sur la colline. Ma brouette chargée comme jamais elle ne l’avait été. J’apportai des graines, de l’engrais, de sang de bœuf séché, du fumier de cheval et tout un tas d’autres produits pour enrichir la terre. Au dessus de tout ce fourbi un arbuste... L’automne semblait prometteur, la saison idéale pour planter ce petit pied de mimosa qui, je tentai de m’en persuader, trouverait ici, l’envie de grandir et de s’épanouir. J’en avais fait l’acquisition chez un pépiniériste lequel m’avait assuré que dès février, il y aurait les premiers petits boutons d’or qui se balanceraient sur les jeunes branches.


La lune revenue, (la bonne cela va sans dire), je pris mon temps pour mettre en terre l’arbuste, puis tout autour, avec d’infinies précautions, je traçai des sillons dans lesquels je mis un tas de graines variées pour une floraison printanière, le cœur empli d’espoir.


Ainsi, durant tout un long mois, je vins chaque soir bichonner cette terre abandonnée des hommes.

Les semaines passant et alors que janvier s’étirait, je perdais espoir lorsque je vis de la terre rouge, sortir de toutes petites têtes vertes. Les premiers crocus, les premières perce-neiges venaient réaliser mon vœu. J’avais gagné, je n’avais plus qu’une hâte, que la jeune fille soit de retour pour profiter elle aussi de la renaissance de la vie.


J’ignorais encore son nom, je ne savais pas de quel village elle était, mais j’étais persuadé qu’elle serait heureuse de me revoir.

Fin février, le mimosa était en fleurs, les crocus et perce-neiges étaient éclatants de beauté et déjà, d’autres fleurs sortaient de terre et de fines tiges se dressaient fièrement sous le ciel.

Enfin, un matin de mars alors que le soleil chauffait déjà, je la vis. Toujours aussi belle, aussi rayonnante. Elle était là, debout devant le parterre de fleurs et l’arbuste aux couleurs chatoyantes, les yeux emplis de larmes.


Sans bruit, je m’approchai d’elle :

"Tu vois comme la terre est belle à présent... C’est pour toi qu’elle s’est ainsi apprêtée" !

En se retournant, la jeune fille se jeta dans mes bras et murmura dans le creux de mon oreille :

"Je suis heureuse... tellement heureuse" !

Quelque chose en elle avait changé, je ne pus m’empêcher de lui déposer un baiser dans les cheveux.

"Alors je suis heureux aussi" !

A mon retour à la maison ce soir là, je me surpris à penser à elle en faisant l’amour à Élise. Je n’en éprouvai aucune honte, aucun regret. Elle était si jolie que, si mon cœur avait été libre, je n’aurais sans doute pas hésiter un instant à tenter ma chance. Mais ce n’était pas le cas, ce n’était qu’un fantasme passager. Je pense qu’Élise s’aperçut que je n’étais pas totalement avec elle à un instant donné de nos ébats.


Elle prit soin de s’attarder plus longuement sur tout mon corps, me caressant avec amour et excitant ainsi encore plus mon désir de la pénétrer. Je crois que cette nuit là nous fîmes l’amour avec une passion nouvelle. Au petit matin, bien que pris d’une certaine forme de remord, mon esprit vagabondait dans les collines au moment où Élise me servit le café.


"Ce n’est pas avec moi que tu étais mon amour cette nuit ! Je me trompe" ?

Je ne voulus pas lui mentir. Sans hâte, pesant et soupesant chaque mot, je lui avait expliqué la raison de ce petit égarement, prenant bien soin de ne la blesser à aucun moment.

"Je comprends... Tu es un homme, tu as besoin de savoir que tu plais à d’autres qu’à moi. Cela t’arrivera sans doute encore mais je serais toujours là pour te rappeler que la femme de ta vie c’est moi, et, je dois avouer que tes pensées te mettent dans une forme olympique mon coeur. Alors ne t’en fais pas, oublie ça le temps t’y aidera".


—--A suivre---

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