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Anachronisme

Chapitre unique

Histoire médaillée
Hétéro

Je suis un oiseau rare, une espèce en voie de disparition. Je suis un paria, un perpétuel fugitif.

Dans ce monde qui est devenu pour moi une cage, l’exil est ma seule chance de survie.

L’humanité a depuis longtemps dépassé ses limites, exploré le système solaire jusqu’à ses plus extrêmes confins, colonisé des mondes lointains et exploité leurs ressources sans tirer de leçons de son passé dévastateur. La science a repoussé notre durée de vie au-delà de ce qui était imaginable en transformant les corps en machines améliorables ou réparables à l’envie. Et au passage nous avons perdu un peu de notre âme, de ce qui faisait de nous des humains à part entière.


***


— Mon pote, t’as vraiment une sale gueule, tu sais ?


Le reflet dans le miroir mural ne me répond pas alors que, pourtant, je m’y attendais presque. Mais ne prétend-on pas que qui ne dit mot consent ?

Je scrute d’un œil amorphe les annonces qui défilent en bas du cadre sans vraiment les lire : j’ai du temps devant moi, hélas : mon vol pour Callisto ne partira que dans un peu plus de quatre heures. Cela fait déjà assez longtemps que je traîne dans ce bar dont la pénombre accueillante n’est déchirée par intermittence que par les couleurs criardes des enseignes lumineuses vantant des marques de bières de synthèse. Au moins ici, dans le niveau souterrain de l’astroport, je n’ai pas à supporter une vue sur la laideur extérieure et cette pluie grasse qui ne cesse de tomber depuis des jours.


Je sais que j’ai déjà trop bu, mais je ne me souviens plus à quel point. Le mauvais alcool que l’on sert ici a au moins l’avantage d’engourdir mon cerveau, de l’empêcher de tourner à plein régime. Car je n’ai pas envie de ruminer les raisons qui me poussent à prendre la fuite, ni à penser à ce que ma différence me fait courir comme risque.


Je suis à bout de forces, les yeux cernés par le manque de sommeil, les mains tremblantes. Je frotte machinalement ma barbe naissante, et passe une main dans mes cheveux sales : j’aurais besoin d’une douche brûlante et d’un lit profond, mais ce n’est pas le moment de me relâcher. Je jette un regard vitreux en direction du barman au crâne rasé : c’est bon, il ne fait toujours pas attention à moi, ne se manifestant de façon presque surnaturelle que quand je n’ai plus rien à boire. Bien évidemment il n’y a aucune magie là-dedans – il n’y en plus nulle part de nos jours – et il ne fait que réagir à l’appel à distance d’un quelconque capteur interne placé dans mon verre. Les yeux mi-clos, comme en transe, il se dandine sur une musique qui reste inaudible sans une puce d’ambiance implantée. J’essaye un instant de deviner ce qu’il écoute, puis je renonce, décidément trop fatigué pour jouer à ce genre de jeu.


Un éclat de lumière vive se reflète brièvement dans le miroir : la porte du bar s’est ouverte et refermée sans un bruit derrière moi. J’observe la silhouette qui s’avance vers le comptoir, à l’affût du moindre signe de danger qu’elle pourrait représenter. Je regrette maintenant la quasi-absence de lumière qui m’empêche de mieux distinguer la femme élégante qui traverse le bar : son regard est-il dirigé vers moi ? Est-elle animée d’intentions hostiles ?

Je suis soulagé quand, sans faire plus attention que cela à moi, elle s’installe sur un haut tabouret à quelques places de là et commande un de ces cocktails compliqués dont je ne retiens jamais le nom. Elle semble concentrée sur un ailleurs plus important que ce qui l’entoure et l’éclat argenté aux effets stroboscopiques qui brille par intermittence dans son œil gauche me confirme qu’elle échange des données à distance grâce à sa pupille connectée.


J’en profite pour l’observer : elle doit avoir une petite trentaine d’années, une peau ambrée, des cheveux d’un noir profond coupés de façon asymétrique, des yeux en amande dont la teinte semble changer en permanence. Elle est maquillée avec un soin discret, ce qui met en valeur son visage un peu anguleux et sa bouche aux lèvres fines, pincées par la concentration ou la contrariété. Lorsqu’elle se saisit de son verre, je remarque que ses ongles d’une longueur démesurée sont recouverts d’un vernis bleuté d’un style démodé. Ce détail dénote d’autant plus qu’elle est vêtue d’une robe mordorée du dernier chic dont la coupe stricte s’arrête juste au-dessous du genou et laisse nus son épaule et son bras droit tandis que le côté gauche reste dissimulé sous une manche longue.

Comme mue par un sixième sens, elle se tourne alors vers moi et plante son regard dans le mien. Avec un petit sourire ironique, elle lève son verre dans ma direction en guise de salut.


— Vous me l’offrez ? Pour vous faire pardonner les pensées déplacées que vous venez d’avoir en me détaillant de cette façon.


Je ne cherche pas à protester, elle peut bien penser ce qu’elle veut de moi, de mes regards et de mes pensées. Elle peut bien se tromper à mon sujet, tant qu’elle ne devine pas quels secrets je dissimule.

J’acquiesce et fait signe au barman d’ajouter la boisson à ma note déjà longue.

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Elle me remercie d’un signe de tête, puis se lève et se dirige vers moi d’une démarche assurée malgré les talons absurdement hauts sur lesquels elle est juchée. Elle s’assoit à côté de moi et nous trinquons, ce qui me donne l’occasion d’être submergé par l’odeur délicate et piquante de son parfum. Une fragrance presque familière mais indéfinissable.

Elle tend une main vers moi que je saisis et serre, surpris par ce geste désuet. Je suis comme électrisé par le contact de sa paume agréablement tiède et de sa poigne ferme.


— Colombe. Enchantée.


Je lui donne mon nom d’emprunt du moment sans hésiter et, à sa question suivante, je lui « révèle » que je suis en attente du prochain vol intercontinental. Mentir est devenu une seconde nature chez moi à tel point que je me demande si, même en le voulant, j’arriverais à me montrer sincère.


— Et toi alors, départ ou arrivée ?


— Ni l’un, ni l’autre. Je travaille ici.


— Oh ! Je vois. Alors tu es une... euh... professionnelle ?


— Mais non, je ne fais absolument pas ce genre de travail ! Je sers d’intermédiaire entre des personnes qui n’ont pas le temps de se rencontrer ou pas de temps à perdre. Je délivre des messages ou leur trouve ce dont ils ont besoin... ou simplement envie, ce qui revient souvent au même dans l’esprit des gens qui ne savent pas quoi faire de leur argent. Cet endroit est idéal pour mes activités : tout le monde finit par y passer à un moment ou à un autre.


Elle ne semble vexée ni par mon absence de discernement, ni par mon manque de tact, et nous entamons alors une conversation décousue mais agréable au cours de laquelle j’élude tout sujet trop personnel. Il est évident qu’elle flirte un peu et je trouve cela plutôt flatteur. Elle finit par se pencher vers moi, si proche que je peux à nouveau sentir son parfum envoûtant, et dans un murmure elle me glisse à l’oreille :


— Tu as besoin d’un peu de repos et moi j’ai envie de prendre du bon temps. Si tu veux on pourrait conjuguer les deux en partageant un bloc jusqu’à l’heure de ton vol. Je vais avoir un colis à livrer un peu plus tard mais pour l’instant je suis libre et toute à toi si tu en as envie.


Je sais parfaitement que je devrais décliner cette invitation si tentante, et pourtant... J’ignore totalement si c’est l’alcool, l’épuisement ou l’étrange attirance que je ressens pour elle qui me fait répondre favorablement. Sans doute un mélange de tout cela.


Avant que nous ne quittions le bar, je règle l’addition avec une poignée de jetons, sous le regard amusé de Colombe qui doit trouver ce moyen de paiement tellement archaïque.

La lumière crue et artificielle des couloirs du terminal m’éblouit et je concentre mon regard sur la jeune femme qui marche un ou deux pas devant moi. J’en profite pour admirer le galbe de ses jambes et ses fesses qui ondulent de manière hypnotique, moulées dans cette robe que je rêve de lui arracher. Je me fais la réflexion que, finalement, elle avait raison au sujet de la nature de mes pensées. Mais, à ce moment précis, je n’en ai absolument rien à faire.


Lorsque nous arrivons à destination, elle a déjà réservé et payé à distance la chambre. Enfin, la chambre, c’est un bien grand mot... En guise d’hôtel il s’agit juste d’un empilement de containers à l’aménagement intérieur des plus sommaire, dortoir rudimentaire pour des voyageurs épuisés par le décalage temporel des voyages spatiaux.

Je vais faire une toilette rapide dans le compartiment douche pendant que Colombe joue avec le boîtier de projection, cherchant un décor approprié à faire apparaître sur les murs de métal corrodé, et se décide finalement pour un paysage de bord de mer comme il n’en n’existe plus nulle part.


Le minuteur de la réserve d’eau recyclée ne me laisse même pas le temps de me rincer correctement, mais je me sens à nouveau propre et presque présentable lorsque je la rejoins.

Elle est nue elle aussi et assise en tailleur sur le futon qui occupe la plus grande partie de la pièce. En même temps que je découvre le tatouage mouvant qui fait voleter sans fin depuis son poignet gauche jusqu’à son épaule une nuée d’oiseaux multicolores sur la surface de sa peau, j’admire son corps étonnamment sculptural, sans doute la conséquence d’implants musculaires tout autant que d’une pratique sportive intensive.

Un court instant je me pose la question de ce que je fais ici en compagnie de cette femme dont je ne sais rien en définitive. Le risque en vaut-il vraiment la chandelle ?


Colombe me sort de ces réflexions en attrapant mon bras sans prévenir et m’attire contre elle sur le matelas. Je ne cherche plus à résister. Nos lèvres se cherchent, nos mains s’égarent. Un agréable frisson me prend quand je sens ses ongles effilés parcourir mon sexe avant que sa main ne l’enserre avec fermeté. J’embrasse ses petits seins aux tétons déjà durcis, respire à pleines narines l’odeur enivrante de sa peau, pendant qu’elle me branle de façon experte. Ma queue est tendue à l’extrême entre ses doigts agiles qui jouent à faire monter mon excitation à la limite du supportable. Mais jamais elle ne perd le contrôle : il est encore bien trop tôt pour qu’elle m’autorise à jouir.


Ses mains se glissent alors dans mes cheveux et d’une pression sans équivoque, elle dirige ma tête vers son intimité glabre et moite. Au passage je ne peux résister à la tentation de laisser glisser ma langue sur son ventre aux abdominaux magnifiquement dessinés. J’aimerais m’attarder sur son nombril profond, mais d’une petite tape sur le crâne, elle me fait comprendre que ce n’est pas ce qu’elle attend de moi pour le moment. J’obtempère à regret et pose ma bouche sur sa fente, l’embrasse et en respire l’odeur suave. Mes bras entourent ses cuisses largement ouvertes et je me délecte de sa vulve à pleine bouche, léchant, suçant, tétant. Colombe pousse un soupir de contentement quand la pointe de ma langue s’attaque sans prévenir à son bouton. Tout son corps se tend, insensible à autre chose qu’à cette promesse de plaisir qui lui est offerte.


Ma langue parcoure ses lèvres charnues avant de plonger dans les profondeurs de son sexe puis de revenir encore sur son clitoris dressé. Ma partenaire gémit, se cabre, appuie sur ma tête de ses deux mains comme pour que je m’enfonce plus loin en elle. J’accélère, pressé de la mener à un orgasme libérateur. Elle s’écoule en moi et je la bois, goûtant avec délice son précieux et abondant nectar. Enfin, poussant un long râle inarticulé, Colombe me libère de l’étau de ses mains et arrose mon visage d’un puissant jet de cyprine. Elle jouit le regard perdu dans le vague, ne prêtant aucune attention ni à moi, ni aux nuages virtuels qui passent paresseusement sur le plafond au-dessus de nous.


Elle reste allongée sur le dos, inerte, et m’offre une vue aussi imprenable qu’impudique sur son entrejambe. Sa poitrine se soulève au rythme de sa respiration saccadée et c’est d’une voix rauque qu’elle me lance :


— Qu’est-ce que tu attends pour venir me baiser ?


Colombe n’a pas besoin de me le dire deux fois. Je me rapproche, agenouillé entre ses cuisses et je la pénètre précipitamment, ne voulant pas perdre plus de temps. Penché au-dessus d’elle, mes mains malaxant ses seins sans ménagement, je vais et viens rapidement en elle. La saillie est brutale et ses yeux s’écarquillent de surprise : sans doute ne s’attendait-elle pas à ce que je me comporte de manière aussi bestiale. Mais pas un instant elle ne proteste, allant même jusqu’à m’inciter à la prendre plus fort encore.

Elle m’enserre de ses jambes, chevilles croisées derrière mes fesses, et m’attire au plus près contre elle. Ses mains caressent mon dos, parfois se crispant quand je rentre en elle un peu trop violemment. Elle pousse de petits cris étouffés, sa bouche posée sur mon cou, avant qu’elle ne vienne me mordiller l’oreille.

Bientôt mon amante se fait fauve et devient même sauvage : ses ongles sont comme des griffes qui me labourent profondément la peau du dos. Je pousse un cri de surprise et tente de me dégager de l’étreinte de ma partenaire, mais elle renforce sa prise et me fait comprendre d’un simple regard noir que je n’ai pas le droit d’arrêter de la pilonner pour si peu. Je prends donc sur moi et poursuis ma besogne, malgré la douleur sourde qui irradie des sillons laissés sur moi par mon ardente compagne.

Elle manifeste son bonheur charnel sans aucune retenue, et fait retentir des miaulements sonores, des cris de plaisir intense qui doivent s’entendre jusque dans les chambres contiguës.


Son excitation – feinte ou sincère, je l’ignore, mais l’effet reste le même – fait monter la mienne et je laisse alors libre cours à mon désir. Je la pénètre le plus vigoureusement possible, concentré égoïstement sur ma propre satisfaction. Mes coups profonds la font gémir de plus en plus fort et il est évident qu’elle apprécie le caractère agressif, presque animal, de cet assaut. Avec un sourire féroce, elle me met au défi de lui procurer à nouveau un orgasme avant que je ne jouisse moi-même.

Ne pas penser à son corps si érotiquement sculpté, ni à son antre chaud et humide que je malmène pour notre bonheur mutuel, est une tâche quasiment impossible à accomplir et ce n’est que par miracle que je la sens vibrer et s’abandonner la première dans un long râle. Presque simultanément je lâche prise et me vide en elle, presque pris de vertige par l’intensité de cet instant.


Nous restons un moment sans bouger, nos corps nus et en sueur plaqués l’un contre l’autre. Puis Colombe me repousse et je roule sur le dos, allongé près d’elle. Son visage, si proche du mien, a repris une expression de dureté impassible. Quand j’avance la main vers elle pour une ultime caresse, elle se relève et descend du matelas sans me quitter du regard.

Je me redresse sur un coude et réalise que je n’ai jamais eu aussi soif de toute ma vie. J’ai la tête qui tourne un peu et les marques de griffures qu’ont laissé ses ongles dans ma peau semblent palpiter et devenir brûlantes.

Ma vue se brouille quelques secondes et je retombe sur le dos. Je suis pris de bouffées de chaleur tandis que les battements de mon cœur ralentissent de manière inquiétante. Je cherche à appeler à l’aide, à avertir Colombe que quelque chose ne va pas, mais je suis incapable de faire le moindre mouvement ou de produire le moindre son.

Elle vient s’accroupir près de moi et passe une main dans mes cheveux en un geste tendre.


— Je suis presque désolée pour toi, tu sais. Mais tu représentes un contrat trop lucratif pour que j’abandonne, même maintenant. Il n’y a rien de personnel dans tout cela, j’espère que tu le comprends. Tu sais, tu devrais cesser de lutter et t’abandonner au sommeil, cela vaudrait mieux pour toi...


Elle s’éloigne, sortant de mon champ de vision, et je l’entends passer un appel, parlant d’une voix très professionnelle et dénuée de toute émotion :


— C’est fait, le colis est à votre disposition. Non, cela n’a posé absolument aucun problème. Quelques bouffées de phéromones pour manipuler la cible et une injection de neurotoxines pour la neutraliser : il ne s’est douté de rien. D’accord, laissez-moi juste le temps de vérifier que vous m’avez bien versé la somme convenue et je vous dirai à quel endroit envoyer votre équipe de récupérateurs.



Je suis un oiseau rare, une espèce bientôt disparue : un être humain vierge de toute modification, dont les organes n’ont subi aucune altération génétique ou technologique. Je suis une proie de choix pour ceux qui veulent vous faire croire qu’accéder à l’éternité est un rêve et pas un cauchemar.


Laisser le néant m’engloutir est une idée tellement séduisante. Mais j’ai assez fui comme cela et je décide de me battre pour une fois. Je me concentre de toutes mes forces pour lutter contre le poison qui m’infecte : si j’arrive à bouger mes membres temporairement paralysés, j’aurai alors peut-être une chance de m’en sortir. Il me suffit de faire un effort. Un tout petit effort...

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