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Androgyne

Chapitre unique

Travesti / Trans

La pointe fine du feutre glisse rapidement sur le papier immaculé. Parfois, la main qui le tient s’interrompt, hésite, parcourt le texte avant de raturer un mot ou d’en ajouter d’autres. Attablé à une terrasse de la petite station balnéaire, une tasse de café maintenant presque froid à portée de main, Gilles ignore totalement le monde qui l’entoure. Concentré à l’extrême sur sa tâche, l’écrivain de quarante ans ne s’arrête par instant que pour réfléchir en frottant machinalement sa barbe de trois jours ou en passant une main dans sa chevelure brune un peu trop longue. C’est son look bohème, comme disent ses amis qui pensent pour la plupart que son apparence est une façon pour lui de se donner un genre, alors qu’il n’en est rien.


Ses deux précédents romans ont reçu un accueil enthousiaste de la part des critiques et des lecteurs et il sait qu’il est maintenant attendu au tournant. Cette pression a été difficile à gérer et il a traversé une période où son inspiration l’avait complètement déserté. Suivant les conseils de son éditeur qui lui préconisait un changement d’air, Gilles avait quitté Paris pour louer un appartement meublé dont les fenêtres donnent sur la mer. Bien lui en a pris, car depuis quelques jours, il fourmille d’idées et est pris d’une frénésie d’écriture.


A quelques mètres de là, un groupe de jeunes gens remonte la rue en riant et chahutant, mais Gilles ne fait pas attention à eux. Ils s’interpellent et se bousculent par jeu et, en arrivant près de l’écrivain, une fille trébuche, heurte la table avant de retrouver son équilibre et de s’éloigner à la poursuite du responsable de l’incident. Le café se renverse et Gilles ne sauve son précieux carnet que par réflexe. La bande est déjà loin et, alors que l’écrivain les suit du regard en grommelant, une voix douce attire son attention :


— Pardon m’sieur, mais je crois que c’est à vous.


Un garçon se tient près de sa table et lui tend le feutre qui avait roulé par terre. Il ne doit pas avoir plus de vingt ans, de grands yeux bleus qui éclairent un visage aux traits délicats parsemé de quelques taches de rousseur, une bouche un peu boudeuse et des cheveux blonds noués en catogan par un élastique. Il porte une paire de tennis usés, un short en jean délavé et un maillot de football un peu trop grand pour lui. Gilles le remercie puis, comme le jeune homme reste là à le dévisager avec un air perplexe, il lui demande s’il peut faire quelque chose pour lui.


— Désolé, je ne voulais pas vous déranger, mais j’ai l’impression qu’on se connaît, non ?

— Je ne pense pas. En fait, je ne suis pas du tout d’ici, tu vois...

— Oh, j’ai trouvé ! Vous êtes cet écrivain, là. Celui de... « la Dernière ombre » ?

— A vrai dire c’est « l’Ultime lueur », mais oui c’est bien moi. Et c’est toujours un plaisir de rencontrer un de mes lecteurs.

— Ouais, enfin c’est surtout ma mère qui est fan de vos bouquins, moi je trouve ça un peu trop intello, si vous voyez ce que je veux dire. Votre héros, il met genre deux cents pages à se retourner le cerveau avant d’aller dire à la meuf qu’il la kiffe !


Un peu vexé par cet avis définitif, Gilles s’apprête à argumenter et à défendre son œuvre. Il n’en a pas le temps, car son interlocuteur (qui apparemment s’appelle Camille), appelé à grands cris par ses amis qui ont constaté qu’il tardait à les rejoindre, s’éloigne déjà dans leur direction à longues enjambées. L’écrivain tente de se remettre à son manuscrit, mais il a l’esprit ailleurs. Ce n’est pas uniquement la critique qui l’a troublé, mais quelque chose d’indéfinissable dans l’attitude et le comportement de son jeune détracteur. Peut-être était-ce la manière qu’il a eue de le dévisager sans pudeur comme s’il essayait de lire ses pensées, ou ce petit sourire à la fois timide et déluré qu’il avait ?


Plusieurs jours s’écoulent et il oublie finalement un peu Camille et ses airs de mystère en se plongeant à nouveau dans l’écriture. Il noircit les pages, mais ne parvient pas à être tout à fait satisfait du résultat : il ne peut se débarrasser de l’idée que son récit tourne en rond, qu’il lui manque cette touche de réalisme qui ferait qu’on ne pourrait pas le taxer d’être trop cérébral. Et cela lui remet à l’esprit la remarque du jeune homme. Gilles se sent à l’étroit dans son petit appartement, il étouffe et ressent l’envie de prendre l’air. Il finit par sortir et marche longuement sur le front de mer alors que le crépuscule s’installe peu à peu. Sur le chemin du retour, il passe devant un bar d’où s’échappent des voix, des rires, de la musique et il décide d’y entrer. Il fend la foule jusqu’au comptoir, commande une bière, jette un coup d’œil à la salle.


Et c’est là qu’il la voit, en train de danser au fond de la salle près de quelques-uns de ses amis qui jouent au billard sans faire attention à elle.

Elle ne doit pas avoir plus de vingt ans, de grands yeux bleus qui éclairent un visage aux traits délicats parsemé de quelques taches de rousseur, une bouche un peu boudeuse et des cheveux blonds qui tombent librement jusqu’à ses épaules. Elle porte une robe bleue, courte et légère, et une paire de ballerines.


Gilles a un moment d’hésitation et se demande si son cerveau lui joue des tours. Mais non, il l’a bien reconnue, c’est Camille, il n’a aucun doute là-dessus. Il en est encore à se demander comment réagir que la musique change et que la belle ambiguë se dirige vers le bar. Elle l’aperçoit et sourit en s’approchant de lui.


— Salut ! Décidément, on ne fait que se croiser. Enfin, c’est normal : c’est tout petit par ici. Pas comme la grande ville d’où vous venez, hein ? Mais ici c’est plutôt sympa, vous ne trouvez pas ? Ils passent de la bonne musique et ils ne forcent pas trop à la consommation. Tiens, d’ailleurs, vous me payez un verre ?


Désemparé autant qu’amusé par ce flot de paroles, Gilles fait signe au barman de servir à Camille ce qu’elle veut. Ils parlent de tout et de rien pendant un long moment, totalement coupés de l’agitation qui les entoure, et rapidement, Gilles est charmé par l’énergie communicative de la jeune femme. Lorsque ses amis, une fois la partie de billard terminée, font mine de s’en aller, elle décide de rester et leur promet de les rejoindre plus tard. Et quand ce plus tard – beaucoup plus tard en fait, car leur conversation s’éternise et qu’aucun d’entre eux ne souhaite rompre le charme – finit par arriver, Camille demande spontanément à Gilles de la raccompagner.

Il fait nuit noire au-dehors et ils marchent un instant en silence dans les rues vides, perdus tous les deux dans leurs pensées, avant que Camille ne se tourne vers Gilles, l’air sérieux.


— Dites, j’ai vu comment vous me regardez depuis le début et je voudrais savoir si vous avez envie de moi comme je le pense.

— Eh bien, tu es drôlement directe, toi ! On se ne connaît que depuis quelques heures...

— Et donc, vous ne me trouvez pas désirable ?

— Au contraire ! Mais je ne suis pas un homme facile, moi : je ne couche pas au premier rendez-vous.


Sa plaisanterie tombe à plat et un silence gêné s’installe tandis que Camille le scrute intensément une fois encore.


— Bon, je vais essayer de vous faire gagner du temps et de rendre les choses plus faciles. Je sais déjà tout ce que vous pourrez me dire, j’ai l’habitude : vous allez parler de différence d’âge, de bonnes manières et de morale, prétendre que j’agis sur un coup de tête et que je vais le regretter ensuite, peut-être même prétexter que vous ne pouvez pas parce que vous avez déjà quelqu’un dans votre vie. Mais réfléchissez bien : on a tous les deux envie de ça, alors pourquoi vous prendre la tête ? Profitez juste de votre chance et laissez-moi faire, OK ?

— On dirait que tu as beaucoup réfléchi à tout ça. Tu l’utilises souvent ce discours ? Non, ne réponds pas, je n’ai pas vraiment envie de le savoir, en fait... C’est d’accord, tu as gagné : je te laisse prendre les choses en main.


L’expression involontairement équivoque fait sourire Camille qui fait signe à Gilles de la suivre et s’engouffre sous un porche plongé dans l’obscurité. A taton, elle ouvre sa braguette tout en l’embrassant à pleine bouche. Les mains baladeuses, Gilles commence à lui peloter le cul, mais Camille lui échappe, se faufile entre ses bras et se retrouve accroupie devant lui. Elle fait descendre le pantalon puis le boxer, découvrant une bite que l’excitation fait déjà durcir. Du bout de la langue, elle joue un instant avec le gland avant de lécher franchement de haut en bas le membre palpitant qui s’offre à elle. Le tenant fermement d’une main, elle l’engouffre à moitié et commence à le sucer tout en le branlant lentement. Gilles pose une main sur sa tête pour l’inviter à l’avaler en entier, ce qu’elle fait d’une manière experte en lui offrant une gorge profonde.


Pendant un moment, les seuls sons audibles dans l’obscurité sont les soupirs de plaisir de Gilles et les bruits saccadés de déglutition de sa partenaire. Puis elle se retire pour reprendre sa respiration en toussant, tourne la tête et crache sur le sol.


— Élégant !

— Ben quoi ? C’est quand même gonflé de la part d’un mec qui vient caler sa bite au fond de ma gorge sans trop demander la permission !


Au ton espiègle de sa voix, Gilles devine le large sourire qui doit s’épanouir sur le visage de Camille et il ne peut retenir un petit rire.


— Accepte donc mes excuses les plus sincères pour mon manque profond de tact. Ceci dit, m’autorises-tu à remettre ma bite bien au chaud, là où elle était il y a un instant ?

— Ouais, bien sûr... Enfin, sauf si vous voulez me la mettre ailleurs...

— J’adorerais ça, mais il faudrait que je te pose une question indiscrète avant et j’espère que tu ne vas pas mal le prendre. Depuis qu’on s’est croisés dans ce bar, je me demande si tu es...

— Une fille ou un garçon, c’est ça ? Et si je ne réponds pas comme vous voulez, ça vous fera débander ?

— Non, pas du tout. Je te le demande uniquement parce que l’ambiguïté que tu entretiens est intrigante, bien qu’excitante aussi. Mais quel que soit ton sexe, j’ai très envie de toi.

— Alors, si ça vous chauffe, je vais garder le mystère. Attendez juste une seconde.


Gilles, très excité par la tournure des évènements, entend Camille, toujours accroupie devant lui, fouiller dans son sac à main. Elle se redresse enfin, s’empare à nouveau d’une main sûre de sa bite à laquelle elle imprime quelques mouvements de va-et-vient, dépose un baiser léger sur le coin de sa bouche et lui glisse un emballage de préservatif entre les doigts. Il déchire le sachet tandis qu’elle le branle vigoureusement, faisant grossir son érection jusqu’à ce qu’il soit prêt à enfiler la capote.


Camille vient s’appuyer face contre le mur et guide l’écrivain jusqu’à ce qu’il se retrouve derrière elle. Il pose une main légère sur le cul lisse et doux de la belle androgyne qui se tortille, robe relevée jusqu’aux hanches, pour retirer sa culotte. D’un ton sans appel, elle lui interdit de poser sa main plus bas, réduisant ainsi à néant les efforts tactiles de son amant pour percer à jour sa vraie nature.


Bien cambrée, Camille offre son joli derrière à Gilles qui vient y frotter sa bite avec délice dans l’attente de plaisirs à venir plus grands encore. Elle attrape le membre bien dur et le guide sans attendre vers son petit trou. Il la pénètre doucement, par crainte de lui faire mal, mais ce n’est de toute évidence pas la première fois qu’elle joue à ce jeu : bientôt, il se retrouve profondément enfoncé dans son cul. Les deux amants gémissent en cadence, leurs soupirs s’accordant au rythme des mouvements de Gilles dans le fourreau étroit de sa partenaire. Bientôt, ses mouvements se font plus rapides et prennent de l’amplitude. Il la tient par les hanches et la pilonne avec ardeur pendant de longues minutes. Une série de petits cris remplacés brusquement par une respiration haletante lui indique que sa compagne a dû jouir. Il donne encore quelques à-coups avant de se vider dans le préservatif en grognant de soulagement.


Il reste enfoncé dans le cul de Camille encore un peu, le temps qu’ils retrouvent tous les deux leur souffle, puis se retire doucement. Ils se rhabillent maladroitement sans dire un mot avant de quitter l’abri que leur offrait le recoin dans lequel ils se trouvaient. Avec un regard en coin, Gilles prend alors la parole :


— Merci, c’était vraiment très bon. Si jamais tu as envie qu’on recommence... Je veux juste dire que j’espère qu’on aura l’occasion de se recroiser bientôt.

— On verra bien. Vous savez, je ne suis pas du genre à faire des projets, je vis au jour le jour. Mais, ça ne me gênera pas de remettre ça. Vous avez la forme pour un mec de votre âge et c’était plutôt pas mal, c’est clair.


Gilles ne pense même plus à se vexer de la franchise désarmante de Camille. Il se contente de marcher à ses côtés, le sourire aux lèvres, dans la ville déserte avant qu’ils ne se séparent et ne repartent chacun de son côté.


Dans les semaines qui suivent, l’écrivain aperçoit bien à plusieurs reprises sa partenaire d’un soir, mais ne parvient à aucun moment à l’aborder de nouveau, Camille étant toujours accaparé par ses amis. L’énigmatique androgyne, portant tour à tour des vêtements masculins ou des tenues féminines, garde sa part de mystère. Alors que son manuscrit est achevé et qu’il s’apprête à quitter définitivement la petite ville, il se résout finalement à ne jamais découvrir ce qui pouvait bien se cacher sous ses jupes.

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