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Bal masqué

Chapitre 1

Travesti / Trans

1-

— Ça y est ! s’écria maman. On a le thème pour le Nouvel An

On s’approcha et nous lûmes le mail : « Il sera Elle au lycée de Versailles »

Puis un PS, plus bas dans le message : « Pour les blonds et les blondes : les garçons en fille et les filles en garçon ». Suivi d’un autre PS, en rouge : « jupe obligatoire ! »

Cette dernière contrainte était la garantie de fous rires.


Je me suis toujours demandé quand ce thème bateau allait tomber. Voilà, c’était fait.

Car tous les ans depuis que je suis en âge de me souvenir, notre famille se réunissait pour fêter la nouvelle année à l’occasion d’une soirée dansante et surtout costumée.

L’an passé, le thème était les jeux vidéo, l’année d’avant les super-héros, et l’année encore avant, le cinéma.


La soirée était organisée par mes tantes Ghislaine, dite Gigi, et Marianne. Elles avaient créé une association pour gérer légalement l’événement (surtout l’aspect financier) et organiser toute la logistique, même si chacun mettait la main à la pâte pour garnir le buffet. Et aussi acheter les prix qui récompenseraient le concours du meilleur déguisement.


Moi, c’est Thomas. Ou Thom ou Toto. Mais ça, c’est quand j’étais petit. Je n’ai jamais aimé ce surnom. Surtout quand Maman disait en riant « Tous ces totos qui trottent sur la tête à Toto » lorsqu’on annonçait une invasion de poux à l’école. Je n’avais pas attendu Racine pour découvrir les allitérations, qu’elles soient en S ou en T.

J’approchai de mes dix-huit ans.


Ma famille se composait de mes parents, Marc et Sophie et d’une sœur, Léa, de deux ans mon ainée. Elle et moi, on s’entendait plutôt bien. Mais d’un côté, on ne faisait que se croiser. Moi en terminale, elle en fac ou au hand. Elle jouait demi-centre dans l’équipe locale et, entre les entrainements et les matches, on ne la voyait pas souvent. Sans parler du temps qu’elle passait avec sa meilleure amie Nadège, collègue de fac et de hand.


Mes parents, Marc et Sophie, avaient passé la quarantaine. Maman était assistante de direction, Papa commercial et souvent en déplacement aux quatre coins du pays. Ils nous avaient eu jeunes, choisissant de pouponner d’abord et de s’amuser plus tard, quand on serait plus grand. On habitait dans un pavillon entouré d’un petit jardin pour lequel il ne leur restait que quelques années pour terminer le crédit.


La soirée tourna autour des déguisements que l’on allait porter. On avait encore deux mois pour trouver et peaufiner notre tenue. D’autant plus qu’on était tous candidat au concours.

Léa avait déjà trouvé : elle serait Nikola Karabatic, son idole. Papa et maman cherchaient toujours. Mais l’idée de Bonnie and Clyde faisait son bonhomme de chemin.


— Et toi ? me demanda maman.

— J’en sais rien. Je vais réfléchir, répondis-je.

En fait, pour une fois, le thème ne m’inspirait pas du tout. Contrairement aux deux éditions précédentes où Zelda et Hulk avait fait impression. Surtout Hulk, quand on sait que je fais soixante-cinq kilos tout mouillé.

Léa fit tout un tas de propositions, à mon goût, toutes aussi farfelues les unes que les autres.

— Et pourquoi en infirmière tant qu’on y est ? dis-je, un brin excédé.

— Ou en Pretty Woman, annonça maman.

— En quoi ? demandai-je

— Euh, … laisse tomber. C’est l’héroïne d’un film de siècle dernier, railla maman.

— En Cendrillon, après le passage de sa marraine, s’écria Léa.

— Ou en Reine des Neige. Libérééééée ! Délivrééééée, entonnai-je.

Tout le monde éclata de rire.

— Et si on restait simple ? Je pourrai me déguiser en Léa ou en Maman ?

— Trop simple justement ! Tu n’aurais aucune chance au concours, trancha papa.

— Bon, bon, on a le temps d’y penser, conclus-je


Je sujet en resta là une dizaine de jours.

— Alors, tu as trouvé ? demanda maman au diner

— Trouvé quoi ?

— Ton déguisement !

— Non.

— Bon, bon. Nous, si ! répliqua maman

— Ah, et c’est quoi ?

— Une surprise. Et n’essaye pas de savoir ce que c’est, dit Léa, complice.

— En fait, c’est simple : sois tu trouves un déguisement, sois tu prends notre idée sans poser de question et surtout sans te défiler.

Les choses prenaient une tournure qui ne me plaisait pas du tout. Et je n’avais aucune confiance en ma mère et ma sœur lorsqu’elles se mettaient à comploter.

— Tu as jusqu’à la fin de la semaine pour nous proposer une idée originale. Sinon, c’est la nôtre qui l’emportera.

— D’accord !


Il me restait trois jours. Je me creusai les méninges et fit une liste d’une dizaine de propositions.

Elles furent toutes retoquées sans exceptions et surtout sans discussion.

C’est là que je compris que les dés étaient pipés dès le départ. J’aurai pu proposer toutes les idées possibles et imaginables, de toute façon c’était la leur qui aurait été retenue.

— Vous allez me déguiser en quoi alors ?

— Tu verras, tu verras …



2-

Ce ne fut que le week-end suivant que ma sœur et ma mère passèrent à l’action. Une semaine à chercher ce qu’elles pouvaient bien avoir en tête. Et je commençais à imaginer le pire. D’autant plus que Papa n’était au courant de rien.

— Tu es prêt ? demanda Maman.

— Ben …

— Parfait. Alors va à la salle de bains et déshabille-toi. Séance épilation.

— C’est obligé ?

— Oui, trancha Léa.


Ce n’était pas l’idée de me mettre nu devant ma mère ou ma sœur. Tout petit, mes parents nous avaient habitués à évoluer en tenue d’Adam et Eve dans la maison. Et eux-mêmes ne dérogeaient pas à la règle. On n’était pas naturiste pour autant. La nudité se limitait en fait à la salle de bains le matin dans laquelle on se croisait. De même, Maman ou Léa n’avait aucune gêne à traverser le couloir en petite tenues.

C’est ainsi que je découvris que Léa entretenait un fin ticket de métro tandis que Maman était adepte de l’épilation intégrale. Tout comme Papa.


J’obéis à Maman et elle œuvra sur ma pilosité peu fournie.

— Impeccable ! dit-elle satisfaite. Va dans ta chambre, ta sœur t’y attend.

En effet, elle était là, disposant sur le lit ce qu’allait être ma tenue pour le réveillon. Je remarquai une jupe rouge, un t-shirt blanc et, posées par terre, des bottines rouges.


— Approche et tourne-toi me dit-elle.

Elle attacha un porte-jarretelles blanc autour de ma taille. Je n’en voyais pas l’intérêt mais bon, puisque je devais obéir sans discuter…

— Assied-toi. Je vais te mettre les bas. Regarde comment je fais car le trente-et-un, tu le feras tout seul.

Elle attacha les bas, blancs aussi et un peu épais, et me tendit un string que j’enfilai. La ficelle s’insinua entre mes fesses dans une sensation étrange. Je logeai tant bien que mal mon sexe peu volumineux.


Je passai la blouse blanche qui me laissait les épaules nues et la jupe rouge qui m’arrivait juste au-dessus du genou. J’apprendrai plus tard qu’il s’agissait d’une jupe trapèze. Enfin, je chaussai les bottines. Certes, j’avais remarqué la hauteur des talons fins mais je n’y avais pas fait cas. Ce ne fut qu’une fois bouclé que je compris que la journée n’allait pas être de tout repos.

— Ça te va comme un gant, dit Léa.

— Oui, tu avais raison, dit Maman, il fait la même taille que toi. Avance un peu pour voir.

Je fis quelques pas chancelant, cherchant à trouver un point d’appui. Léa m’offrit son bras en riant.

— C’est pas gagné, se moqua-t-elle

— Parce que tu as su marché avec des talons hauts de suite ? contredit Maman.

Elle ne répondit pas.

Elles m’emmenèrent dans le salon. Sur la table était posée la trousse de beauté de Maman. Pas besoin d’avoir fait des études pour comprendre la suite des opérations.

Elles me tartinèrent le visage de crèmes et de coups de crayons, poussant le vice jusqu’à me vernir les ongles. Elle termina par du parfum et des bijoux.

— Nickel ! dit Maman. Si avec ça elle ne gagne pas !

« Elle ? ». Maman avait parlé de moi au féminin ! Le monde à l’envers. Et je me demandais si ce prétexte du déguisement ne cachait pas autre chose.


Il était presque midi lorsque Papa arriva de sa salle de sports. Sans avoir un corps d’athlète avec abdos en tablette de chocolat, Papa s’entretenait régulièrement en salle et par des footings le dimanche matin. Cela compensait tant bien que mal les déjeuners d’affaire.

Il resta figé un instant, se demandant qui j’étais.

— Alors là les filles, bravo ! Vraiment impressionnant.

— Ah mais attends, tu n’as pas tout vu.

Maman s’éclipsa pour revenir aussi vite, un grand sac dans la main.

Elle en sortit une perruque blonde à cheveux longs qu’elle posa sur ma tête et surtout un manteau rouge.

— Comment tu trouves notre petit chaperon rouge ?

— Magnifique, répondit Papa subjugué. Tu aurais pu servir de modèle à Tex Avery. Laisse tomber, ajouta-t-il devant mon incompréhension.


Je passai ensuite un sale quart d’heure, pour ne pas dire demi-heure, à faire les cent pas dans la maison pour dompter mes bottines. Léa s’énervait de ma maladresse tandis que Maman la calmait en disant qu’on ne marchait pas avec dix centimètres de talons en claquant des doigts.

— On ne peut pas s’arrêter un moment ? demandai-je

— Oui, bien sûr, dit Maman.


Je m’affalai dans le canapé. Mais ce qui devait être un moment de répit se mua en torture. Léa me reprenait sans cesse sur ma façon de me tenir, de m’assoir, de me lever.

— Mais pourquoi vous faites tout ça ? m’énervai-je. C’est juste une soirée déguisée. Je n’ai pas demandé à passer ma vie en fille !

— Pour le concours tu dois être parfaite ! Le moindre détail peut te faire gagner.

— Mais je m’en fous du concours.

— Pas moi ! dit Maman. Tu sais que celui qui gagne est invité l’année suivante et donc exempté de frais.

Je tombai des nues.

— Vous en êtes à ce point ?

— Non. Mais c’est pour dire. Ce sont toujours les mêmes qui gagnent. Faudrait que ça change un peu.

— A mon sens, il manque quelque chose, intervint Papa en sortant de la cuisine.

— Et quoi donc ? demanda Léa, vexée qu’on mette en défaut son travail

Papa désigna la poitrine en mimant de gros attributs mammaires.

— Pas faux, répliqua Maman. On va corriger ça.


Nous passâmes à table. Encore une fois tous mes gestes furent scrutés et corrigés. Je passai encore du temps à marcher et je commençai à avoir mal aux pieds.

— Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? demanda Maman.

— Je ne sais pas répondit Papa. Par contre, il n’y a plus de pain.

— Les filles, vous allez en chercher ?

— Ok, dit Léa.

— Mais je ne vais pas sortir comme ça ! m’offusquai-je.

— Et pourquoi pas ! Ce sera le meilleur moyen de valider ta crédibilité.

— Non, je n’irai pas !

— Tu es sur la bonne voie, railla Maman. Tu es déjà capricieuse !

— Pfff, soupirai-je.

Je cédai.

— Cool ! s’exclama Léa. Mais tu ne peux pas sortir comme ça, dit-elle en quittant la pièce.

— Ah tu vois.

Elle revint presqu’aussitôt et me tendit un sac à main.

Je passai ma pelisse et nous sortîmes dans le froid de décembre. Il s’insinua sous ma jupe et chatouilla mes cuisses à demi dénudées. Le claquement de mes talons troublait le silence de la rue, Léa ayant gardé ses baskets. Si je n’étais pas rassurée en sortant de la maison, cela ne s’arrangeait pas en arrivant en centre-ville. On entra dans la boulangerie, cherchant à me cacher vainement derrière ma sœur.

— Bonsoir Mesdemoiselles, clama la vendeuse. Qu’est-ce que je vous sers ?

— Deux baguettes, annonça Léa en me donnant le porte-monnaie

— Deux euros.

Je fis l’appoint et nous sortîmes. Je murmurai un bonsoir inaudible en réponse à celui de la vendeuse.


— Tu vois, ça c’est plutôt pas trop mal passé.

— Oui, oui, dis-je sans conviction.

— J’ai envie d’aller voir les magazines, annonça Léa.

Excuse bidon pour m’obliger à me pavaner en public.

La boutique était loin d’être déserte mais si on me regardait, c’était plus pour ma tenue qui me transformait en chaperon rouge que pour mon côté travesti.

Nous sortîmes les mains vides.



3-

Nous rentrâmes enfin. Mais si le départ se fit dans une certaine angoisse, le retour fut plus rassurant, en grande partie parce que personne ne m’avait fait de remarques désobligeante.

— Tout s’est bien passé ? demanda Maman.

— Comme sur des roulettes ! affirma Léa.

— N’exagérons rien, répliquai-je pour modérer l’enthousiasme de mes tortionnaires.

— Bon, c’est pas tout, mais qu’est-ce qu’on mange ? demanda Papa.

— Je n’en sais rien répondis Maman, mais je vous avoue que je n’ai pas trop envie de faire la cuisine ce soir. Une pizza, ça vous dit ?

Tout le monde accepta. Sauf moi qui m’abstins.

— Je vais me changer alors, dis-je.

— Pourquoi ? Tu es très bien, dis maman. On va te repoudrer le nez et on y va.

Une petite voix en moi me disait que tout était déjà prémédité et que le soi-disant prétexte d’être la plus crédible possible pour le prochain bal costumé ne tenait plus qu’à un fil. Je me résignai. De toute façon à quoi bon protester. Ça ne pouvait qu’être pire.


Le seul vrai problème était qu’on avait nos habitudes dans la pizzeria. On y allait régulièrement et le patron nous connaissait bien. Même moi qui n’avais plus besoin de lire la carte car je prenais toujours la même chose.

Comme promis, Maman retoucha mon maquillage. Et fit l’effort de s’apprêter en changeant de tenue et de chaussures. Je n’étais plus la seule à porter des talons hauts. Dans un sens, ça me rassurait. Même Léa troqua son jean contre une robe.


Le patron, toujours aussi volubile, nous accueillit avec sa voix de stentor, de grands gestes et un fort accent italien. Accent tout ce qu’il y avait de plus artificiel quand on s’appelait Yves Lecoz et qu’on avait grandi dans la campagne rennaise. Mais c’était sa façon à lui de tenir sa boutique qui oscillait dangereusement entre pizza et comedia dell arte.


Et c’est tout en grandiloquence napolitaine qu’il s’inquiéta de ne pas voir le petit Thomas.

— Non pas ce soir, répondit Maman. Il est chez sa grand-mère. Par contre, on est venu avec sa cousine, Sarah.

Et Yves reprit son numéro, me souhaitant la bienvenue et n’hésita pas à me faire la bise.


Il prit la commande et, bien sûr, je faillis me griller en voulant commander ma pizza habituelle, celle au chorizo et merguez. Je me rabattis sur une végétarienne, pensant que ça ferait plus fille. Maman se retint difficilement d’éclater de rire.

Il ne s’agissait plus pour moi de simplement me comporter en fille. je devais jouer un rôle. Celui de Sarah, la cousine de Thomas. Je ne devais plus être moi mais quelqu’un d’autre et pas seulement vestimentairement. C’était troublant. Les pizzas arrivèrent et le patron me servit en dernier.

— Et une végétarienne pour la jolie demoiselle ! clama-t-il en forçant sur l’accent transalpin.

Je me demandai s’il était sincère ou s’il se moquait de moi, ayant compris que la cousine et le jeune Thomas étaient la même personne.

Le repas se déroula dans l’ambiance habituelle.

— Je vais aux toilettes, annonçai-je à voix basse.

— Je t’accompagne, dis Maman en se levant à son tour.

Nous descendîmes au sous-sol.

— Par ici, dit Maman en montrant les toilettes des filles.

Nous fîmes notre affaire et on se retrouva devant les lavabos. Elle remit du rouge à lèvres et me tendit le lipstick. D’abord surprise, je repeignis délicatement mes lèvres.

L’exercice me donna des fourmillements dans mon ventre. J’avais l’impression d’être passé définitivement de l’autre côté de la barrière.

Et ça me plaisait. Beaucoup.

Maman me sourit.


Nous rentrâmes. Le patron me fit une nouvelle fois la bise en espérant me revoir très vite. Les autres serveurs et serveuses, que l’on connaissait bien aussi, nous souhaitèrent une bonne soirée. Mais s’ils ne firent aucune allusion à ma vraie nature, je n’en étais pas dupe pour autant. Tous savaient et avaient joué le jeu.

Mais le pire, et c’est ce qui m’inquiéta, était que ça ne me gênait pas. Au contraire même. Mais je gardai mes pensées pour moi.


Léa me prêta un de ses pyjamas, un long t-shirt en coton qui m’arrivait à mi-cuisses. Je me démaquillai seule, conseillée par Maman et ma sœur. J’espérai secrètement que ma formation continuerait le lendemain.

Et mes vœux furent exaucés.


Léa partit retrouver sa copine pour étudier avant d’aller s’entrainer. Je restai seul avec mes parents.

— Ta sœur a posé une robe pour toi sur ton lit. Habille-toi et ensuite, je te maquillerai.

— Encore ? grognai-je, pour ne pas montrer que je n’attendais que ça.

— Oui, encore ! Rome ne s’est pas faite en un jour. Et on ne se comporte pas comme une fille juste en mettant une jupe et du rouge à lèvres.

Je me rendis dans ma chambre en bougonnant et en trainant les pieds.

Je découvris une robe noire et aussi une culotte et des collants assortis. Je passai rapidement le mini slip et enfilai avec toutes les précautions d’usage et autant de contorsion, le fin collant.

La robe à manches courtes m’arrivait bien au-dessus des genoux. Et pour ma sœur plus grande que moi, elle devait à peine lui couvrir les fesses. Je compris pourquoi je ne l’avais jamais vu avec.


Maman me maquilla et j’essayai de ne pas montrer mon ravissement.

— Ton père est parti courir. Ça te dirait un peu de shopping ? Les boots rouges, c’est pas top.

— Bof, si tu veux, dis-je faussement résigné.

Je savais pertinemment depuis hier que Maman n’en faisait qu’à sa tête et qu’elle ne changerait pas de route. Et le fait que je renâcle la confortait dans sa mission. Je lui découvrais un côté sadique que je n’aurai jamais soupçonné.


Elle se rendit dans la zone commerciale où certaines boutiques étaient ouvertes le dimanche. J’avais troqué ma pelisse rouge contre une doudoune de ma sœur et je tenais à mon coude un sac à main dans lequel Maman avait mis ma carte d’identité, quelques produits cosmétiques, un brosse à cheveux, un paquet de Kleenex, et, plus étonnant, un Tampax. Je me gardai de poser la moindre question.


Les grandes baies vitrées du magasin renvoyait mon reflet, une image de moi qui j’aimais beaucoup.

— Qu’est-ce qui te plairait ? demanda Maman dans le rayon des escarpins.

— Qu’est-ce que j’en sais ? répondis-je.

Mais si je m’écoutais, j’essaierais bien tout.

— Celles-là ? dis-je en prenant un escarpins au talon aussi fin que vertigineux

— D’accord.

On chercha ma pointure et les glissait à mes pieds. Sensation divines. Je fis quelques pas chancelant, mais je m’y habituai assez vite aux douze centimètres de talon.

— C’est pas un peu haut ? s’inquiéta Maman.

— Je ne sais pas. Tu trouves ?

— C’est toi qui vois. On va essayer autre chose.

Je testais plusieurs paires. Mais entre chaque essayage, je revenais toujours à cette première paire. J’enfilai aussi des bottes et je craquai intérieurement pour un modèle. Le choix allait être difficile.

— Alors ? demanda Maman.

— J’aime bien les escarpins. Mais aussi les bottes. Mais c’est toi qui décide.

— Prenons les deux

Je la regardai étonné.

— Pourquoi faire ? De toute façon, je ne les mettrai qu’une fois.

— Oui c’est vrai.

Je me maudis. Pourquoi avais-je ramené ma fraise ?

— Tu gardes les escarpins aux pieds

Je fis oui de la tête.


Elle rangea mes bottines rouges dans la boite vide et à ma grande surprise, elle se dirigea vers la caisse avec les bottes qui me plaisaient tant.


On fit un passage dans la partie vêtements mais on ne fit aucun essayage et nous ressortîmes les mains vides. Je me sentais biens dans mes chaussures et la hauteur ne me gênait pas du tout.

La pluie nous accueillit à la sortie. Maman courut jusqu’à la voiture et je me sentis obligé d’en faire autant.

— On dirait que tu as mis des talons toute ta vie ! railla Maman alors que je claquai la portière.

Je ne répondis pas mais j’étais fière de moi et de mon exploit.


Je passai l’après-midi avec mes bottes. Papa les trouva très jolie et trouvais qu’elles m’allaient bien. Léa aussi. Je jubilais.


Mais toutes les bonnes choses avaient une fin. Le soir arriva et je redevins Thomas. Il me tardait d’être au trente-et-un. Mais ça ne je pouvais pas le dire.

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