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Beau-père

Chapitre 1

Un film si particulier

Erotique

La fin de l’avant-dernière année à étudier vient de me voir rentrer à la maison. Il y a quelque chose de changée chez ma mère. Elle ! C’est Maryse, une maman extraordinaire, mais c’est bien naturel puisque c’est la mienne. J’ai perdu mon père, au début de ces études et depuis ce moment-là, elle s’est repliée sur elle-même. Elle ne vit que pour moi et lors de mon retour en ce début de vacances, j’ai de suite vu que quelque chose n’était plus tout à fait pareil. Je ne sais pas vraiment quoi, mais ça se sent ces trucs-là.


Je n’ai rien dit, juste regardé. Puis j’ai vu. Sa coiffure, elle a arrangé ses cheveux, ce qu’elle ne faisait plus depuis la mort de papa. Et dans ses yeux, il y a comme une sorte d’étincelle, un éclat que je ne reconnais pas vraiment. Je me garde bien de poser une quelconque question, mais je sais, suis certaine qu’il y a anguille sous roche. C’est sa vie, c’est aussi bien normal qu’elle songe un peu à elle. Dans sa manière de bouger aussi, je trouve un changement.


Impossible de définir ce qui s’est remis en marche chez maman. À quarante-sept ans, c’est une très belle femme. Nos chevelures brunes se ressemblent par certains côtés. Dans la façon de nous peigner, avec cette mèche balancée sur l’oreille droite, comme si nous étions deux sœurs plus que mère et fille. Puis ses lèvres que d’ordinaire elle garde natures, sont là finement ornées d’un trait de gloss qui leur donne un brillant touchant


Bref ! Je ne sais pas trop ce qui se passe. Mais il y a de la transformation dans l’air chez cette maman qui m’a toujours couvé. Plusieurs fois au cours de cet après-midi de mon retour au bercail, j’ai surpris son regard sur moi. Je me demande si… oui, peut-être a-t-elle longtemps attendu pour me parler de ce qui lui arrive. Est-ce si difficile que cela à avouer ? Je suis sûre qu’elle hésite à plusieurs reprises au fil de ces heures de retrouvailles.


Je suis dans ma chambre et occupée à ranger mon linge dans mon dressing. Deux coups discrets frappés dans ma porte. Je sais bien que c’est elle qui vient me voir. Alors, je ne réponds pas, me contentant d’aller simplement ouvrir pour qu’elle entre.


— Depuis quand est-ce que tu frappes pour venir dans ma chambre, maman ?

— Ben… je me dis que tu es une jeune fille, une femme maintenant et que tu as besoin de plus d’intimité !

— … Tu es bien bizarre depuis mon retour ! Il y a un problème ?

— Mais non ! Tu sais Sophie, entre ton père et moi, c’était… une belle histoire et tu es la plus belle preuve de notre amour.

— Oui ? Parce que je suppose que tu n’es pas venue, juste pour me parler de ton amour pour papa.

— Ça fait longtemps qu’il nous a quittés et les années défilent. Regarde comme tu es devenue une belle demoiselle. Un jour, tu quitteras cette maison pour vivre toi aussi je l’espère un grand amour.

— … !

— Et puis… il faut que je te dise… je n’oublierai jamais ton père. J’ai rencontré un homme depuis quelques mois et il est gentil avec moi.

— Maman… alors tout va bien. Tu as peur de quoi ? Toi aussi tu es une femme superbe et je comprends qu’il n’est pas possible de vivre dans les souvenirs. Ce que tu n’as que trop fait à mon avis. Je suis heureuse pour toi. Si vous vous aimez… alors ne te préoccupe surtout pas de moi. J’ai grandi et passe le plus clair de mon temps bien loin de notre maison.

— C’est vrai. Mais je… enfin, j’ai eu peur de tes réactions. Tu adorais ton père…

— Moi, tu vois je l’ai toujours là ! Il ne me quitte jamais. Mais tu as une vie aussi qui t’appartient, et je suis contente qu’enfin tu te décides à en profiter pleinement.


Les traits du visage de maman viennent de se détendre. Elle est soulagée de savoir que je réagis de la sorte sans doute. Alors instinctivement, nous nous serrons dans les bras l’une de l’autre. Les menottes qui m’ont tellement, petite fille, câlinée, sont là, qui me frottent le dos. Mes bras entourent son cou, les jours heureux sont là. Dans l’immobilité tranquille de ma chambre, je comprends le désarroi, les doutes de cette femme qui sort enfin de sa coquille. Une maman, c’est aussi une femme, avec des envies, avec des désirs et je sens son soulagement.


Alors, je veux aussi lui montrer mon intérêt pour celui qu’elle a choisi. Parce que souvent on pense que c’est l’inverse. Que ce sont les hommes qui choisissent leur femme, mais c’est rarement vrai !

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— Raconte-moi, maman, comment il est ? Où l’as-tu rencontré ? Je veux tout savoir de ton amoureux maman.

— Tu es bien curieuse tout à coup ! Je vais te dire, mais laisse-moi un peu de temps… tu veux bien ?

— Je suis là pour tout l’été. Enfin au moins toutes les vacances. Sauf si bien entendu… je suis indésirable dans ta maison.

— Ma maison ? Mais c’est également la tienne. Et puis pourquoi tout de suite les grands mots ? Tu ne peux pas dire « indésirable », pas toi, tu ne le seras jamais, c’est bien compris. Tu passeras toujours avant n’importe quel homme, ma chérie

— Maman ! J’ai vingt-quatre ans et je vais moi aussi voler de mes propres ailes dès que mes études seront terminées… tu vas encore devoir me supporter une année… Si tout va bien, je devrais avoir mon diplôme de fin d’études en juin de l’an prochain.

— Oui ! C’est fou comme le temps nous file entre les doigts. Hier tu étais encore une petite fille, et là… j’ai sous les yeux une femme, qui pense, raisonne, qui sait où elle met les pieds.


Nous nous sommes toutes deux assises sur le bord de mon lit. Elle me touche la joue dans un signe d’affection maternelle. Ses grands yeux verts restent posés sur moi, avec dans leurs prunelles tout l’amour du monde. Puis, comme si une ombre passait, ils se voilent soudain. Pense-t-elle d’un coup à papa ? Ou bien songe-t-elle à ses nouvelles amours contrariées par ma présence ? Elle ne laisse rien paraitre d’autre que ce signe dans ses quinquets. Ce léger trouble s’estompe aussi rapidement qu’il est né.


J’ai peut-être seulement rêvé ce brouillard fugace. La main douce de ma mère est toujours là, à lisser la peau de mon visage. Dans une sorte d’élan fraternel, je reviens me blottir dans les bras qui m’ont porté toute ma vie.


— Maman… je t’aime et suis si heureuse pour toi.

— Je sais, je sais ma chérie. Je t’aime aussi ! Puis… je me dis qu’un jour ce petit ventre bien plat qui se trouve là va faire de moi autre chose qu’une maman heureuse… une grand-mère.

— … ? Ne va pas trop vite maman. Tu me racontes ?

— Ma chérie… je n’ai pas de mots pour te narrer ce que je ressens. Le bonheur, ça se vit plus que ça ne se décrit.

— Comment est-il alors ce charmeur ?

— Tu veux vraiment le savoir ?

— Ben oui ! Il est dans ta vie, et par extension aussi un peu dans la mienne, non ?

— Bien sûr. Mais pour le moment, je tiens à le garder un peu à l’écart !

— Tu… veux dire que tu ne vas pas me le présenter ?

— Si… si évidemment ! Mais auparavant, je tiens à lui parler de ton retour. Le préparer à ta présence.

— Mais… il ne sait donc pas que j’existe, que tu as une fille ?

— Si. Il est au courant, bien que je t’avoue que nous n’avons guère pris le temps de parler de toi. Il est au courant que tu fais tes études, et je veux le mettre dans la confidence de ton séjour ici. Il doit comprendre que je vais devoir me partager entre toi et lui.

— … Tu es certaine que je ne vais pas bousculer vos nouvelles habitudes ? Parce que mon amie Hélène, tu te souviens d’Hélène…

— Une petite rousse avec des nattes, je crois !

— Oui… eh bien, Hélène m’a proposé de passer une partie de mes vacances chez elle. Ses parents ont une usine quelque part en Lorraine. Ils passent l’été pas très loin de chez nous. Alors… si tu veux profiter de ton amoureux, je peux vous laisser roucouler en paix.

— Mais qu’est-ce que tu me racontes là, Sophie ! Ma fille passe avant tout, voyons.


Si sa bouche me dit cela, quelque part le ton de sa voix dément presque ses paroles. De nouveau, j’ai droit à un bisou sonore sur la joue et avec un soupir, maman se relève.


— Je sors ce soir ! Tu sauras bien te débrouiller avec ce que je t’ai préparé dans le frigo. Il n’y a qu’à réchauffer.

— Mais oui ! Tu vas le rejoindre ?

— Non ! Allons ! Comme tous les samedis soir je suis à mon club de danse. Tu as donc oublié ?

— Tu continues d’y aller ? Je ne savais pas.

— Une manière comme une autre ma chérie, de rester en forme aussi. Et puis avec ton père, c’était un régal de danser ! Si tu savais comme il dansait bien…

— Comment il s’appelle ?

— Ben… Ton papa s’appelait Adrien, voyons !


Elle se met à rire. Elle se moque gentiment de moi. Son doigt se pose sur le bout de mon nez et elle me souffle dans l’oreille, espièglement…


— Julien et il a cinquante ans !


Puis elle file comme un courant d’air et ses pas sont déjà dans les escaliers qui mènent au rez-de-chaussée. Ensuite, je l’entends fredonner dans la cuisine. À n’en plus douter, ce Julien a mis la tête à l’envers à maman. Et je suis si contente pour elle. Ça me ramène à mon célibat et surtout à cette absence totale de motivation pour les choses dites « du sexe » ou de l’amour. Je dois repousser tous les garçons qui viennent bourdonner dans mon entourage. À moins qu’aucun ne s’intéresse à moi. Suis-je si vilaine ?


— oOo —


La soirée télé est du genre placide. Les sempiternelles émissions d’une fausse réalité ne me parlent pas. Alors, je trompe ma solitude avec un « Meurtre quelque part ». Ensuite, je file me coucher. Maman s’est octroyé la permission de minuit et je ne vais pas l’attendre. Une drôle de question me trotte dans la tête dès que je suis allongée dans le noir total. Est-ce que tous les gens rêvent ? Parce que j’ai bien l’impression que je ne le fais jamais. Ou du moins, je ne me souviens pas du tout d’un seul songe. C’est donc avec cette idée de cinglée dans le crâne que je ferme les stores de mes quinquets.


Pourquoi est-ce que je me réveille en sursaut ? Et en sueur également. Je ne sais plus trop où je me situe dans cet environnement que je devrais qualifier de familier. Puis mon cerveau se remet en ordre de marche. Est-ce que maman est rentrée ? Je n’ai rien entendu. Si elle l’est, sa discrétion est parfaite. Il est vrai que sa chambre, celle qu’elle a toujours occupée même avec mon père, se situe au niveau de la cuisine. Alors ceci explique cela. Pourtant, la porte du garage fait un barouf du diable et aurait dû me réveiller.


Et puis après tout, elle est grande, majeure et surtout, elle fait bien ce qui lui plait. Peut-être est-elle finalement allée rejoindre son Julien. Il n’y a donc pas mort d’homme dans ce grand silence. Je frictionne mes yeux et finalement, puisque je suis cette fois complètement éveillée, une envie d’aller au petit coin se montre plus pressante. Je me relève et comme j’ai soif, et bien, je dégringole silencieusement les escadrins pour aller uriner dans les toilettes du rez-de-chaussée. Plus simple pour aller boire un verre d’eau à la cuisine aussi, donc pas d’hésitations.


Ma miction accomplie, direction le frigo où une bouteille d’eau minérale est au frais. Un grand verre passe dans mon estomac et soudain j’aperçois sur le plan de travail proche de l’évier, le sac à main de maman et… un trousseau de clés. Il s’agit de celles d’une voiture allemande alors que maman roule en… Citroën. Tiens, tiens ! Le sieur Julien et elle sont donc rentrés en catimini ? C’est leurs affaires et je remonte me coucher. Cependant, sans que j’en sache la raison, j’ai du mal de retrouver le sommeil. Je tourne et retourne dans ma couche.


Je finis par sombrer dans les méandres d’une fin de nuit bizarre. Et il est neuf heures du matin ce dimanche lorsque j’émerge de ce trou sans fond dans lequel je me complaisais depuis mon retour au lit. Je débouche dans le couloir qui mène à la cuisine et une agréable odeur de café me prend aux narines. Maman et son jules sont donc déjà debout ? Un dimanche matin sans grasse matinée pour Maryse ? Un lève-tôt son nouveau mec ? C’est sur ses réflexions de la plus haute importance que je déboule dans la cuisine.


— Déjà levée, ma chérie ? Le café est prêt. Je te sers ?

— Bonjour maman ! Tu es rentrée tard ? Je n’ai pas entendu ta voiture ni la porte du garage du reste.

— Elle a couché dehors et je crois que c’est aux environs de minuit et demi que je suis revenue. Tu devais déjà dormir. Tu as trouvé un programme intéressant à la télé ?

— Non ! Comme d’habitude ! Toujours les mêmes émissions, celles qui se veulent réalistes au possible et qui ne prennent que des candidats nuls, pour ne pas dire incultes…

— Ça fait vendre, tu dois bien t’en douter… enfin pour ce que je regarde le petit écran… Avec Julien nous allons souvent au cinéma.

— Ben dit donc ! Dire que pour tu décider à y aller avec moi, c’est toujours… enfin c’était je veux dire, la croix et la bannière !

— Oh ! Ne sois pas aigrie ou acide veux-tu ?

— Tu as bien dansé alors hier soir ?

— Comme toujours, mon cœur ! Tu verras… lorsque tu auras trouvé le bon partenaire, tu seras contente aussi de faire quelques pas sur un parquet.

— Ah ? Parce que c’est avec lui que tu danses ? Vous vous voyez donc à ton club ? Je comprends mieux du coup.

— Je ne sors que très peu. Alors où pouvais-je rencontrer un homme sinon au club ?

— … ce n’est pas un reproche maman ! Juste un constat. Tu me le présentes quand pour de bon ?

— Je l’ai invité à venir diner mercredi soir, à la maison. Tu sais, il est impatient de te connaitre lui aussi. Rencontrer ma grande fille… je suis certaine qu’il est aussi stressé que moi.

— Parce que tu t’imagines que je ne me sens pas dans mes petits souliers ? J’ai une grande appréhension, malgré mon immense désir de connaitre l’homme qui a remis à l’heure le cœur de ma mère !


Je vois qu’elle rosit. De plus son regard s’est simplement porté sur autre chose que le mien. C’est drôle de savoir que cette femme, cette mère de bientôt cinquante balais est comme une midinette de vingt piges. En fait j’en parle sans vraiment savoir ce que c’est qu’être amoureuse. J’ai bien sûr, j’ai eu quelques flirts, mais jamais je ne suis allée plus loin que des caresses superficielles. Je ne peux pas dire que jusque-là, ça m’a manqué. Mais voir maman éprise comme une collégienne, ça me rappelle ma propre féminité.


Et avec elle, ma libido en stand-by depuis toujours se met en mouvement. J’en éprouve une sorte de frisson à contrecoup. Elle n’amène pas sur le tapis la fin de nuit vraisemblablement dans sa chambre. Et le gaillard n’est plus là ! Donc, c’est motus et bouche cousue. Inutile de la mettre mal à l’aise avec cette histoire. Je ne pose aucune question. Elle a dit « mercredi pour le diner », sans que je sache exactement à quoi peut bien correspondre ce jour spécifique de la semaine. Je me perds en conjectures et au final toutes seront surement fausses.


Le lundi se passe dans le meilleur des mondes. Nous courrons les boutiques toutes deux et je la surprends qui ne cesse de surveiller son téléphone portable. Il est en mode vibreur. Et je me doute bien que chaque fois qu’il sort de sa poche, c’est parce qu’elle reçoit un message. À la sortie des courses, elle s’absente quelques minutes, pour satisfaire un besoin impérieux. Réalité ou prétexte ? Ça me fiche un sourire, mais également un bourdon du diable quelque part… je l’envie plus que de raison.


Elle me parle de tout, de nos voisins, du fils de ceux-ci qui s’est marié l’automne dernier, de son amie Yvette qui lui fait la gueule pour un motif futile. Ce qui nous amène à l’heure de la dinette en tête à tête. Elle est superbe, un zeste trop nerveuse pour que ce soit naturel et je me réfugie dans ma chambre, sous couvert d’écouter de la musique. Je l’entends qui prend sa douche, dans celle attenante à sa chambre à coucher. Puis mon casque sur les oreilles, je me plonge vraiment dans un air que j’affectionne.


Le temps que mon CD passe entièrement et il est déjà bien tard. Il ne me semble plus rien entendre au rez-de-chaussée. Peut-être que maman s’est décidée elle aussi à se pieuter de bonne heure. Enfin de bonne heure, c’est un doux euphémisme. Il est presque une heure du matin. Nous sommes donc déjà le mardi, veille de la venue du loustic qui fréquente ma mère. Et comme souvent avant de m’endormir, une soif impossible à refréner m’oblige à redescendre. Il faudra que je songe à monter dans ma piaule avec une bouteille, le soir pour m’éviter cette corvée des escaliers.


Je me fais très discrète et je choppe donc la flotte dont j’ai super besoin dans le réfrigérateur. Et en retraversant le corridor qui mène soit aux escadrins soit à la partie nuit ou pieute maman, j’entraperçois sous sa porte une raie de lumière. Se serait-elle endormie en oubliant de fermer sa lampe ? A pas précautionneux, je m’approche pour voir s’il est possible d’éteindre. Et d’un coup, je suis scotchée net dans le couloir, à moins d’un mètre de sa porte. Maryse glousse d’une manière bien étrange.


Je crois deviner. Elle doit être au téléphone avec son Julien. Puis, dans le calme de l’emplacement, où je suis figée à l’arrêt, une autre voix bien plus masculine fait écho à celle de maman. Mince alors ! Son mec l’a rejointe ? Je n’y crois pas. Et en faisant à nouveau une petite enjambée, me voici près de sa porte. Force m’est de constater qu’elle n’a pas seulement pris la peine de la tirer complètement. Et comme j’ai une vue directe sur le lit, je ne peux que voir… un spectacle que je n’aurais jamais cru pensable ici, chez nous.


D’abord, je ne comprends pas. La paire de gambettes qui est en l’air… c’est bien celle que je crois ? Et puis… il y a cette tête qui se tient pile-poil entre les deux guibolles largement écartées. Le type dont je ne vois que le dessus du crâne est fort occupé dans un lieu ou normalement ne vient pas se nicher un visage. Bon ! Je suppose que de nous trois, c’est moi l’importune. Et que si j’étais restée sagement dans ma chambre, je ne saurais rien de ce qui se trame dans cet espace clos et intime de maman.


C’est plus fort que moi, je guette la scène qui se joue là. Et je dois reconnaitre que sans même connaitre le visage de ce type, il réveille bougrement mes sens. Alors, la folle que je suis crispe une de ses mains sur ce lieu qui chez moi, ressemble trait pour trait à celui que le zigoto relèche. Je ne devine rien de maman. Pourtant ses gémissements retenus me reviennent tel un boomerang. Les petites pattes maternelles font de temps à autre un voyage d’encouragement sur le haut de cette caboche qui visiblement ne cherche pas de pétrole.


Et je le sens qui se tord de « je ne sais quoi ». Est-ce cela qu’on appelle un orgasme ? De mon côté, une sourde chaleur accompagne ma main qui joue aussi une musique identique. J’avoue que je dois me mordre les lèvres pour ne pas laisser échapper un long cri, celui-ci consécutif à des chatouillis inimaginables qui me font trembler de partout. Le type vient de se rejeter sur le flanc et cette fois, c’est la partie ventrale qu’il me montre, sans savoir bien entendu que je les observe.


Et je vois, comme dans une brume bizarre cette femme, ma mère qui s’empare d’un objet dont je découvre à quelques mètres de distance la forme. Objet qui a l’air de donner du plaisir à celle qui, je dois bien l’admettre, est une amante. Je suis fascinée par ce qu’elle gobe d’un coup. Ils sont entièrement nus tous les deux et je dois reculer pour ne pas qu’ils entendent un gros soupir qui monte dans ma poitrine. Je fuis, je file, je suis inondée par la scène démente à laquelle je viens d’assister. Le calme de mon espace nuit m’accueille alors que je suis trempée.


Comment dormir après cette vision dantesque d’une partie à n’en plus douter, très sexuelle ? Et que ma mère en soit l’actrice principale me ramène à une plus triste réalité. Je n’ai jamais fait l’amour et là, sur mon lit ravagé par mes mouvements incontrôlés, j’en ressens comme une punition. Je reprends donc avec les images fugaces de ce que je viens de découvrir là au fond du couloir, qui me trottent dans le cerveau. Maman… si tu savais ce que tu as de la chance. Je donnerais n’importe quoi pour apprendre aussi, ce qu’est cette jouissance qui te fait râler dans ton lit !


Un soleil d’été vient lécher le parquet de ma chambre. J’ai dû mal fermer les volets roulants ! Quelle heure est-il donc ? Neuf heures trente ! Bon ! Un peu de courage pour une levée du corps délicate. J’ai taché un peu mes draps. Zut ! Et après m’être douchée, je rejoins la cuisine. La table est dressée et je m’installe devant un bol de café au lait fumant. Je suis des yeux maman qui a un teint de rose. Pourtant après ses galipettes nocturnes, pourquoi n’est-elle pas lasse ? Elle est comme d’ordinaire, avenante et souriante.


— Ça va ma chérie ? Tu as bien dormi ?

— Oui et toi ?

— Comme un bébé. Tu as envie de sortir aujourd’hui ?

— Pour aller où ? Je n’en sais rien !

— Ben je ne sais pas… Au super marché pour acheter ce dont j’ai besoin pour le diner de demain soir… tu te souviens que Julien vient manger et faire ta connaissance. Tu ne peux pas savoir comme je me sens dans mes petits souliers.


Je me pince les lèvres pour ne pas lui montrer que je sais, que je l’ai vu qui… le cigare de son mec… et je réalise que ce genre de truc ne se fait pas. Maman a toujours été là pour moi, elle m’a assuré de bonnes études, a toujours veillé à ce que je ne manque de rien. Autant sur le plan affectif que matériel, alors pourquoi lui faire une peine qu’elle ne mérite pas. Et en fait qu’est-ce que j’ai vu ou cru voir ? Un homme et une femme qui se caressaient, qui faisaient l’amour ? C’est sa vie, c’est son corps ! De quel droit me permettrais-je de juger ?


— oOo —


Elle va et vient dans cette pièce de notre maison. Là ou des années pour mon père d’abord, puis pour tous les trois, elle a concocté le meilleur de ce que nos palais pouvaient avaler. C’est son univers cet endroit. Une reine en son royaume et l’imaginer en amazone touchant, tripotant, caressant un type… c’est très complexe dans mon esprit. Et ça la fait descendre d’un piédestal où je l’idéalise depuis toujours. Mais qui suis-je moi pour, juste en la voyant satisfaite et heureuse, la juger et me poser ces grandes questions existentielles ?


Une petite dinde qui ne connait rien de rien aux choses des femmes. Je ne parle pas des règles, de ces moments qui inlassablement mois après mois reviennent nous bouffer quelques jours. Non ! Je suis à vingt-quatre ans toujours vierge. Et lorsque je dis ce mot, il ne s’agit pas d’un signe zodiacal. Je ne me suis jamais aventurée plus loin qu’un baiser ou qu’un effleurement d’une braguette close. Quant aux flirts que j’ai pu avoir, je n’ai jamais laissé un garçon ne serait-ce qu’entrouvrir mon chemisier, alors mon soutien-gorge… pensez donc !


Je réfléchis à ce genre de moments tout en me préparant. Demain, je vais voir de près ce Julien, celui qui la fait vibrer. Enfin, je suppose qu’elle aime ça, sinon à quoi ça servirait de refaire avec ce gars des gestes amoureux ? Les grandes vannes de mes questionnements sur le sujet se sont effectivement entrouvertes. Et je ne vois pas comment je pourrais les refermer sans dommage pour moi. Je suis hantée par ce sexe que je juge démesuré par rapport à celui d’une femme. Comment peut-il entrer sans rien déchirer chez maman ?


Est-ce que toutes les filles, les femmes, nous aimons ce genre de câlins ? Pourquoi les garçons ne se sont-ils pas plus attardés avec moi ? Je n’ai eu que deux « petits amis » et si je ne me suis pas abandonnée dans leurs bras, peut-être était-ce par peur ! Oui, toutes ces phases que j’enfouis au fond de ma mémoire remontent sur le devant d’une scène finalement bien vide. Et ce Julien, amant de ma propre mère est donc la cause de ces tourments qui refont surface. Pourquoi ? Le plus débile de cette affaire, c’est bien que je ne sache de lui que son sexe et le haut de son crâne.


Ma façon de voir Maryse est toute différente ce matin. Lors de notre périple dans les allées d’un supermarché anonyme, je ne peux m’empêcher de suivre ces courbes pleines qui avancent, un pas devant le chariot que je pousse. Ses mains aussi, j’ai l’impression que je les regarde pour la première fois. Fines, longues, les ongles peints, c’est incroyable de les évoquer se serrant sur… ce truc que j’ai entraperçu dans l’étroitesse d’un interstice de porte mal close. Et pourtant, je suis muette depuis mon lever.


À tel point que d’un coup, juste avant notre passage en caisse, maman stoppe net sa progression.


— Tu as un problème ma chérie ? Tu n’as pas dit un mot depuis que nous avons quitté la maison ?

— … hein ?

— Tu n’es pas en forme ? Pas bien ?

— Euh… ! Non ! Excuse-moi, mais je pensais à des choses idiotes.

— Idiote ? Comme quoi par exemple ? Ce n’est pas l’entrée dans mon existence de mon nouvel ami Julien qui te met dans un pareil état au moins ?

— Quoi ? Mais non ! Que vas-tu chercher ? Je suis ravie pour toi de te savoir amoureuse. Je t’envie presque aussi !

— Oh Sophie ! Tu n’as pas de petit ami ? Il n’y a donc pas un garçon… ou une fille dans ton établissement qui te courtise un peu ?

— Courtiser ? Drôle de mot ! Non, personne ne me drague… jamais ! On dirait que je repousse les hommes. Quant aux nanas… je ne crois pas qu’elles soient mon avenir, si tu vois ce que je veux dire.


Elle s’est mise à rire. Et, conquise par son hilarité contagieuse, je lui emboite le pas dans un fou rire qui nous fait passer pour deux bécasses proches des caisses. Nous nous insérons donc dans une file d’attente pour payer nos achats. Ça m’a fait du bien de rigoler. Je me sens moins nerveuse, plus détendue. Puis dans la voiture de maman, nous rentrons à la maison et j’ai droit cette fois à une rafale de demandes inattendues.


— Comme ça, tu n’aimes pas les filles et les hommes ne s’intéressent pas à toi ? Allons ! Ne dis donc pas de bêtises ! Tu as déjà eu un flirt tout de même ?

— Maman ! Je suis ta fille et ces questions…

— Qu’est-ce qu’il y a de mal à parler sexualité entre une mère et sa fille ?

— Mais… est-ce que je te demande si tu couches avec ton Julien, moi ? Si vous bais… vous faites l’amour souvent ?

Ben… comme pour toutes femmes normales, bien sûr que ça m’arrive. Je ne suis pas une nonne et puis, pour que tu viennes au monde un jour, tu dois bien comprendre que je n’ai pas attendu comme « Marie » que passe le Bon Dieu ! Et parler, ma chérie, c’est aussi exorciser nos vieux démons.

— Tu en as des démons toi ? Des vieux comme des jeunes ?

— Disons que je suis stressée et que vieillir seule n’a rien de rassurant. J’ai aimé à la folie ton père. Revivre un second amour est inespéré. Alors oui, ma chérie, je dois tendre la main au destin qui me fait un clin d’œil. Tu devrais aussi comprendre que tu es mon soleil. Et que si le courant ne passe pas ou pas bien, entre Julien et toi… je ne m’en remettrais pas ! La cinquantaine qui se profile à l’horizon, c’est une étape dans ma vie. Et je veux revivre encore un peu quelque chose avec lui.

— Oh ! Maman… pardon de n’avoir pas tout senti depuis le début. Je ne connais rien à ce genre d’affaire.

— Mais enfin… ça ne me regarde pas, mais tu devrais à vingt-quatre ans avoir un ami, sortir avec un garçon, une fille que sais-je ?

— La vérité maman, c’est que moi aussi j’ai trop peur pour affronter cela. Comment c’était pour toi ta première fois ?

— Ma première fois ? Tu veux dire que jamais… que tu es encore… eh bien ! Moi qui ai toujours cru que tu en savais bien plus que moi à ton âge sur la sexualité… Mince alors ! Je suis désolée.

— C’était comment ?

— Comment quoi ?

— Ta première fois ? C’était avec papa ?

— Non ! Quand j’ai rencontré ton père, mon premier flirt venait de me quitter. Et il était là, solide, amoureux, gentil. J’ai mis un peu de temps à l’aimer.

— … ? Il n’était pas ton premier ?

— Ben… non ! Mais il l’a toujours su et ça n’a rien détruit. Je dois même dire que pour lui non plus je n’étais pas son « coup d’essai ».

— J’en apprends de belles sur mes parents en fin de compte. Je peux te poser encore une question ?

— Autant que tu veux, ma chérie…

— Ça fait mal ?

— Si ça fait… mal ? À vrai dire, c’est si loin… et puis je crois que c’est plus de l’appréhension qu’une vraie douleur. Un picotement qui s’estompe l’instant d’après… si ton partenaire est tendre et doux.

— Tendre et doux… encore faut-il avoir un partenaire comme tu dis. Et moi… je suis désespérément seule. Je me demande s’il n’y a pas dans ou en moi quelque chose qui repousse les garçons.

— Allons ! Ne dis pas ce genre de bêtise. Tu es… regarde-toi dans un miroir, une très belle jeune femme. Je me revois en toi, lorsque j’avais ton âge.

— Et… entre papa et Julien… il y a eu quelqu’un d’autre ?

— Là, tu es trop curieuse Sophie. Il y a tout de même des secrets que l’on ne peut dévoiler.

— Pas même à sa fille ?

— Surtout à sa fille, je dirais !


Le reste de la journée s’est déroulé comme par enchantement. Nous avons elle et moi, une complicité qui nous revient du plus profond de nous. Le fait d’avoir libéré mon esprit d’un poids trop lourd, de la sentir aussi à l’aise avec une sexualité dont j’ignore tout, ça nous rapproche peut-être. Je ne sais combien de fois nous nous serrons dans nos bras dans cette journée qui va prendre fin. Je monte dans ma chambre et je me doute bien que son amant va venir la rejoindre. Ai-je tort ou raison ? Je ne le saurai pas puisque je m’endors avec mes écouteurs et « Mon vieux » de Guichard. Rien ne se démode n’est-ce pas ?


— oOo —


Il vient d’entrer dans la maison. Il a une bonne bouille et maman est plutôt fébrile. Je la sens sous tension depuis le début de la journée. Dans la cuisine, où elle a essayé de chantonner, ses intonations de voix démentaient son calme apparent. Elle fait les présentations en se tordant les doigts.


— Alors Julien… voici ma grande fille, Sophie !

— J’ai beaucoup entendu parler de toi Sophie et je suis sincèrement heureux de faire enfin connaissance avec le « soleil » de Maryse.

— Merci. Je suis aussi contente de voir celui qui remet un peu d’éclat dans les yeux de maman.

— Pas trop déçue par l’aspect physique du bonhomme ?

— Non ! Et puis ce n’est pas moi qui suis amoureuse de vous…

— Dommage alors… surtout pour moi !


Le pavé tombe dans la mare. Des ronds concentriques se dispersent dans nos cerveaux. Maman me regarde et enfin, son jules éclate de rire.


— Ne fais pas cette tête Maryse, je plaisante c’est tout. Mais sans mentir, comme tu ressembles à ta mère ! On dirait deux sœurs. Pas de petit copain pour nous accompagner dans notre dinette ?

— Tout va bien donc ! Je vous laisse papoter tous les deux, j’ai des choses sur le feu. Allez vous installer dans le salon pour un petit apéro. Tiens Julien, rends-toi utile. La bouteille de champagne est au frais et les verres sont déjà sur la table.

— Bon ! Eh bien, viens jeune demoiselle, puisque nous sommes visiblement des éléments indésirables dans la cuisine de Madame ta mère.


La réplique de maman, volontaire ou fortuite vient sans doute de m’éviter de m’appesantir une nouvelle fois sur le point douloureux de mon célibat. Je n’ai pas du tout envie d’expliquer à cet inconnu mes déboires sentimentaux… ou plus justement l’absence de ces derniers. Il est grand ! Il avance souplement avec aisance dans ce salon qu’il semble connaitre par cœur. Et je prends tout mon temps pour silencieusement dévisager l’homme qui est là. Un bon mètre quatre-vingts au bas mot, cheveux châtain clair et coupés courts, son visage dégage une sorte de sympathie naturelle.


Il a des yeux dont je ne parviens pas à définir une couleur. Gris ? Bleu ? Disons gris bleu et voilà tout. Ses mains… elles expriment une force que je juge tranquille. Mais… mon jugement est sans doute faussé par les réminiscences d’images qui me reviennent de la fameuse nuit. Il porte une chemise de bonne qualité, un pantalon aux plis bien repassés. En un mot comme en cent, il est « classe » ! Le grand jeu pour la petite péquenaude de fille de sa copine ? Pourquoi cette idée saugrenue me traverse-t-elle l’esprit ?


Les bulles pétillent dans les trois flutes qu’il remplit. C’est le moment choisi par ma mère pour nous rejoindre.


— Alors ? Vous ne vous êtes pas écharpés ? On trinque donc à ce premier pas l’un vers l’autre ?

— À ta santé ma chérie. Et surtout à toi Sophie, dont ta maman ne tarit pas d’éloges.

— À votre santé…


Je ne trouve rien d’autre que cette phrase creuse, vide de sens et nous levons nos verres. La boisson, reine des rencontres, coule dans ma gorge. Et elle entraine avec elle mes derniers doutes. Après tout, s’il lui plait… il n’y a pas de quoi s’en offusquer. Ce mec a de beaux restes. Ses muscles sous le tissu de sa chemise tendent les fibres et j’en devine la force. Il me scrute aussi avec une insistance toute masculine. Sans pour cela être outranciers ou salaces, ses yeux me parcourent simplement. Quant à maman… elle est repartie sur son petit nuage et fait de nouveau le court chemin du salon à la cuisine.


Julien sent ce silence qui va finir par peser lourd dans cette réunion.


— Comme ça, tu fais tes études bien loin de chez toi ? Je me suis laissé dire que tu avais des résultats élogieux également. Mais le travail ne fait pas tout dans la vie, ma belle.

— Je tiens à réussir mes études. Rendre à maman un peu de ce qu’elle m’a donné. Elle s’est beaucoup sacrifiée pour que je parte à l’université… c’est le moins que je puisse faire, décrocher mon diplôme.

— Je comprends. Mais tu te destines à quel métier ? Tu as déjà une petite idée, pour ton futur ?

— Pas vraiment. Mais sans diplôme… il me serait difficile de me projeter et d’obtenir un poste intéressant.

— Sage réflexion. Et tu es toujours seule ?

— Seule ? Vous voulez dire sans copain ? Ben, ce n’est pas ma priorité.

— Je m’en doute. Vivre sans amour n’est pas non plus vraiment vivre, ne crois-tu pas ?

— J’ai l’amour de maman…

— Oui ! Il est aussi très différent de l’amour d’un homme. Et puis… tu es en âge de quitter le nid. Tu n’es pas contre le fait que je fréquente Maryse ?

— Absolument pas. Elle est grande. Ses choix lui appartiennent sans que j’aie à en penser quoi que ce soit.

— Je vois. Sage et perspicace. Bien élevée également. Ta mère a donc fait de toi une belle personne, à n’en pas douter. Que sais-tu de moi en dehors du fait que j’aime Maryse ?

— Rien ! Elle est restée très discrète sur vous et ce qui vous entoure. Et je n’ai pas à poser de questions.

— Je peux moi t’en poser quelques-unes ?

— … ? Si le cœur vous en dit !

— Profitons de ce qu’elle est à la cuisine encore pour mettre à plat deux ou trois petits trucs.

— … ? Ah bon ! Il y a donc un malaise ?

— Malaise non ! Juste deux mots pour te rassurer et que nos relations futures soient plus cordiales. Donc, est-ce qu’il t’arrive souvent d’aller trainer derrière la porte des gens qui couchent ensemble ?

— Hein ? Quoi ? Qu’est-ce que vous racontez ?

— Ne nie pas ! Je ne suis pas fou ! Je t’ai vu lorsque tu filais l’autre nuit. Enfin j’ai senti ton ombre qui déguerpissait. Le spectacle t’a plu au moins ? Tu as apprécié ?

— Mais… je ne suis pas ce que vous croyez. Il y avait de la lumière et j’ai eu peur qu’elle n’ait omis d’éteindre sa lampe, c’est tout.

— Une explication plausible ma foi ! Tant mieux. Tu vois, j’adore ce que nous faisons, elle et moi… Tu sais ce que c’est !


Ce type d’un coup vient de me faire savoir qu’il n’est pas dupe. Je ne sais comment le prendre. Dubitative, je la boucle puisqu’il m’a forcément aperçue derrière la porte de la chambre de maman. Je me fiche pas mal de ce qu’il pense. Par contre il est impensable que je puisse faire du mal à ma mère. Et c’est surement ce qui me retient de lui dire ma façon de penser ou de voir les événements. Suis-je en train de me méprendre sur les intentions du bonhomme ? Une erreur de jugement ou une trop grande promptitude à répondre et je pourrais compromettre les amours balbutiantes entre les tourtereaux.


Je ne sais pas du reste, depuis quand ils couchent ensemble. Et l’adjectif employé n’est pas forcément le plus adéquat. Ce sont les pas de Maryse qui m’interdisent sans doute aussi de répliquer vertement au gaillard qui se prend pour Dieu le père ? Elle a les quinquets qui brillent et nous regardent tour à tour. Un long soupir et enfin elle affiche un sourire qui en dit long sur ce qu’elle espère. Je ne me sens pas le cœur à la détromper. Qu’est-ce que j’aurais à en dire de son mâle, d’ailleurs ?


Si l’atmosphère de notre dinette est chargée, je ne montre rien de ce ressentiment qui nait à l’encontre de ce type. Maryse, fidèle à ses habitudes ne remarque rien. Elle parle, un véritable moulin à paroles. Elle revit en fait et plus ça va, moins j’ai envie de lui faire mal. Je fais donc semblant d’accepter ce gars, qui joue, lui, subtilement. Sa partition est bien rodée et preuve que l’amour est aveugle, elle n’y voit que du feu. Julien se permet même le luxe de me faire du pied sous la table. À diverses reprises je retire ma jambe le plus loin possible sous mon siège.


De guerre lasse, je lui colle un coup de talon sur les orteils, de quoi le faire réfléchir quelques secondes. Peine perdue ! Il persiste, insiste lourdement et c’est moi qui cède en fin de compte. Le panard du guignol monte le long de mon mollet. Je n’ai plus d’échappatoire. Lorsque les doigts de pieds touchent mon genou, je suis dans tous mes états. Et à ma gauche, qui fait face au mec, ma mère qui sourit béatement. Et puis d’un coup je réalise. Il fait avec son second pinceau, exactement la même montée sur la jambe maternelle.


Quel salaud ! Ce sont les mots qui me viennent aux lèvres, qui restent bloqués par la bienséance. Horriblement gênée je vois les menottes aux ongles rougis qui de temps en temps se coulent plus bas que le tablier de bois, où reposent nos assiettes. Il suffirait qu’elles se trompent de côté ses pattes, pour que Maryse découvre ce que fait son « bon ami » avec ma guibolle. Il me tarde que ce repas prenne fin. Dès que j’en ai l’occasion, je décampe pour gagner l’asile de ma chambre. Lui est sans doute resté la nuit avec maman.


— oOo —


À suivre…

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