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Bien profond dans ton âme.

Chapitre 1

Divers

Bien profond dans ton âme


« Oh Dieu qui connaissez tout,

Pardonnez-moi d’avoir péché en cherchant à tout savoir »


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Un déhanché standard pour onduler jusqu’à moi ? Non. Je n’oserai l’affront de décrire sa tenue ; elle était très sensuelle. La bouche souriante et la langue gourmande, elle ne me quittait pas des yeux. Que pouvais-je, pauvre être en pleine rêverie ? Si proche de moi qu’elle s’y agenouille, sur un petit coussin rouge. Docile et savoureuse, elle arborait ses coquetteries les plus crues. Elle ouvrit cette bouche cent fois fantasmée, riva sa lubricité dans la mienne, paupières lourdes et voluptueuses, et ouvrir mon jean. Le seul contact de ses doigts sur la proéminence de mon sexe, contact accidentel s’il en est dans cette manoeuvre — je la soupçonne d’être bien plus perverse qu’elle ne se laisse aller —, m’électrise de la tête à la queue. Ma nuque se hérisse de chair de poule et je sens fourmiller depuis mes épaules jusque dans ma poitrine une violence contenue, sourde et triviale. Je commence à me dire que je vais la posséder comme une bête. Elle continue son manège et se rapproche inexorablement l’instant, la seconde où elle va libérer ma queue, alors violette et encore non humide, de l’entrave délicieuse en tissu qui la recouvre. Je ne porte que des boxers : cela moule très précisément la masse de chair qui raidit juste en dessous de mon nombril. Elle le sait ; comment ne saurait-elle pas et ce qu’elle désire ardemment sucer et ce qu’elle a quasiment nu devant ses yeux de pute affamée ? Elle n’a plus qu’un idéal, une seule obsession, sur cette Terre et dans l’univers. Il n’y a que ma queue qui résume sa toutes ses plus nobles ambitions. Plus qu’un rêve. Mon éjaculation bouillonnante et abondante dans sa gorge, contre son palais et sur ses joues pour ultime récompense, celle-là même qu’elle attend.


Qu’y puis-je, moi, pauvre homme subjugué par la beauté qu’elle sublime d’un érotisme enfin assumé ? Rien, et je me figure que j’aurai assez d’endurance pour pilonner sa petite chatte étroite après qu’elle m’aie fait jouir ainsi. Pourquoi pas ? Je la sais capable d’allumer en moi de vieux mais puissants instincts. Elle a sorti mon sexe de sa pudeur et le palpe d’un oeil amoureux. Il répond et pulse sous ses doigts. Ces longs doigts fins de fée qu’elle détourne pour son propre désir. Une luciole qui se prostitue pour la mystique de l’homme. Alors elle avance ses lèvres pulpeuses auprès de mon gland, elle n’a pas besoin de le décalotté puisque je suis circoncis — et sans avoir le choix j’ai toujours trouvé ça pourtant bien plus joli. Oh, ça y est, sa langue chargée de salive s’enroule autour de mon frein, j’entends, bruit délicieux entre tous, les sonorités liquides de sa bouche qui s’active. Elle avale mon sexe au plus profond, appuie un peu sur sa propre nuque, reste une ou deux secondes et la fait jaillir, d’un coup ample hors de sa bouche, quelques filets de bave l’y reliant encore. Elle me regarde et je lui souris, du bout du peu de force qu’il me reste. Je voudrais mourir dans cette bouche chaude qui a si faim de mon sperme. Pourquoi me pomperait-elle avec tant d’ardeur sinon ? Elle plaque mon érection contre mon ventre, lèche mes testicules, remonte lentement et m’applique un suçon merveilleux juste au-dessus du frein, en gémissant un peu et je gémis avec elle. Ne répugnant plus au geste de domination — qu’elle exacerbe en moi avec une rare passion — je pose ma main sur sa tête, empoigne ses cheveux et me laisse aller à lui parler crûment. Comment ne pas ? Activée à me prodiguer des plaisirs démoniaques, qui me vaudront déjà les fosses les plus reculées de l’enfer, je refuse de ne pas aller au bout de ma damnation. Voilà que cette petite chienne — les insultes sont amoureuses et conséquences du plaisir interdit qui se profile — se met à me prendre en gorge avec plus d’entrain, allant et venant pleine de conviction sur ma bite que sa salive a effectivement lubrifié — je me dis que sa fente rose et brûlante doit être liquide, je me mets à espérer que son sexe est une petite fontaine, de même que ma queue. Les volcans doivent-ils tous se faire écho ?


Cette littérature interdite et poétique ne doit jamais affleurer à la morale commune. Comme tout navire d’utilité publique confronté aux propriétés fondamentales de ses parties, l’éthique achopperait sur les parties émergées des individus. Les systèmes s’échoueraient tous sur un tel déchaînement de désir et la morale serait réduite à museler les faibles. Ceux-là, aussi terrifiées qu’excités m’enfermeraient dans une dame de fer particulièrement retorse avant de me foutre au feu. Alors je garde tout ça pour moi et j’affute mes armes pour me défendre contre l’espèce humaine. Qu’elle laisse en paix mon ermitage d’où je l’étudie. Mon beau-père me dit que la misanthropie est « un mauvais plan ». La douceur tranquille, avertie mais déterminée de cette expression m’a non seulement fait sourire mais laissé pensif. Depuis, j’y réfléchis beaucoup et j’essaie de concevoir la bêtise humaine comme le résultat d’une nécessité collective qui me permette de continuer à chérir la nudité de l’individu. La morale est peut-être un des caps de cette réflexion — et l’érotisme une de mes occupations favorites.


Qu’on saisisse donc un individu qui fréquente un site pornographique : pour peu qu’il manque d’éducation érotique et pornographique, il se masturbera sur des images de très jeunes filles ou de filles plus en âges d’être exhibées sans même imaginer une différence. Il pourra même prendre plus de plaisir à certaines transgressions de la limite légale. La pédophilie l’arrêtera peut-être un instant, particulièrement sur une image trop audacieuse, mais ne le mènera pas à cesser d’aller faire sa récolte de stimulation sexuelle sur ce site en particulier. Non pas qu’il soit essentiellement mauvais ni malsain mais qu’il soit amoral. Dépourvu de réflexion éthique, aucun crissement ne se produit à l’intérieur de sa constitution psychique : il est ici pour jouir alors il jouit. Sans colonne vertébrale du désir, pourquoi se tiendrait-il spécifiquement debout ? Pourquoi se greffer une chaîne d’os si l’on naît mollusque ? C’est douloureux, cela exige le lent apprentissage musculaire pour contrôler la chair et les tendons qui tiennent les os, on risque de se blesser et voir de plus haut n’a rien changé pour les premiers à qui c’est arrivé. L’évolution est une gradation dont les bienfaits ne se mesurent qu’au long terme. La jouissance en revanche a le mérite d’être rapide. Tout cela sans même considérer les préférences sexuelles, c’est-à-dire hors du cas particulier du pédophile avéré. D’une façon générale, il n’y a aucune morale dans l’intimité d’un individu qui se donne du plaisir. La suspension du regard critique participe ou du désir, ou du plaisir, ou de la mise en système des deux. Il n’y a donc aucune morale qui puisse entrer en jeu lorsque je me masturbe en visualisant une vidéo quelconque — et savoir que ce sont des images volées a même tendance à les rendre plus intéressantes. Un être faible et isolé est strictement amoral.


L’être fort en revanche n’a pas de variation de son rapport éthique au réel et ce, qu’il soit seul ou en groupe. La société n’a sur lui aucun effet esthétique non plus, si bien qu’il peut tout autant se retrancher en lui, et se réfugier dans sa vie intérieure qu’au contraire colorer sa compagnie d’une ambiance merveilleuse et heureuse, offrant à tous et chacun sa petite euphorie personnelle. Celui-là, qui connaît ses plaisirs et ses instincts jusqu’à les avoir organisés en structure efficace et heuristique, est une perception du monde fondamentalement immorale. C’est-à-dire qu’une individualité forte contrevient essentiellement à la morale : par démonisme — par ironie religieuse —, oui, mais surtout par autonomie. Attendez, si les faibles n’ont pas de morale et les forts y contreviennent, d’où est-ce que sort la morale ? Comme toute viscosité humaine, elle a besoin d’un émetteur et d’un foyer. Il s’agit de l’agglutination d’une quantité importante de faibles en collectivité morale. Ce n’est que par la concentration de passions restrictives qu’apparaît une morale essentielle à la société : ceci est bien, cela ne l’est pas. On ne veut surtout pas qu’un autre puisse se permettre ce que je ne peux atteindre ou imaginer. L’individu faible, isolé dans son intimité, n’a pas particulièrement d’avis sur les exercices du bien et du mal par autrui. Dans la mesure où il fait naturellement le choix de ce qui lui semble bien pour lui celui qui se masturbe se contre-fiche pas mal de ce que l’autre fait dans sa propre petite bulle et devant son ordinateur. D’ailleurs on ne voit de jeux de pouvoir que sur les forums, pas dans les archaïques communications MSN. J’y reviens plus tard mais deux individus face à face ne forment pas une collectivité mais une entité séductrice, donc un couple d’individus sensuels aux intérêts échangés et communs. Sans principe de régulation de la pratique du plaisir, même la souffrance peut se justifier, puisqu’elle ne regarde que celui ou celle qui la convoque à fin propre. La réalisation d’une enquête de soi justifie qu’on puisse traverser de la violence avec plaisir, et que la morale personnelle l’approuve — la morale personnelle ne peut pas être normative puisque elle est strictement relative aux envies et besoins personnels. La normativité serait le sceau de sa stérilité même, elle ne créé de normes que des règles aléatoires et conditionnées à et par l’instant.


Dans le fantasme de cette fellation brutale et transgressive, il n’y a aucune morale contrevenante. Je pourrais la diffuser sur un site de lectures érotiques, où on aura déjà croisé bien pire en matière de suspension de la crédulité morale. Pourquoi pas ? Des pratiques aussi vieilles que l’inceste au second ou troisième degré, l’adultère et la sodomie y sont présents par légions. Et la morale n’a rien à dire contre cela — et du reste s’en abstient avec le peu de sagesse qu’elle conserve. Des comportements barbares qui méritent une condamnation éthique, tels que la pédophilie, la zoophilie ou le viol n’y sont pas plus rares. Pourquoi pas ? Qui est en quête d’une fiction érotique est essentiellement amoral et ne recherche pas spécifiquement la reproduction d’une réalité qui l’entoure. Il fuit la morale qui l’entoure, il n’a d’objet de recherche que le stimuli sexuel pour accompagner ses caresses. Les stimulations de son désir agissent selon des mécanismes qui lui appartiennent — et qui, observés, diraient beaucoup trop sur lui qu’il ne convient de l’avouer. La morale ne naît que par la nécessité de former un espace social contraint à une réalité médiane — ou, pour la juger esthétiquement, tiède. L’affadissement esthétique permet de protéger la stabilité et les intérêts collectifs tout en n’écrasant pas les ambitions individuelles. En ce sens a-t-on des individus à l’esthétique hyperdeterminés qui sont bien souvent immoraux et contreviennent aux règles de la morale collective. Ils en ont non seulement la capacité mais surtout ils déploient au besoin la puissance pour assumer ces choix — politiques, esthétiques, ontologiques.


Il n’y a que l’absence de morale qui soit moralement condamnable ; encore ne l’est-elle que collectivement. Mais la collectivité n’est rien plus qu’un vaste principe de recyclage, et d’ailleurs elle utilise toujours à des fins nouvelles les propos des artistes et penseurs rebelles qui désavouent son fonctionnement. Parce qu’il n’y a pas d’individu sans collectif, ni de collectif sans individualité, et que les deux organismes se produisent perpétuellement sans prise de recul, l’éthique aura toujours valeur accidentelle. On ne peut que la constater : qui aurait la vanité de pouvoir la planifier ? C’est là le ridicule des institutions religieuses qui définissent a priori de la construction de l’individu un schéma moral et demandent à tous de s’y conformer a posteriori. Fortes d’une découverte esthétique précise, elles se figurent que l’univers ne rencontrera cette réalité esthétique qu’en suivant le même circuit moral qu’elles. Beaucoup d’individus isolés prennent ainsi des allures de censeurs et beuglent la vérité tout au long d’un chemin qui s’est fait leur geôle quand ils y voient un royaume. Bien des routes singulières mènent à la réalisation esthétique de chacun — infiniment variable et subjective. Il faut donc emprunter les outils les plus objectifs possibles, dégagés de toute pré-individualité. Ces moyens qui sont au plus grand nombre communs permettent d’expérimenter la singularité. Et inversement : une subjectivité maximale permet de trouver en soi les coïncidences avec la communauté humaine, c’est-à-dire rejoindre les spécificités de l’objectif intérieur. Mais tout cela devient drôlement métaphysique et ne colle plus avec l’énergie insufflée par la description flottante de la fellation. Le lecteur ne voit plus le rapport et m’en veut, fondamentalement frustré par tout ce verbiage suite à la promesse d’une stimulation sexuelle intéressante.


L’intellect d’une personne abstraite et froide ne s’enflamme pas au contact de l’émotion ; au contraire a-t-il un mouvement de répulsion. Le pathos l’écœure et lui semble très suspect — ce en quoi je serais mal placé pour lui donner tort : sitôt qu’on parle de « la maman des deux pauvres petites filles atrocement violées, déchiquetées, mangées et vomies dans la forêt » au lieu de « la mère des deux victimes de barbaries sur enfants », on coule dans un pathos et obtient la bienveillance du collectif pour les pires châtiments médiévaux contre ces horribles brutes méchantes qui, somme toute et après enquête, n’étaient pas du tout des violeurs et se révèlent être des ours atteints de rage, etc. L’émotion comme outil rhétorique est un moyen de fausser le débat en soustrayant à la rigueur intellectuelle la situation et la proposer à l’intuition. Je ne suis pas des théories du complot, mais enfin il faut bien reconnaître que l’intuitif est plus manipulable que le raisonnement intellectuel fondé sur des principes structures d’idées. D’un côté le subjectif pulsionnel, de l’autre l’objectif rationnel.


L’intellect d’une personne abstraite et froide ne s’enflamme pas au contact de cette intuition injectée et cela va même jusqu’à la dégoûter. La suspicion suscitée par l’assaut de l’intuition vient naturellement de cette tentative pour retirer à l’intellect abstrait et froid son autonomie, son discernement : tout ce qui concourt à sa puissance. En revanche, pour échauffer en un temps record cette même intelligence abstraite, froide et orgueilleuse il y a l’érotisme. L’érotisme, autrement dit, l’expression brute et sans morale de toute puissance. Je ne reviens pas sur l’immoralisme de ces intellects abstraits ; ils ont produit dans leur quête d’autonomie des systèmes esthétiques aussi solides que clairvoyants. On trouve ici l’explication raisonnée d’une intelligence structurellement organisée sur l’orgueil, l’autonomie et la puissance qui rejette hors d’elle toute intuition non spontanée. Elle prend un plaisir immense et silencieux au prolongement de routes entamées mais abandonnées parce qu’incomprises, c’est-à-dire si solitaires que vouées au désespoir de leurs explorateurs.


Elle se concentre et s’attache certainement à me faire jouir le plus vite possible, quoiqu’elle serait évidemment très déçue si j’explosais déjà. C’est là toute l’ambivalence entre le désir de triompher de l’autre, de le dominer dans la capacité à le faire jouir, le réduire à sa première nature nerveuse, et le désir d’être soi-même possédé par le plaisir. Elle veut être Déesse qui reçoit le sperme en offrant la décharge électrique du plaisir, mais elle veut aussi être servante qui se laisse honorer. Sa bouche va et vient avec une rapidité qui témoigne de la résistance de sa nuque, masquant et libérant ma hampe luisante de salive dans un bruit régulier de succion. Mes mains sont toujours dans ses cheveux et je m’y accroche désormais comme pour ne pas chavirer. Des pensées métaphysiques et plus que cela même ont beau déferler dans mon entendement d’un certain monde érotique, il n’en demeure pas moins que je vais lui jouir dans la bouche, à cette petite pute. Mon sexe tendu palpite de mieux en mieux et risque la décharge, transmettant en code organique amer, chaud et salé le débit de mon petit orgasme au fond de sa gorge. Elle doit le sentir puisqu’elle le recrache, laissant couler sa propre salive sur son menton et me regarde, essuyant sa bouche et ses joues d’un revers de main, haletante et orgueilleuse de maîtriser mon plaisir souverain. Elle me sourit, je n’ai pas très envie d’être doux mais la morale se rappelle à moi et je sais que je dois lui reconnaître le statut de partenaire, plutôt que celui d’esclave. Pourtant, Dieu que je la voudrais comme esclave lorsqu’elle est à genoux devant moi, bassin ondulant et seins tendus ! Je devine son tanga littéralement imbibé de sa cyprine. Je pourrais la relever et la prendre sans aucune difficulté, ouvrant son sexe comme une fleur spongieuse et bouillonnante, impatiente qu’elle est de me recevoir au fond d’elle. Il est douloureusement concevable pour moi dans cette disposition d’esprit très précise de la relever pour parcourir son sexe de ma langue, alors que j’aime d’ordinaire beaucoup ça. Je suis en transe, entraîné dans le tourbillon effréné de mon désir : ou la prendre ou lui jouir dans la bouche mais je ne peux me concentrer sur son seul plaisir. Je n’ai pas la capacité de recul nécessaire. Je ne vois que de surplomb, ses seins tendus à outrance, qui défient ma bouche et mes doigts de les laisser tranquilles, et précisément ma bouche et mes doigts veulent mordre et pincer. Je veux être animal. Ce sont les mêmes élans qu’au début de la fellation, mais ils prennent en ampleur, en force, en impétuosité. Que ne craque-je pas ! Je pourrais vraiment la violer, et dans son état d’excitation, elle me serait redevable de cette prise fictivement contre son gré. Mais je ne sais pas si la mise en scène sera possible : elle se cambrerait debout devant moi, ouvrant son sexe de deux mains, m’offrant une vue magnifique sur ses fesses et son envie que je m’empale en elle.


Il y a pourtant un plaisir de la domination, qui est donc une forme de puissance aussi : être dominé, c’est servir une énergie qui domine le partenaire quand il est maître. Outre le plaisir sensuel que l’on vient chercher, il y a un plaisir intellectuel pur et sublime. Il s’agit de reconnaître exceptionnellement, et l’exception participe de la valeur de la singularité esthétique supérieure à la valeur collective. Ce charisme qui transcende la condition commune procède du transcendantal et acquiert même une aura mystique. Somme toute, il ne s’agit que d’un individu fort ayant développé ses singularités dans une autonomie que l’on admire — il ne s’agit que d’investir d’une estime exceptionnelle ce que l’on reçoit comme rare et précieux qui correspond exactement à ce qui nous est supérieur, quand déjà nous sommes tellement supérieur au monde. La reconnaissance est non-hierarchique et tient à l’ordre de la gratitude : « Merci d’exister, tu me sauve de ce monde qui, grâce à toi, est un monde laid. Tu transformes ma folie en plus grande intelligence puisque nous sommes deux à parler notre langue. »


De fait l’intellect dont l’orgueil est irréductible ne se compromet qu’avec un intellect qu’il élit comme alter-ego à dépasser, que cela soit ou non artificiel. Dans cette dialectique toute Hégélienne de la réversibilité des rapports entre le maître et l’esclave, à quoi se mêle généralement le sentiment amoureux, il y a évidemment la présence du conflit objectif-subjectif de la morale. C’est parfaitement immoral d’être brutal, de produire un acte d’extrême violence et de propager le mépris de l’autre. Cependant cet autre, au sein d’une relation cohérente, intègre la notion d’individu similaire à soi : cet autre veut simuler avec moi cette extrême violence et pourrait même me reprocher d’avoir manqué d’audace, c’est-à-dire d’autonomie vis-à-vis de la morale, cette autonomie qu’il est venu chercher auprès de moi.


Je vois déjà venir la réponse facile du « L’autre peut très bien n’être pas sur la même longueur de fantasme que toi » : sauf cas d’oppression, l’acte charnel place deux personnes sur une même fréquence à plus ou moins grande vitesse. C’est la notion de bulle esthétique qui se déchire lorsque les deux sexualités sont trop contradictoires et doivent s’affronter. En revanche la deuxième question, plus intéressante. « Comment déterminer qu’un être est fort ou faible ? Le critère est éminemment subjectif et de ce fait très dangereux du point de vue social. »


Oui, exactement, et sans jouer à ne pas répondre, j’ai parlé uniquement d’être égotique fort ou faible. On considère donc l’individu hors de toute capacité sociale. Autant dire que les êtres forts dans cette démarche non interactives ne courent pas les rues : il faudrait qu’ils aient des principes avant d’avoir des idées et que leurs idées servent de moyens de pacifier leur rapport au monde. Ce qui éjecte immédiatement les misanthrope comme moi — au cas où l’on se poserait la question de savoir où je me place. Mais tous les individus ont l’intuition d’une morale naturelle : sur une autoroute, rares sont les automobilistes qui décident de chasser volontairement d’un coup de volant une moto qui roule à leur droite. Pourquoi ? Parce qu’ils craignent la sanction légale ? Oui, une partie certainement. Une autre néanmoins, et ma misanthropie me laisse encore penser que cette autre partie est majoritaire, parce qu’ils répugnent à assumer la conscience d’une mort, ou d’une blessure grave. Autant dire qu’ils ont intégré un principe moral d’ordre naturel. Cela se fonde sur l’empathie et la compassion, non sur le narcissisme — fondement du désir sensuel — aussi est-ce un faux-exemple. Il a des applications plus humanistes avec moins d’effort. Avant de poursuivre : oui une nouvelle mode chez certains artistes auto-proclamés consiste à contrevenir à ce principe moral d’ordre naturel qui respecte l’intégrité physique d’autrui. Ce n’est pas un phénomène esthétique ; ce ne sont que des petits cons sans imagination et sans empathie qui croient qu’enfreindre la morale collective est plus courageux que le dépassement de ses pauvretés.


Évidemment, je manipule un double-jeu narratif : suis-je entrain de penser à tout cela pour me détourner de cette merveilleuse fellation qui m’est offerte, ou est-ce au contraire ce bain érotique qui me sert d’exemple direct à ces perspectives métaphysiques ? L’intérêt de la question n’est pas de la résoudre mais de créer un espace de doute. Peu importe que ce soit l’un prétexte de l’autre ou l’inverse. Je ne vais plus pouvoir résister longtemps et, la bouche pleine au-delà des dents, j’entendrai ses gémissements strier mes propres râles de plaisir. Ce type de littérature est évidemment sélectif. Non pas qu’un lecteur puisse trouver cela sale, mais qu’il n’est pas convenable de réfléchir à partir du désir, essentiellement opposé à la métaphysique. Au contraire, je ne réfléchis et ne méta-pense qu’à partir de l’orgasme ou son éventualité. La créativité propre au désir sexuel est directement réutilisé dans une réflexion plus profonde, plus poussée, plus animale aussi et plus authentique enfin.


Conditionné pour avoir un rapport complexe à certaines spontanéité de la nature humaine, l’homme de société répond parfaitement au bridage. Si je faisais lire cela à, par exemple, des gens très intelligents mais pour lesquels je ne suis qu’une interaction universitaire, il y aurait du malaise. Y verraient-ils des avances — avec le fait qu’une fellation puisse parfaitement être homosexuelle comme hétérosexuelle et donc un double message implicite caché à l’intérieur même du circuit complexe de l’intérieur du pavillon de l’oreille interne de mon cul. Certains symboles extrêmes, tels que l’érotisme, sont des objets qui marginalisent voire disqualifie immédiatement la pensée qui les saisit. L’écrivain érotique est un original, et même si cela peut devenir une mode de le lire, il n’a pas le même statut social que le philosophe ou le politicien — pourtant ! Un écrivain érotique est bien plus sérieusement au vrai de la nature humaine qu’un politicien dont le rôle est de convenir ! Sade ne doit ses lettres de noblesse littéraire qu’à l’impuissance de notre époque pour chercher la transcendance ailleurs que dans l’inconnu. Et pourtant, quel brillant esthète était-ce. Mais passe-je pour un original un peu allumé de l’écrire ? Cela disqualifierait l’intérêt trouvé dans mes textes. « Oui, il n’est pas mauvais, mais il dit des choses un peu fumeuses sur Sade, quand même ». Paradoxe de l’individu subjectif qui trouve certains pans brillants mais d’autres totalement mauvais. Ou bien est-ce que je convertirai plus de lecteurs à passer outre le jugement moral pour aborder l’esthétique de Sade ? Ce n’est qu’un exemple — mais il faut lire Justine.


L’écrivain est un homme sérieux, philosophe et poète, qui ne peut être de même nature que l’homme commun — pourquoi ? D’abord, cela permet à l’homme commun, individu faible, de s’autoriser sa médiocrité. Ce n’est pas qu’il la vit mieux, c’est qu’il s’autorise à la vivre. Combien de lecteurs n’auront pas survécu à la lecture des quinze premières lignes de mon texte, quand ils seront parvenus à ignorer le titre ? Combien n’auront pas pensé « Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries, je ne vais pas lire ça quand même ! » ? Cela confronte deux mondes qui ne peuvent pas se voir : la moralité commune d’une part et ma singularité esthétique d’autre part. Cet homme médiocre peut se complaire dans son état et jouir, sans chercher à être meilleur — alors que c’est à portée d’absolument tout le monde. Je ne parle pas de devenir particulièrement intelligent, ni même d’atteindre à la liberté, je parle simplement d’être capable de produire et recevoir plus de bonheur. Ce que j’appelle « égotisme », exercer son ego au bonheur naturel. Donc l’écrivain est avant tout un extrémiste de l’égotisme, rien de plus : comme vous, comme moi, il a mené une quête eudémonique et heuristique dans la littérature, avec un certain acharnement. Je parle de l’écrivain selon mon coeur, pas des producteurs de romans de gare — nécessaires à la société — ni des blattes de plateau TV — nécessaires pour assimiler les ordures d’une culture.


L’écrivain est aussi un homme supérieur au commun des mortels parce qu’il possède une visibilité, bénéfice douteux que convoite pourtant tout un chacun. Les responsabilités qu’il prend lorsqu’il écrit que la méditation ouvre des horizons différents n’ont pas la même crédibilité que celles qu’il prendrait en déclarant que la sodomie ouvre bien des horizons de l’âme. En ce sens joue-t-il un rôle au sein de la société dont il se tient rigoureusement à l’écart — et c’est le grand recyclage des énergies sociales. On récupère le marginal pour instiller ce qu’il a d’utile dans les carences sociales et intellectuelles du moment. Quelque sort qu’elle lui réserve, la collectivité ne nie jamais l’immense foyer énergétique que représente un artiste et l’exploite comme elle ne gâche jamais une source de puissance. De fait, elle finit enfin par avaler ma semence avec une mine réjouie et un coup de langue gourmand. Elle semble heureuse et son sourire réjoui, taché d’une gouttelette nacrée comme une mouche au-dessus de la lèvre, pendant que ses mains se décrochent de mes cuisses où elles avaient planté leurs ongles, et mes crampes dans les avant-bras de lui avoir si fort maintenu la bouche empalée sur ma queue encore tressautante.

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