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Le bon coté des choses

Chapitre unique

Descente aux enfers ?

Divers

Assise devant ma coiffeuse, je me prépare. Ce soir, c’est le dernier vendredi du mois. Le jour du loyer. Et Monsieur Jean mon propriétaire va passer dans la soirée encaisser celui-ci. Le pinceau qui se frotte sur mes lèvres en y déposant le trait de gloss nécessaire à une brillance éclatante me donne une sorte de beauté artificielle. Comment en suis-je arrivée là ? C’est une si longue histoire, un truc bien tordu. Et pourtant, j’avoue n’en éprouver aucun remords. Le reflet du miroir… me donne un air de pute et c’est tout l’effet que j’ai de mon image !


Quelques mois plus tôt :


— Bonjour Élodie. Tu te doutes du but de ma visite ?

— Je suppose que c’est pour le chèque que ma banque vous a refusé. C’est difficile en ce moment pour moi, vous savez.

— Ben… ça l’est pour nous tous, ma belle.

— Oh, Monsieur Jean… si vous pouviez attendre encore quelques jours. Peut-être que ma situation va s’arranger.

— Ça fait trois mois que tu me dis cela Élodie ! Tu es une fort jolie femme et si tu voulais… je suis certain que tu pourrais t’en sortir plus facilement.

— C’est facile à dire pour vous qui possédez la moitié du village. Je n’ai pas d’emploi et les quelques euros que me versent les Assedic ne sont pas suffisants pour seulement me nourrir.

— Allons… tu as des atouts qui sont, comment te dire, assez sympathiques.

— … ? Je ne pige pas. Quel est le message que vous voulez me faire passer là ?

— Ben… je suis prêt à fermer les yeux sur les quelques sous que tu me dois et même ceux des mois à venir.

— … ? Et je devrais faire quoi pour cela ?

— Tu es une jolie femme… moi un vieux bonhomme, mais il me reste un peu de vigueur, si tu vois ce que je veux dire.

— Non ! Je ne comprends rien. Vous voulez que je fasse quoi, pour votre loyer ?

— Tu pourrais… enfin tu as été mariée et tu sais ce qui se passe entre un homme et une femme…

— … vous me proposez de coucher pour vous rembourser de ce que je vous dois ? Mais c’est dégueulasse !


— xXx —


Les premiers instants de doute passés, je regarde le vieux type. Il a une lueur au fond des prunelles. Un éclat si particulier que je connais bien dans ses quinquets pour avoir connu le même dans ceux de mon ex-mari. Et lui est parti depuis belle lurette. Notre voisine de palier possédait plus d’attraits que moi ? Elle les utilisait mieux sans doute. De là à me laisser en plan avec le crédit de la baraque, et aussi celui de la voiture sur le dos, il n’y avait eu qu’un pas qu’il n’avait pas hésité à franchir.


D’où mon arrivée chez ce Jean Debouis qui me propose ce soir de régler mes soucis financiers à l’horizontale. Et quelque part au fond de moi, ce salaud rallume une flamme éteinte depuis bien longtemps. Ça fait… quoi ? Quatre ans que je suis seule et pas une seule fois l’idée ne m’est venue qu’il serait possible de… mais je suis sidérée par cette demande à peine voilée. Lui ne baisse pas le regard. Il se sent en position de force. Il est le maitre de la situation. Il veut son fric ! En y réfléchissant bien, à sa place je ferais quoi ?


Seulement voilà ! Je ne suis pas à sa place, mais bien à la mienne et ce n’est pas la plus confortable. Je dois être rouge comme une pivoine et il peut s’en rendre compte. C’est pour cela qu’il ajoute nonchalamment pour me rassurer :


— Je te laisse réfléchir ! Je repasse demain pour mes sous ou… à toi de voir Élodie. D’accord ?


Que puis-je répondre à cela ? Je n’ai aucun argument à opposer à ce bonhomme. Il a bien soixante-dix balais et j’en affiche à peine la moitié. Ses phrases me tournent dans le ciboulot. Lui donner ce qu’il veut, c’est abandonner toute dignité. Puis d’un autre point de vue, c’est aussi dormir mieux puisque les soucis de le voir débarquer pour réclamer son dû deviendraient nuls. Mais lui donner mon ventre… je ne sais pas si j’en suis capable.


Par contre, je dois dire que sa proposition vient de me faire me souvenir que je suis une femme et que j’ai aussi des besoins physiologiques en sommeil. Ce vieux beau les a réveillés sans que j’y prenne garde et je ressens comme un appel à la chair de ce corps qui végète depuis… trop longtemps. Les idées se bousculent sous mes tifs bruns. Que faire ? Comment gérer ces espoirs et les désillusions qui m’assaillent tour à tour ? La nuit n’est pas vraiment bonne conseillère et je surfe sur un flot continu de pensées contradictoires.


Finalement je sombre dans un sommeil peuplé de mains qui me tripotent, de sexes bandants à souhait, sans jamais que je n’entraperçoive un seul visage de ceux à qui ils appartiennent. Mes cauchemars sont brutalement interrompus par les rayons d’un soleil chétif. Un automne qui sonne le glas de mes convictions. Je me laisse aller à imaginer agréablement ce qui peut se passer. C’est donc ainsi qu’ont débuté mes turpitudes. Par un petit soir de novembre, avec la visite de mon propriétaire.


— xXx —


Je passe la moitié de mon après-midi à me pomponner. Pas d’autres mots pour décrire ma douche et mon maquillage. Je reprends un visage de femme sous les soins attentifs qui relèvent mon apparence. Et le renvoi par le miroir d’une image de cette femme qui n’est pas, ne peut pas être moi… me ferait sourire si le moment n’était pas si pitoyable. La sonnette de mon entrée me surprend malgré le fait que je m’y sois préparée. D’un pas trainant, je vais ouvrir la porte. Et derrière celle-ci, une brassée de fleurs me cache encore pour un instant le visage du type.


— Bonsoir Élodie !

— Bonsoir Monsieur Jean !

— Je peux entrer ?

— Euh… oui, oui bien sûr !


Il fait quelques pas et le voici au milieu de ma cuisine. Il ne sait plus quoi faire ni quoi dire. Le bouquet se tend vers moi, et c’est le trait d’union qui lui manque.


— Tiens ! Mets-les dans un vase.

— Merci ! Ce n’était pas nécessaire.

— Pourquoi ? Tu les mérites. Et je présume que personne ne t’en offre depuis bien longtemps.


Il enfonce le clou, là où ça fait mal. Il est lui aussi sur son trente-et-un ! Sa main tremble en me tendant les roses que j’attrape. Un vase ? Est-ce que j’en possède seulement un ? Les tiges atterrissent dans le seau à champagne recyclé pour la circonstance. Monsieur Jean est toujours planté sur le carrelage de ma cuisine. Je n’ai rien à lui dire, rien à proposer. Quoi faire dans un tel cas ? Je sais pourquoi il est là. Je n’ai pas un fifrelin à lui avancer et il me faut réagir. Si seulement il pouvait ouvrir la bouche, parler…


Dans sa seconde pogne, il tient un objet qui jusque-là a échappé à ma vue. Une bouteille ! Du champagne ! Et dire que je viens de coller les fleurs dans le seau qui se marierait si bien avec ce flacon.


— J’ai apporté ceci !

—… ! Merci.

— Tu ne veux pas la mettre au frais ?

— Au frais… ? Ah oui ! Si, si, au réfrigérateur.


Je lui tourne le dos. Un instant de répit qui me donne un peu d’air. Je sais, sens son regard qui s’appesantit sur mes reins. Il doit saliver rien qu’à l’idée de… Chose étrange, je ne suis pas loin de le faire également. Je plonge, en me baissant, dans le frigo la boutanche, et fais volte-face. Cette fois c’est à mon tour de le dévisager.


— Comment ça va se passer ?

— Hein ? Ben… je ne sais pas trop ! Je n’ai pas l’habitude de faire ce genre de truc.

— Qu’est-ce qui me prouve qu’ensuite vous n’allez pas revenir me harceler ?

— Nous avons un contrat moral et ça me suffit. Tu as ma parole…

— Ma dette sera effacée en totalité ?

— C’est bien comme ça que je l’entends…

— Mais pour les mois à venir…

— Une seule fois, en fin de mois, je passerai te voir. Soit tu à mon argent, soit nous passerons la nouvelle soirée ensemble ! Le deal est convenable pour toi ?

— Vous ne savez même pas comment ça va se passer pour la première fois. Comment pouvez-vous envisager les suivantes ? Vous prenez un risque.

— Le jeu en vaut la chandelle, ma belle ! Et puis, il y a fort à parier que je ne serai pas déçu. Ce que je vois me le montre, à défaut de me le prouver.

— Passons au salon, voulez-vous ?

— Oh… bien entendu !


— xXx —


Monsieur Jean ne se fait pas prier et il me devance pour entrer dans la pièce. Il est assis sur le canapé et j’hésite. Prendre place près de lui ou sur un fauteuil qui fait face au sofa ? J’opte pour la seconde solution. Nous sommes en vis-à-vis. Ses quinquets me poursuivent avec une sorte d’insistance qui me déshabille. C’est compliqué cette histoire. Assis l’un devant l’autre, qui doit faire le premier pas ? Je ne me sens pas le courage de bouger. Et il ne me parait pas plus vaillant. Mes genoux, je les croise et les décroise, fébrile, presque fiévreuse.


— Tu as peur Élodie ?


Ouf ! Sa voix me rassure. Ça apaise mes nerfs mis à rude épreuve. Et je me laisse embarquer par le son ému qui s’échappe de sa gorge. Il n’est pas plus à l’aise que moi et ses trémolos en attestent. Je me force à répondre.


— Peur ? Oui… j’ai peur… de ne pas savoir quoi faire.

— Tu préfères que je te guide ?

—… peut-être que ça m’aiderait.

— On commence alors ?

— Nous n’avons pas le choix, si ?

—… Tu peux toujours refuser. Je ne suis pas là pour te forcer ou te mettre le couteau sous la gorge.


Elle est bonne celle-là ! Comment peut-il penser ce genre de truc ? Bien sûr que je suis d’accord, mais il sait aussi bien que moi que c’est par nécessité, pas parce que je suis folle de lui. Encore qu’en cet instant, il me parait bien plus mâle que d’ordinaire. Et puis je me sens toute remuée de l’intérieur par sa présence et surtout… par ce renouveau qui me chatouille les sens. Oui ! Après tout, j’ai envie de faire l’amour et si par extraordinaire, j’y prenais gout ? Inexplicable cet état d’esprit qui me transforme d’un coup en une salope bonne à baiser.


— xXx —


Je suis au pied du mur. Pas de mauvais jeu de mots. Juste le constat que je suis là pour le satisfaire et j’attends qu’il me délivre de mes propres envies… et de ma dette par la même occasion. Ma respiration s’accélère un peu. La peur devient une ivresse qui m’englue dans une débauche de sensations très difficile à définir. Nos yeux sont incrustés les uns dans les autres et je suis attentive au moindre de ses mouvements. Pourquoi ne se décide-t-il pas ? Alors lorsque sa voix monte dans le salon, je me trouve surprise par la netteté de celle-ci.


— Lève-toi Élodie !

— … !

— Tu es d’accord pour m’obéir, n’est-ce pas ? Alors, mets-toi debout devant ton fauteuil !


Le ton est péremptoire. Il me montre une autre facette de ce Monsieur Jean ! Il ne s’agit plus d’une prière, mais bien d’un ordre. Oh ! Pas énoncé avec une violence abjecte ! Non ! Juste ce qu’il faut de netteté pour que je me sente le devoir d’obéir. Et me voilà dans la position qu’il réclame.


— C’est bien ! Maintenant tu vas répondre à une ou deux questions, ça te va ?

— Ben… pourquoi pas !

— J’adore ça ! Tu sais ce que c’est que la soumission ?

— … ? J’imagine que oui !

— Bien. Tu es prête à me donner ce que je veux ? À te laisser-aller à t’offrir à moi ?

— …

— C’est bien. Tu vas donc entrouvrir ton chemisier ! Mais très lentement, avec grâce, que je profite encore et encore de ces appâts qui sont cachés par le tissu. Il y a longtemps que tu n’as plus couché avec un homme ? Ou une femme du reste ?

— … oui ! Plus depuis mon divorce…

— Est-ce que tu as envie de faire l’amour en ce moment ?

— Vous voulez dire là ? Tout de suite ?

— Oui !

— Ben…

— Ne t’arrête pas ! Retire ta chemise… tu portes un soutien-gorge ?

— Oui !

— Oh. C’est trop beau pour être vrai. Tes seins, tu veux bien les mettre à l’air, me les présenter ?


Mon soutif, je tremble en le dégrafant. Toutefois j’y parviens et mes deux seins me paraissent incongrus sur mon torse blanc. Les pupilles du vieil homme sont rivées à ces deux boules qui dérangent l’ordre établi de la bienséance. Il salive peut-être de ce spectacle indécent. Et sa seconde demande se fait dans un souffle de voix.


— Ta jupe… retire ta jupe, ma toute belle !


Là encore aucune réaction de rejet ou de refus de ma part. Mes doigts fébrilement s’attaquent à la fermeture éclair remontée sur mes reins. Le bruit du curseur sur les rails couvre celui de nos deux respirations haletantes. La sienne par ce qu’il voit et la mienne par ce que j’ose. Et le chiffon qui me camoufle le cul glisse le long de mes gambettes. J’ai le sentiment de faire un déshabillage extraordinaire. Seule dans ma salle de bain, ça n’aurait rien que de très banal. Là devant un vieux vicieux mon effeuillage prend des proportions inattendues.


Comme si je devenais une autre personne. Mais n’est-ce pas ce que je suis ? Une étrangère qui gère ses affaires d’une manière qui m’est totalement indifférente ? Je sais à partir de ce moment-là que non seulement je vais me livrer, mais qu’en plus j’en éprouve un trouble ignoré. Monsieur Jean réveille en moi une inconnue endormie qui ne demande qu’à éclater. Et ma culotte sans un mot de sa part suit le chemin emprunté par ma jupe. Cette fois, je suis nue face à deux télescopes qui m’auscultent de loin.


Ce n’est plus qu’un filet de voix qui m’interpelle pour m’inviter à m’approcher. Combien il est douloureux et pourtant si simple à faire ce pas vers lui ! Mon cerveau me traite de « pute » alors que mon corps se délecte de cette mise en scène. Et lorsque les deux mains mâles rejoignent mes poignets, je suis déjà conquise et si humide que d’un minuscule frôlement, il pourrait s’en rendre compte. Mais il est trop occupé à amener sa bouche à la hauteur des deux fraises que ses lèvres désirent gouter. Il délaisse pour un temps le triangle aux poils fins et soyeux, aux couleurs de ma chevelure.


Il n’y a pas plus de contestation quand il me fait me plier en avant pour me positionner en travers de ses deux cuisses. Je sais, comprends, mais je ne réagis pas. Et comme je ne proteste pas, il se croit permis d’aller plus avant dans son idée. D’abord, il s’agit seulement d’effleurer mon fessier avec une délicatesse impressionnante. Puis une minuscule tapette sur mon derrière que j’interprète comme une caresse. C’est ensuite que ça se corse. Qui ne dit mot consent et ce proverbe est bien dans l’air du temps. La main que je devine proche des joues qu’il a sous les yeux fondent sur elles, et elles sont d’un coup, victime d’un atterrissage plus violent de sa seconde patte.


Le bruit est plus sec et une sorte de chaleur m’envahit tout entière le corps. Lorsqu’il renouvelle son geste, je sais que pour la première fois de ma vie, je vais recevoir une fessée en règle. Et si elle n’est pas douloureuse, c’est tout mon amour-propre qui en a du plomb dans l’aile. Je crie pour la forme. Ça a juste le don de raidir davantage la position du bonhomme et la volée de claques plus sonnante que déplaisante vient rougir mon cul ainsi exposé à Monsieur Jean. À quel moment est-ce que je saisis que ce qui me tale le flanc n’est pas naturel ?


Aucune idée ! La pluie de petites gifles stoppe aussi rapidement qu’elle a commencé. Monsieur Jean me redresse sans effort. Il a une sacrée santé ce type. Ses deux paumes encadrent mon visage et sans pression, il me fait mettre à genoux entre ses deux jambes. Bien calé au fond de l’assise du canapé, mon visage est alors dirigé vers le point de jonction de ses deux cannes. Je sens qu’il attend un truc bien précis. Mais je ne bouge pas. Il doit me le demander pour que je le fasse. Ça ne tarde guère du reste.


— Ouvre ma braguette !

— …


C’est net, précis, sans bavure. Et mes doigts s’affairent sur l’endroit avec un petit tremblement. Quand je parviens à ce qu’il désire, son sexe bandé est à deux centimètres de ma figure. Il lui suffit de me presser sur le sommet du crâne pour que je ploie la tête. Et le contact est… électrique. Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que l’odeur aussi est caractéristique ? Dans ma mémoire, la bite de mon ex-mari ne sentait rien. Celle que mes lèvres happent est parfumée. Pas avec une essence rare et précieuse ! Non ! C’est un effluve de sexe qui s’insinue dans mes narines.


Loin de me dégouter, l’odeur affole mes sens en éveil. Je deviens gourmande. Et c’est avec un vrai bonheur que je me lance dans une sucette invraisemblable. Je ne me serais jamais crue capable d’un tel acte. Avec délice, je lape la hampe, montant et descendant la pointe de ma langue sur cette tige enflée. Lui en oublie ses ordres et relâche sa pression sur ma caboche. Il n’a pas besoin de me tenir, je fais seule les mouvements qu’il espère et dont il est ravi.


Le suivi de cette fellation est à l’avenant de mon combat. C’est contre ma pudeur que je lutte, heureuse de me jeter dans un stupre dont je ne me serais jamais crue capable. Ensuite… et bien c’est sans doute plus traditionnel. Sa manière de me prendre ne déroge pas aux règles établies. Il n’a pas inventé la poudre en cette matière et si je vibre bien, c’est plus par les sensations que mon cerveau me distille que par sa façon de faire l’amour. La position à la missionnaire apporte un apaisement de mes sens, sans me faire exulter.


Longtemps, oui, bien longtemps après qu’il soit parti, que j’ai payé ma dette, dans l’immensité de mon lit, je parviens à arracher à mon ventre un semblant d’orgasme solitaire. Comme quoi loyer et sexe ne font pas bon ménage. Mon nouvel amant ne m’a pas fait grimper aux rideaux, et sans mes manœuvres et une masturbation effrénée, je serais encore sur ma faim. Mais… je suis quitte et tranquille jusqu’au dernier samedi du mois. Date à laquelle je dois m’acquitter de la prochaine échéance pour ce toit qui me garde à l’abri.


— xXx —


Cette soirée particulière m’a ouvert les yeux. Au sens figuré bien entendu du mot. Je prends conscience de plusieurs petites choses dont mon esprit s’est affranchi depuis des mois. La première c’est que je suis restée une femme. La seconde, une femme qui peut avoir des envies. Puis une troisième évidence aussi c’est que les mecs sont vulnérables sur le plan « cul » et que ma force c’est de m’en être rendue compte grâce à mon proprio. Ce que lui m’a demandé… combien d’autres sont prêts à se l’arracher ? Ses mots me reviennent en mémoire avec un zeste de justesse.


« Tu es une fort jolie femme et si tu voulais… je suis certain que tu pourrais t’en sortir plus facilement. »


Alors depuis le lendemain de ce jour où je me suis livrée, et bien… je sors. Je vis une sorte de seconde vie. Loin de la femme rangée, pantouflarde à la maison, je drague éhontément. Pas n’importe qui, pas n’importe comment. Seulement les plus aisés, juste ceux qui représentent un intérêt pour… ma bourse. C’est donc en vidant les leurs que je remplis la mienne. Un échange particulier, un accord tacite qui me sont profitables. Après tout, l’existence est courte et faite de petits compromis.


Internet est un outil précieux pour ces rencontres pas totalement de hasard. Il permet tant de dialogues, de discussions qui à mots couverts offrent l’avantage de livrer au départ, les pires secrets sans dévoiler son visage. Je l’utilise avec une hardiesse et une habileté qui font de moi la reine des nuits de la ville. Alors certains soirs, une chambre d’hôtel abrite des amours passagères, et quelques images changent de poche, et en passant mon gloss ce soir, je me dis que finalement, je ne vais pas régler mon loyer autrement qu’en nature. On prend vite gout à ce luxe pernicieux que représente l’abondance.


Il existe tout de même quelques exceptions. Il m’arrive parfois de tomber sur une perle rare. Pas spécialement jeune, car je les évite soigneusement. Trop peur de succomber aux charmes de l’un d’entre eux, mais le motif réel n’est pas celui-là. Il est simple à admettre que plus on est jeune et moins on est riche. Alors… autant tabler sur des hommes d’une cinquantaine déjà bien avancée. Ceux-là sont plus enclins à donner et recevoir moult caresses et bien plus prompts aux largesses que je convoite.


Vingt heures précises ! Une ponctualité irréprochable qui fait de Monsieur Jean, avec bien sûr toujours une manière trop précise de faire les choses, un être sans imagination véritable. Il est là ! Je n’ai plus l’hésitation de la première fois pour m’effacer sur son passage. Ce sont mes bras qui s’enroulent tels des tentacules autour de son cou pour un baiser qui se veut chaud et affolant. S’il est surpris, il n’en montre rien, se contentant d’entrouvrir les lèvres pour que ma langue devienne maitresse de son palais. Mais ne l’est-il pas du mien ? Un juste retour dans l’ordre des choses non ?


Quelques heures de bonheur pour trente jours de confort, un échange courant dans nos vies et si ça convient aux deux parties, pourquoi s’en priver. Longtemps je me suis donnée à un unique homme, plusieurs fois par nuit souvent, pour être traitée comme une moins que rien devant un juge qui a séparé ce qu’un Maire avait soudé. Suer sang et eau pour éviter les huissiers, régler des dettes que mon gentil ex-compagnon avait lui aussi contractées, mon lot pendant ces quatre années de galère. Et en moins de six mois, tous ces soucis se sont envolés, simplement par des moments câlins et chauds.


Pourquoi ne pas voir la vérité en face ? Mon ventre est inépuisable et si souvent je n’ai aucun sentiment pour ceux qui déposent leur obole sur ma table de nuit, il m’arrive d’en dégoter un qui sait me faire vibrer. En y réfléchissant à maintes reprises, combien de fois ai-je fais l’amour avec celui qui me jurait les grands Dieux que j’étais unique, sans que je jouisse plus profondément qu’avec ceux qui au début de ma prestation sourient aux anges, s’imaginant puissants et extraordinaires ? Je n’en détrompe aucun et eux ne me tromperont jamais puisque je ne leur appartiens que le temps de frotter nos panses.


— xXx —


Il est là ! Je cache mes pensées désobligeantes pour la gent masculine. Il est là et il mérite son dû. Il n’a aucun doute et sait désormais où se trouve le sofa. Nous nous dirigeons vers celui-ci sans un mot. Sa main, lorsqu’il me croise frôle le bas de mes reins. Il est le maitre de mon corps pour le temps d’une jouissance. Mais j’ai appris à la faire venir le plus rapidement possible et je vais m’y employer. Plus vite nous en terminons, plus vite il regagne son propre logis. Mes doigts ont vite fait de détacher sa ceinture. La prière au Dieu Priape fait déjà la moitié du chemin. Montre en main, six minutes pour l’amener au bord de l’apoplexie.


Et à peine plus du double pour qu’il vienne ensemencer le duvet qui couvre mon ventre. S’il se sent lésé, il n’en dit rien. Il s’est vidé et c’est bien là le principal. Les hommes sont des bêtes étranges. Se rend-il compte que je bâcle le jeu ? L’assurance nouvelle dont je fais preuve est la conséquence de mes nombreuses sorties nocturnes. Elle s’affiche dans mes gestes moins gauches, mais aussi dans un luxe tape-à-l’œil de détails que Monsieur Jean ne remarque pas. À moins qu’il ne ferme les yeux pour profiter plus longtemps de ce que je lui donne, une fois par mois ?


Il est penché en avant dans une posture qui lui permet de se rhabiller. Il ne parle pas. Comme c’est si souvent le cas après le sexe, les amants qui rentrent chez eux sont muets. Revivent-ils les scènes qui les ont émoustillés ? À quoi rêvasse Monsieur Jean alors qu’il me sourit comme si je lui avais décroché la lune. Il a si peu vu la mienne ce soir ! À peine le temps de sortir son service trois-pièces que déjà, il en avait éclaboussé mon ventre d’une purée plutôt fluide. Si ça suffit à son bonheur, ça ne me rend pas malheureuse et c’est un bon point.


Pourquoi ma main effleure-t-elle le parchemin de sa joue rugueuse ? La risette paternelle que me décerne Monsieur Jean sent la naphtaline et le réchauffé. Le cœur n’y est pas, plus. Il est sur le retour et je lui suis reconnaissante de m’avoir ouvert les yeux. Grâce à lui, à ses besoins, il a fait remonter au premier plan mes élans les plus féminins. Et si ceux-ci me rapportent de quoi vivre mieux, n’est-ce pas là une bénédiction ? Faire avec beaucoup pour être débarrassée de tous mes ennuis, ce que j’ai fait avec un seul qui m’en a créé, n’est-ce pas finalement un retour des choses normal ?


Ma porte se referme sur un dos vouté qui file dans la nuit. Le noir est mon royaume et je suis devenue la reine des heures sombres. Je n’aime plus les hommes, je leur donne juste ce qu’ils attendent d’une femme. Un échange qui se fait en douceur, sans cris ni heurts. Et je dois avouer que si je n’en jouis pas chaque fois, la situation est plaisante et m’amuse. Je peux comparer la longueur, la texture de ces attributs dont ces messieurs se font une fierté. Quant à la dextérité avec laquelle ils s’en servent, elle n’a d’égal que leur immense orgueil. Reste à ne jamais les détromper, ne jamais leur rire au nez devant leur décevante capitulation rapide.


Alors… je les laisse se bercer de leurs illusions. Ils sont et seront toujours les meilleurs amants de la terre. Gloire à leur sexe, louange à leurs prestations, même les plus nuls y trouvent leur avantage à mes yeux. Et l’adage qui dit : « plus c’est long plus c’est bon » devient vite caduc, remplacé par « plus c’est rapide et plus je suis riche »… Après tout, il n’est pas de petits profits qui ne me sourient et c’est bien en cela que je me dois de remercier mon propriétaire. Merci… merci du fond du cœur Monsieur Jean !


*Que serais-je sans vous, qui vîntes à ma rencontre !

Que serais-je sans vous qu’un cœur au bois dormant

Que cette heure arrêtée au cadran de la montre ?

Que serais-je sans vous que ce balbutiement ? *


(*Ces quatre derniers vers librement volés à Jean Ferrat)







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