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Boudu

Chapitre unique

Une soirée d'hiver !

Erotique

La pluie fine et froide des semaines précédentes avait fait place à un gel qui perdurait depuis deux jours. Moins huit et la météo n’annonçait aucune amélioration dans l’immédiat. Je ne sortais plus que pour me rendre au supermarché et chez le boulanger. La vie continuait malgré tout. Décembre montrait son vrai visage et le givre recouvrait toute la campagne. Le maigre soleil d’hiver qui perçait difficilement la couche épaisse de nuages n’avait plus la force nécessaire pour décongeler la région.


À trente-sept ans, veuve depuis mon trentième anniversaire, je vivais seule. Un peu excentrée du cœur du village, je m’étais lentement remise d’un accident de la circulation qui avait emporté mon Pierre. Lui, mon ainé de cinq ans était le directeur d’une succursale d’une grande banque et son départ brutal m’avait alors plongé dans un cataclysme personnel inimaginable. Une partie de moi qui m’était arrachée avec une sorte de violence que rien ne pouvait justifier. Une plaque de verglas, le même qui se renforçait là, en cette même saison. Noël profilait ses fêtes qui me laissaient bien indifférente depuis ce moment-là.


Alors ce lundi matin après être passé acheter mon pain, je voulais quelques fleurs pour déposer au « jardin des souvenirs ». Il m’arrivait souvent de venir parler à Pierre, comme ça, sans raison, juste pour lui dire combien il me manquait. Certaines blessures, si elles cicatrisaient, restaient pourtant gravées dans les cœurs et les mémoires. Et à la sortie du cimetière, j’avais remarqué la présence d’une sorte de tente de fortune. De nos jours de plus en plus de pauvres gens étaient sans abris. D’entre les pans de tissu entrouverts, deux quinquets d’un bleu étrange m’avaient suivi sans que j’y prête attention.


Une tête barbue, ressemblante à celles de ces milliers d’anonymes qui de plus en plus erraient aux abords des villes et des villages, à tel point que plus personne ne faisait attention. Et je devais avouer que moi la première, je n’avais pas cillé devant cette misère. Bien à l’aise dans ma maison chauffée, bien nourrie aussi grâce à la prévoyance d’un mari qui avait su me prémunir par une rente mensuelle substantielle. Je ne me préoccupais pas vraiment de ce pauvre hère. Un coup de blues le soir, devant mon poste de télévision en voyant que la température allait encore perdre cinq ou six degrés, m’amenait pourtant à y réfléchir.


Et alors que la présentatrice nous parlait du froid, elle ajoutait que beaucoup de « sans-abri » devraient faire l’objet d’une mise en sécurité dans des foyers. Pourquoi l’image donc de ces yeux bleus aperçus le matin même m’étaient-ils revenus comme un boomerang ? Je me sentais d’un coup très bizarre. Cet homme, le froid, la rue, le gel, je ne percevais plus qu’un immense trouble et une sorte de peur irraisonnée. Quand avais-je pris la décision d’aller roder en voiture du côté du cimetière ? Aucune importance, seule comptait qu’elle soit prise. Et la tente, gîte bien précaire face à cette froidure et ce gel qui engluait tout avait disparu.


J’allais rentrer chez moi, un gout amer au fond de la gorge, en traversant les rues désertes du cœur du village. C’était là, sous le porche de l’église, que j’avais retrouvé le bonhomme. Le voir était une chose. Aller l’aborder en était une tout autre. N’écoutant que mon bon cœur, je m’étais approchée de son mur de toile. Sans doute avait-il l’ouïe assez fine et savait-il que quelqu’un rodait autour de son bien triste territoire ? La fermeture éclair avait lentement glissé sur ses rails. Le visage de l’homme sans âge en retrait à l’intérieur guettait mes moindres faits et gestes. Comment expliquer ce qui se passait alors ?


Je ne savais pas ou plus quoi lui dire. J’étais pétrifiée, debout à trois ou quatre mètres du maigre asile. Je bredouillais alors un bonsoir qui n’obtenait pas de réponse.


— Bonsoir…

—…

— Vous devez être transi de froid. Il fait moins dix et ça va descendre encore dans la nuit. La météo annonce une longue période de gel.


Les yeux écarquillés, le type devait se demander ce que je fichais là. Il ne répondait toujours pas et du coup, c’était moi qui étais la plus gênée.


— Vous ne voulez pas venir manger une bonne soupe à la maison ? Une nuit bien au chaud, de quoi vous éviter de mourir de froid. Monsieur… vous comprenez ce que je vous dis ?

— Madame… ne criez pas, s’il vous plait.


Ça me soulageait de savoir qu’il m’écoutait. Il venait d’ouvrir sa maison de toile et il se redressait. Enfin il me faisait face et il devait avoir une taille équivalente à la mienne. Un immonde bonnet camouflait ses cheveux longs. Sa barbe n’avait sans doute pas vu de rasoir depuis un long moment.


— Vous… qui êtes-vous, madame ?

— Je vous ai croisé ce matin près du mur du cimetière…

— Ah oui ! Je vous remets. Mais pourquoi venez-vous me parler ? Personne ne me parle plus depuis si longtemps.

— J’ai vu la météo et il va faire très, très froid.

— Vous voulez vous donner bonne conscience ? Je n’existe plus aux yeux du monde. Moi et tous ceux qui n’ont plus la chance d’avoir un toit… je peux vous dire que ça en fait du monde.

—… Vous ne voulez pas me suivre ? Je vous hébergerais pour tout le temps que vous voudrez…

— Et mes affaires ? Si je les abandonne ici, on va me dépouiller. Mon monde est impitoyable. Les pauvres se battent souvent pour un bout de trottoir, une bouche de métro, un quignon de pain… c’est aussi la dure loi de la rue.

— Vous pouvez tout mettre dans le coffre de mon véhicule. Nous entreposerons cela dans le garage de ma maison.

—… ? Vous n’avez pas peur du clochard que je suis ?

— Je suppose que sous les habits, il y a surtout un homme que la vie n’a pas épargné.

— Vous parlez comme les bouquins, vous !

— Venez ! Je vais amener ma voiture ici et nous prendrons en charge vos affaires.

— Vous êtes bien certaine de vouloir faire ça ?

— Je ne serais pas là si ce n’était pas le cas, ne comprenez-vous pas ? Vite, car je n’ai pas votre résistance au froid moi…

—… !


Il était resté planté comme un piquet et j’avais donc reculé vers l’endroit où était établi son campement. J’avais pu me rendre compte de la rapidité avec laquelle il avait tout emballé dans un immense sac à dos. Comme les escargots, il devait chaque jour porter sa maison sur ses épaules. J’avais saisi les bretelles du bagage, mais lui avait dû me prêter la main, tant le sac était lourd. Une fois dans le coffre, je lui ouvrais la portière côté « passager avant ». Une fois de plus, j’avais pu noter une grande hésitation.


— Eh bien ! Montez ! Je ne vais pas vous manger.

— Je ne suis pas très propre… on peut même dire que je dois puer. Ça va saloper votre jolie tire !

—… Ne vous faites pas prier ! Il y a de quoi vous laver à la maison. Un bain, une douche, comme il vous plaira. Allez ! Montez et allons au chaud.

—… Vous êtes une drôle de bonne femme !

— Mais non ! Pourquoi dites-vous ça ?

— Personne ne vient ramasser un clodo dans la rue de nos jours. On peut bien crever de froid, tout le monde s’en fout !

—…


Je m’étais tue. À quoi bon envenimer les choses ? Sans doute avait-il ses raisons d’en vouloir à la terre entière. Le court trajet pour traverser mon bled et arriver chez moi se faisait dans un silence relatif. C’était lui qui l’avait rompu d’un coup.


— Je dois puer, non ? Je pourrai prendre une douche ? Ou mieux, je rêve d’un vrai bon bain !

— Vous trouverez tout ce dont vous aurez besoin ici. Ma maison est assez grande pour être partagée.

— Vous vivez seule ? Pas de mari ?

— Il est mort !

— Ah, merde ! Pardon ! Je ne pouvais pas me douter…

— Venez !


Le moteur de la voiture s’éteignait alors que la porte électrifiée du garage se refermait avec son chuintement significatif. Il descendait alors du véhicule, presque intimidé. Du côté de sa portière, un grand placard vide que je lui désignais de suite.


— Vous pouvez entreposer vous affaires là ! Je vous assure que personne ne vous les prendra dans ce placard. Si vous avez des vêtements à laver, vous pouvez les déposer devant la porte. Là, c’est la buanderie ! La machine à laver et le sèche-linge s’y trouvent.

—… ? Vous assurez aussi le nettoyage ? Merveilleux… qu’est-ce que vous ne faites pas ?

—…


Je l’avais aidé à sortir son sac du coffre et il l’avait collé directement dans le placard, sans l’ouvrir. Ensuite, il me suivait pour entrer dans la maison. Mais avant de franchir la porte, il se déchaussait. Nos deux regards s’étaient alors portés sur ses chaussettes… d’où de larges trous laissaient émerger ses orteils. Il avait baissé la tête piteusement. Et sa voix chargée d’une étrange émotion…


— Ce n’est pas très reluisant, n’est-ce pas ? Vous savez… la rue, ça abime beaucoup et très vite !

—… ?


Qu’aurais-je bien pu rétorquer, moi qui comparée à lui vivait dans l’opulence ? Il redevenait de nouveau très silencieux, immobile au milieu de ma cuisine. Que dire, que faire ?


— Vous voulez que je vous prépare un bain tout de suite ?

— Ben… c’est gentil, mais je ne voudrais pas abuser de votre bonté.


Le ton était calme, presque suppliant. Je me dirigeais donc vers la salle de bains et j’ouvrais le robinet dans le but évident de remplir la baignoire. Autant que son passage chez moi soit le plus sympa possible. Il était derrière moi. Les sels de bain fondaient en formant une mousse de plus en plus épaisse.


— Si vous saviez depuis quand j’en rêve de ça !

— Vous voulez un rasoir ? Celui de mon mari devrait encore être par là… et je vais vous trouver des lames neuves.

— Vous avez gardé ses affaires ? Il est parti depuis peu donc ?

—… ?


Pourquoi cette question saugrenue ? Mais n’avait-il pas raison ? Je n’avais pas pu me séparer de certains objets tels son rasoir… mais aussi de quelques vêtements. Et là devant ce type blessé par la vie, je réalisais le dérisoire de la situation.


— Vous faites du combien ?

— Quoi ?

— Votre taille ? Je vais peut-être aussi vous dégoter des habits de mon mari… un pantalon, une chemise…

— Vous n’auriez pas une paire de ciseaux ?

— Des ciseaux…

— Ben oui… le rasoir avec une barbe de six mois… ça ne marchera pas. Il faut que je taille le plus gros aux ciseaux.

— Ah… oui, oui, je vais vous trouver ça.


Je quittais la salle de bain pour dénicher l’instrument dont il avait un vrai besoin. Quelques minutes et je rentrais de nouveau dans la pièce où je restais scotchée. Il était torse nu, en slip. Ce n’était pas évidemment « Tarzan ». La faim, les privations altéraient quelque peu son apparence. Mais il devait avoir eu un beau corps. Un soupçon trop maigre sans doute, mais vu sa situation… quoi de plus normal ? Il s’était vivement retourné avec dans ses yeux bleus une sorte d’affolement. De nous deux pourtant, c’était moi la plus mal à l’aise.


— Pardon… je ne voulais pas vous…

— Vous êtes chez vous, Madame. C’est à moi de m’excuser.

— Tenez ! Voici l’objet que vous m’avez demandé.

— Parfait…

— Le rasoir est dans l’armoire devant vous, sur le rayon supérieur, avec la boite de lames et la mousse à raser.

— Merci.

— Là, derrière vous, il y a des serviettes de toilette, une sortie de bain en éponge aussi…

— C’était à lui tout cela ?

— Oui ! Et lui… s’appelait Pierre. Moi c’est Agnès…

— Heureux de vous avoir rencontré, alors Agnès… quand j’étais encore un homme je me prénommais Daniel.

— Quand vous étiez encore un homme ? Ça veut dire quoi ?

— Je ressemble plus à une bête désormais qu’à un être humain, non ? Ça se voit pourtant !

— Bon ! Je vous laisse vous baigner ?

— Vous ne me dérangez pas plus que cela. Je n’ai pas parlé depuis si longtemps. Vous ne voulez pas rester là ?

—… ? Mais…

— Je suppose que vous en avez vu d’autres, des gens nus, non ?

—… je ne comprends pas !

— Chut.


Il avait mis son index en travers de ses lèvres. Il venait de faire glisser son slip le long de ses cuisses et je n’avais plus qu’une vue sur sa paire de fesses. Il enjambait déjà le bord de la baignoire pour tremper son corps dans la mousse qui recouvrait l’eau. Le mitigeur ne coulait plus. Il disparaissait alors complètement sous la couche cotonneuse pour ressurgir quelques instants après, la tête dégoulinante de flotte. Je restais là, sans trop savoir sur quel pied danser. Il était temps pour moi de retourner à ma cuisine. Et cette histoire me chamboulait l’esprit.


Depuis le départ de Pierre, je n’avais eu qu’une seule soirée avec un homme. Rencontre de hasard, dans un hôtel, juste parce que mon corps réclamait trop. Une partie de nuit aussi décevante que plate. Comment aimer des choses insipides faites plus par besoin que par envie ? Je ne reprochais rien à cet amant éphémère. Non ! C’était à moi que j’en voulais d’avoir cédé à une pulsion toute féminine sans pour cela m’offrir vraiment à cet homme. Un fiasco total pour lui comme pour moi. Et l’amertume de savoir aussi que le sexe chez moi ne pouvait être dissocié de l’amour de l’autre.


Et là, depuis bien longtemps, un type faisait ses ablutions dans ma salle de bain. Un homme qui n’avait pas hésité, enfin pas trop, à se mettre à poil alors qu’il me savait le regarder. Et alors que je finissais de retourner dans ma cocotte mon rôti, j’entendais ce Daniel chantonner. Signe qu’il se sentait à l’aise ? Un petit bonheur tout bête qu’une bonne trempette ? En tout cas, il paraissait reprendre gout à la vie.


Je venais de finir de disposer les couverts lorsque dans l’encadrement de la porte, la silhouette de Daniel attirait mes regards. Le visage blanc nu, emmailloté dans la sortie de bain en éponge de Pierre, il se tenait à trois pas de moi. À la main, il tenait un kleenex dans lequel il avait rassemblé ses poils de barbe.


— Vous avez une poubelle ? Je ne voulais pas les laisser dans le lavabo.

— Oui, là !


J’ouvrais le bas du meuble sous l’évier. Sa main frôlait alors ma cuisse pour mettre dans le seau destiné à être jeté, son fardeau. La peau de son visage dénotait avec le bronzage de son front. Mais il n’avait plus l’air d’un homme âgé. Son passage dans l’eau le faisait revenir à une humanité cachée par la crasse de la rue. Daniel recouvrait une existence que la précarité lui enlevait. Il suffisait de peu de chose pour lui rendre sa dignité. Mais moi, ce qui me frappait le plus, c’était seulement de revoir ce peignoir « habité ». Un peu comme si mon Pierre ressuscitait. Un vrai choc dans mon esprit !


— oOo —


Notre repas pour simple qu’il fut lui donnait un appétit féroce. Il devait passer une bonne soirée, mais surtout, il était au sec et au chaud. Il reprenait deux fois de l’entrée « œuf-thon-mayonnaise » et puis je lui servais une grosse tranche de ce rôti qui devait me faire trois repas. Tant pis ! Cet homme semblait si heureux d’être invité. Dans ses yeux qui brillaient, je lisais une reconnaissance infinie. D’ailleurs ses paroles suivantes confirmaient ce que je pressentais.


— Ça fait si longtemps que je n’ai pas fait un vrai repas. Et dans la chaleur d’une maison comme la vôtre… Mais je peux vous poser une question bête ?

— On ne le demeure que le temps d’avoir une réponse, voyez-vous !

— Oui… oui bien sûr. Pourquoi moi ? Pourquoi êtes-vous revenue me sortir du gel et du froid ?

— Je n’ai aucune réponse à vous donner. La solitude me pèse aussi.

— Mais vous avez tout pour être heureuse… une belle baraque, de quoi manger chaud tous les repas. Alors, pourquoi vous embarrasser avec un déchet tel que moi ? J’ai du mal de saisir !

— Sans doute qu’il n’y a rien à comprendre, Daniel. Et j’ai écouté la météo à la télévision. La présentatrice a annoncé un froid glacial pour les prochaines nuits… Vous n’allez jamais dans les abris ?

— On voit que vous n’y avez jamais mis un pied. Plus on s’enfonce dans la misère et plus on est méchant les uns envers les autres. Non ! Même pour un bol de soupe chaude, je n’irai plus… ce sont des nids de vipères. Il arrive que l’on se batte pour un mégot… alors non, très peu pour moi !

— Vous fumez ?

— Non ! Il y a longtemps que c’est au-dessus de mes moyens. Je ne fais pas l’aumône non plus. Tendre la main, c’est comme prendre une gifle à chaque pièce que les riches nous offrent.


Plus j’écoutais ce type et moins je comprenais ce qu’il fichait dans la rue. À ma demande, il venait de prendre la dernière part de rôti. Il mangeait avec une sorte de jouissance dans les yeux.


— C’est vachement bon ! Vous savez cuisiner, Agnès. Vous savez, j’ai eu moi aussi une belle maison, une belle voiture, un bon job. Et j’étais marié. Mais un beau matin, elle est partie et je n’ai pas supporté. Je ne suis plus allé bosser, elle me manquait trop. Ensuite, je n’ai plus réussi à payer mes factures. Un jour plus d’électricité, le mois suivant plus de flotte. Et le cercle vicieux… les huissiers, plus de bagnoles, plus d’appartement. Mais ce n’est que matériel. La vraie blessure, c’est le manque de ma femme. Josiane… c’était son prénom. Nous ne nous sommes jamais revus. Dix ans déjà qu’elle m’a quitté… et six que je suis clochard.

—… Mais il existe des tas de femmes sur cette terre. Aucune ne vous a jamais tentée ?

— Non ! Josiane… elle est là, accrochée, tatouée dans ma peau, comme si elle et moi ne formions qu’un seul être. Sans elle la vie ne vaut pas d’être vécue totalement. Mais vous… depuis le décès de votre mari… Pierre c’est bien cela ? C’est si frais que vous n’avez pas encore fait votre deuil ?

— Lui aussi me manquera toujours. Et j’ai bien essayé une fois… Un véritable fiasco, il était là, entre le monsieur et moi. Vous imaginez… chacun des baisers de l’autre, c’était un rappel des siens. J’analysais tout ce que nous faisions et je comparais. Un enfer qui ne m’a pas permis de vivre pleinement l’instant présent. Le flop ne pouvait qu’être retentissant, bien sûr !

— Pour moi le problème ne se pose pas. Dans la rue tous se méfient de tout. Et ça ne facilite pas les contacts entre les gens. Mais c’est mieux ainsi. Revivre un second échec équivaudrait à mourir un peu plus.


Le gars transpirait l’amour pour cette Josiane qui l’avait abandonné. Finalement nous n’étions pas si éloignés l’un de l’autre sur ce plan-là. Pierre aussi me hantait. Parfois, certaines nuits il me semblait même sentir son souffle courir sur ma nuque. Dans les craquements des parquets, dans les gémissements de la charpente de cette maison que nous avions bâtie ensemble, c’était lui qui chantait ? Et Daniel continuait son voyage au pays des souvenirs. Il devenait intarissable, revivant de ses longues mains des scènes dont il n’arrivait pas à se défaire. Je n’existais plus pour cet homme qui ressassait des moments d’une vie qui le torturait.


Sans m’en apercevoir, il m’embarquait dans d’analogues flash-back et alors qu’il s’était tu depuis bien longtemps, je demeurais l’esprit dans le vague. Sa main était venue se poser sur mon épaule.


— Eh ! Ça va ? On dirait que vous dormez tout éveillée. Vous êtes où ? S’il vous plait… Agnès ne me laissez pas tomber. Je vous demande pardon ! Jamais je n’aurais dû vous raconter ma misère morale. Ça vous a perturbé ?

—… hein ? Euh, non ! Non, ça va aller. Moi aussi j’étais avec Pierre… comme vous avec votre Josiane.

— Vous formiez un couple solide, on dirait !

— Nous étions heureux, amoureux. Je le suis toujours, mais d’un fantôme malheureusement.


À mon premier sursaut, sa patte qui frôlait mon épaule, comme pour me faire revenir à la réalité, s’était retirée sans heurt. La lueur dans son regard, était-elle pour mon retour sur terre ou pour cette femme qui l’avait laissé ? Le rayon dans le bleu de ses quinquets s’éteignait pour faire place à de la tristesse. Nous devions couper court à ce genre de manifestations spontanées de nos souvenirs, sous peine de nous faire mal à l’âme. Trop tard pour réagir ? Le plateau de fromages avec ses odeurs diverses sauvait du coup la situation.


— Vous m’avez fichu une de ces trouilles ! J’ai cru que vous alliez vous évanouir. Vous étiez partie bien loin.

—… vous m’avez rappelé des moments que je qualifierais de plaisants, mais aussi une absence qui me fait souffrir autant que vous. C’est difficile malgré toutes ces années. Pierre comptait tellement pour moi. La vie… c’est une saloperie.

— Vous prêchez un converti ! Mais pour vous je conçois parfaitement que la douleur vous soit insupportable. Josiane, elle… n’avait pas vraiment de motif pour agir de la sorte. Elle aurait pu parler, me donner une explication. Mais là… rien de rien. Pas le moindre éclaircissement et c’est ceci qui me blesse par-dessus tout. Ne pas comprendre, ne pas savoir. Le vide que je ne peux combler… je me demande à chaque instant ce que j’ai mal fait avec elle. Ce que j’ai raté en fait, et c’est comme un poison qui me ronge de l’intérieur. Ça me bouffe et je n’arriverai jamais à remonter la pente.

— Ne dites pas cela ! Il y a de belles choses encore à vivre… pour vous et pour moi sans doute.

— Je n’en sais rien ! Citez-m’en une seule qui vaille la peine de continuer à espérer ?

—… !


Daniel venait de clore le débat. Qu’aurais-je pu rajouter à sa vision des choses ? Il avait mal, et je me sentais aussi responsable de cet état. C’était bien malgré moi qu’en le ramenant à la maison, je rouvrais ses vieilles blessures ? Il ne m’en paraissait que plus touchant. Mon cœur bondissait dans ma poitrine et semait un désordre indescriptible dans mes pensées. Pour la première fois depuis le départ de mon mari… quelques sentiments inconnus m’assaillaient. Comment expliquer ce revirement de mon état d’esprit ? Je ne comprenais rien, alors pour décortiquer les pourquoi et les comment, c’était mission impossible.


— oOo —


Je l’avais vu bailler d’envie devant la coupelle contenant les fruits du dessert. Poussée devant lui, sa main n’avait pas tremblé en se dirigeant vers une orange. Un rictus sur ses lèvres formait ce qui s’apparentait à un sourire. Il murmurait alors quelques mots.


— Ça me rappelle Noël. Quand j’étais gosse, on avait toujours une orange. Je peux ?

— Naturellement ! Elles sont là pour être mangées.


Quel âge pouvait bien avoir Daniel ? Je ne voulais pas lui demander. Quelques années de plus que moi ? En tous cas, il m’émouvait à un point que j’en éprouvais un trouble visible. Dans un silence quasi religieux, il appréciait la chair juteuse de la boule d’or. Ses yeux clairs qui se posaient sur moi criaient tous les mercis du monde. Pas besoin de mots pour exprimer une joie de l’instant qu’il savourait en avalant son fruit. Le repas s’éternisait. Dehors, le vent d’hiver caressait les environs, rendant encore plus froide la nuit de décembre.


Il me fallait maintenant desservir la table. J’irais ensuite mettre des draps dans le lit de la chambre d’ami. Demain serait une autre journée. Daniel ne savait pas trop quoi dire ou faire, assis sur sa chaise, dans la cuisine.


— Vous voulez passer au salon ? Je vais vous allumer la télévision. Ça va ? Vous n’avez pas froid ?

— Froid ? Ce mot n’a de sens que pour ceux qui connaissent la rue. Votre maison est un paradis pour un type comme moi… et vous, un ange !

—… mais non ! Je suis comme les autres. C’est presque égoïste ce que je vais vous dire. J’avais peur de cette nouvelle soirée de solitude. Et finalement, c’est vous qui me rendez service. Merci pour votre venue chez moi !



Guidé au salon, il s’était assis du bout des fesses sur le bord du canapé. Ses deux paumes en lissaient le cuir beige, avec une sorte de plaisir, dans des gestes lents. Le poste de télévision en route, je lui avais remis la zappette. Le débarras de la table m’attendait. Comme il était simple de mesurer l’étendue de notre petit confort. Le lave-vaisselle recevait les couverts et un coup d’éponge sur la table, rien ne subsistait de ce moment passé à diner en tête à tête. À deux pas de là, le son de la télé me rappelait que j’avais un invité. C’était en revenant au salon que je constatais que Daniel s’était assoupi.


Il s’était allongé sur l’assise, emmitouflé dans la sortie de bain dont la ceinture desserrée laissait béants les deux pans de cette dernière. Évidemment, sa poitrine nue, noircie par une toison abondante me surprenait. Puis mes yeux sans le vouloir suivaient ce poitrail velu. Juste sous le lien dénoué… pas totalement à ma vue, une petite chose dormait elle aussi, posée sur la cuisse gauche de l’homme. Ce petit objet qui notait la différence entre les hommes et les femmes, pourquoi mon regard s’attardait-il sur lui ?


Je n’avançais pas vers lui. Le lit… je devais aller préparer sa couche, mais ce que je voyais me secouait de l’intérieur. Un autre appétit qui me surprenait sans raison. Daniel n’était ni beau ni moche. Juste un homme, oui ! Mais un homme présent chez moi. Alors pourquoi ces idées loufoques ? Des pensées déplacées qui m’envahissaient à la seule imagination de cette chose moins… engourdie. La chambre d’ami, un prétexte pour fuir ? Sans doute qu’inconsciemment c’était bien le cas.


En quelques minutes tout était en ordre. Il aurait de quoi passer une bonne nuit dans un lit « normal ». Et dans ma caboche me trottait cette drôle d’envie. La salle de bains où je récupérais les maigres effets de mon invité pour les fourrer dans la machine à laver ne parvenait pourtant pas à effacer les images farfelues qui me faisaient frissonner. Comment était-ce possible ? Peut-être qu’une douche me remettrait d’aplomb ! Après avoir passé un coup de jet dans la baignoire, c’était dans la « cabine à l’italienne » que je tentais de rassembler mes esprits.


Que m’arrivait-il ? Le premier homme qui dinait chez moi ! Ça ne me paraissait pas raisonnable. Mais alors après m’être séchée suite à mes ablutions, je me coulais dans un déshabillé vaporeux, celui qu’adorait Pierre. Pas d’arrière-pensée ? Mon œil, oui ! Mon corps lui s’ouvrait à une vraie fringale. Ça se sentait, je le savais et en enfilant une robe de chambre mon cerveau ne s’y trompait pas. La vision furtive du sexe de ce mec me remuait le sang. Bon ! Je devais retourner auprès de mon hôte endormi.


Je récupérais une couverture, pour le couvrir si d’aventure il était toujours à demi dénudé. Suffirait-elle à me calmer ? Rien de moins certain. Mon cœur battait à tout rompre alors que je déposais le rectangle de laine sur le dormeur. Cette fois, mes quinquets ne pouvaient ignorer que le bonhomme devait aussi rêver. La molle bestiole qui sur le bas du ventre redressait fièrement la tête sur une crinière imposante qui lui montait jusqu’au nombril. Vite ! Ne pas penser, ne pas songer à ces images impures qui affluaient dans ma cervelle. La couvrante camouflait tout cela rapidement.


Daniel respirait paisiblement, avec de temps en temps un soupir. Il ne s’était pas servi de la télécommande et le film qui défilait n’avait rien d’original. Les acteurs principaux comme souvent dans ces séries « B » étaient un duo mixte. Et fatalement ils étaient beaux, jeunes, et les histoires où le sang coulait plus ou moins s’achevaient par des baisers entre les deux héros. Ce qui était distillé là devant le dormeur, et moi qui venais de prendre place dans un fauteuil n’échappait pas à cette règle. Je jugeais d’ordinaire toujours cela débile.


Mais pas cette fois ! Bizarre tout de même cette association d’idées qui m’obligeait presque à me mordre les lèvres pour ne pas gémir sous une sorte de crispation de tout mon être. Mon invité, toujours plongé dans son sommeil ne saurait rien de mon trouble. Une chance ? Je voulais le croire, malgré les signaux que m’envoyait mon cerveau. Et c’était en ne surveillant plus cet homme sur le sofa, que mes mains sous ma robe de chambre s’activaient, essayant de calmer mon retour de flammes. Dire que ça ne m’arrivait jamais plus serait mentir. Mais c’était seulement dans la solitude de ma chambre et là…


Incroyable ! Je me masturbais doucement alors même qu’un type, inconnu ce matin roupillait sur le divan. Vraiment je déraillais pour de bon. Emportée par mon élan et surtout par ce besoin de faire exulter mon corps, j’avais fermé les yeux et deux ou trois gémissements significatifs accompagnaient le combat des deux amoureux sur l’écran. Mon plaisir ne parvenait pas à me faire décoller. Trop anxieuse, trop tendue, et j’abandonnais l’idée même de jouir. Ce n’était qu’en rouvrant les paupières que je m’étais sentie toute conne.


Daniel suivait sans un mot les efforts de ma main. Depuis quand ne dormait-il plus ? Et la couverture rabattue sur le côté, je n’avais plus en ligne de mire que le sexe qui avait pris un volume conséquent. La flamme qui brillait dans ses yeux n’avait rien de comparable à toutes celles que j’avais pu y lire jusque-là. Il semblait aussi gêné que moi. Ses mains tentaient alors de tirer sur les pans de son peignoir. Comment faire face à cette situation embarrassante ? Je me sentais dans mes petits souliers. Oh, bien entendu, il n’avait pas vu grand-chose ! Juste le désordre de mes vêtements que mes doigts agitaient.


Cependant, il n’était dupe de rien et son dard raide en attestait. Il ne baissait pas le regard malgré tout. Qu’espérait-il vraiment ? C’était le moment qu’il choisissait pour me poser une question.


— Vous aimez faire ça ? Moi aussi, ça m’arrive, vous comprenez ?

—… ?

— Ça vous dirait que nous le fassions ensemble ?

— Hein ? Qu’est-ce que vous voulez dire ?

— Ben… vous m’avez mis dans un état… second ! Regardez !


La sortie de bain, cette fois largement ouverte, lui assis sur le canapé, les cuisses écartées, il arborait un membre en érection. Pas un truc monstrueux, mais un sexe normal qui fièrement montrait son désir. Sa patte empoignait alors la flèche et par d’amples mouvements du poignet, décalottait un gland rose violacé. L’atmosphère avait changé d’un coup. Il s’astiquait lentement rythmant sa cadence au gré de son envie. Soudain il stoppait ses aller et retour.


— Vous… vous ne voulez pas m’accompagner ? C’est plus… agréable de voir l’autre le faire aussi !

—… ! Mais…

— Chut ! Imaginez-vous que je suis Pierre et que je vous conjure de faire la même chose que moi… Lui auriez-vous refusé ce grand bonheur ?

—… ? Vous n’êtes pas mon mari.

— Vous n’êtes pas Josiane non plus, mais depuis bien longtemps personne n’avait eu autant d’égards pour moi. Alors je veux encore croire que c’est possible de vivre autre chose. C’est bien vous qui m’avez servi cela au cours de la soirée…

— C’est vrai…

— Alors, laissez-vous guider et accompagnez-moi pour de bon. Je vous promets de ne pas vous toucher. Je veux simplement voir et faire, près de vous.

— Et si moi, c’était toute autre chose que je voulais ?

— Eh bien ! Il vous suffira de le dire, de demander pour que j’aie l’absolue certitude que ça vient de vous.

—…


Il tenait toujours sa queue bandée. Par contre, il avait arrêté ses gestes de haut en bas, pour attendre ma réaction. Tétanisée sur mon fauteuil, le visage blême, je ne savais plus si c’était du lard ou du cochon. Daniel me fixait sans sourciller.


— Allez ! Un petit effort. Ne me laissez pas seul dans cette affaire. Ça fait si longtemps que je n’ai pas eu ce genre de besoin.

— Je…

— S’il vous plait… montrez-moi…

— Vous… vous montrez ? Mais quoi ?

— L’endroit qui chez vous correspond à ça…


Du menton il me désignait ce morceau de lui que tranquillement il cramponnait pour se branler. Le voile qui entourait mon esprit se déchirait, partant en bribes frissonnantes. Comme par enchantement ma main ne m’obéissait plus. Elle suivait les directives de ce Daniel qui me commandait. Le tissu recouvrant ma chatte s’entrouvrait alors et mes doigts englués des sécrétions poisseuses engendrées par mes premières caresses avortées, en libérait la vue à ce type. D’un ton suave, il surenchérissait.


— S’il vous plait ! Montrez-moi votre envie. C’est bien. Caressez-vous doucement. Oui ! Écartez les ailes de ce papillon. Vous êtes belle ! Très belle. Vous savez de quoi je rêve depuis deux ou trois minutes ?

—…

— Que vous vous avanciez vers moi à genoux… la bouche grande ouverte et que vous… vous voyez ce que je veux dire ? Ça vous dérangerait de venir me tailler juste une petite pipe ? Vous ne pouvez pas imaginer depuis quand ça n’est plus arrivé… des lèvres sur mon nœud !

—…

— Mais je ne voudrais pas vous obliger. J’en serais heureux, c’est aussi bête que ça !

— Mais… je croyais que vous ne vouliez pas que l’on se touche ?

— J’ai envie aussi de me rappeler comment c’est bon de mettre ma langue sur une chatte. Pas de choses crades ou vulgaires. Simplement se lécher mutuellement ou l’un après l’autre… oui pas ensemble finalement, juste pour que toutes les sensations soient intactes pour chacun.

— Pourquoi ? Vous pensez que c’est moins bon si c’est mutuel ?

— Non ! C’est seulement que le fait de s’occuper de l’autre ne permet pas de profiter de tous les émois que provoquent les baisers dans ces endroits-là. Je ne sais pas faire plaisir et en donner simultanément. Il y a forcément un moment où le besoin fait que l’esprit s’évade. Et les gens bâclent les préliminaires…

— Préliminaires ? Vous avez bien employé ce mot ? Parce que vous comptez qu’il puisse y avoir une suite à ce genre de… choses.

— Ben… je l’avoue oui ! Vous êtes une femme désirable, très bien faite, vous avez un joli corps autant que je puisse en juger et mon Dieu… si j’avais la chance de pouvoir vous faire l’amour, je ne refuserais pas.


Il ne manquait pas d’air. Cependant sa voix résonnait dans ma caboche comme une invitation et je fondais littéralement d’envie. Ce mec avait un petit truc qui me le faisait paraitre… attirant.


— Vous voulez bien vous mettre à genoux là ?

— Quoi ?

— Là entre mes jambes, sur la moquette et je vous donnerai ma queue à sucer… s’il vous plait ! Ne vous faites pas prier. Je sens bien que vous aussi vous en avez sinon envie, du moins besoin. Depuis quand n’avez-vous plus « baisé » ?

— Je… franchement je ne sais plus.

— Alors, venez… juste un coup de langue, pour que je me souvienne de ce que c’est.

—…


Gorge sèche, je restais indécise. Faire ce qu’il voulait, c’était ouvrir la boite de pandore. Et d’un autre côté, tout mon corps cristallisait mes sens sur ce bout de lui qu’il ne secouait plus, attendant ma bouche. C’était en fermant les yeux, dans un rêve et avec des picotements dans le creux des reins que je venais de soulever mes fesses de l’assise de cuir de mon siège. Mes bras en appui sur les accoudoirs, je me retrouvais à demi debout devant lui. Mes genoux finalement fléchissaient et dans une posture de prière, j’obtempérais pour de bon.


À moins d’un mètre de l’organe turgescent, j’hésitais encore. Daniel alors très délicatement posait sa main sur le sommet de mon crâne et imprimait à celle-ci une pression suffisante pour que j’avance mon buste et de ce fait, mon visage. Ma bouche s’entrouvrait sur le flambeau. L’odeur caractéristique du sexe me grisait alors. Il était bien trop tard pour que je tente un mouvement de repli. Cette fois, je devais sucer la bite qui flirtait avec mes lèvres. Depuis Pierre… il n’y avait eu qu’une seule autre queue qui avait franchi cette limite.


Je n’en gardais pas un souvenir impérissable. Pourtant, là, pour une raison incompréhensible, l’envie de chatouiller de ma langue la longue tige me taraudait l’esprit. Je me mettais donc à l’œuvre, léchouillant depuis les bourses jusqu’au gland, le sceptre tendu. Lui s’était simplement poussé, dos au fond du sofa, et se laissait faire en grognant un peu. Alors sans même m’en rendre compte, mes mains entraient dans la fête. Et en massant les couilles de Daniel, je prenais un vrai plaisir à cette fellation débutante. Je savais que désormais, nous n’en resterions pas à ce stade des sucettes.


Des dizaines de passages sur la chair chaude et dure me portaient, mine de rien, au bord d’un orgasme sans que l’homme ne m’ait seulement effleurée. Je n’en revenais pas, mais incapable de cesser ma pipe, je l’accentuais à tel point qu’il avait dû m’interrompre à plusieurs reprises, afin de ne pas éjaculer dans mon gosier. Plus besoin de garder sa patte sur mon crâne, je faisais seule et en toute connaissance de cause, les mouvements qui visiblement l’émouvaient plus que la normale. Quand s’était-il baissé sans pour cela bloquer ma caresse buccale ? Je ne m’en souciais pas véritablement.


Il venait de rabattre de mes épaules sur le bas de mon dos, ma robe de chambre et les bretelles de ma nuisette. Cette fois, ses mains me trituraient subtilement les seins, et je trouvais ça si bon ! Une nouvelle fois, Daniel m’arrêtait simplement dans ma succion de son membre. Mais là, le son de sa voix me parvenait, malgré mon excitation de plus en plus visible.


— Attends ! Attends Agnès ! Je ne veux pas jouir de cette manière, tu comprends ? Ça fait si longtemps que je n’ai pas touché une femme…


Si bien entendu, je notais mentalement l’abandon du « vous » convenable au profit d’un « tu » plus intime, je ne m’en offusquais pas. Après tout, avec cette partie de lui entre mes lèvres, nous n’en étions plus à ça près. Il venait de se redresser et sa queue raide quittait le palais dans lequel je l’accueillais. Il me faisait alors me relever également et sans autre forme de procès il m’embrassait. Un baiser de feu, ce qui n’arrangeait en rien mon envie. Et le premier était suivi de tellement de frères que je ne tenais plus aucun compte. Un murmure entre deux pelles… pour demander une permission.


— J’aimerais moi aussi te gouter ! Tu veux bien que je te mange un peu ?

— Me manger ?

— Oui ! Tu te couches et tu me laisses toute latitude pour te lécher ?

— Je… je ne sais pas trop…

— Tu sais, au point où nous en sommes… nous pouvons bien avancer un peu plus encore, non ? Qu’en dis-tu ?

— Je… Faites comme vous voulez !


Tout ce que je portais sur le dos atterrissait dans les secondes suivantes sur un coin de moquette de mon salon. Et sur ce tas de fringues vides, les effets de Daniel, ceux de mon Pierre en fait, s’entassaient ensuite. Nous étions nus comme deux vers. Et je trouvais presque ça plaisant. L’envie de faire l’amour chevillée au corps comme au temps de mon mari. Au pied de ce canapé déserté, combien de fois avant, avions-nous Pierre et moi… répété ces gestes qu’avec cet inconnu j’allais refaire ? Couchée sur la laine douce, les jambes largement écartées, je devais être obscène. Plus rien ne me dérangeait à ce stade de nos ébats.


C’était bien ma patte, qui de la même façon que la sienne l’avait fait plus tôt, guidait sa bouche vers la mienne. Enfin, celle dans ce compas qu’il maintenait ouvert, et sa langue fourrageait dans la toison qui ornait mon pubis. La douce baveuse se frayait un chemin entre les poils qu’elle repoussait sur les ailes de ce sexe bayant d’impatience. Je retenais subtilement la caboche dont la bouche s’affairait dans mon entrecuisse. Cette fois, la musique de mon corps trouvait un écho dans les lapements du bonhomme. Une inondation aussi brève que soudaine ne semblait pas inquiéter le gaillard.


Le reste des événements restait assez flou dans mon esprit. Nous avions roulé sur le côté, puis il m’avait prise, reprise et nos corps enlacés, imbriqués l’un dans l’autre se livraient à une sorte de danse dont les souvenirs gardaient une saveur particulière. Celle d’une partie de jambes en l’air qui me rendait femme comme par le passé. Lui avait de quoi tenir la route et nos deux envies se régénéraient sans cesse. Quoi de plus naturel à ce stade-là que de lâcher prise et de se laisser aller à jouir ?


Et l’orgasme qui s’en suivait avait un relent d’absolu. Tous mes muscles tremblotaient bien longtemps après le coït. Je me demandais à un certain moment si ces tremblements allaient finir. Vidée, mais heureuse, je ressentais ces sensations oubliées, celles que jusque-là et durant mes années bonheur, celles dont Pierre m’avait gratifié durant notre vie commune. Il me semblait que les cris, les gémissements que je poussais, mais aussi les grognements retenus de mon amant, remontaient d’outre-tombe. Nous passions ensuite de longues minutes blottis dans les bras l’un de l’autre.


Lui jouait avec la crinière de cheveux sombres qui frisottait au bas de mon ventre. Et mes doigts quant à eux allaient de ses tétons à son ombilic, dans des gestes affectueux. Ceux des amants repus et ivres de cette tendresse d’après l’amour. C’était comme si nos deux corps se reconnaissaient, comme si plus exactement ils s’étaient toujours connus. À diverses reprises et sans qu’il n’ait rien demandé, j’avais resucé son jonc maculé de nos sécrétions communes. Daniel appréciait là, la chaleur de mes baisers.


Pour finir, c’était bien tout naturellement qu’il venait s’épancher dans ma gorge sans même me forcer à avaler sa semence. Celle-ci avait un gout de renouveau et je réalisais que je n’avais plus vraiment envie de le voir reprendre la route, ou plus exactement la rue… Ni lui ni moi ne savions encore de quoi demain serait fait… mais j’étais déjà prête à vivre des tas de soirées, de journées, d’heures aussi belles que lors de la réunion de nos deux corps… L’avenir nous appartenait bel et bien. À nous de le façonner à notre manière et j’avais des arguments pour le convaincre, assurément ! Lui également bien sûr !







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