Le site de l'histoire érotique
  • Histoire érotique écrite par
  • Fantasme
  • Publié le
  • Lue 2 946 fois
  • 10 J'aime
  • 1 Commentaire

Canine - Jessia et Rano Kau

Chapitre 1

Innocence

Erotique

Première partie : INNOCENCE

Jessia était une fille de petite taille et d’une constitution modeste, brune avec de jolis yeux noirs ; à moitié cachés derrière une frange, ils lui donnaient un air mystérieux et joueur. Malgré ses traits engageants, c’était une fille très solitaire : passer une journée entière sans parler à personne ne la tracassait en aucune façon, cela la reposait.


Elle étudiait dans un internat, entourée de filles de son âge. Dans les dortoirs, elles étaient rangées par deux dans des petites chambres. Jessia partageait la chambre d’une certaine Maxie.

C’était une fille très populaire dans l’internat. Elle menait un peu tout le monde et était acceptée en toutes circonstances. Elle plaisait pour plusieurs raisons : d’abord parce que c’était une jolie blonde avec de beaux yeux bleus, une belle peau et un caractère très amical ; mais aussi parce qu’elle était bisexuelle. C’était exotique, d’autant plus qu’il ne semblait pas y avoir d’autre lesbiennes parmi ses centaines de camarades.


En tant que colocataire de Jessia, Maxie avait régulièrement l’occasion de lui parler. Elles s’entendaient même très bien, et Maxie trouvait dommage que Jessia ne veuille partager son amitié que lorsqu’elle y était obligée. Mais elle la respectait et se contentait de lui parler quand celle-ci le voulait bien. C’était comme cela que fonctionnait la petite jeune fille.


La marginalité de Jessia l’avait assez vite amenée à sortir incomprise ou moquée de certaines interactions avec ses camarades, surtout en cas de tension. Le fait de se familiariser avec Maxie contribua à ce qu’elle soit plus respectée.


Toutefois, elle n’aimait pas que sa camarade s’engage dans ses affaires. Cela lui donnait l’impression d’avoir besoin de protection, ou qu’elle devrait rendre la pareille à sa colocataire. Maxie le savait, mais elle préférait intervenir que laisser la petite jeune fille dans les griffes de ses adversaires. En fin de compte, Jessia pouvait mener une existence tranquille dans son coin sans que sa protection ne demande trop d’investissement à celles qui n’avaient rien contre elle.


Il y avait un autre individu extrêmement important dans l’entourage de Jessia. Il s’appelait Rano Kau. C’était un dogue allemand qu’elle avait reçu de ses parents à l’âge de onze ans pour la protéger. C’est aussi pour des raisons de sécurité qu’elle avait intégré l’internat.


Par hasard, Rano Kau était exceptionnellement grand : assis il égalait presque le mètre cinquante de sa maîtresse, et pesait plus de soixante kilos. Son pelage plomb arborait de magnifiques reflets à la lumière du soleil.


Le chien avait un caractère très tempéré et ne reconnaissait que l’autorité de sa maîtresse. Il se laissait mener sans laisse, même lorsqu’on lui brandissait un jouet ou qu’il apercevait un autre animal, et n’acceptait de nourriture que quand elle lui était donnée par Jessia ou ses parents.


Quand la jeune fille était entrée à l’internat, le chien avait pris un gros coup et s’était mis à manger très peu. Il refusait de sortir à part pour faire ses besoins et ne jouait plus avec personne. Dès la deuxième semaine d’internement de leur fille, ses parents demandèrent à ce qu’elle puisse rentrer deux soirs par semaine pour s’occuper de son animal, et le directeur lui accorda cette faveur. De toute façon, Jessia était si disciplinée qu’il était inutile de se faire du souci. Pendant sa première année, elle n’avait dû s’excuser pour aucun retard et aucune absence.


Les choses allaient changer au cours de la deuxième année. Alors que le père de Jessia avait un travail qui l’empêchait d’être à la maison plus de deux ou trois jours par semaine, sa mère manifesta des troubles de la santé qui l’affaiblirent beaucoup physiquement.


Le poids de cette situation était tel que Jessia se sentit obligée de prendre elle-même en charge son chien pour soulager sa mère de cette tâche.

Elle ne pensait pas qu’elle réussirait à cacher un aussi gros animal dans sa chambre, mais comme des filles avaient déjà eu le droit d’amener un rat ou un cobaye dans l’internat, elle pensa qu’elle avait meilleur temps de demander au directeur de l’aider à trouver une solution.


Occupé, il lui avait accordé un rendez-vous dans son bureau le lundi matin. Ce jour-là, elle amena Rano Kau à l’internat, et le laissa attaché à une grille près de l’entrée, le temps de parler au maître des lieux. Quand elle entra chez lui, il était déjà au courant. Assis derrière son bureau, il secoua la tête :


— Je suis devant le fait accompli, Jessia. Dans tous les cas, je pense que ton chien restera ici cette semaine.

— Désolée, Monsieur. Répondit-elle de sa petite voix. Je veux pas laisser Rano Kau à ma mère, elle est trop malade.

— J’ai appris ça. Lâcha-t-il calmement. Ecoute, je suis d’accord de t’accorder du temps de sortie pour que tu t’occupes de lui. En revanche, je ne peux pas l’héberger. Tu dois trouver une solution toi-même pour ça.

— Qu’est-ce que ça veut dire ? Je dois louer un appartement pour lui ?

— Ou trouver un ami pour l’héberger.

— Je pourrais avoir une chambre pour moi toute seule, et prendre Rano Kau à l’intérieur. Proposa-t-elle.

— Non, Jessia. Répondit-il. Je pense que c’est dans ton intérêt que tu restes dans la même chambre que Maxie.

— Mais pourquoi ? On se parle jamais !

— Si, vous vous parlez, justement. Tu ne parles jamais à personne. Tu n’as quasiment aucun ami.


Elle baissa les yeux :


— J’ai Rano Kau...

— Mais c’est un chien, Jessia. Et j’ai interdit à tes camarades d’amener des animaux ici. Si je te laisse garder Rano Kau, tu vas avoir des problèmes.

— J’ai pas peur.

— Jessia, c’est stupide de croire ça.

— Alors je suis stupide, conclut-elle. En tout cas, je veux pas vivre sans Rano Kau, et il se laissera mourir de faim si je l’abandonne. Il a perdu dix kilos pendant le premier mois que j’ai passé ici, l’année passée.


Le directeur soupira, mais essaya de conclure :


— Ecoute : cherche une solution de ton côté, et si j’ai moi-même une possibilité, je te dirai ce que tu peux faire.


Ce n’était pas très prometteur, mais Jessia ne voulait pas envenimer la situation.


— Merci. En attendant, où est-ce que je peux le faire dormir ?


Il réfléchit quelques instants, et eut une idée :


— Dans le petit local de matériel pour la gymnastique. Et tu devras vérifier que ce local reste propre.

— Il a jamais fait ses besoins à l’intérieur, assura-t-elle. Merci, Monsieur.

— Tu as dit à tes professeurs que tu venais parler avec moi ? demanda-t-il encore.

— Oui, j’ai fait passer le mot.

— Très bien. Alors, va parquer ton chien à sa nouvelle place provisoire, et retourne en classe.

— Merci, Monsieur !


Elle quitta son bureau et alla détacher Rano Kau, qui était resté assis devant l’entrée. Elle prit la laisse et remarqua un morceau de croissant qu’on avait voulu lui donner. Elle le ramassa et le tendit à l’animal, qui le prit délicatement dans son énorme gueule pour le transporter.

Une fois parvenue au vieux local de matériel de gymnastique, guère plus utilisé aujourd’hui, elle jeta la laisse au fond de la pièce, et laissa le chien faire connaissance avec les lieux. Ensuite elle s’assit près de lui et il se coucha contre elle. Elle lui parla en le caressant doucement :


— À-partir de maintenant, tu dors ici, au moins pendant quelques jours. Tu restes ici, compris ?


Le chien ne faisait rien, et de toute façon elle savait qu’il serait sage. Elle se leva et avança jusqu’à la porte ouverte. Elle la cala dans cette position avec une pierre, et se tourna vers son chien :


— Reste ici, je reviens.


L’écuelle du chien était dans le sac à dos de la jeune fille. Elle alla la remplir d’eau, et revint la déposer près de l’entrée. Le chien mâchonnait son morceau de pain, et il se redressa en voyant arriver sa maîtresse. Quand il se fut approché pour goûter l’eau et la marquer de son odeur, elle le flatta et passa encore une fois la porte :


— Reste ici, je reviens.


Et elle retourna en classe. Lorsqu’elle passa la porte, son professeur d’histoire lui fit signe que tout allait bien, et elle alla simplement s’asseoir. Quelques minutes après, le cours continuait comme si elle avait été là depuis le début.


C’est lors de la grande pause du matin que les gens commencèrent de s’intéresser à Rano Kau. Jessia voulait aller le voir, mais elle remarqua que les autres filles se tenaient près du petit hangar où elle avait laissé son animal. Pour ne pas avoir à traverser cette petite foule, elle prit simplement la direction opposée, comme pour faire le tour de la grande cour, et siffla avant d’être hors de portée. Dix secondes après, Rano Kau marchait tranquillement à côté d’elle, sous les yeux de toutes les filles qui prenaient leur pause dehors où près d’une fenêtre. Jessia n’aimait pas attirer l’attention, mais elle devait s’occuper de son animal de compagnie.


À la fin de la pause, elle fut obligée de se mettre en retard pour pouvoir ramener son chien après le départ de ses camarades. Arrivée en classe, elle reçut son premier sermon, en anglais, et s’assit sous le regard appuyé de ses camarades.


Le directeur l’avait autorisée à sortir de la cour lors de la pause de midi, mais elle ne disposait quand même que de cinquante-cinq minutes pour lui donner à manger, manger elle aussi et le promener. Après avoir servi sa pâtée à Rano Kau, elle se dirigea vers la cantine, où une queue de soixante personnes l’attendait déjà.


Maxie, la colocataire de Jessia, était déjà à mi-chemin, et elle remarqua la difficulté dans laquelle se trouvait sa camarade. Elle essaya de l’aider en interpellant les filles qui se trouvaient tout devant :


— Sybel ? Tu pourrais laisser Jessia passer devant toi, s’il te plaît ?


La dénommée Sybel n’aurait peut-être pas protesté, mais une fille située trois places après elle réagit :


— Hé, ho ! On fait toutes la queue, ici, Maxie. Depuis quand t’es notre chef ?

— Je suis pas ton chef. Mais Jessia a pas beaucoup de temps pour manger. On peut l’aider, non ?

— Elle nous aide, elle ? Ah non, pardon. J’avais oublié qu’elle était muette !

—... Et autiste, ajouta une mal élevée, cachée dans la foule.


Maxie secoua la tête et appela une autre fille, derrière celle qui avait protesté :


— Anya ? On peut échanger nos places ?

— Ouais, c’est bon. Lâcha l’intéressée en passant déjà sous la barrière en acier inoxydable.


Maxie avança, reconnaissante, et quelques minutes après elle avait un plateau dans les mains. Elle se dirigea vers Jessia et le lui tendit :


— Tiens.

— Merci ! répondit la jeune fille, soulagée.


Elle se dépêcha ensuite d’aller manger, et quitta le réfectoire pour retourner s’occuper de Rano Kau, qui l’attendait fidèlement. Ils quittèrent l’internat pour se promener sur une bande d’herbe ponctuée de platanes, le long de la rue qui passait devant l’internat. Le chien, qui découvrait cet endroit et ses odeurs, se montra très enthousiaste lors de cette première sortie. Mais Jessia ne pensait pas se contenter de ce trajet à chaque fois. Quand elle aurait le temps, elle essaierait de l’amener au parc de la ville, à quelques minutes de marche. C’était un bel endroit, qu’elle et ses camarades avaient découvert en excursion avec les professeurs de sport et de dessin.


Au retour, elle alla déposer Rano Kau dans son abri et se hâta de retourner en cours. Les gens la regardaient toujours, espérant qu’elle leur parlerait de son chien. Mais Jessia se fichait de leur curiosité. Rano Kau était son chien, pas le leur, et elle ne l’avait pas amené pour s’amuser, mais par nécessité.


Après les cours de l’après-midi, l’emploi du temps confiait quelques tâches supplémentaires aux internes. En général, un quart des filles étaient libre jusqu’au soir, un quart devait aller aider le cantinier à préparer le repas du soir et celui du lendemain midi, un quart effectuait le nettoyage hebdomadaire de leur propre chambre, et le reste servait de bras au concierge. Jessia atterrit dans ce groupe, et elle se vit confier le nettoyage du sol d’une classe. C’était un travail de routine qu’on terminait vite si on s’en donnait la peine. Mais il fallait que le concierge contrôle le travail effectué.


Jessia l’attendit assise près de la fenêtre. Elle regardait Rano Kau, qui s’était couché juste derrière la porte de son abri. Elle se demandait si elle parviendrait à le confier à un voisin de l’internat, ou si elle trouverait une personne de confiance à proximité ; mais elle n’avait pas vraiment la possibilité d’en trouver. Sa situation s’aggravait.


En arrivant, le concierge ne baissa même pas les yeux pour regarder le sol : il connaissait Jessia.


— Pas de problème ? demanda-t-il par prudence.


Elle secoua simplement la tête, prête à emporter son seau et sa serpillère. Mais avant de la laisser partir, il s’approcha lui aussi de la fenêtre et regarda Rano Kau :


— Il est à toi ?

— Oui, il s’appelle Rano Kau. Lâcha-t-elle.

— Il est beau. Les autres filles m’ont dit que tu l’avais amené ce matin, mais personne ne sait pourquoi.

— Je peux plus le laisser à la maison. Expliqua-t-elle.

— Et tu as le droit de le laisser là-dedans ?

— Seulement jusqu’à vendredi.


Elle entretenait le mystère, comme si une partie des perspectives actuelles lui faisaient peur. Il demanda :


— Et ensuite ?


Et elle, tristement :


— Je dois trouver une solution.


Le concierge regardait toujours le chien, qui se contentait de respirer en attendant le retour de sa maîtresse.


— Tu as parlé au directeur ? demanda-t-il.

— Il veut pas héberger Rano Kau. Fit Jessia.


Alors le concierge hésita, puis proposa :


— Je pense que tu peux le mettre dans ma remise, là où j’ai la tondeuse à gazon.


Jessia leva les yeux, soudain pleine d’espoir :


— On a le droit ?


Le concierge hocha la tête, mais commença bizarrement :


— Les animaux sont interdits dans cette propriété, mais on avait fait une exception pour le chien de la remise.

— Pourquoi vous aviez besoin d’un chien ? s’enquit-elle.

— C’était quand il y avait encore des garçons dans un des blocs de dortoirs. Des fois, ils allaient là-bas avec une fille... Tu vois ?

— Ah ! Je peux mettre Rano Kau là-dedans ?

— Oui. Il y a une exception écrite noir sur blanc dans le règlement de l’école.

— C’est vrai ?

— Bien-sûr. Je crois que la chaîne est encore là, d’ailleurs.

— Ah... Mais Rano Kau se tient sans laisse.

— Même la nuit ? J’ai jamais vu de chien qui ne rôde pas la nuit, Jessia.

— Il est spécial. Il n’aboie jamais, il ne s’enfuit jamais, et il mange seulement ce que je lui donne.

— On croit rêver. Lâcha le concierge. Mon chien à moi fait tout le contraire !

— Je peux aller l’amener ?

— Oui.

— J’ai le droit de laisser la porte ouverte, pour qu’il puisse se mettre à l’abri ?

— Oui, fait. Mais ça doit rester propre d’accord ? Tu as le vendredi soir pour la propreté, si jamais.


C’était le seul soir où les filles de l’internat étaient toutes libres, à moins d’être punies.

Rassurée, Jessia alla trouver son chien dans son petit hangar, et elle lui donna tout de suite sa deuxième pâtée. Lorsqu’il eut terminé, ils partirent en promenade. Elle voulait aller dans le parc avec lui. Avant de quitter l’enceinte de l’internat, elle passa dans son dortoir pour récupérer la balle de son chien, un ballon de football américain que Rano Kau pouvait prendre dans sa gueule tout naturellement, comme un petit chien tiendrait un os dans la sienne. Il y avait assez de place dans la gueule de Rano Kau pour que sa maîtresse y glisse sa tête sans toucher ses crocs. En chien méchant, il aurait pu s’avérer redoutable. Mais il n’avait jamais mordu que son ballon.


Arrivés dans le parc, ils jouèrent tant que le soleil les éclairait encore. Rano Kau était fou de joie : d’habitude il passait des semaines ennuyeuses et ne jouait avec sa maîtresse que le samedi et le dimanche.


Deux heures après, elle revenait avec son chien, et elle le conduisit dans la remise. Rano Kau dormirait très confortablement sur le sol en terre, d’autant plus que Jessia avait apporté une couverture pour lui. Elle lui donna aussi son écuelle remplie d’eau, puis le serra contre elle.


— Mon amour de chien... Murmura-t-elle. Tu dois dormir ici maintenant, d’accord ?


Elle se leva et se dirigea vers la sortie :


— Bonne nuit Rano Kau ! Reste ici, je reviens.


Et elle retourna dans sa chambre. Ce soir-là, c’est le directeur lui-même qui veillait sur le bloc de dortoirs. Les autres jours, c’était un employé tel que le concierge ou le cuisinier. Il n’y avait que les professeurs qui n’y participaient pas, car ils ne faisaient pas proprement partie de l’internat.

En entrant dans sa chambre, Jessia y trouva Maxie en pyjama. Elles devaient attendre le passage du directeur, qui faisait l’appel. Quand il arriva, il demanda :


— Jessia, Maxie ?

— Présente. Répondirent-elles à l’unisson.


Il resta dans l’encadrement de la porte :


— Tu as rangé ton chien dans la remise du concierge, à ce qu’on m’a dit.

— Oui. Fit simplement Jessia, attentive.

— Comment savais-tu que tu pouvais le laisser là ?

— C’est écrit dans le règlement. Expliqua-t-elle.


Le directeur sourit :


— Je croyais l’avoir écrit pour rien... Au moins, il y a une personne qui l’aura lu.

— Je peux laisser Rano Kau là-dedans ?


Il haussa les épaules :


— C’est dans le règlement. Bonne nuit !


Il ferma la porte, et les deux jeunes filles se regardèrent un instant. La première chose que fit Maxie, c’est se déshabiller. Le pyjama était obligatoire, mais elle préférait dormir toute nue.


— Tu as appelé ton chien comment ? demanda-t-elle en se recouchant.

— Rano Kau. C’est dans le nom d’un volcan de l’île de Pâques.


Une telle réponse montrait qu’elle était d’humeur volubile. Cela suffisait à séduire Maxie, qui enchaîna :


— Tu aimes l’île de Pâques ?

— Non, mais je trouve que Rano Kau c’est un joli nom.

— Aha...


Le silence tomba sur elles pendant quelques instants, et puis Jessia se remémora sa journée.


— Merci pour le plateau, à midi.

— C’est rien. Si tu veux je t’en reprendrai un demain.

— Oui, s’il te plaît. C’est que je dois donner à manger à Rano Kau, et après le promener.

— Je sais, mon père a un chien lui aussi.

— Quel genre ?

— Un malinois. Mais il est stupide. Le tien a l’air mieux dressé, il t’obéit vachement bien.

—... Il est pas dressé, répondit froidement Jessia.

— Ah non ? Comment ça se fait qu’il t’obéisse aussi bien, alors ?


Elles étaient couchées depuis plusieurs minutes, chacune dans son lit, et Jessia se tourna pour ne plus voir Maxie, un peu vexée. Elle expliqua :


— Il obéit pas, il fait ce que je lui dis parce qu’il m’aime.

— Comme ton amoureux ? demanda Maxie.


Jessia se méfiait un peu de cette tournure :


— C’est pas mon amoureux.

— Un grand frère, alors ?

— Il a que cinq ans !

— Mais pour un chien, c’est un âge mûr !

— Ouais... Ben c’est mon grand frère, si tu veux.


Jessia n’ajouta rien, et Maxie chercha quelque chose d’autre à lui dire, trop contente de pouvoir discuter avec elle. Pour une fois, c’est carrément Jessia qui prit les devants :


— S’il te plaît, laisse Rano Kau tranquille, d’accord ? Je l’ai pas amené pour m’amuser.

— Pas de problème. Fit Maxie. Pourquoi tu es obligée de l’amener, en fait ?

— Ma mère peut plus s’en occuper. Et il s’ennuie à la maison.

— D’accord.


Cette fois, Jessia n’ajouta plus rien.

Le lendemain, elle se leva rapidement et courut s’occuper de son chien. Elle l’emmena au bord de la route pour qu’il fasse ses besoins, et le ramena après avoir joué avec lui. Elle avait rendez-vous dans le réfectoire pour prendre le petit-déjeuner. Là-bas, elle constata rapidement que l’arrivée de son chien avait été remarquée, et plusieurs filles essayèrent de lui poser des questions à ce sujet.


Certaines demandaient seulement si elles avaient le droit de lui donner à manger, mais Jessia ne le souhaitait pas. Rano Kau était avec elle, et n’avait à recevoir de nourriture de personne d’autre.

La journée se déroula normalement, mais à midi un petit mouvement s’était formé pour empêcher Jessia d’avancer plus vite dans la queue de la cantine. C’est encore une fois Maxie qui la sauva, en prenant deux plateaux-repas. Le cantinier était complice lui aussi.


Rano Kau était au centre de l’attention générale, et Jessia sentait qu’elle n’allait pas tarder à en faire les frais.

Alors qu’elle revenait de sa promenade de midi avec son chien, elle croisa plusieurs filles qui ne l’aimaient pas, et qui semblaient lui en vouloir d’avoir le droit de traverser la barrière qui entourait l’internat. Mais cela n’avait aucune importance : elle sortait seulement parce que son chien en avait besoin, pas pour s’amuser.


Après avoir déposé son chien dans la remise du concierge, Jessia allait retourner en classe pour reprendre les cours, quand un groupe de filles l’intercepta entre la halle de sport et son bloc de dortoirs. Elles étaient trois ; Jessia avait déjà fait leur connaissance très tôt lors de la première année, et elles étaient déjà intervenues à midi pour lui mettre des bâtons dans les roues. La meneuse de cette fine équipe s’appelait Josephine.


— Pourquoi tu as le droit d’aller promener ton chien en dehors d’ici ? demanda-t-elle à Jessia.


Celle-ci venait de s’arrêter, même si elle aurait préféré pouvoir passer sans qu’on la dérange.

Cependant, elle gardait le silence. Josephine insista :


— Jessia ! Tu veux pas répondre ?

— Si, qu’est-ce qu’il y a ?

— Tu as le droit de sortir, ou tu t’es juste pas encore fait attraper ?

— Non j’ai le droit. Pour promener mon chien.

— Aha... Donc tu peux aller en ville.

— Oui, pour promener mon chien.

— Alors ce soir quand tu iras, tu pourras nous ramener des clopes, non ?


Jessia s’y serait attendue. Le problème, c’est que la fumée était interdite dans presque tout l’internat et que Josephine était de celles qui fumaient en douce dans les chambres et les toilettes.


— Je veux pas me mêler à vos affaires. Déclara-t-elle.


Une réponse sortit doucement de la bouche des amies de son interlocutrice, et celle-ci synthétisa :


— Ecoute, on va faire simple : c’est un petit service que tu peux nous rendre. Sans ça, on ira s’amuser avec ton chien.


L’idée fit réagir Jessia :


— Tu vas faire quoi ?

— Je sais pas encore, mais à ta place j’aurais peur pour lui.


Jessia n’avait pas l’habitude de se moquer, mais cette fois-ci était différente. Elle éclata de rire :


— Tu veux faire du mal à Rano Kau ? Il est presque deux fois plus lourd que toi !


Cette raillerie bien sentie, mais insolente énerva Josephine, qui la poussa brusquement contre le mur en s’écriant :


— Et toi tu pèses combien, pétasse ?


Cette menace à moitié cachée calma tout de suite Jessia, qui n’ajouta rien. Les amies de Josephine étaient en train de l’encercler, menaçantes, et la meneuse demanda :


— Une dernière fois: qu’est-ce que tu dois me ramener ce soir ?


Jessia surveillait les autres filles, intimidée, elle ne voulait pas répondre, et ne comptait surtout pas se rabaisser à obéir.

Alors qu’on s’approchait du début d’une altercation, un grognement suivi d’un aboiement fit se tourner tous les regards vers Rano Kau, qui s’était approché en entendant les éclats de voix.

Jessia recula pour se mettre derrière lui, et le poussa pour qu’il avance. Les trois autres se laissèrent dépasser, et le chien accompagna sa maîtresse jusqu’à l’entrée de l’école. Là-bas, elle se mit à genoux et lui fit un bisou sur la tête tout en le caressant gentiment. Il se laissa fièrement récompenser, et partit en courant lorsqu’elle ordonna :


— Retourne chez toi !


Quand elle se dirigea vers la classe, elle entendit parler de sa propre intervention. Certaines l’avaient trouvée très mignonne quand elle avait remercié son chien. Certaines étaient impressionnées de l’obéissance de l’animal ; il y en avait qui avaient trouvé dégoûtant qu’elle lui donne un bisou. Mais dans tous les cas, la paix était revenue autour de Jessia.

Josephine et ses amies n’étaient pas dans la même classe que Jessia. Elle n’eut donc aucun souci à se faire jusqu’en fin d’après-midi. Ce soir-là, elle devait préparer le repas du soir et celui du lendemain.

Le cantinier lui confia un sac entier de pommes de terre à éplucher, ce qu’elle se dépêcha de terminer pour pouvoir aller donner à manger à son animal. Celui-ci l’attendait assis sur sa couchette, et se mit à remuer la queue quand elle entra.


— Viens ! L’appela-t-elle doucement.


Il se mit debout et s’approcha pour la renifler. Ensuite, il attendit sagement qu’elle ait fini de mettre la nourriture dans son écuelle. Elle s’en était mis sur les doigts en ouvrant la boîte pleine de jus, et il commença par lui nettoyer la main. Il resta face à elle, attentif, et elle lui caressa doucement le cou en lui donnant un baiser. C’était son meilleur ami, et le seul qu’elle ait eu aussi longtemps. Elle aurait beaucoup donné, peut-être Rano Kau lui-même, pour rencontrer un être humain aussi sincère, aussi fidèle et aussi attentionné. Mais il n’y avait que ce chien.

L’immense animal ne bougeait pas. Il s’était assis face à sa maîtresse pendant que celle-ci le câlinait, et puis elle lui dit :


— Mange. Après on ira faire la promenade.


Il se releva et fit demi-tour pour entamer sa pâtée. Jessia devait aller manger elle aussi, et en sortant, elle ajouta :


— Reste ici, je reviens.


À la cantine, elle faisait la queue depuis quelques secondes quand une fille lui indiqua Maxie, qui s’était assise toute seule à une table où elle avait amené deux plateaux. Elle lui faisait signe de s’approcher, d’ailleurs. Non, sans un petit soupir, Jessia alla s’asseoir en face d’elle, et observa :


— Tu as pris un plateau pour moi.

— Mange ! L’invita Maxie.


Elle se servit, et commença à manger en silence. Après un petit instant de réflexion, elle déclara :


— Tu as pas besoin de prendre un plateau le soir. J’ai assez de temps.

— Mais j’aime bien te prendre un plateau. Fit Maxie.


Jessia leva timidement les yeux, mais ne fit rien de plus. Doucement, Maxie demanda :


— J’aimerais bien voir Rano Kau... C’est possible ?


Jessia déposa ses couverts, silencieuse, cherchant ses mots. Elle avait peur d’exposer Rano Kau à tout le monde.


— Ben, je peux pas trop... Je dois le promener, après. Répondit-elle évasivement.


Maxie fit une drôle de tête, mais se montra compréhensive :


— D’accord, c’est pas grave. Tu me rappelleras quand on aura le temps.


Jessia hocha doucement la tête. Elle s’en voulait un peu d’avoir décidé ainsi, mais elle n’avait pas le choix. Pour Maxie elle aurait fait beaucoup de choses, d’autant plus que celle-ci se montrait très généreuse envers elle ; mais Rano Kau devait rester en dehors de cela.

Après avoir terminé son repas, Jessia passa son dessert à Maxie, pour faire un geste, et s’en alla en lâchant :


— Merci beaucoup !


Elle monta dans sa chambre pour prendre le ballon de son chien et redescendit pour aller le chercher. Il y avait encore des intruses autour de la remise, alors elle appela le chien à distance. Il la rejoignit près du portail et elle passa en regardant la caméra de surveillance qui l’observait. Une fois dehors, elle longea la barrière métallique sur les pas de son chien, qui était pressé de revoir le parc.


Celui-ci était vaste et presque désert. Jessia déposa le ballon sous les yeux attentifs de son chien et frappa dedans avec son pied, l’envoyant à une vingtaine de mètres. Rano Kau le poursuivit à toute vitesse, et le ramena trente secondes plus tard. Il le tenait dans sa gueule et s’approchait avec hésitation, comme pour éviter que sa maîtresse le récupère. Elle se baissa en s’approchant, et saisit la balle par les extrémités, pour essayer de le lui voler. Rano Kau se baissa pour prendre un meilleur appui sur le sol, et secoua frénétiquement la tête pour garder la balle. Il fit un peu de résistance, puis lâcha l’objet pour qu’elle le lui relance. Elle le jeta devant elle et lui donna un coup de pied qui le fit voler très haut, avec Rano Kau qui courait derrière. Mais le ballon retomba dans l’étang du parc, dessinant de larges ondes autour de lui. Au bord de l’eau, Rano Kau s’arrêta et se retourna, circonspect.


— Oups ! Pouffa Jessia, avant de s’écrier : Allez, vas-y ! Ramène le ballon !


Alors Rano Kau fit volte-face et se jeta d’un bond dans l’eau. Il avait déjà fait l’expérience de la natation, mais elle avait un peu oublié de lui donner l’occasion de s’exercer. Malgré tout, il nagea énergiquement jusqu’au ballon, qu’il attrapa dans sa gueule, et il revint jusqu’à la rive et jusqu’à sa maîtresse. Elle voulut lui voler le ballon, et il lâcha tout de suite la balle, faisant tomber Jessia sur le dos. Alors il s’ébroua comme un fou, arrosant la jeune fille de l’eau dans laquelle elle l’avait obligé à plonger. Bien punie, elle se remit debout et projeta le ballon dans le lac une nouvelle fois. Mais cette fois il n’eut qu’à tremper les pattes antérieures dans l’eau pour repêcher l’objet. Et alors qu’il allait se retourner, Jessia surgit derrière lui et le ceintura par le poitrail pour l’emporter dans l’eau. Ils y tombèrent ensemble et en ressortirent trempés.


Avant de venir, la jeune fille avait enlevé son uniforme et ses chaussures, et elle était maintenant en chemise et en culotte. Le tout devenait transparent à cause de l’eau, mais Jessia s’en fichait. L’important, c’est qu’elle s’amusait avec son chien après une journée qui avait été particulièrement stressante.


Ils se battaient comme des fous, se disputant le ballon devenu glissant, et tombaient sans cesse dans l’eau fraîche.

À première vue, glisser des mains aussi petites que celles de Jessia entre les immenses dents de Rano Kau pouvait sembler dangereux. Mais ils étaient si délicats l’un avec l’autre que le risque devenait dérisoire.


Après un moment, la petite séance de natation les avait bien fatigués tous les deux, et Jessia sortit de l’eau en premier, emportant le ballon de son chien. Tandis que celui-ci s’ébrouait une dernière fois, elle enleva sa chemise pour la tordre.


Elle venait de remettre la chemise lorsqu’un chien de moyenne taille, une sorte de labrador, arriva. Il précédait un homme, son maître, et celui-ci repéra rapidement Jessia, qui remettait son blouson de l’internat.


— On est en escapade ? lança-t-il, d’un air amusé.


Il avait reconnu l’uniforme de la jeune fille, et devait savoir que les internes n’avaient pas le droit de sortir comme elles le souhaitaient.


— J’ai le droit d’être ici, je promène le chien. Expliqua-t-elle en remettant sa jupe.


Elle devait avoir l’air d’une cinglée, à s’être baignée à moitié nue en compagnie d’un chien plus lourd qu’elle, alors que le soleil se couchait et qu’elle devrait plutôt être en train de se préparer à dormir.


— Je n’ai jamais vu une d’entre vous avec un animal. C’est une nouveauté ? demanda l’homme.

— C’est le chien du concierge. Il dort à l’internat et je dois m’en occuper. Expliqua-t-elle en commençant à mettre ses chaussures.


C’était inexact, mais c’était aussi la seule version que le règlement autorisait.

L’homme passa son chemin après lui avoir souhaité une bonne soirée, et elle appela Rano Kau pour rentrer elle aussi. À l’internat, les filles étaient déjà dans les dortoirs. Jessia se dépêcha de ramener Rano Kau dans la remise. Il était encore humide, mais elle savait que ce n’était pas un problème. Elle lui changea son eau et le fit s’asseoir devant elle. Quand ils se mettaient comme ça, elle debout et lui assis, il pouvait appuyer le cou et la tête sur le haut du ventre et la poitrine de sa maîtresse pendant qu’elle le regardait dans les yeux en lui caressant les oreilles. Et ils respiraient à l’unisson, d’un seul souffle. Ils étaient aussi humides l’un que l’autre, et quand un courant d’air se glissa dans la remise, ils frissonnèrent ensemble, toujours enlacés. Rano Kau ne disait rien, mais il communiquait beaucoup avec sa maîtresse dans ces moments-là. Et elle comprenait tout. Ils étaient unis, et partageaient une émotion commune, heureux d’avoir pu jouer et se baigner ensemble.


Jessia était heureuse de jouir d’une exception au règlement de l’école : maintenant elle pouvait s’isoler avec lui pour jouer pendant une heure. Et quand elle n’aurait aucune corvée, ce serait trois heures, peut-être même plus...


Jessia sentait qu’on n’allait pas tarder à la chercher, alors elle s’écarta de son chien en murmurant:


— Je dois y aller. Je reviendrai demain.


Elle lui prit les joues entre les mains et approcha son visage de sa truffe pour l’embrasser. Le chien se gardait de réagir : il s’était habitué à ce genre de caresses, et les appréciait comme toutes les autres.

Quand elle estima avoir terminé, Jessia se redressa et recula vers la sortie :


— Reste là, je reviens. Répéta-t-elle.


Quand elle arriva dans sa chambre, Maxie était déjà là. Et elle réagit immédiatement :


— Tu t’es baignée ?


Jessia hésitait entre la vérité et le mensonge. Mais Maxie méritait de savoir le minimum :


— Oui.

— Avec Rano Kau ?

— Il se baignait aussi.


Maxie lui tendit un linge et elle le déposa tout de suite :


— Je dois me doucher.


Elle se déshabilla et partit se laver au milieu des autres filles. Certaines lui posaient des questions de routine, mais la "bonne journée" habituelle avait été remplacée par une "bonne promenade". En fait, elles voulaient savoir ce que Jessia avait fait de son chien. Mais elle se garda de leur parler de son animal et se contenta de se laver. Quand elle retourna dans sa chambre, Maxie l’attendait, sagement assise sur son lit et en pyjama.


— Tout se passe bien ? demanda-t-elle à Jessia.


Celle-ci soupira, et murmura :


— J’ai pas envie de vous parler de Rano Kau. Laisse-le tranquille.

— Désolée ! Se défendit Maxie. Mais tu peux comprendre que ça nous intéresse... Il est magnifique !

— Rano Kau ? s’enquit Jessia, en relevant la tête.

— Ben oui. Moi il me plaît beaucoup.


Jessia ne répondit pas, elle réfléchissait. Présenter Rano Kau à Maxie lui aurait fait plaisir, mais elle ne voulait pas qu’ils se connaissent. Elle voulait le préserver.

Cela faisait une minute que Jessia ne disait plus rien quand Maxie demanda :


— On t’embête beaucoup à cause de lui ?

— C’est pas sa faute.

— Je voulais pas dire ça. Fit Maxie. Mais si tu as un problème, dis-moi.

— D’accord.


Elle était en train de suspendre son blouson et sa jupe, qui étaient encore mouillés. Le bleu marine était devenu très sombre.

Diffuse en direct !
Regarder son live