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Concours : Un déjeuner sur l'herbe

Chapitre 1

De la branlette intellectuelle

Divers

En ce bel après-midi d’été je rêve.

Le brouillard de ma chambre s’épaissit sans que le cendrier ne fume. Voilà deux jours que je n’en ai pas vu la couleur, deux jours que l’Immaculé n’a pas bercé mon âme acculée. Le Soleil m’avait abandonné, je suis tournée vers l’hiver.


Figée sur mon lit, les yeux braqués sur le ciel blanc de mon appartement, je plonge peu à peu dans la torpeur. Encore une erreur, encore ce cauchemar. Le musc de la neige embaume mes narines alors que son muscle embaume mon corps. Jalouse va... Comme si elle avait pu supporter plus longtemps que je sois la seule à me détruire. J’inspire mon second souffle, et crache une dernière bouffée de vie dans ce monde.


Les limbes nimbent ma chambre de leurs rayons chatoyant. Les meubles muent, les feuilles qui erraient sur mon bureau gagnent en verdure et perdent en collant. La crasse regagne ses lettres de noblesse, les miettes et les cendres poussent et reprennent vie. Un gazon foisonnant orne ce qu’étaient autrefois les marques de ma négligence. Une faible lueur s’agite au fond de cette toile. L’espace d’une seconde je la crois me dévisager, mais elle n’est que le témoin muet de ma lucarne.


Deux personnages s’agitent dans mon rêve. Une femme, un homme. Adam, Eve. Non, trop cliché, trop religieux. Pas assez franchouillards pour agacer mon père. Appelons les Alice et Louis. Si je ne peux autant l’emmerder dans mes songes que dans ma vie, à quoi bon rêver après tout.


Que peuvent-ils être ? Que peuvent-ils représenter ? Que font ces deux inconnus dans ma propriété intellectuelle ? Je crois pourtant n’y avoir jamais invité qui que ce soit... Mais comme toujours on en force l’entrée, on s’y invite, on en bafoue les frontières et on en viole les lois. Je n’ai d’autres choix que d’accepter leur existence, de tenter de la comprendre. Sont-ils seulement conscients des interrogations qu’ils font naître en moi ?


Pas plus dérangés que ça par leur intrusion, les deux nigauds batifolent. Alice est rondelette, blanche, vieille, laide, dérangée sûrement. Lui n’est pas mieux, ses yeux empestent le vice et le vide. Ils sont tout ce que je déteste et leur présence m’agace plus qu’elle ne le devrait. Pourquoi est ce que je les vois comme ça ? Je suis pourtant bien consciente qu’ils sont normaux, à la limite du banal. Du moins, je m’en doute. Mais mes yeux ne lisent pas ça dans ce portrait. On leur ordonne de lire autre chose. De se méfier, de craindre, de haïr.


L’ombre des arbres les défigure, les fait passer d’une expression à une autre. Leurs gestes silencieux ne sont animés que par le bruissement de l’herbe. Est-ce seulement possible ?


— Oui.


Mon regard s’extirpe de ses doutes. Un troisième luron vient de... de jaillir du sol avec une lenteur tout à fait étonnante. Etonnante ? Non. Je rêve, je le sais. Les lois du monde ne sont respectées ici.


— Ne nous leurrons pas, je ne suis pas un simple luron. Et eux ne sont que des reflets, des statues de cire, figés à jamais dans le temps.


Une douce brise vient brutaliser les branches alentours. Ombres et lumières se donnent en spectacle et semblent animer les deux poupées de sang. Une douce gifle vient se poser sur la joue d’Alice. Louis ne semble pas qu’avoir eu la main lourde sur le vin, des larmes myrtilles perlent des lèvres de son amie.


— Si tu t’méfies, je les tuméfie. Mais c’est ton rêve non ? Tu peux lui faire apprécier le moment. Alors ? Ses coups, ils l’agressent ou ils la caressent ? Il la chatouille ou il la dérouille ?

Quelle étrange question. Evidemment que je ne veux pas qu’elle ait mal. Je veux qu’il arrête ! Que ses coups la caressent, qu’il soit doux avec elle. Qu’il en soit ainsi !

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Aussitôt la toile change, la lèvre se referme, le sourire s’étire, les yeux brillent.

Les silhouettes des amants s’enlacent et s’embrassent. Le feu de leur passion ne rend que plus distinctes le mouvement de leurs ombres. Tout s’accélère, tout s’agite. Il la prend, elle crie. Les corps s’entremêlent, elle en fait sa monture, il la démonte. Il jouit dans un râle, elle râle de ne pas avoir jouis. La scène recommence. Elle jouit. Son plaisir gémit, crie.


De ces cris naît la vie de cet écrit. Un dernier personnage apparaît, accompagné de l’intime conviction qu’il représente les émotions d’Alice. C’est une femme. Une femme magnifique, sûrement la plus belle qu’il m’ait été donné de voir. Appelons-la... Hélène pour faire plaisir à Pygmalion. Elle ne ressemble pourtant pas à Alice mais cette certitude refuse de quitter ma tête. Ma tête. Ma tête... Les ombres qui animent les deux pantins donnent une teinte cuivrée à la sienne. Une teinte qui nous lie. Je suis Hélène. Ou plutôt elle est moi dans ce monde. Ici je ne suis rien de plus qu’une voix.


Un détail persiste et insiste. Hélène est morne. Ses yeux morts surplombent une moue résignée.


Pourquoi est-elle si triste ? J’avais demandé à ce qu’elle aime ça.


— Lui as-tu seulement demandé son avis ?


Le luron a raison. Je ne contrôle rien de tout cela. J’ai demandé à ce qu’elle aime ses caresses, mais les désire-t-elle seulement ? Le choix a été imposé, il n’a jamais été réel. Je doute. Est-ce de ma faute ? Suis-je coupable ?


En écho à ce doute, la scène devient chaotique. Le luron devient juron et m’assaille sans me laisser le temps de répondre. Hélène fond en larmes et de ses pleurs diluviens se forme une petite mare à ses pieds. Chaque insulte est un centimètre de plus qui tente de la noyer.


Mes esprits me reprennent. C’est lui qui contrôle tout depuis le début, vais-je aussi le laisser décider de mon glas ? Bordel, Hélène c’est moi et j’en ai le droit.

Ecoutant mes pulsions, je plonge dans le bassin.


[...]


Haaaaaaaaaaaajaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaar !


Retenant mes convulsions, le bassin me plonge dessus.


Prisonnière de ses cuisses je lève mes yeux humides vers ce qu’était mon plafond blanc. Les mèches brunes de mon amour s’agitent au-dessus de moi. Je ne peux retenir un rictus dans mon incompréhension.


— Bah ma grande... Tu vois que tu peux sourire. Qu’est-ce qui t’a prit de vouloir te buter par un aussi bel après-midi d’été.


Je souris ? C’est vrai que je souris. La pauvre, son regard est plus triste que le mien. Elle ne se doute pas. Elle ne voit que le cendrier plein et mes paupières lourdes. Elle pense qu’elle vient de me libérer alors qu’elle m’a condamné, condamné à vivre. Quelle belle punition. Il n’y a pas de juge plus sévère que nous même. Mieux vaut vivre en Enfer que rêver du sien, on y est moins seul.


— Allez trésor, viens. Sors un peu, ça fait deux jours que tu fais la morte. Je te paie un café.


Oh, un café. L’ambiance douçâtre de mon bar préféré. Je suis bien Hélène, Paris m’a charmé.

Je plonge une nouvelle fois dans ses yeux faussement rieurs. C’est vrai. C’est un bel après midi d’été.

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