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La Corotte de Tchotchon

Chapitre 2

D'un lit à l'autre

Inceste

Mon vingt et unième anniversaire était consommé depuis quelques mois déjà. Les nouvelles venues d’Afrique du Nord n’avaient rien de bien réjouissant. Louis n’avait plus envoyé de lettre depuis quelques mois. Si papa ne disait jamais un seul mot sur cette guerre, il se faisait un sang d’encre pour son fils. Depuis sa fameuse nuit d’ivresse, il avait tenu sa parole et je ne l’avais plus jamais revu bourré. Ou alors d’une tout autre ivresse et celle-là, je la partageais toujours avec un réel plaisir.


La vie à la ferme, à défaut d’être joyeuse était calme et malgré le travail engendré par les animaux et les champs, nous vivotions au fil des saisons qui inlassablement revenaient avec des couleurs et des senteurs identiques. C’était par un petit matin de printemps. Un de ceux où le gel couvrait encore les arbres décharnés d’une pellicule givrée qui mourrait sous les assauts des rayons d’un soleil de plus en plus chaud, que mon regard était attiré par un point minuscule. Tout au bout de la route empierrée, ce petit trait sombre grossissait à vue d’œil. Le facteur ?


À cette heure trop matinale, ça ne pouvait être lui. Un visiteur inconnu ? Pourquoi quelqu’un viendrait-il se perdre dans une campagne et un lieu aussi paumés que nos terres ? Pourtant, appuyée sur le flan de l’évier devant la fenêtre, j’écartais les rideaux pour suivre l’avancée de ce personnage qui visiblement venait tout droit chez nous. Quand enfin je pus distinguer autre chose que les contours flous de cette silhouette, la couleur brun sombre de son bagage me sauta aux yeux. Mon cerveau mit un temps assez long pour analyser les images qui remontaient en lui.


Cette valise, cette dégaine aussi ne pouvaient appartenir qu’à… mon frère. Louis, Louis qui sortait de nulle part, par un petit matin de mars. Notre soldat qui rentrait au bercail après des mois de silence. Puis en scrutant sans y croire vraiment l’homme qui marchait d’un bon pas, je me rendais compte qu’il portait ses vêtements civils. Mon cœur battait dans ma poitrine, alors que je m’élançais vers le gamin de retour. Et lui venait de voir surgir cette folle de la cuisine. La valise était plus jetée que posée, pour que ses deux bras largement ouverts m’agrippent avec force.


— Mon Dieu Louis ! C’est vraiment toi ? Tu as quelque chose de changé, tu sembles le même, mais si diffèrent !

— Vingt-sept mois en Algérie ne m’ont pas laissé intact, tu le devines bien !

— Comme je suis heureuse que tu sois de retour… tu vas rester n’est-ce pas ?

— Oui ! Pour moi, c’est fini… enfin dans un mois parce que j’ai rendu tout le barda, mais je suis encore soldat en permission pour trente jours. Je ne me souvenais plus que tu étais une si belle jeune… femme. Tu vas bien ? Et papa, il n’est pas là papa ? J’ai hâte de le revoir lui aussi, tu sais !

— Ben… m’est avis que le retour de son fils va le rendre heureux… il est avec le cheval aux champs de « la Corotte ». Il prépare la terre pour les patates…

— Ah oui, les patates ! Si tu savais comme les nôtres m’ont manqué… je boirais bien un petit coup…

— Rentrons ! Attends, laisse-moi porter ta valise mon frère… Oh Louis… tes bras m’ont manqué comme ce n’est pas possible.

— Pas d’amoureux à l’horizon ? Pas de petit ami pour venir roder autour de la ferme… bon sang ils ont quoi dans les yeux les garçons du pays…

— Les jeunes hommes comme toi sont là d’où tu viens… et puis je m’en moque moi des garçons. Je suis si contente de te revoir. Viens… j’ai l’impression que je sentais ton retour, parce que pour le repas, je voulais faire des patates sautées et une côtelette de cochon. Je vais en mettre une de plus à cuir… voilà tout.


Pendant que Louis sirotait son canon de rouge, je songeais que mes affaires dans la chambre de papa… ça allait faire mauvais genre. Alors pour gagner du temps, je lui suggérais de monter voir notre père. J’aurais ainsi le temps de remettre dans mon armoire, dans mon ancienne chambre tout ce que Louis n’avait pas besoin de voir ni de savoir.


— Tu devrais, Louis, aller faire la surprise à papa. Il va être si heureux…

— Tu as raison sœurette ! Je vais lui mener un petit canon, comme ça on trinquera à mon retour à la ferme…

— Il ne boit plus d’alcool ! Prends-lui plutôt du café, il aime ça.

— Même pas un verre de picrate ? Il aimait bien ça avant, non ?

— Il a eu une mauvaise passe… le chagrin du départ de maman, puis ton incorporation, il a été très, trop dépendant de l’alcool, alors c’est mieux qu’il ne picole plus.

— Ah bon ? Il ne t’a pas fait de mal tout de même. Tu parles de cela comme si tu en avais souffert.

— Non ! Non rassure toi ! Mais ce n’est pas bon pour lui… pour personne du reste !


Louis avait filé après m’avoir fait un bisou sonore sur la joue. Mon Dieu, j’appréhendais le moment où il saurait ce qui se passait entre notre père et moi… pour échapper à cette peur envahissante, je m’empressais d’aller changer mes hardes de chambre. Retour à ma place, celle à côté de la piaule de mon frère. Papa ne dirait sans doute rien de notre situation à Louis. Puis c’étaient des affaires d’hommes, des choses qu’ils sauraient bien s’expliquer. Je n’avais rien fait de mal après tout. Alors pourquoi aurais-je dû de nouveau me sentir honteuse ?


—xxxXXxxx —


Les bras vigoureux de l’homme retrouvés, la charge de travail se rééquilibrait un peu. Je pouvais souffler un peu. Mais je me souviendrai toujours du regard de mon père le soir du retour du soldat. Au moment d’aller se coucher surtout, j’avais senti comme un vent de panique dans ses yeux. Bien entendu, dans la journée il n’avait pas à se rendre dans ce qui redevenait « Sa » chambre à part entière. Il ne pouvait donc pas savoir que je m’étais employée à faire le nécessaire pour garder l’honneur sauf. Tout au long de ce dialogue que le père et le fils tentaient de recréer, une certaine gêne persistait du côté du paternel.


Je lançais donc un appel à papa en leur déclarant à tous deux mes intentions. Les mots étaient destinés à l’intention de mon amant depuis… que nous vivions seulement tous les deux.


— Bon ! Je vais me coucher. Puisque tu reprends ta chambre proche de la mienne, Louis, essaie de ne pas faire trop de boucan quand tu iras te pieuter. Bonne nuit papa ! J’ai refait vos lits et ma foi, je suis crevée. Les journées sont bien longues… vraiment, je suis heureuse que tu sois revenue.

— Bonne nuit ma petite sœur !

— Merci Louis

— Et bien bonne nuit Caroline.

— Oh papa ! Tu sais bien qu’à deux, le boulot était à peine supportable ! Je suis morte de fatigue.


Papa avait comme un voile dans la voix en me lançant sa dernière phrase. Sans doute qu’il se sentait déjà privé de ces réunions nocturnes qui s’avéraient finalement très… tendres. Mais comment faire sans que Louis ne se doute de rien ? Il semblait aussi d’un coup, soulagé d’un grand poids. Celui du remords ? Pas si sûre ! Il en serait pour ses frais pour quelque temps. Du moins tant que son fils ne quitterait pas le nid. Mais les deux hommes aborderaient bien le sujet de ce départ à un moment ou l’autre. De toute manière, ce ne serait pas à moi de le faire.


Depuis des mois le lit me paraissait trop grand, trop vide. J’écoutais, faute de pouvoir m’endormir les hommes qui parlotaient dans la cuisine. Et je devais avouer que trouver le sommeil était compliqué. De plus, il me manquait une présence. Celle de l’homme avec qui je passais toutes ces heures sombres. L’envie aussi me taraudait le ventre. Étais-je devenue une véritable cochonne, ou toutes les femmes connaissaient-elles cette période de vide ? Comment le savoir, moi qui n’avais guère le loisir de parler de ces choses avec quelqu’un ?


Le cours normal de nos existences s’était vite remis en ordre de marche. De temps en temps, entre deux portes, papa arrivait à déjouer la vigilance de Louis. Parfois le samedi soir, mon frère sortait pour aller danser au village. Alors nous refaisions l’amour sans trop de crainte de le voir surgir dans la chambre. Une autre idée germait dans mon crâne, idiote et inconséquente, mais elle revenait de plus en plus souvent. Et je rêvais presque que Louis nous trouve dans une position inconfortable, en plein chantier.


Ça m’excitait terriblement de songer à ce qui se passerait si… d’aventure il nous tombait dessus à l’improviste. Bien entendu, je n’en parlais pas à mon père, et nous jouions de nos corps, seuls au monde pour quelques heures de plaisir. C’en était enivrant au possible. Je me rendais compte que mon sexe s’humidifiait bien plus à l’idée de l’intrusion hypothétique de Louis. Mon père aussi se méfiait et souvent il écourtait nos ébats pour ne pas prendre le risque d’être surpris. Mais comme j’aurais aimé cela moi ! Je devenais folle, ma parole.


Au printemps avait succédé un été aux chaleurs étouffantes. Mon frère sortait chaque soir après le travail, personne ne posait de question. Il était libre, ayant donné de son temps à la ferme, il pouvait aller et venir à sa guise. Et je supposais que papa était satisfait de ces abandons temporaires, en fin de soirée.


— Je crois que ton frère ne devrait pas tarder à nous ramener une jolie femme à la maison. Ce serait une bonne chose Caroline, tu ne crois pas ? Au moins pourrais-tu revenir dans « notre chambre » !

— …


Que répondre à cela ? Faire l’amour, me laisser monter me manquait autant qu’à lui, pour ne pas dire plus. Alors je ne voyais pas d’un si mauvais œil, la venue d’une fille du village. Pour peu qu’elle et moi nous nous entendions, il n’y aurait jamais mort d’homme. C’était la vie quoi ! Alors qu’en fin d’été j’étais inquiète pour une vache qui devait vêler, en me rendant à l’étable, j’avais entraperçu une ombre dans un coin. Louis était déjà au village depuis une bonne heure. Et deux mains se refermaient d’un coup sur mes yeux, par jeu. Mais j’étais ailleurs, prise par la situation d’angoisse que représentait toujours la naissance d’un veau.


— Non ! Papa arrête. Pas ce soir, je n’en ai pas envie ! Je te jure que ce n’est pas le moment. Lâche-moi tu veux ! Le veau va arriver. Tu aurais pu demander à Louis de rester au moins pour ce soir.

— …

— Arrête ! Laisse-moi, je ne veux pas faire cela ce soir… enfin pas maintenant ! On verra si tout se passe bien pour « La noiraude » !


Les doigts qui me masquaient la vue venaient de s’écarter et derrière moi, l’homme qui se tenait là debout me fixait avec des yeux exorbités.


— Caroline… qu’est-ce que ça veut dire ? Non ? Je ne peux pas croire ce que mes oreilles viennent d’entendre.

— Mais… qu’est-ce que tu fiches ici toi ?

— Pas avec papa, bon sang ! Dis-moi que j’ai mal compris ! Et dire que je me faisais une joie de venir t’aider…

— Attends Louis, ce n’est pas ce que tu crois !

— Et je devrais croire quoi à ton avis ? Tu m’as pris pour lui, n’est-ce pas ? Il y a longtemps que votre petit manège est en marche ? J’ai l’air d’un con. Ma sœur… avec mon père… avec notre père, non, mais tu te rends compte ? Je vais lui casser la gueule… à ce salaud.

— J’étais d’accord, tu sais ! C’est un homme… comme les autres et nous étions si seuls, si loin de tout. Ce genre de chose arrive parfois. Je savais bien qu’un jour ou l’autre tu t’en rendrais compte. Alors inutile de faire un scandale. Et moi, je ne m’occupe pas de tes affaires. Je me fiche bien de savoir avec qui tu vas trainer tous les soirs depuis un bon mois…

— C’est normal pour un garçon d’aller voir les filles… tu devrais… tu aurais dû toi aussi rencontrer des garçons du village.

— Nous crevons sous le boulot ! Tu ne crois pas que j’ai encore le temps le soir d’aller trainer au village… Et puis comment les hommes comme toi appellent-ils les filles qui font cela ? Rappelle-le-moi !

— Caroline… tu es une belle femme, je t’assure que plus d’un type en bas serait heureux de…

— De coucher avec moi ? C’est bien ce que tu veux dire ? Alors j’avais sous la main un homme idéal… je ne vois pas où est le mal dans tout cela.

— Tu… tu ne peux pas être amoureuse de ton propre père, merde alors !

— Amoureuse ? C’est juste un mot. Lui et moi aimons faire l’amour et puis c’est notre droit, il me semble. Tu n’as pas à te mêler de cela. Du reste j’ai eu parfois aussi envie de toi, oui de toi ! Lorsque tu vas te laver à la fontaine, quand je vois tes muscles qui d’ordinaire sont cachés sous ta liquette. Ben oui ! J’avoue que tu m’as donné envie aussi… et souvent même.

— Ce n’est pas une raison pour te consoler avec… lui !

— Ce ne sont pas tes affaires ! Je baise avec qui je veux. Le reste ne te concerne pas, il me semble.

— Caroline…

— Et si nous allions nous occuper de notre vache ? Ce serait plus intelligent que de nous engueuler dans un coin de la grange.

— On en reparlera après le vêlage… tu peux me croire.

— Non ! Je n’ai plus rien à ajouter à ceci. Pour moi, c’est ma vie, et tu n’as rien à dire, l’incident est clos.


Couchée sur sa litière notre pauvre bête souffrait. Je ne voyais pas trop comment l’aider. Louis s’était alors saisi d’une corde et courageusement il avait plongé sa main, puis son avant-bras dans « la Noiraude ». Au prix d’un incroyable effort, il avait réussi à lier les deux pattes arrière du veau. Ce dernier trop gros pour sortir normalement devait être aidé. Il me guidait alors pour cette maternité hors norme.


— Bon, Caroline, je vais guider le veau et toi tu vas devoir tirer sur la corde. Seulement quand je te le dirai, d’accord ?

— Ouais… allez on y va ?

— Je compte et à trois tu tends la corde de toutes tes forces ! Un… deux et trois !


Arque boutée sur mes deux quilles, je tractionnais sur le cordage. Millimètre par millimètre, le bébé avançait vers la délivrance. Au bout d’une bonne heure d’une bagarre acharnée, nous étions enfin récompensés. La vache s’était remise sur ses pattes et elle léchait un petit tas de poils poisseux et englué, tout droit sorti de son gros bidon. L’enfant se redressait et une petite tête émerveillée semblait nous saluer, mon frère et moi. En silence je l’avais vu partir. Il se rendait sans doute au lavoir pour se nettoyer du sang de l’accouchement.


J’avais encore quelques minutes tamponné, bouchonné le nouveau-né avec de la paille, puis j’étais moi aussi repartie vers l’eau vive et l’air pur du soir. Louis était bien à la fontaine. Sans chemise, il se frottait un torse que je devinais sombre sous la lune. Velu comme un singe, l’animal ne s’était pas retourné à mon approche. Mes mains sous l’eau de source qui coulait en permanence, je l’observais à la dérobée. Il avait tout de notre père… en plus jeune bien sûr !


— Tu ne veux pas me raconter qui tu fréquentes ? Je la connais ?

— … ! Ça t’intéresse vraiment ? De toute manière, elle a déjà un autre prétendant… Je l’ai sans doute perdue elle aussi. l’Algérie n’a pas tué que des hommes, les rêves aussi sont moribonds au retour des soldats.

— … ? Je ne comprends pas tout !

— Alors, comment ça se passe ? Avec lui !

— Il n’y a rien à en dire, ça se fait, c’est tout ! Je présume que c’est comme quand tu fais cela avec une fille.

— Il n’y a aucun risque. Les seules femmes avec qui j’ai fait ce genre de chose, c’était des… putes, à l’armée. Alors je pense que ce n’est pas pareil !


J’avais haussé les épaules, sans rien avoir à ajouter à ce qu’il racontait. Je ne voyais pas du tout ce qui différenciait ces femmes-là de nous autres. Je l’avais laissé planté là, au bord du bassin, dans le noir de la nuit. Mais la vision de sa poitrine nue m’avait un peu chamboulée. Oui, ce fils-là avait tout de son père. Cabochard et teigneux, juste ce qu’il fallait pour vivre une vie dure de paysan. Pour la fille du village, c’était son droit de n’en rien dire, je respectais son choix. Il était l’heure d’aller fermer mes quinquets. Ma journée avait été plutôt rude.


— oooOOooo —


Les trois marches de sapin qui menaient aux chambres venaient de craquer sous le poids lourd d’un homme fatigué. Louis allait se coucher. Dans mon lit, j’écoutais les lames du plancher qui grinçaient. Elles devraient encore le faire, sous les deux pas qui lui restaient à accomplir, après ma porte. Pourquoi l’impression que mon frère avait marqué un temps d’arrêt devant celle-ci me retenait-elle le souffle ? Avais-je rêvé ou la poignée pour actionner la serrure faisait-elle vraiment un bruit léger ? Mon frère allait-il maintenant entrer dans cette pièce où je couchais ?


Je sus soudain qu’il l’avait fait.


— Caroline… tu dors ?

— … non, mais ça ne devrait pas tarder.

— On peut discuter cinq minutes ?

— Si c’est pour me faire la morale ou m’abreuver de reproches… tu peux aussi bien filer directement dans ton lit.

— Non ! Ne t’inquiète pas ! Je veux juste… parler. J’en ai aussi besoin ce soir. Ce n’est pas une bonne soirée pour moi.

— Pour personne, j’en ai bien l’impression. Bon et bien qu’est-ce que tu attends, viens t’assoir là, grand nigaud.

— Tu étais sérieuse tout à l’heure ?

— Quand cela ? J’en ai dit des choses depuis que tu es rentré, alors… difficile de te répondre sans savoir à quoi tu fais allusion.

— Ben… quand tu disais que des fois… tu avais des idées en me voyant torse nu !

— Bien entendu que j’étais sérieuse. Mais tu as une promise, non ? Maintenant je suis sûre que ta Lydie peut te donner tout ce que tu attends.

— Ma Lydie comme tu dis… elle s’est entichée du fils Géromin, le garçon du boulanger. « Trop longtemps éloigné du village par l’armée » … voilà ce qu’elle m’a dit pour me virer de sa vie.

— Armand ? Elle sort avec Armand ? Mais c’est tout juste s’il est sorti de l’école !

— Ben peut-être, mais je ne peux pas la forcer à m’aimer un peu.


Je sentais les trémolos de sa voix. Mais je n’aurais aucun argument pour contrer les siens. Que dire de toute façon ? Devant l’évidence, je me faisais toute petite. Il revenait à la charge sur ce que j’avais eu le malheur de lui raconter.


— C’était vrai alors ? Tu aurais pu aussi coucher avec moi ?

— Tu es un beau jeune homme et que tu sois mon frère ne change rien à l’affaire.

— Mais papa ? Comment prendrait-il cette histoire ?

— Comme toi peut-être, mais je ne suis ni sa propriété ni la tienne. Je te rappelle que je suis majeure, j’ai plus de vingt et un ans.


Louis me fixait avec une sorte de lumière dans les prunelles. Sa main s’était levée, et un instant je craignais qu’elle ne s’abatte sur ma joue. Mais il n’en était nullement question. Entre son pouce et son index, il venait de me saisir le menton. Je voyais sa face bien rasée qui s’approchait de mon visage. Le tumulte intérieur qui me gagnait, avait de quoi me remuer tout entière. Inutile d’avouer que mes paupières s’étaient déjà baissées, dans l’attente interminable de l’arrivée d’une bouche sur mes lèvres.


C’était bien à partir de cet instant-là que je sus que nous allions lui et moi coucher ensemble. Et je retrouvais avec mon frère des gestes appris avec notre père. Les siens avaient un gout similaire, plus frais peut-être, parce qu’il avait cet avantage de la jeunesse. Et lentement, je me laissais envahir par le délire d’une nuit d’ivresse. Pas moyen de retenir non plus mes gémissements. Les mouvements lascifs qui me portaient aux nues m’obligeaient à crier trop fort. Impossible de garder secrètement enfouies en moi ces sensations que mon frère s’employait à faire éclore.


Et je naviguais en eau trouble, perdue dans une marée qui montait ou descendait au rythme de coups de reins parfaitement dosés par ce diable de garçon. Mes draps étaient inondés par ces sécrétions que mon ventre laissait échapper sans rempart pour les contenir. Et je me berçais dans une symphonie qui m’emmenait vers un orage éperdu. Je tremblais de partout alors que je sentais couler sur mes cuisses une substance chaude. Louis aussi avait joui, heureusement hors de mon sexe.


Nous étions étendus tous deux sur le drap ruiné et trempé, lorsque la porte s’était de nouveau trouvée ouverte. Dans le chambranle, papa se tenait là, avec les mains sur les hanches. Louis se redressait d’un coup et totalement à poil devant notre père en caleçon, je voyais, je percevais l’animosité latente, tel un orage annoncé.


— Espèce de saligaud !

— Tu me parais mal placé pour me parler de la sorte !

— Quoi ? Ici, je suis sous mon toit !


Les deux mecs étaient face à face, prêts à se déchirer pour moi. Sur le lit, aussi dénudée que mon frère, j’étais incapable d’analyser sainement la situation. Papa et Louis, deux êtres si diamétralement opposés et si simplement identiques. Mue par une sorte de réflexe de peur, j’avais tiré le drap sur mes formes à la vue des deux coqs. Dans ma caboche tout se bousculait à une vitesse vertigineuse. Comment désamorcer la crise qui s’annonçait dévastatrice ? Et les voir ainsi se jauger, presque se battre pour la petite personne que j’étais, flattait plutôt ma fierté féminine.


N’écoutant que mon courage, je m’étais soudain redressée, puis d’un pas hésitant, je me plantais entre les deux mâles qui semblaient toujours vouloir se cogner.


— Vous ne croyez pas qu’il y aurait mieux à faire que de vous coller une torgnole ?

— Ne te mêle pas de cela Caroline. C’est une affaire entre lui et moi.

— Ben mon fils, si tu t’imagines que parce que tu reviens de l’armée, tu vas me faire peur, tu te goures lourdement.

— Je vous préviens… si vous vous battez, je fais mes valises et je fiche le camp. Je ne vais pas supporter deux fous qui se prennent pour des cadors.

— Ah bon ! Et tu proposerais quoi, toi en guise de solution ?


Papa venait de reprendre la parole et comme je me trouvais encore entre les deux, mon frère ne cherchait pas à avancer au-devant de son rival du moment.


— Il y a matière à partager non ? Ce serait bien plus intelligent que de se foutre une trempe dont personne ne sortirait vainqueur. Et comme je l’ai déjà dit à Louis, mon corps m’appartient. J’en fais ce que je veux. N’oubliez pas que je suis majeure et que j’ai le droit d’aller et venir comme je l’entends. Conclusion : ou vous réglez cela à l’amiable ou vous ne me reverrez plus dans cette baraque.

— Tu… Caroline, tu préconises donc de faire l’amour et pas la guerre ?

— C’est un peu cela Louis. Aucun fils ne se bat contre son père pour sa sœur… pas dans de telles conditions, je veux dire. Quand il y en a pour un, il y en a pour deux, ce n’est pas moi qui l’ai inventé.

— Mais comment veux-tu que nous partagions… une femme ? C’est peu possible. J’étais le premier il me semble et à mon âge, j’ai la priorité.

— N’importe quoi ! L’âge n’a rien à voir dans cette histoire. Et puis si Caroline est d’accord, alors papa, pourquoi ne pas la laisser maîtresse des choses ?

— Explique-nous alors ma fille, ce que tu entends par partager ? Allons boire un coup à la cuisine, tous les trois.

— Tu ne vas pas replonger dans la bibine papa ! Je ne le supporterais pas. Je veux bien être coupable de tout ce que vous voudrez, mais pas de ta soulographie !


J’avais enfilé ma chemise de nuit. Louis aussi s’était rhabillé et nous étions allés rejoindre notre père qui se tenait la tête entre les mains, les coudes posés sur la table. L’atmosphère était toujours à l’orage. Comment me sortir de cette situation que somme toute, j’avais bien un peu espérée ? Il ne me déplaisait pas plus que cela d’avoir ces deux mâles à ma disposition. Cependant, j’étais dans l’incapacité de me projeter dans un futur proche. De quelle manière gérer cette crise qui me tombait sur le râble ?


— Je préférerais que nous buvions un café plutôt que de l’alcool. Au moins celui-là ne vous montera pas à la tête. Déjà que vous me semblez bien trop tendu, nerveux.

— Fait comme tu veux. Après tout, Louis a raison, c’est bien à toi de prendre une décision. Quant à toi mon garçon, n’oublie pas qu’un jour tu auras une fiancée, une épouse aussi. Alors, autant mettre les choses au point maintenant et nous n’y reviendrons plus ! Personne ne doit savoir ce qui se passe dans cette maison.

— Ouais ! Ta maison, ton toit ! Tu as bien su me le faire remarquer tout à l’heure.

— Bon Louis ! Ça suffit ! Tu te calmes… pourquoi vous chamailler puisque je veux bien être à vous deux ?

— À nous deux… oui ? Mais comment, je n’arrive pas à comprendre ? Et papa ne semble guère plus convaincu.

— C’est à l’envi. Le moment où moi j’aurai besoin, je saurai vous le montrer.

— Ah ? Et tu vas faire comment pour choisir entre ton frère et moi ? Tu en as déjà une vague idée ? Parce que je t’avoue que ça me rend malade de jalousie de te savoir…

— Et pourquoi devrais-je choisir entre X ou Y. Vous voyez un inconvénient majeur à ce que justement… je ne choisisse pas ?

— Tu veux dire… que tous les deux… ensemble ? Papa et moi ? Mais tu es folle ?

— Pas le moins du monde ! Et comme ça il n’y aurait plus de jalousie ou de guerre entre les deux hommes de ma vie.


Deux paires d’yeux me scrutaient. Ils ne savaient plus quoi dire, médusés par cette audace dont je faisais preuve. Depuis que Louis était rentré du régiment, combien de fois avais-je songé à cette possibilité ? Combien de fois alors que papa me prenait avais-je, dans mon cerveau, substitué sa frimousse à celle de mon frère ? Je n’en avais aucune idée, mais peut-être bien qu’inconsciemment c’était à chacun des moments passés à baiser avec mon père. Après tout, la solution que j’avançais avait le mérite de ne frustrer personne. Et puis s’ils avaient envie de continuer à coucher avec moi, quel intérêt auraient-ils eu à refuser ?


— oooOOooo —


C’était bien cette nuit-là qu’avait donc commencé un bien curieux manège, un ménage à trois. Je ne renâclais sur aucune tache et la nuit tombée, j’appartenais à l’un ou à l’autre, sans chercher à évincer quiconque. Les tensions étaient retombées depuis longtemps. J’étais devenue la femme de l’un ou de l’autre, parfois aussi de l’un et de l’autre. La chambre de papa servait alors de lupanar. Et jamais je n’avais connu plus grande félicité que celle d’être prise par mon père et mon frère. À tour de rôle ils jouaient au mari, à l’amant pour mon plus grand enchantement.


Les choses duraient depuis un certain temps, et les rares visiteurs que nous avions étaient laissés à l’écart de nos errements singuliers. Le travail rude de la journée se trouvait largement récompensé par les heures d’alcôve que nous finissions tous par adorer. La maison était redevenue un lieu de joie, et il n’était pas rare d’entendre mon frère ou mon père siffloter, voire chanter. Comme quoi… donnez de l’amour à vos hommes et ils sauront vous le rendre. Et l’amour ce n’était pas ce qui manquait dans notre ferme de la colline.


Louis repartait de temps à autre en ville, mais ça ne l’empêchait pas de faire un détour par ma chambre à son retour. Combien de fois se glissait-il dans mes draps, alors que papa s’y trouvait déjà ou encore ? Plus personne ne se querellait pour moi. J’y trouvais mon compte dans des jeux entre adultes dont personne n’aurait soupçonné l’existence dans la ferme paumée où nous vivions en quasi-autarcie. René le facteur passait de temps en temps… les factures ne venaient jamais toutes seules. Les feuilles d’impôts non plus d’ailleurs !


C’est lui qui un matin où il était plus en verve que d’ordinaire, plus assoiffé aussi peut-être, m’apprenait une nouvelle qui me stupéfiait.


— Alors ma belle… il en a fait de belles ton frère Louis !

— Quoi ? Qu’est-ce que vous colportez encore comme ragots ? Les facteurs, c’est menteur et rapporteur. N’allez pas radoter à droite et à gauche des menteries.

— Des mensonges… ? Allons, Robert n’est donc pas encore au courant ? Ça ne tardera pas. Isabelle, la fille de la Josiane et du Claude… tu sais le contremaitre de l’usine…

— Ouais ! Je les connais. Et qu’est-ce qu’elle a cette fille, cette Isabelle…

— Rien d’autre que le ballon ! Et c’est ton frère qui lui a mis le polichinelle dans le tiroir… ça fait un de ces foins chez la Josiane…

— Comment vous savez tout cela vous ?

— N’oublie pas ma jolie, que je suis le facteur… je passe chez tout le monde et mes oreilles sont grandes ouvertes.

— Pourquoi ce serait de Louis ?

— Parce qu’ils n’arrêtent pas de se relécher, chaque fois qu’on les croise ensemble, pardi ! Alors dans mon idée, ton frérot, il ne court pas deux lièvres à la fois. De toute façon, il la mariera et ça fera une bonne épouse finalement, c’est la vie non ? Il n’y a pas mort d’homme.


Son verre avalé, notre livreur de mauvais courriers avait décampé, souriant de la bonne nouvelle qu’il venait de m’annoncer. Et j’en étais sur le cul. Mais en y réfléchissant bien, il avait raison notre René, c’était dans l’ordre des choses et Louis ne me devait rien. Alors pourquoi le fait d’apprendre que mon frère était un garçon comme les autres me mettait dans un tel état ? C’était à mon tour de découvrir ce que le mot jalousie voulait dire… et surtout en ressentir tous les effets néfastes. Je m’imaginais simplement le bonheur de mon père, quand il saurait…


À suivre…





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