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Débauche à la Prison pour femmes.

Chapitre 1

Lesbienne

La Polynésie Française.


Atolls et îles de rêve perdus dans l’océan Pacifique, qui d’emblée inspirent enchantement et paysages majestueux.


Des montagnes verdoyantes, des plages de cartes postales, sable blanc et lagon translucide, relief onirique que les touristes émerveillés peuvent contempler de leur chambre aux premières lueurs d’un soleil rougeoyant. Ici, l’homme et la nature semblent avoir trouvé un terrain d’entente.


Hôtels de luxe, résidences superbes et complexes de vacances se confondent dans une végétation luxuriante, où les bungalows prolongent divinement la beauté des lagons. On y vient pour en prendre plein les yeux, s’exclamer et s’émerveiller, se nourrir de la splendeur des paysages, des coutumes hautes en couleurs et reliques d’un autre temps, et partager des moments uniques avec ses habitants aussi généreux que chaleureux. Bref, on y vient pour passer des vacances inoubliables. Enfin, normalement. Pour la majorité des personnes. Mais pas pour Claire.


Pour elle, les vacances idylliques s’étaient transformées en cauchemar. Ici, dans ce couloir sordide et impersonnel, il n’y avait ni soleil, ni plage, ni récifs de coraux. Rien pour la faire rêver. La porte claqua derrière elle, l’isolant à jamais du monde extérieur. Du paradis. Pour lui donner d’emblée un avant goût de ce que serait l’enfer dans cet endroit horrible.


Deux gardiennes l’encadraient sévèrement.


Visage impassible, yeux froids, démarche saccadée, elles ressemblaient à deux robots sans le moindre état d’âme. Elles l’accompagnaient tout le long d’un immense couloir où s’alignaient de chaque côté des cellules qui n’en finissaient pas de défiler. Dés la première cellule dépassée, une voix vulgaire cria :


— Hé ! Regardez qui nous arrive ! De la chair fraîche, c’est pas mignon ça de renouveler notre garde-manger !


Aussitôt, ce fut la bousculade. Des femmes s’accrochaient aux barreaux et, quand Claire passait devant elles, se permettaient des exclamations ravies et des commentaires salaces.


— Ils les prennent jeunes maintenant, et drôlement jolies ! s’écria quelqu’un.


— Jeune ou pas jeune, elle vient quand elle veut me faire un gros câlin dans mon lit ! dit une autre voix.


— Pourquoi toi ? Non, qu’elle vienne plutôt me voir, j’aimerais tant la border à ma façon.


— Non, avec moi !


— Vous disputez pas, il y’ en aura pour tout le monde !


— Tu parles ! Les gardiennes vont se l’accaparer jalousement, comme à chaque fois !


— Sauf si on se dépêche de lui apprendre les bonnes manières. Entre détenues, il faut se serrer les coudes.


— Et écarter en même temps les cuisses !


A cette dernière réflexion, les rires gras fusèrent de partout.


Affolée, Claire pressa l’allure, le visage figé par la peur.


Ses pas et ceux des gardiennes claquaient sur le sol et résonnaient douloureusement dans sa tête comme le plus lugubre et le plus discordant écho. Un son métallique et répétitif qui semblait sonner le glas avec une réalité incontestable. Silencieusement, sans pouvoir se retenir, Claire se mit à pleurer.


— Regardez ! Elle se met à chialer maintenant ! remarqua une femme avec hilarité.


— C’est qu’elle a pas eu son petit lait aujourd’hui !


— Alors qu’elle vienne téter ici ! gloussa une grosse femme en empoignant à pleines mains ses seins pour les glisser entre les barreaux.


Cela provoqua d’autres éclats de rire qui s’élevèrent dans une clameur sinistre. Claire eut envie de tomber à genoux pour les supplier d’arrêter. Et ce couloir qui n’en finissait pas… Enfin, les gardiennes stoppèrent ensemble devant une cellule. L’une d’entre elles, la tête tournée vers une caméra installée au bout du couloir, s’écria :


— Ouverture de la cellule 12.


Une voix amplifiée par des micros retentit à travers tout le couloir.


— Ordre reçu et exécuté. Ouverture immédiate de la cellule 12.


Et la lourde porte coulissa sur sa droite. Comme une automate, Claire entra dans la cellule, les yeux embués de larmes. Aussitôt, derrière elle, la porte se referma dans un claquement lourd et sonore. Un bruit effrayant, insupportable, comme si un vide irréel et infranchissable venait de la séparer à jamais de son monde et de sa liberté. Sans force, Claire se sentit sombrer dans un gouffre infini, comme ce couloir interminable, et se laissa tomber mollement.


Françoise et Lucie émirent un cri de surprise. La jeune femme qui venait d’entrer était tout simplement splendide. Assez grande, svelte et élancée, aux longues jambes déliées, aux formes d’un galbe parfait et d’une rare finesse, aux attache fines, aux bras légers et harmonieux, avec une courbe gracieuse des épaules et un long cou racé, elle incarnait la féminité fragile et délicate d’une sensuelle beauté. La femme – enfant à l’état pur, aussi troublante que touchante. Elle possédait un petit visage ovale au teint rose et vivifiant, éclairé par de grands yeux d’un bleu pervenche qui, pathétiques et plein de larmes, semblaient les plus beaux au monde avant qu’elle ne les ferme pour s’évanouir. Sa bouche était ravissante, ronde comme un cœur presque, avec des lèvres pleines joliment ourlées. Son nez était droit, fin, le front large un peu bombé et dégagé par des cheveux soyeux qui partaient vers l’arrière en boucles rousses. Cette vision de rêve reposait, affolée et assise, jambes repliées sur elle-même, vulnérable comme la plus délicieuse des offrandes.


La chemisette réglementaire moulait comme une seconde peau des seins épanouis et divinement insolents qui pointaient vers le ciel comme des obus prêts à s’envoler. Il y’ eut à son arrivée un grand silence admiratif, que seules Françoise et Lucie rompirent sans s’en cacher. D’un même élan, toutes deux se précipitèrent pour leur apporter leur soutien.


— Comme elle est belle ! s’exclama Françoise d’une voix enrouée par l’émotion.


Son amie, Lucie, approuva en silence avant de remarquer.


— Elle est bien jeune et ne semble pas du tout à sa place ici… Je me demande bien ce qu’elle a pu faire… En tout cas, je lui donne pas une semaine avant de passer à la casserole.


— Comment ça ? Je ne comprends pas… s’enquit une petite voix timide du fond de la pièce.


Françoise et Lucie se retournèrent vers celle qui avait posé naïvement la question.


— Parce qu’elle est très belle, genre sage et inoffensive comme une gentille fille qui ne peut pas se défendre toute seule, et c’est la proie rêvée pour certaines d’entre nous.


— Mais pourquoi lui voudrait-on du mal ? insista l’autre, totalement abasourdie.


Lucie et Françoise échangèrent un regard agacé. Il est vrai que cette ravissante et discrète jeune femme était arrivée la semaine dernière, et ignorait bien des choses sur certaines règles particulières qui régnaient dans cette prison. Elles connaissaient son prénom, Lisa, étudiante en tourisme et effectuant un stage à Papeete. Elle avait été condamnée pour un accident de la route dont elle était seule responsable et qui avait coûté la vie à un couple de retraités qui, pour son plus grand malheur, étaient des notables respectés de la ville. Une perte locale qui avait lourdement joué en sa défaveur, et c’est sur cette flagrante injustice qu’elle préparait sa défense en appel.


En attendant, elle en avait pour quelques années à être détenue ici, aussi était-il temps de la mettre au parfum, question de lui donner un aperçu du sinistre endroit où elle avait échoué. Ce fût Lucie qui s’en chargea.


— Personne voudra lui faire du mal. Plutôt du bien au contraire… Genre gros câlins et joyeuses galipettes si tu vois ce que je veux dire, et ce ne sont pas les candidates qui vont manquer à l’appel pour s’attacher ses faveurs. Tu comprends maintenant ?


— Mais c’est horrible !


Lucie ne répondit pas. Elle jeta un bref regard à son amie qui s’occupait de caresser la joue de la nouvelle venue avec une attention maternelle.


Elle le faisait avec tant d’attentions qu’elle en ressentit une pointe de jalousie. Pour ne plus y penser, elle reporta son attention sur la petite et adorable Lisa. C’était une jolie brune aux cheveux très longs, avec un corps fin et menu. Sa peau était soyeuse et mate, lui donnant un air exotique. Le visage ovale était pur et innocent, rayonnant d’une beauté sereine, avec de très grands yeux ouverts sur le monde, francs et curieux sur tout ce qui l’entourait.


Malgré son intérêt pour les gens et toutes choses de la vie, elle ignorait ce qui était mal et ne retenait que ce qui était bon ou généreux, ce qui la rendait aussi naïve qu’attachante. Le cœur sur la main, dévouée et chaleureuse, réservée et discrète, elle pouvait difficilement se faire des ennemies, attirait peu l’attention et se fondait tout aussi naturellement dans le décor.


C’était, jusqu’ici, ce qui lui avait permis de s’en sortir sans dommage.


Pour l’instant.


Jusqu’à ce qu’une femme jette son dévolu sur elle, ce qui ne tarderait pas à arriver un jour. D’après les rumeurs, une gardienne, Monique, s’intéressait de prés à la jeune femme, cherchant le moindre prétexte pour la provoquer.


Lisa, en plus d’être jolie, possédait aussi beaucoup de charme, sans doute à sa façon de s’exprimer qui avait quelque chose de comique, qui enchantait et amusait la plupart des détenues. En effet, Lisa avait un accent chantant du midi de la France, à la fois adorable et enfantin, avec des intonations aiguës et étonnées. Tout cela était délicieux, en parfaite harmonie avec son visage de madone.


— Toi aussi, méfie-toi. Ne fais confiance à personne si tu ne veux pas finir dans le lit d’une gardienne ou d’une autre détenue, la prévint gravement Lucie.


— Aucun risque. J’aime les hommes, j’ai un fiancé qui m’attend dehors et qui se bat avec mon avocat pour me faire sortir de là…


Lucie retînt un sourire. Ici, et avant, beaucoup de filles avaient aussi des fiancés ou des maris qui les attendaient à l’extérieur. Mais, à l’intérieur de la prison, c’étaient d’autres femmes qu’elles aimaient et partageaient dans leur lit, prêtes à tout pour un peu de tendresse…


Lisa était comme les autres, de chair et de sang, avec ses faiblesses et ses émotions, et elle finirait pâmée et roucoulante dans les bras d’une autre femme bien plus vite qu’elle ne le pensait. Les gardiennes avaient tout pouvoir, un droit de vie ou de mort, un droit de cuissage. Monique, connue pour ses penchants lesbiens et son sadisme, abusait de ce pouvoir avec outrance, et rien ne sauverait l’innocente Lisa si la gardienne avait l’intention de l’initier à ses petits jeux pervers. Qu’elle le veuille ou pas, Lisa n’y échapperait pas.


A cet instant, un gémissement lui fît relever la tête. La nouvelle venue reprenait des forces.


A travers un brouillard, Claire enregistra comme dans un cauchemar la grande pièce froide, impersonnelle, une triste cellule aux murs gris et sales, bariolés à certains endroits de graffitis et d’inscriptions obscènes. Des lits de camp étaient alignés sur trois rangées, avec des armoires tordues et défoncées posées tout contre le mur. Une porte décrépie était ouverte sur ce qui semblait être des W.C. En respirant, Claire ressentit un terrible malaise qui lui donnait à chaque fois l’impression d’étouffer. Elle cligna des yeux en observant avec attention les têtes qui venaient de se pencher au-dessus d’elle. En voulant se redresser, elle eut comme un éblouissement et se laissa retomber sur le lit. Françoise la saisit aussitôt par les épaules et s’enquit :


— Tu ne vas pas mieux, ma chérie ? Alors reste allonger, ne fais pas d’effort inutile.


Claire gémit tristement :


— Je veux voir Hélène…


Elle était au bord des larmes. Françoise murmura avec compassion :


— La pauvre enfant…


Elle lui toucha le front, puis lui caressa le visage avec une infinie douceur.


— N’aie pas peur, tu ne risques rien avec moi.


Elle continua de lui susurrer des mots apaisants à l’oreille. Mais Claire se mit soudain à se tortiller sur son lit en suffocant, le corps luisant de transpiration. Elle murmurait " Hélène " sans discontinuer, comme une prière désespérée. L’une des détenues remarqua :


— J’ai entendu dire que, parmi le nouvel arrivage, il y’ avait une jeune femme et sa belle mère, condamnées toutes les deux pour trafic de drogue.


— Et elle est où alors cette belle-mère ?


— Sans doute dans un autre bloc. C’est bien le genre à la directrice de les séparer volontairement, par pure méchanceté…


Françoise opina tristement de la tête, sans cesser de veiller sur Claire. Elle lui saisit les bras pour la maintenir étendue sur le lit, tout en la réconfortant de paroles et gestes tendres.


— Ne t’en fais pas, tout va bien, je suis là maintenant pour veiller sur toi. Et tu as trop chaud, ma chérie, tu vas étouffer.


Alors, d’un geste naturel, pour lui permettre de mieux respirer, elle lui déboutonna la veste jusqu’au nombril. Claire se retrouva la poitrine nue, sublime et troublante alors que ses seins volumineux se soulevaient difficilement. Françoise sembla fascinée, ses yeux écarquillés contemplant la finesse du cou, la fragilité de la gorge frémissante, le galbe magnifique des seins fermes et opulents, la finesse de la taille élancée.


Jamais elle n’avait vu autant de grâce et de splendeur chez une femme, et ce fût la gorge sèche qu’elle s’extasia :


— Comme tu es belle !


Elle était littéralement envoûtée. Perdue dans sa contemplation, elle caressait avec fièvre le visage de poupée, sans se lasser. Claire, de plus en plus malade, se mit à geindre.


— J’ai mal !


Elle était agitée par une forte fièvre.


— Nous devrions peut-être l’amener à l’infirmerie, intervint soudain Lucie d’un voix sèche.


Françoise se redressa et hocha vigoureusement la tête.


— Non, il en est hors de question ! Tu sais ce qui l’attend là-bas.


Lucie, furieuse, répliqua :


— Et alors, ce n’est pas notre problème ?


— J’ai dit qu’elle n’irait pas ! s’écria Françoise en pesant ses mots.


Puis elle se tourna vers les autres filles.


— Je m’occupe d’elle jusqu’à ce que son état s’améliore. Alors, en attendant, pas un mot à qui que ce soit, ou gare à vous !


Un grand silence gêné lui répondit. Lucie, seule, émit un grognement de mécontentement.


Puis, avec un geste rageur, s’éloigna à l’autre bout de la pièce. Lisa, qui avait assistée avec attention à la scène, se sentit impressionnée par la force de caractère de Françoise et son autorité sur les autres détenues. Mais, en même temps, beaucoup de points lui demeuraient incompréhensibles. Surtout cette scène de jalousie qui avait un instant opposée les deux femmes.


Se pouvait-il qu’elles soient bien plus que de simples amies ?


D’après les mœurs dont elle venait de prendre connaissance, cela n’aurait rien étonnant mais, si tel était le cas, l’arrivée de cette superbe jeune femme ne présageait rien de bon, ne ferait qu’attiser les désirs de l’une pour attiser la jalousie de l’autre.


Après tout, elle s’en moquait.


Déjà, ce détail lui paraissait vite anodin. Rêveuse, elle pensait maintenant à la journée de demain où, folle de joie comme chaque jeudi lors de la distribution du courrier, elle se précipiterait sur la lettre que lui enverrait son fiancé. Seul cela comptait…


Frissonnante sous les draps, les mains accrochées au drap qu’elle avait remonté jusqu’au cou, Claire essayait de trouver le sommeil. Sa fièvre s’était atténuée, grâce aux bons soins de Françoise, mais elle n’était pas encore très bien. Elle changea de position, étendue sur le dos, lorsqu’un léger bruit attira son attention.


Elle ouvrit les yeux, mais l’obscurité l’empêchait de distinguer quoi que ce soit. Elle entendit un frôlement sur le sol, puis reconnut des bruits de pas qui se rapprochaient doucement vers elle. Inquiète, elle se fît instinctivement toute petite dans son lit.


— N’aie pas peur, c’est moi, Françoise… lui souffla faiblement une voix étouffée.


Rassurée, Claire voulut se redresser mais deux mains pesèrent sur ses épaules pour l’obliger à rester étendue.


— Ne bouge pas.


Claire obéit alors qu’elle sentit la chaleur d’un corps s’étendre sur elle. La savoir à peine vêtue, juste en sous-vêtement, la rendit un peu nerveuse.


— Comment te sens-tu ? lui demanda aussitôt Françoise.


— Un peu mieux.


Elle sentit deux mains légères qui lui caressèrent le visage avec tendresse.


— Mais tu transpires toujours ! constata Françoise avec inquiétude. Attends, je reviens…


Elle s’éloigna, allant sans doute vers la porte qui menait à la salle de bain et aux toilettes. En effet, elle entendit un léger bruit de robinet et un fin filet d’eau qui coulait, puis Françoise revint, penchée sur elle. Aussitôt, Claire sentit agréablement un tissu mouillé qui lui rafraîchit d’abord le front, puis le visage et le cou où Françoise s’attarda longuement, glissant doucement sur la gorge nue. Soudain, elle arrêta son geste. Un déclic venait de retentir dans le silence de la nuit et un faisceau de lumière éclaira le sol.


C’était une détenue qui s’était levée et qui venait d’éclairer une lampe pour se déplacer librement entre les lits. Claire et Françoise s’immobilisèrent, retenant leur souffle. Mais la détenue ne les vit pas et s’arrêta à l’autre bout de la pièce, devant un lit où, aussitôt, une silhouette nue se dressa, éclairée par le halo de lumière qui l’encadra avec une soudaine agressivité. Alors Claire vit nettement la femme qui, tout en clignant des yeux, tendait ses bras avec un sourire ravi vers celle qui restait debout au pied du lit. La lampe s’éteignit brusquement, replongeant la cellule dans une profonde obscurité, juste après que Claire entrevit les deux corps s’étendre enlacés sur le lit.


Il y’ eût un grincement de ressorts, et le silence revint, entrecoupé de temps en temps de légers gémissements et de frôlements imperceptibles. Claire ne comprit pas tout de suite. Elle était jeune, naïve, et ignorait bien des choses de la vie en ayant toujours menée une jeunesse si différente des autres, choyée et dorlotée dans un monde à part. Crédule, elle s’enquît :


— Que se passe t- il ?


Françoise se serra un peu plus contre elle et répondit d’une voix oppressée.


— Elles font l’amour, tout simplement…


Claire eut un petit rire forcé.


— Et bien, on ne s’ennuie pas ici… remarqua t- elle avec une fausse décontraction.


Françoise caressa avec fièvre le splendide visage qu’elle venait de prendre entre ses deux mains. Elle se pencha doucement vers elle, approchant son visage.


— Embrasse-moi, souffla t- elle d’une voix rauque.


A sa grande surprise, Claire se redressa, leva les bras et noua ses mains autour de sa nuque pour venir à elle.


— Bonne nuit, lui dit-elle timidement.


Leurs lèvres se frôlèrent mais Claire détourna vite la tête pour l’embrasser sur les deux joues. Puis elle s’étendit aussi rapidement, lâchant Françoise qui n’eut pas le temps d’esquisser le moindre geste pour la retenir.


Déjà, elle se tortillait dans son lit pour se glisser au fond. Françoise hésita puis, sans un mot, s’éloigna et regagna son lit avec un minimum de bruits, priant en silence pour que Lucie ne se soit pas rendue compte de son absence. Elle n’était pas d’humeur à supporter une scène de jalousie. Heureusement, son amante dormait à poings fermés. Soulagée, elle essaya de sombrer elle aussi dans un profond sommeil, mais son état de nervosité l’en empêcha, et elle tourna et se retourna dans son lit une bonne partie de la nuit. Malgré elle, Claire ne cessait de l’obséder, éveillant une forte attirance qu’elle n’avait plus ressentie depuis longtemps, la plongeant dans les affres d’un amour aussi déraisonnable que dangereux.


L’arrivée de Claire au réfectoire provoqua une grande agitation. Toutes les détenues se retournèrent, crièrent, sifflèrent, se levèrent comme des diables ou cognèrent leurs couverts sur la table.


Terrorisée, Claire n’osait plus bouger. Elle venait tout juste de se remettre de ce qui semblait avoir été une grippe, et déjà elle devait affronter une épreuve à laquelle elle n’était pas préparée. Et Françoise qui n’était pas là pour la protéger… Celle-ci avait été convoquée chez la directrice pour l’avoir cachée et protégée à l’insu de l’administration pénitentiaire, une entorse au règlement qui risquait de lui causer maintenant quelques ennuis. Durant trois jours, Françoise avait soudoyé la gardienne qui était alors de permanence toute la semaine dans leur bloc, évitant à Claire de sortir et de dévoiler son état fiévreux qui aurait aussitôt attiré l’attention et aurait nécessité une visite à l’infirmerie.


Ainsi, c’est dans le plus grand secret qu’elle avait bénéficié des soins tout particuliers que lui avaient prodigué Françoise, Lucie, Lisa, et les autres filles de sa cellule, toutes leur apportant à manger pour qu’elle reprenne des forces, ainsi que des médicaments subtilisés aussi discrètement.


Un secret malheureusement éventé lorsque la gardienne avait cédé sa place à une autre lors de la relève du personnel. Françoise était alors tombé sur une femme beaucoup trop rigide et tatillonne sur le règlement qui s’était empressée de les dénoncer.


Maintenant, Claire n’avait plus le choix, et c’est seule qu’elle devait faire face à un univers aussi effrayant que barbare, un univers qui serait le sien pendant deux longues années si son avocate ne se montrait pas à la hauteur de sa réputation.


— Voilà enfin la nouvelle !


— Et bien , il était temps qu’elle nous montre son joli minois ! s’écria une autre fille.


— Qu’elle vienne donc me donner à manger, mais avec sa bouche en guise de cuiller ! rigola sa voisine.


— Et sa langue pour venir m’essuyer la bouche ! renchérit une autre.


On frôlait l’émeute alors que deux gardiennes hurlaient en vain pour rétablir le silence. Les réflexions aussi salaces que vulgaires fusaient à travers la salle bruyante, couvrant leurs avertissements. Alors, soudainement, une voix forte et clinquante brisa le brouhaha général :


— Vos gueules, les filles, ou je vous jure que vous allez le regretter !


C’était Françoise qui venait d’apparaître, se plaçant tout de suite devant Claire en défiant les meneuses d’un air de défi. Aussitôt, un grand silence s’établit.


De soulagement, Claire eut presque envie de se jeter dans ses bras pour la remercier. Tout était redevenu normal lorsqu’elle la suivit de prés, avec assiettes et couverts sur un plateau qu’elle portait en tremblant. Elle copia Françoise sur son choix culinaire, choisissant du poisson avec pommes de terre. Ici, c’était libre-service, bien que les plats étaient guère appétissants et le choix assez limité.


Derrière les rayonnages où étaient présentés les plats, deux femmes en toque blanche ne cessaient d’alimenter tout en surveillant étroitement la consommation de chacune. Le choix effectué, les prisonnières allaient ensuite s’installer librement à des tables de huit places, se regroupant par affinités. Claire se retrouva donc entre Lise et Lucia, avec Françoise en face d’elle.


— Cette bouffe est toujours aussi dégueulasse ! commenta cette dernière avec dégoût.


Claire ne dit rien, l’observant avec chaleur.


Elle lui était tellement reconnaissante de s’occuper ainsi d’elle, la protégeant et l’avertissant de tout danger. C’est par elle qu’elle connaissait maintenant les risques de se rendre à l’infirmerie, après qu’elle eût tout mis en œuvre pour l’empêcher de s’y rendre. Claire était véritablement heureuse d’avoir noué des liens d’amitié avec une alliée aussi précieuse.


Seule, elle se sentait incapable de survivre dans cette jungle aussi impitoyable, où seule la loi du plus fort régnait. Déjà, dans le monde normal, Claire avait toujours bénéficié de faveurs exceptionnelles, menant une vie dorée et insouciante. Fille d’un officier influent et respecté, elle avait souvent déménagé selon les affectations de son père, tout en profitant de tous les privilèges et passe-droits inimaginables.


Elle avait été habituée à être servie et entourée par un personnel militaire aux petits soins. Et, lorsqu’elle n’était pas chaperonnée par un aide de camp cédant à tous ses caprices et se pliant à toutes ses exigences, par peur de lui déplaire et de déplaire surtout à son père si elle venait à se plaindre, c’était sa belle-mère Hélène qui la couvait et la surprotégeait. Ainsi, Claire reconnaissait être ignorante et ne pas avoir l’habitude de se débrouiller seule, un lourd handicap dont elle risquait ici de payer le prix fort.


Mais, heureusement, elle pouvait compter sur Françoise.


Une alliée qui avait dû malgré tout en subir les conséquences… Inquiète, elle demanda :


— Comment cela s’est passé avec la directrice ? J’espère que vous n’avez pas eu trop d’ennuis à cause de moi…


Françoise, sans cesser de dévorer son repas à pleine dents, lui adressa un clin d’œil rassurant.


— T’inquiète, je gère la situation. Le problème est réglé, ne te fais pas de souci…


— Et moi, je ne risque rien ?


— Pas tant que tu seras avec moi.


Claire mangea un peu avant de questionner encore.


— Qu’allons-nous faire après le repas ?


— Rien. On va réintégrer nos cellules jusqu’à seize heures parce qu’il fait trop chaud à cette époque de l’année pour cuire dehors en début d’après-midi.


— Et après ?


— Après, c’est le meilleur moment de la journée. Sortie sur l’île, plage et baignade, activités sportives ou sieste à l’ombre d’un cocotier, chacune fait ce qui lui plaît…


Claire en resta bouche bée, les yeux écarquillés de surprise.


— C’est pas vrai ? C’est une blague ?…


— Non. C’est notre seul petit coin de paradis dans cet enfer, et heureusement qu’il existe…


Toutes les filles de la table approuvèrent de la tête.


— Qu’est-ce que c’est cette sorte de grande coupole vitrée qui est située au bout du couloir ? voulut encore savoir Claire.


— C’est la salle de contrôle. Le centre opérationnel qui dirige tous les blocs individuellement, déclenchant l’ouverture et la fermeture automatique des portes, surveillant tout le contexte à l’aide de caméras vidéo, et diffusant par des haut-parleurs les informations et ordres du jour. Les gardes qui sont à l’intérieur veillent à la sécurité et à l’exécution des consignes, c’est de là qu’ils gèrent notre triste quotidien et font respecter leur foutu loi…


Claire hocha sa petite tête blonde avec compréhension. C’est toujours avec autant de curiosité qu’elle posa mille questions, mais elle eut le malheur un instant de s’informer auprès de Lucie. Celle-ci, en guise de réponses, se contenta de lui jeter un regard glacial et si empli de haine que Claire, déroutée, se tourna vers une autre détenue pour s’enquérir d’autres choses. Le repas se déroula sans autre incident.


La discipline au réfectoire était maintenue par les deux mêmes gardiennes qui se promenaient avec vigilance entre les tables.


Pensive et observant tout avec minutie, Claire réalisa brusquement qu’elle était la dernière à rester à sa table, les autres s’étant déjà levées pour se débarrasser de leur plateau. Elle se retrouva soudain seule, avec l’insupportable impression d’être guettée et épiée par une multitude de regards avides. Elle ne s’y habituerait jamais… Crispée, elle se dressa d’un bond et partit précipitamment à la suite de Françoise qui, bienveillante, l’attendait au bout de la salle.


Les gerbes d’écume blanche de l’Océan Pacifique semblaient suspendues dans l’air avant de retomber en cascade sur le récif. Elles jaillissaient en permanence avec fracas, s’écrasant de nouveau sur la barrière de corail, s’insinuant entre ses crevasses acérées, avant d’être aspirées par l’Océan et retourner ainsi à sa source. Un combat éternel entre les vagues et les récifs que Claire contemplait sans s’en lasser.


Malheureusement, la beauté du site était gâchée par ce lugubre poste de sécurité et le mirador installés avec un total irrespect de l’harmonie en plein milieu du motu qui émergeait dans le lagon, prés de l’unique passe. Un emplacement stratégique qui empêchait toute intrusion par la mer, et surtout toute évasion.


Des vedettes lourdement armées patrouillaient en permanence derrière la barrière de corail, allant et venant en pleine mer à vitesse réduite.


Et, de temps en temps, l’hélicoptère privé de la prison passait bruyamment dans le ciel, tâche noire et menaçante qui troublait le bleu d’azur du ciel.


Claire se retourna, enfonçant davantage ses pieds dans le sable, tournant le dos à la mer pour faire face à la forêt tropicale qui était constituée d’une végétation arbustive, aux couleurs variées avec ses orchidées et hibiscus multicolores. Un paysage touffu et enchanteur qui dissimulait la bâtisse grise et imposante du pénitencier qui se dressait de toute sa hauteur, prolongée par des murs épais, des miradors, des barbelés électrifiés, le tout sur toute la largueur de l’île. Une installation moderne et efficace ne lésinant sur aucun moyen pour rappeler aux détenues que s’échapper s’avérait une mission impossible, ce qui jusqu’ici s’était révélé exact. Françoise le confirma sur un ton lugubre :


— Ne te fies pas à la beauté des lieux. N’oublie jamais que c’est un pénitencier de haute sécurité et que personne n’a encore réussi à s’évader.


Claire, perdue dans ses pensées, avait oublié sa présence. Pourtant c’est Françoise qui lui servait de guide, lui montrant la cour atténuante à la prison, là où les plus sportives pouvaient s’adonner au basket ou au handball, et ensuite jusqu’à la plage où les plus fainéantes pouvait se prélasser à l’ombre d’un cocotier, avant de piquer une tête dans le lagon.


Françoise n’était pas avare d’explications en continuant la visite, et Claire se remit à boire ses paroles comme si tous ses conseils étaient parole d’évangile. Grâce à cette femme, elle avait guéri et repris goût à la vie, et elle lui en serait éternellement reconnaissante.


Maintenant, elles seraient amies pour toujours, du moins entre les quatre murs de cette prison…


Cette soudaine et profonde amitié lui semblait naturelle et providentielle, comme un signe du destin qui la soutiendrait dans l’épreuve. Confiante, elle ne se posait pas d’autres questions. Évidemment, les sentiments qu’éprouvaient Françoise étaient bien différents, guidés par des pulsions beaucoup moins innocentes.


Il y’ avait dans cette jeune femme une telle lumière de pureté, une telle spontanéité et fraîcheur, que le contraste qu’elle offrait dans cet univers de débauche et de violence en était encore plus grand. Françoise en était étrangement sensible, comme s’il était de son devoir de veiller sur elle. De la protéger. De l’aimer. Cette vague de tendresse l’inquiéta brusquement. Ressentir de la compassion et de l’amour pouvait être considéré comme une marque de faiblesse.


Jusqu’ici, Françoise s’était montrée dure et sans pitié, une femme dangereuse qui avait imposé son autorité sans le moindre état d’âmes. C’était la loi du plus fort et Françoise pouvait se considérer comme le chef de la meute, celle que l’on craint et respecte, un combat de tous les jours qui n’autorisait aucun relâchement. Baisser la garde était signer son arrêt de mort. Ses pensées furent soudain interrompues par l’exclamation ravie et admirative de Claire.


Sans s’en rendre compte, elle se laissa guider dans leur bloc, où toutes les cellules étaient ouvertes. Toutes les détenues s’adonnaient à leurs occupations, pause cigarettes, jeux de société, bavardages, dans une ambiance bon-enfant qui faisait presque oublier l’endroit où elles se trouvaient. Françoise le lui fit remarquer d’un ton sec et cynique :


— Ne te fie pas aux apparences. L’enfer a plusieurs visages.


Pensive, Claire acquiesça :


— C’est vrai…


Et elle prît un petit air malheureux et confus, comme une collégienne venant d’être sévèrement sermonnée. Suivant Françoise de prés, c’est à peine si elle réalisa que toutes deux venaient de regagner leur cellule. Son expression boudeuse enchanta Françoise qui ne pu s’empêcher de rire.


— Allons, ne fais pas cette tête. Et puis, après tout, tu as raison de prendre les choses du bon côté. Même en enfer, on peut toujours trouver quelques compensations pour passer le temps et s’amuser un peu… Viens t’asseoir prés de moi.


Claire, intriguée, plissa le front. Elle vint la rejoindre sur le lit.


— Des compensations ? De quel genre ?


— Des choses passionnantes qui nous permettent temporairement de nous évader…


Françoise prenait un air grave et énigmatique, le regard fixe, tandis que Claire semblait réfléchir et ne pas comprendre. Elle s’énerva.


— Je veux savoir ! dit-elle sur un air buté, croisant les bras avec détermination.


Amusée, Françoise perdit son sérieux plein de mystère.


— Je te le dirai plus tard.


Elle ne pu se retenir davantage et éclata de rire. Claire se rendit compte alors qu’elle se jouait d’elle et, de bonne guerre, entra dans son jeu. Elle se fît mutine.


— Non, maintenant. Ou je te ferai parler.


Puis, prenant un ton autoritaire avec un fort accent allemand, reprit :


— Madame, nous avons les moyens de vous faire parler. Beaucoup de moyens !


Françoise se tint le ventre en riant aux éclats, les larmes aux yeux. Il y’ avait tellement longtemps qu’elle n’avait pas autant ri. Elle était sous le charme, appréciait le changement d’humeur de Claire qui, en reprenant confiance, se montrait sous son vrai jour. Elle adorait son entrain, son allure alerte et puérile, son espièglerie, sa manière de se déplacer souplement avec des gestes à la fois d’enfant et d’une terrible sensualité. Elle se plaça devant elle, les bras croisés avec le même air résolu.


— Très bien, je demande à voir ! Fais-moi parler si tu l’oses !


Claire plissa ses yeux rieurs.


— Tu l’auras voulu !


Elle se précipita soudain sur elle, la poussant en arrière pour la faire tomber. Surprise, Françoise s’écroula pour se retrouver sur les fesses. Elle voulut se redresser mais, avec un cri victorieux, Claire était déjà sur elle. Elle s’assit sur ses jambes et tortilla son joli postérieur sur ses cuisses avec une volupté de chatte qui assure sa prise avant de jouer avec sa proie. Françoise se redressa et atterrit naturellement dans les bras de Claire qui la toisait avec un petit air rusé.


— Alors, on refuse toujours de parler ?


Françoise était trop troublée pour répondre tout de suite. Le corps souple et chaud qui ondulait doucement contre ses cuisses éveillait de bien mauvaises pensées, ainsi que la vision des longues jambes à la chair dorée qui s’étendaient de chaque côté de son corps. Elle se sentait soudain nerveuse.


— Tu peux tout essayer pour me faire parler, jamais je ne céderai… réussit-elle enfin à articuler d’une voix enrouée, tout en posant doucement sa main sur une cuisse nue.


Avec un drôle de petit air espiègle, Claire l’observa étrangement. Elle leva les bras au-dessus de sa tête, faisant ainsi saillir ses seins épais avec une incroyable insolence, avant de tortiller de la croupe sur ses cuisses avec encore plus de provocation.


— C’est ce qu’on va voir…


Elle noua ses mains autour de la nuque de Françoise, l’enlaçant de prés. Puis l’embrassa tendrement sur la joue, à la commissure des lèvres. Françoise ressentit ce contact comme une décharge électrique. La délicieuse Claire la rendait folle… Brûlante de désir, elle passa un bras autour de la taille flexible pour l’attirer à elle, mais Claire s’écarta vivement en riant. Elle se dégagea en roulant sur le côté, pour se rasseoir un peu plus loin. Elle l’observait d’un air moqueur.


— Tu viens.


Françoise était abasourdie, se demandant si Claire était simplement inconsciente de jouer ainsi avec ses nerfs, ou si c’était la plus effrontée des allumeuses. Elle hésita entre la patience bienveillante ou le viol immédiat. Et opta pour la première solution. Elle se sentait incapable de la brusquer ou la choquer, une attention qui ne lui était pas coutumière pourtant. Elle se leva et s’assit à côté d’elle. Toutes deux se sourirent tendrement.


— Alors, tu ne veux pas savoir tout compte fait ? demanda Françoise en tournant la tête vers son interlocutrice.


Claire, étendue sur le dos et bras écartés avec les mains croisées sous la tête, esquissa une moue boudeuse.


— Je finirai bien par le savoir un jour…


Elle se passa ensuite la main dans les cheveux, toujours cambrée, ses seins s’écrasant lourdement contre le tissus de la chemisette réglementaire à l’en déchirer. Claire, malgré elle, fut sensible à la beauté féminine qui savait si bien se mettre en valeur. Troublée, elle battit des cils. Elle était si heureuse d’avoir une amie, une vraie, qui savait s’impliquer et se compromettre pour la protéger, et c’était là un sentiment nouveau qui la rendait confiante et reconnaissante. A cause des fréquentes affectations de son père, elle n’avait jamais eu d’amies avec qui elle avait pu établir des liens durables et sur qui elle pouvait réellement compter en cas de coup dur.


Et il fallait qu’elle se retrouve en prison pour rencontrer une véritable amie. Mais il n’y avait pas que ça…


Cette amitié très forte semblait basée sur des sentiments beaucoup plus subtils et ambiguës, si insondables qu’elle avait du mal à se l’expliquer. C’était trop rapide, si nouveau. Et Françoise était si mystérieuse, pouvant passer de la douceur à la violence, de la gentillesse à la cruauté, tantôt frivole, rieuse, ou alors d’une grande gravité…


Claire, pour tout cela, la trouvait fascinante, une femme à part, forte et solide qui pouvait affronter tous les obstacles sans la moindre hésitation et sans se préoccuper des conséquences, fonçant tête baissée alors que son allure nonchalante laissait penser le contraire.


C’était une grande femme souple et élancée, d’une grâce langoureuse, aux gestes lents et mesurés, comme une habituée des défilés de mode. Un peu comme Hélène…. Avec ses cheveux coupés courts à la garçonne, Françoise avait un profil équivoque, d’éphèbe, avec des arcades sourcilières bombées et une large bouche aux lèvres fines qui lui donnaient ce côté masculin et asexué si troublant. Mais la douceur des joues un peu creuses et la sensualité de la bouche gourmande étaient furieusement féminines. D’ailleurs, tout le caractère de cette femme semblait se refléter dans sa bouche : vorace et moqueuse, avec des fossettes marquées qui, souvent ironiques, s’élargissaient dans un pli satisfait et rusé lorsqu’elle souriait. Ses yeux étaient aussi fascinants. Vifs et intelligents, ils s’étiraient en amande comme deux pinceaux à la lueur avide et victorieuse, plein de malice. C’était cette même ruse qui brillait alors qu’elle continuait d’observer Claire en silence.


Elle lui sourit en lui demandant brusquement :


— Tu ne trouves pas qu’il fait chaud ?


— Un peu, si…


— Exact, et c’est pour cette raison que je vais me mettre à l’aise.


Et, tranquillement, elle défit un à un les boutons de sa chemisette bleue jusqu’au nombril. Elle demeura ainsi, à demi- nue, avec ses seins magnifiques qui jaillissaient fièrement, les pointes dressées. Claire, gênée, tourna la tête.


— Vas-y, fais-en autant, lui suggéra Françoise.


— Non…


— Tu devrais pourtant…


Claire, le feu aux joues, secoua sa petite tête blonde avec énergie. Françoise la dévorait des yeux tout en résistant à l’envie de se jeter sur elle.


— Est-ce que c’est ma présence qui te gêne ? avança t- elle avec un petit sourire moqueur.


— Bien sûr que non ! protesta Claire avec véhémence.


Françoise prit ses mains et l’obligea à s’asseoir en face d’elle.


— Alors fais comme moi.


Puis, sans attendre son accord, commença à lui déboutonner les premiers boutons de la chemisette. Le premier réflexe de Claire fût d’avancer ses mains pour l’empêcher de continuer, mais elle arrêta son geste à mi-chemin, hésitante. Après tout, il n’y avait rien là de mal à se mettre à l’aise…


Aussi laissa t- elle retomber lentement ses bras le long du corps et, docile, se laissa faire. Françoise la déshabilla à moitié, écartant d’une main fébrile les pans de la chemisette ouverte. Son regard fût irrésistiblement attiré par la troublante nudité des seins qui pointaient avec arrogance. Les seins étaient parfaits, accrochés hauts, à la fois lourds et délicats avec leurs pointes érigées qui ressemblaient à des petits boutons de rose. Ils étaient si attirants que Françoise en eut des picotements au bout des doigts.


— Tu sais que tu es vraiment très belle… lui dit-elle d’une voix un peu trop oppressée.


N’y tenant plus, cédant à la tentation, elle lui caressa du bout des doigts son visage de poupée.


— Ne trouves-tu pas cette situation très troublante, lui dit-elle d’une voix rauque. Toi et moi sommes si proches, presque nues, qu’il suffirait de peu pour que je te prenne dans mes bras et te renverse en arrière. Là, il en faudrait encore beaucoup moins pour que nous finissions totalement nues et enlacées sur ce lit, et je pourrai alors te faire l’amour comme on ne te l’a jamais fait, avec une telle envie que cela ne finirait jamais… N’est-ce pas très excitant ?


Claire eut de plus en plus chaud. Le regard fixe et brûlant qui la déshabillait des yeux lui faisait monter le sang au visage. Confuse, elle esquissa un pâle sourire en hochant timidement la tête.


— Un peu, oui… reconnut-elle faiblement.


Françoise se pencha en avant, continuant de caresser avec fièvre chaque trait du visage enfantin.


— Il me suffirait d’abord de te toucher le visage, très délicatement, comme je le fais actuellement. Puis, ensuite, de t’embrasser longuement, le plus doux et exquis des baisers…


Elle la saisit par la nuque avec douceur et l’attira à elle, approchant son visage du sien. Claire sentit son haleine brûlante tout prés et, rougissante, tourna légèrement la tête de côté. Les yeux brillants, sans se décourager, Françoise lui déposa donc un baiser sur la joue, frôlant la peau lisse prés des lèvres entrouvertes. Claire se raidit aussitôt.


— N’aie pas peur, la rassura Françoise. Tu vas voir, c’est si agréable…


Elle laissa glisser sa bouche jusqu’au lobe de l’oreille qu’elle se mit à mordiller délicatement, léchant d’une langue aiguë le pourtour. Claire frissonna brusquement. Un frisson de plaisir comme elle n’en avait jamais connu, si délicieux qu’elle en avait la chair de poule. Haletante, elle avait du mal à respirer, incapable de reprendre ses esprits alors que Françoise se montrait plus empressée, la bousculant dans son excitation.


Désorientée, elle voulut la repousser faiblement.


— Non, Françoise, arrête… gémit-elle.


Ses yeux étaient troubles et suppliants. Sa détresse la rendait encore plus désirable. Sensuelle, Françoise s’approcha de sa bouche en un long et doux frôlement. Elle s’attarda un instant sur la commissure des lèvres, agrippant en même temps la chevelure rousse pour maintenir la tête et presser le visage contre le sien.


— Françoise, il ne faut pas… haleta Claire alors que leur bouche se frôlait.


Mais, au lieu de s’esquiver, elle entrouvrit ses lèvres, sans savoir réellement pourquoi elle le faisait. Et elle gémit bruyamment lorsque Françoise lui lécha la bouche de longs et appuyés coups de langue, de façon si voluptueuse que Claire respira encore plus bruyamment, plus fort que les soupirs stupéfaits qu’elle poussait sans s’en rendre compte. Suffocante, elle ouvrit la bouche, et Françoise n’eut aucun mal à franchir aussitôt la barrière de ses dents pour en prendre possession.


Claire accueillit le baiser avec un râle éperdu, répondant malgré elle aux tendres sollicitations de la langue qui l’aspirait toute entière.


Leur bouche se pressait et se butinait violemment avec une ardeur croissante, s’affolant de subtiles et enivrantes succions. Françoise passa une main sous la chemisette et sentit frémir le corps étonnamment souple de sa partenaire qui gémit encore plus fort en se serrant voluptueusement contre elle. Claire tremblait sans retenue au contact de cette main sur sa peau nue et, comme une affamée, se mit à dévorer la bouche féminine d’une langue encore plus impatiente. Littéralement éblouie, elle se mettait à onduler fébrilement contre Françoise en lui nouant passionnément les bras autour du cou. Cette dernière la relança d’une bouche vorace, achevant de l’affoler, tout en continuant à caresser le corps frémissant d’un geste nerveux.


Sa main rencontra la pointe érigée d’un sein qu’elle fît gonfler de ses doigts habiles en agaçant le fragile dard violacé. Claire cria de surprise, rejetant la tête en arrière, ses jolis traits innocents figés dans un désir indescriptible. Perdant le contrôle, elle prit l’initiative de jouer avec les nerfs de sa partenaire, l’emportant dans des étreintes torrides.


Puis, haletante, Claire osa faire de même, glissant sa main libre à l’intérieur de l’habit ouvert, à même la peau. Françoise reçut la caresse d’un long gémissement, se serrant davantage contre sa partenaire. Ivres de désir, elles se caressaient mutuellement avec une fougue grandissante, et Françoise émit des petits cris de bonheur lorsqu’elle sentit enfin la main de sa maîtresse se refermer doucement sur son sein gauche.


Ce contact les électrisa toutes les deux, plus particulièrement Claire qui découvrait pour la première fois le corps d’une femme.


Brûlante de désir, elle prît l’initiative de défaire les boutons qui restaient au bas du vêtement, admirative et bouleversée à chaque centimètre de peau nue qu’elle dévoilait. Françoise la déshabilla à son tour, glissant sa langue sur chaque parcelle de peau qu’elle dévoilait, de la gorge jusqu’aux bouts des seins, arrachant à chaque fois des râles extasiés.


Leurs habits atterrirent tout prés d’elles et, enfin nues et haletantes, elles se contemplèrent un instant, les yeux brillants, pâmées et éblouies par ce formidable désir qui passait dans leurs yeux. Le plaisir du regard qui ne fît qu’accroître leur envie de s’aimer. L’excitation, déjà, faisait luire leur peau de chauds reflets. Claire était luisante de transpiration, se délectant de baisers et de caresses nouvelles qui la ravissaient d’un désir sans nom.


Françoise craqua la première, l’enlaçant violemment et la pliant hâtivement sous elle. Tandis qu’elles roulaient ensemble sur le lit, leurs lèvres se retrouvaient avec délice, se dévorant frénétiquement. Françoise se dépêcha de couler une main le long du ventre plat pour effleurer une hanche frémissante et s’aventurer sur la peau délicatement veloutée de l’aine. Elle demeura un instant sur la chair palpitante, d’une incroyable douceur, affolant Claire d’une caresse lente et progressive, tournant autour du triangle blond de son sexe.


Claire, hors d’elle, tremblait de tout son corps, creusant les reins et ouvrant les cuisses avec impatience, soulevant ses fesses pour se porter au-devant des doigts féminins. Répondant à son attente, Françoise avança la main sut la toison secrète, se faufilant entre les poils pour aller plus bas, au cœur même d’une féminité brûlante.


Ses doigts glissèrent aussitôt dans un calice de chair moite, avec une facilité qui en disait long sur l’état d’excitation de sa partenaire.


En effet, Claire émit des petits sanglots extasiés, s’accrochant comme une naufragée aux épaules de sa partenaire qu’elle se mettait à mordre tendrement quand elle ne l’embrassait pas dans le cou. En même temps, elle se tordait en tout sens, remuait les jambes nerveusement, tournait la tête de gauche à droite, soulevait son bas-ventre avec plus de furie lorsque Françoise s’amusait à fouiller son sexe brûlant avec plus de dextérité.


Sans pitié, elle ne cessa pas de la caresser en glissant le long de son corps, appuyant sa descente de baisers et morsures sur chaque millimètre de peau qu’elle dévorait goulûment. Enfin, elle pris possession du sexe trempé et ouvert, impatiente de s’y désaltérer et s’enivrer jusqu’à la folie…


L’orgasme frappa Claire de plein fouet, si violemment qu’elle retomba haletante sur le lit. Françoise ne lui laissa aucun répit, la retournant pour dévorer à pleines dents l’arrondi ferme de ses fesses, avec un appétit goulu.


Lorsque Claire fut terrassée par un autre orgasme, encore plus violent, elle la ramena sur elle, cherchant dans un contact à la fois fluide et étroit l’odeur de sa peau, la relançant dans des bonds fougueux, seins contre seins, pubis contre pubis. Un jeu terriblement agaçant et raffiné auquel Claire se prêta sans ménagement, répondant à ses soubresauts par d’autres déhanchements,


comme cherchant à s’arracher la peau.


Inassouvie, l’envie de découvrir enfin ce corps féminin la saisit comme un besoin irrépressible.


L’excitation, la curiosité, le désir, toutes ces envies nouvelles qui dictaient sa conduite avec une impudeur éhontée. Peu importe… Plus de morale ni conscience.


Juste un désir à l’état brut.


Aussi, c’est avec beaucoup d’excitation qu’elle goûta son sexe trempé. Son petit bouton luisait comme une perle sur une huître. Claire trouva cela magnifique, un écrin dans toute sa splendeur.


Avec voracité, elle plongea sa bouche le plus loin possible, fouillant sa vulve sans pouvoir se rassasier de ce divin nectar. Elle insinua sa langue dans les moindres replis luisants de sa peau rose. La curiosité se mêlait à l’excitation, la découverte d’un terrain inconnu, recelant mille mystères et mille plaisirs à exploiter.


Étrangement, Claire savait exactement ce qu’il fallait faire pour lui donner du plaisir, comme si l’amour au féminin était sa seconde nature. Elle la léchait avec une frénésie délirante, poussant le vice à jouer avec ses nerfs, ralentissant le rythme lorsque Françoise était au bord de l’orgasme, complètement déchaînée sous ses attouchements. Elle ne cessait de gémir, de crier, de la supplier de l’achever.




Enfin, une vague de plaisir allait la submerger lorsqu’elle se sentit brusquement tirer par les cheveux. Déstabilisée par cette brutale attaque, Françoise partit en arrière, se laissant aussitôt rouler sur le côté pour s’éloigner vivement de l’agression.


Déjà, elle avait retrouvé ses esprits, prête à se battre jusqu’à la mort et résolue à faire auparavant le maximum de dégâts chez l’ennemi. D’un mouvement souple, elle rebondit sur ses jambes, bien campée sur ses deux pieds pour faire face à l’adversaire. Puis, aussi vite, elle se détendit. Et son visage exprima une immense surprise lorsqu’elle vit Lucie devant elle.


— Que fais-tu ici ? aboya t- elle furieusement.


Jambes écartées, mains sur les hanches, Lucie la toisait avec une haine incontrôlable. C’était la première fois qu’elle osait ainsi l’affronter.


— Tu ne t’ennuies pas à ce que je vois ! explosa t- elle.


Françoise ne se démonta pas. Elle leva la tête avec fierté. Grande, altière et farouche, consciente de sa beauté animale, elle siffla entre ses dents comme un serpent prêt à mordre.


— N’insiste pas, Lucie. Je ne te dois rien alors passe ton chemin et fous moi la paix !


Lucie, hors d’elle, se mit à crier :


— Jamais, tu entends, jamais on m’a laissé tomber comme ça, comme une vieille chaussette ! Et pour une pucelle de pacotille en plus ! Elle t’a bien embobiné avec ses airs de sainte nitouche celle-là ! Mais elle ne t’aura pas. Tu es à moi, rien qu’à moi, et je ne laisserai personne nous séparer ! Personne, tu entends !


Elles s’affrontèrent du regard comme des animaux sauvages. Ces femmes fougueuses, violentes, sevrées d’hommes et livrées à elle-même dans un univers implacable, étaient encore plus dangereuses que cent hommes réunis. Elles étaient prêtes à tout pour survivre. Et, surtout, prêtes à tout pour un peu d’amour. Le droit de se sentir femmes, belles et désirables. Le droit de se sentir vivantes. Leur retirer ce droit était leur ôter toute humanité. D’un coup, Lucie en prit conscience et, anéantie, s’éloigna d’un pas lourd. Françoise la laissa pour se tourner vers Claire.

Celle-ci, en boule, repliée sur elle-même, pleurait à gros sanglots, le visage caché dans ses mains. Françoise, surprise, voulut la consoler, mais Claire la

repoussa en poussant un cri déchirant.


— Non, non ! Assez ! J’ai si honte, si honte !


Françoise, bouleversée, hésita. Puis, lentement, s’en alla à son tour d’un pas traînant, la tête basse. Si quelqu’un aurait pu voir à cet instant son visage, il aurait vu des larmes ruisseler sur

ses joues…

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