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Deux epaves en décembre

Chapitre unique

Histoire médaillée
Divers

C’était une froide soirée de Décembre. Je rentrai de mon travail, il devait être dix huit heures. Le soleil était couché, il faisait déjà nuit noire. Mais après avoir passé le pont sur le Rhône, je m’étais arrêté sur le parking de la mairie. Je n’avais pas envie de rentrer chez moi. A quoi bon ? Pourquoi faire ? Personne ne m’attendait. A part la solitude, il n’y avait rien qui m’incite à rentrer.


Je fis quelques pas le long du pont. Il faisait très froid. Le mistral se levait. Je mis ma capuche et avançai à pas lents sur une cinquantaine de mètres. Puis je m’accoudai à la barrière. Je regardai vers la ville. Elle était merveilleusement décorée de dizaines de guirlandes et compositions lumineuses. Ça clignotait, çà scintillait, les lumières se reflétaient dans l’eau du fleuve. C’était magnifique, du moins j’aurai du trouver çà magnifique mais je n’en éprouvai qu’amertume.


L’eau du fleuve... Il y avait un fort courant. Il avait plu dans le nord et le Rhône menaçait de déborder. L’eau devait être très froide, pas plus de deux ou trois degrés. Quelqu’un y tombant n’aurait pas survécu longtemps. J’étais fasciné, hypnotisé. Ça aurait été tellement facile : juste à enjamber la barrière, un petit saut, et en deux minutes, tout serait terminé...


Une rafale glacée me secoua. J’essuyai une larme. Non... Je ne pouvais pas faire çà. Elle ne me l’aurait jamais pardonné. Je ne pouvais pas... A pas lents, je fis demi-tour. Il ne me restait rien d’autre à faire que rentrer à la maison.


Le vent forçait. Les rues étaient presque désertes à part quelques personnes qui se hâtaient de rejoindre leur foyer. Il y avait juste cette femme assise sur un banc, avec deux gosses. Elle ferait mieux de rentrer chez elle avant de chopper la mort. C’est alors qu’en passant derrière le banc, j’entendis des bribes de conversation.


— Maman, où est-ce qu’on va dormir ce soir ? Fit une voix de garçon.

— Je ne sais pas mon chéri, répondit la femme. Le foyer n’a pas de place et le bureau où on nous a envoyé était fermé.

— Mais il fait très froid ! Reprit le garçon. On devrait essayer d’y retourner ?

— Non mon chéri, c’est trop dangereux.

— J’ai faim maman, j’ai très faim. Et j’ai sommeil...


Cette fois c’était la voix d’une petite fille. La femme fouilla dans un vieux sac à dos.


— Tiens ma chérie, il reste deux biscuits. Prenez en un chacun. Serre-toi contre moi, je vais te tenir chaud.


Une SDF... Avec deux gosses... A bout de ressources et sans endroit où passer la nuit... Une seconde je fus tenté de passer mon chemin. C’était pas mon problème. Chacun les siens. Il y aurait bien une patrouille de la croix rouge pour les ramasser ? Une brusque rafale me secoua. Non... C’était pas possible. Je ne pouvais pas les laisser comme çà. Ils allaient geler sur place. Ne rien faire aurait été criminel. Je contournai le banc.


— Excusez moi madame, dis-je presque timidement, j’ai entendu bien involontairement votre conversation. Vous n’avez aucun endroit où dormir cette nuit ?


Je vis la femme se mettre sur la défensive. Elle se demandait sans doute quelle était ma motivation. Peut-être étais-je un pervers, une menace pour ses enfants ?

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— Non, non, pas de problème monsieur, nous allons nous débrouiller, merci, ne vous inquiétez pas.

— On n’a pas voulu de nous au foyer, rajouta le garçon.

— J’ai froid maman…


Elle se méfiait de moi, c’était évident. Mais je ne pouvais pas les laisser là. Je revins à la charge.


— Madame ce n’est pas raisonnable. Il fait un froid de canard. Vous allez geler sur place. Écoutez, çà ne me gène pas du tout. Je vis seul, j’habite une grande maison, vous serez au chaud, à l’abri. Acceptez mon hospitalité ne serait-ce que pour cette nuit. Si vous passez la nuit dehors avec vos enfants… çà risque de mal se terminer.


Je n’avais pas pu dire les mots exacts qui m’étaient venus à l’esprit. Plus mal… oui certainement… Je vis la femme hésiter. Je sentais son angoisse à l’approche de cette nuit glaciale. Elle avait un choix terrible à faire entre un risque démesuré ou remettre son destin entre les mains de l’inconnu.


— Il y a à manger chez toi ? Fit la petite fille

— On y va maman ? Reprit le garçon. Dis oui, Julie est gelée !


Elle hocha la tète et capitula.


— Et bien… d’accord, j’accepte votre proposition. Mais seulement pour cette nuit.

— Ce sera comme vous voudrez, dis-je avec soulagement. Venez, ma voiture est là.

— Julie ? Lève-toi ma chérie.

— Je peux pas maman… et j’ai sommeil… tellement sommeil…

— Elle est en train de geler sur place, dis-je alarmé. Attendez, je vous aide. Euh…vous n’avez pas d’autres affaires ?

— On nous a volé notre couverture au foyer, répondit le garçon avec de la rancœur dans la voix.


J’avais pris instinctivement la petite dans mes bras. Je vis un mélange de surprise et d’inquiétude sur le visage de la femme.


— Elle… n’est pas trop lourde ? Risqua t-elle.


Non, elle n’était pas lourde du tout. C’était une plume, un petit oiseau. Cela me fit une impression bizarre. Il y avait si longtemps que… Elle se serra contre moi. La femme était inquiète et je décidai de briser la glace.


— Moi c’est Jacques. T’es qui toi ? Dis-je à la petite.

— Julie…

— Moi c’est Alan, reprit le garçon.

— Marie... Rajouta la femme.


J’éprouvai un choc... Pour cacher mon trouble, je pressai le pas pour gagner ma voiture. Elle était encore bien chaude. Je démarrai le moteur et mis le chauffage à fond. Il y avait urgence. D’abord les réchauffer. J’installai Julie sur la banquette et bouclai sa ceinture pendant que Marie en faisait autant avec Alan.

— Zut, j’ai pas de rehausseur, j’avais pas prévu çà… Et puis flûte ! Avec un froid pareil, tous les flics du pays doivent être chez eux ! Venez, euh… madame. La maison est à cinq minutes. J’habite juste à la sortie de la ville dans la garrigue. C’est un quartier calme avec plusieurs maisons autour.


Je conduisis rapidement. Il était urgent de les mettre à l’abri. Marie regardait sa fille avec inquiétude. Heureusement, le chauffage de la voiture fit merveille et la petite Julie commença à se ranimer.


— Voilà on est presque arrivés, dis-je en ralentissant.

— Oh maman, regarde ! s’exclama Alan. Une maison de père Noël !

— Que c’est beau, fit la petite fille.


C’est vrai, c’était beau. Il y avait des centaines de lumières clignotantes. Chaque arbre, chaque buisson avait sa guirlande dédiée, illuminant le jardin devant la maison. Des personnages en acryliques scintillaient à différents endroits, des stalactites ruisselaient des bordures du toit…


— C’est vous qui faites çà ? Demanda t-elle étonnée.

— Euh… oui. C’est une tradition depuis plusieurs années, dis-je en arrêtant la voiture devant la porte. Je le fais systématiquement pour le mois de décembre. Cette fois je l’ai fait aussi… comme çà… Un peu excessif peut-être ?

— Oh non, répondit-elle, c’est magnifique.

— Venez, je vous ouvre. Non, non, laissez tomber, pas besoin de vous déchausser, mettez vous vite au chaud.

— Ooooh… Un sapin, tout illuminé ! S’exclama Alan.

— Et un village, tout un village, répondit Julie, avec plein de bonhommes partout ! Regarde maman !

— Oh c’est… j’ai pas de mots. Comment faites vous çà ?

— Les boites des guirlandes, que j’empile. Puis un plastique dessus que je recouvre de gravier, de mousse, d’écorces, d’herbe coupée en petits brins, enfin ce que je trouve dans les bois autour. Mais je l’ai pas terminé, il reste des santons à placer.


C’est à ce moment là que je me rendis compte que je n’étais pas du tout préparé à la venue d’invités. Je ne savais pas par quoi commencer. Elle vit mon trouble et se rassura quelque peu. Un prédateur aurait eu un mode opératoire bien rodé, mais moi, j’étais complètement perdu. Mais j’ordonnai rapidement mes idées par ordre de priorités. Et tout d’abord  leur faire découvrir la maison.


— Voilà, ici c’est le salon, là la cuisine. Donnez moi vos vestes et vos manteaux, on va les mettre sur les cintres dans ce placard à l’entrée… Venez, ce couloir donne sur les chambres. Ici c’est…c’était la chambre de mon fils. Alan pourrait y dormir ?

— Ouah ! C’est plein de livres !

— Ici… la chambre de ma fille, pour Julie ?


La petite fille poussa des cris de joie !


— Oh ! Des peluches ! Regarde maman, le gros panda… et une licorne ! Oh, le joli petit chien ! Et le petit chat, qu’il est mignon…

— Après, il y a la chambre d’amis, dis-je. La mienne est de l’autre coté du couloir, mais… euh… Peut-être préférez vous… ?


L’idée venait de me traverser que Marie hésiterait à laisser ses enfants seuls.


— Oui, je vais dormir avec Julie si çà ne vous ennuie pas.

— Pas du tout, vous faites comme vous voulez. La maison est à vous… Julie ?… Qu’est-ce qu’il y a ?

— Julie !


La petite s’était mise à trembler de tout son corps, des frissons convulsifs. Je devinai ce qui se passait.


— Ce n’est rien Marie... Ne vous alarmez pas... Elle est en train de faire la réaction maintenant qu’elle commence à se réchauffer…Vous devriez leur donner une bonne douche pour finir d’enlever ce froid qui les glace ?

— Une douche, une vraie douche ? Avec de l’eau chaude ? Demanda Julie en claquant des dents.

— Mais oui, la salle de bain est ici… Mais j’y pense ? Quel age avez vous ?

— J’ai quatre ans, répondit Julie.

— Tu parles drôlement bien pour ton age ?

— Julie est précoce, elle a appris très vite, précisa sa mère.

— Et moi six ans ! Rajouta fièrement Alan.

— Alors attendez, mes enfants avaient le même age. Avec un peu de chance, j’ai des pyjamas qui leur iront.


Je remerciai mon instinct qui m’avait empêché de donner les vêtements des petits à une association. Je n’avais pas pu m’y résoudre… Marie avait commencé à déshabiller ses enfants.


-Voilà ; j’ai deux pyjamas au choix pour Alan. Je pense qu’ils devraient lui aller. Et pour Julie, je ne savais pas alors j’ai pris un pyjama et une chemise de nuit. Ah ! Ici il y a du shampoing et du savon liquide pour enfants…Et prenez les serviettes qu’il vous faut… ici… dans ce placard…euh…


Je ne m’étais jamais senti aussi godiche depuis longtemps. Je cherchais instinctivement à les aider et les assister. Marie comprit et me rassura avec un sourire, son premier sourire.


— Ça ira Monsieur Jacques. Je vais me débrouiller. Merci. Merci encore de votre gentillesse…

— Euh… bon… euh… je vous laisse. Je vais préparer à manger ! Et laissez tomber le « Monsieur ». Prenez votre temps.

— A manger maman ? On va vraiment manger ?


Je filai dans la cuisine. J’entendis l’eau commencer à couler et les petits crier que l’eau était brûlante ! « Mais non mes chéris, elle est à peine tiède... ». Ils étaient glacés, il s’en était fallu de peu. Qu’est-ce que je pouvais préparer en peu de temps ? Des spaghettis ? Oui pourquoi pas, c’était rapide et j’avais un gros pot de bolognaise dans un placard. Combien je devais en mettre ? Et puis flûte, je versai tout le paquet dans la cocotte, il en resterait, pas grave…


Je finissais de mettre la table quand les deux petits débouchèrent dans le salon.


— Regarde ma chemise de nuit, j’ai une licorne dessus.

— Et moi je suis Spider-man ! Rajouta Alan.


J’éprouvais un nouveau choc en découvrant les deux petits dans les vêtements de mes enfants. Je me secouai.


— Je vous ai préparé des spaghettis, dis-je. Je n’ai pas eu beaucoup de temps. Ça ira ?

— Des spaghettis ! s’exclama Alan.

— C’est quoi ? Répondit Julie, çà se mange ?

— C’est comme des longues pâtes, rajouta leur mère. Merci… Jacques, c’est un vrai festin.

— Moi j’en veux beaucoup ! reprit Alan.

— Moi je veux un peu moins que beaucoup parce que je suis plus petite…

— Alan ! Voyons ! Un peu de tenue ! Excusez les…

— Il n’y a pas de mal, dis-je en riant. Tenez, faites le service…


Elle remplit une bonne assiette à ses enfants mais se servit légèrement. Sauf que l’assiette fut rapidement vidée. Et elle me demanda timidement si elle pouvait se resservir.


J’étais médusé… Ils étaient affamés. Le paquet de spaghettis était donné pour six à huit personnes. Le plat fut liquidé en un quart d’heure… Ils crevaient de faim… Julie s’étira.


— Regarde maman, comme mon « bouillou » est gros ! Il est tout rond !

— Aaah, c’était bien bon…

— Pardonnez leur, reprit Marie, ils n’ont pas l’habitude de faire des repas comme çà, je veux dire, de vrais repas.

— Aucun problème, c’est un vrai plaisir de les voir manger. J’espère qu’ils ne vont pas être malade !


Pendant le repas, j’avais scruté discrètement Marie. Je n’avais pas pu vraiment la voir dans sa grosse veste. Elle portait un pull fatigué et une jupe qui témoignait d’une existence difficile. C’était une jolie femme. Ce n’était pas une reine de beauté, mais elle était très jolie. Elle avait des cheveux mi-longs très noirs, en désordre. Elle était plutôt maigre ce qui s’expliquait aisément. Je l’avais trouvée pale, mais en fait en regardant mieux elle avait le teint qui tirait plutôt sur l’ivoire. Elle avait de grands yeux en amande, légèrement bridés. Elle devait être métissée, sans  doute une eurasienne… Et puis, çà n’avait aucune importance. Elle eut un frisson. Elle aussi devait être encore glacée…


— Si je puis me permettre Marie, vous devriez aussi prendre une douche pour vous réchauffer.

— Si çà ne vous ennuie pas ?

— Pas du tout ! Il y a une grosse réserve d’eau chaude ! Et… pardonnez moi, vous pourriez en profiter pour laver vos vêtements et ceux des petits ? J’ai un lave-linge qui fait aussi sèche-linge.


Je me mordis la langue. Je venais de gaffer en lui laissant entendre que leurs vêtements… n’avaient pas vu de lessive depuis longtemps. Mais elle ne s’en offusqua pas…


— Oui, çà ne serait pas de trop, mais… Je n’ai pas de vêtements de rechange.

— Ah… Eh bien, je vais vous prêter des vêtements de ma femme ?

— Oh non, non ! Vous en faites déjà trop pour nous. Je ne pourrai pas…

— Un peignoir alors ? Il y en a plusieurs dans le placard de la salle de bain.

— Un peignoir ?… Oui, d’accord. Merci. Les enfants, vous êtes sages ?

— Oui maman, répondirent-ils à l’unisson.


Je restai avec les petits devant la télé. J’entendis la porte de la salle de bains se fermer, se verrouiller, puis le bruit de l’eau qui coulait. Mon attention se reporta sur les enfants. Alan avait trouvé un magazine sur l’aviation et l’espace, et le feuilletait avec un plaisir non dissimulé. Julie avait ramené plusieurs peluches et les installait autour de la petite table du salon. Elle avait également trouvé les éléments d’une dînette en plastique et les posa devant les peluches.


— Je vais vous faire à manger, leur dit-elle, parce que vous étiez abandonnés et que vous avez très faim. Mais vous n’avez pas froid parce que vous avez de la fourrure. J’ai fait des spaghettis, c’est très, très bon !


J’eus un sourire amusé. Je reportai mon attention sur Alan.


— Tu aimes les avions, bonhomme ?

— Oh oui. Quand je serai grand, je serai pilote !

— J’en suis certain.


Il releva la tète, changea d’expression et me regarda avec un air inquisiteur.


— Tu vas faire l’amour avec ma mère ?

- ??? Mais non ? Dis-je interloqué. Pourquoi tu dis çà ???

— Quand on a plus rien à manger, coupa Julie, maman va voir un monsieur. Ils s’en vont un petit moment, ils font l’amour, il lui donne de l’argent et comme çà, on a à manger. Mais maman elle aime pas çà, elle dit que ce sont des sales porcs…


Julie avait parlé sans émotion, comme si c’était une chose ordinaire. Je restai bouche bée. Elle se prostituait... J’éprouvai de la consternation mêlée d’horreur. Mais aussi de l’admiration. Elle se vendait pour ses enfants, ne reculant devant rien jusqu’à l’ultime sacrifice pour assurer leur subsistance… Mais ce soir là, cela ne suffisait plus devant le déchaînement des forces de la nature. Je fis un sourire à l’adresse du garçon.


-Je ne toucherai pas à ta mère, dis-je. Tu as ma parole.


Julie vint nous rejoindre sur le canapé, m’apportant une assiette de la dînette avec une fourchette et une tasse.


— Je t’ai fait à manger moi aussi, dit-elle. Mais je sais pas comment faire des spaghettis… Alors je t’ai mis du jambon. Et une tasse de café bien chaud.

— Merci Julie. Pourquoi tu me fais à manger comme çà ?

— Parce que tu es gentil, dit-elle en s’asseyant à coté de moi...Ohaaaam…


Quelques minutes après, Marie parut à son tour. Elle avait pris le temps de sécher ses cheveux. J’éprouvais un nouveau choc en la découvrant dans le peignoir préféré de ma femme, un joli peignoir blanc, très épais. Elle écarquilla les yeux en découvrant le spectacle : Julie, yeux fermés, bouche ouverte s’était endormie contre mon bras.


— Chuuut… dis-je à voix basse. Il serait peut-être temps de coucher cette jeunesse ?

— En effet…

— Mais je n’ai pas sommeil maman ? Protesta Alan. Ohaaaam !


Marie se pencha pour prendre sa fille. Mais Julie n’était pas complètement endormie. D’un geste rapide, elle passa ses bras autour de mon cou.


— Non… fit-elle d’une voix ensommeillée. C’est Jacques qui me porte…


Je cherchai l’approbation de Marie. Elle fit « oui » de la tète. Avec précaution je soulevai mon précieux petit paquet et gagnai la chambre. Je la déposai sur le lit, mais elle s’accrocha à nouveau à moi.


— Tu me fais un bisou ?


Je ne savais pas comment réagir ? J’étais plus embarrassé qu’autre chose. Une fois de plus je regardai Marie qui hocha affirmativement la tète. Je fis un rapide baiser sur le front de la petite fille.


— Bonne nuit Julie…

— Bonne nuit Jacques… Tu sais… toi… t’es pas… un sale porc…Mmm…


Je retournai au salon l’esprit troublé. Les réactions instinctives de la petite fille m’avaient fait mal au cœur. J’avais pensé que sa mère se coucherait aussi, mais elle me suivit au salon. Je m’assis sur le canapé. Elle parcourut du regard chaque détail de la pièce. Elle s’attarda avec intérêt sur la maquette d’un voilier de croisière que j’étais en train de monter.


— Vous aimez les bateaux ?

— Oui beaucoup, répondit-elle. Cet été, nous étions en Vendée, au bord de la mer. Je rêvais que je partais sur un voilier avec mes enfants, vers des pays chaud, où nous pourrions vivre en paix et heureux… C’est bête ?

— Pas du tout.


Ma femme et moi avions fait un peu le même rêve, faire le tour du monde sur un voilier avec les enfants, partir une année, sans but, juste pour voir le monde. Aujourd’hui il ne restait qu’un faible fantôme de ce rêve. J’envisageais de le mener à terme et de partir, mais pour toujours. Elle continua à arpenter la pièce, s’arrêta devant une rangée de photos. J’étais sur certaines d’entre elles, au coté d’une jeune femme blonde et de deux enfants aussi blonds qu’elle, à différents ages… Marie avait remarqué que je portais une alliance. Elle risqua « la »question.


— Ces photos… C’est votre famille ? Votre femme, vos enfants ?

— Oui…

— Ah… Vous êtes séparé, divorcé ?

— ……… Veuf.

— Oh… Excusez moi, je… j’ai été indiscrète. Je suis désolée…

— Ne le soyez pas, vous n’y êtes pour rien…


J’eus l’impression de prendre un coup de poignard dans le cœur. Mon regard se perdit dans le vide. Je me lâchai.


— C’était au printemps, un peu avant Pâques. Elle était partie en voiture avec les enfants pour faire des courses dans l’hyper de la ville, à coté. La route était large. Mais il y avait ce groupe de cyclistes. Alors qu’elle les dépassait, il y a eu une chute collective. Par réflexe, elle a donné un coup de volant pour ne pas leur rouler dessus… Et il y avait ce camion… en face…

— Oh mon Dieu !… Quelle horreur… Je n’aurai pas du. C’est épouvantable. Pardonnez moi…


Lui pardonner ? D’un seul coup, elle avait fait ressurgir le souvenir atroce de cette terrible journée. Toute la douleur que je refoulais revint d’un seul coup à la surface. J’avais pas envie de lui pardonner. Je voulais me venger, lui faire mal à mon tour. J’essuyai rapidement une larme.


— Et… et vous ? Comment vous êtes vous retrouvée comme çà ? Je veux dire, dans la rue, avec deux enfants ?


Elle haussa les épaules, l’air résigné et s’assit à coté de moi, les yeux baissés.


— Je suis une fille de l’assistance, dit-elle d’une voix monocorde. Je suis née sous « X ». Je n’ai jamais été adoptée et j’ai grandi de foyers en familles d’accueil. A ma majorité, on s’est dépêchés de s’installer, un autre garçon de l’assistance et moi. Je suis très vite tombée enceinte, mais çà s’est mal passé. Mon… compagnon n’était pas prêt pour être père. Il ne voulait pas entendre parler de bébé. Il n’a pas reconnu Alan. Mes enfants portent mon nom... Et puis il a commencé à changer. Il est devenu jaloux, possessif, limite agressif… Malgré çà nous sommes restés ensemble et je suis tombée enceinte à nouveau. Il était furieux. Il voulait que j’avorte ou que j’abandonne mon bébé à la naissance. J’ai refusé. Il est devenu violent, plus rien n’allait entre nous.

— Pourquoi ne l’avez vous pas quitté ?

— J’avais peur… De me retrouver seule, qu’on m’enlève mes petits. Ils sont ma raison de vivre. Sans eux… Je ne le voulais à aucun prix. Je savais ce qu’ils allaient vivre. Et puis l’appart était à son nom, je n’avais rien. Il est devenu violent, il sortait, allait voir d’autres femmes, il a commencé à trafiquer dans des affaires louches, on n’était plus que des colocataires. Et puis il a commencé à me frapper… Je sais ce que vous allez dire, J’aurai du partir, mais on espère toujours que çà va s’arranger, sauf que çà ne s’arrange jamais… Et puis au printemps, Julie est tombée malade. Elle pleurait beaucoup. Un jour il est devenu enragé, il ne la supportait plus. Il a été à deux doigts de la frapper, alors… je me suis jetée sur lui, on s’est battus. Il m’a littéralement jetée dehors, à moins que ce ne soit moi qui me soit enfuie... J’avais peur pour moi, pour mes enfants.


Elle soupira.


— Après… j’ai fait ce que j’ai pu. J’ai essayé de trouver un travail mais dès qu’on me demandait une adresse… j’étais refusée. Alors… j’ai mendié… j’ai volé, fait les poubelles… Cet été j’ai pu faire deux mois dans des vergers. On dormait ou on pouvait, comme on pouvait. Je… j’ai « vendu »mon corps… Quand j’ai vu venir l’hiver, j’ai cherché à aller dans le midi… pour avoir moins froid la nuit. J’étais à bout de ressources. Vous savez Jacques, la rue, c’est l’enfer… Si vous n’aviez pas été là, je serai en train de geler avec mes enfants dans un hall d’immeuble, ou pire…

— Et… leur père, il n’a jamais cherché… ?

— Il est mort cet été parait-il, un règlement de compte, à force de trafiquer. Il n’a eu que ce qu’il méritait. C’était un sale porc...


Il y eut un long moment de silence. Je mesurais à quel point le destin avait été cruel avec nous. Moi, il m’avait enlevé tout ce qui comptait, ma famille… Elle, il ne lui avait jamais rien donné, sauf ses enfants. L’un comme l’autre à notre façon, nous étions deux épaves…


Elle me regarda bizarrement. Elle se décala pour être plus proche de moi et lentement commença à dénouer le cordon de la ceinture du peignoir. Puis d’une main, elle fit glisser le haut, découvrant lentement une de ses épaules. Mon pouls s’accéléra.


— Marie ? Qu’est-ce que vous faites ? Dis-je alarmé.

— C’est pour vous… fit-elle à voix basse, pour vous remercier de tout ce que vous avez fait pour nous.


Elle écarta un peu plus son peignoir, laissant deviner un sein. Je ramenai précipitamment les pans de son peignoir sur elle.


— Non ! Non Marie, arrêtez, dis-je paniqué. Ne faites pas çà ! Vous ne me devez rien, et certainement pas… çà. Au contraire, c’est moi qui devrais vous remercier, d’avoir accepté mon invitation. Cette maison est sinistre, triste depuis des mois. Ce soir, grâce à vous et vos enfants, il y a eu de la joie, des rires… de la vie. Ce soir pour la première fois depuis longtemps, j’ai eu un semblant de bonheur.


Je vis une multitude de sentiments contradictoires passer sur son visage. Quelque part, j’avais peur de l’avoir vexée, humiliée, d’avoir repoussé ses avances. Je vis de la surprise, mélangée à une sorte de soulagement et d’une pointe de regret. Puis une immense reconnaissance. Elle acheva de refermer son peignoir…


— Je ne pourrai jamais vous remercier de ce que vous nous avez donné ce soir, fit-elle d’une voix pleine de chaleur. Un toit, un vrai repas, une douche dans une vraie salle de bain, un vrai lit, autant de choses que j’ai presque oublié. Vous ne savez pas ce que çà représente pour nous. Merci, mille fois merci… Bon… Je crois que ce que j’ai de mieux à faire, c’est d’aller retrouver Julie...


Elle se leva, mais se retourna avant de quitter le salon.


— Julie a raison. Vous ne le savez peut-être pas, mais vous êtes un homme, un vrai. Bonne nuit Jacques…


Je ne pouvais pas trouver le sommeil. J’avais mes pensées en désordre. Les évènements de cette soirée tournaient en boucle dans ma tète. Et son contact… Elle ne s’en était pas rendu compte, mais en refermant les pans de son peignoir, j’avais effleuré, très légèrement effleuré sa peau. Et çà m’avait fait comme une décharge électrique. Ça faisait des mois que je n’avais pas touché une femme. Je veux dire « vraiment » touché. Bien sur, j’avais serré des mains, fait la bise polie matinale à mes collègues féminin, mais… c’était conventionnel, c’était pas pareil.


Les heures succédaient aux heures. Je me préparai mentalement à une nuit blanche lorsqu’il y eut soudain une sorte de flash lumineux. Éberlué, je me retrouvai habillé, sweat, jean, coupe-vent en pleine nature sur un chemin dans une forêt. Ce devait être en montagne. Il y avait un mélange de sapins et de feuillus, des rochers, un torrent, le tout noyé dans une brume épaisse où on ne voyait rien à plus de dix mètres. Il faisait humide, mais sans excès et une certaine fraîcheur sans froidure. Et puis j’entendis des pas. Dans la brume, je distinguai trois silhouettes, une adulte, et celle de deux enfants.


— Anne-Marie…

— Bonjour mon chéri, répondit-elle.

— Papa ! s’exclamèrent joyeusement les enfants.


Anne-Marie ! Ma chérie ! Mes petits ! Je mis un genou à terre pour résister à leur assaut. Je les pris dans mes bras, les serrai contre moi, je les couvris de baisers, je pleurais, je ne savais plus ce que je disais. Je me relevai un enfant dans chaque bras et fit face à ma femme.


— Anne-Marie, comment est-ce possible ??? Est-ce que… je suis mort ?

— Non mon chéri, tu n’es pas mort, répondit-elle en souriant.


Je posai mes enfants par terre. Je la pris dans mes bras. C’était bien elle ! Je sentais la chaleur de son corps, je reconnaissais son odeur, je me noyais dans ses cheveux… Nous échangeâmes un long baiser passionné.


— C’est un rêve alors ? C’est fou, çà semble tellement réel !

— Bien sur que c’est un rêve. Mais c’est réel… Tu sais, les rêves ne sont qu’un moyen de communication entre la vie terrestre et… l’autre vie.

— Mais où sommes nous ?

— Dans un espace intermédiaire entre deux mondes, fruit de nos imaginations respectives. On nous a permis de venir t’y rencontrer.

— Permis ? Comment çà permis ???

— Viens mon chéri, marchons un petit peu.


Elle passa son bras au mien. J’étais abasourdi, nous fîmes quelques pas sur le chemin. Je n’arrêtais pas de la regarder, je n’en croyais pas mes sens.


— Chéri, si on nous a permis de venir te voir, c’est parce que nous sentons ta tristesse. Tu dois refaire ta vie. Tu as encore tellement à faire sur Terre. Ce n’est pas bon pour toi de rester dans ta solitude. Tu dois reconstruire une nouvelle vie, un nouveau foyer, tu comprends ?

— Mais ??? Je ne pourrai pas ! Tu te rends compte de ce que tu me dis là ??? J’aurai l’impression de te trahir, de te rejeter, de ne plus t’aimer ! Tu ne peux pas me demander çà ???

— Si, tu le peux, reprit-elle tendrement. Tu peux aimer à nouveau, çà ne veut pas dire que tu ne nous aime plus. Tu as le cœur bien assez grand. Ce sera seulement… différent, tu comprends ?

— Anne-Marie… Non… ne me demande pas çà… Je t’aime !

— Embrasse-moi… Nous n’avons plus beaucoup de temps. On va nous rappeler.

— Déjà ? Oh non ? Est-ce que… je te reverrai ?

— Oui mon chéri, on se retrouvera, je te le promets.


Je me réveillai en sursaut. Le réveil venait de me tirer de mon sommeil. Six heures déjà ??? J’enfilai précipitamment un pantalon de jogging et un tee-shirt. J’entendais du bruit. Marie s’était déjà levée. Elle avait remis ses vêtements fatigués et réveillait les enfants.


— Vous partez déjà ? Demandais-je.

— Oui. Il faut arriver le plus tôt possible au foyer pour avoir une place pour ce soir. Allez mes chéris, réveillez vous…

— Vous savez… vous pourriez rester ici quelques temps, dis-je. Ça ne  me gène pas du tout. J’ai passé une merveilleuse soirée. J’aimerai revivre çà…

— Non Jacques, je vous remercie, mais je dois me débrouiller seule. C’est important pour moi, vous comprenez ?

— Bon… Je respecte votre décision, même si je pense que vous faites une bêtise… Je me fais un sang d’encre de vous savoir… là dehors. La maison vous sera toujours ouverte. Promettez-moi au moins que si vous en avez besoin, vous m’appel… NOM DE DIEU !!!


Tout en devisant, j’avais commencé à ouvrir la maison. La première fenêtre ouverte révéla une vision de cauchemar… La nuit était noire mais on voyait des tas de neige, tombée en abondance dans la nuit, peut-être vingt ou trente centimètres qu’un violent mistral soufflant avec rage amassait par places en congères. Un fin grésil balayait l’espace comme un blizzard. Je jetais un coup d’œil à ma petite station météo : moins quinze degrés !


Je tournai la tète vers Marie. Je vis la peur sur son visage se muer en terreur. Elle savait ce que voulait dire ce qu’elle voyait, la terrible épreuve qui l’attendait elle et les enfants. Elle se mit à trembler. C’est à cet instant que tout bascula…


— Maman ? Risqua Alan. On ne va quand même pas sortir par ce temps ???

— Et puis j’ai faim...

— Si, mes chéris, dit-elle d’une voix tremblante. Allez vous habiller. Nous n’avons que trop profité de l’hospitalité de Monsieur Jacques. Allez…

— Stop !!! Marie arrêtez ! Vous ne pouvez pas sortir par ce temps ! Ce serait du suicide. Vous n’aurez pas fait quatre cent mètres que vous allez geler sur place ! Marie, écoutez moi. La maison est grande, on peut cohabiter ensemble quelques jours, le temps qu’il faut pour que vous trouviez un logement, un travail… La soirée d’hier est la plus merveilleuse que j’ai connu depuis des mois, et c’est à vous et vos enfants que je le dois. Ça me ferai immensément plaisir que vous acceptiez mon offre, dans les conditions que vous voulez, je m’en fiche, mais ça, là dehors…c’est pas possible. Pensez à vous, à vos enfants. Là, si vous partez, comme çà, dans ce froid, vous… vous allez mourir… Je vous en prie, je vous en supplie…

— Dis oui maman ! Dis oui ! Pressa Alan

— J’ai peur… gémit Julie.


Marie titubait. La carapace de fierté, de volonté et de dignité explosait sous les effets de mes arguments, des suppliques de ses enfants, des rugissements de la forêt balayée par la fureur du mistral. Ses défenses s’écroulaient. Elle craqua et cacha soudain son visage dans ses mains.


— D’accord… Dit-elle en étouffant un sanglot. D’accord… J’accepte votre offre. Vous avez raison, ce n’est pas possible… Mais… juste le temps qu’il faudra, comme vous dites, trouver un travail, m’installer… Merci, oh merci !

— A la bonne heure ! Dis-je soulagé. Bon ; écoutez Marie : je dois aller travailler mais je vous promets d’être là cet après-midi pour… vous aider à vous installer. D’ici là, la maison est à vous. Prenez vos repères et pour commencer, vous aller piocher dans les placards des vêtements parce que, excusez moi, mais les vôtres… sont au bout de leur vie. Si ! Si ! J’insiste, je sais ce que vous allez dire mais ma femme aurait été la première à vous les proposer… et çà me fait plaisir, vraiment plaisir. De toute façon, je m’apprêtais à les donner à une association et vous en auriez peut-être hérité sans le savoir. Ensuite, euh… vous devriez contacter une assistante sociale. Il y a sûrement des tas d’aides auxquelles vous avez droit sans le savoir. Le téléphone est dans l’entrée, vous pouvez l’utiliser tant que vous voulez, j’ai un forfait illimité... Ah oui ! Si vous devez trouver une adresse, utilisez mon PC, dans la dernière chambre. Vous pouvez y aller, il n’y a rien de secret et le mot de passe, très original, c’est 123456… Ensuite, pour le repas ce midi...euh… tapez dans le congélateur, il y a des steaks hachés…euh… des cordons bleus…


Je m’interrompis. Je commençais à bafouiller et Marie me regardait les yeux brillants avec une expression de soulagement et de reconnaissance dans le regard. Je cherchai par tous les moyens à ce qu’elle se sente à l’aise et elle s’en était rendu compte. Elle  fit un sourire.


— Ça ira Jacques, je vais me débrouiller. Vous pouvez être tranquille. Et merci, encore merci, mille fois merci !

— On va arrêter les mercis, dis-je en riant. Et pour commencer, on va prendre un solide déjeuner. Au menu, chocolat, croissants et nutella !

— Des croissants ! s’exclama Alan.

— C’est quoi du nu lala ? Rajouta Julie.

— Ça se mange !

— Chic !


Je n’étais pas tranquille en me rendant au travail. J’avais eu de grandes difficultés pour rejoindre l’usine au milieu de ce qui avait tout d’une tempête ! Dévoré par l’inquiétude, j’appelai chez moi en milieu de matinée. A mon grand soulagement, Marie me répondit immédiatement.


— Tout va bien Jacques, ne vous inquiétez pas. J’ai pu contacter une assistante sociale et j’ai un rendez-vous la semaine prochaine. Je suis sur le site de pole emploi. Je suis pas très douée en informatique, mais Alan m’a aidé. Je… j’ai pioché dans vos placards pour m’habiller, j’espère que çà vous plaira, mais les enfants ont voulu rester en pyjama. Ils disent que c’est trop bien !


J’obtins rapidement mon congé auprès de mon directeur de département. Puis je me concertai avec mon adjoint pour les taches restant en suspens pour l’après-midi.


— Pas de problème mon vieux. De toute façon on est en effectif réduit et aujourd’hui c’est fini-parti. Vas-y je t’écoute.


Il s’appelait Jean-Claude. On avait à peu prés le même age et avions fait nos débuts professionnels pratiquement ensemble. C’était le frère d’Anne-Marie, et j’avais fait la connaissance de sa sœur par son intermédiaire. Il avait été mon témoin pour notre mariage. Je fis le point des travaux en souffrance avec une certaine précipitation. Durant tout ce temps il me contempla sans mot dire avec un sourire amusé. Je finis par m’en rendre compte.


— Qu’est-ce qui te fait sourire ?

— Mais c’est toi mon vieux ! Dit-il joyeusement. Il y a longtemps que je t’avais pas vu comme çà. Ça fait plaisir. T’as rencontré quelqu’un ou quoi ?

— Euh… non… je…


Il passa son bras par dessus mon épaule.


— Écoute mon vieux, faut que je te dise. Tu peux pas rester comme çà noyé dans ton deuil. Je sais à quel point Anne-Marie et les petits te manquent... Ils nous manquent tous… Mais il est temps que tu passes à autre chose. Tu dois refaire ta vie. Tu as encore tellement à faire sur Terre. Ce n’est pas bon pour toi de rester dans ta solitude. Tu dois reconstruire une nouvelle vie, un nouveau foyer. Tu peux aimer à nouveau, çà ne veut pas dire que tu ne les aimeras plus. Ce sera seulement… différent, tu comprends ?… … … Sur ce, t’inquiète pas, je gère. File vite, et à lundi !

— A lundi ? Mais… Nous sommes jeudi ???

— Ah çà ! Mais reviens sur terre mon vieux ! Demain c’est Noël, c’est férié, on bosse pas, puis c’est le week-end, donc à lundi !


Je quittais l’usine abasourdi. Noyé dans ma tristesse et mon chagrin j’avais perdu le fil du calendrier, vivant seulement d’une semaine à l’autre, d’un mois à l’autre. Et ma tète me tournait. Jean-Claude avait dit à peu de chose prés les mêmes mots que Anne-Marie pendant mon « rêve ». Ça ne pouvait pas être une coïncidence ?


Et on était le 24 décembre ! Ça changeait tout. Je pensais à Marie et ses enfants. Il fallait un vrai menu de réveillon. Je fonçai à l’hyper voisin, y avalai rapidement un sandwich. Je portai mon choix sur un rôti de dinde farci. Il faudrait bien çà pour rassasier mes affamés. Ah oui... et puis une bûche naturellement. Je fis un arrêt dans le rayon des jouets. Puis en sortant dans la galerie marchande, j’avisai la bijouterie… J’hésitai un long moment…


J’eus les pires difficultés a rejoindre mon domicile. Le mistral était tombé, mais il neigeait à gros flocons, une neige lourde, épaisse. Quand j’ouvris la porte, j’éprouvai un nouveau choc. Marie avait revêtu un pull très large de couleur émeraude, un de ces pulls très échancrés qui quoiqu’on fasse laisse paraître l’une ou l’autre épaule. Un leggins noir complétait sa tenue. C’était la préférée d’Anne-Marie…


— Ça va ? Dis-je troublé.

— Très bien. J’ai vu sur le site de pole emploi plusieurs annonces qui me correspondent. Là aussi j’ai un rendez-vous la semaine prochaine. Mais… on me demandait une adresse. Alors… je me suis permise de donner la votre. Vous ne m’en voulez pas ?

— Mais vous avez très bien fait.

— On me demandait aussi une adresse mail… Mais je n’en ai pas et… je ne sais pas comment faire. Vous savez… l’informatique et moi…

— Ne vous inquiétez pas, on va compléter vos dossiers ensemble. Ce sera vite fait.


Nous nous installâmes devant mon PC et sur mes indications, Marie compléta ses dossiers. Elle était intelligente. Elle comprenait vite. Elle n’avait tout simplement jamais eu à utiliser un ordinateur… Puis nous retournâmes au salon. J’eus un bref instant de honte en constatant que mon aspirateur avait été utilisé, et mon désordre typique de célibataire remplacé par un rangement propre sans que les objets aient été vraiment déplacés.


Alan dévorait les livres de ma bibliothèque. Julie s’était assise devant le village provençal inachevé.


— Il est beau ton village. Mais il n’y a pas beaucoup de personnages.

— Mais tu as raison ! Il faut vite mettre en place les autres.

— C’est qui le bébé dans la ferme ? Demanda t-elle.

— Ah çà, c’est le petit Jésus. Il est dans une étable.

— Ah ? Il était SDF le petit Jésus ?

— Non, dis-je en riant. C’est juste que ses parents étaient en voyage. Mais il est né pendant le trajet et il n’y avait plus de place dans les auberges.

— Et la dame en bleu à coté ?

— C’est sa maman, la vierge Marie.

— Marie ? Comme maman ?

— Oui… comme maman.

— Et çà c’est qui ? Demanda Alan en découvrant une jeune fille blonde accompagnée d’une chèvre.

— Ça c’est Manon des sources . C’est un personnage de Marcel Pagnol. Tu ne connais pas Marcel Pagnol ? Attends…


Je fouillai dans un carton et en retirai trois personnages.


— Voilà, c’est lui Marcel Pagnol. Et les deux autres, c’est Frédéric Mistral et Alphonse Daudet. C’étaient des écrivains. Ils savaient tout sur la Provence et ses personnages. Tiens par exemple, celui là, c’est maître Cornille, un meunier. Tu ne connais pas ? Eh bien maître Cornille…


Nous étions tous les quatre devant le village, assis ou à genoux. Les uns après les autres, les personnages prirent leur place. A chacun d’entre eux, il fallait raconter son histoire. J’inventais des dizaines d’histoires pour les anonymes et quand j’étais à court d’imagination, Alan, Julie et Marie prenaient le relais. Et puis je m’avisai qu’il restait des guirlandes non utilisées dans les cartons. Nous les disposâmes toutes dans la maison, dans le moindre recoin non décoré jusqu’à la dernière boule…


La neige était tombée tout l’après-midi. Nous étions bloqués. Nous jouâmes à des petits jeux de société. La maison était remplie de cris de joie, ou de déception selon qui gagnait ou perdait. Puis dans la soirée, nous nous succédâmes à la douche. Les petits passèrent les premiers, puis Marie y alla à son tour. Comme la veille, j’entendis la porte de la cabine se fermer, mais cette fois, elle n’avait pas verrouillé la porte de la salle de bain… Julie vint soudain s’asseoir prés de moi, l’air triste.


— Maman nous a dit que tu avais une famille avant, qu’ils étaient au ciel maintenant. C’est vrai ?

— Oui… c’est vrai.

— Tu es triste ?

— Oui… bien sur. Mais ce soir un peu moins. Parce que ta maman et vous, vous êtes là. Ça me fait très plaisir, alors ce soir je suis pas triste, tu vois ?

— Alors c’est simple, dit-elle l’air enthousiaste, tu dois refaire ta vie, avoir une autre femme, d’autres enfants. C’est pas bon pour toi de rester tout seul. Tu dois avoir une autre famille. Ça veut pas dire que tu  les aimera plus. Ce sera seulement…différent, tu comprends ?


Je restai hébété… Une troisième fois dans la journée, j’entendais à peu de choses prés le même message, cette fois dans la bouche de Julie ! C’était quoi ce délire ??? Heureusement Marie arriva à ce moment. Elle avait remis la même tenue et s’étonna de mon air ahuri. Je mentis en disant que je ne savais pas quel légume préparer pour accompagner le rôti. Nous mimes la viande à cuire, puis je filai à mon tour sous la douche avant de revêtir mon tee-shirt et mon pantalon de jogging favori.


Le repas me permit de remettre de l’ordre dans mes pensées. Le rôti et la bûche avaient été dévorés… Mais cette fois, mes affamés étaient rassasiés au point que Julie s’exclama « j’ai plus faim ! ». Nous étions à nouveau assis au salon. Julie arriva alors avec une grande feuille de papier entre les mains, sur laquelle étaient dessinés des personnages et une maison.


— Je t’ai fait un beau dessin. Regarde : tu vois là, c’est maman, Alan et moi. On est très malheureux parce qu’on a très froid et très faim. Mais toi, tu es là devant ta maison et tu nous dis de venir parce que chez toi il y a beaucoup à manger. Alors on est tous contents. Tiens, c’est un cadeau.

— Ooooh, merci Julie, dis-je ému. C’est un très beau cadeau, je vais le garder précieusement. Mais… tu sais, moi aussi j’ai un cadeau pour vous. Voyons, voyons, qu’est-ce que j’ai là ? Oh ! Des paquets ! Un marqué « Julie » ? Et l’autre « Alan », çà alors !

— C’est pour nous ?

— Ah ben on dirait...


Pendant qu’ils étaient tous les trois dans la salle de bain, j’avais« planqué » les deux paquets cadeau derrière le canapé, et je les leur remis. Je croisai le regard étonné de Marie.


— Noël ne serait pas Noël sans cadeau de Noël, dis-je pour répondre à son interrogation muette.

— Waouh ! Un avion à monter en Lego ! s’exclama Alan.

— Une poupée ! Regarde maman, une poupée à moi, rien qu’à moi, regarde comme elle est jolie !

— C’est… c’est magnifique, dit Marie ahurie. Dites un grand merci à Jacques.


Elle avait les yeux brillants et remplis d’émotion, elle en bafouillait. Alors je sortis de ma poche une petite boite aux couleurs d’une bijouterie.


— Et pour vous Marie, si vous me le permettez…

— Pour moi ?


L’incrédulité se lisait sur son visage. Je la voyais trembler légèrement d’émotion. J’avais déposé la petite boite dans ses mains mais c’est à peine si elle osait la toucher.


— C’est quoi maman ? Demanda Julie, curieuse.

— Tu l’ouvres pas ?


Je commençai à me demander si je n’avais pas fait une erreur. Marie avait du mal à défaire le paquet.


— Oh mon Dieu !


On aurait dit qu’on venait de lui offrir la couronne d’une reine. Pourtant c’était de simples boucles d’oreille pendantes en argent avec une zircone en forme d’étoile au bout de quelques maillons.


— Mais… çà a du vous coûter très cher ? Vous n’auriez pas du, je n’ai rien fait pour mériter cela ?

— Non, rassurez vous. J’ai remarqué que vous aviez les oreilles percées. Et vous êtes arrivée ici avec vos enfants comme l’étoile de Noël.

— Tu ne les mets pas ? Demanda Alan.

— Si, si, attends…


Elle avait les doigts qui tremblaient. Elle fit plusieurs tentatives, infructueuses.


— Je… je n’y arrive pas, dit-elle désemparée.

— Attendez, je vais vous aider. Je l’ai fait souvent.


Pour la seconde fois, j’entrai en contact physique avec elle et éprouvai un frisson. Mes mains… sa peau, ses oreilles, son cou, ses cheveux…sensations tellement lointaines, presque oubliées. Je parvins à lui mettre les deux bijoux sans difficulté, puis me reculai. Elle posa les mains sur ses oreilles, presque pour se convaincre qu’elle ne rêvait pas.


— Oh maman, qu’est-ce que tu es belle ! s’exclama Julie. Dis Jacques, tu peux me percer mes oreilles pour que je sois belle comme maman ?… Maman ?… Qu’est-ce que tu as ?

— Marie ???


Tremblante de tout son corps, Marie cacha soudain son visage dans ses mains et éclata en sanglots ! De vraies larmes, des pleurs sonores. J’étais désemparé. Avais-je fais une erreur, s’était-elle sentie insultée, humiliée ?


— Marie, dites-moi, je vous ai blessée ? Si c’est le cas…

— Oh non, oh non ! Fit-elle entre deux sanglots. Au contraire, c’est merveilleux, c’est trop beau. Vous ne pouvez pas comprendre, c’est la première fois de ma vie qu’on me fait un cadeau, je veux dire un vrai cadeau, des vrais cadeaux à mes enfants et à moi. Et moi je n’ai rien à vous offrir en retour !!! Merci, oh merci !

— Votre présence et celle des enfants est le plus merveilleux des cadeaux dont je pouvais rêver ce soir. Vous m’avez donné infiniment plus que moi. Jamais je n’aurai imaginé vivre une telle soirée de Noël.


J’étais soulagé… Et embarrassé. Mon instinct me poussait à la prendre dans mes bras et la consoler… J’avais envie de la cajoler, la réconforter. Je ne le fis pas.


— Alan, Julie, je crois que vous devriez faire un gros câlin à maman…


Elle serra ses enfants contre elle, les couvrit de baisers pendant plusieurs minutes, se calmant progressivement. Et de temps en temps elle me regardait avec des yeux encore embués, pleins d’une reconnaissance telle que je n’en avais jamais vu... Et je me sentis heureux, tout simplement heureux…


La fatigue des enfants se fit sentir. Alan abandonna avec regret sa maquette. Julie se roula en boule sa poupée dans les bras. Eux couchés, nous retournâmes dans le salon… Sur la télé, un animateur de jeu faisait une « spéciale Noël ». Mais nous échangions surtout des regards… de bien-être tout simplement avec Marie. Elle continuait machinalement à caresser ses lobes d’oreilles.


— Jamais nous n’avons eu de cadeaux comme çà, fit-elle.  C’est mon plus beau Noël, jamais je n’en ai eu un comme çà. Je ne pourrai jamais vous remercier assez. Jacques, vous êtes un saint.

— Oh non, dis-je avec un petit rire. Je n’ai rien d’un saint. Je suis bourré de défauts et vous aurez le temps de les découvrir dans les prochains jours. Vous avez du vous rendre compte que j’étais un peu bordélique !… Qu’est-ce que vous faites ?…


Marie s’était rapprochée de moi. Elle avait un regard que je ne lui avait pas encore vu, mais qui ne laissait guère de doute sur ses intentions. Lentement, elle rapprochait son visage du mien. Cette fois, peut être perturbé par les évènement des dernières heures, je n’eus pas la force de résister. Ou alors était-ce simplement la douceur du moment…


— Marie… non… Je vous ai dit que vous n’aviez pas besoin de çà pour me remercier…

— C’est pour vous remercier… mais aussi parce que j’en ai envie, répondit-elle.


Elle s’approcha encore jusqu’à ce que je sente son souffle chaud. Et puis il y eut ce premier contact entre nos lèvres. Un frisson me parcourut de la tète aux pieds. Marie me regarda, pour être sure que je l’acceptai, puis revint au contact de mes lèvres.


La tète me tournait. J’éprouvai des sensations que j’avais presque oublié. Elle faisait des petits mouvements de lèvres, pinçant légèrement les miennes. Malgré moi, j’ouvrai à mon tour ma bouche, lui rendant les contacts pareillement Elle avait posé sa main sur ma taille tandis que la mienne s’aventurait sur sa cuisse. Presque par hasard, nos langues entrèrent en contact. Elle eut un frisson violent !


Elle se recula légèrement, le souffle court. Elle chavirait comme une collégienne. Mon pouls s’accéléra. Nos corps nous échappaient. Mue par l’instinct, elle m’enfourcha brusquement, assise sur mes jambes, à genoux, les siennes repliées. Nous échangeâmes un long baiser, cette fois plein de passion, langues mêlées, chacun faisant connaissance avec l’autre. Elle respirait rapidement, elle avait pris mon visage à deux mains. J’avais croisé les miennes dans son dos et l’attirais progressivement vers moi. Je rompis brièvement le contact.


— J’avais promis à Alan de ne pas te toucher… dis-je précipitamment.

— Je lui expliquerai, répondit-elle haletante.


Un nouveau baiser, plus fort, plus prononcé, plus long, entrecoupé de soupirs. Nous ne cherchions plus à résister. Nos corps trop longtemps privés de tout réclamaient impérieusement ce qu’ils n’avaient pas eu au cours des mois passés. Je sentais la chaleur, la moiteur de son entrejambe à travers les épaisseurs de tissu. Et puis il y eut ce contact, son bas-ventre contre la bosse qui s’était formée sous mon pantalon. Ce fut comme si une décharge électrique la transperçait. Elle eut un petit cri, me regarda, l’air suppliant.


— On va dans ma chambre? Demandais-je.

— Si tu veux ! Souffla t-elle.


Nous eûmes du mal a ne pas faire trop de bruit en nous rendant dans ma chambre. La porte à peine refermée, nous reprîmes des embrassades passionnées, debout l’un contre l’autre. Elle avait passé ses bras autour de mon cou. J’avais noué mes bras autour de sa taille. Lorsque je quittai un bref instant sa bouche pour son cou, puis son épaule, elle eut un frisson violent. Elle se débarrassa de son pull d’un geste rapide pendant que j’en faisais autant de mon tee-shirt.


Le contact peau contre peau… Elle avait des seins plutôt petits, mais pointus et fermes. Torse contre torse, ses baisers, mes baisers, je sentais tout son corps vibrer, elle relevait déjà une jambe, cherchait à la nouer autour de ma taille. Lorsque mes mains passèrent légèrement sous la ceinture de son leggins, elle perdit la tète, le baissa rapidement. Elle était en slip, je n’en avais pas et j’eus du mal à me débarrasser de mon pantalon de jogging tellement mon sexe était raide et dressé.


Son slip tomba à ses pieds. Nous étions nus, presque au contact, à genoux sur le lit, face à face. Je vis un sourire sur son visage. Elle savait qu’elle allait être comblée et j’étais hypnotisé par son pubis. Il n’était ni rasé ni épilé. Il était vierge, naturel. Sa toison était discrète, les poils courts, lisses, une eurasienne…


Plus que jamais elle tremblait de désir. Je ne pensais même pas qu’on puisse être dévorée par le plaisir à ce point. Il y eut contact, nos bouches, nos torses, puis mon sexe au contact de son pubis et elle fut violemment secouée par un spasme. Je n’eus pas le temps de réagir : elle me bascula sur le dos, m’enfourcha, se coucha sur moi et fit soudain une pause, bouche ouverte, yeux exorbités. Dans son mouvement, nos sexes s’étaient trouvés naturellement en position, mon pénis au contact direct de l’entrée de son vagin. Elle fit une pause de quelques secondes, le temps d’échanger un sourire, puis ferma les yeux, et avec un petit gémissement me fit pénétrer dans son intimité.


Je vins en elle avec une facilité déconcertante. C’était doux, chaud, incroyablement humide. Il ne fallut que quelques secondes pour que presque tout mon sexe disparaisse en elle. Puis elle fit une pause que je mis à profit pour donner un léger coup de rein pour achever la pénétration. Elle se crispa. J’avais buté sur le fond de son vagin…


— Oh, je suis désolé…

— C’est rien, dit-elle en souriant. Attends un peu, laisse moi m’ouvrir…


Nous restâmes immobiles un moment, le temps que nos intimités prennent la mesure l’une de l’autre. Seules nos bouches continuèrent à échanger des caresses. Puis lentement, elle se mit à faire de petits mouvements de bassin, des ondulations. Puis elle se redressa légèrement se balançant lentement d’avant en arrière, parfois en mariant ces mouvements afin de ne laisser aucune partie de son vagin sans caresses.


Pour la première fois peut-être, elle faisait l’amour pour elle même.Elle avait perdu sa virginité un soir avec un copain, me dirait-elle plus tard,  comme çà, pour faire comme les autres filles. Et comme toujours la première fois, çà ne s’était pas très bien passé. Par la suite, elle l’avait fait à la sauvette, un petit coup rapide par-ci par-là, ou plus tard parce que le type avec qui elle avait vécu avait envie de se vider… ou poussée par la faim...Mais ce soir là, elle faisait l’amour parce qu’elle en avait envie, pour elle même. Il lui fallait un homme, j’étais là, et durant tout ce moment elle ne pensa pas une seconde à mon plaisir, mais seulement au sien. Je l’avais senti et la laissais faire.


Elle me dévorait, les yeux mi-clos mais me souriant à chaque fois qu’elle les ouvrait, puis les refermait pour ressentir pleinement son plaisir. Quand elle se redressait, je caressais ses cuisses, ses seins, son torse. Si je le pouvais, je me redressais et embrassais ses seins, suçotais les pointes. Elle me prenait la tète dans se bras, me pressait contre son torse, puis s’allongeait à nouveau sur moi pour échanger de nouveaux baisers.


Elle finit par se redresser complètement, presque penchée en arrière. Elle me chevauchait, d’abord lentement, accélérant le mouvement insensiblement au fil du temps, laissant échapper de petits gémissements. Je sentais de temps en temps son vagin se crisper sur ma queue, puis elle se détendait, ralentissait un peu le rythme de sa chevauchée puis accélérait à nouveau progressivement.


Elle avait les yeux fermés, la bouche ouverte, la tète dodelinant de droite à gauche. Sa chevelure noire volait au rythme de sa danse, ses boucles d’oreilles battaient sur son cou, et je la trouvais belle, incroyablement belle, comme seule une femme peut l’être quand elle s’abandonne à son plaisir. Sa chevauchée s’accélérait, sa respiration se faisait haletante, les crispations de son vagin devenaient de plus en plus fréquentes. Une mousse blanchâtre se formait à la base de ma queue. Elle m’inondait…


Alors que je la caressais sur tout son corps, elle me prit soudain les mains, les plaqua sur ses seins. Elle voulait que je les triture, que je les torture, faire exploser ses sensations. Une de ses mains descendit sur sa chatte et la martyrisa furieusement. Je sentis une longue et ultime crispation, tout son corps se mit à vibrer, dents serrées, la foudre la transperça, elle laissa échapper un long bruit de gorge, puis enfin le cri de délivrance, yeux grands ouverts et s’écroula brutalement sur moi…


Puis elle s’apaisa. Sa respiration frénétique ralentit. Dans son ultime mouvement, elle m’avait littéralement éjecté. Elle roula sur elle même sur le dos, continuant à se caresser tout le corps, continuant à frémir de temps en temps. Finalement elle tourna la tète et retrouva l’usage de la parole.


— Oh mon Dieu… Quel frisson… Je ne me rappelle pas avoir joui aussi fort aussi longtemps. C’est comme si c’était la première fois… J’ai tout qui frémit encore. Oh ! Et toi ? Tu... tu n’as pas joui ?


Non je n’avais pas joui… Et je ne savais pas comment j’avais fait pour résister à son déchaînement, mais pour rien au monde je n’aurai voulu l’interrompre. J’étais couché sur le coté, la tète appuyée sur mon bras et je me masturbai lentement, machinalement. Elle s’étira comme une chatte amoureuse, légèrement aguicheuse, écarta les jambes…


— Reviens, dit elle suavement.


J’étais à deux doigts d’exploser. Je n’allais plus tenir longtemps. Il fallait que je retarde l’échéance. Je me mis entre ses jambes et la pénétrai légèrement. Elle se crispa. Toute son intimité était hypersensible et protestait. Je m’apprêtais à suspendre ma pénétration, mais elle s’agrippa à moi et m’attira. Je n’avais aucune chance de lui résister. Je cherchai à ne pas la prendre à fond, j’essayai de venir lentement, mais elle avait noué ses jambes autour de moi, elle plantait ses ongles dans mon dos, elle voulait que je la prenne, que je la domine, que je la possède ! J’avais chaud, des ondes de plaisir courait dans mon dos, j’avais des étoiles dans les yeux… mais je me retirai brusquement et restai stupidement à genoux entre ses cuisses !


— Qu’y a t-il ? Fit-elle surprise.

— Je … je n’en peux plus ! Et… on n’a pas de capote ! D’ailleurs il n’y en a pas à la maison…

— Mais c’est pas grave, me fit-elle ingénument. Tu peux venir en moi : j’ai une boite de pilules du lendemain que m’a donné un médecin du SAMU. Ou alors, viens sur moi si tu préfères ?


J’avais le cerveau en feu, incapable de prendre une décision. Me lâcher en elle, risquer de la mettre enceinte ? Instinctivement je ne voulais pas prendre le risque. L’inonder de ma semence ? J’aurai eu l’impression de marquer mon territoire comme un animal. Mais elle prit la décision à ma place. Elle empoigna mon sexe d’une main et se mit à me masturber. Le rythme était rapide, sans excès, juste assez pour que mon plaisir monte sans que je puisse l’en empêcher. Je m’abandonnai à ses caresses, en appui de mes bras sur le bois du lit, je fermai les yeux. Je sentis sa bouche se refermer sur le gland, jouant des lèvres et de la langue, puis l’abandonnant avant d’y revenir.


Les ondes de chaleur se succédaient et il y en eut une plus forte que les autres. Marie accéléra brusquement le rythme de la masturbation. Je fus secoué par les spasmes tous plus violents les uns que les autres. Je me vidai… Puis l’apaisement... Je repris lentement mon souffle, ouvris les yeux. Marie avait refermé sa bouche sur le gland, profitant des dernières gouttes qui s’échappaient encore. Puis elle se laissa aller sur le dos et nous échangeâmes un sourire, presque gêné. Son regard se porta sur son torse. Il était brillant de liquide. Les jets avaient frappé sa poitrine les uns après les autres et coulaient lentement sur sa peau.


— Eh bien ? Dit-elle. Il y avait si longtemps ?

— Oh ! Je suis désolé…

— Il faut pas. Je ne déteste pas tu sais. En fait… j’aime plutôt çà, rajouta t-elle en rougissant !


Nous étouffâmes un rire nerveux. Je quittai l’abri de ses jambes.


— Attends, dis-je, il y a des serviettes dans l’armoire.


Je me laissai aller sur le lit, sur le dos les bras en croix et la regarda faire une toilette sommaire. Puis elle s’allongea contre moi, se mit en boule, sa tète au creux de mon épaule.



— J’en serai quitte pour prendre une petite douche tout à l’heure. Mais pas tout de suite. Ça frémit encore ! Je suis brisée… Deux minutes… Mmm…



Je la regardai… Elle faisait de petits mouvements pour mieux se blottir dans mes bras. Et je la trouvai belle, incroyablement belle. Non, elle ÉTAIT belle, mais pas que : elle était intelligente, courageuse, dévouée, tenace, ardente, fière, prête à tous les sacrifices pour ses enfants. Et je l’admirai pour çà. C’était extraordinaire, et elle était là, comme çà, dans mes bras…


Alors… je sentis quelque chose battre en moi, quelque chose qui avait commencé déjà plusieurs heures auparavant sans que je m’en rende compte, un sentiment oublié. Dans ma poitrine, mon cœur battait plus fort... Mes sentiments étaient confus, presque une honte d’éprouver cette sensation. Et puis je vis la pierre sur une de ses boucles d’oreille, la petite étoile qui semblait scintiller…


Surpris je tournai la tète. C’était un rayon de lune passant par une fente d’un volet qui jouait ainsi avec le bijou. Le mistral s’était calmé, le ciel se dégageait, ne laissant passer que quelques nuages qui modulaient la clarté de l’astre. Confusément, je sentais que tout ce que j’avais vécu depuis la veille au soir, tous ces évènements s’étaient ligués pour m’amener à cet instant. Mon regard tomba sur la photo de ma femme qui semblait sourire encore plus que d’habitude. Je me résignai.


Anne Marie, ma chérie… Je t’aime et je t’aimerai toute ma vie, de toutes mes forces ! C’est dur, mais j’ai reçu ton message, y compris quand tu me l’a fait répéter par tes anges, de drôles d’anges d’ailleurs... Tu avais raison, je pouvais aimer à nouveau. C’est juste que ce serait… comment disais-tu ? Différent… Et je fis le dernier pas.


— Tu sais Marie, dis-je en chuchotant, je me disais : tu pourrais rester ici plus que nécessaire, je veux dire même quand tu te seras rétablie à tous les points de vue, quelques semaines, quelques mois… voire plus. En fait… j’aimerai que tu restes définitivement, toujours, çà me ferait tellement plaisir. Tu es une femme extraordinaire, vraiment je… j’aime beaucoup tout ce que tu es. Et puis j’adore tes enfants, ils sont tellement mignons, de petits anges. On devrait les scolariser ici pour commencer et moi je pourrai jouer le rôle du père qu’ils n’ont pas eu, on pourrait former un vrai foyer, une famille… Qu’en penses-tu ?


Une respiration paisible me répondit. Elle s’était endormie dans mes bras, un léger sourire au coin des lèvres… Avec précaution, je remontai la couette sur nous et déposai un léger baiser sur son front. Elle ne m’avait pas entendu mais j’étais certain que son subconscient avait tout enregistré. Je savais qu’elle ne partirait pas, plus jamais. Nous allions former un vrai couple, nous soutenant mutuellement face aux épreuves que nous enverraient la vie. Nous allions bâtir et mener à bien plein de projets. Un jour, nous échangerions des alliances et j’adopterai Alan et Julie. Je serai pour elle le mari dont elle avait rêvé, un père pour ses enfants et elle serait la femme forte dont tout homme a besoin pour avancer.


Le destin qui avait été si cruel avec nous cherchait à se racheter… Il m’avait pris tout ce qui comptait à mes yeux : ma famille. Il m’en offrait une autre. Et pour elle a qui il n’avait jamais rien donné sauf ses enfants, il lui proposait un foyer, un mari, de l’amour.


Le destin nous offrait une deuxième chance. Nous allions la saisir et la vivre pleinement longtemps. Très longtemps.

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