Le site de l'histoire érotique
  • Histoire érotique écrite par
  • Fantasme
  • Publié le
  • Lue 4 918 fois
  • 105 J'aime
  • 6 Commentaires

Le diable par la queue

Chapitre 1

L'invitation

Divers

Le vent agite mollement la balancelle. La jeune femme qui y est allongée sent la caresse de cette brise légère. Comment pourrait-il en être autrement de toute façon ? Elle est entièrement nue sur l’escarpolette qui subit les maigres assauts d’un souffle poussif. Loin des yeux inquisiteurs des autres, dans son jardin ensoleillé, elle se sent libre. Sa peau hâlée ne montre aucune trace d’un quelconque maillot. Signe qu’elle bronze habituellement à poils, loin des regards envieux de ses voisins. Il faut dire aussi que le plus proche est à plus de deux cents mètres de la terrasse où elle se dénude régulièrement.


Sa menotte aux doigts fins et longs se tend vers une table basse sur laquelle stagnent une bouteille d’eau fraiche et un verre. Trop courte pour l’attraper bien sûr, ce qui oblige la naïade à relever son buste pour se saisir de la boisson. Elle pousse une sorte de soupir, agacée sans aucun doute par l’obligation de faire un geste qui dérange sa nonchalance. Loin d’elle, au fond de la vallée, une cloche se met à tinter. Quatre coups pour signaler seize heures au clocher de l’église. Zut ! Un crève-cœur que de devoir se remuer. Mais c’est nécessaire, son mari, Matthieu va rentrer du boulot.


Solène fait une sorte de moue, finit tout de même par se rassoir sur l’assise mouvante de la balançoire bien rembourrée. Et ses deux pieds nus reprennent contact avec le sol engazonné du jardin. Elle serait bien restée un peu encore, mais Matt n’aime pas la trouver ainsi à poils. Bon ! Elle se fiche bien de ce qu’il peut penser parfois, mais les crises et les engueulades deviennent trop fréquentes depuis quelque temps. Alors, elle tient à apaiser une situation conflictuelle récurrente. Inutile aussi de le faire enrager ce soir.


Il lui faut donc se relever, puis se diriger vers la maison qui lui parait d’un coup bien fraiche. Le point de chute, la salle de bain pour une douche rapide, avant d’enfiler un maillot deux pièces qui finalement la rend encore plus désirable que lors de sa nudité précédente et elle retourne tranquillement sur son divan mobile. Il n’était que grand temps ! Le moteur de la voiture se fait entendre sur le chemin d’accès à la propriété du couple. De l’autre côté de la pelouse, là où la femme sait que va déboucher Matt, le ronron s’est tu.


La silhouette d’un type, vêtu d’un pantalon de toile clair et d’une chemisette, se découpe sur le paysage aux verts dégradés. Cet homme, petite trentaine, comme elle en fait, lève la main en guise de salut. Il approche de la jeune femme, se penche sur elle et leurs bouches se réunissent pour un bonjour amoureux.


— Ça va ma chérie ? Tu es…


Il laisse sa phrase en suspens, comme si les mots ne lui venaient pas, plus. Mais le claquement que fait sa langue contre son palais donne une mesure à sa pensée. Il est debout, coupant de son corps les rayons d’un soleil qui va perdurer encore plusieurs heures.


— Ton père n’était pas vitrier Matthieu !

— Hein ? Ah… pardon ! Je vais prendre une douche. Tu en es ?

— Non ! J’en sors depuis peu. Je voudrais encore profiter un moment de ce grand beau temps.

— D’accord… mais tu ne perds rien pour attendre.

— Des promesses… encore et toujours des promesses.


Elle rit en lui jetant ces quelques mots et il prend le parti de faire la même chose. Puis il s’éclipse, presque déçu qu’elle ne souscrive pas à son idée de douche commune. Là, sur la balançoire dans une tenue bien légère, elle est… tout simplement bandante. Et puis c’est la fin de la semaine de boulot. Alors… un petit câlin serait le bienvenu. Pour se détendre, pour oublier les soucis du bureau, ou tout simplement pour que la journée se termine mieux qu’elle ne s’est déroulée.


Dans la pièce destinée à se laver, chemise et pantalon, sous-vêtements et chaussettes trouvent une place dans la panière du linge destiné au lavage. Puis Matthieu se délecte de cette eau tiède qui lui coule en jet ininterrompu sur le crâne. Il masse de longues minutes, à l’aide d’un gant doux, toutes les parties qu’il peut atteindre, se shampouine enfin les cheveux et après un rinçage minutieux, il se frotte le corps avant de s’enrouler dans un immense drap de bain. Il noue ce dernier à sa taille et d’un coup se souvient d’un oubli fâcheux.


Alors pour réparer son omission, il traverse la maison, direction la terrasse. Solène est toujours affalée sur son lit douillet qui avance et recule au gré de ses mouvements. Elle lève à peine les yeux vers l’arrivant torse nu. Lui s’arrête un instant pour contempler le tableau vivant dans les rayons de soleil qui viennent draper le corps de la belle.


— Solène… ça te dit un restaurant ce soir ? Un de mes clients m’a invité. Alors… tu es partante pour m’accompagner ?

— Lequel ?

— Quoi lequel ? Le restaurant ?

— Non, je parle de ton client !

— Adrien Lenotre… tu sais je t’en ai parlé.

— Ah oui… celui qui a des ennuis avec le fisc !

— C’est ça. Mais nous avons gagné et pour me remercier… il nous invite au restaurant. Il y aura aussi Alexandra, sa femme… ou compagne, je ne suis pas certain qu’ils soient mariés.


La jeune femme lève vers son homme un regard hésitant. Puis elle semble se décider. Après tout pourquoi pas ? Ça va lui éviter de cuisiner et par ce temps magnifique… Elle pose soudain une question.


— Et nous sommes censés aller diner où ?

— À « L’hostellerie des Grands Ducs » !

— Eh ben ! Il ne se mouche pas du pied le père Lenotre ! Ça coûte un bras, un diner dans un pareil endroit. Il faut que je m’habille « classe » ? Tailleur et hauts talons ?

— Pas forcément… enfin, il est évident que tu ne peux pas rester comme tu es là !

— Dommage non ?

— … ? Pourquoi ?

— Ça fidéliserait ta clientèle à coup sûr…

— C’est malin comme réflexion, ça, ma chérie ! J’ai d’autres arguments fort heureusement pour les garder…

— Je sais, je sais ! Ma plaisanterie est de mauvais goût… je le reconnais. Bon, alors il ne me reste plus qu’à aller me mettre en tenue de sortie. C’est prévu à quelle heure notre dinette en quatuor ?

— Vingt heures ! Nous nous sommes donné rendez-vous devant le restaurant.

— Ça nous laisse un peu de temps, alors ?

— … ? Pour quoi faire ?

— À ton avis ? Ta tenue ne cache pas vraiment un endroit de toi qui cherche un nid !

— … mon Dieu, je vis avec une perverse… et j’aime ça.

— C’est vrai ? Viens donc me le montrer… me le prouver.


Et Matthieu d’un coup voit la menotte fine qui tire sur la serviette qui ceint le bas de son corps. Il ne tente rien pour arrêter ce geste destiné à le faire approcher des formes féminines étalées sur l’escarpolette. Il se laisse guider, puis dénuder par cette femme qui visiblement veut qu’il lui accorde un peu d’attention. Il est un endroit de lui qui a déjà anticipé ce genre de désir. Le drap de bain humide qui coule sur le gazon permet à sa Solène d’entrevoir, ce qui raide comme un piquet, montre un certain panache.


Et dans un élan spontané de deux êtres qui se rassemblent là, sur le divan mouvant, sous une brise qui frise les corps, ils font l’amour avec une tendresse infinie. Des gémissements s’associent aux grincements de la balancelle qui oscille sous des mouvements dispersés et pas toujours bien rythmés. Deux amants se donnent un plaisir rapide sous un soleil d’été. Pas de fioritures, juste l’essentiel pour que les corps exultent et se libèrent d’une envie réciproque. Ça ne dure pas une éternité, il n’y a pas non plus de longues caresses. Du sexe à l’état pur, de quoi calmer les ardeurs de l’un et de l’autre.


— xxXXxx —


La seconde douche est prise ensemble. Le gommage des traces laissées par cette envolée sexuelle primaire se fait par une dilution aqueuse, sous un jet agréable. Matthieu est le premier à se rendre dans la chambre conjugale pour passer des vêtements propres. Solène ne paresse pas sous le jet d’eau domestique, mais elle prend son temps pour se faire une beauté, avant de rejoindre son compagnon. Du dressing, elle extrait ce qu’elle va porter pour la circonstance. Et lui épie du coin d’un œil de nouveau égrillard, cet habillage de bon goût.


Une jupe relativement courte, faite d’un tissu aérien, chaleur oblige, et un chemisier qui vient recouvrir une poitrine sans soutien. Le coton blanc de ce haut se trouve tendu par les seins haut perchés sur un torse ravissant. Elle jette un coup d’œil à son mec, et en souriant pose une question saugrenue.


— Je mets une culotte ou pas ?

— … ?


Scotché par la surprise, Matthieu ne sait quoi dire. Elle rit, mais dans ses mains, elle tient un triangle de dentelle qu’elle balade à hauteur de sa taille. Les quinquets verts de la dame se noient dans ceux plus sombres de son mâle. Amusée par la mine déconfite de son amant, elle achève de le désarmer par le contenu de sa phrase suivante.


— Bon ! File j’arrive. Tu auras comme ça la surprise de savoir si je la porte ou non ! Allez mon chéri… laisse-moi cinq minutes et j’arrive.

— … tu comptes vraiment ne pas en mettre une ?

— Une chance sur deux… Ça ne t’excite pas ce petit jeu du oui ou du non ? Et puis, je te donnerai le feu vert au restaurant pour vérifier… va ! Laisse-moi terminer de m’habiller… ouste ! Vilain satyre !


Cette fois elle rit de plus belle. Des éclats d’un rire contagieux et qui interpelle son homme. Mince alors ! Elle est bien capable de ne pas la passer, cette fameuse culotte ! Et pour le coup, ça redonne une certaine vigueur à un endroit précis de son anatomie, d’imaginer… une telle sortie dans un établissement aussi réputé que celui où ils sont conviés… c’est bandant finalement. Matthieu quitte donc leur chambre pour aller attendre sa belle dans le salon. À l’extérieur, la chaleur n’est toujours pas retombée… la sienne pour sa femme non plus !


La voiture roule lentement à la recherche d’une place pour se garer. Un type que Solène repère de suite gesticule, planté entre deux automobiles suffisamment espacées pour que la leur s’y loge.


— Là ! Là, Matthieu, ce n’est pas ton client qui nous fait des signes de la main ?

— Où ? Ah ! Oui, il nous a surement vu arriver de loin et nous montre où faire un créneau. Bon ! C’est bien… tu veux descendre de suite ou tu attends que je sois remisé le long du trottoir.

— Oh ! Je ne suis pas pressée… je peux attendre que tu en aies terminé avec ta manœuvre.


Matt ne répond plus et tout à son créneau, il reste très concentré. Cette fois, sa passagère peut quitter l’habitacle alors que celui qui est planté sur le trottoir accourt pour lui ouvrir la portière.


— Bonsoir Madame. Vous avez de la chance que cette place se soit libérée il y a à peine quelques minutes.

— Bonsoir. Votre femme n’est pas avec vous ?

— Si… elle est déjà dans l’établissement. Je guette votre arrivée pour vous garder la place. Ça va Matthieu ? Votre épouse est très en beauté ce soir.

— La vôtre ? Où est-elle ?

— Comme je viens de le dire à votre femme, elle est à l’intérieur. Nous allons la rejoindre.


Solène sans trop de raison se tient sur la défensive. Ce type, elle ne sait pas pourquoi, la met immédiatement mal à l’aise. Pourtant, il est bien mis, vêtu assez « sport », pantalon aux plis soignés et un polo frappé d’un crocodile qui met en valeur son torse musclé. Il a surement quelques années de plus que Matthieu. Il y a un truc indéfinissable chez lui qui lui hérisse les poils, qui la titille soudain, sans pouvoir expliquer quoi ? Elle et son mari se donnent la main et le trio entre dans le restaurant.


Lenotre est cependant un beau mec, bien bâti, plutôt cultivé même. Et il dirige le couple à travers la salle, vers une table ou une femme blonde est assise. À leur arrivée elle se lève, un sourire aux lèvres.


— Bonsoir à vous. Heureuse de vous revoir Matthieu. Et surtout contente de faire votre connaissance Madame…

— Merci ! Je vous présente ma compagne : Solène. Solène voici madame Lenotre…

— Alexandra… Je me prénomme Alexandra. Mon mari ne m’avait pas dit que vous aviez une si charmante épouse. Il faut dire qu’à part ses affaires, peu de choses l’intéressent vraiment.

— Allons Alex… ne sois pas… Nos invités sont là pour passer une bonne soirée. Ne gâchons pas celle-ci par une humeur chagrine.

— Oui ! Tu as raison Adrien… nous sommes entre gens de bonne compagnie, non ?

— … !


Bizarre comme cette phrase vient jeter un voile dans les yeux de cette femme élégante. Une chevelure platine, grande et sensiblement du même âge que son Adrien, elle s’empresse de serrer la main des deux arrivants. Puis chacun prend place autour d’une table circulaire où quatre couverts sont dressés. Solène ne peut s’empêcher de jeter un coup d’œil sphérique sur la salle. Beaucoup de couples, des dineurs qui ne se préoccupent pas de ce qui se passe aux alentours. Puis un serveur, raide dans son habit vient prendre commande pour un apéritif censé réchauffer les sens.


Tout le monde y va de sa petite commande… et Matthieu se lance dans une discussion avec cet Adrien qui ne fait plus aucune allusion à la manière dont sa femme a abordé leur entrée. Les sourires sont sur tous les visages et c’est bien là l’essentiel. Pendant que les messieurs ramènent sur le tapis leur travail respectif, les deux dames elles discutent gentiment de chiffons. Alexandra est volubile, et mon Dieu, elle plait plus à Solène que son mari. Mais la femme de Matthieu serait bien incapable de déterminer l’origine du malaise que provoque chez elle, ce type qui s’entretient avec son conjoint.


— xxXXxx —


La dinette du quatuor se déroule sans anicroche et le vin aidant, les langues se délient. Par contre Solène capte à diverses reprises des regards de la part d’Adrien qui lui donnent l’impression que ce type la déshabille. Certains sont en revanche, portés sur sa propre épouse et le malaise initial, loin de se dissiper, a une nette tendance à plutôt s’épaissir. Elle aperçoit de plus en plus fréquemment Alexandra qui baisse les yeux, se redresse sur son siège. Bien que le ton badin employé par le mari de la blonde ne montre rien de spécial, la femme de Matthieu sent bien qu’il y a anguille sous roche.


Une brouille entre amoureux comme il en arrive parfois ? Possible ! Cette situation est déjà arrivée entre elle et son Matt ! Mais de là à la faire perdurer en compagnie d’autres personnes, jamais. Tout le monde n’est pas comme eux, et la brune ne tente pas d’en découvrir les origines de cet étrange comportement. De plus, Alexandra est aussi souriante, sachant parfaitement ne rien laisser voir, elle demeure affable tout au long de ce repas. C’est après un dernier café que Madame Lenotre fait part à son mari de son besoin de s’isoler aux toilettes.


S’excusant auprès de tous, elle pose sa serviette sur la table, puis se lève et file vers le lieu d’aisance qu’elle sait apparemment où trouver. La femme est donc suivie des yeux lors de sa traversée de la salle par une Solène dubitative. Au bout de quelques secondes, la brune elle aussi lâche gentiment pour les deux hommes qui discutent ensemble.


— Eh bien, messieurs ! Je vais moi aussi aller me refaire une beauté. Je vous prie de m’excuser… je reviens.

— …


Ils sont muets et voient d’un coup danser les hanches de l’épouse de Matthieu qui suit les traces de celle d’Adrien. La jolie brune sent sur elle les quinquets des deux compagnons et elle se demande si son mari tente toujours de deviner si elle porte ou non quelque chose sur les fesses. Pour le mec d’Alexandra, elle s’en fiche bien de savoir ce qu’il pense. Le petit coin est à l’image de la baraque. Select ! Devant un lavabo, Alexandra lisse ses lèvres à l’aide d’un bâton de rouge. Elle ne détourne pas la tête alors que la femme de Matthieu s’avance vers elle.


— Ça va Alexandra ? Je vous ai sentie tendue tout au long du repas.

— Oh ! Non… je vous assure. Tout est parfait.

— …


Solène pas plus rassurée pour autant entre dans une cabine. Lorsqu’elle sort, Madame Lenotre est toujours là, qui semble l’attendre. La brune se lave les mains, puis, à l’instar de celle qui reste là, elle aussi sort de son sac un tube de rouge à lèvres. Drôle comme le regard de cette Alexandra est pesant. Enfin la blonde se décide à parler.


— Vous ne portez jamais de sous-vêtements ?

— … ? Pardon ?

— Vous n’avez aucun soutien pour votre poitrine, n’est-ce pas ? Vous avez de la chance, si moi je fais comme vous, mes seins tombent… trop lourds.

— Ah… C’est vrai que je n’ai pas un gros volume sur le cœur. Et puis mon mari aime bien que ce soit… naturel.

— Vous avez pu remarquer qu’Adrien et moi aimions jouer…

— Jouer ? C’est donc un jeu ?

— Oui ! Disons que parfois, il aime que je sois, comment vous dire ? Docile !

— D’accord… et ce soir ses regards, ses manières de vous…

— Un simple jeu qui nous amuse beaucoup. Je vous assure… c’est très excitant de se montrer un peu soumise. Ça ne va jamais bien loin et puis… c’est aussi une façon de préserver notre couple par une autre manière de nous émouvoir.

— Si vous le dites !

— Vous n’avez donc jamais de fantasmes vous avec votre mari ? Vous ne jouez jamais ?

— Oh bien sûr que si. Mais je n’ai rien d’une femme soumise et je ne crois pas que ce registre intéresse beaucoup Matthieu. Enfin… nous n’avons jamais échangé sur un tel sujet. Avec les hommes, il faut s’attendre à tout.

— Vous avez l’air très amoureux tous les deux. Ça se ressent ces choses-là. Mais avec le temps, les vieux couples sont moins… proches. Et nous sommes un vieux couple donc, nous compensons par ces jeux...

— Vous en avez donc d’autres du même style ?

— Ça dépend de notre humeur et puis c’est toujours défini au préalable. Il arrive qu’il me demande des trucs plus compliqués. Par exemple m’exhiber dans des endroits… très peuplés.

— … ? Et vous lui faites plaisir ?

— Mon côté docile qui ressort, comme pour ce diner. Je suis certaine que vous pouvez comprendre ça, vous aussi êtes une femme intelligente et raffinée.

— Je saisis mieux les regards qu’il vous a lancés tout au long du repas. Je sentais bien qu’il y avait un truc pas net…

— Juste un jeu entre lui et moi. Vous devriez une fois dans votre vie essayer… c’est assez piquant d’oser faire des choses qui sortent de l’ordinaire. En tout cas chez moi ça se traduit par des frissons garantis et surtout… des envies monstrueuses.

— … je crois qu’il est temps de rejoindre ces messieurs, qu’en dites-vous ?

— Vous ne pensez pas que nous pourrions abandonner ces mondanités qui nous tiennent éloignées les uns des autres ?

— Vous entendez quoi, par mondanité ?

— Si nous commencions par oublier ce vouvoiement bourgeois ? Un bon début n’est-ce pas ?

— Ah ! Oui bien sûr… tu viens alors ?


Un couple de belles nanas qui louvoient entre les tablées pour rejoindre deux mâles à une table, c’est ce que peuvent voir les clients du restaurant pour peu qu’ils s’y intéressent. Et alors que chacune retrouve sa place auprès de son mari, le serveur apporte un plateau avec deux pousse-café et l’addition. Une carte bancaire file vers la caisse du bar et Matthieu remercie chaleureusement son client. Ensuite, les deux duos retrouvent la rue et le trottoir le long duquel leurs voitures sont garées. Près de celle d’Adrien, tous se préparent à se saluer pour un retour rapide chez eux. Mais… Alexandra fait une proposition surprenante.


— Ça vous dirait de prolonger un peu notre soirée ?

— Vous avez une idée pour cela, madame Lenotre, on dirait ?

— Ben votre femme et moi avons eu une petite conversation tout à l’heure et… nous avons décidé que le vouvoiement n’était plus nécessaire. Peut-être que pour vous il serait, messieurs, temps d’en faire autant, qu’en dites-vous ?

— Ben… si Adrien n’y voit pas d’inconvénients… je n’ai aucune objection à cela.

— Alors ? La balle est dans ton camp Adrien. C’est bien à toi de décider mon chéri.

— Bien sûr, avec joie. Et… de quoi as-tu donc parlé avec ton amie Solène ?

— De nos petits jeux ! Elle a deviné, mais peut-être que ton ami Matthieu devrait lui aussi être dans la confidence.

— … je suis un peu largué, je l’avoue. J’imagine que vous avez déjà des secrets et que le seul à ne pas être au courant, c’est moi…

— Je vais t’en parler dans la voiture… Tu veux que nous allions à quel endroit Alex ? Je peux t’appeler Alex n’est-ce pas,

— Oui… quant au lieu… Adrien est plus à même de le choisir. C’est sa soirée et il a tous les droits.

— … Intéressant ce petit intermède. Mais bon, nous vous suivons donc, je suppose, moi et Solène. C’est bien ça Adrien ?

— Oui ! Ta femme pourra te mettre au parfum puisqu’apparemment Alex et elle copinent déjà… Qui m’aime me suit donc !


Deux véhicules quittent le trottoir et se dirigent vers une destination inconnue. Tout à sa conduite, Matthieu ne dit rien. Il attend et lorsqu’enfin la situation est plus calme, c’est-à-dire qu’ils sortent de la ville, il pose une première question qui lui brule les lèvres.


— Alors, ma chérie ? Que t’a-t-elle raconté de si… spécial ?

— Que de temps en temps, ils jouent.

— … comment ça ?

— Ben tu n’as pas remarqué que souvent elle baissait les yeux lorsqu’Adrien la regardait… ou qu’elle se tenait bien droite sur son siège ?

— Franchement… non ! Et dans quel but ?

— Leur jeu du soir consiste en ce qu’elle soit docile. Soumise si tu préfères… une manière comme une autre de donner un peu de peps à leur libido, si j’ai bien tout suivi.


Solène raconte par le détail la conversation qu’elle et Alexandra ont eue aux toilettes. Matthieu semble éberlué et bien entendu, une question précise lui monte aux lèvres.


— Et là ? Nous les suivons pour quoi faire ? Ils nous emmènent où comme ça, l’ami Adrien ?

— Je n’en sais rien et puis tu as bien compris que c’est à l’instigation de son épouse que nous roulons derrière eux ! Je n’en sais pas plus ce que je viens de te le dire. Il va peut-être la promener, avec son accord.

— Et ça ne te fait rien de plus à toi ? Ça te plairait que je te balade de la sorte ?

— Je n’en sais rien. Et calme-toi, je ne suis pas impliquée dans cette affaire. Je ne fais que te répéter ce que je sais, rien d’autre.

— Mince alors ! Je ne savais pas pour leurs jeux, comme elle dit.

— Et ça te fait quel effet maintenant que tu es au courant ?

— J’avoue que… c’est assez flippant. Bandant aussi… et si je ne me retenais pas…

— Eh bien ? Tu ferais quoi ?

— Je te…


Matt vient de poser sa main sur le genou accessible de son épouse. Elle ne rejette pas cette arrivée chaude. Elle se contente de glousser et de lui glisser nonchalamment…


— Tu risques de te bruler si tu vas plus haut… à commencer par une grande surprise.

— … ? Quoi ? Qu’est-ce que tu veux dire ?


La main est sur la pente montante et elle stoppe net son élan. Force est de constater à ces doigts baladeurs que rien ne vient freiner leur avancée vers l’entrejambe féminin. La voiture fait une embardée qui entraine Solène dans un rire assez violent. Aussitôt Matthieu bégaie…


— Mais… tu l’as vraiment fait ? Tu n’as pas mis… de culotte ? C’est dingue ça ! Toute la soirée tu as eu le cul à l’air ?

— Et alors ? Tu n’y as vu que du feu, c’est bien que tu t’intéresses de moins en moins à ma petite personne.

— Folle va ! Mais oui que je suis toujours curieux de ce que tu fais ou es… de là à imaginer une chose pareille.

— C’est une bonne ou mauvaise surprise, pour toi ?

— J’en sais rien, en vérité, je n’ai pas encore tranché. Mais… tu n’as pas l’intention de… suivre l’exemple de la femme d’Adrien, tout de même ?

— Pour la soumission ? Jamais… mais pour l’exhibe… qui sait ! Ça peut être… amusant.

— … mince alors ! Si un jour on m’avait dit que tu parlerais de ça aussi simplement ! Je n’en reviens pas.

— Retombe sur terre… allo-allo, Monsieur Matthieu est prié de revenir sur le plancher des vaches.

— … !


Un incroyable soupir remplit l’habitacle, sorti tout droit de la gorge masculine. Et devant eux les feux arrière de la voiture sont toujours là. L’indicateur de changement de direction cependant vient de leur apprendre qu’ils vont tourner sur la droite. Et là, un petit chemin, qui débouche sur un parking sur lequel les deux automobiles s’engagent dans la nuit. Quelques silhouettes se dissimulent dans les bosquets environnants dès que les phares balaient la zone.


— xxXXxx —


Le noir total se fait sur une esplanade, où quelques autres voitures sont bien rangées. Une loupiote s’allume sur la gauche de Matthieu, émanant du plafonnier de la berline du couple qu’il suivait. Une ombre furtive s’approche de la vitre du chauffeur et le mari de Solène baisse sa vitre.


— Vous venez ? Nous allons faire une petite promenade au clair de lune.

— Ce n’est pas dangereux ? Il m’a semblé voir quelques silhouettes peu engageantes qui grouillotaient dans les parages.

— Non ! Non venez. C’est ici qu’Alex prend toute la mesure de sa beauté… et de mes fantasmes.


Matthieu alors se tourne vers son épouse qui jusque-là se tient assise sans moufter.


— Qu’en penses-tu ma chérie ? Ça te dit de te promener dans ce coin ?

— Je peux vous poser une question… avant tout, Monsieur Lenotre ?

— Oui, oui évidemment.

— Vous venez exhiber votre femme dans cet endroit un peu glauque ?

— … ? Je vois qu’elle vous a fait quelques confidences, donc. Ben oui… nos petits jeux nous amènent parfois à venir ici, pour cela ! Ça vous dit de nous accompagner ou non ?

— C’est sans danger ?

— Sans danger où serait le plaisir ? Mais jusque-là, seuls les voyeurs que nous avons invités à le faire se sont approchés… et aucun n’a plus pris que ce que nous lui avons permis de le faire

—… ? Adrien… vous… je n’en reviens pas. Vous nous avez amenés dans un de ces lieux où les gens s’exhibent ? Tu étais au courant toi, ma chérie que nous les suivions pour venir ici ?

— Non ! Juste qu’Adrien et Alexandra aiment ce genre de situation… Mais pourquoi ne pas faire quelques pas sur ce chemin ? Nous verrons bien ce qui se passe et puis… nous sommes un groupe, donc bien moins vulnérable, non ?

— Tu es certaine que tu veux faire ça ? Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée…

— Allons ! Ce n’est pas moi qui vais montrer quoi que ce soit… et puis franchement, sois honnête, je suis sûre que ça t’émoustille déjà d’imaginer… allez viens ! Nous n’allons pas rester dans la voiture à attendre je ne sais quoi ! Viens, viens Matthieu !


D’une main décidée, Solène ouvre sa portière et dès qu’elle met un pied au sol, elle est rejointe dans la nuit par Alexandra qui attend toute proche, à deux pas de là. Stupéfait par l’audace de son épouse, Matt ne peut que s’exécuter et rejoindre le trio qui discute à quelques mètres de l’entrée d’un sentier à peine visible dans le sombre de l’endroit. Immédiatement les couples avancent sur un chemin entre les arbres. Adrien et Matthieu sont l’un à côté de l’autre, silencieux. La nuit, les sons sont indéfinis et surtout ils résonnent loin sans que leurs origines ne soient clairement établies.


Le premier à s’adresser à l’autre est Adrien. Sa voix ne tremble pas alors qu’il s’adresse à celui qui jusque-là, n’est que son avocat.


— Matthieu… peut-être que nous devrions faire comme nos épouses, non ? On pourrait se tutoyer, ça faciliterait nos relations… et puis cette balade au milieu d’un tel endroit ne privilégie-t-elle pas l’amitié ?

— Au point où nous en sommes, pas de problème. Mais dis-moi alors Adrien… ça vous arrive souvent ce genre de sorties nocturnes ?

— Alex aime beaucoup ces moments où… des yeux inconnus la caressent. Seulement les yeux… pour l’instant, si tu vois ce que je veux dire Matthieu.

— Pourquoi seulement ? Tu as l’intention d’aller plus loin ?

— Moi ? Mais c’est elle qui décide de tout, dans notre couple. Le jeu de la soumission, c’est son idée, je ne fais que l’aider en cela. Je t’avoue que j’y ai pris goût aussi. C’est assez bandant de sentir la présence de ces voyeurs qui doivent déjà être dans tous les petits coins de ce bois. Tout comme à la maison, nous revivons ces instants avec bonheur. J’en profite vraiment.

— Mais… tu n’as pas peur qu’un jour, ou une nuit, dans le noir, ils vous agressent ?

— Ça n’est jamais arrivé ! Et puis quelques fois, nous en avons fait venir un ou deux qui se branlent a quelques pas de nous, alors je pense que les chanceux se le disent entre eux et nous n’avons jamais eu de problème. Ce soir nous sommes quatre… mais Solène… elle aussi ?

— Non ! Enfin, à moins qu’Alexandra l’ai dévergondée au « pipi-room ». Elles se sont dit des trucs dont nous n’avons aucune idée.

— Là… il y a une grande zone déboisée et c’est ici que Madame Lenotre habituellement débute son show.

— … ! Ah, bon ? Comment fait-elle ?

— Attends ! Tu vas comprendre, Matthieu.


En effet les deux femmes qui murmurent devant le duo de mecs viennent de s’arrêter pour qu’ils les rejoignent. Alexandra fait face aux mâles qui se taisent…


— Bon ! Vous vous êtes dit ce que vous aviez à vous raconter ? Je peux reprendre le bras de mon homme ? D’accord Matthieu ? Adrien sait ce qu’il doit faire… rien ne vous oblige à « faire mumuse » également. Ni du reste à nous suivre… mais nous sommes là pour aiguiser notre appétit, tu comprends ça Matthieu ?

— … !

— Ta femme est au courant, nous venons d’avoir une conversation entre amies, à cœur ouvert. Alors… vous pouvez soit nous suivre en restant à nos côtés… ou retourner à votre voiture. Mais nous irons ce soir, comme à chacune de nos visites dans ce coin, au bout de nos rêves.


Un silence que rien ne semble vouloir perturber vient de tomber sur le petit groupe. La blonde s’est rapprochée de son mari et elle lui donne la main. Il l’enlace par la taille et là, ils s’embrassent goulument sur cette étrange place au milieu de nulle part. Lorsqu’ils se remettent côte à côte pour reprendre leur cheminement nocturne, à la hauteur des fesses d’Alexandra, une tache blanche apparait aux yeux des suiveurs. Médusés, Solène et son homme n’en croient pas leurs quinquets.


Adrien a relevé l’arrière de la jupe de sa femme, l’a coincée dans la ceinture et elle se promène désormais les miches à l’air. Sous les frondaisons, des craquements suspects, et la main de celle qui accompagne l’avocat se serre un peu plus fort dans sa grosse paluche. Devant eux à un mètre, le croupion blanc d’une Alexandra totalement décomplexée. Quand s’arrête-t-elle pour se tourner vers sa nouvelle amie ? Le couple revient donc à la hauteur de celle qui ne cache plus grand-chose de son derrière.


— Tu ne veux pas essayer toi aussi, Solène ? Tu ne peux pas imaginer comme c’est bon, cette liberté de ne rien cacher.

— Je… pas vraiment, non ! Je ne sais pas si j’aurais le courage…

— Oh… tu es si prude. Imagine que tu es dans ton jardin, qu’il fait trente degrés et que tu es seule au monde.

— … ! Je ne sais pas… tu en penses quoi toi, mon chéri ?


La brune s’adresse là à son mari qui ne sait sur quel pied danser. Il ne répond pas vraiment, se racle la gorge, et espiègle, sa blonde amie se colle à elle soudain.


— Je peux embrasser ta femme, Matthieu ?

— … ? Je…

— Oh ! La, la ! Quelle incertitude… je suis donc la seule à prendre des décisions ?


Elle joint soudain le geste à la parole en se frottant littéralement contre celle qui n’est qu’à quelques centimètres d’elle. Et son visage décrit une courbe qui amène leurs bouches à se réunir. D’abord, chez Solène, il y a une immense surprise. Puis les lèvres douces légèrement humides qui trouvent les siennes s’entrouvrent et dans un pur réflexe, elle se laisse faire. Une langue soyeuse, inconnue, agile, chaude se met à tournoyer dans ce palais qu’Alex vient de conquérir sous les regards médusés du mari et ceux plus goguenards d’Adrien.


Il murmure aux oreilles de son compagnon de balade, quelques mots !


— Tu vois ? Tu as bien saisi que c’est Alexandra la maitresse de nos jeux ? Là, tu as une petite démonstration de son pouvoir de persuasion ! Ta femme n’a pas l’air de détester vraiment… Ça ne te remue pas les tripes ? Dis-moi que ça ne te fait vraiment rien ?

— …


Un silence de mort entoure les deux bonshommes. Puis à quelques encablures, dans les fourrés, des bruits de branches ou de feuilles froissés se font écho de cette pelle qui se déroule sur le sentier. Combien d’autres paires de mirettes épient elles ce baiser qui désarme un Matthieu sous tension ? Elle donne des frissons également à un Adrien égrillard. Mais la principale intéressée, elle ? Qu’en pense-t-elle ? Eh bien pour Solène, c’est la première fois depuis qu’elle vit avec son homme qu’une autre personne l’embrasse. Alors, elle se trouve gauche, maladroite et elle rougit jusqu’à la racine de ses cheveux.


Par chance la nuit qui les enveloppe ne laisse rien paraitre de son trouble. Mais c’est vrai aussi que c’est plus doux qu’avec Matt, qu’aucun poil de barbe ne vient gratter la peau de ses joues, que c’est bien plus délicat aussi. Et elle succombe au charme tout neuf du baiser incendiaire. De plus l’embrasseuse lui passe une main autour du cou et l’autre se love au bas de ses reins. Une légère brise vient se couler sur la peau pour faire comprendre que ce frissonnement que ressent la brune ne peut avoir qu’une seule origine.


Alex vient de lui remonter le bas de sa jupe vers la ceinture qui la maintient en place. Puis alors que le baiser s’achève, avant d’en renouveler le bénéfice, la bouche féminine se colle à l’oreille de la femme de Matthieu et dans un souffle lui annonce…


— Comme ça nous sommes à égalité et je suis certaine que tu vas adorer.

— … ?

— Eux aussi !


Puis la voix se tait et les quatre lippes se retrouvent pour un échange prolongé. Solène ne sait pas si le « eux aussi » s’adressent à leurs maris tout proches ou à ces inconnus qui doivent se rincer l’œil. Encore que la nuit environnante ne permette guère de cristalliser les détails, et c’est tant mieux. Mais pour le moment, la brune ne fait pas un mouvement pour rabattre ce pan, de tissu qui démasque son joufflu. Et après quelques tendresses labiales, les deux silhouettes se dessoudent pour marcher main dans la main. Cette fois les deux paires d’yeux qui ont en point de mire les arrière-trains de ces dames, ne quittent plus ces attrape-rêves qui se dandinent à deux pas devant eux.


— xxXXxx —

Diffuse en direct !
Regarder son live