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Emotions

Chapitre 3

La balalaïka

Divers

Ce soir, je danse, je danse, je danse.

Et dans ma tête résonne la balalaïka.


Tout m’emporte, et je me laisse aller.

Passée la porte, déjà prise dans le filet.

Mes vices sortent dans un défilé

Et le clou du spectacle ne cesse de m’effiler.

J’ai vu mon avenir dans le cendrier.


Tout m’emporte, et je me laisse aller. Les notes les plus aiguës font scintiller les yeux. Je serai la plus grave de toutes. Je ne me contenterai pas des étoiles.


Je serai la plus grave et je les ferai tourner. Tourner, tourner, les yeux vont tourner autour de moi. Tournoyer, s’endiabler, sans jamais m’inviter dans leur ballet. Les cheveux au vent, le regard aux cieux, ce soir je danse quand même. Je danse, je danse, seule.

Car dans ma tête résonne la balalaïka.


Assise à ma table, j’observe l’éveil du monde. Les sourires, la fumée, les gens. L’alcool coule à flots dans un océan vaporeux et je fais face à tous ces visages connus, anonymes. Gorgée après gorgée, je m’enorgueillis dans ma solitude d’être la moins célèbre des inconnus. Je survole ce monde à mon sens, mais en vérité, je ne fais que gâcher les miens.


Tellement de visages m’agressent, me caressent. Une fille perdue danse, danse, danse. Sa robe s’agite, appelle, embaume le sexe. Ses yeux virent au vitreux, la scène est vouée à virer au drame. Personne ne voit sa peine, cachée derrière une fausse fierté. Tous voient sa faim, sa joie feinte, pas encore sa fin. Je ne vois rien en elle, et elle n’est rien après tout, mais je reste fascinée sans comprendre pourquoi. J’aime les alcooliques, les gens malheureux. Il n’y a que les yeux vitreux qui ne me reflètent pas ce que je suis. Autour le spectacle continue, le théâtre du train-train bistrotier. Au pays des ivrognes, les menteurs font loi. Derrière le comptoir, un rien s’invente metteur en scène.


Sourcils broussailleux et sourire crayeux cachent une âme à femmes. Le serveur joue avec les êtres, les lettres, transforme les maux en mots lâchés, accoudé sur le bar. Une malheureuse remplit son verre et vide son sac en quête de compassion. Sourire à femmes s’invente affable, il lui bourre les oreilles de douceurs et lui en glisse une dans le godet. Incapable de discerner les souvenirs de la réalité.


Une explosion de couleur. La musique agite la palette. Une strie de mascara pimente le rouge de ses lèvres. Des cris étouffés, les coups fusent et tous se taisent. Dehors l’agitation étouffe mon microcosme. Le bar explose en silence. Y a ceux qui rient, ceux qui fuient, celui qui gaze, et puis moi.


Moi qui danse, qui danse, qui danse.

Au rythme de la balalaïka.


Le calme revient, les cris se font distants. Les couleurs sont parties, la palette s’est affadie. Alors je cherche la lueur de tes yeux cachés dans la fumée. Perdues dans ce tombeau de lucioles, les cigarettes s’agitent comme les mèches de bombes à retardement. Je sais que tu es là, tu es là oui, je te vois. Toi et ta balalaïka.


Alors je danse, je danse, je danse.

Et tu me prends dans tes bras.


Tes mains sur mes hanches et je t’aime. Ton parfum contre le mien, tes lèvres contre les miennes. Tes gestes maladroits, tes muscles bandés de honte et ton sourire indécis. J’agite tes bouclettes blondes entre mes doigts, en imagine la douceur. Ne me mens pas. Ne me parle pas. Ne me souris pas. Je t’en supplie.


Mais les gens ne comprennent pas. Ils voient de l’amour dans mes yeux, du désir entre mes cuisses. Y a rien qui change. Au pays des alcooliques, les mensonges font foi.

Comment pourrait-il comprendre mon amour ?

Comment pourrait-il comprendre, mon Amour ?

Choisis parce qu’il était assez fade pour te refléter. Le manque me détruit, ce n’est pas lui qui va tout réparer. La nuit cache mes cicatrices, je dois me dépêcher. Cendrillon doit aimer, baiser, partir avant minuit. L’aube lèverait les masques. L’homme lève mes fesses flasques. Une levrette qu’on qualifiera de frasque. Traite-moi de chienne pour me faire oublier que j’en suis.


Ce soir, c’est carte blanche. Je ne veux pas te voir, juste t’avoir en moi. Prends mes hanches et moi avec. Dur de nous dissocier moi et ma sexualité. Tire mes cheveux pour m’allumer, si je tarde trop, frappe-moi. Ta main contre ma gorge, ton torse contre mon dos. Anonyme doit rester ce plaisir, anonyme s’ajoute à une longue liste. La flamme de tant de soldats inconnus empourpre mes joues quand je jouis, pas quand je la vois. Alors, baise-moi et tais-toi.


L’aube révélera son minois d’ange et tout mon dégoût. Ce n’est pas elle qui te ramènera, et la balalaïka continue de sonner, de sonner. De sonner mon glas. Minuit n’est pas passé, mais les couleurs le sont. Tout s’est délavé autour de moi. Le champ de vision s’éteint. Tout est délabré autour de moi, faites taire cette putain de balalaïka.

Faites la taire.


Réveil encore grise. Sourire satisfait sur visage inconnu. Je me lève les seins encore nus. Incapable d’entendre ce qu’il me dit, juste l’appel de la balalaïka. J’ai fini de danser avec mes pensées, sueurs froides coulent sur des plaies mal pansées. Ses mains inquiètes se posent sur mes épaules, en sentent les aspérités. Besoin de vomir, besoin de courir, besoin de partir. Ses doutes, ses insultes couvrent ma fuite. Peu m’importe, sa peine ne fait que sublimer la balalaïka.


Personne ne la fera jamais taire.

La balalaïka m’appelle. Mais tu n’es pas là.

La balalaïka me condamne quand tu n’es pas là.

Besoin de toi pour la faire taire.

Besoin de toi, mais ce soir, tout recommence.

Je t’aime.

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