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Fall in love

Chapitre 1

Rencontre

Erotique

« Tomber en amour ! »


Que voilà une phrase qui m’a souvent interpellée et j’ose le dire, fait doucement rigoler. « Tomber en amour ! » C’est bien de nos cousins d’outre-Atlantique de parler de cette manière. « Fall in love », un non-sens pour moi qui mets des jours et des nuits à retourner dans ma petite cervelle le moindre frémissement de mon cœur pour un compagnon de route. Un sentiment bien mystérieux que cet « amour », un sentiment que je ne suis pas certaine de reconnaitre si je devais le croiser.


Seulement voilà, il faut que je vous dise…


— xxXXxx —


Nous sommes à dix pas l’un de l’autre. Je ne sais rien de ce type. Châtain, pas mieux balancé que les autres, pas plus « mec », pas plus mâle, pas plus mal non plus. Un garçon d’environ trente piges. Un homme dans ma tranche d’âge, qui est comme je le suis, en arrêt à une distance de sécurité. Un écart que je juge d’un coup bien trop mince, sans que je sache définir ce qui m’arrive. J’ai les poils du corps qui se hérissent, des frissons que j’appréhende telle une chair de poule généralisée. Je ne comprends rien de ce qui me tombe dessus.


— Bon, Julie, tu avances ? Qu’est-ce que tu as vu pour que tu restes plantée là comme un piquet ?

—…

— Oh ! Julie ! Je te parle. Tu avances notre chariot, je ne vais pas rester avec le lait dans les bras toute la matinée. Bon sang… ces jeunes.

—…

— Julie !

— Hein ? Ah ! J’arrive maman !


Je pousse la charrette de courses. Mais mon regard lui est fixe, rivé sur le gars qui se tient pas loin de moi, de nous désormais puisque j’ai rejoint ma mère. Elle n’est pas vraiment dupe.


— Tu connais ce type ?

— Hein ? Ce… non ! Je ne sais pas qui c’est.

— Alors pourquoi le couves-tu des yeux comme si tu découvrais un fantôme ?

— Quoi ? Ça ne va pas, tu dérailles là.

— Eh ben, si tu voyais ta tête… franchement c’est à faire peur. Il y a un problème ? Tu veux que j’aille lui demander pourquoi il nous mate de la sorte ?

— Mais… bien sûr que non ! Voyons, puisque je te dis que je ne sais pas qui c’est. Et puis ce n’est pas nous sans doute qu’il regarde.

— Là, c’est toi qui me prends pour une idiote, Julie.

— Bon, bon, ça va… allons-y ! Finissons-en avec ces courses qui me gavent.


L’étrange rictus qui nait sur les lèvres de maman, un sourire pincé ou moqueur ? Qu’est-ce qu’elle va encore s’imaginer ? Il me reste là, dans la poitrine un emballement anormal de ce qui me sert de cœur. L’image de ce mec est là, accrochée au fond de mon cerveau. Elle danse et ne s’estompe pas, mais pourquoi ? Et je ne sais pas comment faire pour ne pas laisser ce trouble qui m’a envahi, perturber ma journée. Pas un mot, pas un geste, juste deux paires d’yeux qui se sont croisées et quelque chose me brule.


Une somnambule ! C’est bien cela, un zombie qui marche au radar pour finir les courses. Et maman qui n’en perd pas une miette. Elle se tait dans le supermarché, mais dans la voiture, je sais déjà que je vais avoir droit à un flot de questions. Je redoute de poser mes fesses sur le siège passager de la bagnole pour notre retour à la maison. Je suis bien incapable de savoir ce qui m’arrive alors pour l’expliquer… mission impossible évidemment. Le tapis où défilent nos achats, puis les sacs qui passent du caddie au coffre, tout se fait comme dans un rêve. Un rêve ou un cauchemar ?


Je ne suis pas aussi certaine de ce que je fais. À vingt-neuf ans, je suis seule. Sans petit ami, je veux dire. Pas parce que ma vie sentimentale est un désert, pas tout à fait quoi. C’est simplement que je n’éprouve pas le besoin de naviguer avec un compagnon de route, je ne suis pas amoureuse. L’ai-je jamais été du reste ? Je n’en sais rien. Les garçons, flirts éphémères que j’ai rencontrés n’ont jamais dépassé le ciel de quelques jours dans ma vie. Suffisamment de temps cependant pour que je ne sois plus une oie blanche.


Encore que si je fais un rapide bilan, je n’ai pas eu tant de mecs que cela dans ma vie… et je n’ai sans doute pas couché avec plus de trois. Quand je dis coucher, c’est sexuellement que je parle. Tout cela pour affirmer que je ne suis pas tout à fait une « Marie-couche-toi-là ». J’avoue également que si j’ai rompu ou refusée d’aller parfois plus loin avec ceux d’entre eux qui m’ont… effleuré, c’est parce que je ne ressentais vraiment rien pour eux. D’où mon incapacité à passer plus de temps avec ces hommes que j’ai donc laissé me tripoter.


Je reconnais que j’ai eu aussi envie de coucher avec ceux à qui j’ai permis de me caresser. Mais c’était seulement physique, un besoin d’assouvir les faims de mon corps. De l’hygiène en quelque sorte. C’est ce à quoi je songe en montant près de ma mère dans l’habitacle de sa tire. Le moteur ronronne et nous sortons lentement du parking. Pour le moment elle est sensibilisée au danger de la conduite, mais je sais bien que quand elle va ouvrir la bouche… Je m’y prépare sans trop savoir à quoi !


Nous sortons du centre commercial et sur la route nationale sa frimousse se tourne vers moi.


— Tu sais Julie… je me suis revue à ton âge.

—… ? Pourquoi tu me dis ça maman ?

— Simplement, pour moi, le lieu était différent, mais c’est exactement comme cela que ça s’est passé.

— Je ne pige rien de ce que tu me racontes… maman.

— Ma rencontre avec ton père… tu te doutes bien que si tu es là, c’est que nous avons vécu une belle histoire. Et j’avais la même tête que celle que tu me montrais tout à l’heure. Je n’ai rien à en dire, sinon que c’est de ton âge, tu sais bien. Et puis ta réaction au regard de cet homme, connu ou pas de toi, je suis revenue trente années en arrière, ma chérie.

— Maman ! Puisque je te dis que je ne connais pas ce gars, et que ce n’est pas moi qu’il visait.

— Allons ! Ne cherche pas à te justifier. Il est à peu près de ton âge, si j’en juge par son allure, il est pas mal. Et là je sais de quoi je parle. Il te bouffait des yeux. Moi, je suis persuadée que tu lui as fait un sacré effet à ce jeune homme.

— Qu’est-ce que tu peux être crampon et bornée quand tu t’y mets… je me fiche éperdument de ce gaillard.

— Bien ! Bien, mais tu te mens à toi seulement. Je sais, j’ai vécu une situation identique… et tu es là mon ange, grâce à cet amour qui nous a unis, ton père et moi… jusqu’à son accident, c’est resté très fusionnel.

—… bon ! On peut peut-être parler d’autre chose, non ? Je ne vais pas passer ma journée à m’entendre dire que je viens de rater l’occasion de ma vie.


Cette fois, elle se tait et se concentre sur la route. Je fulmine pourtant de l’intérieur. Merde ! Pourquoi ce type, son visage aperçu brièvement me restent-ils coincés au fond de la cervelle ? Et les mots de cette maman que j’adore et qui me le rend bien… lancinants et récurrents, ils me poursuivent plus que je ne veux l’admettre. Je respire plus profondément en entrant dans le garage. Les sacs de commissions à décharger, un intermède bienvenu qui bouscule heureusement un tantinet, mes pensées idiotes.


— xxXXxx —


Si le visage de mon inconnu devient plus lointain dans ma mémoire, je ne peux pas dire qu’il est flou. Chose très bizarre également, je me surprends souvent à le chercher dans la foule, dans les rues, dans les lieux publics. Il me poursuit assidument et revient même en boucle dans des rêves que je juge presque érotiques. Pourquoi presque d’ailleurs, puisqu’il m’arrive de me caresser en imaginant que ce sont ses pattes qui le font ? Des mains dont je ne sais rien, seule sa bouille est ancrée derrière mon front de brune. Maman ne m’en reparle pas. A-t-elle oublié cet épisode ? Je n’en suis pas persuadée et je sens peser souvent ses regards interrogatifs.


Dès qu’elle se sent observée, elle me fait une risette. Sourire mélancolique s’il en est, et celui de ce matin encore, me donne la sensation désagréable qu’elle revit inlassablement la scène de sa rencontre avec mon pauvre papa. Est-ce pour cela que je me sens coupable de je ne sais quoi ? Il lui manque et elle reporte trop sur ma petite personne son excédent d’amour ? Je me pose de grandes questions existentielles, à cause d’un foutu regard ? C’est à n’y rien comprendre. L’image de ce type est là qui me hante.


Mais il y a pire. À l’ouverture de mes paupières le matin il est là, statue plantée au milieu de ces rayons du supermarché. Et le moteur qui bat dans ma cage s’affole, semblant ne plus vouloir se calmer. Je dois fournir un effort chaque matin pour chasser cet esprit qui revient pourtant à l’aurore suivante. Et la nuit… ses doigts par ma main me fouillent, me font voyager sans bouger de ma place dans ma couche. Comment est-ce possible d’être à ce point tarabustée par un inconnu aperçu juste quelques secondes ?


Dire que je ne peux pas aborder le sujet avec la seule personne à qui je me suis toujours ouverte de tout ! Un comble que ça devienne un secret pénible à porter. Devant mon bol de café ce samedi matin je la vois aller et venir dans la cuisine. Son visage se pose de temps à autre sur moi et je ne dis rien. Il y a tout l’amour maternel du monde dans ses deux prunelles claires qui me caressent du regard.


— Ma chérie… tu te souviens que je vais chez la coiffeuse ce matin ?

— Ah ! Oui… c’est vrai. Tu veux que je prépare le déjeuner ?

— Non ! Mais si tu peux aller me chercher des œufs et de la farine, je veux faire une tarte aux pommes.

— Pas de problème ! Tu es maligne toi, tu sais bien que c’est mon dessert préféré… d’accord, va te faire belle et j’irai acheter ce qui te manque… tu as dressé une liste ?

— Elle est là, dans le portemonnaie. Tu passeras aussi chez la fleuriste ?

—… ? Chez la fleuriste ?

— Oui… j’ai commandé un bouquet pour mettre sur la tombe de papa.

—… Ah d’accord. Nous irons demain matin les lui porter ?

— Si tu veux venir avec moi… bien sûr !

— Évidemment maman, que je veux y aller… il me manque aussi, tu sais. Il est là…


Je porte mon doigt sur ma poitrine et elle a un sourire, à la limite la larme à l’œil ! Je dérive de suite sur un autre sujet, histoire de faire diversion.


— Tu en as pour longtemps chez Huguette ?

— Une coupe et une couleur… oui ! Ça risque d’être assez long. Mais bon, tu sauras bien trouver ce dont j’ai besoin pour ton merveilleux dessert.

— Oui ! Oui.


C’est mécanique. Une idée en chasse une autre. Cette fois, bien que je sois certaine qu’elle n’oublie pas son « Romain », elle se projette déjà dans la confection de ma tarte favorite. Et ça la remet en joie. Ouf ! Je peux la comprendre, ayant des réactions épidermiques de cette nature en songeant à papa. Mais je l’ai trop longtemps vu souffrir en silence. La saloperie de maladie qui nous l’a volé, la torturé des mois entiers. C’est une très belle plante qui, bien nippée file pour neuf heures trente chez la petite « Huguette ». Et ça me rassure de suivre ses hanches qui chaloupent vers sa voiture.


Bien ! Il ne me reste plus qu’à faire de même et une demi-heure plus tard, c’est à mon tour de quitter la maison. C’est jour de marché au village et ma foi… je sais où trouver les produits dont elle a noté les noms sur son papier. La place de l’église grouille de monde. Il fait beau et les gens sont tous là à défiler devant les étals. Je fais la queue pour les œufs, puis me dirige vers notre boulanger. C’est à la hauteur de la boucherie que je me sens d’un coup plutôt mal à l’aise.


Un peu comme si un sixième sens, une alarme m’avertissait de je ne sais quoi. Je jette un coup d’œil dans la vitrine du boucher, et je me fige sur place. Mince alors ! Je dois encore rêver ! Le reflet… il me montre le visage du type, mon inconnu du supermarché et il est debout sur le bord du trottoir d’en face. Du coup, je n’ose plus me retourner et j’avance lentement. Chacune des autres façades de verre me le fait voir qui de son côté marche parallèlement à moi. C’est flippant et une sorte de trouille irraisonnée s’empare de moi.


Il en a après moi ? Si je rentre chez maman, il va me pister ? Je le crains. Alors bêtement, c’est à l’instinct que je réagis. Donc je m’enfile dans l’entrée du seul lieu rempli de monde, le bar de « Zézétte ». Sa fille et moi avons suivi les cours de l’école primaire ensemble et elle me reconnait au premier pas que je fais dans son bistrot.


— Eh bien ! Julie ma jolie, ça fait une paille que tu n’es pas passée me faire un coucou.

— C’est vrai !

— Comment va ta mère ? Je suppose que c’est difficile. Pourquoi ne refait-elle pas sa vie ? Il y a plein de beaux mecs qui ne demanderaient que ça… faire un brin de chemin en sa compagnie.

— Tu la connais. Elle vit dans ses souvenirs. Oh, un jour qui sait… ?

— Et toi alors ? Toujours dans tes études ? Ça devrait toucher à sa fin, non ?

— Oui… encore un an et puis… si tout va bien je serai… ce que papa…

— Il serait fier de toi.

— Et ta fille ? Mélanie, elle n’est pas là ?

— Non ! Les voyages ne lui sont pas recommandés dans son état ! Tu sais qu’elle va avoir un bébé dans deux mois ?

— Ben… non ! C’est idiot, mais nous nous sommes un peu perdues de vue… Un bébé ? Elle est mariée ?

— Mariée, Mélanie ? Tu rêves toi ! Elle vit avec une amie… si tu vois ce que je veux dire.

— Elle n’a donc jamais renoncé ! Un bébé… mon Dieu que le temps passe vite. Et sa compagne, je la connais ?

— Non ! Enfin je n’en sais fichtre rien. Tu diras à ta maman qu’elle peut me rendre visite quand elle le désire.

— Oui. Ce matin elle est chez Huguette.

— Ah ! Toujours très fidèle à tous… à ton père, à sa petite coiffeuse, à ses petites habitudes de bourgeoise…


C’est dit d’un ton ironique. Je ne réponds rien et puis je remarque que mon loustic, celui à cause de qui je suis entrée dans le bar de Zézétte de son vrai prénom Annie, est là lui aussi. Elle l’a sans doute vu et ne parait pas surprise par ce type qui reste immobile au zinc à me reluquer en attendant qu’elle le serve. Elle se penche vers moi en me murmurant quelques mots.


— Je crois ma belle Julie, que tu as fait une touche ! Un grand gaillard qui n’arrête pas de te mater depuis quelques minutes. Je vais aller le servir ! Tu veux quelque chose à boire ?

— Un café, Annie si tu le veux bien.

— C’est mon boulot, ma chérie. Attends-moi, je reviens.


Elle vient de se diriger vers le type qui est droit comme un I à quelques pas de moi. Il est si proche que je l’entends commander un diabolo grenadine. Il y a bien longtemps que j’en ai oublié le gout et les saveurs de cette limonade au sirop. La propriétaire des lieux sert le bonhomme, puis me fait mon petit noir. Elle revient vers l’endroit où je suis, un petit sourire aux lèvres.


— Il est pas mal ton « boy friend ».

— Je ne le connais pas ! Ce n’est pas un de tes clients habituels ?

— Non ! Inconnu au bataillon. Il est là pour toi, j’en jurerais… Tiens ! Cadeau de la maison. Et passe le bonjour à ta mère… dis-lui que c’est une lâcheuse. Ça la fera peut-être se souvenir que je suis son amie.

— Je ferai la commission. Et de ton côté, embrasse Mélanie de ma part. Je suis heureuse pour elle et contente qu’elle réalise son rêve de gosse… un bébé…

— Je n’y manquerai pas. Bon ! Je dois m’occuper de mes vieux soiffards… si je veux qu’ils reviennent tous les jours.


Elle est repartie vers sa tireuse à bière. Et mon poursuivant s’empresse de combler l’écart qui nous sépare. Dans ce bar, je sais bien que je ne risque pas grand-chose, mais mon cœur lui bat la breloque. Il fait des siennes sans que je sache vraiment ce qui lui prend. L’autre fait mine de monter son verre devant son visage. Je percute d’un coup. Il veut trinquer avec moi ? Un dingue sans doute, mais un fou qui me donne la chair de poule. Et sa voix se loge d’un coup dans le creux de mon oreille.


— À votre santé, belle dame.

—… ?

— Je vous ai fait peur ? Je vous assure que ce n’était pas mon intention. Vous étiez avec une autre dame au supermarché, il n’y a pas longtemps, n’est-ce pas ?

— Ben… Pourquoi me poursuivez-vous ?

— Je ne vous poursuis pas comme vous dites, je crois que vous me plaisez, c’est aussi simple que cela.

— Mais vous ne me connaissez même pas ! Et moi non plus je ne…

— Alors, réparons cette erreur de la nature. Je me prénomme Allan ! Et vous ?

— Moi… mais…

— Vous avez bien un prénom ? Je ne connais personne sur cette terre qui n’en porte pas un !


Il y a dans la façon de me parler chez ce garçon, un ton qui en impose. Bizarre comme je me sens perturbée et c’est un peu comme s’il m’intimait l’ordre de lui répondre. Je me racle la gorge et j’articule du mieux possible.


— Je m’appelle Julie !

— Et la femme qui vous accompagnait dans la grande surface ?

— Quoi la femme… vous parlez de ma mère… Louise ?

— C’était donc votre maman ? Je l’aurais juré. Vous avez des airs… elle est super belle. Je vous imagine aussi jolie à son âge. Vous vivez seule ?

— … oui, mais…

— N’ayez pas peur, je ne vous questionne que parce que vous m’intéressez. Vous n’avez pas envie que nous fassions quelques pas ensemble ? Le tour du marché par exemple ?

— J’ai fini mes courses et je m’apprêtais à rentrer à la maison.

— Votre maman vous y attend ? J’ai toujours eu un faible pour les dames… mures. Elle est plaisante à regarder, tout comme vous du reste.

— Qu’est… qu’est-ce que vous me voulez ?

— À votre avis ? Vous êtes à mon gout et j’aimerais en savoir davantage sur votre vie.

—… ? Vous…

— Chut ! Venez, marchons. Il y a trop de monde dans ce bistrot. Et puis dans la rue, il est plus facile de se parler, sans témoin !

—… ! Vous ne manquez pas d’air vous.

— Il faut oser dans la vie pour avancer. Et si je ne vous dis pas que vous me plaisez, un autre le fera. J’aurai perdu une belle opportunité de vous faire l’amour.

— Vous… vous êtes impossible.

— Sincère aussi et franc.

— Trop direct ne trouvez-vous pas ?

— Nous n’avons pas de temps à perdre. L’existence n’est en définitive pas si longue. Et puis, ce n’est pas une relation plan-plan que je vous propose, mais bien quelque chose qui vous remuera jusqu’au fond de l’âme… je suis certain que vous êtes faites pour ce genre de petit jeu.

— Petit jeu ? Je ne comprends pas et n’ai pas vraiment envie de savoir.

— Mais si ! Sinon, vous m’auriez déjà planté là et seriez sortie. Je sais que je ne me trompe pas. Vous venez ? Votre verre est payé ?

—…


Le nommé Allan jette un billet de vingt euros sur le comptoir et la main de l’amie de maman le ramasse. Lui ne cherche pas à attendre sa monnaie. Il me saisit le bras gentiment et me tire déjà dans la direction de la sortie. Annie vers qui je me suis retournée me délivre un clin d’œil magistral qui en dit long sur ce qu’elle imagine déjà. Et le bruit de la rue me rattrape alors que d’autorité, il m’embarque dans la direction qu’il s’est fixé. C’est-à-dire vers le cœur du marché. Je tremble de sentir sa chaleur que communique sa paume à mon poignet.


— Vous êtes chez vous dans ce bled ?

— Hein ?

— Ce village… c’est celui de votre enfance ?

— Euh... oui ! J’y vis depuis toujours.

— Vous n’avez donc pas peur de tous ces gens, ils sont donc une protection pour vous ?

— Vous avez donc l’intention de me faire du mal ?

— Pas du tout ! Je veux juste tout savoir, tout connaitre de cette femme que vous êtes.

— Oh ! Il n’y a pas grand-chose à en dire. Je finis mes études et je vis chez ma mère.

— Comment s’appelle-t-elle cette délicieuse maman que j’ai eu la chance d’entrapercevoir au supermarché ?

—…


Je m’abstiens de répondre et il me lâche le bras. C’est comme une déchirure. Cette impression qu’il arrache ou reprend un morceau de moi. Je ne sais pas ce qui m’arrive. Nous sommes à quelques mètres à peine des marches du parvis de l’église « Notre Dame des Cimes » et allez savoir ce qui se trame dans ma caboche ? C’est moi qui cette fois l’attire vers l’entrée et nous nous faufilons par une petite porte à l’intérieur du bâtiment. Là, c’est plus frais, un zeste plus sombre également. Et je deviens folle peut-être. Dans un élan qui m’époustoufle, je me jette contre la poitrine de ce mec.


— xxXXxx —


Dans un premier temps, il ne se passe strictement rien. Puis Allan referme ses deux bras autour de moi, me ceinture le corps. Et il ne peut ignorer que je tremble de mon audace. Alors, entre pouce et index, mon menton est relevé par la patte masculine. Je garde les yeux grands ouverts et la bouche qui se faufile vers la mienne… c’est un don du ciel, un don de Dieu. De ce baiser, je garde la douceur, mais aussi le feu qu’il transmet à tout mon être. Je n’ai pas les mots pour décrire ce que je ressens. Il n’y a plus de sang qui coule dans mes veines. Non, c’est de la lave en fusion.


L’envahisseuse qui conquiert mon palais le fait sans lutte. Elle revient en plus précise, en plus précieuse et gagne du terrain que les pattes du mec s’empressent de marquer au fer rouge de la tendresse. Elles errent ces voyageuses sur mes vêtements, caressantes, obscènes dans ce lieu consacré. Et mon visage aux paupières closes laisse cette bouche prendre le dessus et amener à fleur de peau, mes sentiments les plus fous. Il sait ce loulou qu’il peut tout avoir, que je ne suis plus rien d’autre qu’une poupée dont il peut user, abuser aussi.


Lorsqu’enfin nos souffles viennent à manquer, il m’écarte sans heurts de lui, et me regarde longuement. Puis dans le silence de l’édifice religieux…


— Non ! Julie, pas comme ça, pas ici. Tu mérites beaucoup mieux qu’un petit coup à la sauvette.

—… ?

— Oui ! Ce corps superbe, il ne peut se contenter des amours brèves dans un coin d’église. Je te veux toute à moi, avec du temps, avec d’infinies précautions, dans des conditions très spéciales pour faire ressortir ton âme.

— Mais…

— Chut ma jolie ! Ne profanons ni cette maison ni ce sanctuaire que tu m’offriras de toute façon… à ma manière.

— Je… je ne comprends rien !

— C’est bien normal. Et je ne t’en dirai pas plus aujourd’hui… accepte un dernier baiser et laisse-moi ton numéro de téléphone. Tu veux bien que nous nous appelions de temps à autre ? Nous allons je te le promets, nous revoir très bientôt, très vite.


Bien sûr que je veux et qu’il obtient de suite ce zéro six qu’il demande. C’est les jambes en coton que je retrouve l’air de la rue. Nous retraversons ensemble, côte à côte les étals des marchands et camelots et de nouveau devant le bar de « Zézétte », il fait une halte. Là pour la seconde fois, ses lèvres s’emparent, parmi les badauds et les promeneurs, de ma bouche. Mais il ajoute un petit plus en posant sa patte sur un de mes seins. Celui-ci est naturellement sous mon chemisier et dans la gangue de coton de mon soutien-gorge. Alors comment parvient-il à pincer légèrement le téton ?


Celui-là est gorgé d’envie et le mini étau qui s’attaque à lui me fait monter sur la pointe des pieds. C’est suffisamment douloureux pour que je me sente obligée de me crisper. Mais à côté de ça, c’est… dingue parce que cette étrange douleur sourde se répand en moi telle une rivière et… curieusement la pince qui quitte mon nichon laisse un vide incroyable. C’est son abandon qui me fait plus souffrir que la morsure de ses doigts. Il me sourit. Il se met légèrement en retrait et sa voix… bon sang sa voix, me fait tourner la tête.


— Si tu es aussi bonne que belle ! Je crois que toi et moi allons pouvoir faire de grandes choses pour peu que tu te laisses guider… je reviens vers toi au plus vite… par téléphone.

—… ?


Je n’ai guère le loisir de répondre, il a déjà tourné les talons et se fond dans la cohorte des clients du marché ou des passants. Quand il se retourne pour me faire un signe de la main, il est au moins à cinquante mètres et moi… je suis toujours scotchée sur mon coin de trottoir. Je n’en reviens pas de ce qui m’arrive. Ma propre patte se pose sur ma poitrine, là où ce gars m’a pincé. Je songe à masser un peu l’endroit endolori, puis j’y renonce. Oui ! Finalement pas en pleine rue, pas devant tout le monde.


Tout se bouscule sous ma tignasse brune. Ce type, Allan ! Il m’a bien tutoyée ? Je revis cette scène de l’église, j’analyse ce que je dois bien appeler des baisers. Pourquoi se sont-ils trouvés si différents de ceux que j’ai reçus ou donnés avant ? La douleur sur mon téton, elle est bien réelle celle-là ! Donc je n’ai pas rêvé tout éveillée. Ce sont les constatations que formule mon cerveau alors que je rentre chez maman. Pourquoi ai-je l’impression que cette « odyssée » a duré une éternité ? Il n’est guère plus de onze heures trente lorsque je pénètre dans la cuisine vide.


Maman n’est pas rentrée et c’est tant mieux. Inutile qu’elle s’aperçoive de mon trouble. Parce que j’avoue que je le suis au plus haut point. Je crois bien que si dans l’église, il avait voulu, je l’aurais laissé faire. Bon ! Je me dois de me remettre de ces émotions trop visibles. Direction les toilettes où je quitte ma culotte humide. C’est dire l’effet que cet Allan a su me faire. Puis j’entrouvre mon chemisier et écarte le bonnet qui cache mon sein. Pas une trace, rien, juste un peu engourdi ou talé par la pincette du garçon.


Tout est en ordre, sur moi et dans la maison alors que ma mère rentre de sa sortie « coiffure ». J’adore sa coupe, sa couleur et en fin de compte l’ensemble lui fait une nouvelle tête. On la dirait plus jeune, le visage lumineux.


— Wouahh ! La poupée ! Tu as quelqu’un à qui tu veux plaire maman ?

— Tu es folle ! C’est réussi ? Et toi, le marché, tu as rencontré du monde que nous connaissons ?

— Ah oui ! Je suis passée prendre un café chez Annie… elle ne te voit plus depuis…

— Je sais ! Je devrais… aller la voir, mais entre elle et moi, il y a tant de souvenirs. Tu sais, je l’ai toujours soupçonnée d’être amoureuse de ton père.

—… Ah bon ! Tu me raconteras ? En attendant, elle te fait dire que tu peux t’arrêter lorsque tu vas faire tes courses.

— Oui ! Oui, entendu, je prendrai le temps…

— Tu sais que sa fille Mélanie est enceinte ?

— Enceinte ? Mais elle ne vit pas avec une compagne ? Comment est-ce possible ?

— Il faut vivre avec ton siècle maman. Nous n’avons plus besoin de mecs pour faire des enfants. Et je trouve plutôt sympa qu’elle assume sa différence. Ce n’est plus un tabou.

— Mais je ne trouve rien à redire. C’est juste que j’ai plus de mal avec le fait qu’un enfant n’ait pas ou jamais de père.

— Il aura deux mères et je te promets que si j’en avais eu deux… j’aurais trouvé ça chouette.

— Il doit être content ton père d’entendre ça.

— Et là ! Je n’ai pas parlé en mal de lui. Notre monde change et de nos jours, ça ne devrait plus choquer personne que deux hommes, deux femmes se montrent en public, c’est tout !

— Tu as raison. L’amour c’est… parfois surprenant.

— À qui le dis-tu ?

—… ? Tu prends mes paroles pour toi ? Il y a quelque chose que je devrais savoir ? Anguille sous roche ? C’est le jeune homme de l’autre jour ? Tu le connais donc ?

— Mais non ! Juste des mots en l’air, des paroles pour combler le vide et pour te donner la réplique, je t’assure.

— Oh ! Ma chérie ! Je te connais mieux que personne ! D’un autre côté ça me semble logique puisque c’est moi qui t’ai fabriqué… ce n’est pas ton genre d’envoyer des bouteilles à la mer. Je peux comprendre que tu tiennes secret un amour naissant. Mais tu ne peux pas me faire prendre des vessies pour des lanternes… il y a un truc…

—…


Inutile de lui narrer par le menu mon entrevue bizarre avec mon nouvel ami. Je coupe la sonnerie de mon téléphone par pur réflexe, si d’aventure il lui venait l’idée de m’appeler. Elle et moi cuisinons en parlant de tout, de rien, j’aime assez la voir en forme. Et c’est vrai qu’elle est belle. Mais pourquoi Allan a-t-il tellement insisté sur la beauté de ma mère ? Et c’est reparti ! Je me refais un film qui n’a ni queue ni tête. Preuve que ce gars m’a bel et bien retourné le cerveau. Pas désagréable du tout cette sensation de compter pour quelqu’un. Et puis… il y a ce sentiment tellement autre que pour mes flirts précédents.


Notre journée s’écoule au rythme doux d’une communion familiale simple. Il n’en demeure pas moins que ce qui s’est passé le matin même est là, derrière mon front. Les folles images dansent une sarabande que je juge tantôt indécente, et plus surement pas assez osée. Ce garçon m’attire, je n’en veux pour seule preuve que ma pluie intime qui me surprend alors que je pense à ce pincement sur mon sein. Drôle aussi que ce genre de truc me fasse un tel effet. Moi qui n’aie connu que des amours feutrées, rapides et surtout pas compliquées… je ne sais pas quoi penser de ce qui me tombe dessus.


Notre soirée est le prolongement de cette exquise après-midi. Une dinette entre femmes et un bon film voient les heures s’envoler. Maman est assise sur le canapé et moi… je prends plaisir à retrouver des gestes de mon enfance. J’ai posé ma tête sur les genoux de cette mère qui me sourit. Oui ! Elle me sourit et sa menotte me câline doucement le front. C’est d’une tendresse indescriptible. Ce petit moment de trouble estompe un peu celui encore trop présent de ma matinée. À quel moment est-ce que je réalise que je confonds la patte de maman avec celle de Allan ? Ça devient grave de ne plus faire de différence et de savourer avec délice les caresses maternelles.


Finalement, les délicates attentions de ma mère finissent par m’étourdir et elles m’endorment pour de bon. Je somnole plus que je ne m’enfonce dans un sommeil profond. C’est en cela que c’en est dangereux. Parce que dans mon crâne, ce sont les doigts du garçon qui jouent dans mes tifs, y font des arabesques et c’est démentiel. J’adore ces va-et-vient qui me plongent dans une réelle béatitude. Il me semble l’entendre me susurrer des mots à l’oreille… paroles lointaines, mais tellement agréables à percevoir depuis mon petit nuage.


Le film est terminé depuis longtemps ? Je sursaute avec la petite main de maman toujours sur le visage. Elle ne bouge plus du tout et alors que j’ouvre les yeux, c’est pour m’apercevoir qu’elle aussi roupille. Sa poitrine sous mes quinquets se soulève régulièrement au rythme souple de sa respiration calme. Je n’ose plus broncher de peur de la réveiller. Mais ma position est vite intenable, taraudée que je suis par une envie pressante. C’est en tentant de décaler son bras qui est en travers de mon corps que je la ramène dans l’univers des vivants.


— Hein ? Ah zut ! Je crois que j’étais si bien que j’ai fini par m’endormir…

— Maman ! Pardon de t’avoir tirée du sommeil. Il est grand temps d’aller nous coucher, tu ne crois pas ?

— Quelle heure est-il ? Mon Dieu… deux heures du matin ? Eh bien ! Tu as raison, on file au lit. Demain tu me raconteras…

— Quoi ? Qu’est-ce que je dois te raconter ?

— Ben… dans tes rêves tu as parlé d’un certain Allan… Et comme je ne connais personne de ce prénom-là, j’en déduis que c’est ton petit ami ! Celui qui te fait rêvasser en prononçant son prénom, ma chérie. Petite cachotière va ! Tu vas tout me dire… je veux tout savoir, après tout je suis ta mère, non ?


Elle rit et je suis comme une idiote là. Mais mon besoin d’aller aux toilettes me donne un prétexte que je juge valable pour couper court à cette discussion qui part en vrille.


— J’ai envie de faire pipi…

— Ouais… c’est une ruse… enfin, ne tire pas la chasse d’eau, je vais y aller aussi.

— Mouais…


Je suis dans mes petits souliers. Qu’est-ce que j’ai bien pu baragouiner durant ma semi-inconscience ? De toute manière, il n’y a pas grand-chose à relater. Juste quelques pelles roulées, très bienfaisantes bien sûr, mais ça n’a jamais dépassé le stade de la décence, alors ? Mis à part le lieu, mais il m’étonnerait fort que j’aie fait état de la maison du bon Dieu dans un songe. Je me dis qu’il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat. C’est prestement, après une rapide toilette que je regagne mon antre nocturne et que je tente de retrouver un semblant de sommeil.


Je me tourne, me retourne dans mon pieu et je finis par virer ma nuisette qui me colle à la peau. C’est donc aussi nue qu’un lombric que je calme mes nerfs par des attouchements en rapport avec quelques baisers et surtout un pincement de doigts sur un téton encore si sensible. Cette fois, il fait l’objet d’un massage très agressif de la part de mes paluches enfiévrées. Et pour finir, je tire du violon une musique toute en soupirs, entrecoupée de silences. L’idée me vient que peut-être, dans la chambre attenante à la mienne, ma maman fait peut-être la même chose. Cette pensée affole tous mes sens et je crois que c’est elle qui me délivre de mon attente.


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À suivre…

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