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Au feu perdu des cathédrâles.

Chapitre 1

Rêverie sans intérêt

Erotique

Il regarde son téléphone en vain, sans désespoir, non, mais agacé, tout de même, du silence des éons. Elle était douée d’un talent très rare : il écrivait spontanément pour elle dès qu’elle se manifestait, si bien qu’il avait rapidement compris qu’elle serait parfaite. Une métaphysique sexuelle, une sexualité crue et brutale, directe, percutante, une complicité intellectuelle possible... Des univers opposés.


La petite application violette sous couvert d’un logotype d’appareil photographique stylisé se trouve être le seul véritable moyen qu’ils ont — qu’ils avaient — pour communiquer. Lui, le rapace ordinairement las des rencontres fugaces, tout attaché par les liens enchantés du mariage, jouant d’un pouce distrait avec les femmes qui se voudraient lascives dans sa paume — elle, une outsideuse des plus improbables, rencontrée sans faire exprès dans les labyrinthiques frasques de l’exercice abrupt de son mépris pour les qui maîtrisent mal le style. Bref, pour le dire en un mot comme en cent, et sans détour : une rencontre improbable. Une rencontre ratée, aussi. Ils aiment beaucoup de choses de la même façon. Il est fétichiste, raffole de la visibilité de son amante, de ses pieds arqués, d’un anus discret, mais gourmand, de fesses rondes, de salive, de mouille, de mots grossiers et tournés dans le sens des mêlées...


Elle aussi — du moins, l’a-t-elle dit. Mais elle n’est pas là, pas sur instagram. Il a levé les yeux de son ordinateur, où des pages et des pages de traitement de texte s’accumulent en vue d’une soutenance toute prochaine (à l’été, dit-on dans les bruits de couloir). Il faudra même qu’il revienne en France pour le séjour. Et puis elle vivait dans une des rares villes de France qu’il aime encore.


— Tu t’imagines assise sur moi, par le cul, en te triturant les seins ? lui a-t-il écrit, sachant pertinemment qu’elle restera de marbre. On ne peut pas parler de « blessure narcissique », en ce qu’il n’a pas vraiment eu le temps de croquer le fruit, mais, disons, l’âge aidant (un dandy de trente-et-un ans, c’est grotesque), il sait voir ce qu’il perd lorsqu’il perd. Avant, il était vexé, puis il repartait ailleurs une fois la frustration passée. Là, non. Une sorte de tristesse qui flotte, spongieux et paresseux, qui flotte ainsi qu’un sirop poisseux posé dans une eau qui n’envierait rien aux marécages des rivages des Syrtes. L’immobile tristesse des enchantements dé-promis. Le lent regret sans violon, sans vaisselle cassée, sans rien d’héroïque, juste... juste un raté.

— En ondulant des reins... ta jolie petite chatte lisse et serrée visqueuse coulant sur mon ventre se contractant à chaque coup de mes reins... ton anus s’ouvrant et se fermant dans la moiteur parfumée de ta sueur anale...


C’est mal écrit, et il le sait, mais il sait aussi — et surtout — que ses minutes sont comptées. Une sorte de bleuet déposé, sans se soucier même que son gisant touche le marbre, non, non, juste pour le geste. C’est très important, en érotisme, le geste, le souffle, ce qui fait front contre la morbidité de l’oubli. Il n’était qu’un placebo. Il a saisi cela tout de suite, mais le malentendu... le malentendu était trop précieux, trop rare, et elle était si intéressante. Depuis quand n’avait-il pas eu envie d’écrire pour une muse ? Qui plus est : pour une muse qui a refusé de l’être ? Elle qui n’a pas voulu comprendre le sens d’une rapide esquisse (comme le peintre griffonne au fusain sur un papier grossier l’amorce de ce qu’il pressent dans la chair qui se dissimule), poème abandonné dans les feux de cheminée :


— Toutes les belles cathédrales sont animées de feux secrets, de replis savoureux pour l’esprit qui sait y mordre à pleines dents, tout au cœur juteux et parfumé du secret des passions... on aurait tort de donner foi à tous ces gens qui trouvent que la religiosité est une chose morte. Au contraire ! Que ne fait-il pas, par religiosité, par ferveur, permettez-moi de parler même d’une fièvre. Mais toute imagination a besoin de ses supports.


Il se voyait marchant sous le soleil des roses, où les briques aux Minimes scintillaient au corail — ce n’est pas moi, c’est le poète, qui l’écrivit, celui de l’écran noir de ses nuits blanches. Or voilà, l’écran noir des nuits blanches, vidée de toute force par un manque d’adresse — et les quatre boules de cuir en font que deux qui roulent... Et ce sont mes gants que je ramasse. Pourtant, il avait été courtois en voulant lui montrer qu’ils étaient faits pour se plaire, le boxeur et la bottine de cuir, avec sa jupe rouge :


— Aimez-vous saliver énormément avec une bite qui tape au fond de votre gorge ?

— Oui...


Un temps, puis, le regardant d’un œil où la colère tranquille du désir frustré brille (il s’en régale toujours, et elle le sait, c’est un jeu entre eux), elle ajoute :


— Et j’ai maintenant envie de me doigter au beau milieu de tous ces gens dans le métro.


Mais il ne lâche pas sa prise et continue de la tenir à la gorge, levant son menton, presque au-dessus d’elle et le parfum de ses cheveux sont une autre merveille — ô Dieux, Baudelaire mentait pas ! — puis, ayant dégluti du désir qu’il sent infuser partout en lui, presque comme ignorant la tenue de sa remarque sur ses doigts, sur l’évocation de sa merveilleuse petite chatte qui pulse sans doute comme un soleil, comme un papillon nucléaire aux ailes dévastatrices de mille langues de feu, il ignore, il ignore et son pantalon étouffe sa propre virilité :


— Au point que votre salive coule sur vos seins aux tétons tendus, dans un bruit liquide à chaque coup de reins de celui qui viole votre bouche ?


Elle n’attend pas, elle ne déglutit pas :


— Oui. Oui, j’en ai envie, au point d’avoir du mal à contenir mon émotion... et de réaliser trop tard que mon visage me trahit.


Il sait bien que son visage la trahit, il le sait et le savoure, c’est un spectacle pour lequel il est né. La veille, déjà, elle avait accepté d’assumer son désir, dans un mélange de contradiction batailleuse, espérant qu’il viendrait la soumettre malgré ses angoisses, attendant qu’il vienne la rassurer malgré son allégeance à Diane, déesse des beautés farouches, éternellement jeunes et infiniment cruelles. Il était alors assis dans une sorte de fauteuil à bascule un peu défoncé (je crois qu’il manquait même un demi-bras), en osier croisé, de ce genre de mobilier qu’il déteste positivement, mais bon, ce n’était pas chez lui, et il la regardait. Elle avait levé les yeux vers lui.


— Et votre vulve palpite ?


Toujours ce soin, cet attachement à l’essentiel, au crible d’une sale histoire, mais elle aussi, sans se démonter et avec un sourire un peu défiant :


— Bien sûr.

— Et votre anus s’ouvre ?

— Pas en cet instant. Elle se tait, lui aussi, il a perdu la manche. Mais elle est délicieusement joueuse et lui redonne la main avec intérêts, dans un acte de pure bonté :

— Mais si j’imagine votre doigt le parcourir, c’est une tout autre réaction.


Non par indifférence — bien au contraire, il se sait la proie des obsessions les plus fanatiques, aussi les désarme-t-il, toutes, consciencieusement, il ne relève pas et passe à autre chose :


— Expliquez-moi votre tenue, votre position, les parfums et tout ça.


Il joue avec son briquet — mais il ne fume pas. Un briquet à pipe, slim à chemise anthracite. Un des derniers qui s’est vendu, c’était il y a dix ans. Un objet très élégant, et aussi simple que fonctionnel. Elle soupire :


— Ça va tout de suite moins vous faire rêver...

— Vous allez être surprise... Je me fiche du sophistiqué, je préfère l’authentique. Je ne rêve que de ce qui est, non des clichés. — Je suis en pyjama. Je porte un haut qui doit être du 12 ans. Donc même s’il n’a pas pour vocation d’être sexy, il moule bien mes seins. Je suis allongée dans mon lit, sur le côté. Avec les genoux repliés (plutôt en position pour discuter qu’être excitée, du coup. Et les parfums... Ça doit sentir un peu le sang ? » Il sourit et pose avec sa main gauche son briquet dans la paume ouverte de sa main droite, ainsi qu’un sous-marin fuselé.


Mais ici, ses souvenirs se dissipent et il se souvient qu’il lui avait proposé de venir s’agenouiller derrière elle, et de poser son sexe contre la douceur bombée de ses fesses. Elle avait répondu que ces seuls mots l’avaient encouragée à l’arc de ses reins pour offrir ce qui était réclamé.


Combien de rêves auraient-ils pu faire ainsi ? Combien de mots forts et purs auraient-ils vécus ? Elle évoquait de boire ses paroles, mais pas seulement ses paroles, et lui, il prétendait vouloir prendre soin d’elle.


Que ne vit-on pas dans les choses que l’on rate... Une bonne sodomie, des orteils suçotés, une faciale et deux langues qui s’enroulent dans les élixirs de tous les fluides mélangés... Il aurait vraiment voulu qu’elle lui bouffe l’anus pendant qu’il se masturbe en grognant de plaisir. Tant pis.

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