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L'inconnu du fort Saint Jean

Chapitre unique

Erotique

L’hôtel signé d’un célèbre designer, austère béton ciré réchauffé de masques de carnaval, nous avait immédiatement séduits, mais, même y faire des photos du reflet de nos chairs enlacées, dans le miroir au dessus du lit, n’avait pas suffi à éviter la tempête. Ton corps en vrac réclamait du repos, et pourtant tu ne voulais pas perdre une seconde de ma peau. Seulement, voilà, Marseille m’envoûtait, et je n’avais pas fugué pour jouer à l’infirmière. Aussi, à mon retour d’une flânerie-boutiques dans le quartier, j’avais trouvé la chambre désertée, ma valise gisait solitaire, aucun mot sur le chevet. Je savais qu’il ne te faudrait pas longtemps pour que tu reviennes pleurnicher sur mon répondeur, et, dans quelques jours, tu m’attendrais en larmes à la gare de Lyon. Mais, vois tu, la cité phocéenne m’interdisait d’avancer la date de mon billet de retour : je découvrais, fascinée, les ruelles où le vent du large m’aspirait vers le port, et j’arpentais les quais, glissant du Pharo jusqu’au fort Saint Jean, rêvant de céder à l’appel du large, de lever l’ancre, d’embarquer pour les terres chaudes, en face, de l’autre côté...

J’aime particulièrement cette promenade qui enserre le bas des murailles du fort. Dès notre arrivée, tu m’y avais emmenée, et là, enveloppée de cet air chaud et salé, je me suis sentie à nouveau incroyablement vivante. Comme à ton habitude, tu n’avais pas coupé la sonnerie tonitruante de ton mobile et répondais bruyamment, sans te soucier de quiconque. Quand tu fais ça, je ne veux plus te connaître. J’avais accéléré mon pas, mettant de la distance entre nous. C’est la mer que tu m’empêchais d’entendre, et surtout les éclats de voix joyeuses de ces hommes fumant ou pêchant en groupe le long des rochers. Ces hommes expansifs, dans cette langue rêche, ces hommes "de l’autre côté"...

Mes cheveux au vent, légère dans ma robe fluide, mon corps exprimait mon bonheur simple d’être là. J’ai croisé son regard, et il m’a souri "Très jolie !", j’ai souri en réponse et maintenu le lien de nos yeux, sans modifier ma démarche, jusqu’à le dépasser. Un instant, juste un instant, qui gonfle cœur et âme d’un plaisir pur...


Je me rendais donc à l’évidence que je le recherchais, cet homme à la peau dorée, que mon court souvenir précisait, ce gaillard du sud, Tunisien, Marocain ou Algérien, grande gueule et sans doute bruyant passionné de l’OM, roulant musique à fond sur la corniche... Alors, je traînais sur le vieux port, écoutais la derbouka sous l’Ombrière, en buvant du thé à la menthe... Mon retour à Paris approchait, je ne profitais plus de l’hôtel design, déambulant tard dans la nuit chaude.

Puis m’endormant dans ma chambre-cellule, calmant mon manque, de mes doigts.


La soirée est particulièrement douce et les flâneurs sont nombreux à profiter de la belle lumière orangée. Des amoureux et des familles, et ces groupes d’hommes parlant à grands gestes passionnés... Le vent n’autorise pas la lecture de la revue que je trimballe sans conviction. Les messages de l’amant m’ennuient, je vapote en rêvant, yeux clos, visage à la renverse, tendu à la brise tiède, je savoure la sensation de l’air salé sur ma peau. Un "Ça va, tranquille ?" à l’accent chantant me sort soudain de ma rêverie. C’est lui, en contre-jour, et j’ai certainement émis spontanément un sourire d’encouragement à poursuivre les questions, car il s’est assis d’office à mes côtés, me tendant la main en se présentant, "Kassim". Inattendue spontanéité et un sourire qui a ramolli toute résistance, je me suis sentie flaque et je crois qu’il l’a perçu, car il a ri. A quelques mètres, ses amis nous observaient, gentiment amusés...

"En vacances ?"

Et soudain, je suis bavarde à effrayer un homme ne cherchant certainement que le coup d’un soir, je déverse le trop-plein de mots de mes journées de solitude, mon coup de foudre pour la ville, moi, la fille du Nord, mon bonheur d’être là, sans horaires... Évidemment, pourquoi seule ? Pourquoi ici ? Je l’intrigue et d’évidence, nous nous attirons...

Brusquement, il m’attrape le bras et me soulève, "Viens, je vais te présenter !", comme ça, naturel et désarmant. Et c’est si simple, des sourires jusqu’aux oreilles, des prénoms qui me donnent envie de manger pastillas et cornes de gazelle... Sans doute l’ont-ils entendue, ma petite voix intérieure, car l’un d’entre eux s’est exclamé qu’il fallait venir avec eux manger un tajine, qu’ils allaient tous chez Madjid ou Ibrahima, je ne sais plus, j’étais déjà étourdie... Kassim approuve et m’encourage à accepter, à ne pas me poser de questions, à me laisser glisser, que je vais adorer, que la femme de son pote cuisine comme une reine... Mais ses yeux disent un tout autre "Laisse toi faire...", en m’assurant qu’il me reconduira lui même à mon hôtel.

Je ne ressens aucune crainte, je veux les suivre, je le veux, lui.

Une petite maison débordante de vie, sur la route de l’Estaque, des femmes généreuses, des enfants curieux et facétieux, des discussions enflammées en arabe, que Kassim n’oublie pas de me traduire, tout en prenant soin que mon assiette ou mon verre ne restent jamais vides, un tajine incroyablement parfumé, des légumes savoureux qui appellent forcément qu’on se resserve, mon coup de fourchette me vaut des embrassades de la cuisinière ravie et le regard gourmand de Kassim... L’heure avance, nos esprits s’embrument, et dans le brouhaha, soudain nous sommes seuls, nous sommes deux. Il a passé son bras derrière mes reins, sa main pétrit ma hanche et il chuchote à mon oreille qu’il a "hâte"... Haleine d’épices, il me tarde de dévorer sa bouche. Discrètement, ma main posée sur sa cuisse s’aventure à son entrejambe, effleure la bosse qui gonfle... Alors, d’un bond, il se lève et lance en arabe quelques mots qui rend l’assemblée goguenarde, et nous nous éclipsons, non sans de longues effusions.

"Je ne peux pas attendre d’être à ton hôtel" dit-il, à peine sortis, avant de m’attraper pour un long baiser de mort de faim. J’avais déjà deviné sa poigne, son corps sec, ses gestes sûrs et précis. Je me laisse porter, et c’est inhabituel. Tout ici me met dans un état de béatitude, de flottement... Nous roulons peu, il s’arrête face à la mer, un de ces lieux "entre-deux", parking, chantier naval, pêcherie, du bordel blanchi par le soleil et le sable, je ne suis pas surprise, ça lui va bien. Me prenant la main, il m’entraîne vers quelques mètres carrés de sable, cachés entre les rochers. Et je suis ivre de ses lèvres qui me dévorent tout le corps, il m’écrase sans être lourd, directif sans chercher à dominer, un homme avec qui je savais que je me laisserais faire, prendre, bouffer, baiser... Il jouit assez vite, râle extatique comme une délivrance crachée à mon oreille. Puis,vif, bondit sur ses pieds, me relève souplement en riant, " C’était un bon échauffement, je sens qu’on va s’amuser tous les deux, où est ton hôtel, ma belle?"


Il a éclaté de rire en découvrant ma chambre, béton, lumière blanche, trait de maçon pour accentuer le brutalisme, " C’est en travaux ou quoi ?"... Effectivement, après la chaleur saturée de vie de la petite maison de l’Estaque, mes goûts de bobo paraissaient bien superficiels, ses remarques spontanées et sans aucune méchanceté étaient drôles, et s’il m’avait dit qu’au matin nous prenions le large pour Tanger ou Tunis, je le suivais...

Le lit blanc sur ses très hauts pieds métalliques évoquait une chambre d’hôpital, mais sa hauteur était parfaite pour les jeux du plaisir. Il faisait déjà jour et je n’étais pas repue de lui, de son corps et de ces gestes nerveux, de son naturel qui me faisait me trouver finalement compliquée... Je savourais la parenthèse en me disant que, mine de rien, ces quelques heures allaient changer ma vie. Il se faufilait partout, et pas seulement dans mes orifices qui lui étaient totalement ouverts, tant il avait l’art de les préparer goulûment à accueillir ses assauts de coureur de fond.

J’étais remplie de lui et d’un sentiment de liberté. Je savais bien que plus jamais je ne le reverrais, mais qu’il ne disparaîtrait pas. Car, au-delà de sa magistrale performance à me faire surfer sur le bonheur, sans le savoir, Kassim du fort Saint Jean avait brisé les chaînes que je me forgeais moi même, il m’avait révélée, et plus rien ne se serait comme "avant"...

Il partit comme il m’était apparu, souriant et naturel, m’épargnant de vaines promesses. Dans quelques heures, j’affronterais avec calme, en débarquant à la gare de Lyon, l’amant trop tourmenté.


Puis je prendrais le large... Pour "l’autre côté"...

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