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Si jamais

Chapitre 1

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5

Une histoire érotique écrite par

Fantasme
publié le
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— Je t’aime, mon amour, lance-t-il en levant son verre.

— Moi aussi je t’aime.

— Joyeuse Saint-Valentin.

— À toi aussi.


La Saint-Valentin, la fête des amoureux. Quoi de mieux que de la passer avec Alexandre ? Cet homme est tout ce que j’aime chez les hommes. Il a un physique d’Apollon. Il est en plus doux, attentionné et pas mal cultivé. J’ai conscience d’avoir une perle rare entre les mains. D’ailleurs, je sais que beaucoup de mes connaissances m’envient. C’est pour cela que, contrairement à mes précédentes conquêtes, j’ai tenu à prendre mon temps et à faire les choses bien avec lui. Et Alex a su répondre à toutes mes attentes. Il s’est montré patient et compréhensif. Mais pourtant…


Alexandre est là, assis devant moi, à la table de ce petit restaurant pittoresque et charmant, parfaitement décoré pour l’occasion. Le son de violoncelle glissant sur une partition de Jean-Sébastien Bach berce l’atmosphère de la pièce. Il accompagne un léger parfum de rose. La douce lueur des bougies éclaire les traits anguleux et virils de mon homme.

Il me dévore des yeux. Il tente de se contrôler mais il ne peut s’empêcher de zieuter vers ma poitrine. Je n’ai pas mis de soutien-gorge sous ma robe ; il le sait et il aime ça. D’ailleurs, moi aussi. J’aime cette sensation de liberté. Je lui lance un sourire coquin et mon regard de braise. Il sait qu’après le repas l’ambiance sera chaude. Autant fêter cette Saint-Valentin comme il se doit.


C’est la première fois que j’ai une relation si intime et si intense avec un homme. Habituellement, je finis toujours par gâcher mes histoires. De toute façon, j’ai toujours voulu aller trop vite. Du coup, je n’ai pas laissé le temps aux hommes de vraiment me séduire et donc, je n’ai jamais été amoureuse. Le grand mystère de ce sentiment puissant ne m’a jamais éclairée. Changement de stratégie pour Alex : je lui ai laissé le temps. Il en valait la peine. Et puis, je voulais enfin connaître cette émotion. De plus en plus d’amies semblaient trouver leur âme-sœur. Pourquoi la vie refusait-elle de m’accorder la même grâce ? C’était injuste.


Tandis que nous finissons notre apéritif, un serveur nous apporte la carte des entrées. Ce dernier louche timidement du côté de mon décolleté mais je n’en prends pas ombrage. Je ne suis pas du genre à m’offusquer pour si peu. Bien au contraire, c’est même flatteur. Et puis, je suis plutôt de bonne humeur ce soir. Nous lisons la carte, le serveur se prépare à noter notre commande ; scène banale. Sous la table, une tout autre scène se joue : mon pied remonte légèrement le long de la jambe de mon compagnon. Il arrive finalement sur son entrejambe qu’il flatte. Je sens déjà Alex opérationnel pour notre futur corps-à-corps. Je jette un rapide coup d’œil vers lui. Il fait semblant de se concentrer sur la carte mais son visage empourpré trahit son émoi.

Finalement, nous choisissons notre entrée et le serveur nous laisse.


Avec Alex, je peux enfin éprouver ce miracle de la vie ; enfin, je crois. Est-ce vraiment cela l’amour ? Bien sûr, je l’apprécie beaucoup. Il est merveilleux. Il me comble de joie. Et il faut être honnête, au lit c’est vraiment l’extase. Mais pourtant, cela me semble bien fade par rapport à tout ce que mes copines m’ont décrit.

D’ailleurs, que m’ont-elles vraiment décrit quand j’y pense ? Elles ont plutôt été vagues sur le sujet. Aucune n’a su exactement me définir ce sentiment. Du coup, cela a soulevé encore plus de questions en moi. J’avais l’impression qu’elles me parlaient chinois quand elles décrivaient ce qu’elles ressentaient. Vraiment, ça m’a laissée perplexe.

En fait, c’est plutôt leur ton enjoué et leurs yeux brillants quand elles en parlent qui laissent rêveur. Et puis, j’en suis venue à douter qu’elles puissent vraiment me renseigner. Connaissent-elles au moins véritablement de quoi elles parlent ?


Prenons Julia, par exemple. C’est peut-être la plus apte à me renseigner. Après tout, elle est en couple avec Florent depuis le lycée. Malgré toutes ces années, ils se dévorent encore des yeux en affichant des sourires béats quand ils sont ensemble et se couvent de surnoms plus ridicules les uns des autres du genre « mon petit poussin » ou « mon sucre d’orge ». Est-ce cela être amoureux ? Se comporter d’une façon nauséabonde et pathétique avec l’autre ? J’ai longtemps cru que Julia et Florent avaient peut-être la réponse, qu’ils étaient vraiment âmes-sœurs. Pourtant, ça n’a pas empêché Florent d’essayer de me peloter la dernière fois en boîte.


Sarah, celle-là, elle pourrait disserter des heures sur l’amour. À l’entendre, ça semble être plutôt exceptionnel. Pourtant, elle est amoureuse d’un type différent tous les quatre matins. Elle en plaque un, et une semaine après elle se dit déjà « follement amoureuse » d’un nouveau. Elle parle de l’homme de sa vie pour chaque mec ; moi, je préfère parler d’homme de son mois. Et le pire, c’est qu’elle est loin d’être la seule à se comporter ainsi.


Il y a aussi Ludivine. Elle, elle ne change pas de mec tout le temps mais se remet sans arrêt avec le même. Un coup elle aime, un coup elle le déteste. Et il faut dire qu’elle a toutes les raisons de le détester vu comment il la traite. Il la violente : elle le quitte puis lui pardonne. Il la trompe : elle le quitte puis lui pardonne. Il la vole : elle le quitte puis lui pardonne. Cette idiote finit toujours par retomber dans ses bras quand il fait semblant d’avoir des remords et qu’il promet ne plus jamais recommencer. Ce mec est la pire chose qui lui soit arrivée, et pourtant elle s’entête à lui pardonner à chaque fois. Il est peut-être là, le véritable amour ; mais quel amour ! Il ne donne pas du tout envie d’être vécu.


Quant à moi, je cherche toujours la réponse. J’ai pensé la trouver avec Alex. Après tout, il est tout ce que je recherche chez un homme. La logique voudrait que je l’aime, mais pourtant je n’ai pas le cœur qui saute quand je le croise, et il ne me manque pas quand il est absent.

Bien sûr, j’aime passer du temps avec lui. Il est toujours aux petits soins avec moi. Il m’est d’un grand soutien. J’ai pu lui confier certains de mes doutes et angoisses. Et puis, ça finit toujours dans une scène chaude au lit. C’est vrai que je me sens bien avec lui. Mais est-ce suffisant pour savoir si on aime ? Est-ce cela l’amour ? J’ai de plus en plus de doutes.


Alex, lui, m’aime. J’en suis sûre ! Il n’arrête pas de me le dire à longueur de temps. Il est toujours aux petits soins pour moi. Rien que le regard qu’il me porte en ce moment même me fait comprendre que je suis tout pour lui. J’ai soudain une boule au ventre. Peu importent mes véritables sentiments pour lui, ils sont loin d’être aussi forts que les siens. Il y a déjà un moment que je m’en suis rendu compte. Peut-être que ça viendra plus tard, qu’il me faut plus de temps. En attendant je mime un amour sincère, je fais semblant, je joue la comédie. Je suis plutôt douée puisqu’il ne s’est encore rendu compte de rien.


Alors après, je me dis que j’ai peut-être un problème. C’est peut-être moi qui suis incapable d’aimer. J’ai passé toute mon enfance à être trimballée de famille d’accueil en famille d’accueil. Je n’ai jamais eu le temps de m’attacher. Peut-être que finalement je n’ai jamais appris à aimer. Il est probable aussi que l’amour ne soit pas quelque chose qui vous tombe dessus sans prévenir. Il faudrait se battre pour l’emporter. On ne peut pas gagner à la grande loterie si on n’achète pas de ticket. C’est pour ça que j’ai décidé de me battre pour Alex en faisant les choses bien. Je sentais que je pouvais tomber amoureuse de lui. Je ne voulais pas faire comme avec mes précédentes conquêtes : abandonner et finir par aller voir ailleurs.


D’un seul coup, le téléphone d’Alex sonne. Il s’excuse et répond.


— Allô…oui…oui…..oui. Bien, j’arrive tout de suite, fait-il avec une mine contrariée avant de raccrocher.

— Un problème ?

— C’était la caserne, il y a eu un grave accident. Ils ont besoin de renforts. Je suis désolé, mais il faut que je m’en aille.

— Quoi ? Mais c’est la Saint-Valentin et on est en plein repas.

— Je sais, mais je n’ai pas le choix. Tu n’as qu’à finir le repas seule et on se rattrapera un autre jour. Je suis désolé. Tu n’as qu’à prendre ma carte, tu connais le code. Finis le repas, fais-toi plaisir et à plus tard. Je t’aime, ma puce.

— Arrête de m’appeler comme cela, rouspété-je avec une mine boudeuse. Tu sais très bien que je n’aime pas.


Il sourit et m’embrasse avant de disparaître. Dans un sens, son départ tombe bien. Cette fête amoureuse commençait vraiment à me mettre mal à l’aise.

Je suis bien décidée à profiter de ma soirée à fond. Il m’a laissé sa carte de crédit : autant en profiter. Le serveur vient justement chercher ma commande pour le plat principal. Il en profite pour rapidement bigler dans mon décolleté. Je lui souris ; il est mignon. Il fut un temps où je lui aurais fait sa fête, même si j’avais été en couple. Mais aujourd’hui je suis avec Alex et je ne me le permettrais pas. J’aime peut-être vraiment Alex après tout.


Le plat arrive et je m’empresse de le goûter. Je remercie d’abord mon serveur d’un magnifique sourire, ce qui ne manque pas de le faire rougir. Ah, il serait très facile de le mettre à genoux, celui-là. Je n’ai encore rien perdu de mon charme, c’est rassurant.

Le plat est un délice sublimé par une sauce parfaite. Quel régal !


J’ai presque fini ce magnifique festin quand je surprends plusieurs yeux tournés vers moi. Il y a un couple en face ; la femme me porte un regard désolé du genre de se dire « Pauvre fille, dîner seule le soir de la Saint-Valentin… » Je tourne la tête sur le côté : une autre femme me regarde, l’air moqueur « Ha ha ! Elle a beau être très jolie, elle est seule ce soir. » Et ce ne sont pas les seules à me jeter ce type de coup d’œil. Pff, elles me dégoûtent ! Pourquoi n’aurais-je pas le droit de dîner seule ce soir ? Pourquoi me jugent-elles pour ça ? Qu’est-ce qu’elles savent de moi, de ma vie ?

Elles m’ont coupé l’appétit, alors je saute le dessert et paye l’addition. Mon serveur a l’air désolé de me voir partir. Il est trop chou. Je lui aurais bien laissé mon numéro, mais non.

J’appelle un taxi et grimpe dedans. Le chauffeur, un gras à la barbe grisonnante, me lance un regard salace.


— Rue de Montferrat à Méronze, s’il vous plaît, commandé-je.

— Bien, Mademoiselle.


La voiture démarre tranquillement et je repense à cette soirée. Elle n’avait pas trop mal commencé, même si je me sentais pas très à l’aise avec toute cette pression amoureuse. Dommage qu’Alex ait été appelé en renfort. Du coup, on me prive de la meilleure partie de la soirée. Là, Alex risque de rentrer dans quelques heures et même si, par chance, il ne rentrait pas trop tard, il serait trop éreinté pour faire quoi que ce soit.

En tout cas, mon chauffeur a l’air partant pour me faire un tas de trucs, à en croire les regards pervers qu’il me lance à travers le rétroviseur. Il ne se gêne pas pour me reluquer. Il peut toujours rêver, il n’est pas mon type d’homme.


— Qu’est-ce qu’une jolie fille comme vous fait seule le soir de la Saint-Valentin ?

— Ça ne vous regarde pas, réponds-je d’un ton froid.


Qu’il me guigne passe encore, j’ai l’habitude ; mais qu’il ne s’imagine pas qu’il peut me draguer.


— Du calme ma p’tite dame, je voulais juste faire la causette.


Je ne me donne même pas la peine de répondre. Pour qui il me prend ? J’ai bien vu ses regards. Ce n’est pas la causette qui l’intéressait, mais mon cul. D’ailleurs, je repère une alliance à son doigt. Encore un mari infidèle, encore quelqu’un qui me fait douter de l’amour.

Quoi qu’il en soit, je m’efforce d’ignorer les regards de ce vicieux et le chemin se passe rapidement. Je règle la course, descends et me dirige vers l’appartement d’Alexandre.


Me voilà enfin arrivée. Plus qu’une porte à franchir et je pourrai enfin finir ma soirée au calme, peut-être prendre un bon bain chaud. J’ouvre et pénètre rapidement à l’intérieur. Un geste brusque attire mon regard vers le centre de la pièce, où sont positionnés canapé, table basse et télé. Ébahie, je surprends Raphaël, le petit frère d’Alex, en pleine séance de masturbation devant un film pornographique ! Me découvrant, il cache rapidement son sexe tendu et, pris de honte, court se réfugier dans sa chambre en oubliant d’éteindre la télé.

Je jette un coup d’œil curieux sur l’écran : une femme est aux prises avec trois mâles plantés chacun dans un de ses trous. Cela me rappelle des souvenirs. Je coupe finalement le film après une demi-minute de visionnage et pars dans la cuisine me servir un verre de vin blanc que je déguste doucement en repensant à cette drôle de soirée, et surtout à son dernier rebondissement.


Pauvre Raphaël… Il a voulu s’offrir un petit plaisir solitaire pour cette soirée spéciale. Être seul, pour lui, ne doit pas être facile. Depuis que je connais les deux frères, il l’est. Et pourtant il est loin d’être moche. Au contraire, son physique se rapproche pas mal de son aîné, mais avec une carrure plus svelte et un air plus enfantin. Son problème, c’est vraiment son manque de confiance en lui. Je suis sûre qu’il pourrait séduire un paquet de filles s’il prenait confiance. D’ailleurs, je lui en ai déjà fait la remarque mais il a toujours paru sceptique.

Raph vit chez son aîné depuis la mort de leur père. Alex l’a accueilli afin de lui permettre de poursuivre son BTS électrotechnique dans les meilleures conditions possibles. Actuellement, Raph en est à sa seconde année.


Bon, allez, je retourne dans le salon, pose la bouteille et un verre sur la table basse et pars frapper à la porte de Raphaël.


— Ça te dit de regarder un DVD avec moi ?

— Non, répond-t-il.

— Allez, s’il-te-plaît, le supplié-je. Je n’ai pas envie d’en regarder seule.

— Non, je te dis.

— Quoi ? C’est par rapport à tout à l’heure ? Tu sais, ce n’est pas grave.


Il ne répond pas.


— T’inquiète. Tu te branlais ; et alors ? C’est tout à fait naturel. Tu n’as pas à en avoir honte.

— Ouais mais…laisse-t-il en suspens.

— Quoi ? C’est la vidéo qui te pose problème ? C’est ça ? Il n’y a rien de mal. Il y a des fois où on a juste besoin de stimulation. C’est normal. Tu sais, ça m’arrive souvent.

— T’es sûre ? Tu ne dis pas ça pour me faire sentir moins minable ?

— Mais non. Je te dis qu’il n’y a rien de choquant là-dedans. Allez, sors maintenant.

— Bon OK, finit-il par abandonner.


Et le voilà justement qui fait son apparition. Il n’ose pas me regarder dans les yeux. Je lui prends la main et l’attire vers le canapé.


— Tu veux un verre de vin ? proposé-je.

— Ouais. Il est où, Alex ?

— Il a été appelé à la caserne. Il ne risque pas de rentrer de sitôt, lui réponds-je en lui servant un verre de vin. Allez, bonne Saint-Valentin, lui fais-je en trinquant.

— Ouais, grimace-t-il. Qu’est-ce qu’on regarde, du coup ? Une comédie romantique pour coller au thème du jour ?

— Pouah non, c’est pourri ! Faisons-nous un bon film d’horreur. L’exorciste, par exemple.

— Je ne l’ai jamais vu.

— Sérieux ? Alors faut que tu le regardes, lancé-je en remplaçant le DVD dans le lecteur. C’est incontournable !


Le film commence et l’intrigue se met en place doucement. Mais je ne sais pas : contrairement à d’habitude, je ne suis pas dedans. La présence de Raph me perturbe. Je repense à la scène que j’ai surprise tout à l’heure. Du coup, j’observe du coin de l’œil mon voisin. Il est vraiment mignon, en fait. Dommage pour lui qu’il soit si réservé. Et dommage pour les filles aussi. Je suis sûre qu’il aurait beaucoup à offrir. Finalement, lui et moi, nous avons un point en commun : il doit être lui aussi en quête du grand amour.


Prise par une envie inexpliquée de tendresse et une certaine désinhibition probablement due au vin, je me blottis à ses côtés et pose ma tête sur son épaule. Il semble surpris mais ne me repousse pas. J’essaie de me concentrer maintenant sur le film ; mais tout ce que je vois, c’est notre reflet dans l’écran qui se mêle aux images d’horreur. C’est là que je remarque que lui aussi semble distrait : le coquin profite de ma position pour lorgner dans mon décolleté. Bizarrement, je ne m’y attendais pas. Le découvrir fait naître une douce chaleur dans mon ventre. Je devrais protester ; c’est quand même le frère de mon copain. Mais il ne fait rien de mal après tout, et puis il est mignon. Alors je laisse et observe son manège à travers notre reflet. Je modifie même légèrement ma position pour lui offrir un meilleur angle. Il croit être discret mais il n’a pas réalisé que la télévision le trahissait.


— Alors, ça te plaît ? lui demandé-je, coquine.

— Oui, c’est plutôt pas mal, en fait.

— Je ne parlais pas du film.

— Oh…désolé, finit-il par comprendre.

— Ce n’est pas grave.


J’ai envie de vraiment l’allumer, alors je me blottis plus fortement contre lui et une main innocente atterrit sur sa cuisse. Il semble très mal à l’aise et se tend légèrement… de partout. Lui aussi recherche le vrai amour comme moi, bien que j’aie quelque chose de proche avec Alex. Mais Raph, contrairement à moi, connaît au moins l’amour fraternel. Il lui manque juste l’amour d’une femme. Je pourrais le lui faire découvrir si j’en avais envie. Pas le grand amour, mais un amour d’un soir, un amour éphémère. Mais il y a Alex que je suis censée aimer. Je me suis promis de bien faire les choses avec lui. Pourtant, il faut que je sache ce que j’éprouve vraiment pour lui, que je teste mes sentiments. Si jamais je ne suis effectivement pas amoureuse, je dois le savoir. Serais-je prise de remords si jamais je le trompais ? Qu’est le plus fort entre l’amour fraternel et celui d’une femme ? L’appel du sexe lui ferait-il trahir son frère comme beaucoup d’hommes trahissent leur femme ? À ce que je vois, c’est très probable mais je n’en sais rien. Il n’y a qu’une façon de le savoir : il faut que je fasse l’expérience.

Ma main sur sa cuisse remonte et commence à caresser son entrejambe.


— Mais qu’est-ce que tu fais ? balbutie-t-il.

— Chut, laisse-toi faire, lui réponds-je simplement.

— Mais Alex…proteste-t-il.

— Il n’en saura rien, le coupé-je en l’embrassant.


Il ne résiste pas longtemps, et bientôt une langue part à la rencontre de la mienne. Je sens aussi un volume prendre de l’ampleur sous ma main. Je le savais : l’amour n’est rien face à l’appel de la chair. Cette fois, plus de retour en arrière possible. J’ai encore du mal à réaliser ce que je m’apprête à faire. Tous mes sens sont en feu. Une vive émotion s’est emparée de moi ; je ne reculerai pas. J’ouvre son pantalon et en extrais une belle bite. C’est bien ce que j’avais cru voir tout à l’heure : elle est appétissante.


Je me baisse et y dépose quelques délicats baisers. Ce sexe ne demande qu’à être cajolé. Je vais lui offrir ce qu’il désire. Je l’embouche et le caresse de ma langue. Son goût est exquis. J’ai toujours adoré la saveur suave des hommes. Raph frémit à cause du contact. Il semble à peine croire à ce qui lui arrive. Il n’a encore rien vu, pourtant : ce n’est que le début. J’ai envie de lui offrir tellement ! Ma bouche aspire son membre, ma langue le flatte et mes mains massent ses bourses. Raph se met à gémir. Il commence à prendre confiance et ose plonger sa main dans mon décolleté pour venir tester la fermeté de mes seins. Lui aussi se montre doux. Il ne me les pince pas maladroitement comme le ferait un puceau trop pressé. C’est très agréable. Son autre main se pose sur ma tête et glisse dans mes cheveux. Il gémit de plus en plus alors que ma langue lape la chair soyeuse de son gland. Comme je m’en doutais, Raph confirme qu’il va bientôt jouir. Je le laisse exploser dans ma bouche. Un feulement rauque s’échappe de la sienne.


Je me redresse et le fixe du regard. Il a les yeux brillants, tout émerveillés. Je peux lire l’honneur que je viens de lui faire.

Je me colle à lui et l’embrasse passionnément. Il répond très positivement. Ses bras m’enlacent et me caressent le dos puis descendent sur mes fesses.

Je recule finalement afin de me défaire de mes vêtements. Tout d’abord la robe, bien évidemment. Je la fais glisser de haut en bas, dévoilant ma poitrine nue en premier, puis mon ventre et enfin une petite culotte noire. La vue semble le satisfaire. J’ôte enfin ma culotte, mon dernier rempart, et me voilà nue devant lui.


C’est à son tour d’être débarrassé de ses encombrants vêtements. Je me colle de nouveau à lui, l’embrasse et défais les boutons de sa chemise un à un. Une fois cette dernière à terre, je m’occupe de lui retirer son pantalon et son caleçon, me laissant découvrir ses jambes musclées.

Je dépose plusieurs baisers sur son torse. Je goûte à la saveur de sa peau. Elle a un léger goût de sueur. Ma bouche descend peu à peu le long de son ventre pour retrouver finalement le sexe qu’elle a abandonné plusieurs minutes auparavant. Je le gobe et m’applique à lui faire retrouver toute sa vigueur. Une fois l’objectif atteint, je m’empale sans plus attendre.

J’accueille dans mon antre bouillant ce pieu de chair. Hum, que c’est bon de se sentir remplie !


Sans perdre de temps, j’ondule sur ce sexe et laisse le plaisir me bercer. Ma tête commence à tourner. Raph m’embrasse dans le cou puis lèche mes seins. Peu après, ses lèvres aspirent mes tétons qu’il mordille délicatement. Ses mains voyagent sur mon corps, déclenchant un incendie sur leur passage. Raphaël sait faire honneur à mon corps. Il sait le respecter. Il se montre un amant tout aussi attentionné que son frère. Chaque aller-retour le long de sa tige virile me submerge d’une vague de plaisir.

Nous gémissons en chœur. Nos souffles se font solidaires. Qu’il est beau, le visage inondé de bonheur ! À la fois si proche et si différent de son frère.

Notre corps-à-corps arrive finalement à son paroxysme lorsque l’orgasme me dévaste. Lui aussi jouit. Je suis fière de le sentir exploser dans mon ventre.


Éreintée, je me laisse tombée sur lui. Il m’enlace et me caresse le dos doucement. Tandis que la pression diminue peu à peu en moi, je cherche la présence d’un quelconque remords. J’ai beau chercher, je dois admettre que je n’en trouve pas. J’en déduis donc que je ne suis pas amoureuse d’Alex.


— Je t’aime, soupire Raphaël.


Quoi ? Il m’aime ? Vraiment ? Non, je ne crois pas. Il doit se tromper. On couche une fois ensemble, et alors, quoi ? Il tombe amoureux de moi comme cela ? Ce n’est pas possible. Je suis l’amour d’un soir, pas le vrai amour. Je ne peux être plus, c’est une illusion. Oui, ça doit être ça ! L’amour est une illusion, une illusion nourrie par le vrai besoin de l’être humain : l’appel de la chair. Un mensonge qu’on se répète pour se déculpabiliser des désirs qui nous animent vraiment. Toutes mes expériences et observations confirment pourquoi j’ai vu tant de personne trahir l’être aimé pour une vulgaire histoire de fesses.


L’amour est un canular qui cache aussi notre peur de la solitude. Une mystification véhiculée par notre société. Dès notre plus jeune âge, on nous apprend qu’on a toutes droit à notre prince charmant. Cette croyance continue à être transmise en grandissant à travers tout ce qui nous entoure : les films par exemple, comme les comédies romantiques qui vont même jusqu’à codifier la relation amoureuse idéale. On nous fait croire que l’on ne peut être parfaitement épanoui que si l’on est en couple. Toute la société nous pousse vers ce mensonge et nous force à être en couple. On est stigmatisé si l’on est célibataire, et c’est pire si en plus on le revendique fièrement puisqu’on exige de nous justifier.


Je n’ai jamais été amoureuse. J’ai toujours assumé mes différentes expériences sexuelles à cent pour cent. Je n’avais pas besoin de l’illusion de l’amour pour me justifier. Finalement, ce n’est pas moi qui ai un problème : ce sont tous les autres. Ils se mentent à eux-mêmes tandis que moi je reste honnête. J’ai donc eu tort de culpabiliser de ne pas être capable d’aimer. Me voilà rassurée. Je ne suis ni amoureuse d’Alex, ni de Raph, et je n’ai pas besoin de l’être. Je n’ai pas non plus besoin d’être fidèle à Alex maintenant que j’ai enfin compris ce qu’est vraiment l’amour. Cela tombe bien : je me laisserais bien tenter une nouvelle fois par Raph. De plus, il y a quelques collègues d’Alex qui ne sont pas trop mal foutus. Et si jamais l’un d’entre eux est assez idiot pour s’imaginer être amoureux de moi, ce ne sera pas mon problème.



Le titre fait référence à une chanson du groupe punk Guerilla Poubelle.