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Les âmes mentent !

Chapitre 2

L'évidence

Erotique

Elle est devant moi et je suis livide. Mes guibolles flageolent sans vraies raisons. Ou plutôt, je ne le sais que trop bien. Dans ma poitrine, j’ai le cœur qui bat la breloque. Lynda a dans les yeux une étincelle que je prends d’habitude pour de la bonne humeur ou de la joie. Là, elle devient plus subtile, plus… comment dire, plus communicative. Et je me retrouve à avoir la tremblote. Comment est-ce possible ? Je ne tiens pas à la voir autrement que comme une amie et pourtant… Mon regard est soudain très différent. Trop sans doute et également visible comme un nez au milieu d’un visage.


Elle s’est aperçue de ce trouble qui me cloue sur place ? Ma pâleur doit avoir aussi un impact sur son ressenti. Elle se méprend cependant sur les causes de mon malaise ?


— Tu… Camille, tu ne te sens pas bien ? Tu es toute pâle ! Viens, assieds-toi !


Elle me soutient et pousse sous mes fesses une chaise. Ma cuite, elle songe soudain que je fais une rechute à cause de la grande dose de boisson ingurgitée hier ? Ses paroles sont là pour que je le comprenne en tous cas.


— Merde ! Tu ne vas pas gerber dans ma cuisine ? C’est de voir partir Sylvain qui te met dans un pareil état ? Tu t’es entichée de ce type ? Mais… c’est juste un opportuniste. Mon voisin est un profiteur…

— Mais non ! Arrête Lynda. Je ne suis plus bourrée, j’ai décuité depuis longtemps.

— Alors ? À quoi est-il dû ce malaise qui te donne l’air d’un cadavre ? C’est bien pour celui qui m’a aidé ?

— Ne m’abreuve pas de tes questions idiotes. Tu sais je me suis réveillée alors que tu me tenais la main, dans la nuit. Et…

— Et quoi ? Tu veux dire que tu m’as vu qui m’acquittais du prix du service rendu ?

— Comment ça ? Du prix de quel service parles-tu ?

— Celui d’avoir demandé de l’aide à Sylvain… tu sais tout le monde n’est pas « il est beau et il est gentil ».

— Quoi ? Tu veux dire que pour son coup de main, il t’a demandé de… passer à la casserole ? Tu lui as prêté ton ventre à cause de moi ?

— Pas à cause ma jolie, juste pour toi… pas à cause.

— Mais… je ne pige pas ! Tu t’es laissée faire par ce type parce qu’il t’a prêté main-forte pour me ramener chez toi ? Pourquoi tu ne m’as pas tout bêtement laissé dormir dans ta voiture ?

— Tu as vu le temps ? Il gèle à pierre fendre dehors ! L’alcool ne protège pas du froid. Et puis… je tiens à toi plus que tu ne crois…

— Ouais… ça aussi je l’ai entendu, tes mots sont encore dans mes oreilles… ils dansent là…


En précisant ceci, je porte mon index sur ma tempe, pour bien lui faire savoir que c’est inscrit en lettre rouge dans ma petite cervelle. Elle aussi change de couleur cette fois. La voici qui rougit. Puis elle bafouille ce que je saisis comme une excuse.


— Mais… je ne suis pas, je ne peux pas m’empêcher de… oui… c’est plus fort que moi !

— Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ?

— Ça aurait changé quoi ? Dès que nous sortons, tu n’as d’yeux que pour les mecs… Enfin les rares fois où tu as bien voulu m’accompagner…

— Mais… tu ne t’es jamais dit que tout simplement, j’en ai peur ? Des mecs, comme tu dis ? Que je suis méfiante et que ce n’est qu’une manière de me protéger ? Comment as-tu pu baiser avec ce type…

— Oh ! Il ne m’a pas violée, j’étais d’accord. Du reste, je le suis toujours dès que je te vois. Ça me donne tellement envie que je dois bien libérer ma surcharge émotionnelle d’une façon ou d’une autre. Alors, il était là…

— Tu te donnes chaque fois à ton voisin ? Je ne conçois pas ce genre de plan. Tu tiens donc à me faire culpabiliser ? À me rendre responsable de tes pulsions sexuelles ? Si toutes les femmes qui sont amoureuses et déçues se tapent leur voisinage, notre bled doit être un foutu lupanar.

— Non ! Il était là et a su profiter de ma faiblesse. Mais il ne m’a pas forcé, j’étais d’accord par dépit peut-être. Et par vengeance aussi, par rage surement contre… toi !

— … ? C’est idiot. Parce que d’une part, j’étais incapable de saisir ce genre de chose, ivre comme je l’étais, et ensuite parce que je ne savais rien de ton attirance pour… les femmes.

— Pas les femmes ! Toi ! Tu ne fais pas la différence ? C’est pourtant dans celle-là que réside l’essentiel. Pas les femmes comme toi ou Sylvain semblez le croire, seulement toi Camille et aucune autre !

— … c’est impensable, inouï ! Je… j’en deviens folle. Comment peux-tu dire que tu es amoureuse de moi ? Nous nous côtoyons depuis… des années et je n’aurais rien senti, rien vu.

— Il n’est de pire aveugle que celle qui ne veut pas voir. Et à la longue, je me suis fait une raison… voilà tout.

— De là à te laisser sauter chaque fois qu’on se croise… c’est dément.

— Pas chaque fois. Cette nuit, c’était exceptionnel. Te déshabiller a réveillé en moi des instincts de chasseuse. L’envie s’est montrée très… violente. J’ai ressenti un besoin de sexe que tu t’avérais incapable de me donner… Sylvain était là et te savoir nue proche de moi… les circonstances ont fait que… je me suis laissée piéger. Si ce n’était pas désagréable, rien à voir avec l’extase attendue ou le plaisir que j’imaginais. Sans amour, le sexe ne sert à rien… en tout cas pour moi. Et c’est bien en serrant tes doigts que j’ai finalement pris une once d’une jouissance compliquée. Et j’ai tout au long de cet acte manqué, songé que je te trompais pour de bon !


Je regarde cette amie que je n’ai jamais vu sous cet angle-là ! Celui d’une femme amoureuse, celui d’une femme entichée d’une autre femme… et que je sois celle-là, me donne des frissons comme je n’en ai jamais connu de toute mon existence. Qu’est-ce qui m’arrive, bon sang ? Quand et qui d’elle ou de moi prend la patte de l’autre ? Là assise sur une chaise face à celle dont les phrases sont autant de coups de poing en pleine figure pour moi, je ne sais plus que penser. J’écoute, mais pire surement, je sens couler dans mes veines une chaleur inconnue. Lynda a un regard interrogatif. Que peut-elle bien penser en cet instant ?


Qu’elle vient de perdre sa meilleure amie ? Qu’il lui faut oser et sauter le pas, après ses aveux, quelle solution adopter ? Et moi ? Que dois-je dire, faire ? Je ne peux pas dire que sa déclaration déguisée me laisse totalement froide et indifférente. C’est bien tout l’inverse que provoque dans mon corps ce flot de paroles qui entre dans mon crâne. Mais… je reste une godiche, autant avec les hommes qu’en compagnie des femmes. Je ne l’ai jamais vue comme une amante potentielle. Je suis dans l’incapacité à prendre une décision. Pourquoi ne fait-elle plus un geste, sauf à me serrer les doigts dans les siens ?


— xxXXxx —


Ces lèvres qui s’entrechoquent sont bien toutes féminines ? J’en arrive quelques secondes à en douter. Et puis une sorte d’enchantement qui me surprend, qui m’enveloppe d’une volupté très particulière. Un long oubli dans l’abandon total de mes sens déboussolés m’entraine vers une réponse unique. Un oui qui ne dit pas son nom, un acquiescement d’une situation délicate. Toutes mes idées préconçues sur la nature humaine se trouvent bouleversées par un baiser si particulier. Hier encore aurais-je bien juré les grands Dieux qu’embrasser une femme de cette manière, je ne le ferais jamais. Et là, tout n’est qu’évidence !


Bien sûr, je n’ai embrassé ou été embrassée, ce qui pour moi revient au même, par si peu de garçons. Les rares fois où ces baisers se sont déclinés en tentatives de flirts plus ou moins poussées, il ne me souvient pas que c’était aussi… doux, aussi tendre. Là, pas de barbe pour piquer ma peau, pas de gestes brusques ou brutaux. Rien qu’une infinie douceur, tellement que j’ai bien de la peine à décrocher mes lippes de celles de Lynda. Nos bouches ne se séparent que pour reprendre une goulée d’air et ainsi perpétuer la vie. Laquelle de nous revient à la charge pour une nouvelle série de pelles ?


Moi ? Elle ? Est-ce que ça offre une importance capitale ? Pas aussi sûre que ce soit là l’essentiel. Ce qui est vital, c’est bien que je me sente transportée sur un vrai nuage. J’en perds le nord, les pédales, et mes doigts se crispent sur le cou de cette peste qui a une approche analogue. Nous sommes bel et bien serrées l’une contre l’autre sans que j’y voie un quelconque péché. À ma grande surprise, je suis entrainée dans une sarabande dont je ne gère pas l’entrée ni le final. Et je ne suis pas loin de croire que mon amie ne maitrise plus rien non plus. Je cherche dans deux prunelles d’un vert brillant, ce qui peut me donner un motif à reculer.


Je n’y lis qu’une belle envie de renouveler un bouche-à-bouche affolant. Lynda a peur aussi. Dépassées par ce qui nous arrive, nous tombe dessus peut-être, il y a un long silence avant que quatre lèvres se rejoignent de nouveau pour un ballet de langues éhontément magique. Est-ce son cœur, le mien qui porte à mes tempes un sang bouillant charriant tous les désirs de cette magnifique réunion ? Sont-ce mes tremblements ou ceux de celle qui m’embrasse avec passion, ou encore ceux de son corps qui mettent le mien en fusion ?


Questions qui ne font guère le poids face aux évènements soudains qui ravagent ma cervelle. Pour la première fois de ma courte vie, de jeune femme, je ressens ce grand mystère de l’envie et du désir. Et l’objet de cet état, c’est un double de ce que je suis. Un être fabriqué d’une identique façon que je le suis. Mon Dieu ! Comment expliquer l’impossible élan qui me précipite dans des bras qui ressemblent tellement à ceux que je porte aussi ? Et puis c’est un coup de folie, sans que j’en détecte les raisons réelles ou supposées. Comment les nippes que nous portons s’envolent-elles sans aucune restriction ?


J’arrache plus que je ne déboutonne, je tire sur tout ce qui me dérange sur elle. Elle n’est bien entendu en reste d’aucune façon, et si j’agis dans une précipitation mal gérée, il en est exactement pareil pour Lynda. Pourtant, mon esprit me rappelle qu’elle garde sur moi, une longueur d’avance. Hier soir, lors de mon ivresse, elle a déjà effectué sur moi un déshabillage total de mon corps. Les conditions étaient bien différentes, je l’admets. Mais elle sait ce qui se cache sous mon corsage et ma jupe. De mon côté, je n’en ai qu’une vague idée.


Sans cesser de nous relécher les babines, nous finissons par nous débarrasser de la moindre parcelle de vêtement. Elle m’entraine vers son canapé et je ne fais aucune difficulté pour m’y allonger. Commence là, une longue série de massages si rondement menée que ça en devient électrique. J’aime, que dis-je j’adore ces attouchements lents qui vont de mon visage à la pointe de mes orteils. Nous n’avons plus besoin d’échanger un seul mot, je me contente de subir avec délectation. Et elle profite de ce silence pour poser ses jalons sur ce qui est à sa disposition.


Paumes ouvertes et chaudes, doigts pinçant ou s’incrustant par moments dans ma chair, et me voici dans un brouillard qui fausse tous mes jugements. J’accepte ce qui se fait, encourage forcément par mes soupirs d’aise que ma gorge ne veut, ne peut réprimer ? Elle s’en donne à cœur joie, va et revient sur des endroits que par une conscience intermittente, j’imagine pleins de défauts, sur des endroits qui entrainent chez moi une sorte de délire permanent. J’aime ce qui se passe, je réclame muettement et par une passivité relative, de nouveaux mouvements plus précis.


Lynda ne s’y trompe pas et elle insiste, persiste à me caresser partout, mais elle reste encore loin des points les plus sensibles de cette anatomie que je contrôle mal. Ma poitrine, bien moins volumineuse que ses énormes doudounes, que je vois ballotter au-dessus de mon visage, alors que bras tendus, de ses deux pattes en appui, elle masse gentiment mes seins, me fait suffoquer d’aise. Pour un peu, je la supplierais de ne pas s’arrêter. Puis, jambes largement écartées, elle avance son buste au-dessus du mien, glissant ses doigts plus bas que mon nombril. Pas de long temps de pause sur ce cratère chatouilleux, mais une descente langoureuse vers ce buisson aux reflets naturels de ma chevelure.


Ce qui se montre à ma vue rasant mon visage n’a rien de commun avec ce que désormais elle fouille. Chez elle, c’est lisse, glabre, contours nets et d’une couleur uniforme à ce qui se trouve aux alentours. Quant à ce qu’elle triture à la naissance de mes membres inférieurs, ce qu’elle câline depuis quelques secondes est plus ombrageux, brun et parfaitement taillé, mais pas rasé comme chez elle. Je sais que son visage vient de faire un grand plongeon dans ce lieu si indécent. D’abord par ce souffle entrecoupé qui par instant se fait chaud. Et enfin, le choc de sa bouche, longuement embrassée auparavant, qui prend contact avec ce que dissimulent les poils. La langue qui sans délai se met en branle sur l’ourlet de velours clos.


C’est si bien orchestré que sous l’impact de cette venue, mon corps entier se cabre. Il perturbe ma neutralité ambiante en m’obligeant à un soubresaut, lequel monte ma tête à la rencontre de son entrecuisse. Et je n’ai d’autre alternative que de me retrouver le nez contre ce qui se tient là. Longue balafre où d’autres lèvres sont ourlées et appellent elles aussi, une visite. Je ne ferme pas les paupières, buvant le calice jusqu’à la lie. Et puisqu’elle me lèche, je fais maladroitement une similaire tentative pour lui rendre la pareille.


Je sens tous ses muscles se raidir, se détendre et recommencer. Ça entraine sur ses longues cuisses qui me couvrent la face, une espèce de marée nerveuse. Elle m’écrase son sexe sur le museau et j’ai du mal de respirer. Mais elle n’en a cure, se frotte la chatte sur toute la hauteur de mon visage et cette fois, elle libère les vannes de ses gémissements. L’effet est immédiat. Je suis totalement submergée par les émotions qu’engendrent ces halètements particuliers. Moi de mon côté, je pars dans une folie qui me fait transpirer. Deux corps, deux ventres à l’unisson et des gorges d’où sortent des lamentations amoureuses sans fin.


Quand donc a-t-elle embarqué ses doigts dans la danse sexuelle que nous entamons sur le sofa ? Je n’en note pas le début, mais bien les intenses conséquences qui en découlent. Je la griffe partout où mes ongles peuvent s’incruster. Je hurle d’un coup en me tordant dans une jouissance qui n’a plus rien de ce que j’ai déjà connu ou appréhendé. Elles sont si loin mes petites excitations offertes à mon ventre par mes branlettes en solitaire. Eloignés également les misérables orgasmes suite aux attouchements minables de mecs, peu enclins à se préoccuper du plaisir d’une femme. Rien de comparable à ces mesquins désirs et où à ces jouissances trop vite bâclées que mes mains me dispensent.


Hors du commun cette envolée vers un paradis pour femmes qui prennent un pied magistral. À tel point que ma prestation sur cette fente qui persiste à se vautrer sur ma bouille n’est plus du tout à la hauteur de celle qui m’est distillée. Je me laisse faire, partant et revenant dans des moments si incroyables que je ne peux plus rien faire d’autre que me cramponner à ces fesses qui se meuvent toujours sur mon groin. Les cris de Lynda m’excitent et ses gestes, ses roulis me portent aux nues. Est-ce que je me rends compte de ce que mon sexe se liquéfie au point d’en oublier toute retenue ? Non ! Bien sûr !


Et je sens cette flotte intime que libère mon corps, sans que je sois vraiment en mesure de l’empêcher d’inonder tout ce qui se tient sous nous. La tête de Lynda, dont la langue insiste toujours au moment de la vague à me lécher profondément… est sans doute maculée de cette rosée intime. Et je l’entends qui jubile. Elle crie aussi fort que moi, couvrant par ses plaintes mes propres gémissements. Ses deux jambes se serrent, enfermant ma caboche dans une sorte d’étau de muscles. Et sans crier gare, alors que je reprends lentement mes esprits, un flot de je ne sais quoi me coule sur les joues.


Je pense que c’est fini. Mais Lynda ne s’en tient pas à cette seule montée d’une jouissance infernale. Non, elle revient à la source avec cette fois des mouvements plus profonds. Elle se sert de ses doigts pour investir l’espace, pour prendre la place forte. Et très lentement pour commencer, elle me pénètre très délicatement. Elle s’est recroquevillée sur le pied de son canapé, le ventre en bascule sur l’accoudoir. Et me revoici dans un chant qui va crescendo. Je ne sais plus où je suis, ni seulement qui je suis. Je repars dans une vague, surfant de nouveau sur une lame de fond gigantesque. Et je psalmodie des mots sans suite, bien incapable de refaire surface.


Ça dure encore et encore. Mon plaisir monte et elle le stoppe net, pour mieux lui rendre une vigueur qui s’étiole, quelques secondes ou minutes plus tard. La notion de temps est proscrite de nos ébats. Lorsqu’elle m’abandonne à une fatigue accrue, c’est pour mieux revenir m’embrasser à « bouche que veux-tu ». J’adore cette étrange manière si divinement féminine de me prodiguer des attentions précieuses. De ses manières ressort un amour infini. Je me surprends à penser d’un coup ce « qu’aimer » veux dire et qu’elle l’exprime de la plus magistrale des façons.


— xxXXxx —


Une longue séquence de repos où nous gardons chacune en nous, nos impressions. Et je me sens comment dire, redevable à une Lynda pourtant ravie de ce qu’elle m’a donné ? Alors après une détente nécessaire, c’est moi qui m’ingénie à refaire le chemin à l’envers. Et je lui rends coup pour coup, avec une bienveillance maladroite. Elle ne souffle mot, m’invitant à réitérer sans une parole, la gestuelle du sexe qu’elle m’a délivré. Je singe, je mime et elle apprécie. Au moins ne me rudoie-t-elle pas, lorsque sans doute je lui fais plus de mal que de bien. Ce qui est plus fréquent, puisque mon manque d’expérience est palpable.


Puis parfois d’un mouvement du poignet ou d’un doigt, Lynda recadre certaines caresses, pour qu’elles deviennent plus efficaces, voire moins douloureuses qui sait ! Je ne suis pas une championne des jeux saphiques, mais tout s’acquière, tout s’apprend. Je me débrouille tant bien que mal et en bonne élève, cent fois sur le métier, je remets mon ouvrage. Il n’en demeure pas moins vrai qu’en fin de compte, elle se laisse aller, lâche prise également et l’épisode ou c’est moi qui mène la danse emmène mon amie vers quelque chose qui s’apparente à un orgasme.


Vrai ou simulé, difficile à dire tant nous les femmes, sommes capables du meilleur comme du pire. Mais j’ai la conscience en paix. Pourquoi me mentir ? Après tout, je fais de mon mieux et elle le sent, le sait. La nuit est tombée depuis belle lurette lorsque nous nous éveillons d’un somme relaxant sur un lit de fortune aux draps chiffonnés. Il fait sombre. Nous sommes dans une pénombre silencieuse.


— Tu as drôlement bien dormi ma chérie.


La voix de Lynda troue ce mur protecteur invisible qui me garantit d’une honte idiote. Je sais que mes joues rosissent sans raison. De quoi ai-je à rougir ? D’avoir franchi un pas, le cap de l’homosexualité ? Et alors ? Le monde actuel est apte à assumer mes choix et je ne vais pas me défiler. De plus, il est indéniable que j’ai aimé ce genre de promesse d’amour. Je viens donc me blottir dans le creux de l’épaule de celle qui m’a ouvert les yeux. Sa main fine caresse mes cheveux, sa bouche me fait de petits bisous partout sur le visage.


— J’ai adoré Camille, quand tu m’as caressé les seins. D’habitude c’est une partie de moi que je n’aime pas dévoiler. Ils sont trop… disproportionnés par rapport au reste de mon corps. Ça me donne une allure de grosse. Tu ne trouves pas ?

— Non ! Les miens, on dirait deux pommes, ils ne font pas le poids avec ceux-là ! Je pense souvent que les mecs se retournent plus facilement sur une poitrine… opulente.

— Peut-être ! Mais je m’en contrefiche de leurs avis et envies. Toi seule comptes à mes yeux. Tu sais j’en ai rêvé tellement souvent de ce qui vient de nous unir là !

— Je peux te poser une question ?

— Ben… oui !

— Tu as vraiment couché avec ton voisin pour le remercier de t’avoir aidé… pour moi ?

— Ça te choque à ce point ?

— Un peu… et c’est comment avec un type ?

— Comment quoi ? Je ne comprends… attends ! Tu voudrais me faire croire que tu n’as jamais… pas une seule fois ?

— Ben… non ! Ça te semble si stupéfiant ?

— Mince alors ! J’ai toujours cru que… et la réaction de Sylvain me confortait dans cette idée… comment est-ce possible Camille ? Je n’arrive pas à gober ça !

— Traite-moi de menteuse pendant que tu y es !

— Eh ! Ne te vexe pas ! C’est si… tu n’as jamais eu envie de franchir le pas ? Ou tu as peur de…

— Mais non ! C’est juste que ça ne s’est pas fait, voilà tout. Pourquoi les gens cherchent-ils toujours des explications à tout ? Je n’ai jamais couché avec un homme, point barre !

— Ben, je crois que j’en suis presque heureuse. Être la première fois de son, de sa partenaire, c’est agréable aussi…

— … ? Ouais ? Apparemment ce n’est pas ton cas… d’après ce que j’ai entendu cette nuit…

— Une erreur ! Mais je ne regrette pas non plus, j’avais tellement envie de toi que je ne sais pas vraiment ce qui est arrivé.

— Le coup  du, « il était là, au bon moment » c’est facile aussi.


Je m’aperçois que je suis acerbe dans mes propos. Rien ne sert d’envenimer une relation naissante. Je ne peux pas nier le fait que j’ai adoré ces attouchements reçus, mais tout autant ceux que je lui ai prodigués. Et je finis par me taire. Je suis plutôt surprise par sa réaction suivante. D’une voix très étrange, je me demande si c’est bien ma Lynda qui me lance les propos qui glissent dans mes oreilles.


— Si tu veux, tu peux faire tes premières armes avec Sylvain. Il est gentil et c’est un « bon coup » !

— … ?


Je rêve là ? Ou ai-je mal ouï ? Elle me propose de coucher avec son voisin ? Non ? Je n’arrive pas à croire ce que sa bouche vient de me lancer. Quoi répondre à ce genre de proposition idiote ? Elle pense bien faire, je suppose ? Ou peut-être imagine-t-elle que ça peut rééquilibrer la balance ? Allez savoir ce qui se passe dans nos caboches parfois. De plus sa main serre de nouveau mes doigts avec un léger tremblement. Je la sens fébrile, et c’est très contagieux. Cette fois, il est temps que je regagne ma chambre d’étudiante. Me lever me permet de ne pas avoir à lui faire part de mon sentiment sur son offre.


Du reste, je n’ai guère de position à adopter sur son offrande. Je ne sais même pas ce qu’elle sous-entend ni pourquoi elle vient de me lâcher cette phrase. Je coupe court, avant qu’elle ne me débite d’autres conneries du même type.


— Je crois qu’il est temps que je rentre. J’ai encore des révisions à faire et…

— Ah oui ! Une belle manière de ne pas te prononcer. Finalement ta peur te fait fuir encore.

— Quoi ? Mais qu’est-ce que tu veux de plus Lynda ? Je t’ai donné beaucoup et j’ai aussi reçu beaucoup en échange. Mais je ne vois pas où tu veux en venir avec ton « Sylvain ». Je suis grande et peux faire mes choix toute seule.

— Oui… ce n’est pas ce que je veux dire. C’est simplement que ça pourrait te permettre de faire le point, enfin c’est mon avis !

— Le point ? Mais sur quoi ? Je n’arrive pas à suivre ton raisonnement.

— Ben… tu serais fixée… et saurais. Pour voir entre les hommes et les femmes, qui tu préfères ?

— Parce que tu imagines que c’est aussi simple ? Faire l’amour avec une femme ou un homme n’implique pas nécessairement que l’on est homo ou hétéro… il existe sans doute des circonstances qui font que l’on peut mélanger, non ?

— … !


C’est à son tour de se tourner vers le mur en ramassant ses fringues, dans un silence pesant qui nous tombe dessus telle une chappe de plomb. Je l’embrasse sur la joue et je me défile. L’air de la rue me secoue un peu. Le frais des rues ou plus justement cet échange verbal qui vient de nous désunir plus que je ne le souhaite ? Il y a chez moi, en moi un grand vide. Pourquoi ? Comme si en quittant mon amie et désormais amante, je ressentais un abandon qui me rend malheureuse.


Quelle idée aussi de mettre en balance sexe masculin et celui plus feutré des amours féminines ? Plus j’avance dans cette ville, plus je me rapproche de chez moi, et plus je ressens l’absence que me laisse Lynda. Pourquoi cette idée de son voisin pour… ce qu’elle a suggéré ? Tout s’embrouille dans ma tête, et j’ai beau tourner tout cela dans tous les sens, je n’arrive pas à me départir de ce malaise latent qui me fait des nœuds au cerveau. Oui ? Pourquoi ce type et pas un autre ? Ça dépasse mon entendement. Zut ! Lynda et ses câlins me font déjà défaut et c’est vers un parfait inconnu ou presque que se dirigent mes pensées. Pourquoi tant de pourquoi tout bonnement ?


— xxXXxx —


Une semaine, c’est court et si long à la fois. Mon amie ne m’a donné aucune nouvelle, mais il est vrai que je n’ai pas pris le temps d’en réclamer non plus. C’est dingue comme je me sens seule, depuis ce qui nous a réunis. Je n’arrive plus à penser sereinement, à gérer cela sainement non plus. Impossible de me concentrer sur mes cours et je sens poindre la catastrophe si je ne me ressaisis pas rapidement. Je n’ai en tête que ces folles images de cette partie de jambes en l’air qui m’a rendue pratiquement dépendante de mon double. Même si bien sûr physiquement, les ressemblances ne sont pas probantes ou frappantes.


C’est juste que ma copine m’obsède plus que je le veux. Ses gestes, ses sourires, ses mouvements, voire ses câlineries, tout s’impose en permanence à mes pensées, idées que je voudrais chasser de toutes mes forces sans y parvenir. Et plus le temps s’allonge entre elle et moi, plus le gouffre qui s’ouvre sous mes pas se creuse également. Loin de me calmer, cette situation m’entraine tout droit dans un mur. Est-ce que c’est cela que le commun des mortels appelle « l’amour » ? Ou bien n’est-ce qu’une attirance physique passagère qui me reste en travers de la gorge, un besoin aussi pour mon corps d’exulter ?


D’aussi loin que j’y réfléchisse, jamais je ne me suis retrouvée dans une telle situation de dépendance vis-à-vis d’une personne. Homme ou femme ne change rien à cette affaire. Le dimanche suivant nos petits jeux de touche-pipi, je dois tout de même sortir après avoir levé le nez de mes bouquins, pour faire au super marché ouvert le matin, quelques courses pour les jours à venir. Et c’est mon panier en main que je m’entends soudain hélée par une voix qui me rappelle quelqu’un. Voix masculine que je reconnais immédiatement bien entendu.


Il est là, poussant devant lui un chariot à demi rempli de produits identiques à ceux que j’entrepose dans mon cabas.


— Eh bien ! Si je m’attendais à te trouver par ici ? Camille… tu me remets ?

— Sylvain ! Évidemment que je sais qui tu es. Le voisin de ma copine Lynda…

— Oui ! Tu ne viens donc plus lui rendre visite ?

— Je suppose qu’elle reçoit les tiennes, elle n’a donc pas besoin de moi.

— Mais… je ne le vois pas non plus. Je crois qu’elle m’en veut toujours pour un moment d’égarement la nuit où nous t’avons mise au lit. J’ai gaffé et je le regrette beaucoup, je pense avoir perdu le droit à son amitié.

— Ah bon ? Explique-moi donc un peu.

— Oh ! Elle ne t’a rien dit ?

— Elle aurait dû ? Non, elle ne m’a pas raconté tout, et dans l’état où je me trouvais, il ne me reste que bien peu de souvenirs.

— Je… j’ai un peu profité du fait que vous aviez bu. Elle aussi avait un petit coup dans le nez et quelque chose me dit qu’elle en croque pour toi. Ça l’a rendue toute chose ce fameux soir. Et comme un con, j’ai porté la main sur elle. Elle ne m’a pas repoussée, mais je crois que c’était une erreur, pour elle, pour moi également. Depuis j’ai essayé de lui expliquer, je culpabilise trop et elle… est devenue taciturne, morose, elle ne m’adresse pratiquement plus la parole. J’ai l’impression aussi qu’elle ne sort plus, qu’elle ne va même plus à son boulot.

— Comment ça ? Ça veut dire quoi « elle ne sort plus » ?

— Je crois… je suis presque certain qu’elle vit cloitrée chez elle. Lorsque je sonne, elle ne me répond pas, mais je sais qu’elle est là… parce que je perçois les bruits d’eau chez elle. Sa douche ou ses toilettes… tu sais, ces petits sons de l’existence qui font qu’on est chez soi.

— … elle n’est pas malade au moins ?

— Impossible à dire. Mais tu es plus proche d’elle que je ne le serai jamais. Tu devrais peut-être t’en inquiéter un peu, non ?

— Je passerai lui rendre visite…

— Mais parle-moi de toi ! Vous êtes plus que des amies, n’est-ce pas ?

— Plus que… ? Ah, tu veux dire que nous sommes plus unies que ça ? Je n’en sais rien. J’ai moi aussi eu un coup de cœur pour elle ce fameux jour, après ton départ. Mais depuis nous ne nous sommes plus revues non plus et j’ai, je te l’avoue peur de le faire.

— Pourquoi ? Si entre vous ça colle, je ne vois pas où est le drame. Il y a de nos jours des tas de gens du même sexe qui vivent une vraie histoire d’amour sans que ça choque quiconque. Je vous apprécie toutes les deux. C’est vrai que j’ai ressenti un truc pour toi, mais j’ai compris dès que vous avez été toutes les deux face à moi, qu’elle et toi… c’était du sérieux.

— Comment peux-tu dire un truc pareil ? Tu ne me connais pas !

— Dans tes yeux… il y avait, il y a encore, je te l’assure, une sorte de flamme dès que son prénom est prononcé. Je le sens, et ça se ressent. Vous êtes faites l’une pour l’autre, j’en jurerais.


Je mate le type qui me dit avec un aplomb terrible, ce que mon cerveau me distille depuis plus de huit jours et que je refuse de croire. Dire qu’elle m’a presque poussé vers lui, pour me faire plaisir sans doute. Merde alors ! Il vient de me raconter tout haut ce que je m’obstine à immerger le plus profondément possible au fond de mes souvenirs. Peur de ce qui peut advenir ? Trouille du regard des gens ? Un peu de tout ceci mis bout à bout ! J’ai le cœur qui bat d’un coup. Bon sang, Lynda… elle me manque tellement. Et il faut une sacrée dose d’amour pour envoyer celui ou celle que l’on aime dans les bras d’un rival.


Cette idée me remue les tripes là, au beau milieu de ce magasin qui grouille de gens pressés. Des inconnus qui vont et viennent, sans s’occuper des affaires de ceux qu’ils croisent. Et le seul qui daigne me parler, me donne des frissons en me renvoyant à ces images qui me taraudent l’esprit depuis que j’ai couché avec ma meilleure amie. Comment me comporter vis-à-vis de lui ? Mais surtout, me voilà extrêmement inquiète et pressée d’aller la rejoindre. Ça me creuse les reins, ça me mine le ciboulot de la savoir malheureuse. J’en tremble presque et il le sent.


— Ça va ? Tu as l’air tout émue. J’ai raison n’est-ce pas ?

— Pourquoi ?

— Ben, t’es amoureuse de ma jolie voisine, je me trompe ?

— Je… franchement, je n’en sais rien. Je me sens seulement triste qu’elle le soit elle à cause de moi. Est-ce que ça veut dire que je l’aime ? Je ne sais rien de ces choses-là moi. Je n’ai vécu jusque-là qu’enfermée dans mes cours et mes bouquins. C’est peut-être possible qu’elle me manque vraiment. J’ai toujours pensé que toi et elle vous étiez amants…

— Une seule fois… et encore, après coup, je me dis qu’elle s’est donnée à moi par dépit, en croyant que tu ne serais jamais accessible, ou libre pour elle. Elle était tout alanguie pour toi et c’est là mon malheur ! Elle ne m’a pas dit « non ». Mais je n’aurais pas dû profiter de cette sorte de crise, de la situation quoi.

— Elle ne t’en veut surement pas. Tu ne l’as pas violée… elle me l’a dit et répété.

— Peut-être ! Mais est-ce que ça fait moins de moi un salaud ? C’est comme si j’avais abusé de sa faiblesse… je m’en veux et m’en voudrai toujours. Il y a des silences qui ne veulent pas toujours dire « oui ». C’est difficile pour nous autres les mecs, d’interpréter les signaux que nos proches nous lancent. Je ne suis certain que d’une seule vérité ! Lynda, c’est bien de toi qu’elle est éprise et amoureuse et je ne sais pas ce qui vous est arrivé après mon départ… mais elle se morfond en t’attendant.

— Pourquoi n’est-elle pas venue me le dire dans ce cas ?

— Tu y es allée, la trouver toi ? Non ? Elle est fière et cette fierté l’empêche de faire ce premier pas qui vous sauverait.


Mon panier au bout de mon bras, il pèse une tonne. Le garçon lui a des yeux qui me mettent au défi. Ils semblent m’indiquer la marche à suivre. Je me sens honteuse, oui, c’est cela. Honteuse d’avoir pensé que Lynda ne voulait que s’amuser. Et là… tout à coup, je me sens vidée. Il me faut me précipiter, finir ces satanées commissions, tout planter pour courir vers mon amie. Je veux cette fois croire en ma bonne étoile. Lui dire, lui hurler le plus fort possible à la face du monde, ces mots qui sont bloqués dans ma gorge. Je dois le faire, je dois y aller, vite, le plus rapidement possible en espérant qu’elle veuille toujours de moi.


Et je me répète en sortant du super marché, ces mots qui montent spontanément à mes lèvres. Ils viennent de ma caboche en passant par mon cœur…


« Lynda… je t’aime… je t’aime tout simplement ! »



Fin…

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