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Les jours heureux

Chapitre 1

Aimer à la folie !

Divers

Je fourre dans mon sac l’emballage en carton qui contient mon précieux trésor. Les précédents ont tous aussi été mes plus grands sujets de désillusions. La sortie essentielle de cette journée, je la dois en partie à ce que contient la boite et si je suis pressée d’en connaitre le résultat, je ne cache pas mes craintes de voir la chance une fois de plus me filer entre les doigts. Est-ce bien là qu’elle se niche cette foutue bonne fortune ? En tout cas, c’est bien de mon ventre que j’attends le meilleur depuis des années. Quelques gouttes de mon pipi pour un paradis dont je rêve depuis… si longtemps.


Pas question que je m’y frotte sans que tu sois rentré. Parce que de déconvenues en déceptions, le même phénomène se répète mois après mois et j’ai besoin de ton épaule pour digérer. Et puis pour extérioriser aussi le plus grand des bonheurs si d’aventure deux traits bleus venaient à apparaitre sur le contenu de ce qui me brule les doigts alors que je range la boite dans la salle de bains. Et quand je dis-toi… je parle de ce mari si attentionné qui m’offre les plus beaux moments d’une vie agréable.


Toi… tu as un prénom bien entendu. Mathis pour l’état civil, « Doudou » dans l’intimité. Depuis quatre ans que nous sommes un couple ordinaire. Et c’est bien depuis la moitié de cette existence à deux que malgré tous nos efforts… si, si ça en devient au fil du temps, nous ne parvenons pas à concrétiser ces essais magnifiquement renouvelés jour après jour, et aussi presque toutes les nuits. Tous les prétextes sont bons pour que nous nous installions en de multiples positions pour comment dire, pour essayer encore et encore de faire s’arrondir mon ventre.


Je commence à désespérer de pouvoir être enceinte. Et toi mon Doudou, si tu ne parles pas, je me doute bien que tu en as aussi gros sur la patate. C’est à ce point si navrant que je crains que tu te lasses et que tu ailles faire ailleurs ce petit bout d’homme que tu désires… que nous désirons avec un tel acharnement. Notre bon vieux docteur de famille se montre plus patient et tente de nous remonter le moral, nous expliquant avec sa verve coutumière…


— Ne soyez pas inquiets. Tout est normal chez toi, Sylviane… et chez toi Mathis… rien ne cloche non plus. Essayez de ne plus y penser et je suis sûr que ça viendra tout seul.


Évidemment, c’est plus facile à dire qu’à faire et ses bonnes paroles ne suffisent plus à calmer mes doutes. C’est à l’approche de la date fatidique de mes règles, une sorte de panique qui s’empare de moi. Et le couperet qui tombe avec ce sang qui coule me rend malade et agitée de plus en plus. Les mêmes craintes qui renaissent avec ce flot menstruel, de retour à échéance trop fixe… et me voici plongée dans un marasme qui me conduit tout droit à la folie. L’espoir pourtant s’accroche à mon esprit et ce soir encore, il est là. Chevillé à mon cerveau qui me hurle que ça va finir par arriver puisque cette fois, la date trop régulière de l’arrivée de mes problèmes est dépassée depuis… bon, je ne veux pas compter.


Je reste assise à la table de la cuisine, attentive au moindre bruit de moteur et lorsque celui de ta voiture se fait entendre dans le chemin d’accès à notre maison, je tremble un peu. La portière qui s’ouvre, le claquement de celle-ci qui se ferme dans le garage, le moteur de la fermeture électrique du portail, tout résonne dans le silence que je m’impose. Mon cœur bat à tout rompre. Et tu es enfin là mon Doudou. À ma mine tu te demandes si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle. Mais il n’y a pas de réponse puisque le test doit te crever les yeux. Son emballage forme une masse incongrue au beau milieu du plateau de chêne de la table de la cuisine.


— Ça va ma chérie ?

— Oh Mathis… si tu savais comme j’étais impatiente de te voir rentrer !

— Ben… je suis là ! Ne t’inquiète pas… c’est…

— Non ! Il n’est pas encore fait… je voulais que tu sois présent pour que nous soyons deux à affronter le bon ou le mauvais, tu comprends, mon chéri ?

— Oui ! Oui bien sûr ! C’est bien normal que nous restions unis dans le meilleur ou pour le pire.


Il a la voix qui traine un peu sur ces deux derniers mots. Il est content de me soutenir, mais craint lui également la réaction négative du bidule qui se trouve encore dans sa boite close.


— On l’ouvre ?

— Tu l’as acheté pour cela ! Non ? Alors, ne remettons pas à plus tard, ce qui peut être fait maintenant. Tu es comme moi ?

— Quoi ? Comment ça comme toi ?

— J’ai le cœur qui s’affole on dirait.

— Ah… oui ! Mais j’ai les jambes en coton.

— Il faut te rendre aux toilettes si je ne m’abuse.

— Oui ! Tu m’accompagnes ? J’ai bougrement la trouille, tu sais mon Doudou.

—… Allez viens !


Mathis m’a empoigné par la main et nous avançons vers ce petit coin que d’ordinaire, nous utilisons séparément. Mais ça ne nous fait pas vraiment sourire de nous retrouver ensemble dans cet endroit exigu. Je me tourne, relève ma jupe, baisse ma petite culotte et j’urine lentement, passant simplement l’objet quelques instants sous le jet qui se perd dans la cuvette. Lorsque je le retire, ma main est glacée et Mathis me prend au vol le test.


— Ça marche au bout de combien de temps ton truc là ?

— Regarde sur la notice… c’est écrit là.


Il vient de le reposer sur le carton de la boite, et je n’ose pas bouger. Il me donne de nouveau la patte pour me remettre debout. Je quitte mon siège presque à regret. Ne pas savoir c’est toujours garder à l’esprit que c’est possible. Mais là… il n’y a plus rien à faire d’autre qu’attendre. Et je le vis très mal. Mais mon mari n’est guère plus brillant que moi. Je passe à la salle de bains, m’y lave les mains et je suis tremblante de cet interminable suspens.


— Tu veux regarder Doudou ?

— Il faut quoi pour que ce soit positif ?


Je suis certaine qu’il le sait puisqu’il vient de lire consciencieusement les explications écrites. Mais toujours ce besoin de se rassurer, ou de me remettre en confiance ?


— Deux traits de couleur ? Ou bien n’y en a -t-il qu’un et là… c’est encore cuit. Mais je veux y croire encore et encore…

— Alors, c’est l’heure de vérité ! Ma chérie… quelle couleur les traits ?

— On s’en fiche ! L’important, ce qui serait chouette, ce serait qu’il y en ait deux, bien nets.


— xxXxx —


Le lit est ravagé. Notre couple repu garde assez de force pour se donner la main. Lui, Doudou pose le revers de sa grosse patte sur mon front. Celui de cette compagne qui dans son esprit, vient de lui offrir le meilleur. La frange brune de cheveux qui masque mes yeux enamourés est écartée délicatement. Deux émeraudes entachées en leur centre par quelques paillettes d’or brillent dans la semi-pénombre. L’homme sur le flanc, visage surplombant celui de la femme comblée que je suis avance ses lèvres vers ma bouche attirante. Un baiser que j’attends sans doute, puisque dès le premier effleurement, je passe mes bras autour du cou de celui qui m’a fait si voluptueusement grimper aux rideaux.


Quel bonheur de partager, de communier avec une telle fougue ! Nos deux corps nus sont de nouveau en contact rapproché. Les deux visages soudés dans un baiser-passion finissent par se séparer pour une respiration que nos poumons réclament.


— Je t’aime Mathis !

— Mon dieu, ma chérie, tu ne peux imaginer à quel point c’est réciproque. Tu es… magique !

— Tu m’aimes moi, ou tu aimes ce que nous venons de faire ?

— C’est indissociable, il me semble, non ? Parce que pour toi aimer c’est seulement le sexe ?

— Bien sûr que non grand bêta. Mais nous le referons, jusqu’à ce qu’enfin… tu me donnes ce que je désire.

— Mais moi aussi, je l’attends avec impatience.

— Tu crois que ça va marcher un jour ? Tu ne seras pas jaloux de cet amour que tu devras partager avec il ou elle ?

—… ! Tiens je n’avais pas vu cela sous cet angle-là ! Mais non ! Parce que moi je garderai le sexe et ton amour divisé nous réunira, ma chérie.


J’éclate franchement de rire, signe que tout dans ma tête va pour le mieux. Deux ans déjà que sans relâche nous essayons. Vingt-quatre mois faits d’espoirs et de déceptions. Je guette les meilleurs moments pour faire l’amour et lui bien entendu profite de ce regain de sensations. Mon corps de femme n’a plus de limites lorsqu’il s’agit des temps de l’ovulation. Je parais prise d’une frénésie de sexe et ce n’est pas pour lui déplaire, à ce Mathis amoureux. Et ce soir encore, nous venons avec avidité de remettre le couvert.


— Tu es fatiguée ma chérie ?

— Pas toi ? Il est deux heures du matin ! Tu te rends compte que tu me laboures depuis…

— La fin du film, oui ! Encore que nous avions déjà profité de chacun des baisers des acteurs dans leurs scènes torrides.

— Tu ne demandais pas mieux, avoue-le. Puis au moins tu as préparé le terrain puisque les instants sont propices à… la fécondation.

— J’adore vraiment faire l’amour avec toi, Sylviane.

— C’est bien ce que je dis… c’est juste le cul pour toi l’amour ! Tu as donc de la chance, moi aussi j’adore ça avec toi.

— Folette va ! Tu sais bien que non. Et puis arrête de me parler de cela parce que… sinon…

— Ah ? Sinon quoi ?

— Mets tes mains sous les draps…

— Quoi ? Ah, je comprends. Monsieur est dans de nouvelles bonnes dispositions ? Eh bien, malgré ma fatigue, je crois que je vais en abuser. Après tout plus tes « bestioles » seront nombreuses et plus les chances augmenteront, tu ne crois pas ?

— Pas si sûr ! Parce qu’au final, il n’y a souvent qu’un vainqueur.

—… c’est vrai ça ! Malheur aux perdants alors… viens ! Viens, mon beau mâle… je crois que tu m’as redonné envie.


Dans un ample mouvement je me tourne vers le mur, laissant mon corps longiligne et fin sur le flanc. Mathis se place derrière mon corps alangui, dans la même position et lentement il se meut en moi. Les soupirs se font plus langoureux, les respirations plus haletantes. La possession dure plus longtemps. Chacun d’entre nous songe dans ce duel singulier que c’est si bon. Les secondes défilent et puis physiologiquement, il arrive un moment où il n’est humainement plus possible, pour Mathis de se retenir. Pour la troisième fois de la soirée, il déverse sa semence dans le calice féminin, que je mets à sa disposition.



Oh ! Plus par saccades ou jets violents engendrés par une envie pressante. Non ! Là c’est juste un écoulement tout simple, pour faire bonne mesure et apaiser les craintes renouvelées de cette brune dont il est fou. Je ressens soudain les lentes contractions de ce sexe qui se vide dans le mien. Et je ne bouge plus, alors que le bras de mon mari garde sa main posée sur mon sein. Cette fois, il n’y aura plus de suite. Mais je sais, je crois dur comme fer que tout est enfin… toujours possible… un espoir qui renait à ce moment-là, pour mourir aux premières gouttes de sang de mes règles ?


Deux paires d’yeux se ferment pour un repos bien mérité. Demain… tout à l’heure au réveil, nous aurons bien l’occasion de nous parler, d’évoquer ce qui nous donne encore le courage de recommencer. Puis qui sait, cette fois c’est peut-être la bonne. Une touche d’optimisme ne peut pas faire de mal après tout. Les mois passés ne jouent pas statistiquement en notre faveur, mais renoncer n’est pas dans notre nature. Et le silence enveloppe la chambre où tant de nos soupirs et de gémissements feutrés ont éclaboussé les murs.


— xxXxx —


— Alors Sylviane, qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

— Je consulte de nouveau pour notre problème…

— Tu appelles ça un problème ? Je ne vois là qu’un contretemps fâcheux. Le corps des femmes n’est pas une machine. Et puis il arrive qu’à trop le vouloir, il bloque certaines de ses fonctions. Mais passe sur la table que je t’ausculte.

— Quand même, docteur, nous sommes dans la troisième année et nous essayons chaque fois pour un résultat négatif systématique… c’est frustrant !

— Je comprends. Mais nous allons faire quelques examens plus poussés. Pour toi bien sûr, mais Mathis aussi devra s’y soumettre.

— Mais vous pensez que ça peut venir de lui ?

— Pour le moment, je n’ai aucune idée de ce qui ne fonctionne pas, mais quelques tests vont nous en dire plus.


Presque à la retraite, ce vieux médecin est celui de nos familles. Mathis et moi sommes nés dans ce village et depuis toujours cet homme aux cheveux gris s’occupe de notre santé. De celle de nos parents aussi… alors il a toute ma confiance. Il me prescrit toute une série d’examens et la semaine qui suit ses ordonnances, je suis à la lettre l’ordre établi pour ces visites approfondies de mon corps. Mathis lui aussi a une part de travail dans cette affaire et je me doute que le flacon de sperme déposé au laboratoire le délivrera d’un poids.


Les jours s’égrènent au rythme d’une attente qui me bouffe la vie. Je suis impatiente de savoir. Et mon second passage chez Hubert Donnadieu, notre généraliste, me le montre plutôt détendu.


— Et bien ma cocotte… tout ce qui me revient de tes examens est bon. C’est donc plus psychologique que maladif. Reste encore à recevoir les résultats pour ton mari. Mais il me parait en pleine forme et il ne devrait y avoir aucun souci de ce côté-là non plus. Enfin…

— Alors, pourquoi ça ne marche pas ? Nous ne sommes pas si bêtes pourtant.

— Ce n’est pas une question de savoir faire ou pas ! J’imagine bien que vous faites les choses dans les règles… mais pour des motifs inconnus ça ne prend pas. Un changement de décor, des vacances et ne pas penser qu’à ça pourrait avoir un effet bénéfique, qui sait.

— Vous pensez qu’à force de le vouloir, mon corps s’auto-interdit la nidification ?

— Pas forcément ton corps, car le moteur de tout cela, c’est toujours le cerveau… et un petit déclic parfois peut s’avérer salutaire. Mais je te rappelle quand les examens du sperme de ton mari me seront connus. Pas la peine de s’affoler avant de lire ce qu’il en ressort. Pour toi tout est normal et il n’y a aucune raison médicale pour que tu ne sois pas enceinte un jour ou l’autre.

— Bon… il ne reste donc plus qu’à remettre notre ouvrage sur le métier !

— Ma foi, je crois que c’est l’unique solution… pour le moment. Et l’important est bien que vous ne vous preniez pas la tête avec quelques échecs. Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire.

— Merci docteur et je ne vous dis pas à bientôt, ça voudrait dire que je suis malade…

— Oui ! Moins vous me voyez, mieux vous vous portez, c’est bien normal ! Salue ton mari pour moi et je vous fais signe dès que ses résultats me sont connus. Ne vous bilez pas trop dans l’immédiat puisqu’apparemment tout est conforme.


Je quitte le cabinet médical avec un peu de baume au cœur. Donc tout est parfait, et cependant… le doute subsiste. Lors de notre déjeuner, Mathis se contente de me laisser parler. Il écoute avec attention le compte-rendu de ma visite médicale. Quelque chose lui trotte dans la caboche, sans pour autant qu’il n’en fasse état à table. Nous débarrassons les reliefs et la vaisselle de notre repas et il n’y a que moi qui ouvre la bouche, comme souvent. Les années passées ensemble me font sentir qu’il est perturbé.


Alors, il est toujours bon de crever l’abcès le plus rapidement possible, de ne pas laisser un malaise s’installer. Je fonce donc tête baissée dans mon questionnement.


— Quelque chose te tracasse « Doudou » ?

— Hein ?

— Ben oui ! Tu n’as pas dégoisé deux mots de tout le déjeuner. Ne t’enferme pas dans ton mutisme habituel. Je te connais mieux que toi sans doute et je sais bien qu’un truc ne passe pas. Parles-moi ! Ce n’est pas en restant dans ton silence que ça va arranger nos affaires. À moins que ce ne soit à ton boulot ?

— Mais non ! Qu’est-ce que tu vas imaginer…

— Allons ! Je sens que ça ne va pas… je t’en conjure, dis-moi ce qui te dévore…

— Ben… et si c’était moi ?

— Toi quoi mon chéri ?

— Si c’était ma semence qui… tu comprends ?

— Pourquoi est-ce que ça devrait être le cas ? Mais notre bon Hubert nous trouvera une solution le cas échéant… je crois qu’il n’y a pas lieu de se mettre martel en tête.

— Si tu le dis…


Je ne sais plus que penser. Il est plus perturbé qu’il ne veut le montrer, certainement plus que je ne le crois. C’est sa fierté de mâle qui risque d’en prendre un coup ? Je vis mal cette affaire en tant que femme, je peux comprendre ses doutes soudain. Scotchée, je me tais pour digérer un peu ce drôle de climat qui s’instaure. Je lui prends la main et dans un élan spontané, je me blottis contre sa poitrine. Instinctivement il me serre fortement et il y a dans nos quinquets qui se font face, d’étranges lueurs.


Je caresse sa joue. Je pressens immédiatement qu’il va prendre ça pour un appel. Mais en fait n’en est-ce pas un caché ? Bien vite ses doigts courent sur ma nuque. Nos lèvres se retrouvent dans une sorte de ballet qui nous enflamme. Je n’ai pas de regret et ne recule pas devant cette envie qui d’un coup m’inonde l’intégralité du corps. Et puis c’est moi qui par mégarde souffle sur le brasier en me frottant sur un endroit qui nous unit si souvent. Le sexe devient notre échappatoire, notre soupape de sureté.


Le sofa accueille nos amours, reçoit nos confidences sexuelles sans risque de le voir divulguer quoi que ce soit. Nous émergeons bien longtemps après que nos ventres se soient apaisés. Il y a si longtemps que nous nous pratiquons que c’est si facile, si simple. Par contre, plus difficile aussi de se renouveler souvent dans les câlins et les positions… mais inutile de chercher parfois la petite bête. Le moment se suffit à lui-même et s’il n’est pas transcendant, notre plaisir est cependant bien réel.


— xxXXxx —


Mathis ne tient pas à ce que je l’accompagne chez le père Donnadieu. Un reste de pudeur ? Je respecte son choix. Le vieux toubib aura plus de faciliter à lui parler s’il est seul, si les nouvelles ne sont pas bonnes. Mais il n’y a pas de quoi s’alarmer non plus. Nous ne sommes ni Doudou ni moi à l’agonie. Des milliers de couples vivent bien leur existence sans enfant. C’est juste une déception à surmonter et il n’est pas dit que ça va nous arriver. Nous serons fixés dans la soirée puisque le rendez-vous est pris pour seize heures au cabinet du vieil Hubert.


Je suis dans mes petits souliers depuis ce début d’après-midi et demeure tendue jusqu’au retour de mon homme. Le bruit de la porte du garage me fiche le trac. Il va arriver dans l’entrée et comment vais-je le trouver ? À sa mine vais-je lire de suite son espoir ou son désarroi ? Mes doigts sont noués, ils me font mal à force de les tordre dans tous les sens. Il est là, à trois pas de la cuisine où, appuyée sur le plan de travail, je ne bronche pas. Ses yeux… pas vraiment tristes, pas très souriants non plus ! Et je me force à garder le silence. Rongée par l’inquiétude, l’impatience renfermée au fond de moi ne demande qu’à exploser.


Quoi lui dire d’ailleurs ? Je balbutie alors idiotement sans doute des mots, une phrase bateau.


— Tu as soif ? Ta journée de boulot s’est bien passée ?

— Tu ne tiens pas à savoir ce que m’a dit notre toubib ?

—… ! Je… c’est à toi de décider mon chéri.

— Eh bien… les spermatozoïdes de ton « chéri » ne valent rien. Ils ne sont pas bons… tu n’auras jamais d’enfants de moi, Sylviane.


Je note toute la douleur du monde dans la voix qui me jette à la figure la triste réalité. Il ne me regarde pas, évite mes yeux. Lorsque je l’approche pour le rassurer, il fait une sorte de saut de cabri comme pour me signifier que ce n’est pas le moment. Que lui alléguer après ce coup de massue ? Je suis là, à danser d’un pied sur l’autre et lui me tourne le dos. C’est dur à avaler. Mais il doit bien exister un remède pour ce genre de souci. Comment revenir sur le sujet sans le blesser, sans lui faire savoir que moi aussi je suis… immensément perturbée ? Et je ne trouve rien d’autre à faire que me servir un café.


— Tu en veux un ?

— Quoi ? Non pas de café… un alcool fort que je me saoule pour passer à autre chose.

— Et tu imagines qu’en prenant une biture ça va contribuer à nous donner une solution ? Hubert… il ne t’a pas conseillé ?

— Si ! Trouver un donneur et te faire inséminer… ou que tu prennes un amant. Tu vois, c’est un choix très simple. L’adoption aussi peut arranger les choses, mais j’imagine bien que de ton côté ne pas porter notre fils ou notre fille, c’est un bonheur que la vie te vole. Alors… que dire, que faire ?

— Il n’y a donc aucun traitement pour que ça fonctionne ?

— Non ! Mais je ne veux plus penser à cela ce soir. Alors, sois gentille, on n’en fait plus état du tout, j’ai eu ma dose de problème pour aujourd’hui.

— Un scotch ? Ça te va ?

— Oui… un double s’il te plait.



Il boit presque cul sec le breuvage roux et attrape la bouteille. Lui qui n’abuse jamais, ça me peine vraiment. La deuxième dose disparait aussi rapidement que sa sœur. Je tente une approche précise en posant ma main sur son bras et j’essuie un nouvel échec. Il a l’air abattu et je ne sais comment le réconforter. C’est drôle la vie ! Le désespoir vient de changer de camp. C’est moi qui ne peux être mère et je dois en plus réconforter celui qui est du coup la source de mes déboires. Pourquoi cependant cette situation me convient-elle mieux ?


Je réalise que finalement la base du problème n’est pas féminine et cela me rend plutôt joyeuse, pour ne pas dire euphorique. Mathis et moi, nous trouverons bien une solution à ce drame familial que nous subissons ensemble. C’est exactement mon état d’esprit alors qu’il s’envoie un troisième verre de scotch. Heureusement que je n’ai jamais réagi de cette manière sinon… il y a fort à parier que depuis ces années d’attente, je serais alcoolique. Il me semble qu’il est temps de remettre les pendules à l’heure entre nous.


— Bon ! Mon chéri ! Tu comptes vraiment sur la bouteille pour calmer ta déception ? Parce que moi, je n’ai pas envie d’avoir un poivrot à la maison.

— On voit bien que ce n’est pas toi qui…

— Tu t’entends parler là, Mathis ? Durant des mois et des mois, j’ai dû affronter ce même besoin de réconfort en pensant que mon corps avait un problème. Si j’avais dû picoler où serions-nous aujourd’hui ?

— Oh Sylviane ! Nous n’aurons jamais d’enfants à cause de moi… à cause de ce truc qui pourtant nous donne tellement de plaisir, tu ne trouves pas cela paradoxal ?

— Est-ce une raison pour baisser les bras ? Avec un peu de recul, nous trouverons bien un moyen de le faire ce bébé dont nous rêvons !

— Comment ? À moins de l’adopter ou de passer des heures dans un hôpital et pas sûr encore du résultat. C’est ce que m’a expliqué Hubert… ça ne fonctionne pas non plus à cent pour cent la méthode… et un jour ou l’autre tu iras voir ailleurs qui sait. Tu vois, c’est insoluble.

—…


Il doit être ivre pour parler de la sorte. Inutile d’insister, mais je reprends d’autorité la boisson et la recolle dans son placard. Puis je l’attrape par une aile et l’entraine vers le salon.


— Nous n’allons pas en discuter ce soir. Tu as trop bu pour avoir les idées claires. Et puis… il fera jour demain. Nous avons déjà tellement attendu qu’un jour de plus ou de moins ne change pas grand-chose. Allons ! Viens mon chéri. Si elle ne donne pas un bon produit, elle n’en demeure pas moins mon objet favori.

— Quoi ? Tu penses que j’ai le cœur à ça ? Puis tu vois bien que je ne suis plus en état de…

— C’est bien mal me connaitre. Tu t’imagines que je ne suis pas capable de redonner une lueur de vie à ta poupée, mon chéri ?

— Oh… Sylviane… je suis malheureux pour toi… pour notre couple.

— Raison de plus pour ne pas me négliger. Et puis c’est plutôt une bonne nouvelle de savoir que mon corps de femme peut te fabriquer un enfant…

—… je ne comprends rien… qu’est-ce que tu as en tête ?

— Rien mon cœur, juste une vraie envie de femme… alors tu veux ou tu veux pas ?

—…


Bien entendu qu’il veut. Le canapé renoue avec nos frasques. Pour lui ce n’est pas l’extase des grands soirs, mais juste une petite érection suffisante à mon bonheur. Et puis prise dans les arcanes d’un plaisir que je veux voler au temps, c’est moi qui me tape le boulot. Il s’est simplement dévêtu et puis couché sur l’épaisse moquette du salon. Je le chevauche suffisamment longtemps pour qu’il en oublie en partie ses déboires. Sa fierté mal placée est rangée au rang des souvenirs pour ce long moment ou tout chez moi s’emploie à le remettre en selle.


Son abattement passager fait place à une belle vigueur. Malgré son haleine de chacal due à l’alcool, je me sers de tous les artifices mis à ma disposition par dame nature. Ma bouche, mes mains, même mes seins contribuent à lui rendre un état rigide auquel le scotch rive le clou. Après de longs efforts, je parviens à me faire plaisir avec ce manche suffisamment remis de ses émotions pour que Mathis s’oublie en moi. Je ne peux m’empêcher de songer un court instant que ça reste inutile.


Lui, allongé sous moi n’a nul besoin de savoir ce que je pense. Et finalement nous allons nous coucher comme deux amants ordinaires après un soir de coït assez fade. Le devoir conjugal n’a pour le coup que servi à remettre à mon « Doudou » le cerveau à l’endroit. Ce qu’il a picolé et notre batifolage viennent à bout de sa nervosité ! Il s’écroule et s’endort comme une masse en ronflant… alors que moi, je gamberge dans le noir. Quelle solution pour un problème qui s’avère quasiment insoluble… ?


— xxXXxx —


Certaines saisons sont plus difficiles que d’autres. Celle qui suit les révélations médicales ne fait pas exception à cette règle. À la maison, l’ambiance est moins joyeuse, oserais-je dire moins amoureuse ? De ma part sans doute pas, mais chez Mathis, mon mari il y un véritable chamboulement. Il passe le plus clair de son temps libre dans son fichu atelier à ressasser à grand renfort de coups de marteau je ne sais quoi. Notre belle entente vole en éclat, se délite de jour en jour. Je ne sais comment rattraper cela.


Doudou ne fait rien pour arranger les choses, refuse le dialogue et je sens venir la catastrophe. Nous ne faisons plus que très rarement l’amour nous qui en usions pour ne pas dire abusions. Dès que je fais allusion à ce genre de problème, Mathis se ferme comme une huitre, s’enfonce dans un mutisme sans borne. Il parvient à me faire aussi broyer du noir et l’atmosphère délétère qui en découle nous repousse loin l’un de l’autre. Il n’est pas dit que je vais m’avouer vaincue sans combattre.


C’est donc ainsi qu’un beau soir d’octobre, je décide qu’il est grand temps de prendre le taureau par les cornes et de mettre les pieds dans le plat.


— Mathis ! Tu veux bien que nous parlions un peu de nous ?

— Quoi ? De nous Sylviane ? Mais qu’est-ce que nous avons à en dire, de nous ? Nous ne sommes plus que deux étrangers qui vivent sous le même toit. Deux colocataires en fait.

— La faute à qui ? Penses-tu vraiment que j’ai changé à ce point ? Pourquoi me délaisses-tu ? Je suis quoi ici moi désormais ? Un meuble, un bijou ? Si au moins tu ne refusais pas le dialogue… nous aurions sans doute une chance de sauver ce qui peut l’être encore.

— Ah ouais ? La seule solution serait que je puisse te faire ce gosse qui manque à notre foyer… et tu as fort bien compris que je n’en serai jamais capable. Alors, pourquoi insister… parce que pour toi faire l’amour a toujours eu un but… procréer.

— Mais… tu divagues là ? Est-ce que je t’ai refusé une seule fois dans notre vie de couple mes faveurs ? Et lorsque je m’imaginais que c’était moi le problème, ai-je fait rejaillir une seule seconde la faute sur toi ou quiconque ? Tu me fais donc payer le prix de l’impossibilité physiologique de ton sperme à me féconder ? Mais c’est dégueulasse ! Je n’ai rien fait pour mériter une telle punition.

— Arrête Sylviane ! Si le cul te manque tant que cela… tu peux aller voir ailleurs ! Ne t’en prive surtout pas… et qui sait, tu reviendras peut-être un soir avec un polichinelle dans le tiroir… ton rêve se réalisera peut-être. Ce sera toujours mieux que te taper un type qui n’est pas capable d’être un mec jusqu’au bout.

—… ? Tu penses vraiment ce que tu me dégoises là ? Tu deviens fou ma parole. Nous sommes deux grandes personnes et jamais la simple idée de te tromper ne m’a effleuré l’esprit. Et puis si nous n’essayons pas tout ce qu’il est humainement possible de faire, comment allons-nous nous en sortir ? Secoue-toi bon sang ! Réagis Mathis. Je ne veux pas te perdre. Et, je ne pense pas t’avoir fait jamais des reproches pour ta stérilité.

— Tu n’en dis rien, mais là… dans ta caboche, je sens les reproches et les regrets, chaque fois que je t’approche d’un peu trop près.

— Comment oses-tu dire une chose pareille ? Mon Dieu, tu penses vraiment ce que j’entends ?


Je suis en colère ! Mathis baisse les yeux. Sent-il qu’il est allé trop loin ? Il se mure dans un silence pesant. Je suis là, à deux mètres de lui et tout bout chez moi. Une folle envie de lui flanquer une gifle, envie spontanée pour laquelle je fais l’effort de ne pas l’assouvir. Il rentre sa tête dans ses épaules. Et puis je comprends… il est malheureux, plus pour moi que pour lui. Il s’imagine que mes espoirs déçus le sont à jamais. Ça le fait réagir négativement. En fait c’est plus une défense qu’une attaque que je dois lire dans son comportement.


Alors je lui prends la main et viens me blottir contre ce qui reste un rempart pour mon corps. Il est pris de court, ne sachant comment se comporter. Enfin, depuis des semaines, ses deux bras encerclent mes épaules et la douceur de ses mains sur mon dos traverse le tissu de ma robe. C’est si bon de me sentir si proche de cet homme que je chéris plus que tout. Et tant pis si nous n’avons jamais d’enfant. Il remplit ce vide que je juge en cet instant moins important.


— Pardon ! Pardon Sylviane… je ne voulais pas te faire mal.


Que répondre à cela ? Mal ? Mais j’en crève de ce mal de se taire, de son silence, j’en crève chaque minute et chaque seconde de cette foutue existence. Bien sûr qu’il n’y a rien à pardonner ou à regretter. C’est comme ça, je suis fataliste soudain. Et quel bonheur que sa patte qui se frotte à ma nuque renversée sur sa poitrine ! Oh, Mathis… mon Doudou, ose, ose s’il te plait. Laisse là se balader ta patte, sur ma peau qui te réclame. Ne t’inquiète pas… j’en ai besoin autant qu’envie ! Et je le veux, la désire plus que tout… alors ne recule plus.


Ma prière muette est-elle parvenue à son cerveau par la magie du Saint-Esprit ? Toujours est-il que cette fois elle parcourt de nouveau mon dos, mais sous le frêle voile de ma robe. Puis la fermeture éclair déchire le profond silence. Celui-ci est vite entrecoupé de mes premiers soupirs. J’adore ce que tu me fais et je me garde bien de bouger. Ta bouche mon amour est là, tout proche de mon oreille, s’attardant sur ce lobe si tactile. Tu le sais bien pour l’avoir si souvent mis à contribution. Et Mathis s’aventure davantage, sans que j’y trouve matière à me plaindre. La cuisine redevient le théâtre de nos amours.


J’apprécie à sa juste valeur l’épisode « retrouvailles ». Mon mari est redevenu celui que je connais, celui qui me donne un plaisir ineffable. Pourvu que ça dure. C’est bien ce à quoi je songe en regardant le plafond, allongée le dos sur la laine de moins en moins vierge de notre salon. Doudou me tient la main. Je ne réalise qu’il me parle qu’avec quelques secondes de décalage. Je n’ai pas vraiment saisi le sens de ses mots, enfermée dans mon bonheur retrouvé.


— Eh bien, qu’en dis-tu, ma chérie ?

— Hein ? Pardon, je n’ai pas encore atterri, je suis sur mon petit nuage. Je n’ai pas entendu ce que tu m’as dit.

— Pas entendu ou tu fais la sourde oreille ? Je sais que ce n’est pas très orthodoxe comme démarche, mais donne-moi au moins ton avis !

— Franchement, je n’ai pas suivi tes paroles, si heureuse de ce qui vient de se passer… redis-moi donc ce que tu m’as déclaré…

— Ben… ce n’est peut-être pas une si mauvaise idée que celle d’inviter… un ami à la maison !

— Inviter un ami ? Attends, je ne te suis pas là ? Pourquoi inviter un ami ?

— Tu n’as pas une petite idée ? Ça pourrait satisfaire tout le monde, non ? Toi et moi et puis si ça marche… pour te garder et par amour pour la femme que j’aime… tu piges un peu mieux Sylviane ?

— Tu n’es pas en train de me proposer de te tromper avec un de tes amis j’espère ! Parce que tu imagines la situation ? Et si en plus il me faisait un gosse… ce serait infernal pour nous deux. Invivable aussi pour ce pauvre géniteur qui ne saurait plus comment nous regarder.

— Nous ne sommes pas obligés de lui dire, si un bébé nait de cette invitation.

— Et tu crois vraiment que je pourrais me regarder dans une glace après une saloperie pareille, à un de nos amis, qui plus est ?

— Je ne vois pas d’issue alors… à moins que…

— Dis toujours Mathis, mais… je n’arrive pas à supposer que tu puisses y croire toi-même.

— Et si…

— Oui si ? Vas-y, déballe le fond de ta pensée.

— Si en gardant le fil conducteur de mon idée, c’est un inconnu que nous recevons ? Nous n’aurions aucun compte à lui rendre et puis une soirée sans lendemain… ni vu ni connu, tu me suis ?

— Je vois ton raisonnement. Mais es-tu près de ton côté à assumer l’enfant d’un autre dans notre vie ? Je dis ça, je ne dis rien…


Nous restons inertes et il me semble percevoir un bruit de tambour. Il s’agit seulement de mon cœur qui cogne fort dans ma poitrine. Ou celui de Mathis qui digère lentement ce qu’il vient de me pondre. Ou plus surement qui s’embrouille dans ma réponse ? C’est vraie aussi qu’elle est plus que mitigée, pour ne pas dire ambigüe. Ça le perturbe autant que moi. Le pire, c’est que je ne suis pas si loin de penser comme lui… mais je refuse que ce soit avec un de nos potes. Je ne veux pas d’une porte ouverte sur des tas d’ennuis possibles.


— xxXXxx —


À suivre…

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