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Les nuits fauves

Chapitre 1

Un si gentil voisin

Hétéro

« Ah ! Aaaahhhh ! Baise-moi plus vite, plus fort ! Encore, encore, vas-y ! »


Je viens de me réveiller en sursaut devant le film que distille la télévision, ce premier samedi soir de novembre. Il fait presque froid. Mais ce qui m’a ramené à la vie n’est pas le porno de canal. Non, ce sont bien des coups tambourinés dans la cloison qui sépare mon appartement de celui de mon voisin.


— Tu peux pas baiser en silence ? Merde, il y en a qui dorment dans l’immeuble. On voit bien que tu n’as rien à foutre de tes journées. C’est pas permis de gueuler comme ça ! Baisez en silence, sales gros dégueulasses.


Il a l’air de s’énerver le type de l’autre côté du mur. Je coupe le son, qui je dois le reconnaitre doit le déranger dans le silence de sa chambre. Je me suis assoupie devant un bon film et je n’ai pas percuté qu’après celui-ci, il y aurait un film de boules. Cette fois la télé est coupée et le gueulard s’est aussi tu. Il doit croire que je me fais monter à en perdre toute notion de boucan ! L’idée me surprend et attire sur mes lèvres un sourire. Si je frissonne bien, ce n’est pas de jouir vraiment.


En nuisette sur mon sofa, j’ai froid et une chair de poule conséquente m’envahit. Merde ! La nuit la chaudière est mise en veilleuse. À cette heure avancée de la soirée, les honnêtes gens dorment. Bon ! Il est de toute façon temps, ma petite Ingrid d’aller te pieuter. Et je file dare-dare dans ma chambre, pour y reprendre ce que mon voisin irascible a interrompu. Entre mes draps, je me sens mieux. Mais les paroles du lascar d’à côté trottent dans ma caboche.


« Tu peux pas baiser en silence ? »


Pour cela encore faudrait-il avoir les outils sous la main… ou plutôt ailleurs. Oui, je crois que ma préférence irait vers un ailleurs que je situe bien plus bas sur mon corps. Et puis ces mots crus… m’ont sans aucun doute ramené à une vérité plus terre à terre. Je suis désespérément seule. Mais là, à qui la faute ? Je ne peux m’en prendre qu’à moi bien sûr. Trop peureuse pour sortir, trop trouillarde pour affronter un nouvel échec ? Elle risque donc de durer longtemps cette solitude.


Un feu obsédant, entêtant, vient réchauffer ce corps qui quelques minutes plus tôt grelottait de froid. Bizarre tout de même ce revirement pour quatre ou cinq mots bien sentis. Derrière le mur de mon salon, le brave péquin qui criait tout à l’heure doit s’être rendormi. Comment est-il ? Grand ? Petit, gras ou mince ? C’est un mec en tout cas et sa voix forte, juste entendue le temps d’un cri me fait un effet bœuf. Que me reste-t-il à faire pour calmer mes nerfs ? Et quand je dis « nerfs », il n’est pas certain que ce soit bien de cela qu’il s’agisse.


Le drap remonté jusque sous mon menton, je retrousse également la mousseline de ma nuisette. Sous celle-ci, c’est net et clair. Plus rien d’autre que le coton pour se frotter à ma peau. Ma couche est à deux places dont une est fatalement vide. J’ai donc de quoi étendre et écarter mes deux longues gambettes. Ce que je fais avec une idée bien précise au fond du crâne. J’ai besoin de cet intermède pour relâcher la pression. C’est idiot, je le sais, m’en rends compte, mais je le fais sans appréhension.


Voilà ! Dans la fourche que mes deux cuisses disjointes viennent de laisser libre, une de mes mains vient pour une seconde, pour une minute, entrainer quelques soupirs, à défaut de gémissements. Puis je me prends sincèrement au jeu d’une branlette dans le noir de la chambre. Le sang qui circule dans mes veines est vite en surchauffe. Cette fois mes plaintes douces ne dérangent personne. Enfin, c’est ce que je veux espérer. Puis en toute franchise, j’ai franchi le cap de m’occuper de ce que peuvent penser mes voisins.


Il y a désormais le bruit que font mes doigts que j’enfonce à toute vitesse dans cette cavité qui s’humidifie de plus en plus. Au point que j’imagine la tache qui doit se former sur le drap-housse. Heureusement que mon lit est muni d’une alèse… Pas forcément prévue pour mes câlins solitaires nocturnes. Un peu beaucoup aussi pour des règles abondantes qui ne sont pas forcément très régulières. Les accidents sont fréquents. La vie quoi !


Et voici que derrière ces paupières que je ferme lors de ma masturbation forcenée, l’image d’un gaillard sans visage vient s’engluer dans mon crâne. Il me hurle de me branler, plus vite, plus fort. Il me gueule dessus, me glousse qu’il va me baiser et le voyage que j’entreprends me laisse haletante, vide et… trempée. Rassasiée également ! Ma patte a donc réussi, cette nuit, là où il lui arrive d’échouer si souvent. Sans force et les nerfs détendus, je finis par retrouver le sommeil, coupé brutalement par l’idiot qui dort dans l’appartement qui jouxte le mien.


— oOo —


Un dimanche de novembre ordinaire. Dehors, il gèle peut-être. Les volets roulants sont toujours baissés alors que je prends un petit déjeuner rapide. Je suis dans la tenue que je porte pour dormir. Les radiateurs ont repris une certaine chaleur, donc il est plus de sept heures du matin. Geste obligatoire, tourner d’une énergique rotation la manivelle et enfin, le ciel bas et gris m’envoie un zeste de lumière. Une toilette rapide, un coup d’œil sur mon téléphone portable et je file. La boulangerie est toute proche, mais je dois me taper les deux étages d’escaliers pour sortir de l’immeuble.


Vers les boites à lettres, les jeunes forment une sorte de barrage. Ils me sifflent, me lancent des trucs que mes oreilles se refusent d’écouter. L’un d’eux me barre le passage. Il doit avoir dix piges de moins que moi et il est immensément grand.


— T’en vas pas mamzelle ! Tu veux pas discuter avec nous un moment.

— Ça va les gars ! J’ai besoin de bouffer à midi et si je traine trop… je n’aurai pas de pain.

— Tu ne préfèrerais pas un fruit, plutôt ?

—… ?

— Une bonne banane par exemple ? Ça ne te tente pas ?

— Lâchez-moi ! Ça suffit, laissez-moi passer.

— Un baiser et je te libère la porte.

— Ça ne va pas la tête ?

— Ouh ! Mais c’est qu’elle mordrait la meuf si elle avait des dents… tu es plutôt gironde. Beau cul, beaux seins ! Allez, un petit effort.

— Arrêtez, merde à la fin !

— Pff ! Une coincée… tiens, fume une latte ! Tu vas te détendre.

— Comment faut-il que je vous le dise, foutez-moi la paix.

— Un baiser et tu peux te casser.

— Rien du tout…

— Alors tant pis pour toi… on va t’embarquer à la cave ! Qu’en dites-vous les gars ?


Les quatre ou cinq autres loustics rigolent. Bien sûr qu’ils ne vont pas contredire ce foutu Freddy qui semble s’être autoproclamé « chef de la bande ». Mais d’un coup ça change de ton !


— Bon ! Les gosses là ! Laissez tranquille la dame !

—…


Tout le monde reste interdit, et je dois dire que je me sens d’un coup soulagée. Je ne sais pas d’où sort ce type, mais il tombe à pic. Grand, tout de noir vêtu, le mec tient en laisse un mâtin qui grogne.


— Alors ? C’est pour aujourd’hui ou pour demain, Freddy ? Tu l’ouvres cette porte et surtout, tu boucles ta grande gueule.

—…

— Sortez Madame ! Ce ne sont que de grands gamins qui veulent juste vous chahuter un peu, hein, Freddy ? Madame est une amie à moi et si vous y touchez, toi et tes potes, c’est comme si vous me touchiez. Reçu le message ?

— Ouais ! Tu joues au dur le keuf, mais un jour…

— Un jour quoi, minable ? Tu veux gouter aux crocs de Julius ?

— Ça va Monsieur ! On s’en va, ne vous fâchez pas.

— Et les excuses à la dame que vous venez d’emmerder ?

— Ouais, c’est bon tu ne vas pas nous humilier en plus le keuf !


C’est encore et toujours le prétendu « chef » qui ne tient pas à perdre la face devant ses copains.


— La politesse, crétin ! C’est un mot que tu ne connais pas ?


La petite bande se disperse alors que le brave clébard grogne de plus belle.


— Salut ! Moi c’est Hervé. C’est vous ma voisine… bruyante ?


Je dois devenir aussi rouge que le feu tricolore du carrefour. Je bafouille quelques mots d’excuse et ça fait rigoler celui qui vient de me tirer d’un mauvais pas.


— Ça va, on ne va pas en faire un drame. Je peux juste te dire qu’il y en a un qui a une sacrée veine de coucher avec toi…

— Mais… personne ne couche avec moi !

— C’est en te chatouillant toute seule que tu te fais crier comme ça ? Bizarre non ?

— Ce n’était pas moi… juste la télé. C’est mon salon qui se trouve derrière le mur dans lequel vous avez frappé… Et je m’étais endormie devant mon écran. Vous savez bien que le premier samedi du mois, le programme de canal passe par un film « carré blanc ».

— Carré blanc ? Tu veux dire interdit aux moins de dix-huit balais ? Un bon vieux porno quoi ? Et tu te touches devant ce genre de choses malsaines ?

— Mais bien sûr que non ! Je m’étais seulement assoupie et c’est vous qui m’avez réveillée en cognant dans le mur.

— Ouais ? Pas vraiment convaincu par tes explications. Admettons que ce soit bien ça et n’en parlons plus. Tu es une belle gosse, je te le répète. Heureux donc celui qui t’as ou t’auras dans son plumard.

—… Vous vivez avec votre chien ? Je ne l’ai jamais entendu pourtant !

— Julius obéit au doigt et à l’œil. Il n’y a pas de plus fidèle ami que lui et nous bossons tous les deux ensemble.

— Vous n’êtes pas flic… enfin policier comme semblaient le croire les jeunes dans l’entrée ?

— Si ! Mais je suis maitre-chien. Celui-là est dressé pour flairer les drogues, c’est pour cela qu’ils se sont barrés vite fait.

—… ? Je ne savais pas !

— Lui et moi sommes une vraie équipe et les week-ends quand on est pas sur le terrain il m’accompagne chez moi ! J’ai mal compris ton prénom ?

— Ben… je ne vous l’ai surtout pas dit.

— C’est donc si secret ? Je sais lire aussi sur les boites à lettres. Alors… facile à trouver.

— Ingrid ! Ça va vous éviter de vous ruiner les yeux sur les étiquettes des boites.

— Sympa de penser à ma santé ! Heureux de te connaitre alors Ingrid. On est appelé à se revoir. Vivre dans le même immeuble et dans des appartements voisins forcément, on ne peut guère se louper. Encore que je ne sois pas souvent chez moi. Julius, je te présente donc Ingrid, la dame qui hurle la nuit… ou qui dit que c’est sa télé.

— C’est la vérité ! Et puis je me fiche de ce que vous pouvez penser.

— Hé ! C’est gentil d’être aimable. J’adore les filles un peu rebelles. À bientôt ! Julius, dis au revoir à notre nouvelle amie ! À très vite ma belle…


Il croise la rue et monte dans une bagnole, genre familial. Son toutou est fourré dans une sorte de coffre aménagé. Ce type m’a un peu déboussolé sans que je sache bien pourquoi. Je regarde partir la voiture, ne sachant que faire de ma carcasse. La serveuse de la boulangerie me sert et c’est d’un pas pressé que je rentre chez moi. Dans le confort sympa d’un appartement douillet, que je paie à crédit. Un luxe utile, bien qu’assez onéreux par les temps qui courent. Pourquoi la silhouette de ce gars tenant en laisse un cabot reste-t-elle accrochée à mon crâne ?


— oOo —


Une journée calme, dimanche solitaire qui m’emmène vers un lundi et mon bureau. Une nouvelle semaine de boulot, pas plus enthousiasmante que les précédentes. Il faut bien vivre et surtout payer le toit qui m’assure une sécurité relative. Les jeunes ne sont pas revenus dans mon entrée d’immeuble et je n’ai pas non plus recroisé le flic et son chien. Il ne me manque ni l’un ni l’autre. C’est donc ainsi que le vendredi soir clôt une semaine supplémentaire de travail. En pleine préparation d’un repas, je sursaute à un coup de sonnette insistant.


Mince ! Qui peut bien venir me déranger un soir ? Pas ma collègue de bureau, Margot est partie en week-end avec ses gosses. Alors ? Et le visiteur inattendu insiste par une seconde pression sur le bouton. D’un pas trainant, je viens donc ouvrir la porte.


— Bonjour ! Je me suis dit que vous deviez être seule. Je viens vous inviter.

— M’inviter ? Mais m’inviter à quoi ?

— Ça ne vous dirait pas d’aller manger une pizza dehors ?

— Mais… je suis en train de cuisiner mon diner.

— Que je suis bête ! Vous n’aimez pas trop les policiers non plus, n’est-ce pas ?

— Pourquoi pensez-vous ça ? J’ai dit ou fait quelque chose qui puisse vous le laisser croire ?

— Non ! Juste un sentiment… une idée. C’est vrai que ça sent rudement bon chez vous Ingrid.

— Une autre fois peut-être ! Mais là… je n’ai guère envie de ressortir.

— Dommage alors ! Diner seul n’est pas très réjouissant. Je n’ai même pas cette semaine Julius pour me tenir compagnie.

— Ah ? Il est où votre chien ?

— Je suis une semaine en repos, alors il reste au commissariat. Je passe tous les jours m’en occuper.

—… ? Pourquoi ne pas le ramener dans ce cas ?

— Parce qu’ici il n’a pas la place nécessaire pour vivre bien. Je cherche une maison pour déménager. Un peu d’espace pour lui, quoi !

— Vous en prenez grand soin de cette bête.

— C’est plus que ça ! Un vrai ami, je vous assure.

— Bon, entrez ! Ne restez pas dans le couloir ! Les gens vont encore jaser. Vous voulez partager mon diner ? C’est simple je vous préviens.

— Pourquoi pas ? Après tout, à part mes collègues, je ne connais personne dans cette fichue ville. Sauf la petite frappe de l’autre jour ! Ce Freddy est dans notre collimateur… il vend sa saloperie sur le quartier.

— Je n’en consomme pas. Alors s’ils ne viennent pas dans notre entrée…

— Ouais… Ingrid, vous êtes une chouette fille. Pourquoi êtes-vous seule ?

—… ? Vous êtes toujours aussi direct vous ?

— Déformation professionnelle sans doute ! Et puis… honnêtement, vous m’avez tapé dans l’œil !


Que répondre à cet argumentaire sans appel ? Il est chez moi et il ne nous reste plus qu’à nous glisser les pieds sous la table. Tout en dressant un second couvert, je lorgne sans en avoir l’air sur mon voisin. Il est parfaitement détendu, plus que moi c’est évident. J’ai quand même souligné que les « tu » du jour de notre rencontre ne sont pas revenus ce soir. Il me lance des « vous » longs comme le bras. J’apprécie finalement ce bonhomme.


Il est plus grand que moi. Pas de beaucoup, suffisamment pour que je le remarque. Ses cheveux clairs sont coupés assez court et il est bien rasé. Ses tempes arborent juste un soupçon de crins blancs pour me montrer qu’il doit avoir quelques années de plus que mes trente-deux piges que j’affiche au compteur de cette vie. Il s’exprime bien, mais je suppose que dans son métier, il faut parfaitement manier notre langue.


Si j’ai dressé la table pour deux, mon invité surprise n’était pas prévu et d’un coup, je réalise qu’il me manque un truc essentiel.


— Zut ! Je n’ai pas de vin… c’est vrai aussi que d’ordinaire, pour moi seule, je n’en ai pas besoin, je suis désolée.

— Pas de panique Ingrid ! J’ai chez moi ce qu’il faut pour nous mouiller la glotte. Rouge ou blanc ? Il doit m’en rester une de chaque couleur.

—… faites comme vous avez envie ! Tout m’ira.

— D’accord. J’y vais alors. Je reviens dans une minute. Du blanc donc, il est au frais.


Le voici qui file et j’entends la porte de son appartement qui s’ouvre et se referme de suite. C’est un peu, panique à bord, pour moi. Je réalise d’un coup que le loup est dans la bergerie et que je ne sais pas vraiment comment tout cela va finir. Il est sympa, mais je ne connais rien de ce type. Et… il m’attire comme un aimant. Je sens la galère arriver une fois de plus. Comment éviter un naufrage que pressent mon esprit ? Sûr que je vais encore me fourrer dans un guêpier d’où je sortirai meurtrie et blessée !


Il n’a fait qu’un aller et retour. La bouteille d’une jolie couleur jaune atterrit sur la table.


— Vous avez un tire-bouchon ?

—…


Je suis affolée. Il me dévisage avec une insistance bizarre. À moins que ce ne soit moi qui le vois ainsi.


— Vous… vous n’allez pas bien ?

— Hein ?


Je viens de sursauter et reprends le fil de la conversation.


— Si ! Si ! Il est par là dans ce tiroir.

— Je peux le prendre ? Inutile de laisser le vin chauffer, ça se boit frais le blanc.

— Euh ! Oui, oui, faites comme chez vous.


— Vous êtes toute pâle, vous ne voulez pas vous assoir ?

— Non ! Non, je vous assure que tout va bien.

— Bon… alors, trinquons. À quoi allons-nous le faire ? À cette rencontre plaisante ?

— Rencontre plaisante ? Entre vous et moi, voulez-vous dire ?

— Ben… oui ! Ça me change un peu de mes tête-à-tête avec Julius…

— Julius ?

— Mon chien… Vous êtes certaine que tout va bien ?

— Oui ! Je… je perds un peu le fil de mes pensées. Bon à votre chien Julius alors !

— Mais ? Enfin si ça peut vous faire plaisir, il en sera ravi de savoir que vous le préférez à son maitre.

—… ? Hein ?

— Vous voulez boire à la santé de Julius et il sera ravi de le savoir.

— Oh, pardon !


Je débloque à fond et le flic me sourit. Nous levons nos verres. Ils tintent l’un contre l’autre et je ne sais plus où j’habite. Qu’est-ce qui m’arrive, bon sang ? Hervé est assis face à moi et je baisse les yeux. Lui me fixe sans obscénité ni outrance.


— Je peux vous tutoyer Ingrid ?

— Me tutoyer ? Vous l’avez fait devant les jeunes dans l’entrée… Oui ! Oui.

— Merci. Tu es une chouette femme. C’est beau chez toi. Attends…


Il repousse sa chaise et se remet sur ses pieds. En deux ou trois enjambées, il fait le tour et se retrouve derrière mon siège. Ses deux mains viennent se poser sur mes épaules. Il débute une sorte de massage et je ferme les yeux. La catastrophe annoncée se précise ? Je ne suis plus là ! Mon cerveau vient de se déconnecter et je surfe déjà sur des images folles. Les mains du flic sont d’une incroyable efficacité. Elles dénouent mes muscles tendus et je me sens sur un nuage. Arrive donc ce que je redoute le plus ?


Tout mon corps réagit à cette stimulation relaxante. Je me sens fondre et souhaiterais presque que les pattes qui me câlinent aillent plus loin, plus vite. Je me dois de réagir. Oui ! Redescendre sur terre, mais comment ? Alors, je lance sans y croire…


— Notre diner, il va être froid, asseyez-vous que nous mangions.


Et je me redresse à mon tour, le bousculant au passage. Mais curieusement, cet Hervé ne recule pas, il campe sur sa position. Seules ses mains ont été éjectées de leur emplacement. Et… je me retrouve d’un coup, contre lui. Il lui suffit de refermer ses deux longs tentacules pour m’emprisonner contre sa poitrine. Cette fois, je suis cuite. Ma bouche… elle doit sentir le vin. La sienne aussi ? Mes idées s’emmêlent dans ce patin qui nous unit. Rien à faire, je ne lutte plus. Et… j’apprécie ce baiser qui ne me surprend pas vraiment.


Il est d’un coup suivi par des tas d’autres. Et c’est de ma propre initiative que j’arrache presque le sweat de l’homme qui me serre dans ses bras. Pourquoi se priverait-il d’en faire autant avec mes fringues ? Mon chemisier n’est plus qu’un tas de chiffon sur le sol, rejoint par ma jupe. Le tout s’entrelace dans les frusques du bonhomme. Et je suis désormais en culotte et soutien-gorge. Un jeu d’enfant pour lui de finir le travail. Une chaleur diffuse a envahi tout mon être. Il appelle de toutes ses forces ce qu’il espère.


Hervé aussi est nu et je lui attrape la main pour l’entrainer vers ma chambre. Un coup de sang, un coup de folie ? Nous nous vautrons sur mon lit, et je tripote son torse, tâtant ses muscles durs comme du béton. Lui joue avec mes seins qui tressaillent sous ses doigts. Et n’y tenant plus, jambes écartées, je me frotte contre son flanc. D’une petite poussée, il m’allonge sur la couche, se glisse dans la fourche offerte. Sans autre forme de procès, je suis pénétrée et mon soupir de satisfaction prouve combien c’est salutaire.


Ensuite, je ne suis plus très bien les évènements qui se déroulent sans vrai plan prédéfini, sans préméditation. Je sais juste que pour mieux le sentir en moi, j’ai relevé mes jambes, encerclant ses reins en nouant mes deux pieds sur ceux-ci. Tout est trop beau, tout est trop bon. Avec mes précédents amants, on arrive pas à mon âge sans avoir un vécu, je n’ai jamais vraiment apprécié cette position du missionnaire. Pourtant là, grâce à ce presque inconnu, j’en savoure toutes les subtilités. Chaque mouvement de ses hanches me tire une bordée de sensations incroyables. Et je me mets à hurler.


Hervé colle sa main sur ma bouche et les yeux dans les miens, avec un sourire, il me jette.


— Chut ! Dans l’appartement derrière un flic dort. Tu vas le réveiller et il va encore taper dans le mur…

— Hein ?

— Tu es une amante merveilleuse. C’est mieux qu’un film porno, non ?

—… ? Je… n’arrête pas. Oh ! S’il te plait… encore, encore… et tais-toi !

— Je vois que madame est insatiable.


Il me lime de nouveau. Je suis totalement sous l’emprise de mes envies. Lui creuse mon ventre, il me laboure avec une sorte de frénésie que mes paroles viennent de provoquer. Et c’est lui qui vient derrière moi. Moi qui me suis mise sur le flanc pour que nous terminions notre ballet. Il finit en douceur cette cavalcade qui me fait frémir. Par contre j’ai dû mordre ses doigts qu’il garde sur ma bouche. Longtemps après qu’il soir sorti de moi, il me caresse encore la poitrine. Mes tétons restent en éveil et je le laisse faire lorsqu’il remet… le couvert.


Ses mains jouent avec une mèche de mes cheveux qui barre mon front. Je l’embrasse sur la joue. Il est calme, souriant. Je suis heureuse et nous sommes comme de grands gosses qui viennent de jouer un bon tour à la vie. Me redressant sur un coude je l’interpelle.


— Tu n’aurais pas un petit creux ? Si on allait diner maintenant que tout est de nouveau… refroidi.

— Oui ! J’ai aussi une petite soif. Tu as aimé ?

— Chut ! Viens… Allons boire et nous restaurer.

— Reprendre des forces avant de…

— Avant d’aller dormir. Je crois que j’ai eu ma ration d’émotions pour ce soir !

— Petite joueuse ! Tu ne vas tout de même pas jeter l’éponge.

— Viens… au lieu de raconter n’importe quoi. Faire des infidélités à Julius… ce n’est pas bien du tout.

—… ? Julius ? Qu’est-ce qu’il vient faire là-dedans ?

— Oh, rien. Mais comme c’est avec lui que tu dors souvent…

— Près de lui pas avec lui comme tu le supposes. Mais je peux aussi te le prêter un jour, si l’envie te vient…

—… ? Bon ! Le délire va nous faire dire des bêtises. On y va ? J’ai vraiment faim maintenant.


Nous revenons à table et après avoir réchauffé notre repas, c’est bien nus comme des vers que nous mangeons avec d’autant plus d’appétit que nous avons perdu quelques forces dans notre corps à corps. Hervé me parle de son boulot, de ses amis, de sa mutation récente dans le commissariat de notre ville. Il me parle aussi de ce qu’il a ressenti alors qu’il me prenait. Je me laisse bercer par la musique de cette voix agréable qui me chante des louanges. Et d’un coup, je sursaute à quelques paroles que mon esprit analyse à contrecoup.


— Quoi ? Qu’est-ce que tu viens de dire, Hervé ?

— Ben… je ne sais pas ! Tu avais l’air d’être jalouse de Julius… alors je viens de te demander s’il te plaisait !

— Dans quel sens tu l’entends le verbe « plaire » ?

— Tu ne voudrais pas lui faire plaisir comme tu viens de le faire avec moi ?

—… ? J’ai mal compris là ? Tu ne me proposes tout de même pas de… avec ton chien ?

— Avec nous deux. Je partagerais volontiers.

— Tu es sérieux là ? C’est un animal et… non ! Pas question de seulement t’imaginer que… ah ça non !

— Alors, n’en parlons plus. C’était une simple suggestion, pas une obligation.

— Tu es encore pire que les hommes que j’ai rencontrés avant toi. Comment peux-tu… imaginer un plan pareil ?

— Arrête. C’est un dialogue, pas une guerre. Tu veux un coup de main ?

— Un coup de main ?

— Oui… pour desservir la table. On ne va pas laisser la vaisselle sale ici.

— C’est bon, je m’en occuperai demain matin. Je vais me coucher maintenant.

— Tu… tu m’invites encore un peu ?

— Dans mon lit, tu veux dire ? Je… et puis zut, viens, il fera jour demain.


Il me suit bien évidemment. Ce qui se trame sous la couette est du genre film X et je ne regrette pas vraiment ce qui nous réunit. Prise, reprise, léchée, caressée, je lui rends la monnaie de sa pièce et finalement, c’est bien faute de combattants que la paix se signe sur l’oreiller. Nous nous endormons dans les bras l’un de l’autre. J’ai le sentiment d’une bonne soirée et lui n’a pas l’air d’être mal non plus. Alors, pourquoi se poser de grandes questions existentielles ? Contente-toi ma petite Ingrid de vivre l’instant présent !


— oOo —


À suivre…

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