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Les récits d'un puceau

Chapitre 1

Erotique

Chapitre1

Était-ce un courant d’air passant sous la porte qui faisait vaciller la flamme de la chandelle posée au centre de la table ronde de ma chambre et qui, sur les murs en espèce de torchis grossier blanchis à la chaux, projetait des ombres grotesques, ces images que l’on donne parfois aux nuages dans le bleu de l’azur ? Était-ce à cause de ces murs irréguliers et des fenêtres laissant passer l’air frais de la nuit que je me sentais à la fois bien, libre et heureux comme jamais je ne l’avais été ?


Non. Il n’y avait pas que cela, j’en étais convaincu. Dès mon entrée dans cette masure, mon instinct m’avait signalé que, là, était l’endroit idéal. Quelque chose de grand allait sortir de cette retraite souhaitée, une retraite loin de tout pour me consacrer pleinement à l’écriture. C’était ainsi ! Je l’avais décidé et c’est donc sans aucun regret que, pour une somme modique, j’avais pris ce logis en location pour quelques mois.


Je m’appelle Clément, Clément Randal. J’ai quitté Paris il y a quelques jours pour m’installer ici, au bord de la mer, entre Wimereux et Wissant sur la Côte d’Opale. Cette côte est fouettée une grande partie de l’année par les assauts du vent, ce vent qui vient du large et qui porte avec lui une douce odeur iodée. En tant "qu’apprenti" écrivain, je me charge de mettre noir sur blanc cette histoire qui me suit depuis quelque temps déjà. Elle m’obsède presque au point que, la nuit, je me lève et jette sur le papier les idées qui me viennent dans l’obscurité.


C’est un risque que je prends, devenir écrivain est un audacieux projet, mais il faut que je le fasse, que je sorte de mon esprit tout ce qui y bouillonne.

Marchant jusqu’à la fenêtre, je tournai la crémone à moitié rouillée pour ouvrir le battant droit. Le soleil était couché depuis belle lurette sur la mer et la lune, au-dessus des flots, dessinait de fines étoiles-d’argent sur l’écume des vagues. Dans cette pâle clarté, les rochers semblaient se muer en toutes sortes de monstres nocturnes. Entièrement nu, je regardais le large, laissant la brise légère me caresser le sexe et faire se dresser mes poils dans la fraîcheur de cette nuit. A vingt ans, on n’a peur de rien, on croit en ses rêves, on tente de vivre ses fantasmes. L’un des miens est de vivre nu, encore et toujours libre.


Le village de Wissant est situé entre le site des deux caps. Le Cap Gris-Nez et le Cap Blanc-Nez. Deux caps qui font une avancée dans la mer et dont les falaises crayeuses font face à l’Angleterre que l’on voit par temps clair. Le village n’est qu’à quelques kilomètres de Boulogne, mais il est néanmoins isolé et seul, les carrioles des pêcheurs de crevettes font la navette assez régulièrement. La route et les plages ne sont que très peu fréquentées.


Je redescendis l’escalier de ma chambre, laissant la fenêtre ouverte, et je gagnai la grande pièce principale (c’est ainsi qu’on me l’avait décrite), en réalité, une petite pièce aux murs et au plafond noircis par le feu qui crépitait dans l’âtre. N’importe qui aurait trouvé cet endroit vétuste, voire insalubre ou sordide, mais, pour moi, il me convenait à la perfection. Ajoutons à cela que la nudité était mon bien-être, que je ne désirais rien de plus qu’un bout de pain et un bout de viande ou de poisson séché pour le repas, je me sentais vivre, je me sentais bien... j’étais heureux.


Et je pouvais être assuré que mes carnets allaient se noircir très vite et qu’ils allaient m’assurer de confortables revenus. On est gonflé d’orgueil quand on est jeune.

A l’instant où j’atteignis la pièce, je la vis à travers la vitre qui tentait de scruter l’intérieur. Elle ne semblait pas se cacher. Sans doute était-elle surprise de voir de la lumière à l’étage et qu’elle ne s’était pas rendu compte que la clarté de ma chandelle éclairait à présent les escaliers. Je n’eus même pas le réflexe de cacher mon sexe, tellement surpris de voir cette jeune fille, seule, en pleine nuit, regarder par ma fenêtre. Il est bien difficile de la décrire, car cela ne dura qu’un instant. Très vite, elle s’était enfuie dans la nuit, sans un bruit au point que j’en étais à me demander si j’avais bien vu ou si j’avais seulement rêvé. Elle semblait jeune, pour le peu que j’avais pu l’observer, blonde, car une mèche de cheveux dépassait de sa capuche et faisait une tâche claire sur son front. Elle m’avait vu, j’en étais certain. Je lui avais livré ma nudité, elle ne m’avait livré qu’une ombre fugace et j’en étais déjà malheureux. Il me faudrait la trouver.


En sortant de l’université, mon maître de conférences m’avait donné pour mission la rédaction de deux ou trois récits. Nous avions, au cours de ces années passées, longuement échangé sur mes projets, sur mon ambition et, je ne sais si je l’avais convaincu ou s’il s’était convaincu lui-même de mes chances, mais il m’avait généreusement accordé une jolie rente qui m’avait permis de quitter la capitale et de m’installer ici pour produire mes écrits. Cela m’avait très largement arrangé, car je n’avais pas le sou en poche. Mes parents ne pouvaient subvenir à mes besoins, occupés à survivre eux-mêmes et à élever mes frères et sœurs dans un milieu peu favorisé. Pour payer mes études, je me contentais de quelques petits boulots, il faut bien l’avouer, sans grand intérêt. Mais ils me permettaient de vivre, de manger, parfois même de m’installer à une terrasse pour y déguster un café noir.


— Eh bien ! m’avait-il dit... Voici de quoi vivre quelques mois, en comptant la location de votre bicoque. Ne dépensez pas trop, il n’y aura pas de rallonge. Prenez le temps, mais n’oubliez jamais que pour tous, le temps est compté et qu’il est précieux. Aussitôt installé, écrivez, jetez tout ce qui vous passe par la tête sur vos carnets. En septembre, nous nous retrouverons et vous me montrerez ce que vous aurez fait !


Je l’avais chaleureusement remercié. Mon insouciance, mon envie, ma rage d’y parvenir me procuraient une joie indéfinissable.


— Rassurez-vous Monsieur, vous ne serez pas déçu. Je sais que ce que je vous remettrai sera à la hauteur de vos attentes, et même, je suis persuadé que vous en serez vous-même étonné.

— Je crois en vous Clément, rien ne m’étonnera donc, mais je vous le redis, le temps est tout autant précieux qu’il nous est compté. Ne tardez pas à vous mettre à l’ouvrage, soyez productif.


Avec cette dernière phrase, le Maître me donna une tape amicale sur l’épaule et tourna les talons. Lui-même quittait la France pour quelques semaines et partait retrouver sa famille, quelque part au sud de la Belgique. Personne ne se doutait alors que les années à venir allaient être terribles, noires, et rouges du sang versé. J’étais à cent lieues d’imaginer que jamais je ne reverrai mon maître, que jamais il ne lirait mes écrits.


Depuis que je travaillais dans cette maison, plusieurs pages avaient déjà été remplies. A mesure que ma plume allait et qu’elle grattait le papier, je me rendais compte que, bien contre moi, systématiquement je me tournais vers le sexe, les plaisirs tendres ou fougueux des rencontres prévues ou imprévues. Mes vingt ans me donnaient cette chance d’imaginer encore les plus douces et plus chaudes choses de la vie. Au cours de mes rencontres avec mon Maître, j’avais appris à remettre en place mes idées, mais là, dans la solitude de mon logis où tremblotait la flamme de la chandelle, il faut bien avouer que ma nudité quasi constante donnait bien souvent à mon pénis encore vierge l’envie de se dresser et à moi, l’envie de le satisfaire. Ce qui arrivait assez souvent.


En dépit de ma jeunesse, j’avais cependant reçu une éducation honorable, et même si je n’avais pas honte de satisfaire mes envies, je reconnaissais que cela pouvait être considéré comme un comportement étrange, bien que de ce côté et n’en parlant avec personne, je me sentais tranquille. J’étais plus gêné d’avoir été vu nu par cette jeune fille, peut-être que cela m’excitait aussi.


Mon torse, où les poils n’étaient encore qu’un fin duvet blond, réclamait de douces caresses, le miroir adossé au meuble de la salle me renvoyait mon image que je trouvais relativement attirante. Ma timidité avait eu raison des rencontres féminines possibles et ma première expérience sexuelle attendait encore une partenaire consentante pour la contenter.


Repassant aux choses sérieuses, je griffonnais de nouvelles idées. Raconter ma jeunesse en l’enjolivant, et y mettant des faits purement inventés me semblait être un bon début. Encore fallait-il que tout cela se tienne, que tout cela soit pour le moins crédible.


Bien que cette fin juin fut chaude, les nuits étaient encore fraîches, le feu parvenait à peine à me réchauffer. J’imaginais ce qu’aurait été ma présence ici en plein hiver, il me semblait même que la toiture n’aurait su empêcher les assauts du vent et le crachin côtier de pénétrer dans la bâtisse. Cette simple idée me donna des frissons et je décidai de rapprocher ma table de travail près de la cheminée.


J’avais beaucoup changé après ma dernière année d’études. J’avais gagné en taille et aussi en muscles. Les longues marches pour me rendre de ma chambrette à l’université puis de l’université à mes différents lieux de travail, avaient considérablement développé mes cuisses et mes mollets. Le port des caisses de fruits, de poissons et autres aux Hall de Rungis, avait dessiné de belles manières mes avant-bras et mes biceps. Quelques exercices physiques avaient complété la sculpture de mon torse. Je n’étais pas spécialement beau, mais j’avais une certaine allure et je n’en étais pas peu fier intérieurement.


Malgré les copains, malgré les cours, le travail et le sport, la compagnie féminine me manquait terriblement. Ma famille aussi me manquait et je me devais de réussir pour l’aider au quotidien et ainsi permettre à mon jeune frère de suivre le même chemin sans avoir à se morfondre pour son avenir.


Bien que n’étant pas dans une complète solitude, il m’arrivait de laisser mon esprit vagabonder. Je revoyais les paysages gris de mon enfance, les hautes cheminées d’usine crachant jour et nuit leur fumée âcre. Je revoyais le petit bois où, enfants, nous allions parfois le dimanche manger sur l’herbe encore chargée de rosée matinale au printemps. Ici, à Wissant, tout cela me semblait bien lointain. J’avais une autre vie, bien que pouvant paraître peu attrayante, elle était celle que j’avais choisie, celle pour laquelle j’étais né, une vie d’aventures réelles ou rêvées, pour le moment cela importait peu. Mon maître de conférences m’avait permis d’accéder à ce désir, à cette joie d’écrire, je lui devais d’accéder à ses propres demandes.


La nuit s’étirait, il était temps de faire couler le café. Après avoir chargé la cuisinière de petit bois et de feuilles d’un vieux journal, je craquai une allumette. En préparant cette boisson et laissant vagabonder mon esprit, je revoyais cette jeune fille. Elle était probablement très belle et en bonne santé, sans doute avait-elle le teint déjà hâlé par le grand air. Mais des questions me taraudaient : que faisait-elle là à cette heure avancée de la nuit, où allait-elle, que cherchait-elle ? J’espérais trouver les réponses à mes interrogations. Je forgeais des hypothèses tout en faisant couler l’eau bouillante sur la cafetière.


Sortant une miche de pain, un bol et un reste de beurre rance, j’emplis de café noir et fumant le bol. Plusieurs heures déjà s’étaient écoulées, la lune avait disparu et une clarté blanche allumait au loin la ligne d’horizon. Je mangeai de bon appétit.


J’ai toujours eu une bonne vision et mes yeux s’ajustaient aussitôt à l’aube naissante. Je pouvais distinguer au loin, sur la plage et l’eau à mi-cuisses, les premiers pêcheurs de crevettes qui s’échinaient en poussant leurs filets dans la mer encore calme. D’autres ramassaient les moules et autres coquillages, il en fallait du courage pour entrer dans l’eau en cette fraîche matinée, mais c’était là leur gagne-pain et en même temps que je les regardais, je les admirais.


Je finis par décider d’attendre neuf heures pour me rendre au village. Je quittai la pièce pour regagner ma chambre et m’allonger sur le lit défait. Je tirai sur moi les draps froissés, et je laissai mon esprit vagabonder. J’étais un peu nerveux comme chaque fois qu’il me fallait quitter la maison pour me rendre au village. Les gens ne me connaissaient pas encore et le bonjour était rare, les sourires inexistants. Tous devaient se demander ce que je venais faire ici, la curiosité des uns, la méfiance des autres, les poussaient à si ce n’est m’éviter, tout du moins à ne pas engager la conversation. Seuls la boulangère et le tenancier de l’estaminet daignaient me saluer à mon entrée. J’avais déjà eu affaire avec eux pour de modestes achats. C’est là que ce matin je devais me rendre.


Et puis la jeune fille vint à nouveau flirter avec mon esprit. Une nouvelle fois, je me demandais si elle était réelle ou pas. Mais elle l’était à n’en pas douter, la vision que j’avais encore d’elle était trop parfaite pour n’être qu’un rêve.


La chambre, parfaitement silencieuse, me conduisit bientôt à un demi-sommeil. Je me détendis donc, fermai les yeux et m’abandonnai un court instant à la somnolence, sachant que je m’éveillerais sans difficulté le moment venu.


C’est ce qui arriva. Le soleil pénétrait dans la pièce, il fallait me rafraîchir et vite prendre le chemin de Wissant. Vite fait, je passai par la cuisine pour me laver. L’eau était froide, elle me fouetta le sang et rapidement, mes idées redevinrent limpides.


Après avoir enfilé un gros pull, un pantalon, mes chaussettes et mes bottes, je pris la route, le sac en bandoulière et quelques menues pièces dans la poche. La journée commençait sous un magnifique ciel bleu en ce dernier jour du mois.

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