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Louise - 1944

Chapitre 2

Retour en France

Hétéro

Retour en France... pas par la mer cette fois, mais par les airs, sur un des premiers vols de la TWA. À Paris, je loue une voiture et c’est ensuite le départ pour la Normandie. Mais, arriver « par l’intérieur » cela est bien différent de ma première approche de cette région, et je ne me souviens pas de grand-chose. Je n’ai pas de points de repère, surtout que depuis mon passage il y a eu d’autres bombardements sur la région, et puis, sans doute, on a dû commencer de rebâtir ce qui à l’époque était en ruine... Retour à Sainte-Mère-l’Église, le seul nom propre dont je me souviens. Je sais que je n’en étais pas trop éloigné.


Dans le seul café ouvert sur la grand-place, je tente de me renseigner. Je décris tant bien que mal la ferme, la grande salle où j’étais entré (mais elles doivent toutes se ressembler), j’évoque une certaine Louise...


- Ah oui... il y avait en effet pas loin d’ici une jeune femme qui se prénommait Louise, oui... je m’en souviens... mais elle est morte l’an dernier, emportée par la tuberculose.


Renseignement pris, ce ne peut être « ma » Louise, celle-ci était beaucoup plus âgée. Le patron n’ayant pas d’autres renseignements à me donner, je me tourne vers une table où quatre hommes d’un âge respectable vident leur canon de vin rouge et je renouvelle ma demande.


- Louise... Louise... non... je n’vois personne qui s’prénomme ainsi, dit un premier buveur.

- Mais si, té ! La cadette des B..., la fille à gars Gaston, c’est pas Louise qu’elle s’appelle ?

- Ben... oui ! P’tet ben !

– Et l’aurait quel âge vot’ Louise ?

– Je pense entre 20 et 22 ans.

- Ses ch’veux ?

- Blonds... un blond très clair...

- Oui, pardi ! C’doit être ça... en sortant de Sainte-Mère, en direction de Ravenoville, enfin en direction d’la côte, à environ un kilomètre, z’avez une sente sur vot’ drète. Sur ce ch’min vous avez d’abord une première ferme, abandonnée, qu’n’a point été réparée après les bombardements de 44. Vous suivez core un peu l’chemin puis vous tournez sur vot’ gauche et vous tombez su’ un cailloutis qui mène au lieu dit « La métairie ». C’est là qu’il loge l’Gaston. Et j’suis certain qu’c’est ben sa cadette q’vous cherchez !


J’ai l’impression que je touche au but... je remercie vivement et leur offre une tournée, ce qu’ils acceptent bien volontiers. À condition, bien sûr, de trinquer avec eux. Cela, ce n’était pas prévu dans mes plans... mais je ne me vois pas refuser, alors...

La conversation reprend...


- C’t’une belle fille maint’nant la Louison. Pi, sérieuse ! C’est point elle qu’on voit traîner dans les rues. Toujours avec sa mère, ou alors avec le Gaston. Une bonne famille, des gens sérieux et respectables... mais... c’est ti quoi qu’vous lui voulez à la Louise ? dit un premier buveur.

- Les jeunes, dans l’canton, y z’aiment point trop qu’les filles d’ici elles soient courtisées par des étrangers... renchérit un second...

- Oh vous savez, moi je parle de Louise parce que c’est le seul prénom dont je me souviens, j’ai oublié celui de sa mère, et je n’ai je crois, jamais su celui de son père. Car c’est eux aussi que je viens voir.

- Mais... sans vouloir faire l’indiscret... vous leur voulez quoi à ces gens ?


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Alors je raconte mon histoire...


- Ah ! Ben là, ça change tout ! Si vous étiez là en 44... mais vous parlez bien not langue et même avé vot’ accent, on n’pouvait point s’douter !

- Vous r’prendrez bien un p’tiot canon avé nous !

- Non, non... merci ! C’est bien gentil à vous, mais je n’ai pas trop l’habitude de boire du vin rouge ! Et je veux garder mes idées nettes.

Mais, je vous promets... si vos indications sont bonnes, je reviendrai !


Je leur fais répéter une dernière fois leurs indications, et je les laisse.

Direction la côte, à droite, le chemin à la ferme abandonnée, le cailloutis, à gauche, la métairie... J’y suis presque... mais sur mon chemin, je vois un pré qui m’en rappelle un autre... pourtant, tous les prés, tous les pommiers se ressemblent... Cependant je suis certain que c’est là, là que, pour la première fois, j’ai vu une vache de race normande... et qu’alors je n’étais pas bien loin de la ferme que ceux du café appellent Gaston...

Oui... c’est bien là... la grange au toit détruit a été reconstruite, mais je la reconnais. Et à sa droite, la maison d’habitation. Tout comme il y a cinq ans, de la fumée s’échappe de la cheminée, et un homme franchit le seuil de la maison. Mais cette fois, il ne lève pas les mains. Je sens son visage qui me scrute.

Mais moi je l’ai reconnu avant lui. Il est vrai qu’il a le soleil dans les yeux et que cela doit le gêner. Je fais encore quelques pas vers lui, la main tendue...


- L’a... l’Américain ! Marie ! Viens ! Viens voir qui est d’retour...


À son tour, Marie passe la porte en levant les mains au ciel.


- C’est-y pas possible ! C’est ben vous !


Gaston me donne une affectueuse accolade, et joyeusement j’embrasse Marie sur les deux joues.


- C’est-y quoi qui vous amène ? Mais rentrez, rentrez donc, venez vous poser !


Avec joie, je les suis à l’intérieur, retrouve ma place autour de la même table...


- Eh bien... je crois que j’avais de nouveau envie de goûter à votre cidre...


Marie s’éclipse pour aller au cellier chercher une bouteille fraîche. Elle ouvre le buffet et en sort trois verres. Je souris à ce souvenir. Un souvenir qui doit être présent aussi dans la mémoire de Gaston, car il sourit aussi en me disant  :


- Eh non ! C’te fois, c’est point la Louison qui sort les verres... l’est point là, elle travaille maintenant. À Sainte-Mère, qui devient une ville du souvenir, une ville qui attire beaucoup d’étrangers, elle a trouvé une place de serveuse au restaurant d’la Baie.

- C’est-y pour elle qu’vous r’venez, me demande soudain Marie ?


Cela me fait sourire... elle a senti quelque chose, Marie, sa maman !


- Pour elle... oui, c’est vrai, un peu ! Mais aussi pour vous, car vous êtes les premiers Français qu’alors j’ai rencontrés ! Et puis aussi pour me souvenir, pour revoir cette plage, pour revoir la mer, essayer de retracer le chemin qu’alors j’ai fait. Comme pour me prouver que tout cela a bien existé. Pour oublier aussi un peu, je crois, car ces souvenirs sont trop présents, et je me dis que de revoir tous ces lieux, de vous revoir, cela me fera du bien, m’aidera un peu à oublier !

- Oui, j’comprends ben ! Et faut vous dir’qu’vous êtes pas l’premier à r’venir par là. On en croise souvent, d’anciens G I qui viennent r’trouver leurs souvenirs. Pi même aussi, les parents d’ceux qui n’sont point r’venus. Et ça c’est beaucoup plus triste !


Et puis Marie enchaîne :


- V’savez, not’ Louison... elle parle souvent d’vous ! Elle nous reproche d’pas vous avoir d’mandé une adresse, quequ’chose pour vous r’trouvez !

- C’est qu’on s’est ben renseignés à la mairie, renchérit Gaston, mais pas moyen d’mettre un nom su vous, vous étiez trop nombreux de la 4e division, et pi on n’savait pas trop comment vous décrire ! Avec l’treillis et l’casque, vous vous r’sembliez tous !

- Mais la Louise, vous la verrez t’à l’heure, pasque vous allez prendre la soupe avec nous !

- Louise, elle termine son service à quatre heures, et sur l’coup d’cinq, elle est là ! Et d’ailleurs, faut bien qu’elle m’aide pour la traite du soir !


Gaston nous ressert une grande bolée de cidre. Avec le verre de vin bu à l’auberge et le cidre de Gaston qui est bien fort, je sens une douce torpeur m’envahir. Mais je me sens bien, presque comme chez moi. Ces gens sont vraiment gentils, vivent avec le cœur sur la main, je me sens véritablement adopté, et c’est comme si nous nous connaissions depuis bien longtemps.

Ceci dit, c’est vrai... mais des années se sont écoulées depuis ma première venue ici. Et puis, j’étais resté si peu de temps, et surtout avec bien d’autres choses en tête !


La matinée est déjà bien avancée, et nous passons à table. Un repas tout simple, mais qui a pour moi qui le découvre une saveur encore inconnue. Nous avons tant de choses à nous dire que la conversation ne faiblit jamais. Gaston me raconte la fin de la guerre, ici, la paix et la reconstruction. Et puis tous deux me posent une foule de questions, sur moi, ma vie, mon pays et mes occupations.

À la fin du repas, alors que Marie nous verse un bon café qu’elle vient de moudre elle-même à l’instant, Gaston se lève et sort du buffet une carafe qui contient un liquide d’un brun léger.


- Tiens mon gars ! Tu vas m’goûter ça !

- Gaston !

- Quoi la Marie ?

- Mais Gaston... mais... tu viens d’le tutoyer !

- Oui... et alors  ! I’m’plait bien moi, ct’américain. Et pi... l’a l’âge d’être not’ fils !


Il se tourne alors vers moi.


- Ça t’dérange mon gars si j’te dis tu ? Et pi, c’est quoi ton p’tit nom ?

- Non... non, pas du tout, au contraire  ! J’apprécie beaucoup votre convivialité, votre gentillesse et votre confiance. Alors oui... vous pouvez me tutoyer sans problème. Quant à mon prénom, c’est Robert, mais chez moi tout le monde m’appelle Rob.

- Alors viens trinquer avec moi, Rob ! Tu verras... tu t’y f’ras ben la Marie !


Je reste à table avec Gaston, à siroter son calva ma foi fort agréable à déguster, tandis que Marie débarrasse, fait la vaisselle avant d’aller un peu s’occuper de son jardin... Nous discutons vraiment comme deux vieux amis qui se connaissent depuis longtemps. Gaston qui me parle de ses vaches et de son élevage est aussi très intéressé par mes méthodes de travail, avec un troupeau au moins vingt fois plus important que le sien, sur des pâturages dont l’immensité le laisse rêveur. Nous discutons... jusqu’à ce que, à l’extérieur, une voix fraîche se fasse entendre. Une voix qui involontairement me fait frissonner de tout mon être.


- Maman... c’est à qui cette voiture ?

- Ah, ça ma fille ! Entre ! Tu verras ben !


Louise est sur le seuil de la porte.

Une porte à laquelle je tourne le dos. Et je n’ose pas me retourner.

Sur le carrelage, quelques pas se font entendre...


– You... Its’ you ! I was sure that one day you would come back.


Je me retourne alors, en me levant.


- Tu sais Louise... moi aussi, j’ai bien appris ta langue !


Elle se jette dans mes bras. Comme je suis bien plus grand qu’elle, sa tête est contre mon torse et en me penchant je respire le doux parfum de ses blonds cheveux sur lesquels ma bouche dépose un chaste baiser. Puis la prenant par les épaules je l’écarte de moi pour bien la regarder. Ses cheveux sont aussi blonds que dans ma mémoire, mais elle les a fait couper, et cette coupe « à la garçonne » lui va à ravir. Elle fait ainsi beaucoup plus femme que jeune fille. Je retrouve la beauté gris et bleu de ses prunelles et je trouve ses yeux malicieux et plein du bonheur de vivre.


- Ce que tu es belle Louise ! Encore plus belle que dans mes souvenirs. C’est que tu es une véritable jeune femme maintenant.


Mes compliments l’embarrassent et la font rougir. Elle ne sait que dire et balbutie un vague merci en baissant ses jolis yeux.


- Si Louise... c’est vrai tu sais.


Et je m’approche d’elle et dépose un baiser sur son front. Elle n’en finit pas de rougir et pour cacher son trouble elle se précipite vers l’escalier dont elle monte les marches quatre à quatre pour gagner sa chambre


- J’suis ben certain qu’elle est heureuse d’vous r’voir me dit Gaston.

- Oui, moi aussi ! Elle est vraiment devenue très jolie votre petite Louise !

- Oui... j’crois qu’au village y sont plusieurs à lui tourner autour. Mais j’surveille, même si j’peux pas tout voir. Mais c’est une fille sérieuse not’Louison, j’lui fais confiance. Et pi bon, c’est vrai aussi... elle est majeure maintenant quand même !


Une cavalcade dans l’escalier. C’est Louise qui redescend, vêtue d’une tenue plus adaptée au travail à la ferme.


- Il faut que j’aide, pour la traite. Vous serez encore là, tout à l’heure, que l’on puisse causer un peu tous les deux ?

- Oui, je serai encore là. Mais il va falloir que je fasse un saut au village pour prendre une chambre, car je compte bien rester au moins jusqu’au 6 juin.

- Ah ! Ben ça non alors ! Point question d’prendre une chambre à l’auberge. J’vous garde ici moi, Rob, aussi longtemps qu’vous l’voudrez !

- Rob ? Mais... c’est pas un prénom cela ! En tout cas, pas de chez nous !


Avant de répondre à Louise je remercie Gaston.


- C’est vraiment très gentil à vous, mais je ne veux pas vous gêner, je ne veux pas m’immiscer dans votre vie de famille.

- Non mon gars  ! Tu n’nous déranges point. Y a toujours la chambre de notre aînée qui est libre, tu peux la prendre. Et puis, nous f’sons un peu l’même métier ici et tu pourras m’donner conseil. De toute façon, début juin j’suis ben certain qu’ya plus une chamb’ d’libre à l’auberge. N’es’pas Louison ?

- Oui, en effet, tout est retenu, depuis longtemps déjà.

- Non Louise... Rob ce n’est pas mon prénom, qui est Robert. Ce n’est qu’un diminutif. Mais tu peux l’utiliser toi aussi, sans problème.

- Vous restez alors, c’est bien. Je donnerai un coup de balai dans la chambre après la traite, et je ferai votre lit. Mais, si vous restez là...


En rougissant, elle s’approche de moi.


- Vous venez avec moi, on va rentrer les vaches !

- Louise  ! N’embête pas Rob avec ça voyons !

- Mais non, mais non, pas de problème, cela me fera plaisir, et puis c’est bien de pouvoir se dépenser un peu après être resté tout l’après-midi à table. Juste le temps de passer à la voiture pour enfiler une paire de bottes, et je te suis Louise.


Je rejoins vite Louise et nous partons pour le pré où se trouve son petit troupeau.

Cela me fait en effet du bien de respirer un peu d’air à l’extérieur. Le repas de Marie était vraiment copieux... et Gaston a la main lourde quand il verse la goutte !


- Alors, vous restez quelques jours avec nous ?

- Oui, je veux être là pour l’anniversaire du débarquement, je veux revoir ces endroits découverts sous la mitraille. J’y pense souvent, beaucoup trop, et je pense vraiment que de revoir cela, dans le calme, m’aidera un peu à oublier. Du moins à ne pas y penser si souvent. Et si intensément.

- Je pourrai venir avec vous ?

- Cela te ferait plaisir ?

- Oui, beaucoup... on entend toujours beaucoup parler de tout cela, mais refaire le chemin avec quelqu’un comme vous, qui y était vraiment, cela doit être tout à fait autre chose.

- Alors oui, je t’emmènerai avec moi Louise, je te ferai voir, je te raconterai. Et je répondrai à toutes les questions que tu pourras me poser.

- Oh... merci... merci alors... Rob.


Elle a prononcé mon nom d’une manière particulière, qui me semble toute douce. Mais nous sommes arrivés au pré où, devant la barrière, une douzaine de vaches nous attendent, certaines saluant notre arrivée par de longs meuglements. En connaisseur j’apprécie la tenue du cheptel, des bêtes dans un bel état, aux pis bien gonflés dans l’attente de la traite.


- Mettez vous à droite me dit Louise, qu’elles partent bien tout droit. Moi je vais les pousser.


Une fois prise la bonne direction, nous nous retrouvons tous deux au cul des vaches.


- C’est bien que vous restiez ici quelques jours. Cela me fait très plaisir.


Elle lève vers moi ses jolis yeux pleins d’envies.


- Rob... vous me raconterez, votre pays, comment vous vivez... et puis, les femmes, chez vous... comment elles s’habillent, et tout et tout et tout...

- Oui Louise, promis  : Je te raconterai. Mais, tu sais, tu peux me tutoyer !

- Ah non ! Je crois que cela je n’y arriverai pas. Du moins pas tout de suite.

- Alors je te donne le temps, petite Louison. Mais tu sais, cela me ferait très plaisir que tu me dises « tu ».


Mais nous sommes déjà devant l’étable. Habituées, les vaches prennent d’elles-mêmes leur place, et il n’y a plus qu’à refermer autour de leur cou le collier de mailles de fer. Après avoir regardé Louise faire, je m’occupe moi-même des dernières bêtes de la rangée.


- Ah... vous savez faire cela aussi... c’est bien !

- Oui, je sais faire tout cela, et tu vas voir, je peux aussi beaucoup t’aider.


En effet, tandis que Louise, Marie et Gaston commencent chacun à traire une vache après lui avoir bien nettoyé le pis, je prends à mon tour un tabouret à trois pieds, un seau et me dirige vers la vache suivante. Le bruit des premières giclées de lait qui tombent dans le fond du seau leur indique que je sais aussi traire une vache.

Mais déjà, Marie s’indigne.


- Mais c’est pas un travail pour vous cela, Monsieur Rob ! Laissez, on a l’habitude, on va l’faire nous trois, comme d’habitude. Dis-lui té Gaston, que c’n’est point à lui d’le faire.


Gaston lui ne dit rien. Il est tout content lui, au contraire. Non pas exactement de l’aide que je leur apporte, mais surtout que je le fasse sans que l’on me le demande, que je le fasse de moi-même, comme un bon vrai paysan qui connaît bien la terre et les bêtes.

Quant à moi, cela me fait beaucoup de bien, me rappelant l’époque où l’élevage pour la viande n’était pas devenu l’activité principale du ranch, et que le soir je devais, avec ma maman, aider à la traite. Et puis, il y a si longtemps que je n’avais pas entendu ces bruits si familiers qui ont bercé mon enfance : le léger sifflement du lait qui s’échappe du pis, son bruit beaucoup plus cristallin lorsqu’il vient frapper le fond du seau, ce son qui devient de plus en plus terne en fonction du remplissage du récipient.


- Puisque Monsieur Ro... enfin puisque Rob....


Louise est toute bredouillante, mais mon sourire l’encourage...


- Puisque vous êtes trois pour la traite, je monte... je vais préparer la chambre de... notre invité !


Et Louison s’éclipse en me rendant mon sourire.


Alors que je suis de nouveau dans la grand-salle avec ses parents, Louise se penche par-dessus la rambarde de l’escalier.


- Votre chambre est prête, si vous désirez monter vos affaires...


Je passe par la voiture prendre mon sac et je la rejoins à l’étage.


- Voilà... ce n’est pas grand, vous auriez sans doute eu plus de place à l’auberge, mais vous devriez être bien ici, au calme.


En effet, la chambre n’est pas grande, mais elle me semble cependant très confortable. Le petit lit aux draps bien blancs avec son bel édredon bien gonflé semble accueillant, et Louise a eu le temps de mettre dans un vase, sur la table basse, un magnifique bouquet de fleurs des champs. Par la fenêtre ouverte, au loin, tout là-bas, on aperçoit la mer.


- Parfait, c’est parfait Louise, cette chambre me convient parfaitement.

- La mienne est à côté, me dit-elle... Les parents sont au rez-de-chaussée.


Nous nous retrouvons tous les quatre pour le repas du soir. Lorsque je leur dis que le lendemain je compte me lever tôt pour aller revoir la plage, Louise me demande si elle pourra m’accompagner ;


- Mais, et la traite ? objecte Marie.

- Laisse, dit Gaston. On s’débrouillera ben tous deux !


Louise et Marie partent bientôt se coucher et je me retrouve seul avec Gaston. Nous parlons tout d’abord de choses insignifiantes, puis lorsqu’il a la certitude que Marie est couchée et qu’elle ne peut pas l’entendre...


- Elle semble avoir l’béguin pour té ma Louison !

- Vous avez une bien jolie jeune femme Gaston ! Fraîche et naturelle. C’est un réel bonheur de la voir évoluer ainsi parmi vous. Eh oui, vous avez raison, nous nous entendons bien tous les deux !

- Ce s’rait-y pas pour elle q’t’es r’venu ?

- Oui, j’avoue ! J’avais envie de la revoir, envie de voir comment avait évolué la jeune fille que j’avais connue alors qu’elle n’était encore qu’une enfant.

- T’sais, l’est sérieuse ma fille ! J’pense être ouvert d’esprit et ben lui avoir fait comprend’ c’que c’était qu’la vie, mais... peut pas tout savoir ! À la ville y a ben des jeunes qui tournent autour, mais l’est sérieuse ! Elle s’laisse point compter fleurette par n’import’ qui ma Louise ! J’l’ai jamais vue r’garder un gars comme elle te regarde toi.

Mais, dis-moi mon gars... j’espè q’tu s’ras sérieux avec elle !

- Gaston ! Vous pensez que j’ai traversé l’Atlantique pour venir m’amuser avec votre petite Louise ? Ce ne serait pas sérieux. Et vous devez bien vous douter que chez moi, où les femmes sont beaucoup plus libérées, ce ne sont pas les occasions qui me manquent !

- Vu comme ça ! Oui ! T’as l’air d’un bon gars ! Mais t’sais... moi et la Marie, on n’s’ent mêle pas ! C’telle qui décidera !

- Mais j’espère bien qu’il en sera ainsi. Mais ne vous inquiétez pas Gaston ! Je la respecterai votre petite Louise, et ce n’est pas moi qui la ferai souffrir !


Le lendemain lorsque Louise frappe à ma porte, c’est une agréable odeur de café chaud et de pain grillé qui me réveille. Nous déjeunons tous les quatre puis Marie et Gaston partent pour la traite tandis que je pars avec Louise en direction de la plage où la marée doit maintenant être basse.

Louise qui connaît les environs mieux que personne me fait passer par des chemins inédits par lesquels de partout nous voyons la mer. Une mer toute calme et je suis presque surpris de ne pas la voir couverte de bateaux. Mais non... seules quelques voiles filent sous le vent et il n’y a ce matin pour nous accompagner que le bruit des mouettes rieuses. Le soleil qui se reflète sur les flots mélange ses teintes roses et jaunes, tout est calme et donne un sentiment de bonheur et de paix absolus.

La mer à marée basse se retire très loin et nous marchons tous deux jusqu’à avoir les pieds dans l’eau, avant de nous retourner vers le rivage. Vers ce rivage que, quelques années auparavant, je découvrais sous la mitraille ennemie.

Nous restons silencieux ; l’instant est solennel. Troublé comme rarement, je prends Louise par la main et la serre contre moi.

Je la sens frissonner, pourtant il ne fait pas froid ce matin.


- Louise, Louise....


Elle lève vers moi son beau regard et je lis dans ses yeux en cet instant plus bleus que gris une muette espérance. Lentement, très lentement, nos lèvres se rapprochent les unes des autres.


Main dans la main, nous revenons vers la ferme, car elle doit se préparer pour prendre son service à l’auberge. Je lui propose de l’y conduire en voiture, puis de venir la rechercher le soir, mais elle refuse.


- Non... non merci Rob ! Cela est vraiment gentil de votre part, mais je ne peux accepter. Si l’on me voit, avec vous, votre voiture, on jaserait beaucoup trop dans la ville, et cela me gênerait.

- Oui... je te comprends Louise. Mais... tu sais... je crois qu’il va falloir que les gens s’habituent un peu à nous voir ensemble tous les deux...


Elle ne sait que répondre, mais le sourire qu’elle m’adresse vaut bien mieux qu’un long discours.


Nous ne nous revoyons ensuite que le soir, pour le dîner.

Après le dîner, comme Marie est déjà partie se coucher, je prends Louise par la main et je dis à Gaston  :


- Nous sommes dans la nuit du 5 au 6 juin... Le temps est clair, il fait chaud et c’est la pleine lune. Je crois que je vais passer une partie de la nuit sur la plage. Et, avec votre permission, j’emmène Louise.


Il hoche la tête et regarde sa fille


- Louise... tu en as envie ? 

- Oui... oui papa. Merci de me laisser accompagner Rob.

- Alors, je vous la laisse... car je sais que bientôt elle ne sera plus qu’à vous.


Il vient donner un baiser sur la joue de sa fille, et il me tend la main.


- Allez... soyez heureux mes enfants.


Main dans la main, nous quittons tous les deux la ferme.

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