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La lune bleue

Chapitre 4

Hétéro

Mon bonheur fut de courte durée. Richard appelé par téléphone dut rentrer sans tarder pour régler un problème à La lune bleue. A regret il me confia immédiatement à Pablo, devenu mon nouvel employeur par le contrat dont l’encre n’était pas sèche. Je n’avais pas à m’inquiéter, mon nouveau maître serait comme un père pour moi. Un père incestueux, puisque la porte fermée sur les talons de Richard, Pablo décida de tester mes bonnes dispositions. Aidé d’Ingrid il me remit au lit. A deux ils m’échauffèrent. Je ne voulais pas déplaire et participais de mon mieux. Pour montrer mes talents de comédienne, devant eux je dus me masturber selon leurs indications, à genoux, assise ou couchée, un index devant, l’autre sur la rose, ou des deux mains à la fois sur et dans le sexe. Gênée comme jamais. Devant deux témoins je luttais contre ma honte. Eux se réjouissaient de me voir tourmenter mon clitoris, remuer mes doigts dans ma chatte et écoutaient mes soupirs, le halètement accéléré par la montée en température. Et l’orgasme grondait au bout de mes doigts énervés par la lenteur du phénomène. J’aurais aimé exploser vite et en avoir terminé. Je trempais mon index dans ma salive et grattais les zones érogènes, m’acharnais à titiller le bouton qui gardait l’entrée. Pour m’aider Pablo se mit à me sucer les tétons. Sa participation balaya les scrupules qui bloquaient l’éclosion de ma jouissance. Je me sentais moins coupable parce que ce n’était plus le plaisir solitaire devant des spectateurs. Ensuite j’eus un mal incroyable à parvenir à l’orgasme avec mon vibromasseur et Ingrid dut m’apprendre à l’utiliser. Je ne voyais pas le lien entre cette démonstration et mon art d’effeuilleuse. Pablo vint au devant de mes interrogations muettes. J’étais selon lui une fort jolie créature, je devais être une femme complète, capable de tout faire, avec naturel, rien ne devait limiter mon talent.

Ingrid s’était allongée tête-bêche et s’occupait avec la bouche et les doigts à prolonger mon orgasme. Je lui rendais la politesse en fouillant les lèvres épaisses et congestionnées de sa chatte velue, j’apprenais vite et frottais d’un index vif le clitoris majuscule dégagé par mon pouce et mon majeur. Nos ventres répondaient par de petits bonds à l’excitation, notre mouille facilita les contacts. Je sentis la présence de Pablo dans mon dos. Ingrid tira des mains sur mes fesses. Je n’eus pas le temps de refuser, le gland de l’homme frappait à ma petite porte et s’enfonça dans mon cul en m’arrachant un cri de douleur qui fit rire l’allemande. J’étais prise en sandwich entre elle et Pablo qui en position haute savourait le plaisir d’avoir forcé le passage étroit. Et il se mit en mouvement. Je subissais les derniers outrages dans un désarroi augmenté par la souffrance. J’avais le feu au cul au sens propre. La brute forçait, roulait, pestait qu’il m’élargirait le sens interdit et y aménagerait une confortable salle de réception. Heureusement je ne souffrais pas d’hémorroïdes! Mais j’avais mal. Il me consola en déversant sa liqueur séminale en guise de baume réparateur. Au propre et au figuré, j’en avais plein le cul.

Satisfait le patron nous invita à nous reposer. Il reviendrait nous chercher vers quinze heures pour nous conduire sur le théâtre d’opérations. La discussion fut lente et difficile avec Ingrid. Elle aussi était nouvelle, elle aussi rêvait d’être une vedette de cabaret, elle avait passé les mêmes épreuves que moi avec 24 heures d’avance. C’était une mise à l’épreuve pénible, mais come moi elle s’était soumise aux consignes avec l’espoir de voir sa candidature retenue. Elle me demanda de lire son contrat et de lui en expliquer le contenu. Il ressemblait au mien. Je n’en avais pas reçu de copie, il suffisait d’attendre. Curieusement il n’y était question ni du lieu, ni du nombre d’heures, ni du salaire. C’était un engagement d’un an à sens unique, en qualité d’artiste polyvalente au service de la S.S.V. (société de spectacles de variétés) gérée par monsieur Pablo Suarez. La S.S.V. se réservait le droit de licencier le personnel mais omettait de laisser une possibilité de démission. Lavée, rafraîchie, je m’étonnais et souhaitais avoir signé un contrat plus précis. Je voulais connaître mes cachets, la dénomination exacte de mon emploi et mes différents droits de salariée.

Dans la voiture qui nous conduisait au cabaret j’en parlais à Pablo. Très protecteur il chassa mes doutes. D’ailleurs je pouvais si je le voulais prendre le train du soir et retourner chez moi si je ne lui faisais pas confiance. Venue avec Richard, tous frais payés pour un séjour d’une semaine, je n’avais pas de quoi me payer le billet de retour. Pablo nous fit descendre devant un cabaret, nous le fit visiter: il était en pleins travaux de rénovation et nous devrions attendre deux mois avant la réouverture. Je cherchais en vain un panneau mentionnant la S.S.V. Tout était commandé. Plus loin il prit une place de stationnement et nous fit marcher. Je connaissais cette rue, j’y étais passée avec Richard la veille. Nous entrâmes dans le peep show où les deux filles tournaient hier. Le spectacle attendait des artistes en retard. Pablo nous conduisit dans une loge et nous proposa de tenter un essai au pied levé, pour dépanner le propriétaire. En deux mots il nous expliqua notre rôle: Sur le lit tournant nous faisions connaissance, nous nous dévêtions, nous nous caressions; nous reproduisions le plus lentement possible la scène de lesbiennes vécue dans son appartement. Faire durer, jouer la comédie, jouir ou faire semblant, émettre des sons vrais ou pas pour donner l’illusion de la jouissance. C’était à notre portée, il n’en doutait pas. Une lumière s’éteignait pour signaler la présence de spectateurs derrière les judas. Nous pouvions suspendre nos ébats quand toutes les lampes brillaient. Pour nous décider, il nous remit un beau billet.

Déçue mais rassurée par la coupure, j’acceptai le dépannage. Ingrid, certainement aussi fauchée que moi n’eut pas plus le choix. Au rythme des lumières qui s’éteignaient ou se rallumaient nous avons gagné les applaudissements de notre employeur et du maître des lieux. En attendant la réouverture du cabaret, nous pourrions donner un spectacle quotidien et gagner chaque jour une coquette somme. Le soir nous pourrions également nous produire dans un établissement voisin mais dans des scènes hétéros, avec un ou deux artistes masculins. Nécessité faisant loi, pour passer le temps, pour louer une chambre de bonne dans le quartier et pour me nourrir je fis bonne figure. C’était un déclassement provisoire mais je ne voyais pas d’autre solution. Pablo avait les clés des chambres. A la porte de l’immeuble veillait innocemment un grand noir à l’air féroce. On nous recommanda de ne pas nous éloigner car le quartier n’était pas sûr.

A 20 heures nous avons débuté le spectacle dans l’autre peep. Ici le client était roi. En appuyant sur un bouton numéroté il demandait une fellation ou un cunnilingus, un accouplement simple ou une sodomie, un tableau avec un homme et deux femmes ou une scène avec deux hommes et une femme, une double vaginale, une double rectale ou une combinaison. Evidemment chaque bouton correspondait à un tarif affiché, selon une table de valeur préétablie en fonction du nombre de participants et de la durée de l’exécution. Le cachet me surprenait par sa générosité. J’ai vite pris l’habitude de pratiquer les hommes de la maison. Ils fatiguaient plus vite, se relayaient plus souvent que les filles, nous les usions. Quand ils débandaient, cela se voyait, alors que personne ne se souciait de notre épuisement. Le règlement, respecté, imposait des mesures d’hygiène strictes, comme le port du préservatif. J’ai connu des blancs, des africains, des chinois, des grosses bites, des courtes épaisses, des longues un peu molles, de toutes les tailles, des sucrées ou d‘autres à la saveur âcre. Je me suis fait prendre toutes les ouvertures, j’ai appris à supporter la douleur, la fatigue.

Mais ma cagnotte se remplissait. Hélas, deux jours avant la fin du premier mois, on a cambriolé ma chambre, volé mes économies et je me suis trouvée dans l’impossibilité de payer mon premier loyer! Un collègue de travail voulut bien garder mon pécule. Il disparut avant la fin du deuxième mois, me laissant couverte de dettes. Pablo calma le jeu, m’avança de quoi vivre et payer. Les travaux du cabaret avaient pris du retard, puis la SSV avait dû le revendre pour payer ses factures et je dus comme Ingrid prolonger ma collaboration dans les deux établissements qui nous faisaient la grâce de nous employer. Les candidates se bousculaient au portillon et il fallait avoir l’échine souple pour continuer à travailler.

Au bout de trois mois, dettes enfin remboursées, je me suis retrouvée aussi démunie qu’au premier jour. C’était désespérant. A la première occasion je déserterais et retournerais au salon de coiffure. Mes reins étaient douloureux, je ne prenais plus aucun plaisir à simuler d’impossibles orgasmes, je trouvais mon activité dégradante, j’en avais marre. Tous les jours passer des heures à mignoter une chagatte, sans cesse recommencer à pousser trois phalanges dans la mouille du vagin d’Ingrid ou à la sodomiser avec un godemiché, puis subir à mon tour les mêmes intrusions dans mon corps, cela devenait monotone et ennuyeux à la longue. Nous changions d’établissement et il fallait indéfiniment répéter les gestes de l’amour avec un partenaire, puis avec un autre. Sans amour, sans autre sentiment que la pitié, nous trompions le touriste sexuel en simulant un état de béatitude. Parfois un remplaçant ou une remplaçante éveillait un peu de curiosité: les vagins ou les bites sont tous différents, comme les visages. La nouveauté apportait du piment dans une activité devenue banale et lassante. Seuls les gogos dans les cabines y trouvaient de l’intérêt.

Sans armes ni bagages j’achetais enfin un billet de train. Qui m’accueillerait, qui voudrait encore de moi? Je voulais fuir, retrouver ma liberté. Sur le quai, une grosse main s’abattit sur ma nuque. C’était le gardien de l’immeuble, le grand noir à l’air féroce. Inutile de lui résister, il me tenait fermement et me ramena au bercail, non dans ma chambre mais dans une cave qu’éclairait une lumière blafarde où il m’enferma en me disant que je pouvais crier, personne ne m’entendrait. Vers le soir quatre hommes arrivèrent avec Pablo. Sans interrogatoire, j’ai été condamnée, couchée sur la planche qui devait me servir de lit et violée sous les yeux de Pablo impassible. C’était la punition réservée aux fugitives. Malgré l’habitude prise de rapports prolongés et fréquents, je finis par m’évanouir tellement ces brutes me malmenaient, chacun des quatre se nichant dans un orifice, ou me pinçant, me caressant rudement en attendant son tour. Je sais ce qu‘est une tournante, c‘était pire parce qu‘ils voulaient me faire mal pour me punir. Un seau d’eau froide me ranima. Ils m’appliquèrent une terrible fessée, évitant de marquer mon visage. Je passai d’un genou à l’autre. Mon bourreau m’administrait les coups avec vice: il frappait mon sexe, mon cul, mes cuisses. Quand une main se lassait, l’exécutant me poussait chez le suivant et les claques résonnaient plus fort. Certains pinçaient sadiquement mes « nichons de salope », les giflaient, chatouillaient la plante de mes pieds. Ils m’introduisirent dans le vagin le goulot d’une bouteille de champagne. Je criais de douleur, ils s’en fichaient. Je m’évanouis pour la deuxième fois. Je revins à moi dans le noir, nue, grelottant de froid, la peau couverte de sperme. Je pleurais longuement, m’endormis la faim au ventre, toute endolorie, incapable de localiser la source de ma douleur.

L’ampoule du plafonnier s’alluma. Je vis avec terreur la même escouade précéder Pablo. Celui-ci tenait en laisse un gros chien d’attaque à la mâchoire carrée et baveuse.qui tirait sur son lien pour se jeter sur moi.

-La prochaine fois c’est mon chien qui te sautera si tu t’avises encore de rompre ton contrat. Bon les gars, elle est à vous. Elle ne doit pas manquer de sexe. Aujourd’hui nourrissez la de sperme, elle n’aura pas d’autre repas.

Il me lança une vieille couverture sale, puante, trouée et partit. Le supplice du viol recommença. Ils eurent la bonté de me pincer le nez pour me faire ouvrir la bouche afin d’y projeter à plusieurs reprises ma seule boisson et nourriture, leur sperme. Trois jours de suite j’eus droit aux mêmes soins. On me battait, on attendrissait ma viande, on la chauffait, on la perçait, on la bourrait et on l’abreuvait de foutre. J’avalais au moins pour étancher ma soif. Je n’en connaissais aucun. Rien, ni regard ni pleurs ne pouvait les attendrir ou leur inspirer de la pitié. Ils étaient payés pour me dresser, ils y mettaient tout leur cœur, une hargne incompréhensible pour la femelle livrée à leur bon plaisir. Ils avaient « une putain » gratuite à salir et à humilier, à baiser et à faire souffrir. C’était gratuit et sans risques. La peur du molosse la réduirait au silence. Ils en profitèrent pour se livrer à des essais dictés par leurs fantasmes. Forcer mes fesses, me sodomiser longuement dans toutes les positions, me faire mal, me pousser à demander un répit ou à supplier était leur jeu préféré. La bouche pleine, un pieu enfoncé jusqu’à la garde dans le derrière où il frétillait je sentais une troisième queue entrer dans mon vagin et aller heurter celle qui grouillait dans mon intestin. Le quatrième plaçait sa massue dans ma main serrée dans la sienne et j’avais intérêt à le masturber vigoureusement si je voulais échapper aux pincements ou aux gifles. Le plus sadique m’arrachait un à un des poils. Ce supplice chinois était ce dont j’avais le plus peur.

Pablo réapparut, me demanda si j’avais bien compris la leçon. Je pourrais reprendre ma place au peep show, après une bonne toilette et un bon repas. Il m’offrit une cigarette au goût étrange, m’observa, me mit une cagoule sur la figure et me ramena dans ma chambre où m’attendait la brave Ingrid. Un dernier avertissement conclut la rencontre.

-En cas de récidive tu goûteras à mon chien, il te ramonera les trous et ensuite je t’enfermerai dans une chambre où les clients défileront pour votre plaisir. Tu sauras ce que sont et font les malheureux affamés de sexe. Note qu’après avoir payé un droit d’entrée ils n’auront plus de quoi s’acheter un préservatif. Pense à ta santé et ne bouge pas. Enfin, tu es à l’amende de deux mois de cachets pour les frais engagés à cause de ton escapade. Evite les gares.

Malgré mon désespoir, je me suis remise à jouer des scènes d’amour sur lit tournant. Les curieux, les touristes, les privés d’amour, les hommes en mal de sexe passaient discrètement la porte, payaient, entraient en cabine, se rinçaient l’œil, réclamaient des fantaisies extravagantes, étalaient leurs fantasmes et maculaient la moquette et les sièges de leurs humeurs. J’étais anesthésiée, quasi indifférente à ces regards, quasi insensible aux invasions de ma chatte, et souvent, en souvenir de la cave, j’avalais sans plaisir le jus de corps d’homme. Les acteurs eux-mêmes bénéficiaient de mon indulgence inutile. Il n’était plus question de cabaret. Selon Pablo, je n’avais pas ma place sur une scène, j’étais beaucoup trop vieille, j’avais épaissi à cause de la mal bouffe, il fallait des filles de dix-huit ans, minces, souples, jolies et fraîches. J’avais raté le coche, il ne repasserait plus. Mon sexe lui-même n’était plus de première qualité, à trop l’utiliser je n’avais pas su lui garder la grâce d’un bijou tout neuf. Les encouragements du début au fil du temps tournaient vinaigre et les critiques acerbes remplaçaient les flatteries. Pour oublier je fumais les cigarettes spéciales. Pablo m’en fournissait régulièrement

Je t’avais abandonné depuis six mois. Je regrettais amèrement la vie heureuse à tes côtés. Les souvenirs des moments de tendresse étaient ma seule consolation mais aussi la source de mes pires moments de désespoir. J’avais sottement tout cassé. Tu ne pourrais plus pardonner. Qui pourrait encore vouloir de moi? J’étais un déchet. Les regards sales des spectateurs me salissaient. Je me faisais horreur.

Le pire restait à venir. Pablo jugea que j’avais besoin de vacances, m’emmena en Espagne, prit un ferry. Fatiguée du voyage j’ouvris les yeux dans un port. A Tanger, il me livra à un nouveau patron, je fus mise à l’abattage dans un bordel. A la place de mes collègues de scène des shows parisiens, pendant des heures défilaient des clients auxquels on accordait quelques minutes pour se jeter sur les filles dans des box séparés par des toiles. J’entendais les souffles saccadés des hommes pressés de soulager leurs couilles en quelques minutes. Je n’avais pas le temps de m’apitoyer sur le sort des autres filles ni même sur le mien. Je m’allongeais en slip et soutien-gorge. Le premier client de la journée avait attendu l’ouverture et prenait parfois le temps d’enlever la culotte, rarement la protection des seins: je prétendais que les tétons étaient réservés à mon maître. Certains pour ne pas perdre quelques secondes se contentaient de repousser le tissu sur le côté, avant d’ouvrir ma moule pour y fourrer leur envie congestionnée. Les plus rapides me prenaient, pénétraient entièrement et se lançaient en une course débridée de peur de devoir me quitter sans avoir éjaculé. Parfois le type avait tellement fantasmé avant d’entrer dans la cellule qui venait de se libérer qu’il crachait dès l’entrée de la vulve. Mais il y avait aussi parfois le « peineux »: il entrait après un examen méticuleux de mon bas ventre, voulait voir « comment c’est fait », s’extasiait, demandait que je lui dégage le passage, entrait et se mettait en mouvement, il suait, soufflait, l’eau coulait de son front dans mes yeux, mais il restait bloqué, ça ne voulait pas venir et je devais l’achever à la main sinon il serait parti avec sa charge dans le fusil.

L’un sortait, un autre prenait sa place. Au bout de quelques heures, je n’étais plus capable de les dénombrer. Une queue me quittait, la suivante entrait presque aussitôt et reprenait la cavalcade à peine interrompue. Ils n’avaient pas le temps de fignoler, pressés par le temps et sous la menace d’expulsion par un videur et sous la pression de la longue file d’attente. Quelques habitués savaient soudoyer le personnel de garde soit pour obtenir une ou deux minutes de rab, soit pour choisir une fille. On les retrouvait en début de journée: ils souhaitaient faire l’amour à une fille encore bien consciente. C’était un long défilé de quéquettes à soulager dans la fatale indifférence. Peu de filles, beaucoup d’amateurs, le gérant faisait fortune, procurait le gîte et le couvert, accordait une faible participation aux bénéfices. La « femme libérée » était en réalité devenue une esclave sexuelle du plus bas niveau et travaillait à la chaîne.

En raison de l’épidémie de sida le port du préservatif était heureusement obligatoire. Mais le frottement de la protection se révélait souvent irritant et je dépensais une grande partie de mes gains en achat de baumes adoucissants et de crèmes lubrifiantes. Pour éviter les escarres, je me couchais sur le flanc ou sur le ventre: certains entraient, se couchaient comme moi sur le côté, soulevaient ma jambe, passaient la main pour trouver la faille et m’envoyaient leur missile par derrière, le temps de lâcher la purée, s’essuyaient la bistouquette, disaient merci et au revoir et n’avaient pas vu ma figure. Sur le ventre c’était plus exposé et je me méfiais de ceux qui recherchaient un conduit plus serré et qui m’auraient volontiers prise par le derrière en faisant semblant de se tromper avant de rectifier le tir et de cibler mon vagin. Les adorateurs de la rose ne négligent aucune occasion d’y plonger leur tête chercheuse et sa suite jusqu’aux deux boules. Mais je ne tenais pas à attraper des hémorroïdes externes comme certaines malheureuses putains trop gentilles du bordel.

Or je remarquai un fidèle, il réussissait à me rendre visite une fois par semaine et me traitait avec des égards dont j’avais perdu l’habitude. Il fallait sacrifier à Eros avec lui, il devait graisser la patte aux gardiens, mais il finit par me demander un rendez-vous. Il l’obtint sur un billet que je glissais dans sa main pendant qu’il me besognait avec délicatesse. Ce matin là je faisais des courses. Je ne risquais pas de fuir, je n’avais plus aucun papier, ni carte d‘identité ni passeport. Le récit de ma vie le bouleversa, il proposa de m’aider à m’évader. Au point où j’en étais, je voulus courir cette chance. Je mis ma valise en réparation. La semaine suivante je la repris, trouvai le camion de Gérard. Il m’y cacha, passa la douane en blaguant avec les douaniers comme d’habitude, et me déposa à Séville où il devait livrer avant de retourner de l’autre côté du détroit. C’est un des rares gars bien parmi mes clients.

Il y a donc huit jours j’ai commencé à faire du stop. Les camionneurs espagnols s’arrêtent volontiers. Mais ils ont le sang chaud. Dans quatre cabines différentes j’ai dû accorder l’usage de mes charmes à des hommes mariés que l‘occasion transformait en amants temporaires. Quelques mots dans leur langue suivis de gestes universels faciles à interpréter, caresse des hanches et de la poitrine puis la main entre les cuisses, je cédais par nécessité. Un seul me fit descendre après m’avoir immolée sur sa couchette et m’avoir piqué ma dernière culotte en souvenir de son exploit, les autres me témoignèrent de la reconnaissance. L’habitude des hordes récentes m’a fait supporter comme une bénédiction la relation gentille et unique qui récompensait celui qui voulait bien me transporter. Je leur ai fait plaisir, sans éprouver moi-même une quelconque satisfaction à leur contact. Mon sexe est mort désormais d’avoir trop servi, usé avant l’heure, complètement déformé et insensible. J’ai simulé un plaisir que je ne connaîtrai plus jamais. L’un d’eux, célibataire de notre âge, m’a proposé le mariage! Je lui ai raconté qu’après avoir été volée pendant mes vacances au Maroc, je rejoignais mon mari en France.

Partie sans but précis, mue par le mal du pays, je venais de parler de toi. L’idée de te rendre visite m’est venue alors. Après une étape dans les Pyrénées, j’ai répété à un transporteur espagnol qui se rendait en Allemagne, la même histoire. C’était encore un brave type. Il ne m’a rien demandé, m’a laissé dormir sans me toucher, m’a payé un repas et a fait un détour pour me laisser à proximité hier soir. J’ai dormi dans un fossé. A mon arrivée, tu étais au travail. Je suis allée chez Simone, elle accepte de me reprendre au début du mois prochain, à la place de Ginette partie avec Richard, à la conquête des cabarets de Paris. Devant toi se tient une loque, moralement et physiquement humiliée et détruite. Avant de m’en aller je te demande pardon pour le mal que je t’ai fait.


On sonne, j’ouvre. Claude vient m’alerter. On a vu en ville une personne qui pourrait être ma femme Lulu. Une sorte de fantôme vieilli avant l’âge, toute dépenaillée et traînant une vieille valise. Mon frère me met en garde contre le possible retour de l’infidèle. On ne part pas plus de dix mois sans donner de nouvelles quand on est une honnête femme. Et si je l’avais écouté à l’époque, je l’aurais fichue à la porte.

-Surtout ne te laisse pas embobiner. Enfin elle ne te fera plus honte en allant s’exhiber nue sur une scène: Richard a été arrêté pour proxénétisme et une fermeture administrative frappe «  la lune bleue »

Sa vieille valise à la main, Lulu nous rejoint. Elle s’en va, mon frère a raison, elle doit assumer ses bêtises. Elle a eu tort de venir me saluer.


J’ai demandé à Claude de me laisser régler mes problèmes. J’ai retenu Lulu. Un miracle s’est produit. Nous avons fait l’amour et Lulu à joui. Elle pleure de bonheur dans mes bras. Et ça, c’est formidable.

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