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La madonne des pissotières

Chapitre 1

Lesbienne

Prosternée à plat-ventre dans la nef, les bras en croix, Brigitte commence à souffrir du froid que le dallage de pierre diffuse dans son corps à travers la toile de la longue chemise de lin dont elle est revêtue. Bercée par les voix des moniales qui chantent les litanies des saints, dans un état second elle se laisse submerger par ses souvenirs…


* * *


Elle se revoit arriver, deux ans auparavant – elle n’avait alors que dix-huit ans – dans cette abbaye de l’Est de la France où sa famille, issue de la noblesse provinciale mais désargentée, avait décidé qu’elle passerait le reste de ses jours. François-Marie, son frère aîné, hériterait le domaine familial ; quant à Charles-Antoine, son frère cadet, la seule voie qui s’offrait à lui dans cette France des années 50 était la carrière des armes ; il venait d’intégrer l’école d’officiers de St-Cyr Coëtquidan.


Brigitte n’avait pas vraiment la foi chevillée au corps, mais sa famille de catholiques pratiquants l’avait convaincue que consacrer sa vie à la prière pourrait améliorer le sort du genre humain ; pour elle, ce fut un argument décisif car elle était désireuse d’aider les autres.


Après une période d’essai de quelques mois, la postulante avait été admise au noviciat et, deux ans plus tard, Brigitte venait en ce jour de prononcer ses vœux permanents : pauvreté, chasteté, et obéissance. Chasteté ? Cela allait être difficile, car quelques mois auparavant elle avait été initiée à l’amour lesbien par Charline, une mignonne novice rousse aux yeux verts. À l’âge où le corps est perturbé par les hormones et lorsqu’on vit en communauté, il est difficile de résister à l’appel des sens ! Elle se souvient de cette nuit particulière…


* * *


Alors que les religieuses sont plongées dans le sommeil, Brigitte est tirée de ses rêves par un grattement furtif contre la porte de sa cellule ; elle pense tout d’abord qu’il s’agit d’un rat et tente de se rendormir, mais cette fois-ci c’est une petite voix qui l’interpelle :


— Brigitte, je voudrais te parler ; veux-tu bien me laisser te rejoindre ?


Intriguée, la jeune fille invite sa visiteuse nocturne à entrer ; à la clarté de la lune, elle reconnaît Charline, une postulante tout comme elle.


— Viens t’asseoir sur ma couche, bien chère Charline. Alors, dis-moi quels sont ces tourments qui te tiennent éveillée aussi tardivement.

— Eh bien, c’est difficile à admettre, Brigitte… mais commençons par le début. Voilà : je suis le seul enfant d’un couple. Ma mère m’a eue très tardivement, à presque 40 ans. Elle se croyait stérile car les médecins lui avaient tous dit qu’ils ne pouvaient rien pour elle. Alors, dépitée – et même si elle n’était pas croyante – elle a accompli le pèlerinage de Lourdes et a promis à la Vierge que si elle donnait naissance à un enfant, celui-ci intégrerait les ordres religieux. Et me voici enfermée entre ces murs contre ma volonté…

— Est-ce si désagréable ? Pour ma part, même si ce sont mes parents qui ont décidé de mon avenir, cela me convient car je désire améliorer le sort de l’humanité grâce à mes dévotions et mes prières. N’est-ce pas un sort enviable ?

— Pour toi peut-être, mais pas pour moi. Vois-tu, avant d’être enfermée ici j’avais un petit ami, Pierre. Nous nous rencontrions en cachette, et il me serrait contre lui en me couvrant de baisers. Ah, que c’était agréable… Et puis il me caressait sur tout le corps, même entre les cuisses, et là j’éprouvais un immense plaisir ; mais le plaisir était encore plus grand lorsque Pierre me prodiguait ces caresses avec sa bouche et sa langue. Ah, si tu savais…


Brigitte, que sa famille pudibonde avait toujours tenue dans l’ignorance des choses du sexe, est choquée par ces révélations, mais Charline poursuit :


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— Maintenant que je suis enfermée ici, ces plaisirs me manquent tant… J’ai bien essayé de reproduire moi-même certaines des caresses de Pierre, mais ce n’est pas aussi fort, et je…


Incapable d’en dire plus, elle fond en sanglots. Émue par la détresse de la jeune fille, Brigitte se redresse, entoure ses épaules d’un bras compatissant puis, la bouche contre son oreille, elle tente de l’apaiser par des paroles bienveillantes qui ne font que redoubler l’intensité de ses pleurs. Elle la prend alors entre ses bras et la serre contre sa poitrine ; les soubresauts de Charline se calment et elle se laisse aller, la tête posée sur la poitrine juvénile de Brigitte.


— Alors, Charline, ça va mieux ? Il est calmé, ce gros chagrin ?

— Pas tout à fait, mais le contact de ton corps me fait du bien. Ah, si tu pouvais…

— Si je pouvais quoi ?

— Je n’ose pas te le dire, ma chère Brigitte ; ce sont des pensées inavouables qui viennent de me traverser l’esprit.

— Tu peux tout me dire, tu sais ; je ne m’en offusquerai pas, si cela peut te faire du bien.


La jeune fille hésite un long moment puis se jette à l’eau :


— Eh bien… Non, c’est impossible !

— Allez, laisse-toi aller, Charline…

— Je… j’aimerais savoir si les caresses d’une fille peuvent être aussi agréables que celles d’un garçon.


Brigitte, surprise mais voulant faire plaisir à son amie, se met à lui caresser tendrement le dos.


— Comme ça ?

— C’est agréable… pour un début, lâche-t-elle dans un souffle.


Sous les caresses de la jeune novice, les soupirs de jolie rousse se font de plus en plus langoureux ; elle se laisse aller et appuie sa tête au niveau des cuisses masquées par la fine couverture qui n’atténue que très peu son souffle court, dont Brigitte peut ressentir la chaleur, une chaleur qui s’immisce jusqu’à son bas-ventre qui se met à palpiter. Elle n’a jamais éprouvé ce genre de sensation ; étonnée, elle perçoit une humidité inconnue l’envahir et, curieuse, elle y porte une main : effectivement, elle est mouillée, et son doigt glisse sur un liquide visqueux qui s’écoule de sa vulve. Lorsqu’elle l’amène devant son visage pour tenter de comprendre de quoi il s’agit, une odeur musquée se répand dans sa cellule.


— Charline… je crois que je suis malade.

— Mais non, ce n’est pas une maladie ; cela se produisait lorsque Pierre me caressait, et ça m’arrive encore souvent lorsque je suis excitée.

— Je suis inquiète, Charline ; que faut-il faire ?

— Lorsque cela m’arrive, je me branle.

— C’est quoi, se branler ?

— C’est se caresser soi-même.

— Et ça calme ?

— Oui, mais pas autant que lorsque c’est ton partenaire qui le fait. Veux-tu que j’essaie de te calmer ?


En prononçant ces paroles, Charline glisse son bras sous la couverture et pose sa main sur le ventre brûlant de sa comparse. Doucement, elle fait progresser un doigt inquisiteur jusqu’à la fente entrouverte et commence à le faire aller et venir dans le sillon gluant.


— Aaah… ne peut s’empêcher de gémir la jeune fille. C’est agréable… Tu crois vraiment que ça va me calmer ?

— Laisse-moi faire, Brigitte…



[à suivre]

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