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Mélanie

Chapitre 1

Divers

NEW-YORK, 4 heures du matin.


Melanie court. Cela fait déjà plusieurs miles qu’elle est sur son deuxième souffle, mais elle refuse de ralentir malgré l’excès d’acide lactique qui rend ses muscles douloureux. Elle court. Sa tête dodeline sur ses épaules relevées, son large tee-shirt NYPD trempé de sueur colle à sa poitrine. Sa réserve d’eau dorsale presque vide frotte sur ses omoplates entre lesquelles un filet continu de sueur ruisselle jusqu’à son short noir. Au-delà de la souffrance, elle court. Alors qu’elle remonte Pike Street, une voiture de patrouille de la police lui fait des appels de phares. Des Cops du 9ème District, sûrement ; ils l’ont reconnue : une jeune femme aux cheveux noirs en queue-de-cheval qui fonce seule dans les rues de la Grosse Pomme dans la nuit noire, ce n’est pas commun. Ils lui souhaitent bon courage pour sa vie de merde.


Elle est loin au-delà de l’épuisement en arrivant à son bloc dans la Hooper Street de Brooklyn. Elle consulte son podomètre en entrant dans son appartement : un peu plus de seize miles. Elle songe pour la dixième fois qu’il lui faut acheter une nouvelle paire de runnings, sinon elle va ruiner ses voûtes plantaires et sera incapable de faire la seule chose qui l’empêche de sombrer.


Ah, vraiment ? Hier, sur Williamsburg bridge, tu cherchais quoi ? Tu comptais les bateaux ?


Elle remontait le pont d’ouest en est à longues enjambées qui commençaient à raidir ses mollets torturés, et soudain le trou.


Elle avait repris pied penchée au bord du tablier, l’East River noire roulant de petites crêtes d’écume dans le vent nocturne. Un vieillard en costume gris tout froissé l’avait interpellée d’une voix criarde et angoissée :


— Mademoiselle ! Ho, Mademoiselle ! Je vous en supplie, ne faites pas ça ! Vous êtes si jeune, si jolie, vous ne pouvez pas faire ça : personne ne mérite qu’on meure pour lui.

— Pourquoi dites-vous ça ?

— Mademoiselle, j’en ai vus plusieurs sauter d’ici, et c’était toujours pour des chagrins d’amour.


Melanie était repartie sans répondre ; le vieil homme lui avait sauvé la vie.


Elle se douche à l’eau froide, la seule qu’elle se permet depuis trois mois. Cinglée par la violence du choc thermique, elle retient à grand-peine le gémissement qui monte dans sa gorge, sachant qu’il risque fort de se transformer en cri primal ; en cri de désespoir, en cri de mort. Elle s’habille machinalement, jupe noire, chemisier prune et veste de tailleur noire ; maquillage léger sur son visage trop pâle aux yeux cernés, cheveux noirs en chignon sage : la parfaite petite journaliste.


Dire qu’elle avait galéré quatre ans après son diplôme de fin d’études pour réaliser son rêve, intégrer une école de journaliste puis trouver un travail au New-York Tribune ! Certes, ce n’est pas un travail de rédacteur, pas pour une débutante sans appuis ; pigiste sur plusieurs rubriques, mode, cuisine, loisirs, soccer féminin, faits divers, elle se disperse ou elle apprend diverses facettes du métier. Elle l’envisage de l’une ou l’autre façon selon son humeur du moment.


Là, sans conteste, elle s’en fiche complètement ; elle ne travaille plus que de façon mécanique, sans entrain, sans plaisir. Ses collègues l’évitent, comme si ses malheurs étaient contagieux ; ou lui délivrent des mines apitoyées, ce qui est encore pire. Sa rédac-chef ne sait pas trop comment la remotiver, mais Mel se doute qu’elle va réagir un jour ou l’autre.


A 11 heures, Melanie, douloureusement consciente que même son travail de journaliste a perdu tout attrait alors qu’il représentait tant à ses yeux trois mois plus tôt, passe un coup de téléphone. La sonnerie bipe longtemps et elle va raccrocher en entendant la messagerie prendre le relais, quand après un déclic de prise de ligne une voix de basse lance :


— Chris.

— C’est Melanie.

— Salut, Mel. Tu vas bien ?

— Assez. Je t’appelle pour ce que tu m’as dit la dernière fois.

— Mel, ça fait presque un an ! C’était… pour ton mémoire ?

— Oui. Tu m’avais dit que… tu m’accepterais si je voulais…

— Entrer dans le milieu ?

— Oui.

— Et Dylan est d’accord ?


Mel marque un temps. Il ne sait rien. Il n’a pas appris que son ancien copain d’enfance, celui qui avait voulu devenir flic, celui que la fille qu’ils aimaient tous deux avait choisi, était mort depuis un peu plus de trois mois. Mort en service, lors du braquage d’une superette dans Brooklyn. Une décharge de riot-gun en plein visage. Mort sur le coup, sans souffrir. Et depuis Melanie souffrait pour deux, jour et nuit, son corps et son âme dévorés par un désespoir si profond qu’elle avait fui tout soutien, se repaissant de sa douleur.


— Il est… parti.

— Dylan ? Il t’a abandonnée ? Ce n’est pas possible, il t’aime, Mel ! Il n’a pas pu…

— Arrête, Chris. Tais-toi. Je suis prête à te rejoindre. Quand tu veux, mais pas dans six mois.


Mel avait rédigé un mémoire de fin d’études sur le milieu S.M. de New-York ; pour s’introduire dans ce monde, elle avait contacté son ami d’enfance dont elle connaissait les sombres penchants. Chris l’avait accueillie chez lui, dans son grand appartement de Greenwich Village, en plein Manhattan, et lui avait ouvert les portes les plus hermétiques, celles qui permettaient d’accéder aux plus extrêmes des cercles. Son mémoire, fort bien documenté tout en ménageant l’anonymat des participants, lui avait valu d’obtenir son diplôme de l’école avec les honneurs.


Melanie, depuis son veuvage, a perdu toute appétence et n’aspire plus qu’à l’oubli ; par une manière d’ironie, elle envisage donc de se confier à l’homme dont elle n’a pas voulu quand, à dix-sept ans, elle a choisi celui qui partagerait sa vie. Entre Dylan, le Noir au crâne rasé qui voulait devenir inspecteur à la Criminelle, et Chris, le géant Viking aux longs cheveux blonds frisés, petit génie de l’informatique. Et obsédé de la domination et du contrôle depuis toujours. Melanie reprend :


— Je te rejoins ce soir ou jamais, compris ?

— Du chantage, maintenant ?

— Je mets juste les points sur les i.

— Et Dylan n’en a rien à battre que tu renonces à lui ?

— Ne t’occupe pas de ça, c’est mon affaire. Trouve-moi quelqu’un, c’est tout.

— Tu m’inquiètes, mais c’est ta vie. Tu cherches quoi, exactement ?

— Une immersion totale, et définitive.

— Tu es folle ? Ou alors depuis l’an dernier tu as changé ; tu as vécu une expérience S.M. ? Parce que sinon…


Melanie soupire, si fort que son interlocuteur ne peut l’ignorer. Il s’interrompt et réoriente ses paroles.


— Bon. Je présume que tu es décidée et que tu iras voir quelqu’un d’autre si je t’envoie paître. Tu peux être chez moi à 17 heures ?

— Tu n’as pas changé d’adresse, je présume ?

— C’est toi la journaliste.


Il a raccroché sans attendre de réponse. Mel soupire encore, regarde l’heure : presque midi. Elle n’a pas faim mais se force à sortir manger un sandwich pain de seigle, tomate, mozzarella, basilic. À 14 heures, elle frappe à la porte en verre de sa rédac-chef Angela Stone. Celle-ci, une brune à la coupe au bol, lunettes fumées sur le front et yeux pétillants d’intelligence, lui fait signe de s’asseoir.


— Bonjour, Mel ; ça va ?

— C’est pour ça que je viens. Je… je suis consciente de ce que je rends comme travail actuellement ; je préfère arrêter.

— Mel, c’est « ton » job (elle a accentué le « ton »), ton rêve d’enfance. Et tu es douée, la plus douée des jeunes qui gravitent autour du Tribune. Je sais que c’est très dur, mais ça ne fait que trois mois. Il te faut être patiente, te reconstruire…

— J’ai essayé, Angie, j’ai essayé ; la vérité, c’est que je suis en train de craquer. Je vais quitter New-York, suivre une thérapie ; me ressourcer. Mais il faut que j’arrête. C’est trop dur de vivre dans tous ces endroits où nous avons ri, mangé, couru. Je suis désolée, tu sais, de dire adieu au job de mes rêves.

— Je comprends ; tu veux arrêter tout de suite ?

— Oui, le temps de trier mes papiers, de dire au revoir…

— Ce sera vite fait… Oui, j’ai aussi des yeux pour voir : les gens sont mal à l’aise devant le malheur absolu et ils se comportent comme des cons. J’avertis le service comptable, et… et promets-moi de revenir ici, quand tu sauras que c’est possible ; j’aurai toujours une place pour toi, mais reviens-nous.


Les yeux embrumés, Mel se lève pour saluer sa chef – son ancienne chef maintenant – qui se lève à son tour, contourne le bureau, le visage crispé, pour ouvrir ses bras et enlacer la jeune femme. Un peu gênée par cette démonstration d’affection, Mel reste gauche et raide, ce dont se rend bien compte la rédactrice.


— Melanie, cool ! Je veux que tu prennes soin de toi ; je sais que tu as mal, mais essaie de ne pas faire de connerie. Moi, j’en souffrirais.

— Je crois que vous seriez la seule ; ma famille m’a virée il y a quatre ans parce que je refusais d’épouser le connard de fils de leurs connards d’amis, et nos amis me fuient comme la peste depuis…

— Comme si c’était ta faute, oui. La vérité est qu’ils préfèrent ignorer que la vie est fragile et que le malheur peut les frapper un jour comme tu l’as été.


Mel a hoché la tête en reculant pour quitter la pièce, les yeux humides mais le corps glacé. Elle a rempli les papiers nécessaires pour mettre fin à sa collaboration au Tribune puis est revenue chez elle. Rien ne la retenait plus. Pas d’animal domestique, plus de plante verte. Rien. Les mains dans les poches de son sweat noir, elle quitte son appartement. L’appartement de Dylan.


Quand Chris lui ouvre sa porte, elle est surprise de le voir si agité ; il ne la laisse pas entrer et l’attire à lui malgré sa résistance. Toujours aussi crispée, la jeune femme se retrouve entourée par les bras puissants ; elle pose enfin sa joue contre l’épaule du grand blond alors qu’il murmure à son oreille :


— Oh Mel ! Je suis navré, je ne savais pas, c’est horrible. Jason était un chic type, vous formiez un couple génial. Je ne sais pas comment tu as pu traverser tout ça, mais je peux…

— Non, s’il te plaît, Chris… Ne dis rien, ça va rendre les choses encore plus difficiles pour moi. Et j’ai pas besoin de ça.

— Ecoute, j’ai contacté mes réseaux et je n’ai trouvé personne de dispo actuellement. Je te propose quelque chose de simple : je te garde. Pas comme coloc ou amie, mais comme soumise et servante.


Mel se détache de lui, furieuse ; ils sont toujours dans l’entrebâillement de la porte mais elle s’en fiche.


— Je ne veux pas de ta pitié, ni de ton amour. Je veux disparaître, c’est tout ; je n’ai pas le courage de me suicider, je suis nulle, je trahis Jason…

— Parce que tu crois que Jas aurait voulu que tu meures avec lui ? Tu le connaissais, ton mari, ou tu te fais un roman ? Jas aurait voulu que tu t’accroches, que tu vives, que tu ries à nouveau. En sa mémoire. Je le connaissais depuis plus longtemps que toi, tu le sais. Tu lui fais honte en te complaisant dans le désespoir et l’envie de mort. Tu le trahis maintenant en refusant de comprendre ce qu’il était vraiment. Et tu n’entreras pas chez moi tant que tu ne changeras pas.


Il recule, le regard inflexible, et claque la porte brutalement. Les yeux dans le vague, Mel marche dans Manhattan. Elle ne sait plus rien. Le cerveau en miettes, elle marche.


Chris est resté le front contre la porte, les yeux clos. Il prie ; il ne croit pas en Dieu depuis bien longtemps, mais il prie. Sa décision, prise en un éclair sur une intuition, lui a coûté plus qu’il ne l’admettra jamais. Si elle ne revient pas, s’il l’a poussée à mettre fin à ses jours en lui posant cet ultimatum, il ne le supportera pas. Il l’aime depuis toujours ; il a souffert quand elle a choisi Jason, mais il sait aussi qu’il n’était pas prêt alors. Et maintenant il l’a fichue dehors et il se ronge les sangs ; il prie.


Trois coups à la porte, timides car il les entend à peine alors qu’il est toujours appuyé contre elle. Chris se redresse, son cœur menaçant de rompre. Il lisse sa chemise blanche, passe la main dans ses longs cheveux indisciplinés, respire un grand coup. Il ouvre enfin la porte, l’air sévère.


— Tu n’auras ni pitié, ni amour ; en revanche, tu auras ma protection pleine et entière si tu m’accordes ta confiance. Me l’accordes-tu ?

— Oui Monsieur.

— Bien ; déshabille-toi.

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