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Natasha & Franck

Chapitre 29

Travesti / Trans

Alexandra demanda à Marie de l’accompagner. Une fois à l’extérieur de l’hôpital, elle alluma sa cigarette. Il était encore tôt ; la latitude allongeait la durée de jour et le soleil brillait depuis quelques heures déjà. Alexandra avait hâte de faire l’expérience du jour polaire, mais il faudrait encore continuer vers le Nord. Plus de mille kilomètres, d’après ce qu’elle avait vu. Le groupe devait faire un dernier concert en Norvège à Trondheim le lendemain, mais ça, c’était avant. La tournée était en suspens. Elle pensa que, pour une fois, revenir à une routine serait apaisant. Elle aspira une grande bouffée tout en regardant Marie.


   ─ Je pense que c’est une bonne chose que tu aies demandé cette aide. Même si tu pressens des tensions, ce sera toujours mieux de faire quelque chose que cette attente qui nous engloutit toutes, dit-elle en soufflant la fumée en l’air.


Alexandra s’approcha de Marie, lui fit un grand sourire.


   ─ Embrasse-moi. Tu veux bien ?


Marie sembla plus surprise que gênée. Décontenancée, elle se demanda pourquoi la rousse avait cette requête.


   ─ Parce que j’ai envie d’embrasser Franck. Mais il n’est pas vraiment disponible, et puisque vous vous êtes embrassés, il y a certes longtemps, ce serait un moyen détourné de le faire.

   ─ Mais il ne tardera pas à être sur pieds ; ne t’inquiète pas, Alex !

   ─ Peut-être, mais c’est maintenant que je suis en train de craquer. J’ai peur qu’on ne retrouve pas Natasha. Ou pas à temps.


Marie s’approcha. Elle passa les bras autour du cou d’Alexandra. Elle sentit les lèvres trembler contre les siennes. Elle lui posa une main sur la nuque et attira la tête d’Alexandra contre son épaule. Marie déposa un baiser léger sur le cou incliné de la rousse. Si elle avait été Dracula, elle aurait aimé planter ses canines dans cette peau blanche et délicate. Elle se contenta de lui mordiller le lobe avant de lui susurrer quelques mots au creux de l’oreille :


   ─ Quand nous aurons un peu de répit et surtout plus d’intimité, je te promets que je ferai plus que t’embrasser… et puisque j’en suis aux promesses, je te promets aussi qu’on retrouvera Natasha.


Marie serra Alexandra très fort contre elle, l’embrassa tout aussi fermement. Elle la caressa, la réconforta d’une main énergique passée dans le dos. Elle entendit un court sanglot, puis un reniflement signala qu’Alexandra se reprenait. La rousse reprit une taffe pour s’aider à refouler ses larmes. A l’Ouest, des nuages s’étalaient sur l’horizon. Bergen retrouverait sous peu sa météo habituelle.


   ─ On y retourne ?


Arrivées devant la porte de la chambre, un cri retentit dans le couloir. Un cri aigu que les oreilles détestent. Quelques infirmières se précipitèrent hors des chambres.


Le cri ? Un long « i », suivi d’un « il y a un corps calciné là ! » Pour Alexandra, cela ressemblait trop à la zizanie semée la veille. Quelque chose lui disait que Valérie ne pouvait qu’être, de près ou de loin, liée aux cris entendus. Il y avait même une grande chance pour que ce soit de près. Elle glissa dans son petit sac à dos les vêtements tombés au sol quand la deuxième rousse s’était dématérialisée : intuition féminine. Accompagnée de Marie, elle partit à la recherche d’informations.


Elles se retrouvèrent rapidement devant la porte de la pièce où l’aide-soignante avait un peu poussé sur les décibels en apercevant le corps. Alexandra jugea que si Valérie était à l’intérieur, c’était à elle d’y entrer : Marie serait peut-être moins bien reçue.


Alexandra jeta un œil dans le cagibi où tout semblait calme, comme coupé du reste du monde. Il ne tarderait pas à y avoir plus de monde regroupé autour d’elles. Il y aurait certainement des vigiles pour éloigner les curieux de tout danger potentiel.


   ─ Occupe-toi de l’aide-soignante, souffla Alexandra.


Marie s’interposa entre la jeune femme apeurée et la porte qu’elle venait de refermer, comme si masquer l’objet de son angoisse pouvait l’aider à se calmer. Alexandra en profita pour se glisser à l’intérieur. Dans quelques minutes, quelques secondes peut-être même, ce serait trop tard.


Elle était entrée. Elle aperçut le corps allongé et reconnut aussitôt Valérie. Pas que son visage soit reconnaissable, mais cette matière étrange et sombre qui semblait couvrir le corps, elle l’avait déjà vue quand la créature s’était emparée de l’infirmière. Elle avait beau ne pas savoir ce qu’était réellement Valérie, il n’en restait pas moins qu’elle avait pris des risques pour retrouver Natasha, et elle ne pouvait pas la laisser ainsi à la merci de tous.


Elle posa la main sur l’épaule de la jeune femme allongée. Elle s’attendait à voir ses doigts s’enfoncer dans la masse noirâtre mais fut étonnée de constater que la consistance avait sensiblement celle d’un corps.


   ─ Valérie, tu m’entends ?

   ─ Honnn.

   ─ Que s’est-il passé ?

   ─ Décharge… électrique.

   ─ Merde ! On avait bien besoin de ça… marmonna Alexandra. Il faut que tu reprennes forme humaine, c’est urgent.

   ─ Pas possible… pas assez de force.

   ─ Tu n’as pas le choix : une femme a rameuté tout l’hôpital en te trouvant. Il faut que tu m’aides à te sortir de là, dit-elle en fouillant dans son sac.

   ─ Peux pas… désolée.

   ─ Puise au plus profond de toi. Franck s’en voudra s’il t’arrive quelque chose, et on n’a pas vraiment besoin de ça pour le moment.

   ─ Tu dis ça… pour me faire croire… pour que je puise encore un peu d’énergie, mais…

   ─ Oui, je te fais croire qu’il culpabilisera ; je sais que tu puises ta force de ça et que je n’ai pas d’autre choix, parce que ça urge, là ! Concentre-toi sur ton visage.


Valérie ébaucha un sourire. Alexandra pouvait entendre des voix venant du couloir : Marie tentait de temporiser avec les personnes qui venaient d’arriver. Alors qu’elle parlait couramment le norvégien, elle utilisait l’anglais pour ralentir la conversation, bafouillait comme le touriste français moyen. Le visage de Valérie prenait un aspect déjà moins inquiétant.


   ─ Laisse-moi faire. J’ai une petite idée pour leur faire croire que la femme qui t’a trouvée a mal interprété ta peau noircie.


Valérie ouvrit sa boîte de crème pour la peau, retourna le couvercle et y déposa plusieurs allumettes qu’elle enflamma. Pendant que les tiges de bois se consumaient, elle maquilla outrageusement Valérie, cernant ses yeux de noir.


   ─ Ferme les yeux ! N’y vois rien de personnel dans ce que je vais faire…


Alexandra cracha sur les yeux de Valérie, frotta ses doigts sur ce mélange incongru et l’étala sur le visage de Valérie. Elle ajouta une petite poignée d’allumettes dans le couvercle puis remit une couche de fard autour des yeux, cracha une nouvelle fois.


   ─ Vas-y cette fois, étale-le et n’hésite pas à t’en mettre plein les doigts.


Alexandra prit un peu de crème sur le bout de ses doigts et écrasa les allumettes carbonisées. Elle posa les doigts sur le cou de la femme toujours allongée et y dessina de longues traces.


   ─ Tiens, prends tes fringues, ça évitera d’avoir à en mettre partout.


Quelqu’un frappa à la porte, vraisemblablement quelqu’un qui n’avait plus envie de perdre du temps avec une touriste française.


   ─ Tout va bien, ne vous inquiétez pas !

   ─ On dirait qu’il était temps, murmura Valérie en s’habillant.


Alexandra rangea tout son matériel dans le sac à dos, espérant que l’odeur de soufre des allumettes se dissiperait suffisamment vite et que, dans la confusion, personne ne la remarquerait.


   ─ Prête à marcher jusqu’à la chambre ?

   ─ Si tu me soutiens un peu…


Valérie passa un bras sur les épaules d’Alexandra. Il fallait donner l’illusion. Si un médecin voulait lui faire passer des examens pour s’assurer que tout allait bien, elles ne seraient pas au bout de leurs peines. Valérie avait juste craqué nerveusement, s’était réfugiée dans le cagibi pour y pleurer tout son saoul sans perturber ses amies déjà bien secouées par les épreuves ; telle était la version qu’il fallait donner. Alexandra saisit Valérie par la taille, l’encouragea à pleurnicher sans en faire trop puis ouvrit la porte.


Tout le monde s’écarta pour laisser sortir le duo de rousses. La version des faits fut vite donnée et l’aide-soignante se fit remonter les bretelles pour avoir affolé l’hôpital pour rien. Alexandra s’en voulut, mais elle n’avait pas vraiment eu le choix.


Parvenues dans la chambre, les deux rousses soufflèrent. Valérie s’affala sur un fauteuil. Son regard était déjà naturellement dur, mais avec le maquillage noir autour, il l’était encore plus. Personne ne voulait vraiment soutenir ce regard. Heureusement, Valérie avait besoin de repos et ferma rapidement les yeux. Il ne restait plus qu’à attendre l’arrivée de la cavalerie.


Et elle arriva, deux heures plus tard, lorsque tout le monde était tombé dans les bras de Morphée. Marie, Sigrid et Kristina étaient celles qui avaient cependant le sommeil le plus léger. La sonnerie d’X-files réveilla Marie.


   ─ C’est Svetlana ; j’arrive à l’accueil.

   ─ Très bien, je descends vous chercher.


Svetlana ressemblait à son prénom. Grande blonde athlétique, elle avait dû suivre un entraînement à toute épreuve dans sa Russie natale ; bref, elle était le cliché de l’espionne russe tout droit sortie d’un épisode de James Bond. Sauf que Svetlana était Franco-Bulgare. Son père, Radko, avait quitté les Balkans, fuyant un pays miné par la mafia et la corruption. Il avait fait une partie du chemin en compagnie d’un Tchèque, Pavel Leskanitch, qui s’était établi dans la campagne, entre Berry et Gâtinais.


Radko, lui, s’était installé dans la ceinture rouge de Paris. Il y avait rencontré Helena qui militait pour le Parti Communiste Français. Ils eurent trois enfants. Svetlana était l’aînée ; deux ans plus tard un petit Boris naquit, et il fallut encore huit ans pour que la petite dernière, Iskra, pointe son nez. Puis, quand le charme de sa tendre épouse s’envola dans les volutes de fumée des Gauloises qu’elle fumait sans discontinuer, il la quitta sans crier gare sur un quai de gare enfumé. Elle partait se mettre au vert après sa première séance de chimiothérapie et broya du noir durant tout son séjour. Séisme chez les rouges ; elle en rit jaune. Après une nuit blanche, elle tira le rideau, au bout du rouleau, au bout d’une corde.


Svetlana n’allait pas tarder à avoir seize ans ; en guise de cadeau, elle se vit confier par son paternel le rôle de mère de substitution. Son frère arrivant dans l’âge ingrat adopta la vision de son père. Il mena la vie dure à sa sœur aînée qui entreprit de s’endurcir pour riposter aux provocations de Boris.


Radko avait quasiment déserté l’appartement familial pour s’intéresser de plus près à l’entrecuisse de Solène, une étudiante dont le père lui louait un appartement près de la fac. Il ignorait que dans le petit nid douillet qu’il offrait à sa fille pour qu’elle puisse étudier en toute sérénité – et devenir par là-même une sommité qui dilaterait plus tard son orgueil de bourgeois – elle y entretenait une de ces vermines communistes. Dans ce con de fille de notable, il crachait son foutre comme s’il crachait à la gueule même des capitalistes.


Svetlana tenait bon pour le bien de sa petite sœur. Elle menait de front entraînement sportif, études informatiques et vie de mère bis. Quand il fut évident que Boris ne parviendrait pas à prendre le dessus sur sa sœur aînée, elle put l’obliger à prendre sa part dans l’organisation de la vie de la fratrie. Elle libéra ainsi du temps qu’elle consacra à parfaire son entraînement et sportif, et informatique. Bilingue de naissance, elle enchaîna l’apprentissage de nombreuses autres langues.


Quand Solène en eut assez de jouer avec son prolétaire, Radko, la mine déconfite, revint au domicile. Svetlana lui confia donc le soin de s’occuper enfin de ses enfants et elle disparut de la circulation, au grand dam de sa petite sœur. Parfois elle recevait une carte d’un pays lointain dont elle entendait parler lors des journaux télévisés. Elle recevait aussi, quoique plus rarement, des colis, notamment pour Noël ou son anniversaire. Devenue indépendante, Iskra eut la visite inopinée de sa grande sœur qu’elle faillit ne pas reconnaitre, tant elle cachait sa véritable identité. Elle lui narra un événement qu’Iskra ne lui avait jamais raconté, lui faisant ainsi comprendre qu’elle n’était pas toujours loin. Ne pas pouvoir profiter de cette proximité l’attrista autant que la savoir finalement plus souvent dans son entourage l’emplissait de joie. Elles se revirent à deux ou trois occasions, toujours à l’improviste, et toujours en coup de vent. Puis encore une fois – et cette fois-ci elles eurent le temps de passer une soirée ensemble – elles dînèrent dans un restaurant qui ne payait pas de mine, mais pourtant excellent. Svetlana approchait de la quarantaine et était plus sereine. Elle fit comprendre à sa sœur que sa situation évoluait : on aurait de moins en moins besoin d’elle sur des opérations délicates et elle espérait avoir ainsi plus de temps pour sa chère petite sœur.


Elle allait s’installer en Norvège où elle travaillerait en relation avec l’ambassade de France. Bien sûr, si une mission périlleuse nécessitait son savoir-faire, elle serait rappelée pour l’occasion, mais son expertise devenait trop précieuse pour être mise en danger sur le terrain où des plus jeunes pouvaient la remplacer. Elle encadrerait ces nouvelles recrues et les ferait profiter de ses talents, tout comme elle avait bénéficié des talents de ses aînés lorsqu’elle avait débuté.


   ─ Voilà, en résumé, mon histoire. Cela fait environ deux ans que je vis en Norvège.

   ─ Impressionnant, je dois avouer.

   ─ Marie, ce n’est pas pour vous impressionner que je vous ai révélé cela, mais pour établir une confiance, répondit Svetlana en finissant son café. D’après ce que vous m’avez raconté, vous avez besoin d’être rassurée, d’être tous rassurés.

   ─ OK. Je vous offre un autre café ? De toute manière, nous en avons deux sur le carreau et nous devons attendre leur réveil avant de pouvoir agir concrètement.

   ─ Va pour une autre tasse !


Marie et Svetlana enchaînaient les cafés ; Svetlana pianotait sur son ordinateur portable tout en discutant avec Marie. Elle lui posait des questions sur les événements qui avaient précédé la disparition, parfois de différentes façons, comme si elle cherchait à piéger Marie. À moins qu’en changeant de formulation, elle espérait obtenir un détail qu’elle ne se remémorait pas. Cependant, Marie se garda bien de parler des capacités de Valérie. Était-ce par méfiance ou pour ne pas exposer la convalescente ? Après tout, il s’était passé quelque chose qui avait perturbé Valérie, et peut-être avait-elle perdu ses étranges dons. Il serait toujours temps d’en faire part, si cela était nécessaire. Elle omit également de parler de la cause supposée du malaise de Natasha. Il ne fut simplement question que de sa défaillance, comme un simple coup de fatigue.


Alexandra, tasse à la main, tira une chaise et s’installa à côté de Marie. Elle se présenta à la nouvelle arrivée, s’excusa de sa mine fatiguée. Elle avait tenté de se reposer un peu, mais le sommeil ne venait pas.


   ─ Valérie a griffonné ceci avant de s’endormir. Un identifiant et un mot de passe qu’elle a obtenus auprès d’une infirmière. Elle voulait rechercher le dossier médical de Natasha, mais ne connaissant pas la langue, elle a fini par renoncer.

   ─ Génial ! Je ne veux même pas savoir comment elle les a obtenus, mais cela va me simplifier la tache. Bien vu !

   ─ Oh, elle s’est juste servi de sa langue…


Svetlana inclina la tête, regarda la rousse en soulevant dubitativement un sourcil, cherchant à déceler si son interlocutrice avait bien voulu dire ce que sa phrase sous-entendait. Mais la fatigue aida la guitariste à garder un visage neutre, laissant planer le doute sur sa réponse.


   ─ Bien ! J’avais songé à chercher des éléments compromettants concernant le directeur de l’hôpital ou l’un de ses éminents professeurs afin de faire pression lorsque je lui aurais demandé de nous fournir le dossier, assorti de quelques explications, et qu’il n’aurait pas manqué de s’y opposer en invoquant le secret médical. Mais là, on va pouvoir directement se passer le lui.


Svetlana prit son téléphone et pianota.


   ─ Salut, Siv. J’ai besoin de tes services. Il me faut un numéro de portable, et si possible sa localisation. Non, ce n’est pas une mission officielle ; pas encore, tout du moins. Juste une recherche sur un type au comportement suspect.

   ─ Comment s’appelle le médecin qui s’est occupé de votre amie ?


Alexandra lui tendit un petit morceau de papier où elle avait noté le nom. Elle n’était pas sûre du tout de pouvoir se souvenir correctement d’un nom norvégien. Dehors, les nuages avaient encore gagné du terrain. Le soleil lançait ses dernières offensives, et ses rayons obliques s’infiltraient dans les dernières trouées d’un ciel devenu bien bas. Si la pluie revenait laver la ville de ses ondées océaniques, ce pouvait être le signe que tout finirait par rentrer dans l’ordre.


   ─ Gjurd Sandvik… Non, cette fois, tu as le temps de faire ta recherche : je n’en ai pas besoin dans les cinq minutes qui suivent. Salut, ma belle, j’attends ton coup de fil…

   ─ Un autre café ?

   ─ Volontiers ! J’en aurai bien besoin pour plonger au cœur de l’hôpital, répondit-elle en désignant l’ordinateur d’un mouvement de tête.

   ─ Nous allons donc vous laisser chercher tranquillement. Nous allons voir où en sont nos deux marmottes.

   ─ D’accord. Je vous envoie un message si j’ai quelque chose ou si j’ai besoin d’un renseignement.


Arrivées dans la chambre, elles proposèrent à Sigrid et Kristina d’aller se dégourdir les jambes. Elles prendraient la relève auprès de Valérie et Franck qui dormaient encore comme des loirs.


Dès que la porte fut refermée, Alexandra enlaça Marie. Elle l’embrassa comme si elle voulait la dévorer. Un impérieux besoin de sexe, un sursaut de vie dans cette grisaille de mauvaises nouvelles. Les langues se lièrent. Alexandra agrippa les fesses de Marie et la plaqua contre elle comme pour s’assurer qu’elle ne fuirait pas. Elle laissa juste assez d’espace pour que Marie puisse glisser une main qui se referma sur sa verge. La main eut cependant du mal à coulisser le long de la hampe. Les préliminaires ne s’éterniseraient pas ; il y avait quelque chose de volcanique dans leur envie.


Marie se pencha sur le lit. Alexandra lui releva la jupe jusqu’à la taille, s’accroupit derrière elle. Elle admira cette belle dentelle blanche qui masquait encore le coquillage qu’elle s’apprêtait à savourer. Elle fourra son nez entre les deux globes, colla sa langue sur le tissu. Ses mains caressèrent les fesses douces et légèrement hâlées de Marie qui n’en pouvait déjà plus d’attendre. Alexandra, en grande vicieuse qu’elle était, prit un malin plaisir à faire durer le supplice. Une main glissa le long d’une cuisse tandis que l’autre franchit l’entrejambe et vint frotter la motte à travers la dentelle. Marie se frottait d’impatience contre le visage d’Alexandra.


   ─ Dépêche-toi ! Si Svetlana trouve quelque chose, je ne voudrais pas être obligée de retourner auprès d’elle sans avoir eut le temps de jouir.

   ─ Tu marques un point.


Alexandra fit descendre le shorty aussi lentement que sa propre urgence le lui permettait. Au fur et à mesure du glissement, elle caressait du bout la langue la peau fraîchement découverte, puis un doigt s’immisça entre les lèvres, entamant un mouvement de balancier, tel un pendule de Newton. Prise de court par cette soudaine attaque, Marie serra dans ses poings la couverture que Franck avait repoussée en une boule difforme. L’odeur de ce con suintant emplissait les fosses nasales de la rousse, si bien qu’elle sentit poindre une furieuse envie de le déguster.


Elle débarrassa illico Marie de son sous-vêtement, tout d’un coup devenu gênant. Marie s’allongea sur le dos et Alexandra plongea sa langue entre ces lèvres qu’elle convoitait depuis leur premier baiser. Elle lapait comme un animal sauvage se désaltérant au bord d’une mare, observant les réactions de son amante.


Momentanément rassasiée de ces sucs, la transsexuelle à la chevelure incandescente avait maintenant le clitoris en ligne de mire. Le nez dans la toison pubienne élégamment taillée, elle secouait la clochette de la pointe de la langue. Marie serra les poings et s’en mordit un pour ne pas crier son plaisir ; le risque d’être entendue depuis le couloir en augmentait l’intensité.


Alexandra se releva et sortit sa verge qui n’en pouvait plus d’être à l’étroit. Elle frotta le gland contre la vulve humide de plaisir. Elle fit ensuite coulisser la hampe le long des lèvres, et une fois son membre bien lubrifié, elle s’enfonça lentement dans l’abricot juteux. Elle se baissa pour embrasser Marie. Toutes deux apprécièrent le contact mutuel de leurs seins. Alexandra se contenta, pour l’instant, de légers mouvements de bassin. Elles se regardaient dans les yeux, s’embrassaient avec passion, se souriaient.


   ─ C’est une première pour moi. J’adore sentir tes seins contre les miens et en même temps ta queue, une vraie queue. J’en ai des frissons tellement j’aime ça.


Alexandra accéléra la cadence de ses va-et-vient ; les jambes de son amante lui ceignirent la taille. Les bouches restèrent soudées encore un peu, le temps que la chevauchée s’emballe. Marie n’avait pas perdu son langage fleuri et, suivant la courbe de son plaisir, un flot de phrases salaces se déversa dans la chambre.


   ─ Vas-y, décalamine-moi la chaudière ! Ah, putain, que ça fait du bien une bonne queue… Viens, prends-moi dans le fion, je veux te sentir éjaculer dans ma tuyauterie !


Alexandra se fit un devoir de répondre aux prières pas très catholiques de Marie. Elle glissa deux doigts dans sa bouche, les enduisant de salive, puis elle les introduisit dans le rectum de la jeune femme, n’y trouvant aucune résistance. Elle pensa qu’avec plus de temps elle aurait aimé ajouter sa main au palmarès de celles qui avaient déjà franchi la passe. Une autre fois…


Elle donna un coup de bassin et sa verge entra toute entière dans le cul de Marie. Quel bonheur ! Un confort cinq étoiles. Il s’agissait maintenant de trouver le rythme adéquat : pas trop lent pour ne pas être interrompues en plein coït, ni trop rapide pour ne pas gâcher cet instant semblable à la découverte d’une île vierge dans la chaleur humide des tropiques. Alexandra sourit en songeant qu’en l’occurrence, il ne devait bien n’y avoir que l’île pour être vierge, et qu’en guise de pluie tropicale elle avait droit aux premières gouttes venant heurter les vitres de la chambre.


Alexandra alternait va-et-vient rapides et pénétrations plus lentes. Elle se coucha sur Marie qui passa ses bras autour de son buste, écrasant leur poitrine l’une contre l’autre. Elles s’embrassèrent à pleine bouche.


   ─ Vas-y, pilonne-moi la chocolaterie !


Excitée par les mots crus de Marie, Alexandra s’activa à satisfaire son amante. Dans la véhémence de ses poussées, le lit bougea et la rousse songea qu’en d’autres circonstances Franck se serait certainement réveillé à cette occasion. Il se serait levé, enjoué du spectacle qu’il aurait sous les yeux, se glisserait derrière elle pour la faire profiter de sa gaule matinale. L’idée était trop excitante pour qu’elle puisse résister ; Alexandra éjacula dans un ultime et puissant soubresaut. Elle s’affala sur la jeune femme qui passait une main dans sa chevelure enflammée.


   ─ Tu sais à quoi je pense ?

   ─ Que tu aimerais faire un truc à trois.

   ─ Comment as-tu deviné ? demanda Marie.

   ─ J’imaginais la même chose, qu’il venait me prendre pendant que je te faisais l’amour.

   ─ J’ai eu la sensation que tu éjaculais pour deux ; c’est donc pour ça ! Crois-tu qu’il sera d’accord ?

   ─ Non, je ne crois pas, répondit Alexandra en éclatant de rire. J’en suis absolument sûre !


Le générique d’X-files retentit dans la chambre. Marie s’étira pour attraper son téléphone tout en gardant Alexandra en elle.


   ─ J’ai enfin trouvé quelque chose, dit brièvement Svetlana.

   ─ Nous arrivons.


Marie embrassa encore une fois Alexandra. Elles s’accordèrent quelques secondes de tendresse supplémentaires.


   ─ C’est à grand regret que je suis obligée de t’expulser.

   ─ Tourne-toi, que je te nettoie de ma langue.


Marie s’installa à plat-ventre sur le lit et planta ses coudes dans le matelas. La tête posée sur les mains, elle souriait. L’averse était passée ; les nuages se déchiraient déjà, laissant apercevoir de grands trous bleus.


   ─ Quand je te demandais si Franck serait d’accord, je ne parlais pas d’ébats à trois. Penses-tu qu’il accepterait que je participe ? Après tout, il pourrait ne plus vouloir de moi.

   ─ Excuse-moi pour ma méprise. Je pense que, malgré tout, ça ne change rien à ma réponse. À la seule nuance qu’il ne voudra pas que Roxanne puisse se douter de quelque chose. Il faudra donc attendre l’instant propice.


Alexandra replongea entre les fesses de Marie, lui nettoya la raie en profondeur et avec délectation. Elles étaient partagées entre l’envie de savoir ce que Svetlana avait trouvé et celle de rester ici et profiter de ce moment. Le sourire grandit encore sur les lèvres de Marie.


   ─ Laisse-moi également nettoyer ton bel instrument qui me joue une si sensuelle musique.


Marie s’accroupit, jouant avec la verge ramollie de sa langue experte. Elle veilla cependant à ne pas redresser l’organe : ce serait pour une autre fois, lorsqu’elles auraient plus de temps à partager. Elle jeta un coup d’œil par la fenêtre.


   ─ Il y a longtemps que je n’avais pas vu un si joli bleu dans le ciel.

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