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Le papa de ma soeur

Chapitre 1

Moments douloureux

Inceste

— Marianne ! Bon sang, Marianne, où es-tu passée ?

— Qu’est-ce que tu as à crier comme ça ?

— Marianne, enfin te voilà… pourquoi ne me répondais-tu pas ?

— Papa… je ne suis pas maman…

— Quoi ? Si tu n’es pas Marianne qui es-tu ? Et qu’est-ce que tu fais ici ? Où sommes-nous d’abord ?

— Tu es chez moi papa… fais un effort ! Essaie de te souvenir.

— Qui… qui es-tu ? Qu’est-ce que tu as fait à Marianne ? Je veux Marianne !

— Papa… s’il te plait ! Essaie de te souvenir… nous sommes en deux mille vingt… maman nous a quittés depuis quinze ans déjà…

— Quitté ? Mais qui va s’occuper de Monette ? Où est-elle ? Monette. Qui vous êtes-vous ? Marianne vient vite, une étrangère est rentrée dans notre maison… Marianne…

— Papa ! Je t’en supplie, je suis fatiguée ! Je ne suis pas maman. Je ne peux pas te courir après tout le temps comme ça. Dès que j’ai le dos tourné… tu deviens impossible.


J’ai presque des larmes dans les yeux. Il est là, devant moi, en pyjama. Il ne sait même plus qui je suis. J’ai beau me dire que c’est pas vraiment de sa faute, que son cerveau n’est plus connecté au temps présent. Rien à faire, je passe par des moments de plus en plus compliqués. Quinze années que maman est morte, une saloperie de cancer… du sein, même ça, il l’a oublié. Nous avons souffert en silence, tous les trois. La vie n’a plus jamais eu la même saveur depuis ce moment-là.


Pour elle aussi j’ai eu la faiblesse de croire que c’était mieux… son départ. Elle a tellement souffert. Je suis une mauvaise fille ? Parce qu’il est des instants tel celui que je vis là… où je me dis que… s’il partait… la vie serait plus belle. Et les pleurs sont là qui submergent mon visage blême. Je ne dois pas, plus être humaine pour penser ce genre d’horreur ? Il n’est pas malheureux lui.


Son esprit s’obscurcit de jour en jour, il vit dans un autre monde. Ce qui me fait le plus mal c’est que je n’y ai pas vraiment une petite place. Et puis je n’arrive plus seulement à aller en course tant j’ai peur. La semaine dernière en quelques secondes il avait filé. Parti vers l’école toute proche et dans chaque gamine qui sortait de la cour, il cherchait Babeth. C’est bien un des rares moments où ses souvenirs lui font se rappeler qu’il a deux filles.


— Vient papa ! Je vais te préparer un chocolat ! Tu veux bien ?

— Non ! Je veux que tu cherches Monette. Elle doit encore se cacher par là…


Il me montre quoi ? Le vide qui m’entoure, celui que son esprit remplit avec des choses qui n’existent plus. Un univers de fantômes revenus d’un passé que sa mémoire restitue à l’instant où il y pense. Il lui arrive de se lever au milieu de la nuit, de s’habiller, de fouiller partout pour tenter de trouver sa gamelle. Il veut aller à son travail. Lui qui est en retraite depuis… vingt-trois ans… Nous vivons enfermés et s’il ne sait plus rien de ce présent dans lequel je vis, lui nage dans des images qui renaissent de sa cervelle malade.


Monette… qu’il réclame aujourd’hui… cette minuscule boule de poils que maman avait recueillie alors que j’avais onze ou douze ans… il y a belle lurette qu’elle est partie, elle aussi. Ça va durer une heure ou deux, puis une autre image, un autre visage vont le projeter dans une nouvelle quête, et j’aurai droit encore à des remontrances, à des mots pas toujours sympas. Cet homme… c’est mon père, mon papa qui n’a plus rien de celui qui m’aimait… avant. Là, et le malheureux n’y est pour rien…


Il n’est plus qu’une ombre qui vit au gré de souvenirs distillés par ce qui gangrène son esprit. Je me réfugie aussi dans cette solitude et dans une bulle de laquelle je voudrais puiser un reste d’amour. Mais je suis de plus en plus lasse, fatiguée, usée par ces coups du sort à répétition. Chienne de vie qui m’a déjà volé ma maman d’une manière tellement dégueulasse… et puis ça… cette mort lente, cette dégradation imperceptible d’un présent qui ne gère plus que des flashs du passé. Alors oui ! Il m’arrive de songer que si lui aussi s’en allait… Finalement ça me donne encore plus mauvaise conscience. Du coin de mes yeux à mon menton, une rivière de perles d’un amour perdu vient éclater en une mare claire sur le plan de travail de la table de chêne de la cuisine.


— xxxXXxxx —


— Léa ! À quoi penses-tu ? Ho hé ! Tu es là ?

— Hein ? Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? C’est à moi que tu parles Babeth ?

— Réveille-toi ! Tu te souviens que nous devons allez voir papa, pour le ramener ici ?


Si je m’en souviens ! Elle ne sait même pas quel calvaire c’est que de ne pas avoir pu le garder près de moi. Elle… ma sœur Élisabeth… Trente ans, la petite dernière, celle qui n’était pas attendue. Une grossesse arrivée par hasard ! De sept ans ma cadette, l’objet de toutes les attentions de mes parents. Elle n’a sans doute pas vécu les choses d’une manière identique à la mienne. Babeth a sa vie, un bon mari. Deux enfants aussi, beaux comme tout, des jumeaux, elle me reproche à chacune de nos retrouvailles le placement de notre père.


Comment aurais-je pu faire autrement ? Je n’avais plus la force de l’empêcher de s’enfuir. Mon travail, mon existence, tout était devenu secondaire. Ma vie était transformée et il ne restait plus rien de bon dans ces jours qui s’écoulaient si lentement. Babeth, elle ne s’est jamais rendu vraiment compte de ce qui arrivait. Passant toujours en coup de vent, elle ne voulait voir que le meilleur de cet homme qui ne savait plus que crier ou chercher l’introuvable. Elle ne comprend pas aujourd’hui encore, ce que le fait « d’aller voir papa » représente pour moi !


— Ben oui ! Puisque tu l’as mis dans cette horrible maison… on ne peut décemment pas le laisser mourir sans visite.

— Arrête Élisabeth ! Ne sois pas mesquine ou méchante… je suis désolée… tu pouvais aussi le prendre chez toi, non ?

— J’ai des enfants moi ! Notre maison est toute petite… mais toi… tu avais la demeure familiale, mais non, Madame n’est jamais satisfaite.

— Babeth ! Tu ne peux pas parler comme ça à ta sœur ! Tu ne sais pas ce que c’est que de garder quelqu’un qui ne sait plus dans quel temps il vit. Simon est perdu dans ses pensées et tu en es bien consciente !

— Tu la défends Marc ? Je me demande pourquoi c’est moi que tu as épousé. Dès qu’on prononce le nom de Léa, c’est comme si on parlait de Dieu pour toi.

— N’importe quoi ! Tu es méchante avec tout le monde maintenant ? Bon, allons-y ! Je ne veux plus t’entendre dire des âneries pareilles, ma belle !

— Ma belle… tu parles ! J’ai mal au cœur de savoir notre père dans cette espèce d’asile… par la faute de ma grande frangine.

— Je te jure que c’était inévitable… Babeth, je te conjure de me croire… je n’en pouvais plus.


Je voudrais… la prendre contre moi, la serrer fort sur ma poitrine, comme lorsque nous étions deux gamines. Rien ne semble aller dans ma vie ! Un nouvel afflux de larmes, et Élisabeth se moque toujours un peu.


— Pourquoi tu chiales Léa ? Papa aurait pu vivre libre encore quelques mois. Là ! Il est dans une prison.

— Il y a des années qu’il est enfermé dans la prison de ses souvenirs ! Il n’en sortait plus vraiment. Pour lui, nous avons des nattes et un cartable. Tu peux imaginer ce que ça représentait pour moi de l’entendre à longueur de journée me prendre pour… maman ?

— Et alors ? La belle affaire. Il était mieux chez lui que dans cette clinique… c’est tout ce que je sais.

— Ça suffit Babeth ! Cette fois tu vas trop loin. Tu ne peux pas passer tes colères ou tes rancœurs sur ta sœur. C’est très difficile de vivre avec les personnes qui ont cette maladie.

— Rebelotte ! Monsieur Marc nous rejoue la scène du grand huit. Le preux chevalier qui vole au secours de sa belle… tu es mon mari, je te le rappelle !

— Ça ne t’autorise pas à faire de Léa une cible, un punching-ball sur lequel tu peux taper au gré de tes humeurs…

— Ne vous fâchez pas, s’il vous plait… je sais Élisabeth, je sens combien tu es triste de ce qui se passe. Mais je te jure que je ne pouvais pas faire autrement… papa aurait fini par se faire du mal, pire faire du mal aux autres. Il lui arrivait de tourner les boutons de la gazinière sans raison, ou juste parce qu’il se souvenait un court instant qu’il voulait un café… un exemple parmi tant d’autres… et puis je le ramène chez lui à chacune de mes périodes de congés…

— Léa… Léa, toujours à te chercher des excuses… pleurnicharde et affolée pour un rien.

— Élisabeth ! Tu deviens imbuvable là ! Si tu continues de la sorte, je te plante là, et tu iras voir ton père toute seule. Merde alors ! Tu dois grandir… dans ta tête. Ta sœur a fait du mieux possible !


Elle se tait enfin. Nous sommes partis pour rendre visite à notre père. Elle devrait être heureuse, il va passer quinze jours chez lui, chez moi. Nous le trouvons dans sa chambre. En pyjama à quatorze-heure trente et lorsqu’il voit entrer le tourbillon qu’est sa fille cadette, il a un mouvement de recul.


— Où est Marianne ? Pourquoi des étrangers sont-ils dans ma chambre ? Qui êtes-vous ?

Marianne… Marianne… tu as des visiteurs ?

— Papa ! C’est nous !

— Qui vous ?

— Tes filles… Babeth et Léa… et Max, mon mari… tu te souviens ? Pourquoi tu n’es pas habillé ? Nous sommes là pour te ramener à la maison pour les vacances… papa ; tu me reconnais ? Léa…

— Léa ? Oh oui… vite je dois aller à l’école, c’est bientôt la sortie des classes… mon Dieu la petite Élisabeth va penser que je l’ai abandonné. Marianne ! Marianne où as-tu rangé mes habits ? Elle n’est jamais là quand j’ai besoin d’elle. La mère de mes enfants… vous la connaissez ? Je crois qu’elle a un amant… oui… elle doit me tromper.

— … Vous voulez un peu d’aide pour passer vos vêtements ? Les filles allez attendre dans le couloir, s’il vous plait.


Nous sommes sorties. Marc est dans la chambre et je sens de la détresse dans les yeux de ma petite sœur. Elle vient de se prendre en pleine figure les mots insensés de notre père… de ce qui reste de lui en fait. Sa mémoire lointaine, des histoires du passé qui ressurgissent et dont nous n’avons même pas vécu le moindre mot.


— Léa… tu crois que maman a un jour trompé papa ?

— … ? Mais non ! Tu vois bien qu’il est perdu.

— C’en est à ce point ? Je ne veux pas le croire. Il a l’air en pleine forme pourtant.

— Physiquement oui… mais là-dedans… tout est emmêlé. Tu comprends que son cerveau n’est plus connecté à la réalité du moment !

— Plus jamais ? Il n’est plus jamais lucide ?

— De moins en moins en tout cas. Je suppose que ça doit parfois revenir, qu’il est quelques instants de retour dans notre monde. Mais ceux-là doivent être terriblement pénibles pour lui. Et ne plus se rendre compte de rien ne le rend sans doute pas malheureux. Je te l’ai dit… pour papa nous sommes juste des gosses qui vont en classe, qu’il veut attendre devant notre école… un retour dans son passé quoi !


Cette fois, ce sont ses yeux qui sont brillants de ces gouttes d’amour mal contenues. Heureusement papa sort suivi par mon beau-frère de la chambre. L’infirmière nous attend au bout du couloir.


— Il va chez vous, Madame ?

— Non ! Chez lui et avec ma sœur Léa !

— J’ai besoin que vous me signiez quelques papiers… une prise en charge et puis… je peux vous parler ?

— Oui, oui bien sûr…

— Voilà ! Une griffe ici pour la prise en charge. Il doit donc être de retour dans quinze jours. Vous nous le ramenez une heure avant le diner ! Pour notre cuisinier… c’est plus simple qu’il puisse préparer aussi son repas. Et puis je voudrais vous dire de faire très attention…

— Faire attention ? Pourquoi ? Il y a un problème avec notre père ?

— Un problème… je ne sais pas si je peux appeler cela un problème. Il prend beaucoup de femmes pour la sienne et… mon Dieu, comment vous expliquer ?

— Quoi ? Qu’est-ce que vous avez à me dire ?

— Il a les mains… baladeuses de plus en plus souvent.

— Hein ? Je ne saisis pas vraiment !

— Ben… il y a des choses dont il se souvient et il touche ou essaie de toucher… les femmes de ménage, les infirmières, même la doctoresse a eu droit à sa petite tentative de pelotage. Il a des pensées de sa jeunesse et… c’est toujours un homme, malgré tout !

— Mais… je suis sa fille…

— Vous savez, dans son état, il ne le sait plus vraiment. Vous êtes à ses yeux, une femme au même titre que toutes celles d’entre nous qui entrent dans sa sphère visuelle.

— Je veillerai à ce que pas trop de gens ne l’approchent. De toute façon, je suis très méfiante.

— Eh bien… nous vous attendons après vos congés que nous vous souhaitons les meilleurs possible.

— Merci…


Nous rentrons à la maison. Papa est installé sur le siège passager avant et nous sommes ma sœur et moi à l’arrière. Un silence pesant s’est installé depuis… que nous sommes sortis de l’établissement de soins. C’est notre père qui crève ce mur qui nous fait face.


— Monette… il faut retourner, nous avons oublié Monette. Les vieilles là-bas ne vont pas savoir s’en occuper.

— Mais si Simon. Rassurez-vous ! Les gardiennes vont bien la soigner. Ne vous soignent-elles pas bien vous ?

— Où on va ? Voir Marianne ? Pourquoi ne vient-elle jamais ?

— Ça va papa… tout va bien !

— Dis-moi Léa… de quoi voulait elle te parler, l’infirmière en chef de la maison…

— Oh… rien, quelques conseils pour que tout se déroule correctement pendant son séjour avec nous. Vous allez vous aussi rester quelques jours ? Ça lui ferait plaisir peut-être de revoir ses petits-enfants, non ?

— Tu as raison Léa ! J’irai les récupérer chez mes parents… Comme ça il en profitera un maximum.

— Tu crois qu’il nous écoute ? Qu’il comprend ce que nous disons là, maintenant ? Papa tu m’entends ?

— Je ne suis pas sourd, pas la peine de hurler comme ça ! Moi tout me va puisque Marianne va revenir. Vous savez… je ne suis pas certain que ma petite dernière soit bien de moi !

— … quoi ? Qu’est-ce que ça veut dire ça ?

— Arrête Babeth ! Calme-toi. Tu sais bien qu’il vit dans un monde imaginaire et il déraille aussi de temps en temps.

— Non, mais tu entends ça ? Marc… D’ici que ma frangine ne soit plus ta vraie belle-sœur… tu serais content n’est-ce pas ?

— Qu’est-ce que tu vas encore imaginer… Nous sommes sœurs, Babeth, comment peux-tu en douter ?

— Notre propre père n’en est pas convaincu… alors, qui croire ? Merde alors…

— Ne me mêle pas à tes histoires Léa. Je ne vois pas en quoi je devrais être heureux d’une telle nouvelle. Je t’ai épousé… pour le meilleur et pour le moins bon ! Là, j’ai ma dose du pire, je crois…

— Je ne sais plus si c’est une bonne idée d’amener nos enfants chez papa. Puisque vous avez l’air tous les deux de croire qu’il disjoncte. Il vaudrait mieux que Nathan et Chloé gardent un bon souvenir de leur papy ! Dis-moi Marc ce que tu en penses ?

— Simon doit être entouré de notre amour et nos enfants font partie de son univers… je ne pense pas que le priver d’eux soit une bonne chose, ma chérie…

— Et toi Léa, tu n’as pas d’avis sur la question ?

— Je crois que c’est à vous de décider. Tout ce que je dis ou fais est pour toi sujet à caution… alors…


De nouveau, une chape de plomb qui s’abat sur la voiture. Heureusement que nous sommes presque arrivés à destination. J’ai une boule dans la gorge, des difficultés à respirer correctement. Ma cadette s’est refermée comme une autruche, la tête dans son sable personnel. Marc lui subit de plein fouet ces rebuffades continuelles. Je sens cette tension entre eux qui ne me dit rien qui vaille. Sur son siège, notre père, lui sourit aux anges. Il semble finalement le moins malheureux de nous tous.


Marc et sa femme sont repartis finalement, ils ne vont pas passer ces quelques jours avec nous. Mes neveux et nièces me manquent aussi. Et je me prépare donc à vivre une quinzaine de jours de surveillance. Papa, Simon a soixante-huit ans et la maladie qui met son cerveau aux abonnés absents ne permet plus de le laisser seul. Même les tâches les plus simples deviennent complexes et dangereuses. J’ai sorti les pommes de terre et je dois me méfier du couteau avec lequel il faut les éplucher. Il ne sait plus vraiment comment on s’en sert. Mais il veut à tout prix se rendre utile.


Finalement j’abdique et opte pour un économe. Au moins ne se blessera-t-il pas avec cet instrument. Tout est sujet à discussion. Je dois insister pour qu’il s’habille, pour qu’il se rase, qu’il se lave. C’est une véritable guerre contre ces petits maux du quotidien et je comprends pourquoi ma sœur qui ne la vit pas ne peut pas savoir. Je fais pour le mieux, mais c’est épuisant, nerveusement et physiquement. Même la nuit, je ne dors que d’un œil. Je guette tous les bruits insolites qui proviennent de sa chambre… celle qu’il occupait avec maman, la chambre conjugale en fait !


— xxxXXxxx —


Il s’est levé et a pris son petit déjeuner. Il reste là, les yeux dans le vague… loin de cette maison. La reconnait-il vraiment ? Pas besoin de poser cette question dont je n’aurai aucune réponse à coup sûr. Il flotte un peu dans son pyjama. Dire qu’il n’a pas encore soixante-dix ans… La vie est une salope qui nous vole jusqu’à nos parents.


— Papa ! Tu veux sortir ? Tu vas prendre une douche et t’habiller ?


Il lève ses grands yeux vides dans ma direction. Me voit-il vraiment ? Sa voix pleine de trémolos sort affaiblie de sa gorge.


— Je veux Marianne ! Où est-elle ? Pourquoi me retenez-vous prisonnier ici ?

— Papa ! Je suis Léa… ta fille. Tu veux que je te passe le rasoir électrique ?


Aucune réponse et je sens une certaine peur, palpable dans son comportement. Je vais donc dans sa chambre et cherche dans son sac. L’étui de son rasoir électrique est là. Pas besoin de le brancher… il ne saurait plus le faire du reste. Alors, de retour à la cuisine j’entreprends de passer l’engin sur son visage. J’y vais doucement, il se laisse faire. Son menton rejeté un peu en arrière, je passe et repasse doucement, je ne sais pas vraiment bien faire, mais… il ne saura pas faire mieux sans doute.


Je dois à plusieurs reprises me frotter contre lui, pour parvenir à un résultat pas très satisfaisant. Et lorsque sa paume de main une première fois se pose sur ma hanche, je prends ça pour un mouvement involontaire. Mais quand celle-ci tente de remonter sous ma jupe, je recule.


— Papa ! Bon sang, je suis ta fille, tu ne dois pas me tripoter.

— Marianne… tu es toujours aussi fraiche !

— Arrête de dire des bêtises, maman n’est plus là depuis longtemps… papa, je t’en conjure, fais un effort !


Peine perdue et je le sens instinctivement. Il demeure dans sa perception très personnelle du monde dans lequel il nage à longueur de jour.


— Ça fait longtemps Marianne que nous n’avons plus rien fait…

— … je ne suis pas ta femme papa, juste ta fille, s’il te plait, reprends-toi !

— Pourquoi ne veux-tu plus de moi ? Nous sommes toujours mariés bon sang. Je suis malheureux moi !

— Papa… ne dit plus rien, je t’en supplie.


Mes yeux sont de nouveau inondés par cette montée lacrymale que rien ne sait refréner. Il s’est relevé, tremblant sur ses jambes. Il est mal rasé et je ne parviendrai pas à faire mieux.


— Va prendre ta douche. J’ai mis tes vêtements propres sur la chaise de la salle de bains.

— … Marianne…

— Allez ! Viens ! Bouge-toi un peu.


Ma patte attrape son bras et je le bouscule, pour le faire aller vers la salle de bains. Je règle dans celle-ci la température de la douche et l’exhorte à faire sa toilette.


— Enlève-moi tout cela… Et lave toi…


Puis je file vers la cuisine, ravalant ces larmes qui sont des prières impossibles à cacher. Je reste prostrée devant l’évier. Combien de temps ? Je n’en sais plus rien. Je ne compte pas. Puisqu’il ne sort pas de la salle d’eau, je dois aller jeter un coup d’œil. Il est toujours devant la cabine, en pyjama, contemplant l’eau qui coule, sans bouger.


— Papa ! Bon sang… retire-moi tout ça !

— … Marianne.

— Arrête avec maman… elle est morte, morte et enterrée depuis des années. Mince alors !


Ma voix est nerveuse, sèche, trop sans doute. Mais je suis à bout, de nerfs, d’arguments également. Je ne suis plus tout à fait moi… je ne sais plus qui est cette Léa qui crie presque. Je tire sur la veste du pyjama et sans résistance, il lève les bras. Son torse velu apparait dans sa blancheur crue. On pourrait lui dénombrer les côtes. Je fais glisser le bas du pyjama et… évidemment il est en érection. Je n’ai jamais vu mon père dans cet état-là ! Les paroles de l’infirmière me reviennent :

« Ben… il y a des choses dont il se souvient et il touche ou essaie de toucher… les femmes de ménage, les infirmières, même la doctoresse a eu droit à sa petite tentative de pelotage. Il a des pensées de sa jeunesse et… c’est toujours un homme, malgré tout ! »


Et là, pour être encore un homme, j’en ai la preuve sans ambiguïté sous les yeux. Je le pousse gentiment vers la pomme qui crache son jet tiède.


— Lave toi papa !

— Vient aussi Marianne.

— Arrête ! Papa qu’est-ce que tu fais, bon sang ?


Il s’agrippe à moi, tire de toutes ses forces et m’entraine avec lui sous la douche. Mais je suis tout habillée moi et je n’ai pas le temps de reculer. Immédiatement je me sens aspergée par cette flotte qui nous coule sur la tête. Je tente de le repousser, mais il est fort l’animal. Ce n’est pas moi en cet instant qu’il voit. Pour lui, je suis sa Marianne de retour, cette femme qu’il cherche à longueur de journée. Et il se cramponne à cette certitude.


— Regarde dans quel état tu me mets, Marianne…

— Non ! Non, papa ! Je ne suis pas…

— Ça suffit bon Dieu ! Tu es ma femme et je m’en fiche que tu m’aies trompée. J’aime la petite Élisabeth comme si c’était la mienne, non ? Alors tu dois me donner de l’amour !

— Arrête ! Tu racontes n’importe quoi… je ne vais plus pouvoir te garder ! Tu veux bien me lâcher ?


Une lueur d’incompréhension vient ternir ses prunelles. Il m’a libéré et j’ai l’impression que malgré l’eau qui nous dégouline dessus, il y a des larmes aussi dans ses yeux. Mince alors ! Je ne sais plus trop sur quel pied danser. Je ne peux tout de même pas me laisser sauter par mon père. Qu’il ne fasse plus la différence entre sa fille et son épouse, c’est possible. Qu’il veuille me baiser, ça n’est plus normal. Il a les bras ballants le long du corps. Il ne bouge plus et sa bistouquette à l’équerre semble me faire un pied de nez.


À deux mètres de la cabine où il est en mode « pause », je retire mes frusques trempées. Tout est bon à changer. Je ne sais plus ce que je dois faire. Passer d’autres fringues devient ma priorité, mais l’abandonner sous l’eau tiède est-ce bien une bonne idée ? En soutien-gorge et culotte, je l’attrape par le bras. Il se laisse faire comme un gosse. Il avance donc vers l’endroit que je viens de mouiller pour me désaper. Et puis son bras vient d’un coup me ceinturer les épaules. Et tous deux dégoulinant, nous sommes l’un contre l’autre.


Je cherche à le repousser avant que son sexe n’entre en contact avec ma propre peau. Mais malgré tout, il est encore très vigoureux. Fatalement je ne parviens qu’à dévier l’objet toujours extrêmement raide. De plus de sa main gauche, il arrive à saisir mon poignet et il le dirige vers ce pieu que je tente désespérément d’éviter. Et cette fois plus moyen d’y échapper. Mes doigts frôlent donc cette queue paternelle en érection. Papa pousse un soupir d’aise, comme si cela lui semblait normal.


Sa bouche se colle sur mon cou et j’entends ses murmures.


— Oh ! Marianne… donne-moi ce que tu as donné à cet autre. Je passe tout mon temps à te rechercher. Tu me manques. Pour quoi, ne veux-tu plus faire l’amour avec moi ! J’ai tellement besoin de toi, de ça. Tes mains, ta bouche, ton ventre… je suis si malheureux. Viens, allons faire l’amour.

— Papa ! Je ne suis pas maman… je… t’en conjure, arrête. Tu me fais mal.

— Toi aussi Marianne tu m’as fait très mal… en plus, te faire engrosser par ce type… mais moi, je l’aime ta fille. Peut-être même plus que la nôtre à tous les deux.

— … !


Je le repousse de toutes mes forces. Il va trop loin cette fois. J’ai l’air d’une buse alors qu’il me regarde avec des yeux tout ronds. Il ne sait plus trop où il est. Réagit-il de voir qu’il a fait une erreur ? J’en doute ! Il s’imagine sans doute que sa femme vient de le rejeter encore une fois. Je ne peux décemment pas le laisser me coller son sexe dans les pattes de cette manière. Il vacille sur ses quilles et je ne vaux guère mieux. Le pire de cette histoire, c’est que c’est moi qui aie honte de la situation.


— Élisabeth va rentrer de l’école. Si tu veux nous aurons fini avant qu’elle ne soit là. Je t’en supplie, ne me laisse pas dans cet état ! Marianne, ne sois pas méchante avec moi ! J’ai toujours fait tout ce que je pouvais pour toute notre famille… j’ai envie de baiser.

— Papa bon sang ! Je suis Léa, pas maman… pour la dernière fois, arrête ou je ne pourrai pas te garder toutes les vacances.

— … ne m’abandonne pas encore, Marianne.

— Tiens ! Essuie-toi. Regarde-moi ça, je suis toute râpée dans le cou. Ta barbe… et je ne sais pas me servir de ton rasoir, ou tu gigotes trop.

— Marianne…


Sa voix est implorante. Il pleure presque. Il a de nouveau attrapé ma main. Il me tire contre lui. Comment le faire revenir à la raison ? Il n’a plus vraiment grand-chose de bon, je peux le comprendre. Je le sers maintenant contre moi aussi. Je tente de calmer cette peine qui le submerge. Et bien entendu… je ne fais que prolonger son érection. Il tient toujours mes doigts et les dirige pour la seconde fois sur ce membre qui se frotte à mon bassin. Une chance que j’aie toujours ma culotte.


Pourquoi est-ce que je ferme les yeux et la main par la même occasion ? La chose raide, chaude est désormais dans ma paume et il soupire… d’aise peut-être ? Comme je ne bouge plus, il donne du mouvement à mon bras, finalement il se masturbe avec ma paluche fermée sur son chibre ! Je ne sais plus si c’est bien ou mal. Si ça peut lui rendre un instant de lucidité… Il accélère la gestuelle et je sens que sa queue vibre sous mes doigts. Je me dégoute de me voir ainsi branler mon père, même si je suis bien consciente que lui imagine que c’est sa femme qui s’occupe de lui.


Lorsqu’il essaie de me toucher, je retire sa patte. Une masturbation pour le soulager, mais pas question d’aller plus avant dans… l’ignominie. Il lui faut un long moment pour enfin me couler sur le bout des doigts quelques gouttes de sperme. Celui-ci se répand sur le carrelage de la salle de bain. Je le repousse sous la douche et rouvre la flotte. Comme je suis collée à lui, j’ai là encore droit à une aspersion involontaire. Ma culotte et mon soutif sont à tordre.


Enfin, quand il s’extrait de cette coulée tiède, je l’enroule dans un drap de bain et je frotte son corps avec l’éponge. Résultat des courses… il bande de plus belle. Oh ! Pas l’éclatante dureté du premier moment, non ! Juste une rigidité visible. Et il susurre des mots que je ne veux pas entendre, pas écouter surtout.


— Oh merci ! Merci Marianne. J’aurais été vexé que tu te donnes toute à l’autre. Je sais bien qu’il est plus jeune, plus beau que moi. Je te promets de veiller sur notre petite Élisabeth… Tu n’as pas envie de… m’en donner plus ?

— Arrête papa ! Maman est morte depuis longtemps… elle ne reviendra plus… plus jamais.


Mes sanglots montent malgré moi. Je lui donne ses vêtements, mais j’ai déjà compris que si je ne les lui passe pas moi-même, il risque bien de rester nu dans sa serviette toute la journée. Il n’y a plus que cette fixette sur son épouse, un transfert qui se traduit par une vision de moi erronée. Mais comment échapper à cela ? En le ramenant directement dans son établissement de soins ? En l’enfermant dans sa chambre ?


Il est là pour deux semaines. Léa et moi devions nous en occuper ensemble. Mais comme toujours, elle garde ses distances et ses enfants sont le prétexte idéal. Je sais bien là que je suis mesquine et méchante envers cette sœur que j’adore. Puis il y a d’un coup aussi ces mots prononcés par cet homme malheureux. Notre père à toutes les deux ? J’ai comme un doute moi aussi du coup. Il n’est plus en mesure de vraiment pouvoir mentir. Et il revit dans son passé quelque chose qui l’a traumatisé ?


Je m’attelle donc à lui enfiler, c’est le bon vocable, lui enfiler un à un ses fringues. D’abord son slip et lui faire comprendre qu’il doit lever les pieds pour le mettre est déjà tout un sport en soi. Ensuite pour le pantalon, c’est un vrai poème. Le maillot de corps et la chemise deviennent un jeu d’enfant à lui coller sur le dos. Même ses chaussettes sont compliquées à mettre en place. Mais enfin, il est plus convenable. Un coiffage sommaire et il est présentable.


— Tu veux que nous allions nous promener ?

— Non ! Marianne, je veux que nous fassions l’amour.

— Quoi ? Viens ! Allons faire un tour dans le parc… il fait un grand soleil.

— Dans le parc ? Ah oui… Monette y est surement. Allons chercher Monette…


J’ai mal au cœur. Devant cet homme que j’ai vu si fort, si fier aussi. Puis cette déchéance… mon Dieu, pourquoi les choses évoluent elles ainsi ? Quel crime a-t-il commis pour que le ciel s’acharne sur lui ? Nous sommes devant la porte et Marc arrive avec ses deux petits. Ils se précipitent vers moi.


— Tatie ! Tatie… on vient voir notre papy.

— Vous tombez bien, nous allons faire un tour au square… histoire de prendre un peu l’air.

— Ça va toi ? Et vous Simon ? C’est la forme ce matin ?

— Je ne suis pas certaine d’arriver à le garder Marc ! Et Élisabeth ? Où est-elle ?

— Tu connais ta sœur, toujours à fulminer, à rabâcher des idées tordues… elle se figure qu’elle n’est plus que ta demi-sœur. Elle peste contre son père et aussi contre toi, moi, la terre entière. Alors j’ai pris les gosses et je l’ai laissé crier toute seule.

— Tu sais… papa n’est pas vraiment en situation de mentir et… j’ai bien peur qu’entre lui et notre mère il se soit passé des événements dont nous n’avons pas eu connaissance.

— Mais toi… Léa, tu es tout de même plus âgée qu’elle, tu ne te souviens de rien ?

— Non ! Je n’ai jamais vu mes parents se disputer ou se prendre la tête. Jamais… mais tu sais lorsque j’étais en classe… il est possible que…

— Bien sûr ! De toute manière il n’est pas question de faire des reproches à qui que ce soit. Léa ne va plus te lâcher pourtant.

— Allez papa ! On va se promener tous ensemble ! Tu sais qui sont ces enfants ? Ce sont ceux d’Élisabeth… et de Marc, ton gendre. Nathan, Chloé donnez la main à votre papy !

— Pourquoi Tatie ? Il a besoin d’être promené ? Il ne sait plus marcher tout seul ?

— Non Chloé, tu vois il est très malade…

— Il est vieux c’est pour ça ? C’est pour cela que maman dit que nous devons être très sages et gentils quand nous venons le voir.

— Eh bien ! Elle a raison votre maman… il est fatigué votre papy et parfois… il rêve tout haut…

— Papy Simon… vient, on va t’emmener te promener.

— Oui… je veux trouver Monette… qui c’est ces gosses ?

— Tes petits enfants papa… Nathan et Chloé les petits bouts d’Élisabeth.

— Elle est à l’école Babeth ? On va aller l’attendre alors… Marianne nous rejoindra devant la porte.


Je baisse les bras et Marc me tient la main. Drôle de journée. Il fait beau et notre cortège hétéroclite avance dans les allées sablonneuses de ce parc où nous jouions ma sœur et moi. C’est étrange comme la main de Marc est d’une douceur… et d’une chaleur inattendue. Je me sens plutôt perdue. La tâche qui m’incombe est trop pesante pour moi. J’ai peur de l’avenir, je suis écrasée par un chagrin que je ne peux que traduire en sanglots. Et le mari de ma frangine est le seul à me tendre une perche de secours.


Il sèche mes larmes et passe sa main autour de mes épaules. Les gamins courent après les tourterelles, et papa est assis sur un banc. Le mouchoir qui frôle mes yeux me donne quelques frissons. Je me sens… tout alanguie, toute bizarre.


— Ne pleure pas ! Tu as toute ta vie devant toi… je sais bien que ce n’est pas facile !

— Si seulement Élisabeth… pouvait comprendre ce que c’est que de le voir partir de cette façon ! Il ne sait même plus qui nous sommes. Il est comme vos enfants… vulnérable et incapable de revenir dans une réalité qui le dépasse.

— Je sais. Mais il s’agit de toi, Léa… si c’est trop dur, mieux vaut ne pas t’épuiser à vouloir à tout prix faire plaisir à ta sœur. Elle non plus ne saisit pas vraiment la situation.

— Elle s’est braquée contre ses mots, contre ce qu’il a raconté. Mais nous ne saurons pas… il ne sait plus lui-même et ce qu’il dit, c’est du vent. Son cerveau n’est plus qu’un château de sable qui s’effrite au gré d’un souvenir par-ci par-là. Quant à Babeth, elle a seulement besoin de temps. Que les paroles de Simon fassent leur chemin dans son esprit…

— Oui ? Dieu t’entende ! Qu’est-ce que tu fais ?

— Pardon… j’ai, j’avais juste envie de… t’embrasser.

— On ne peut pas lui faire ça. Pas comme ça, pas nous !

— Pardon… je me sens aussi un peu déboussolé par tout ce qui se passe. Un moment d’égarement… une erreur, je te promets que ça ne se reproduira plus…

— … !


Pour un peu j’allais craquer moi aussi. Une sorte de long frémissement me fait tressaillir. Une chair de poule que mes bras nus ne permettent pas de cacher en totalité. Marc baisse la tête. Il ne dit plus rien. Nathan est au fond du parc, qui joue avec d’autres gamins de son âge. Sa sœur est face à nous, qui nous regarde. S’est-elle aperçue de la tentative de son papa de m’embrasser ? Si tel est le cas et qu’Élisabeth l’apprenne, je vais encore avoir droit à un drame. Elle ne dit pas un mot, fixant seulement ses sandalettes et se tordant ses petites mains.


— Eh bien ma chérie ? Tu ne joues plus avec ton frère ?

— Non ! J’ai envie de faire pipi… beaucoup envie.

— Ah ! Bon ton papa va rester avec papy et moi je t’emmène aux toilettes, d’accord ?

— Oui tatie…


Finalement c’est mieux. Le trouble qui m’a envahi va se dissiper un peu de faire ce court trajet jusqu’au petit coin public. Cette sortie imprévue me permet de souffler et de revenir sur terre. Pas certaine que si nous avions été à la maison, et seuls… je n’aurais pas succombé à la tentation. Je déshabille le bas du ventre de ma nièce et elle fait ses besoins. Elle ne saura sans doute jamais qu’elle vient de me tirer d’un vrai faux pas. Nous regagnons le banc où les deux papas sont assis. De loin, je vois que mon père s’agite. Il se lève.


— Élisabeth… vient ici ! Où est ta mère ?

— …


J’ai compris. Dans la démarche de sa petite-fille, c’est sa fille qu’il revoit. Son cerveau confus fait l’amalgame et il appelle Chloé Élisabeth, mais comme il intervient avec véhémence, la petite a peur. Elle serre sa petite menotte dans ma main.


— N’aie pas peur. Tu sais papy est un peu perdu. Et tu ressembles tellement à ta maman, que dans sa tête c’est elle petite qu’il revoit…

— Il est malade papy Simon ?

— Oui… ma chérie.


Marc retient son beau-père qui peste contre tout ce qui l’entoure. Mon beau-frère doit user de toute sa force pour calmer cet homme qui s’agite sans que les raisons soient bien explicites. Et nous rentrons avec la sensation que personne n’est heureux de cette sortie ratée. Mon père est un étranger pour tout ce qui l’entoure, y compris pour moi. À la maison je prépare un « quatre-heure » pour les petits et les grands et puis je songe qu’il faut prendre une décision radicale.


— Est-ce que tu pourras dire à Babeth de venir demain ? Nous devons décider de la marche à suivre. Je ne peux plus assumer seule la garde de notre père. Tu as vu… il ne sait plus où il est ni qui est qui, et j’ai peur de ne pas être en mesure de le calmer lorsqu’il s’agite.

— Je comprends… tu as raison. Je vais lui dire de venir te voir demain… que ça lui plaise ou non, elle est partie prenante dans cette affaire.

— Oui… et je ne voudrais pas qu’elle s’imagine encore que c’est pour mon confort que nous devons nous en remettre au médecin… et à la maison de santé. J’ai peur qu’il lui prenne l’idée de faire du mal à quelqu’un… il voit dans chaque enfant sa fille et Dieu seul sait ce qui peut se passer…

— Oui… je viendrai demain avec ta sœur… et nous discuterons de ce qu’il convient de faire.


Nathan et Chloé sont dans le salon qui jouent désormais. Marc et moi sommes dans la cuisine et papa est dans sa chambre. La main qui tient la mienne est rassurante, pleine de force, de vigueur. Et ce visage qui cherche à me sourire, à m’apaiser… pourquoi s’approche-t-il si près du mien ? À quel moment les lèvres de Marc se posent elles sur ma bouche ? Je ne sais plus, mais ce dont je suis sûre, c’est bien que je ne fais rien pour le repousser. Pire encore, je crois bien que j’encourage ce qui arrive.


Oui ! Ce gout du baiser tendre me revient comme un boomerang. Et Marc lui me tient par le cou, me pressant sur sa poitrine. Nous sommes déjà en passe de le renouveler lorsque qu’une voix rauque et plutôt fâchée me tombe dans les oreilles.


— Salope ! Je savais bien que tu me trompais Marianne. Et celui-là, c’est jusque chez moi qu’il vient pour te baiser ?

— Mais… enfin Simon ! C’est moi Marc ! Votre gendre.

— Tu as déjà fait une gamine à ma femme, tu veux encore me faire pousser plus de cornes, salopard ?


Bon sang ! Il ne manquait plus que cela. Papa s’est relevé et le voici gesticulant, criant comme un beau diable. Les deux petits qui entendent hurler leur grand-père rappliquent aussi, ajoutant un peu plus de tension encore à une situation bien délicate déjà. Mon père ne sait plus se contenir. Il explose et j’ai un mal fou pour le maitriser. C’est le bouquet. De plus comme Nathan et Chloé entendent ses paroles, comment vont-ils rapporter cette scène à leur mère ? Je suis affolée.


— Bon ça suffit ! Papa, retourne dans ta chambre.

— Tu veux que je te donne un coup de main Léa ?

— Non ! Non ! Je crois que nous avons assez fait de dégâts pour aujourd’hui. Je vais l’apaiser et pendant ce temps, toi et les enfants, profitez-en pour filer à l’anglaise…

— Tu es sûre que ça va aller ?

— Oui, oui, fais comme je te dis et puis… oublions veux-tu ce moment d’égarement, allez rejoindre Élisabeth ! Vous viendrez demain, cette fois nous avons une décision impérative à prendre… Il devient ingérable.

— Bon ! Je fais comme tu dis, mais ça m’embête de te laisser seule avec Simon !

— Oh ! Sans doute que dans une minute ou deux, il ne se souviendra plus de ce qui vient de se passer. Par contre, j’espère que les petits ne vont pas trop rapporter à leur mère les mots crus qu’il a prononcés. Tu risques bien d’avoir quelques explications à fournir à Babeth…

— Ne t’inquiète pas pour cela… il n’y a rien de grave…

— Je ne sais pas vraiment… je suis folle… et puis faible d’avoir… bon, allez-y ! Je vais tempérer les ardeurs de papa…


— xxxXXxxx —


Me voici seule avec mon père, complètement hors de lui. Petit à petit, il finit cependant par se remettre. Je le serre contre moi et finalement, il se tait. Mais, pour lui, je suis et reste sa femme. Alors… inutile de dire que je dois jongler pour qu’il n’arrive pas à me caresser comme il le voudrait. Je me contorsionne sans pour autant parvenir à ne pas sentir ses mains sur mes hanches. Pire même, il parvient de temps en temps à en glisser une sous ma robe et ses doigts viennent frôler l’endroit que Marc a passablement échauffé.


Un vrai supplice que de devoir de toutes mes forces tenir à distance ce père qui ne sait plus qu’il en est un. Il râle, soupire et me lance quelques piques bien senties. Les noms d’oiseau qui me dégringolent sur la tête, me font plus de peine que de vraies gifles. Le mot « salope » est employé à tout bout de champ et pas moyen de raisonner cet homme qui se sent bafoué. Il parvient d’un coup à me cramponner en se laissant tomber sur son lit et je me retrouve dans une posture délicate. Il est fort l’animal.


Il remue tellement que j’ai du mal de me dépêtrer de son étreinte amoureuse. Il se vautre sur moi, encore une veine que nous soyons moi en robe et lui habillé également. Je perçois cependant sur mon ventre la pression de ce que je devine bandé. Comme c’est compliqué pour moi de le repousser alors qu’il se croit toujours en corps à corps amoureux avec… maman. Et son visage est si proche du mien qu’en tournant la tête sa barbe me racle la joue. Pas agréable du tout cette guerre pour le calmer.


Lorsqu’au prix d’efforts conséquents, je parviens finalement à me remettre debout sans trop de dégâts, lui est absolument hors de lui. Il soliloque des phrases sans suite, des mots inaudibles. Seules les insultes qu’il profère à mon endroit… enfin à celui de cette femme adultère dont il pense toujours être en présence… sont suffisamment explicites pour que je n’aie nul besoin de traducteur. À la fin il reste couché sur le lit et il sanglote, ce qui bien évidemment m’attire aussi des larmes d’accompagnement.


Je le laisse dans sa chambre et je file dans la cuisine. Je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Il ne sait pas ce qu’il fait, ou qui nous sommes l’un pour l’autre. Et en cela, bien sûr il est dangereux. Je prépare un potage, il doit diner. Pour ce qui me concerne, mon appétit est coupé net. Le gout amer d’un baiser échangé avec mon beau-frère me remonte dans la gorge. Comment ai-je pu être aussi débile ? Pourquoi ce moment de faiblesse avec Marc ? Lui aussi va croire que… et puis ma sœur, demi-sœur, je ne suis plus tout à fait certaine de rien… elle, si les enfants caftent… gare à la suite de l’histoire.


Une heure plus tard, j’ai servi deux assiettées d’un potage de légumes et il est de nouveau dans son monde. L’incident pour lui n’a pas eu lieu, il a tout bonnement oublié les instants de grande tension que nous avons vécu. Il dine sans un mot, sauf pour réclamer sa Marianne. Puis je l’exhorte à aller se reposer dans sa couche. Bien entendu, il est incapable de se dévêtir sans mon aide. Je prends d’infinies précautions pour ne pas rallumer le feu qui couve sous la cendre et en l’occurrence sous sa ceinture. Une fois en pyjama, il s’étend dans ses draps et je peux le laisser s’endormir.


Tous les bruits de la maison, j’épie chacun d’eux. La peur s’est insinuée dans mon esprit. Pas celle qu’il puisse me faire du mal, mais bien qu’il s’en fasse à lui-même. C’est donc bien tardivement que je vais moi aussi me coucher dans ma chambre, celle que j’ai toujours gardée dans la maison familiale. Je finis moi aussi par sombrer dans les méandres d’un sommeil agité. Dans mes songes, un baiser vient me hanter. Oui un merveilleux bouche-à-bouche qui se renouvelle à l’infini.


Puis j’ai chaud ! Mon sexe réclame des câlins, des caresses et des bisous très spéciaux. Je ne distingue dans mon rêve aucun visage. Celui ou ceux, je n’en sais rien, ceux qui me tripotent sont tous sans traits bien définis. Je me tourne, me retourne et loin de disparaitre, mes envies se font plus pressantes, plus présentes. J’ai la sensation qu’en tendant la main je peux toucher un corps… et surtout une partie tellement raide que mon souffle se fait plus accélérer. Idiot comme il est possible de vivre ces images que notre cerveau nous inculque pendant notre sommeil.


Oui ! Je fais l’amour avec tout ce que cela comporte de gestuelle et de délire. Mon ventre se creuse sous un sexe gonflé, je crie sans doute aussi dans ma nuit très agitée. Les sons, les bruits qui me parviennent, les mots que mon ouïe perçoit, même le prénom qui m’est susurré a de quoi me faire flipper et pourtant… je nage dans un bonheur extraordinaire. J’ai rudement chaud, je suis en sueur. Ma paume de main se remplit de cette chair tendue à l’extrême. Et toujours incapable de voir se dessiner le moindre contour de la figure de mon baiseur.


Cette plaisanterie dure longtemps, et je n’ai aucune envie de m’y soustraire, bien au contraire. Je me vautre dans le stupre et la luxure imaginaires d’une nuit de folies. Mon sexe s’entrouvre sous les assauts d’un autre bien mâle celui-là. Je sens un orgasme monumental qui m’emporte comme une lame de fond. Je me berce dans cette illusion amoureuse d’une partie de cul incognito. Finalement, les images s’estompent et je plonge dans un abyme, une caverne dans laquelle je me retrouve en plein soleil.


Oui en plein soleil… et ce sont bien ses rayons qui se frottent à ma peau en ce nouveau matin naissant. J’entrouvre donc les quinquets, soulagée par ce réveil libérateur. Je me tourne et mon bras heurte quelque chose… quelqu’un qui ne devrait pas se trouver là ! Papa est dans mon lit, nu comme un ver et mon Dieu… je le suis tout autant… Non ! Je n’arrive pas à y croire… j’ai bien rêvé cette nuit ? Cette fois, c’est trop ! Je ne veux, ne peux plus garder à la maison ce malheureux papa qui ne sait plus que je suis… sa fille… la sœur de son autre fille… Je suis la sœur de la fille de papa !

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