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Portraits

Chapitre 1

Ibrahim

Inceste

Il s’approche de moi, les yeux pleins de reproches. Que va-t-il encore me dire ? Que mon hijab est mal mis, que je fais trop de bruit, que je le dévisage ? C’est vrai que je le dévisage, il me fascine. Mon oncle Ibrahim, lui et toute son hypocrisie. Musulman d’apparence, intégriste de revendication sans jamais comprendre le sens de ses propres paroles, alcoolique avéré, mais caché. Toute la famille ferme les yeux et les narines face à son souffle. C’est Ibrahim, ça ne sert à rien, au mieux tu récolteras un regard méprisant, au pire tu encaisseras une de ses colères. Mon père a peur de lui, je crois, il est le petit frère, il est l’immigré, le petit mouton noir de la famille qu’on saigne au vif à chaque aïd. Réunion de famille rime avec défouloir sur la branche française de notre pseudo-dynastie.


S’appelait-il Ilyes ou Ilyas ? Je ne sais plus. Je me souviens juste du regard de mon petit cousin. A peine huit ans, déjà la haine blottie au fond de son âme. Son père l’a éduqué selon ses valeurs, un bon chien de garde, ses petits yeux plissés partout. De six ans son aînée, mais il me terrifie. De six ans son aînée, mais il porte la main sur moi, me traite de pute. Demi-portion pense pouvoir s’en prendre à moi et n’a pas tort. Des échos de mon coming-out forcé, du déni de mon père et du désespoir de ma mère résonnent dans le salon.


Ibrahim fait rimer ses moqueries acides et la douceur de son thé au whisky. La table est rassemblée autour du plus grand hypocrite de la famille, mais débat de mon sort. D’ébats de la sorte ne peut rien sortir de bon, la petite est une catin, les lèvres encore recouvertes de lait. Vous nous aviez déjà porté la honte en partant en France, vous finissez de planter le clou en élevant une Française sans la moindre vertu. Incapable de parler arabe, incapable d’aller à la mosquée, incapable d’être eux. Incapable comme semble l’être mon père d’assumer son rôle de chef de famille.


Il se tait comme toujours. Il le sait bien. C’est Ibrahim, ça ne sert à rien, au mieux tu récolteras un regard méprisant, au pire tu encaisseras une de ses colères. Mouton noir baisse les yeux au milieu des loups. Comme je le plains, sacrifié au nom de sa vision de l’éducation, exclu parce que ses désirs ne correspondaient pas à ceux du groupe. Ma mère se tait dans la cuisine, ses tics la reprennent en présence de sa belle-famille. Elle vient de servir le thé, mais se précipite pour en refaire une tournée, comme pour se cacher des bourreaux de son mari, comme pour cacher ce qu’ils considèrent comme une autre erreur de mon paternel. Elle feint d’ignorer une balle perdue d’Ibrahim à son sujet, avant qu’il ne reprenne à propos de mes actes. Une putain oui, mais une putain gouine en plus.


M’a-t-on donné le choix ? Je ne crois pas avoir choisi ma sexualité. Je ne crois pas avoir choisi d’être dénoncée. Je ne crois pas avoir choisi mon éducation. Une chose est sûre, je suis fière de ne pas leur ressembler. Tout ce qui tient mon voile en place aujourd’hui, c’est le regard inquisiteur de mon cousin et les yeux baissés de mon père. Deux opposés qui semblent m’écarteler tant ils sont distants. J’étais perdue, j’ai couché, j’ai aimé sans retrouver mon chemin pour autant. J’en ai voulu à tout le monde pour ce que je ne comprenais pas. Faire honte à mon père en cachette, rire de son ignorance et me prendre pour une grande, c’était mon quotidien et j’adorais ça. Prise les doigts dans une autre, penaude comme une gamine qu’on surprend en train de se masturber sans réaliser la gravité de mes actes. Ça n’importe qu’eux, ce ne sont pas leurs histoires. Mais dans ma famille, les histoires des uns deviennent vite le malheur des autres.


Violée, mon intimité a disparu à chacun de leurs retours. Ils ont eu ce qu’ils voulaient, la porte de ma chambre est restée ouverte, mes parents ont durci leur éducation. Il y a enfin eu le respect qu’il fallait dans ce foyer. Il y a enfin eu les valeurs qu’il fallait dans ce foyer. Plus aucun sourire n’est jamais venu illuminer ce foyer, plus aucune insulte à leur propre bonheur au Maroc. Tout a disparu du jour au lendemain, moi y compris. Comment pourrais-je assez remercier Ibrahim pour ce qu’il m’a offert ? Comment accepterait-il le fait que je sois devenue l’exacte opposée de ce qu’il prônait, et pourtant si proche de ce qu’il est ? Tous les deux alcooliques et hypocrites, tous les deux masqués, tous les deux marqués – son regard dans mon esprit, mes ongles sous son œil droit.


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