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Portraits

Chapitre 4

Matilda

Histoire médaillée
Divers

Faisons preuve d’un peu d’honnêteté intellectuelle quand on s’apprête à écrire autant de branlette bien moins maligne : malgré le soutien indéfectible de ma meuf, j’aime à croire que je me suis faite seule. Pourtant, il serait sot d’oublier tous ceux qui m’ont accompagnée dans cet ouvrage.



    Tati fut mon premier repère lorsque tonton entra dans ma vie. J’ai sûrement regardé autant de fois Mon Oncle que j’ai pu le haïr. Sa douceur, son regard amusé sur deux mondes décalés, sans jamais esquisser le moindre ricanement mauvais. Comme lui dans Playtime, je me suis sentie perdue entre les cases dans lesquelles les gens se rangent. Loin de moi l’idée d’affirmer que je ne m’y suis pas enfermée à mon tour mais cet univers c’était ce que je voulais et veux devenir. Pas un grand guignol comme Monsieur Hulot, mais plutôt l’avatar de ce sentiment qui envahit le voyeur de ses vacances à la plage, de la tendresse. Ses tentatives maladroites de réparer ses frasques, la créativité de son neveu, le rebond d’un verre brisé sur le sol, toutes ces images ont forgé ma vision du monde. Derrière la tendresse se cachait le reflet d’une autre époque, de quoi faire fantasmer la réactionnaire en moi. Derrière la tendresse se cachait la débrouillardise, l’art de s’en sortir. Trafic après trafic, du shit à ma chatte, j’ai décidé de tout faire pour que chaque matin soit un jour de fête. De l’enfance jusqu’à aujourd’hui, Tati m’a accompagné toute ma vie, jusqu’à intégrer la pipe à chacune de mes parades du premier soir. Mais, au grand dam de ma grande dame, il ne fut pas le seul homme de ma vie.


    Baptisée Matilda par une admiratrice de Besson, j’espère ne jamais perdre mon ange gardien. Je n’oublie pas que l’arabe est une grenade et, sans jalousie, prie pour que mon Léon ne perde jamais le nord. Car c’est ce que nous sommes, deux opposées, deux rivales, deux amours. Au final, le sobriquet de Matilda ne fut pas adopté pour rien mais pour que Dahl… Pour que Dahl survive encore un peu en moi, dernier bon souvenir d’une adolescence compliquée, menacé par mon rejet de la lecture. J’ai voulu m’inspirer de lui, comme s’il en était venu à servir une nouvelle reine. Indirectement, c’est lui qui m’a donné des ailes. A force de rires et de tendresse, ses textes m’ont appris à en avoir R.A.F de l’éthique et à éloigner l’envoi en l’air de mes tics. Héritage arabe oblige, j’ai lu certaines de ses œuvres à l’envers, jusqu’à choisir de vider des bouteilles pour chasser mes rêves, mais rien n’a pu m’empêcher d’avancer à ses côtés. Rien n’a pu me faire tiquer, d’or et déjà déterminée à choisir ce que je mangerai dans la boîte de chocolat de Forest. Protégée par ses mots, une pêche géante a envahi mon cœur et m’a éloignée des tourments de mon oncle.


    Si j’avais su qu’à ce fils de pute se joindraient trois brigands. Si j’avais su j’aurais sûrement abandonné, réaction logique mais futile. Finalement personne ne m’a prévenu et je me suis retrouvée face à mon propre géant glouton. J’avais déjà été avalée et recrachée enfant, et maintenant, cet ogre là, surnommé traumatisme, voulait me goûter à son tour. Incapable derrière les fourneaux, j’ai laissé Zeralda remuer sa cuillère et ait gavé mon monstre sans y aller avec le dos de la mienne. Du tabac à la drogue, de l’alcool à la douleur, je me suis envoyée en l’air jusqu’à croiser des gens de la Lune. Orpheline, les traits creux et le corps en allumette, j’ai vendu des fragments de moi-même aux passants. Les mains se sont tendues sans réussir à m’aider. Je craquais sous la pression, ou me contentait de les allumer, dernier réflexe de survie d’une pute abandonnée pour ce qu’elle était. Enfermée dans un nuage de fumée jusqu’à en irriter tes yeux Vesa. Une pluie de mascara bleu sur tes joues est venue m’éteindre lors d’un dernier baiser. Tu t’étais sacrifiée et j’ai voulu m’ériger en cité de ta fierté. Depuis je n’ai eu de cesse d’avancer, d’avancer, d’avancer juste pour nous éloigner de ce que j’étais.


    Aujourd’hui, je trône sur le souvenir de mes échecs et de mes réussites. Mon corps en guise d’armure, je me traite comme un avion de chasse : tout est perfectible, mais mes seules vulnérabilités ont été marquées de cicatrices. Consciente de mes faiblesses et de mes erreurs, le tumulte du passé ne viendra plus jamais ébranler ce tumulus dressé sur le passé. Tout ce qui pourrait me freiner c’est de ne pas aller assez vite, me laisser rattraper l’âge et perdre de vue mes objectifs. Etonnant non ? J’ai pris la peine de grandir pour survivre, maintenant que je vis, ma seule peur est de nous voir vieillir. Force est de constater que de tous mes anges gardiens, tu es la seule à avoir échappé au Paradis. Même si texte après texte, des projets, à mes côtés, me rappellent qu’il adorait les calembours.


« Moi je veux pas vieillir, je ne veux vraiment pas vieillir.

Je me vois déjà… fripé, racorni, déliquescent, dégueulasse, fientant sous moi.

Désespérément, honteux dans ma fétidité dernière et je ne veux pas vivre ça.

Pis d’abord j’aime pas les vieux.

Enfin c’est pas que j’les aime pas mais ils me foutent la trouille les vieux.

Vous avez pas remarqué que souvent les vieux, les vieux ont un regard plus d’ici.

Un regard bizarre. Un regard étrange.

Y a même des vieux qui n’ont plus de regard du tout.

Rien. Le noir. »

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