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Quand l'élève est prête, le Maître apparaît...

Chapitre 20

Premier week-end de soumission - Vendredi (5/5)

SM / Fétichisme

(NDLA : * devant la phrase de dialogue indique qu’elle est en Japonais. Merci de ne pas le corriger).


Mon esprit, encore secoué de ce début de soirée inhabituel, peine à se calmer. Tout se mélange, se percute violemment dans ma tête : excitation, gêne, honte, douleur et plaisir. Comment peut-on ressentir tout ça en si peu de temps ? Mon corps qui s’est laissé emporter par le plaisir, mon cerveau qui luttait contre, pour finalement capituler devant lui. Je me sens si bien contre Mathieu, que je souhaite que le temps suspende son vol et les heures leur cours, comme l’écrivait si bien Lamartine. Sa main continue de me caresser l’épaule.


— Comment te sens-tu, maintenant ? me demande-t-il tout bas.

— Je vais bien, Monsieur… je… je dois avouer que je ne me suis jamais sentie aussi bien. C’est…

— Bizarre ? demande-t-il.

— Non, réponds-je en secouant la tête. Pus que ça… perturbant, oui… perturbant.

— Dis-moi.


J’essaie de mettre un peu d’ordre dans mes sensations et dans mes idées.


— Je dois être dingue, car j’ai aimé tout ce que vous m’avez fait. De vous attendre nue à… à la fin… Même…

— Même la fessée ?

— Oui, reconnais-je en baissant la tête pour cacher mes joues rougies. Comment peut-on aimer ça ? Je me sens comme une perverse…


Il me coupe la parole en posant un doigt sur mes lèvres.


— C’est dans ta nature d’être soumise. Pourquoi ? On ne le sait pas. Cela te perturbe car une telle soumission n’est pas dans ton éducation. Bien sûr, on se soumet très souvent, aux lois, à la hiérarchie, à la famille…

— À la famille… dis-je en frissonnant à la pensée de la mienne.


Quand je vivais chez mes parents, mon père imposait sa loi sans aucune concession et mes aînés se chargeaient bien de me le rappeler, surtout Stéphane, qui a quatre ans de plus que moi. Ma mère n’a jamais eu son mot à dire, quel que fût le sujet. Jusqu’au jour où j’ai décidé de m’échapper de ce carcan, quand j’ai eu dix-huit ans. Je pousse un profond soupir.


— Tu sais ce qui risque de t’arriver, maintenant, murmure Rationnel.

— Laisse-la donc vivre, cette petite, me défend Animal. Elle a coupé les ponts avec ces indésirables.

— On ne quitte pas la famille comme ça, répond Rationnel, prenant la voix de Robert de Niro, dans les Incorruptibles.

— Oh, ça va, Capone d’opérette !

Silence, vous deux…


— Chutttt… lâché-je un peu plus fort que je ne l’avais pensé.

— Qu’y a-t-il ?

— Euh… rien… Je… je vois ce que vous voulez dire, Monsieur.

— Ah ?


Je me détache de lui et me recroqueville. Posant le menton sur mes genoux, je pousse un profond soupir.


— Une famille trop… comment dire… stricte, patriarcale… soucieuse de l’image qu’elle renvoie et…


Je ne peux pas finir ma phrase : un immonde gargouillis s’élève de mon estomac. Plus que gênée, je baisse la tête et pose mes mains sur mon ventre, en balbutiant des excuses. Le rire de Mathieu résonne. Sa grande main vient m’ébouriffer les cheveux avant de détacher le collier. Je suis surprise de le voir me l’enlever. Il prend l’ornement et le caresse sensuellement avec un sourire.


— Je n’ai pas vu le temps passer. Il est tard. Va prendre une douche et nous dînerons.

— Je… commencé-je en posant ma main sur mon cou nu.

— File sous la douche.

— Très bien.


Bien que je me sente brutalement congédiée, je lui obéis. Je me lève le plus dignement possible, en essayant de cacher au mieux ma soudaine inquiétude et me dirige vers la salle de bain. Je me glisse sous l’eau chaude. Même si je sais que l’eau chaude et le cuir ne font pas bon ménage, je ne peux pas m’empêcher de me laisser envahir par le doute en passant une main sur mon cou.


— Tu vois, c’est pour ça qu’il te l’a enlevé.

— Merci, murmuré-je, quelque peu rassurée.


Je finis de me rincer et attrape la serviette dont je me suis servie un peu plus tôt. Je m’essore les cheveux et sors de la douche, cherchant l’autre drap de bain. Je suis surprise de voir Mathieu adossé contre la porte, un sourire sensuel sur les lèvres, tenant un peignoir. D’un signe de la tête, il me fait comprendre de le rejoindre. Le corps encore ruisselant d’eau, je m’exécute et, arrivée devant lui, lui tourne le dos. Il m’aide à enfiler le vêtement doux et chaud, avant de m’enlacer.


— Tu es très sexy, comme ça.

— Mer-merci, Monsieur.

— Tu dois avoir faim.

— Oui, Monsieur.


Passant un bras autour de mes épaules, il me conduit au séjour. Pendant que je prenais ma douche, il a dressé la table juste à l’endroit où il m’a attachée et fait réchauffer le dîner. Deux assiettes noires, hexagonales, accompagnées chacune d’une paire de baguettes et d’une cuillère à soupe japonaise, sont posées sur une nappe gris clair. Il tire une chaise et m’invite à m’asseoir, avant de s’éclipser dans la cuisine. Je suis gênée de le voir s’occuper du dîner.


Ne serait-ce pas à moi de le faire ?

— Evidemment, tu es sa soumise, me rabroue Animal.

— Sans doute pas pour longtemps, constate Rationnel. Il est où ton collier, hein ?


Spontanément, je porte la main à mon cou nu. Je me suis dit qu’il me l’a juste enlevé pour ne pas le mouiller, ni l’abîmer, mais il ne me l’a pas remis. Se serait-il déjà lassé de moi ? Ou bien est-ce que je ne réponds pas à ses attentes ?


— Tu te prends trop la tête, petit agneau, murmure Animal, essayant sans doute de me rassurer.

— Ça ne serait peut-être pas plus mal, note Rationnel.


— Quelque chose ne va pas ?


Un grand bol de Ramen, des nouilles japonaises, apparaît sous mon nez. Je me laisse envahir par les arômes qui en émanent. Mon estomac gargouille de nouveau, provoquant le rire de Mathieu. Je lève les yeux vers lui tandis qu’il s’assoit à côté de moi en souriant. Par réflexe, je pose la main sur mon cou.


— Il te manque déjà ? me demande-t-il avant de plonger sa cuillère dans le bouillon.

— Je… enfin…


Je ne sais pas comment lui exprimer mes doutes, ni mes questions. Je m’exaspère devant mon incapacité à lui parler franchement. Il ne dit rien, attendant patiemment la suite.


— M’avez-vous juste retiré le collier pour ne pas que l’eau l’abîme ou bien n’ai-je pas été à la hauteur de vos attentes ?

— Qu’est-ce qui te fait penser ça ? demande-t-il en posant son couvert, avant de joindre ses mains au-dessus de son bol et d’y poser son menton.

— Je n’ai été qu’une source de déception pour mes parents, avoué-je baissant la tête, abattue. Alors…


Je l’entends soupirer. Est-il fatigué, agacé ou franchement énervé ?


— Tant que tu feras de ton mieux pour me satisfaire, tu ne me décevras pas. Même si tu échoues. Rien que ce soir, tu as fait beaucoup d’efforts pour me contenter. Tu sors lentement de ta zone de confort. Je suis satisfait de ta motivation.

— Vraiment ? lui demandé-je en relevant le nez de mon bol.

— Sache que je ne te complimente pas juste pour te faire plaisir. Tes efforts seront récompensés, même s’ils se soldent par un échec. Par contre, désobéissance et désinvolture seront punies. Tu l’as bien vu ce soir.

— Oui, Monsieur, réponds-je en songeant à mes fesses encore douloureuses.

— Tu as subi deux épreuves inattendues, émotionnellement intenses. Alors, j’ai décidé de calmer le jeu pour ce soir. De toutes manières, le cuir n’aime pas l’eau chaude.


— Tu vois, triomphe Animal, il se soucie de son bien-être.

— Oui, oui… répond Rationnel, peu convaincu.


Il empaume son bol et attrape plusieurs nouilles avec ses baguettes avant de les aspirer très bruyamment. Je ne peux pas m’empêcher d’écarquiller les yeux avant d’éclater de rire. Il me lance un regard mi-amusé, mi-outré en avalant sa deuxième bouchée de nouille.


— Te moques-tu de moi ?

— Non… enfin… je n’oserais pas… réponds-je en me retenant difficilement de rire. Je ne vous imaginais pas manger comme ça.

— Vous saurez, jeune fille, dit-il en prenant un ton professoral, que c’est la manière correcte de manger des nouilles.

— Ah bon ? demandé-je en souriant avant de boire une gorgée de thé vert.

— Oui. Les Japonais mangent toujours rapidement et encore chaud. Aspirer les nouilles avec la soupe et un peu d’air permet de les refroidir un peu et de manger sans se brûler. Essaie, tu verras.


Je porte le bord du bol à mes lèvres et attrape quelques nouilles. Elles sont en effet encore bien chaudes. Dans un slurp immonde à mes oreilles, je les aspire. Je constate qu’en effet elles sont moins chaudes. Dans ma bouche, c’est une explosion de parfum : le bouillon de bœuf, le sésame, les oignons nouveaux, le gingembre… un mélange aussi subtil que délicieux.


— Hmmm, comme ch’est bon, cha ! réponds-je en plissant les yeux.

— Je vois ça, constate-t-il avec plaisir. Je me suis dit que tu en avais peut-être assez des sushis et des makis. Ne connaissant pas tous tes goûts, j’ai tenté le Ramen.

— Merci, Monsieur. Il est succulent. Je mange à peu près de tout, sauf les mollusques et les crustacés et les abats. Je suis juste allergique aux cacahuètes.

— Oui, je sais. Nathalie me l’a dit, se contente-t-il de me dire avant de reprendre son repas.


Je me sens un peu gênée par le silence, uniquement perturbé par des slurps à profusion que nous émettons en mangeant nos nouilles. Quand je mange avec Nathalie, nous avons toujours un sujet de conversation, boulot, mecs, fringues, musique. Mais je ne sais pas de quoi parler avec Mathieu.


Voyons, qu’est-ce que je sais de lui ?

— C’est un pervers, me raille Rationnel…

— Pfff… idiot… il aime les modèles réduits… commence à énumérer Animal.

Oui, il en a parlé au livreur.

— Les arts martiaux…

Ça, c’est Nathalie qui me l’a dit.


Je regarde un peu autour de moi. La décoration est assez sobre. Derrière Mathieu, contre le mur couleur taupe, se trouve un petit meuble rempli de DVD. L’étagère supérieure est occupée par un sabre, probablement japonais si j’en juge par la forme. Je frissonne à l’idée de voir une arme aussi dangereuse ici. Mathieu regarde dans la même direction.


— C’est un sabre de collection, une réplique d’une arme très ancienne. Un cadeau d’un ami japonais.

— Vous semblez aimer les beaux objets de collection : le modèle réduit, le sabre… Vous ne vous encombrez ni de meuble inutile, ni de décoration futile. Presque… spartiate.

— Je préfère la qualité à la quantité, dit-il en finissant sa tasse de thé.


Son regard me transperce à nouveau. Je ne comprends toujours pas ce qu’il me trouve. Je pose mes baguettes sur le bol vide avant de croiser mes bras sur la poitrine.


— Vous en savez beaucoup sur moi et moi quasiment rien sur vous.

— J’aime entretenir cette aura de mystère, dit-il avec son sourire ravageur. Il paraît que c’est très sexy.


Je ne vous le fais pas dire…


Je me secoue intérieurement. Je ne dois pas me laisser embobiner par ce sourire charmeur, ni par sa réponse qui n’a qu’un seul objectif : détourner mon attention de lui. Je lui offre en retour mon plus beau sourire commercial, en plissant légèrement les paupières. Mon sourire de petit chat, comme aimait le dire ma marraine. Celui que j’utilisais dans mes rares négociations avec elle. Il prend une gorgée de thé et repose la tasse lentement, cherchant sûrement une nouvelle échappatoire. À ma grande surprise, il lève les mains comme en signe de reddition.


— Je pensais avoir de meilleures armes que toi, mais avec ce sourire et ce regard, tu m’as vaincu. Que veux-tu savoir ?


Il me prend de court. Je m’attendais à plus de résistance de sa part. Je dois profiter de cette ouverture. J’ai déjà eu beaucoup d’informations par Nath’. Que lui demander de plus ? Je le vois me sourire avec taquinerie. Il doit imaginer les rouages de mon cerveau s’activer.


— Il pense que tu vas te dégonfler, susurre Animal.

— Tu ferais mieux de ne pas t’engager dans cette voie, me conseille Rationnel. Tu risques d’être déçue.


Je fais le point sur ce que je sais déjà.


— Vous connaissez Nath’ depuis les bancs de la fac’. Vous n’étiez pas spécialement populaire mais vous n’étiez pas harcelé non plus. Etudiant sérieux. Bons résultats je suppose.

— Sans faute pour l’instant.

— Solitaire, vous préfériez les modèles réduits à vos semblables. Pourtant, vous êtes fidèle en amitié et très protecteur avec ceux qui vous sont chers… au point d’envoyer un mec en réanimation avec un traumatisme crânien assez sévère.

— Touché. Tu es bien renseignée.

— Je n’ai pas interrogé Nath’, si c’est ce que vous pensez. Elle a juste voulu clarifier votre relation, pour éviter tout malentendu.

— C’est une fille super, qui est tombée sur un sale type au mauvais moment. Je n’ai pas pu le supporter. La violence n’est pas la réponse à tous les problèmes, mais parfois elle est la seule quand la raison est dépassée. Est-ce que je regrette ? Non, en aucune façon. Si c’était à refaire, le referai-je ? Sans aucun doute s’il s’agit de protéger quelqu’un qui m’est cher.


Son regard se pose sur moi. Un regard tendre, mais plein de détermination.


Ferais-je partie de ces êtres chers ?

— C’est sûr, clament Rationnel et Animal.


— J’ai eu beaucoup de chance qu’il ne retrouve pas la mémoire de ce qui est arrivé, reconnaît-il. Amnésie post-traumatique ont-ils dit à l’hôpital.

— Hmmm, laissé-je échapper. Et ces deux années ?

— Deux ans, oui… Je suis parti au Japon, pour y apprendre la langue et y travailler.


Sa voix prend un ton étrange, plus bas, plus rauque.


— Il n’a pas seulement acquis la maîtrise de la langue, murmure Rationnel.

— Oh, oui… il a découvert autre chose… chuchote Animal. Non, il s’est découvert autre chose…


— C’est… là-bas que vous avez compris que vous étiez… un Dominant ?

— Oui, dit-il sèchement avant de se lever pour débarrasser.


Sans un mot, il attrape ma vaisselle et mes baguettes pour les emporter à la cuisine. J’entends l’eau couler. J’hésite à attendre ici ou aller l’aider. Je finis par me lever et le rejoindre. Arrivée derrière lui, je défais le peignoir et le laisse tomber sur le carrelage.


— Laissez-moi vous aider, Monsieur.

— Si tu veux. Tiens, tu…


Il se tourne vers moi en me tendant un torchon et reste bouche bée devant ma nudité. Je lui souris.


— C’est ce dont nous avions convenu, Monsieur. Aucun vêtement jusqu’à dimanche soir.

— Si tu le souhaites… essuie donc la vaisselle.


Il reprend son ton de Maître autoritaire. Avec un sourire, je m’empare du tissu et essuie la vaisselle au fur et à mesure qu’il la nettoie. Il en profite pour m’indiquer où trouver ce dont je pourrais avoir besoin demain. J’hésite à reprendre notre discussion ou à le laisser y revenir de lui-même. D’un côté, j’ai peur de le braquer et de l’autre qu’il se défile à nouveau.


— Il va parler, annonce Animal, sûr de lui.

— Il va se défiler, fait Rationnel sur le même ton.

Je ne sais pas…


— On ne se réveille pas dominant du jour au lendemain, finit par dire Mathieu en me tendant un bol. C’était en moi depuis longtemps, mais je n’arrivais pas à comprendre ce que c’était.


Il m’explique que son père dirigeait un cabinet d’architecture à Lyon. Il avait toujours souhaité faire de Mathieu son successeur. Il avait fait en sorte d’orienter les études de son fils dans cette direction : d’abord la gestion, pour gérer correctement une entreprise. Puis, il comptait l’inscrire dans une école d’architecture de renom, à Paris. Mais Mathieu avait toujours préféré les livres et voulait s’orienter dans l’édition. Sa mère, infirmière dans un service d’urgences, était trop épuisée moralement et physiquement pour prendre part au débat. Seule sa sœur aînée, Claire, le soutenait. Ayant une passion pour le dessin et les mathématiques, elle était prête à suivre une formation d’architecte. Malgré cela, leur père n’en démordait pas : c’était Mathieu qui devait prendre sa succession.


Lucas, un ami du lycée dont le père travaillait au consulat français de Kyoto, lui avait proposé de devenir le gérant d’un bar qu’il venait de monter. Ses études de gestion étaient un précieux atout pour ce projet et il n’avait pas mis longtemps à se décider à accepter. Il avait dû faire ses documents en douce car à cette époque, encore étudiant, il vivait encore chez ses parents, entre un père autoritaire et une mère quasi-absente.


— Mon père était furieux, dit-il en me prenant le torchon pour s’essuyer les mains avec avant de l’accrocher à une patère. Il m’a dit que si je passais la porte de chez lui, je n’y remettrais plus les pieds.

— Ah oui, quand-même… murmuré-je en rangeant le dernier bol.

— Comme tu dis… répond-il en sortant deux assiettes à dessert. Regarde dans le premier tiroir du congélateur, il y a une boîte de mochi glacés au thé Matcha.


Je m’accroupis, ouvre vivement la porte du congélateur et le premier tiroir. Ma peau se couvre de frisson au contact du froid. Je lâche un cri de surprise, ayant oublié ma nudité, et sors rapidement la boîte avant de la lui donner sous son rire moqueur. Il pose la boîte sur le meuble et caresse mes tétons dressés du bout des doigts. Je lâche un gémissement de plaisir puis de frustration lorsqu’il arrête.


—  Ils sont très beaux quand ils se dressent, me dit-il, en ouvrant la boîte. Tu aimes le thé Matcha ?

— Je n’en ai jamais bu.

— C’est un peu amer, mais je pense que tu vas aimer. Allez, viens.


Il me donne une assiette et retourne s’installer sur le sofa. Je le rejoins. Je suis grisée par son regard qui se promène sur mon corps avec gourmandise. Jamais un homme n’avait posé un tel regard sur moi. Tout ce que les autres avaient vu en moi était une empotée timide et renfermée.


— Lui distingue autre chose, murmure Rationnel.

— Il perçoit au-delà des apparences, ajoute Animal. Il te voit toi.

Qui vois-je en le regardant ?


Un homme, sûr de lui, rassurant. Un homme qui me désire telle que je suis, avec mes défauts et mes qualités. Et moi… j’ai envie de les lui offrir. Je le rejoins et m’agenouille à ses pieds. Il me caresse les cheveux.


— Tu n’es pas obligée, ce soir.

— Et… et si j’en ai envie ?

— Pfff… comme tu veux, lâche-t-il avant de prendre un mochi. J’ai rencontré mon Senseï six mois après mon arrivée à Kyoto.


Je lève discrètement les yeux vers lui. Son regard se porte au-delà de la fenêtre, au-delà des limites de la ville. Je suis certaine qu’il se porte jusqu’au Japon.


* * * * *

Durant les quatre premiers mois qui ont suivi son arrivée au Japon, Mathieu a suivi des cours intensifs de japonais avec Lucas au consulat. Il a aussi pu se familiariser avec les différentes coutumes et habitudes Kyotoïtes ainsi qu’avec les futurs fournisseurs du bar. Certains ont vu d’un mauvais œil l’arrivée de ces deux Gaijin – des étrangers – dans le quartier et le commerce local. Mais Lucas a assuré qu’exceptés Mathieu et lui, le personnel serait local, et principalement composé d’étudiants. Bien qu’ils ne leur aient pas mis des bâtons dans les roues, Lucas et Mathieu ont bien senti qu’ils n’allaient pas beaucoup les aider non plus. Mais les deux jeunes hommes voulaient faire leurs preuves et se sont remonté les manches.


À force de travail acharné, ils sont parvenus à acquérir de très bonnes bases de japonais pour soutenir une conversation et, à l’ouverture du bar, six étudiants japonais sont venus constituer l’équipe : deux barmans et quatre serveurs, issus de trois universités différentes. Grâce à cette stratégie d’embauche pensée par Mathieu, la fréquentation du bar n’a fait qu’augmenter depuis son ouverture. Lucas et Mathieu ont réussi à y installer une atmosphère chaleureuse. L’équipe tourne bien, l’ambiance est agréable. Le bouche-à-oreille parmi les étudiants a bien fonctionné.


Un soir, un peu avant la fermeture, Aiko, l’une des serveuses, s’est fait harceler par trois clients éméchés. Ils ont voulu la faire boire et venir avec eux à l’hôtel. La voix effrayée de la jeune femme a attiré l’attention de Mathieu qui est allé s’enquérir de la situation.


*— S’il vous plaît, a-t-elle insisté, laissez-moi travailler. Mon patron arrive !

*— Pfff, tu crois que ce Gaijin nous fait peur ? a demandé le plus âgé, qui devait avoir à peine vingt ans.

*— Le Gaijin, lui a calmement répondu Mathieu, passant un bras autour des épaules de la jeune femme, vous recommande de terminer vos boissons, régler la note et partir.


Un quart d’heure plus tard, le bar a été déserté.


Si les deux hommes ont été inquiets des répercussions de l’incident sur la fréquentation du bar, ils ont été vite rassurés, dès le lendemain. Après dix-huit heures, une file d’attente s’est formée sur dix mètres pour accéder au bar. Aiko leur a expliqué que l’attitude de Mathieu a fait le tour du quartier par les quelques clients témoins de l’incident.


*— Ils se sont sentis en sécurité en vous voyant intervenir calmement.


Mathieu a regardé la jeune femme retourner en salle pour son service. Il l’a trouvée plus détendue.


— Je n’en reviens pas moi-même. Je voulais… juste la protéger, c’est tout.


Quelques jours plus tard, Aiko est venue présenter un homme à Mathieu.


*— Monsieur, mon Maître, Sojiro-Sama, souhaiterait vous rencontrer.

*— Ton Maître ? a-t-il demandé surpris.

*— Oui, a-t-elle répondu en écartant le col de son chemisier, dévoilant un délicat collier de cuir orné d’un anneau de bronze.

*— Je… je ne comprends pas.

*— Venez à cette adresse, demain soir, lui a-t-elle dit en lui remettant une carte. Venez seul. Vous seul êtes concerné.


Après une rapide courbette, Aiko est partie, laissant un Mathieu abasourdi, tournant et retournant la carte entre ses mains.

* * * * *


J’entends Mathieu pousser un gros soupir, comme s’il était fatigué.


— Aiko était la soumise de Sojiro ? lui demandé-je.

— Oui. Depuis sa majorité, elle vivait avec lui. Les seules conditions qu’il lui avait imposées étaient de poursuivre ses études et de travailler pour les financer, car il ne pouvait que lui offrir le gîte et le couvert comme il le disait. Sojiro était un Maître de Kendo. Il est devenu mon Senseï.


— C’est… lui qui vous a aidé à comprendre que vous étiez… un Dominant ?

— Oui. Il m’a aidé à en prendre conscience et surtout à l’assumer.

— L’assumer ? demandé-je.

— Oui. Tu devrais manger tes mochis, ils sont en train de fondre.

— Oui, Monsieur. Mais… les vôtres aussi.

— Tu as raison.


Nous mangeons chacun nos desserts. Je suis surprise par la douce amertume du thé Matcha. C’est une saveur inédite pour moi. Le sorbet contenu dans la boulette de riz gluant coule sur nos doigts. Je ne peux pas m’empêcher de lécher mon index et mon majeur. Je rougis en croisant le regard de Mathieu sur mes lèvres resserrées sur mes phalanges. Voyant un peu de sorbet sur les siens, je pose mon assiette et lui attrape la main avant de lécher ses doigts l’un après l’autre. Un soupir de plaisir s’échappe de ses lèvres.


— Je crois que tu n’as pas fini de m’étonner, toi.

— J’espère Monsi…


Je n’arrive pas à finir ma phrase qu’un bâillement vient disgracieusement m’interrompre. Je me confonds en excuse. Mathieu en profite pour mettre un terme à la discussion, à mon grand désarroi.


— Sois sage et obéissante demain et tu auras la suite.

— Mais… protesté-je.

— Ne discute pas. Tu dois être fatiguée, non ?

— Oui, reconnais-je en tressaillant à l’idée de dormir au pied de son lit sur le futon.


Je le regarde se lever et se diriger vers la chambre d’amis, surprise. Il s’arrête sur le pas de la porte et se retourne en me tendant la main. Je me lève et le rejoins. Arrivée devant lui, je ne peux pas m’empêcher de lui demander pourquoi.


— Mon jeu, mes règles, se contente-t-il de me dire. Passe une bonne nuit et n’oublie pas, sois debout pour huit heures. J’ai laissé ton téléphone portable sur le chevet.


Il dépose un baiser sur mon front et me laisse seule dans la chambre. J’entends ses pas s’éloigner. Va-t-il dans sa chambre ? Reste-t-il dans le séjour ? Je l’ignore et préfère le laisser seul. Je m’installe sous la couette et règle le réveil de TdS pour sept heures trente. Le matelas est souple est confortable. Fermant les yeux, je m’enfonce aussi rapidement dans le sommeil que dans mon cocon chaud et douillet.


* * * * *

Mathieu regarde la jeune femme s’enrouler dans la couette après avoir réglé son réveil. Il referme la porte entrebâillée. Il attrape les assiettes à dessert sur la table pour les poser dans l’évier avant de se servir un verre de scotch. Son verre à la main, il sort sur la terrasse, derrière la cuisine. La vue qu’il a du jardin aquatique l’apaise énormément.


— Tu vas vraiment tout lui dire ? lui demande son loup.

— Non, c’est trop tôt. Moins elle en saura, mieux ça vaudra. Je ne peux pas lui dire que j’ai demandé à Thomas d’enquêter sur elle. Déjà que poser des questions à Nathalie était limite…

— Tu ne pouvais pas faire autrement… mais tu as poussé loin.

— Sans cela, je n’aurai jamais pu faire le rapprochement avec lui…


Il prend une gorgée de scotch et ferme les yeux pour offrir son visage à la caresse de vent frais.


— Quelque part… vous vous ressemblez. Un père autoritaire et rigoureux, une mère soumise et chacun de vous à l’opposé de l’autre. Elle soumise inconsciente et toi, dominant refoulé.

— Quelle était la probabilité pour que je tombe sur elle dans cette boîte ? Et que j’y sois venu… à cause d’elle, finalement ?

— L’univers n’est-il pas étrange ? Il a fait en sorte de la mettre sur ta route. Pourquoi à ton avis ?

— Je l’ignore encore… mais je compte bien m’en servir pour le mettre en échec.

— Tssss… peut-être est-ce une mauvaise idée finalement.

— Trop tard, dit-il en finissant son verre d’un coup, la partie dure depuis bien trop longtemps. Il est temps que j’y mette un terme.

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