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Ce que je suis

Chapitre 1

Accident

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Une histoire érotique écrite par

Fantasme
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Paris à la fin mai offrait quelques possibilités de s’amuser à deux nanas au seuil de leurs 19 ans en vacances après une première année de fac. J’avais rencontré Chloé à la mi-septembre 2015 en intégrant la section Lettres modernes de la Sorbonne, quand la peur de l’inconnu se disputait au désir de réussir. Restait huit mois plus tard la certitude d’avoir suivi la bonne voie, ma passion pour la littérature se confirmait ; heureusement car aucun autre centre d’intérêt ne me faisait vibrer.

Les mecs ? Bof ! Ça ne valait pas un bon bouquin. La comparaison avait provoqué des crises de fou-rire dans l’amphithéâtre même parmi les rangs de la gent masculine. Quelques expériences pitoyables m’avaient refroidie au point de décréter un moratoire sur mes relations amoureuses. Chaque chose en son temps disait le proverbe, si l’oiseau rare croisait mon chemin, je saurai bien le reconnaître. Le fait qu’il se fasse attendre ne m’empêchait pas de dormir.

On s’éclatait davantage entre copines à l’écart des réflexions machistes, des regards libidineux, des propositions graveleuses. Pour les mecs, la drague consistait à fabuler, à se faire mousser en public d’une voix forte pour marquer leur territoire, mais surtout à ne jamais prendre le temps de s’intéresser à nous autrement que sur un plan physique. Nous étions des proies dans l’esprit des jeunes coqs à l’ego surdimensionné. Certaines s’en satisfaisaient, tant mieux pour elles, ou pour eux.

Ma libido plutôt discrète en apparence, l’approche de la volupté se faisait en secret dans ma chambre par des attouchements, par des caresses innées que j’avais appris à maîtriser au fil du temps jusqu’à distinguer la notion de plaisir. La masturbation restait un exercice gratifiant capable de calmer les poussées hormonales. Là non plus aucune question, aucun malaise provoqué par une sensation de manque.

– À quoi tu penses ? s’esclaffa Chloé la joue collée à la mienne au-dessus du lavabo de la salle de bain, amusée de surprendre ma réflexion dans le miroir. Tu veux y aller ou pas à cette soirée ?

Les courts cheveux blonds frangés sur un front haut, les sourcils bien dessinés plus sombres, le profond regard bleu en perpétuel mouvement, le nez moucheté de taches de son, deux adorables fossettes mettaient la petite bouche sensuelle entre parenthèses. Sa beauté naturelle n’avait besoin d’aucun artifice.

Sur un plan personnel, les cheveux châtains mi-longs coiffés en un chignon informe, les sourcils fournis me donnaient un air buté. Les yeux bleus, le nez droit un peu épaté à la base, la bouche charnue ouverte sur la lèvre inférieure ourlée, je m’enorgueillissais d’un teint hâlé hiver comme été.

– Ça ne coute rien d’aller y faire un tour, on jugera sur place.

Les soirées étudiantes n’étaient pas réservées à l’intégration de la nouvelle vague, en début d’année peut-être, mais cela se transformait rapidement en « Binge Drinking » au cours desquels il fallait boire jusqu’à l’ivresse en un minimum de temps ou en « piège à nanas » qu’il serait inutile d’expliquer. Ça revenait moins cher de louer une salle pour s’enfiler des bouteilles à bas prix que de se retrouver dans un bistrot ou dans une fête sous contrôle de la fac.


Première constatation ce mercredi 25 mai peu après 21 heures, le lieu choisi près du Cirque d’Hiver dans le 11ème arrondissement avait de l’allure. L’entrée de la maison en duplex donnait sur un grand séjour avec cuisine ouverte, transformé à l’occasion en boîte de nuit. À l’arrière, une minuscule courette permettait de reposer les oreilles d’un excédent de décibels, aussi de retrouver ses esprits après une autre forme d’exagération. L’alcool coulait déjà en abondance.

– J’ai des doutes, susurra Chloé à mon oreille.

Moi aussi j’en avais. Les soirées organisées chez un particulier ressemblaient à des nasses dans lesquelles il suffisait d’attirer quelques nanas pour s’autoriser des privautés. On entendait à la fac toutes sortes d’histoires comme des orgies sexuelles orchestrées à l’avance ou consécutives à un abus d’alcool. La jeunesse adorait repousser ses limites, au-delà parfois du raisonnable. Jusqu’à quel point devait-on croire à ces légendes ? Je préférais ne pas le savoir.

– Un punch ? proposa le grand brun au buffet organisé sur la table de la cuisine. Je vous offre le premier verre.

On préféra payer des bières bouteilles décapsulées sous nos yeux par prudence. Une trentaine de jeunes s’entassaient dans le salon aux volets clos derrière les vitres fermées, « Pour que les voisins n’appellent pas les flics à cause du bruit. » martela le fils des proprios absents. Cette justification en valait une autre. Chloé attentiste s’adossa au mur dont le papier peint à motifs floraux commençait à souffrir.

Danser représentait pour nous le principal intérêt d’une sortie, la meilleure manière d’extérioriser un trop plein d’énergie. Parfois aussi on fréquentait les salons littéraires dans la mesure où les sujets de débat nous intéressaient. Le manque d’espace interdisait la première option, les rires gras ne témoignaient pas en faveur de la seconde.

– Alors les meufs, c’est l’éclate ? lança faussement débonnaire le type sorti tout droit du film Banlieue 13.

Je refusai d’entrée le joint tendu par le faux étudiant, certains signes ne trompaient pas. Le langage, la tenue vestimentaire, tout de lui dénonçait le trafiquant invité à faire son business en échange d’un peu de came gratuite pour l’organisateur. Non fumeuses, on n’allait pas céder à ce genre de produit. Chloé prit le parti de mettre de la distance entre l’importun et nous, elle m’entraîna par le bras dans la cuisine.

– Jolis culs ! siffla le personnage avant de se fondre parmi les fêtards.

Je me retins de le rattraper pour le gifler.


Manque d’air, chaleur quasi-estivale, alcool, la combinaison fit rapidement grimper la température. Certains tombèrent la chemise ou le tee-shirt comme des supporters de foot moins d’une heure après notre arrivée, l’invite était claire. Les encouragements à se déshabiller ne tardèrent pas à suivre, quelques nanas acceptèrent de jouer le jeu selon les règles imposées.

Ni Chloé ni moi ne trouvant un quelconque attrait à l’exhibition vulgaire dans un intérêt lubrique, mon mauvais caractère revendiqué nous sauva du piège grossier. On assista de loin par prudence à la mise en place d’un canapé au centre du salon, comme la scène d’un théâtre interactif. Si cela pouvait paraître innocent dans l’ambiance festive, je me doutais du but de la manœuvre.

Quelques filles se concertèrent du regard, l’une d’elles à la réputation sulfureuse se retrouva bientôt à poil sur le divan tandis qu’une dizaine de garçons se débraguettaient. Ils n’allaient pas tirer à la courte paille en comparant leur anatomie ! Si, pourtant, alors certaines histoires entendues dans l’amphi me parurent moins improbables.

Le vainqueur se présenta face à la fille. Ce n’était pas la première queue qu’il m’était donnée de voir mais la plus impressionnante, même à demi gonflée. Elle soupesa les testicules d’une main prudente avant de masser la base de la hampe qui prit du volume jusqu’à se dresser, longue et massive, agitée de soubresauts.

La virilité s’enfonça lentement dans le fourreau humide de la bouche. Le mec ravi dodelina de la tête, la nana s’activa de plus belle. Elle n’en était apparemment pas à sa première pipe, sucer lui procurait beaucoup de satisfaction. Consciente d’être observée, les lèvres distendues, elle avala l’engin aux trois-quarts. La présence imposante grossit encore dans sa bouche, flattant son ego.

Des soupirs démontraient l’attrait du spectacle sur certains lassés d’un rôle passif, des couples se formèrent, dont certains inattendus. La soirée se transformait en orgie à laquelle nous étions décidées à échapper. Déjà quelques regards brillants de luxure se tournaient vers nous.

– Vous partez ? se lamenta l’organisateur sur la pointe de ses chaussures pour ne rien perdre de la prestation sur le canapé.

On ne prétexta même pas un brusque coup de fatigue.


Chloé devait passer la nuit chez moi, alors finir la soirée dans le Marais s’imposa. Un membre de la famille en poste à l’étranger y possédait un pied-à-terre qu’il me prêtait, très utile pour ne pas avoir à bosser en parallèle des études. Ni loyer ni charges à payer, l’enveloppe mensuelle des parents souvent grossie par la générosité de mamie, je me permettais même le luxe de mettre un peu d’argent de côté.

Passée l’heure d’admirer les hôtels particuliers et autre lieux chargés d’histoire, de humer la fraicheur végétale des jardins habilement dissimulés entre deux immeubles, de musarder au gré des boutiques de fringues ou de bibelots, de suivre un circuit culturel parsemé de découvertes hétéroclites, le quartier surprenait par une intense vie nocturne orchestrée dans les nombreux bars.

– Tu connais ? souffla Chloé à mon oreille entre amusement et panique à une rue de chez moi.

La présence exclusive de nanas en train de fumer sur le trottoir annonçait la couleur, le 3 W Kafé, ouvert tous les jours de 17 heures à 2 heures, était considéré comme le lieu de rendez-vous incontournable des lesbiennes. Je lui répondis par circonspection sur le ton de la confidence pour ne pas froisser certaines à l’écoute, les étudiants étaient censés avoir l’esprit ouvert. La densité du petit groupe ralentit notre allure voulue tranquille pour ne pas attirer de réflexions.

– De réputation.

Des sourires agrémentés de quelques « salut les filles » célébrèrent notre passage. On aurait pu pousser plus loin la recherche d’un endroit où finir la soirée, mais les notes de house musique retinrent notre attention. Après tout, on ne risquait rien à y boire un verre sans avoir à subir le harcèlement des mecs. La paume de Chloé moite contre la mienne, je l’attirai dans le bar cosy aux lumières tamisées.

– Il y a du monde, s’étonna ma complice à haute voix afin de se faire entendre dans l’ambiance sans chichi. Je ne pensais pas…

– Bonsoir, l’interrompit une barmaid d’une trentaine d’années au sourire engageant, qu’est-ce que je vous sers ?

On se laissa tenter par la bière pression à un prix raisonnable. C’est bizarre mais je me sentis rapidement en confiance malgré la particularité du lieu. Peut-être que si l’une de nous avait été seule, les choses auraient été différentes ; de plus, venir à deux laissait présumer que nous formions un couple. Seule la serveuse nous décocha une œillade accompagnée d’un sourire, comme si elle avait deviné la situation. Notre attention se tourna rapidement vers le dancefloor.


– C’était sympa cette soirée, expira Chloé effondrée sur le profond canapé gris clair du salon en accord avec le mobilier épuré.

On venait de rentrer à minuit passé, libérées de certains préjugés mais incapables de reconnaître à haute voix l’étroitesse d’esprit encouragée par trois années au lycée. Effet de l’alcool sans doute, on préférait en rire plutôt que remettre en cause une honnêteté intellectuelle douteuse à ce sujet.

– En plus à deux pas de chez moi, j’y retournerai.

Ma complice perplexe me dévisagea.

– Seule ?

Sa dernière déception amoureuse remontait à quatre mois, un lointain souvenir. La décision prise de faire un break, elle était passée du statut d’amie à celui de confidente. Nous partagions le même goût de la littérature anticonformiste, classique ou moderne, avec une nette attirance pour l’œuvre d’Aurane Verdier, auteur de la nouvelle vague aux idées tranchées, une Simone de Beauvoir du 21ème siècle. Sa version inédite du mythe des Amazones guerrières, sa résolution de les présenter en victimes du pouvoir abusif des hommes, bousculait les concepts affichés depuis l’aube de l’Antiquité.

– Sauf si tu te décides à emménager avec moi, gloussai-je en lui tendant une cannette de vodka soda.

La soudaineté de la proposition lui arracha un « Oh ! » de surprise. L’idée venait de me traverser l’esprit sans aucune réflexion préalable.

– Ici ?

Le subtil mélange de stupéfaction et d’envie à peine contenue la rendait craquante. Je m’installai tout près d’elle avant de lui indiquer d’un mouvement du menton l’escalier près de la porte de la chambre.

– Il y a la mezzanine.

Chloé joua un instant avec la télécommande de la mini chaine hi-fi jusqu’à trouver les morceaux choisis de chill-out qui nous faisaient planer, puis reposa le boitier sur la table basse avant de retrouver sa place contre mon bras collé au dossier du canapé. On dormait souvent ici ou chez ses parents ces derniers temps, au point d’hériter du gentil surnom d’inséparables. Alors l’idée avait fait son chemin dans mon subconscient, dans le sien aussi peut-être.

– On voit ça au retour des vacances, jubila ma complice de cet air faussement pensif que je lui connaissais quand ma victoire était acquise, mais qu’elle se refusait à admettre pour faire durer le suspens.


L’abus d’alcool, la soirée dans un milieu lesbien, les mois de solitude ou un simple besoin de reconnaissance, toujours est-il que le passage dans la salle de bain prit une tournure inattendue.

– Tu as de beaux seins, siffla Chloé admirative devant l’ovale de mes globes fermes aux tétons sages dans les aréoles roses.

Jamais encore nous dévêtir en présence l’une de l’autre n’avait provoqué semblable réaction. Prise au jeu, j’exposai par une série de mimiques aguicheuses une silhouette élancée malgré l’opulence relative de ma poitrine jusqu’à la toison taillée avec soin au-dessus de mon abricot.

La raison profonde d’autant de provocation restait incompréhensible. Maintenant, il me fallait la regarder comme une éclipse du soleil dangereuse mais au pouvoir attractif irrésistible. Le processus du voyeurisme indépendant de ma volonté balbutia dans mes veines jusqu’à m’arracher des frissons.

Les petits seins ronds dont les tétons nichés dans de petites aréoles claires pointaient à l’opposé l’un de l’autre, le ventre plat bien dessiné, un chatoyant duvet blond s’étirait du pubis à son minou, Chloé ne s’était pas épilée depuis trois semaines. Elle m’offrit en riant le spectacle de ses jolies fesses plantées haut sur des cuisses galbées.

On se décida enfin à remplir la grande baignoire, cachant un trouble naissant derrière des rires forcés, concentrées sur les attitudes à adopter dans le but de mettre nos formes en valeur sous le regard indiscret de l’autre, comme si nos corps voulaient devenir des objets de convoitise indépendamment de notre volonté.


Le salon raisonna de rires francs une demi-heure plus tard, la provocation malsaine s’était délayée dans l’eau comme des sels de bain. Le besoin de sommeil contrarié par une grasse matinée, on se retrouva une fois encore sur le canapé à savourer quelques clips musicaux grâce à une connexion sans fil qui permettait de transformer la télé en écran géant d’ordinateur.

– Quand même, s’interrogea Chloé à voix haute, qu’est-ce qu’on a pu être connes de croire à toutes ces choses.

Interloquée, je tentai de saisir le raisonnement dans le sourire un peu embarrassé de ma complice.

– De quoi tu parles ?

– Des nanas au 3 W, répondit-elle en oubliant la musique. Tu les as trouvées toutes moches, toi ?

Non, bien entendu, mais je le savais déjà à découvrir l’homosexualité de certaines « femmes publiques » affichée sur le Net ou ailleurs, à croiser des contre-exemples dans le quartier. La raison de cette discussion m’intriguait davantage que la constatation de clichés plus ou moins sordides.

– Pourquoi tu me demandes ça ?

– Pour rien, mentit Chloé assurée ainsi de capter mon attention.

La tare physique, la tenue vestimentaire, le besoin de se démarquer, la volonté de se faire toutes les filles, le manque d’assurance vis-à-vis des mecs, le retour inévitable à la case hétéro, le phénomène de mode, je refusais de m’arrêter plus longtemps à ce genre de foutaises.

– On a souvent tendance à critiquer ce qu’on ne connaît pas.

– À ton avis, elles font quoi quand… ?

 Même escamotée, « la question » était enfin posée, mon amie venait de dévoiler la raison principale de la discussion. Je pris le parti d’un rire blasé.

– Comment je le saurais d’après toi ? T’aurais dû leur demander tout à l’heure.

L’agressivité de ma réaction m’arracha une grimace, les récentes provocations dans la salle de bain marquaient sans doute mon esprit. Charitable à l’excès ou manipulatrice hors pair, Chloé ignora le malaise.

On aurait pu décoder les réponses sur Internet à condition de passer la nuit à enrichir notre vocabulaire, sinon s’en remettre aux nombreuses vidéos. Ma complice opta pour la facilité, je laissai faire même si regarder du porno ne m’inspirait pas spécialement. Elle finirait par s’amuser de la situation, m’entrainant dans son délire. Notre amitié se construisait sur tout et n’importe quoi.


Quitte à mater des nanas, autant les choisir à notre goût ; « initiation lesbienne » en phrase clé, le moteur de recherche proposa une série de scènes d’inceste supposé entre une femme mûre et une jeune dans lesquelles l’histoire débutait invariablement par un dialogue insipide. La recherche affinée par Chloé douée dans le domaine du Net donna quelques résultats moins glauques.

L’impression de tendresse donnée par les filles sur l’écran, unies dans un long baiser langoureux filmé en gros plan, m’interpella. Les mains s’égarèrent sur des endroits dont je ne soupçonnais pas le pouvoir érotique. Mes rares expériences se résumaient à écarter les cuisses pour des mecs avides de mettre leur bite au chaud dans mon minou avant de s’activer en pétrissant violemment mes seins.

La douceur des caresses entrecoupées de baisers des nanas m’inspirait davantage, au point de retenir mon attention quand l’une d’elles gratifia sa partenaire d’un cunni, loin de l’image dégradante de « se bouffer la chatte » répandue dans le cercle peu charitable de l’adolescence. J’ignorais si la réalité rejoignait la fiction de cette vidéo, mais je me surpris à l’espérer.

Un soupir dont la télé n’était pas à l’origine attira soudain mon attention. La veste de pyjama ouverte sur les seins aux tétons exacerbés, le ventre comprimé par le désir, une main à plat sur son minou, les yeux mi-clos, Chloé se masturbait sans retenue par une pression circulaire sur le clito.

La scène par elle-même prêtait à la confusion ; néanmoins, le pire fut de ressentir une réelle excitation. Incapable de détourner le regard, je plongeai une main par l’ouverture de mon pantalon de pyjama, la moiteur de mon intimité ne me surprit même pas tant la découverte avait provoqué un choc.

Alertée sans doute par mon changement de position, Chloé interrompit son manège. Elle saisit mon poignet afin de prêter attention à mes doigts aux extrémités luisantes de cyprine. Je rougis.

– Tu mouilles vraiment.

Quelle question ! Les traces brillantes d’humidité laissées par sa main sur mon avant-bras prouvaient que je n’étais pas la seule. On s’observa, partagées entre la volonté de rire pour faire retomber la pression et l’intensité grandissante d’un désir impossible à ignorer. Ma bouche s’aventura dans son cou, y déposa une myriade de baisers avant de glisser sur sa joue brûlante. La douceur de la peau veloutée exalta ma détermination.

Mes lèvres se posèrent sur les siennes sans appuyer pour ne pas la blesser, pour ne pas l’effaroucher. Sa bouche s’ouvrit sur une rassurante haleine mentholée. À l’instant où j’allais l’embrasser, sa langue s’enroula autour de la mienne. La tendresse fit place à l’exaltation. Je participai, nos souffles se firent saccadés, nos salives se mêlèrent.

– Waouh ! fis-je sonnée.

Même enflammé, ce baiser restait d’une incomparable tendresse, loin des échanges baveux imposés par les mecs.

– Tu embrasses bien, gloussa Chloé aux anges.

Elle colla à nouveau son corps au mien. La dureté de ses tétons provoqua mes seins, une chaleur singulière nous réunit. Le jeu de séduction à son comble, l’attente devenait torture. Nos lèvres à la recherche d’un second baiser se trouvèrent. La tendresse se mua en passion charnelle à laquelle il était impossible de résister, en avions-nous seulement envie. Enivrée de sa salive, je répondis à son appel, nos soupirs envahirent le salon. On s’embrassa encore et encore jusqu’à ce que nos souffles épuisés demandent grâce.


On se dévêtit mutuellement en silence, soucieuses de ne pas rompre l’enchantement par une parole déplacée, attentives à retrouver le pouvoir d’attraction entraperçu dans la salle de bain, ignorantes des suites à donner à notre folie mais incapables de vouloir y mettre un terme.

La chair savait se faire objet de convoitise sous les caresses suggérées d’un regard. On resta un moment à s’observer, à se contempler, pour mieux appréhender nos formes à la fois semblables et différentes, laissant divaguer nos esprits au gré d’une excitation perceptible jusque dans les effluves charnels libérés par nos hormones chamboulées. C’était donc ça le désir, le vrai ?

– Tu es vraiment très belle, me complimenta Chloé d’une voix rauque que je ne lui connaissais pas.

Il y avait dans ce sourire un message subliminal. Un regard suppliant levé vers moi, elle attendit un geste. Ma bouche se fit douce, presque timide dans son cou. La pointe de ma langue dénicha le sel de sa peau par à-coup. Elle se pâma dans un appel au secours, une invitation à l’audace. Mais le courage avait ses limites, je gémis quelques mots en reprenant ma position assise initiale.

– Toutes les deux ensemble ?

On fit connaissance lentement, d’attouchements en caresses, pour ne rien rater de cet instant si particulier. Les bras emmêlés, nos mains s’attardèrent sur un sein, un ventre, une joue, une fesse. Aucune ne voulait rester inactive dans la découverte de l’autre. Nos regards lourds se croisèrent le temps d’échanger un consentement mutuel sans lequel rien n’était possible.

Elle était magnifique avec son corps mince sculpté dans le marbre, tant la nervosité imprégnait tous ses muscles. Les petits seins tendus soulevés par un souffle impatient, je les cajolai, les massai, les embrassai en prenant soin d’éviter les aréoles sensibles. Les tétons réagirent, je m’enhardis à les pincer du bout des lèvres, à les titiller de la langue. Un râle d’encouragement souligna mon intrépidité.

Puis Chloé entreprit à son tour mes seins d’une caresse innée, plus audacieuse, les yeux ébahis, le souffle court sur ma peau. Sa bouche glissa en haut, en bas, à droite, à gauche, entre mes globes maintenus dans ses mains fermes. Le geste devint appuyé, elle agaça les pointes avant de les suçoter avec un plaisir non feint. Je gémis de bonheur.

On se retrouva à genoux l’une en face de l’autre, désireuses de passer à la suite. Sans cesser de toucher nos seins, nos bouches s’unirent dans un nouveau baiser, je dénichai sa fente d’une main et elle investit la mienne. On se caressa mutuellement, du bout des doigts, sans aller trop loin, par mimétisme, laissant le désir monter d’un cran, puis d’un autre, devenir impérieux.

Les sens exacerbés à l’unisson, on poussa plus loin la découverte jusqu’à investir nos intimités lubrifiées. Je laissai Chloé me pénétrer d’un doigt conquérant tandis que son vagin aspirait un des miens. Même dans mes délires personnels les plus fous je n’avais montré autant d’envie ni ressenti autant de sensations délicieuses. Au ravissement de lire la satisfaction de recevoir dans les yeux de mon amie, je percevais son bonheur de m’offrir du plaisir.

Enfin, le point de non-retour atteint, on dénicha nos clitoris impatients de jouer leur rôle dans la communion. Chloé se rendit la première, la bouche ouverte sur un cri muet, trahie par le pincement de ses narines. La regarder jouir provoqua mon propre orgasme en retour, sincère dans sa simplicité.


Un nouveau passage dans la salle de bain s’imposait. À peine remises, on se précipita sous la douche pour nous laver de la transpiration. De la honte ? Certainement pas, on venait de se laisser aller à un instant de bonheur partagé intense mais sans conséquence sur notre amitié. On garderait ce souvenir dans nos mémoires d’adolescentes attardées, y faisant parfois référence par un sourire en coin.

– Pourquoi tu ris comme ça ? s’esclaffa Chloé en essayant de comprendre ce qui me passait par la tête.

– Enfin une expérience sexuelle concluante, ça devrait rassurer ma mère.

Ma complice désarçonnée grimaça avant de se reprendre bien vite, rassurée par mon sens de l’humour intact.

– Tu me fais marcher !

Oui, maman n’en saurait rien. Je lui avais confié la perte de mon innocence en même temps que la perte de ma virginité quelques mois auparavant. Elle m’avait expliqué la normalité du phénomène, la première fois était rarement une réussite. L’épanouissement venait avec l’expérience, mais ces désillusions ne laissaient rien en présumer d’une vie de femme épanouie par la suite. Comme elle, comme les autres, le moment viendrait de trouver ma voie. Je décidai de changer de sujet.

– Tu pars samedi alors ?

– Comme prévu, répondit Chloé sans joie excessive, j’ai promis à mes parents d’y aller une quinzaine de jours.

– Deux semaines chez ta grand-mère, ce n’est pas la mort.

J’aurai aimé en être convaincue, mais deux semaines sans la voir allaient paraître une éternité. Même pendant les vacances on n’avait pas été séparées aussi longtemps. Elle prit le temps de s’essuyer minutieusement avant de me renvoyer un sourire complice.

– Et toi ?

– J’irai t’attendre chez mes parents, ils seront contents de passer du temps avec moi. Ensuite on file à la mer.

Une copine de fac nous prêtait un mobil home au Cap d’Agde, libre tout le mois de juin tandis qu’elle s’offrait un voyage à New-York. On avait bien sûr sauté sur l’aubaine sans se soucier de se retrouver dans un camping naturiste.

– Oh oui… gémit Chloé comme si elle arrivait au bord de l’orgasme.

On se dévisagea un instant, rattrapées par un passé proche, avant de se laisser aller à un rire sonore heureusement amorti par l’insonorisation parfaite de l’appartement.


La joie retrouvée nous permit de laisser retomber la pression en gagnant la chambre. Vêtues de nos pyjamas récupérés au passage sur le canapé du salon, on s’allongea côte-à-côte dans un futile babillage issu de nos mémoires de jeunes étudiantes mêlées à des rêves impossibles. Le sommeil nous saisit sans crier gare, comme la punition imméritée à une attitude d’apparence douteuse.