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  • Histoire érotique écrite par Anonyme
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La rencontre

Chapitre 1

Lesbienne

Christine traîne au lit. Dehors il fait gris, froid. Les rues sont silencieuses. Ce matin, ce sont les cloches des églises voisines qui l’ont réveillée. Elle aime leur rendez-vous fidèle, leur appel sempiternel. Christine écoute rêveusement le CD qu’elle a acheté hier, un concert d’Eric Clapton. À leur dernière rencontre, Nathalie lui avait offert une version ’unplugged’. Depuis, elle explore tous les disquaires à la recherche du blues de Clapton, car à chaque fois la musique l’emporte vers le passé, vers Nathalie... Nathalie qu’elle n’a pas vue depuis si longtemps et qui a téléphoné la semaine passée pour lui annoncer sa visite pour aujourd’hui.

Nathalie, Nathalie...

?tudiantes, elles étaient tout le temps collées ensemble et jamais, jamais, elles ne se sont ennuyées. Et encore moins disputées. C’était tout le temps la fête. Nathalie avait toujours une petite cour de garçons attentionnés autour d’elle et Christine en profitait pour faire son petit marché, non qu’elle n’ait pas elle-même les charmes nécessaires pour faire craquer les jolis garçons, mais c’était encore plus amusant de jouer la compétition avec Nathalie. Parfois elle gagnait, souvent même, parfois c’était Nathalie qui obtenait les faveurs du garçon visé, mais jamais cela n’avait provoqué entre elles la plus petite ride, le plus minime accroc à leur amitié.

Nathalie avait passé deux ans ici pour finir son troisième cycle, deux années... fabuleuses, et puis elle était partie à Lausanne pour un post-doctorat.



Nathalie est d’origine italienne, née sur l’ile de Capri de père italien et de mère française. Souvent, elle lui racontait sa terre, la voix pleine d’émotion. Christine l’écoutait et il lui semblait entendre en arrière-plan le bruissement lent et profond de la Méditerranée, voir une petite fille brune aux yeux rieurs courir vers la mer sous un soleil éclatant et paisible. Nathalie... Une soudaine envie de mer monte à ses lèvres, le même appétit de sel cristallisé sur une peau dorée qui montait lorsqu’elle écoutait son amie lui raconter sa vie d’enfant. Elle la fascinait, Christine admirait son élégance, son charme, ses yeux profonds, sombres comme ses cheveux, sa peau lisse, mate, brune en toutes saisons, tendue sur des rondeurs presque enfantines. Et enfin ses mains... Comme Christine les lui a enviées ! ?légantes, parfaites, soignées, on aurait dit qu’elle passait deux heures par jour chez la manucure, un vrai mystère pour elle.

— Comment fais-tu pour avoir des mains aussi belles ?

Nathalie riait sans répondre ou lui disait avec son petit accent craquant :

— Mais tu as aussi très jolies mains !

Alors Christine prenait ses mains dans les siennes, les regardait, les caressait, les comparait aux siennes qu’elle trouvait trop larges, trop blanches, puis elle les lui rendait à regret, avec un sentiment d’arrachement... Certains soirs de fête, lorsque de la chambre voisine venaient les gémissements d’un homme, Christine se surprenait à imaginer les mains de Nathalie lui donnant du plaisir...



Elle doit arriver vers midi. Un coup d’oeil au réveil. Ses souvenirs l’ont emmenée bien loin. À coté d’elle, le plateau de son petit-déjeuner, des miettes partout ! Le reflet dans le miroir de la table de nuit : Christine se voit fripée, les cheveux en bataille au milieu des draps en pagaille. Alerte rouge !

Douche, ravalement de façade, rangement de la chambre, habillage... Et pourtant, Christine n’est pas une rapide dans ce domaine... mais c’est Nathalie qui arrive, cela mérite une exception aux (mauvaises) habitudes...

Christine enfile un jean moulant, un truc assez sexy qu’elle adore, puis elle change d’avis. Aujourd’hui, elle a envie d’être plus à l’aise, de porter quelque chose de confortable, de douillet et aussi de plus féminin. Après quelques hésitations, Christine se contente de passer une petite robe noire à volants qu’elle a achetée le week-end dernier. Un châle parfumé sur les épaules, Christine s’installe avec un dernier café sur son canapé, les pieds nus repliés sous sa robe. Elle inspecte ses jambes. Elle aime bien ses jambes, elle en est très fière. Christine passe doucement la main sur ses cuisses pour vérifier la douceur de sa peau, fraîchement épilée d’hier soir. Elle adore ce moment, lorsque s’est calmée l’irritation du traitement. Elle se sent propre, fraîche, féminine, sûre d’elle. Christine a aussi ? fait le maillot ?. ?a ne sert pas à grand chose en cette saison mais elle aime bien savoir sa petite touffe soigneusement délimitée. Cette petite coquetterie intime la met toujours de bonne humeur. On ne sait jamais quand viendra une occasion et Christine a horreur de penser qu’un homme, en la déshabillant, pourrait découvrir une jungle en pleine expansion...



Il y a un carton bourré de photos sur une étagère à droite du canapé. Souvenirs... En cinq ans, il s’en est passé des choses. Nathalie est devenue maître de conférences au département d’histoire médiévale de l’université de Lausanne. Elle, Christine, a préféré une filière moins prestigieuse. Elle est entrée il y a deux ans dans un cabinet d’avocats pour faire du conseil juridique et fiscal. Elle gagne bien sa vie et ses parents sont fiers d’elle. Elle est toujours célibataire et parfois il lui prend un peu l’angoisse en voyant arriver la trentaine. Nathalie s’est mariée. Elle l’avait invitée à son mariage, mais Christine n’avait pas pu y aller, un décès dans sa famille l’ayant fait annuler en dernière minute ce déplacement dont Christine se faisait une joie depuis des semaines. À l’enterrement, ses larmes coulaient certes pour sa tante chérie mais aussi un peu pour la peine qu’elle ressentait de ne pouvoir être auprès de son amie, témoin de son bonheur... Christine avait maudît sa pauvre tante d’avoir eu le mauvais goût de mourir précisément à ce moment-là !

Un regard sur les photos et Christine entend le rire de Nathalie. Chaque rectangle la ramène à ce qu’elles ont vécu ensemble, ces moments si forts qu’on n’osait pas imaginer qu’ils dussent un jour finir. Christine rit à certains souvenirs... Elle se demande si elle a changé. Et si elle ne va pas la trouver changée, elle aussi.



Encore un moment à attendre. Christine vérifie du regard le salon. ?a peut aller. Nom d’un chien, la salle de bain ! Christine y cours. De l’eau partout comme d’habitude, des flacons, des produits, des machins... La tornade blanche en cinq minutes. C’est bon. Ses cheveux ont été secoués dans l’aventure. Christine les brosse machinalement, la tête pleine de rêveries imprécises. Les images du passé défilent dans sa mémoire, se mélangent avec ses préoccupations du moment pour donner une sorte de méli-mélo informe et débilitant. Christine se sourit dans la glace.

— Alors ma jolie, tu te plais ? OK, ça va, inspection réussie.

Devant sa commode, Christine hésite. Christine a toute une tribu de slips serrés dans le premier tiroir du haut. Elle aime avoir le choix. Il y en a pour tous les goûts et toutes les occasions, de la petite culotte virginale en coton blanc aux strings de dentelle limite strip-teaseuse. Christine soupire...

?a commence à faire un moment que Christine n’a pas eu l’occasion de se préparer pour une partie de cul. Christine en a marre. Son buisson toujours prêt, mais rien !

Et puis depuis quelque temps Christine commence à s’énerver avec les mecs.

— Ils m’énervent tous. Ceux qui vont trop vite m’énervent. Ceux qui sont trop lents m’énervent.

Il me semble qu’aucun ne parvient à comprendre ce que Christine attend. Christine se sent frustrée.

Et pas seulement de sexe ! D’amitié, de bienveillance, de complicité...

Christine fixe finalement son choix sur un slip très raffiné, avec un petit papillon de dentelle noire en décoration sur le devant, une folie hors de prix qu’elle s’est offerte à son dernier anniversaire, pour ses vingt-huit ans, et que personne, à part Nathalie, n’a encore eu l’occasion d’admirer...

Christine l’enfile.

Elle est prête.

On sonne.

Son coeur part à fond.

Christine saute du canapé où elle avait finalement repris place.

Christine est soudainement devant la porte.

— Ai-je marché ? Ai-je couru ? Aucune idée.

Christine a la main sur la poignée. Elle respire profondément. Une fraction de seconde, la tentation d’attendre encore avant d’ouvrir, pour faire durer le plaisir, lui traverse l’esprit, mais Christine est bien trop impatiente !

Christine ouvre.

Elle ne voit d’abord que ses yeux qui l’hypnotisent instantanément.

Le temps ne passe plus. Le temps n’est pas passé depuis cinq ans !

Elles restent face à face quelques longues secondes. Elles se sourient. Cinq ans, c’est long... Et puis Christine se jette dans ses bras, Nathalie en fait autant. Elles s’embrassent en riant. Christine a presque envie de pleurer.

— Pourquoi as-tu attendu si longtemps pour venir ?

— Pourquoi n’ai-je pas pensé à prendre un avion pour aller te voir plus tôt ?

Christine ne dit rien, Christine ne peut pas, sa gorge est serrée, mais Christine s’en veut...

Elles sautillent de joie sur le palier, comme des collégiennes, se tenant les mains.

— C’est super, c’est vraiment super.

Elles s’écartent à bout de bras pour mieux se regarder. Les phrases fusent, se croisent, se coupent :

— Tu es toujours superbe.

— Tu es encore plus belle qu’il y a cinq ans.

— Cinq ans ? Autant que ça ?

Christine a l’impression qu’elles se sont quittées hier.

— C’est vrai. J’ai l’impression qu’il ne s’est rien passé depuis que tu es partie.

Et puis le calme revient. Christine se penche vers sa valise.

— Viens ! Rentre vite ! Tu as fait bon voyage ?

— Oui, mais un peu long.

— Alors, seulement de passage ?

— J’étais à un congrès aux Etats-Unis et j’avais un vol en correspondance pour Lausanne à Charles-de-Gaulle. Je me suis dit que je devais absolument en profiter pour passer revoir ma meilleure copine.

— Je suis toujours ta meilleure copine ?

— Tu en doutes ! Bien sûr que oui. Tu sais bien que je t’ai toujours aimée plus que toutes les autres !

Elle lui pince la taille en riant. Elles commencent à se chamailler et à se chatouiller comme des gosses dans l’entrée étroite de l’appartement. Elles rigolent tellement que Christine manque de faire tomber le porte manteau.

Christine tire la valise à l’intérieur.

— Putain ! Quelle est lourde !

— Oui, heureusement qu’il y a un ascenseur ! Je suis crevée ! Et je n’ai pas dormi !

— Tu as passé la nuit dans l’avion ?

Elle répond d’un signe de tête. Assise sur le divan, elle a fermé brièvement ses beaux yeux, Christine s’approche.

— Tu veux prendre une douche ? Installe-toi, détends-toi. Tu as faim ? Tu veux que je te prépare un petit casse-croûte ?

Les mots se bousculent dans sa bouche, Nathalie rit gentiment :

— Christine ! ?a fait trop de questions à la fois ! Tu es terrible ! Laisse-moi le temps de reprendre mon souffle. Avec le décalage horaire, j’ai vraiment l’impression de marcher à côté de mes pompes.

— Allez, va prendre une bonne douche pendant que je te prépare un petit-déjeuner. Vas-y, fais comme chez toi. Tiens, voilà deux serviettes propres.

Christine la laisse se diriger vers la salle de bain et va dans la cuisine mettre en route la machine à café. Christine est excitée comme une puce et, en même temps, elle se sent pleine d’une joie tranquille en l’entendant s’activer dans la salle de bain.

La douche coule.

De sentir à nouveau sa présence dans son appartement lui donne l’impression d’être à la maison, d’être enfin ? chez soi ?.

Christine est bien.

Sous la douche, Nathalie chantonne un air inconnu. Christine ne comprends pas ce qu’elle dit, c’est de l’italien. Christine l’écoute en souriant. Elle a toujours résisté à l’envie d’apprendre cette langue, toujours voulu qu’elle lui reste étrangère pour qu’ainsi le plaisir sensuel que fait naître en elle sa voix chaude ne soit jamais gâché par sa raison raisonneuse, que le sens de ses mots reste tout entier dans sa pure présence, sans rien y ajouter.

L’odeur du pain que Christine fait griller se répand dans l’appartement, bonne odeur d’un dimanche heureux. Christine prépare un plateau avec des oeufs brouillés, des céréales, des fruits sur une coupelle, un yaourt et elle décore le plateau avec un minuscule bouquet artificiel de myosotis en papier. Christine pose le tout sur la table du salon. Elle regarde vers la salle de bain. Christine s’approche de la porte.

— Je peux entrer ?

— Oui, bien sûr ! Tu ne posais pas la question, avant !

Elle a raison. Mais les choses ont changé, depuis cinq ans. Cinq ans sans cette intimité...

La salle de bain est pleine de vapeur. Christine entre au moment où Nathalie sort de la douche. Elle est saisie d’admiration.

— Superbe ! Tu es superbe ! Toujours aussi superbe...

Ce n’est pas un simple compliment : c’est une ève méditerranéenne qui lui apparaît. Son visage dégagé, son cou élégant, sa poitrine de rêve, tout est exactement proportionné comme sur une sculpture antique. Une peau sans aucune imperfection, une féminité incroyable. Debout devant elle, elle ramasse les cheveux mouillés qui tombaient sur ses épaules.

Son regard glisse discrètement vers le bas. Son pubis est marqué d’un minuscule triangle sombre. Christine saisit une serviette, la noue autour de sa taille. Elle la serre tendrement contre elle.

— Je suis tellement heureuse de te revoir. On n’aurait jamais du attendre si longtemps !

— C’est vrai. C’est idiot de se perdre de vue comme ça, alors qu’on s’est toujours si bien entendues.

Elle passe affectueusement son bras sur son épaule et se tourne vers le miroir pour la regarder dans les yeux. Elles restent, un instant, silencieuses. Elles se sourient mutuellement dans la glace, Christine habillée, Nathalie à moitié nue.

Christine murmure :

— C’est vraiment super que tu sois là.

Nathalie ne répond pas, accentue son sourire, ne la quitte pas des yeux.

Christine ne se lasse pas non plus de la regarder. Christine est fière d’elle. Christine est fière d’être son amie.

Nathalie sait depuis toujours son admiration. Elle l’accepte avec simplicité, avec seulement un peu d’amusement attendri dans ses yeux profonds. Contrairement à tant d’autres filles qui trimbalent une ? amie ? moins généreusement dotée par la nature pour leur servir de faire-valoir, elle n’a jamais profité de sa beauté pour l’humilier ou la manipuler.

— Regarde, lui dit-elle, regarde les deux malfaiteurs ! ?a ne te rappelle rien ?

— ?a me rappelle plus de choses encore que tu ne l’imagines.

Christine ajoute, soudain sérieuse :

— Tu sais, ces années où on a vécu ensemble, rue de la Passerelle,

Christine se dit souvent qu’elles resteront les meilleures qu’elle n’ait jamais vécues.

— Arrête ! Ta vie ne fait que commencer ! Tu ne peux pas dire ça !

Elle farfouille dans ses cheveux, en un geste protecteur. Soudain, elle se penche et lui place un gros bisou qui fait ? clac ? sur sa joue.

L’émotion de l’avoir si près d’elle lui noue la gorge. Nathalie la secoue.

— Allez, viens ! On va prendre un brunch. Il est bientôt midi et je meure de faim.



Elles s’installent sur le canapé devant le plateau chargé de bonnes choses. Nathalie a enfilé son peignoir de bain, un peignoir rouge qui contraste merveilleusement avec sa peau méditerranéenne. Elle sent bon le propre, n’a pas encore mis de parfum et Christine sent sa douce chaleur auprès d’elle.

C’est comme si elles s’étaient quittées la veille, comme si elles reprenaient une conversation interrompue pendant seulement quelques minutes. Et pourtant elles ont tellement de choses à se raconter...

Un fou rire lui vient sans raison. Nathalie a les yeux qui pétillent. Elle ne lui demande pas pourquoi Christine rit, elle doit le sentir. Il lui semble que quelque chose se dénoue dans son coeur. Sa joie de la retrouver la surprend elle-même. Christine ne savait même pas qu’elle lui manquait autant.

Une fois passés les ? Tu te souviens quand Unetelle... ? et les ? et Untel ? Tu as de ses nouvelles ? ?, leur conversation se calme peu à peu.

Elles restent silencieuses, mais ce silence est tout sauf vide. Il semble que ce soit seulement maintenant qu’elles peuvent commencer à se parler vraiment.

Le moment est émouvant, presque éprouvant.

— Et alors, lui dit Christine enfin, c’est comment le mariage ?

Elle rit.

— Tu sais, ça a vraiment été une surprise pour moi, je ne prévoyais pas de me marier aussi vite. Et puis, Alain m’a un peu bousculée... Et j’ai beaucoup aimé qu’il me bouscule !

— Bousculée ? Bousculée ?

Nathalie rit et la secoue par l’épaule, puis la chatouille.

— Alors comme ça tu aimes te faire bousculer ! Coquine ! Raconte, raconte encore ! Non, vraiment... Bousculée ?

Elle a les larmes aux yeux de trop rire sous ses chatouilles.

— Oui, il a une manière de me... bousculer qui est très agréable !

— Ah oui ? Tu as découvert des choses ?

— Euh, oui, j’ai même découvert pas mal de choses... répond-elle soudain plus sérieuse, presque rêveuse.

— Allez... dis-moi un peu !

— Tu sais, il est plus âgé que moi...

— ?a je sais, et alors ?

— Et alors... Je crois que je lui fais de l’effet ! S’esclaffe-t-elle.

Christine recommence à la chatouiller :

— Et quel effet ? Allez, vilaine cachottière, raconte tout, avoue ! Tu lui fais plus d’effet encore qu’à Sébastien ? Hein ? Tu te souviens de Sébastien et de l’effet que tu lui faisais ? Et moi qui ne pouvais pas dormir, à côté, à cause de vos hurlements !



Elles se sont écroulées de rire. Christine a renversé un peu de café sur son châle en faisant la folle, elle éponge avec un torchon, Nathalie l’aide avec une serviette en papier.

Elles reprennent leur souffle.

— Et toi, lui dit-elle, tu as quelqu’un ou tu es toujours célibataire ?

Christine n’en a pas encore trouvé un qui la ? bouscule ? vraiment bien comme elle en a envie ! Et puis, les mecs l’énervent en ce moment !

Elle lui sourit. Elle sent bon, elle est gaie, elle est contre elle. Son peignoir s’est ouvert pendant leurs petits combats et Christine sent soudain sa cuisse nue toucher la sienne comme par inadvertance, lui communiquer sa chaleur. Elle la regarde. Christine a ses deux jolis yeux rieurs plantés dans les siens.

— Et avec une fille ? Tu as déjà essayé ? Laisse-t-elle tomber avec naturel.

— Hein ? Quoi ? Je rêve !

Christine se sent soudain complètement nigaude. Christine pense à toute vitesse : non, elle n’a jamais vraiment essayé ça. Elle se souvient juste de quelques jeux de touche-pipi quand elle était petite fille, mais depuis, plus rien, ne serait-ce même qu’en pensée. Christine se sent soudain à la fois anxieuse, gênée, curieuse, impatiente et effrayée. Mais pourquoi cette question ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Comment lui répondre ? Nathalie, mon amie, que me dis-tu ? J’ai peur de te répondre. J’ai peur de gâcher ce bel instant, ta cuisse contre la mienne, ton regard, cette question indiscrète posée si innocemment. Et si elle se trompait ?

Christine a peur, soudain, de ce qui va peut-être, de ce qui risque de se passer. Christine se sent aussi vulnérable que si elle avait dix ans.

— J’ai envie de fuir à toutes jambes. Nathalie ! On a vécu ensemble pendant deux ans quand on était étudiantes. Rien, jamais ! Des hommes pour chacune ! Tant et tant d’occasion où il aurait pu se passer quelque chose, et pourtant... rien ! Nues toutes les deux, parfois ensemble dans la baignoire... et rien ! Alors pourquoi maintenant ? Que se passe-t-il ? Non ! Je suis folle ! Elle n’a rien sous-entendu, c’est moi qui m’imagine... Mon coeur bat, mes joues sont rouges, Nathalie le sait, elle le sent... Mon émotion s’amplifie. Non, impossible !

Christine respire profondément, elle se calme un peu. Ses yeux se posent sur sa bouche, Christine n’entend plus le son de sa voix, Christine regarde ses lèvres, son sourire, ses dents, la pointe de sa langue... Christine se surprend soudain à prier intérieurement :

— Nathalie, Nathalie ma chérie, je t’en prie continue ! Drague-moi, séduis-moi, Nathalie je t’en supplie...

Christine ne sent plus que la chaleur de sa cuisse contre la sienne. Il lui semble que plus rien n’existe que ce contact brûlant entre leurs deux corps. Elle a la gorge nouée et a très chaud. Pour se donner une contenance, Christine repousse son châle de ses épaules. Elle a pendant une fraction de seconde la tentation d’en profiter pour se lever, poser l’écharpe sur une chaise et fuir ainsi le contact troublant de sa cuisse. Mais au lieu de ça, voilà que Christine se laisse aller en arrière sur le dossier moelleux du canapé ! Mais qu’est-ce qu’elle fait ? Elle est folle ou quoi ? Christine s’aperçoit qu’elle n’a fait ce mouvement que pour avoir une excuse plausible pour laisser peser d’avantage sa cuisse contre celle de Nathalie. Leurs jambes sont maintenant serrées l’une contre l’autre. Sa jambe fraîchement épilée contre sa cuisse brune et ferme qui jaillit du peignoir bleu. Elle n’a pas relâché sa pression et Christine se laisse aller d’avantage contre elle. Mon Dieu ! Qu’est-ce que Christine fait, mais qu’est-ce que Christine fait ? Son émotion change de nature, descend de son visage et de sa poitrine vers le bas, vers son ventre où Christine sent naître une douce chaleur au plus intime de son corps. Elle a la bouche sèche et le coeur qui palpite. Va-t-elle le sentir ? Va-t-elle comprendre ce que Christine n’avait jamais elle-même compris jusqu’à cet instant ?

Et puis soudain, la panique : si elle s’est trompée, quelle horreur ! Elle en mourrait de honte et de dépit.

Christine voudrait trouver quelque chose à lui répondre, cesser d’avoir l’air complètement idiote, mais elle craint que le son de sa voix ne la trahisse. Dans un souffle, Christine réussit à bredouiller :

— Non, je n’ai jamais essayé... Je ne sais pas si j’aimerais... Je me demande bien ce que ça me ferait...

Elle passe son bras gauche derrière Nathalie, le pose négligemment sur le dossier du canapé. Christine la sent s’appuyer légèrement contre elle. Maintenant, c’est tout son côté gauche qui s’appuie contre son corps. À cet instant, tout pourrait encore s’interrompre et on prétendrait qu’il ne s’est rien passé d’autre que des gestes d’amitié comme deux amies intimes en ont parfois.

Christine se sent soudain très heureuse, excitée bien sûr, mais surtout étrangement, extraordinairement vivante. Christine sent la vie qui circule à toute vitesse dans ses veines. C’est le plus beau matin de sa vie. Nathalie est assise tout contre elle. Elles restent immobiles, soudain silencieuses. Elle a de plus en plus chaud, Nathalie laisse son corps peser vers le sien. Elle espère qu’elle sentira, qu’elle comprendra, qu’elle osera, car elle n’osera jamais.

Mais au fond d’elle-même, Christine sait confusément qu’elle a tout compris, tout deviné depuis un moment déjà, depuis qu’elle a senti sa cuisse s’abandonner contre la sienne, qu’elle l’a senti accepter, accueillir sa présence, depuis que ce contact chaleureux irradie leurs deux corps d’ondes de bonheur, depuis que ce contact s’est prolongé au-delà du convenable. Quelques secondes de trop et ce n’était plus un simple contact fortuit. C’était déjà le signe évident de son consentement que tout son corps, tout son être lui envoyait passionnément.

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