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Route 40.

Chapitre unique

Divers

— Vois-tu Wolfgang? J’ai franchi le cap des soixante-dix ans depuis plusieurs semaines et force m’est de constater que si mon bambou n’est pas complétement flasque lorsque j’émerge de la nuit, il a malheureusement perdu une bonne partie de sa rigidité matinale. Et ce fait m’attriste car il me rappelle que ces années triomphales au cours desquelles j’ai pu éreinter tant de femmes et déniaiser tout autant de jouvencelles ne seront bientôt plus que d’amers souvenirs .

— Je te trouve bien défaitiste Serge. Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été impressionné par ta fougue inépuisable et par ce don que tu possèdes pour enchanter les jolies femmes par ton discours aussi bien que par ta prestance naturelle. Et bien sûr, je ne peux que t’admirer pour ta maîtrise des jeux de l’amour.

— Tu es le plus fidèle de mes amis, Wolfgang et, à ce titre, je suis convaincu que tu as toujours été sincère lorsque tu m’encensais dans les discours que tu tenais à ceux que nous croisions au gré de nos pérégrinations. Mais je ne supporterais pas que ton admiration flatteuse laisse place à une pitié infâmante.

Malheureusement, et tu le sais aussi bien que moi, il n’y a pas grand chose à faire pour contrer l’œuvre destructrice du temps. Et je fais désormais le constat que les raideurs, qui me rendaient si fiers il y a quelques années, préfèrent désormais se réfugier dans mes articulations et dans le bas de mes reins au lieu de gagner la masse caverneuse qui pend entre mes cuisses.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, mon esprit n’est pas plus épargné par l’outrage de la vieillesse que mon physique déclinant.

À mon grand dam, je me sens gagné par l’intolérance qui assèche mon cœur et obstrue les vaisseaux de mon cerveau aussi sûrement que les cailleaux nuisent à l’écoulement régulier du ruisseau de la vie.

— Je te trouve bien pessimiste et tes pensées noires me brisent le cœur. As-tu donc fait un trait sur tous tes rêves? As-tu abandonné l’espoir d’une ultime passion avant de te résigner à rejoindre le royaume d’Hadès ?

— Pas tout à fait mon ami. Mon corps est certes rouillé et mon esprit s’aigrit, mais il brûle heureusement encore au fond des deux une flamme dont la clarté vacillante m’indique une ultime voie à suivre avant de laisser ma place sur cette terre à tous ceux qui aspirent à en bénéficier.

— Je me réjouis que le chemin que tu entrevois ne débouche pas sur un cul de sac. Peux-tu donc me renseigner sur cette route ultime qui t’apaisera enfin?

— Bien sûr, mon cher Wolfgang. Et j’espère bien que tu m’y accompagneras comme tu l’as toujours fait depuis que nos chemins se sont croisés il y a bien longtemps. Comme tu le sais, j’ai bourlingué tout au long de mon existence et je ne compte plus les territoires que j’ai eu l’occasion de traverser au cours de ces périples. De l’Oural à l’Atlantique, de la pointe du Spitzberg aux Açores, il n’y a guère d’îles de la Mare nostrum sur lesquelles je n’ai point posé le pied à une période de ma vie. Et bien sûr, j’ai exploré les contrées situées au sud et à l’est de la vieille Europe, me fourvoyant dans les déserts arides et inhospitaliers qui mènent à ces endroits où l’homme devient un autre lui jusque dans ses traits physiques les plus remarquables.

Je connais donc le continent noir et l’immense Asie. Je me suis risqué jusqu’aux régions les plus dangereuses et les plus éloignées de notre doux climat. Comme les colons pleins d’espoir, j’ai franchi l’océan pour découvrir les vastes territoires de l’Amérique du Nord et j’en suis revenu à la fois ébloui et ravagé de découvrir que l’espoir transcendant peut y côtoyer la déchéance la plus absolue et que les préceptes les plus honorables n’y sont souvent que des vaines paroles dénuées de la plus ténue des âmes.

— Je te trouve bien amer Serge, toi qui est mon seul ami et surtout ce guide qui a partagé tant d’espoirs avec moi.

— Amer peut être, lucide sans doute. Car j’ai compris que le seul sentiment humain qui ne sera jamais satisfait est son égoïsme sans limite.

— Que comptes-tu faire après avoir déposé ce verdict sans appel ?

— Visiter le dernier continent que je n’ai jamais foulé. Me rendre dans le pays des Mayas, découvrir les immenses étendues sauvages et espérer que cette ultime quête libérera mon cœur de ce poids qui m’oppresse de plus en plus.

— Je perçois ton attente Serge, et bien sûr je serai à tes côtés pour mener ta quête à son but.

— Je n’en attendais pas moins de toi, mon bon Wolfgang. Nous partirons donc au prochain été austral explorer ce pays où tant de nos ancêtres européens ont émigré pour fuir, qui la misère, qui la déchéance et d’autres encore pour échapper à la justice des hommes et se parer d’une virginité indue.


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Wolfgang et Serge avaient posé le pied à l’aéroport de Buenos Aires trois semaines plus tôt. Après une visite rapide de la ville dont l’architecture évoque si bien les nombreuses vagues migratoires qui ont peuplé ce magnifique pays synonyme de fortune pour une poignée d’entre eux et de rêve inabouti pour la plupart des autres, ils avaient loué une vieille jeep et avaient traversé les provinces du nord pour rejoindre Mendoza point de départ de leur périple sur la route 40.

Cette voie mythique qui longe la cordillère des Andes non loin de la frontière chilienne et qui allait, du moins l’espéraient-ils, les mener tout au sud du continent au bord de l’infranchissable détroit de Magellan.

Si Serge avait tant rêvé de ce voyage, c’est qu’il était convaincu qu’il constituerait l’ultime étape d’une vie remplie de relations amoureuses aussi tumultueuses qu’inachevées.


Pour mener à bien leur objectif, les deux voyageurs allaient devoir emprunter une route qui, sur certains tronçons, n’est qu’un chemin rocailleux, et bien sûr franchir de nombreux cols dont certains situés à plus de quatre mille mètres d’altitude. Pas si simple pour deux septuagénaires quasiment privés de déplacement pendant près de trois ans en raison des confinements imposés en Europe.


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Les premières journées furent enchanteresses. Leur progression maîtrisée leur permit de découvrir les régions viticoles les plus remarquables. La traversée de magnifiques paysages bercés par les mélodies emblématiques de Roxy music qu’ils écoutaient en boucle sur la radio défraîchie du 4x4 les remplissait d’aise.

Les nuits fraîches succédaient aux journées ensoleillées et les deux compères descendaient doucement mais sûrement vers les contrées de plus en plus sauvages à la découverte de panoramas à la beauté renversante.


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Peu après leur arrivée dans la province de Chubut, les deux voyageurs s’arrêtent à proximité d’une petite auberge espérant y trouver le gîte pour la nuit. Malgré la fatigue qui l’accable, Wolfgang fait une découverte dont il avise son ami sur le champ.

— Bon sang Serge ! Jette un coup d’œil sous la voiture, j’ai l’impression que des gouttes d’huile s’écoulent du moteur.

— Merde! le carter a dû être endommagé lorsque nous avons tapé une pierre sur la route tout à l’heure. Je sais pas comment on va pouvoir gérer cette merde.


À ce moment, une femme d’une quarantaine d’années vient dans leur direction. Vêtue d’une salopette, sa courte chevelure brune laisse entrevoir la naissance de sa nuque brunie par le soleil.

L’inconnue s’arrête à la hauteur des deux voyageurs puis elle s’adresse à eux dans un français dénué d’accent.

— Bonjour messieurs. Excusez-moi de m’immiscer dans votre conversation mais je vous ai entendu échanger sur vos problèmes de moteur. Il se trouve que je suis française et que je vis ici depuis plusieurs années.

— Voilà une heureuse coïncidence, déclare Serge. Vous vous y connaissez en mécanique?

— Un peu, répond la femme avant de se justifier:

— Vous savez, quand on vit dans un coin aussi reculé que celui-ci, on est obligé d’avoir plusieurs cordes à son arc et posséder quelques connaissances dans tout ce qui a trait au bricolage et à l’entretien peut s’avérer fort utile.

— Nous vous croyons volontiers mais je suppose que vous ne vous êtes pas installée dans cette région retirée du monde dans le but de fonder une entreprise de dépannage.

— Seul Dieu sait ce qui nous amène à interrompre notre route, répond la femme sur un ton mystérieux. Sinon, pour répondre partiellement à votre question, ma principale activité, ici, est l’animation d’une petite radio locale. Mais permettez-moi d’abord de me présenter. Dans la région, les gens me connaissent sous le nom de Talia.

— Enchanté de vous rencontrer Talia, déclare Serge. Voici mon ami Wolfgang et je suis Serge. Nous avons décidé de faire ensemble ce qui sera peut-être notre ultime voyage en empruntant la fameuse route 40 jusqu’à son extrémité Sud. Nous l’avons rejointe à Mendoza.

— Ravie de vous rencontrer. Avant que nous examinions plus en détail l’état de votre véhicule, je vous propose de venir vous désaltérer dans la petite maison que j’occupe avec ma compagne et sa mère.

— C’est très charitable à vous, déclare Wolfgang légèrement surpris que des couples de femmes vivent dans une des régions reculées d’un pays plus réputé pour son machisme que pour sa défense des droits des LGBT.


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Mathilda est une jeune femme brune de vingt neuf ans. Dotée d’yeux pétillants, aux reflets bruns et verts, elle possède de jolies formes aux courbes voluptueuses sur lesquelles Serge ne peut empêcher son regard de trébucher.

C’est lors de telles rencontres que le vieux séducteur regrette ces décennies superflues qui ont transformé le fougueux amant en un homme épris de nostalgie à l’esprit bien trop souvent aigri.

Wolfgang n’est point forgé dans cette trempe. Il a su, tout au long de son existence, ne garder que le meilleur de chaque période pour ne pas nourrir de regrets inutiles. Et dans la petite maison où vient de les convier Talia, la française du bout du monde, ce n’est point Mathilda qui stimule ses sens mais bien Felicita, sa mère, une femme sans fard à l’allure fière qui a traversé tant d’épreuves qu’elle remercie chaque jour Dieu de lui offrir le gîte et le couvert et de lui permettre de vivre aux côtés de sa fille unique.

L’intérêt que lui porte Wolfgang ne déplaît nullement à la sexagénaire qui n’a pas eu l’occasion de vibrer entre les bras d’un homme depuis le décès d’Enrico, son dernier compagnon. Felicita le regrette d’autant que le fougueux Enrico ne laissait jamais passer deux nuits sans honorer sa belle et la faire gémir d’un plaisir certes sauvage mais tellement bienfaisant.


Alors que Wolfgang ne se pose pas de question, prenant le moment qui lui a permis de croiser Felicita comme un bienfait de la providence, Serge s’interroge. Il ne comprend pas pourquoi cette Talia dont le physique est, il est vrai empreint de traits masculins, est venue s’enterrer dans ce trou loin de tout pour partager la vie d’une trentenaire et de sa mère.

En bon esprit cartésien, Serge a le sens logique de ceux qui ont, par leur mérite, su gravir les échelons de la réussite sociale et il a parfois bien du mal à saisir les effets d’une rencontre sur le déroulé d’une existence a priori toute tracée.


Talia est une femme de tête. Il ne fait aucun doute qu’elle dirige sa maisonnée avec fermeté. Et Serge devine aisément à quel point sa compagne Mathilda l’admire et lui est attachée. Pendant que cette dernière s’affaire en cuisine pour préparer un complément de repas afin de pouvoir nourrir dignement les deux invités inattendus, Wolfgang a suivi Felicita qui l’a convié à l’extérieur pour lui montrer son jardin qu’elle entretient avec passion.

Au prix d’un louable effort, le français parvient à rassembler des bribes de souvenirs de ses cours d’espagnol de lycée pour échanger quelques mots avec la sensuelle argentine. Il apprécie ce moment impromptu partagé et se rapproche imperceptiblement de la femme jusqu’à la toucher. Une décharge traverse le corps de Wolfgang au contact de la peau douce et joliment tannée par le soleil. Felicita se sent envahie par une douce chaleur et elle ne refuse pas les lèvres du français. Les langues s’animent et la fièvre les gagne. Wolfgang enlace la sud américaine. Son sexe plaqué contre la vulve bouillonnante se met à durcir retrouvant une vigueur qu’il n’avait pas connue depuis de trop nombreuses années.


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Les convives font honneur au repas préparé par Mathilda. La conversation dérive sur les raisons qui ont poussé Talia à quitter la douceur angevine de son enfance pour s’installer dans ce coin perdu au climat rude. On évoque le pays. Serge questionne leur hôtesse:

— À part toi, y a-t-il d’autres français qui vivent dans le coin?

— Bien peu en vérité. Ils ne font généralement que passer. Il n’y a pas de place ici pour ceux qui ne trouvent pas d’attaches suffisamment solides pour les empêcher de partir. La seule qui s’est vraiment établie ici se prétend comtesse et se nomme Ariane de la Fourche. Elle vit, avec sa fille Margot et son gendre, dans une grande hacienda située à une dizaine de kilomètres du village. Les deux femmes s’y sont installées il y a environ quinze ans. Mais la fille vivait déjà dans la province, après avoir fui la France suite à une histoire d’amour malheureuse. C’est du moins ce que racontent les gens d’ici car je n’étais pas encore installée à l’époque de l’arrivée d’Ariane.

En revanche, tous ignorent l’origine de la fortune qui a permis à la comtesse d’acquérir sa gigantesque propriété.


Pendant que Wolfgang couvre de baisers et de caresses la sensuelle Felicita, Serge écoute avec émotion Talia parler des deux françaises établies dans la région.


— C’est une coïncidence que vous vous soyez arrêtés ici aujourd’hui, poursuit Talia. Car chaque année, Ariane invite les habitants de la région à une grande fête pour commémorer la date de son arrivée en Argentine. L’événement aura lieu demain. Vous pourrez bien sûr y assister, puisqu’il va sans dire que vous pouvez résider chez nous jusqu’à ce que votre véhicule soit réparé.


Serge remercie chaleureusement Talia pour son hospitalité.

— C’est très aimable de ta part et de celle de ton amie d’accepter de nous accueillir ainsi au débotté. En ce qui concerne Felicita, je laisse le soin à Wolfgang de la remercier pour nous deux, ajoute Serge avec un sourire entendu.


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En revoyant Margot après toutes ces années, Serge a le cœur serré. Bien qu’ayant franchi le cap de la quarantaine, elle n’a rien perdu de son extraordinaire beauté.

Le septuagénaire se souvient avec une intense émotion des étreintes merveilleuses qu’il avait partagées, à l’aube de ses cinquante ans, avec la passionaria.

Margot était alors une jeune femme intrépide, brûlant d’un ardent espoir de rendre le monde meilleur et Serge, malgré son aversion pour les doux rêveurs, s’était retrouvé envoûté par la beauté enflammée qui semblait défier le monde du haut de ses vingt ans.

Combien de fois l’avait-il senti vibrer dans ses bras et réclamer, de sa voix si douce et pourtant si exaltée, qu’il la transperce de son mât qui semblait ne vouloir jamais plier .

Mais bien sûr, les compagnons de lutte de Margot, et notamment ceux qui rêvaient de l’attirer dans leur lit, n’avaient que mépris et colère pour cette union transcendante entre la jeune révolutionnaire et celui qui n’était à leurs yeux qu’un vil suppôt du capitalisme.


Quelles raisons pouvaient pousser leur amie à s’envoyer en l’air avec ce vieux réac symbole de patriarcat et de libéralisme triomphants? s’énervait à penser Armand, le leader alpha du groupe, qui selon sa propre opinion, était le seul mâle légitime à posséder Margot.


Et il n’est pire rival qu’un jeune coq qui convoite la poule de celui qu’il considère comme un vieil usurpateur.

Serge s’en rendit compte à ses dépens lorsque, galvanisée par Armand, la meute abandonna le quinquagénaire le visage en sang et plusieurs côtes brisées à proximité d’une mare croupie après un tabassage aussi lâche que violent.


Ce bâtard n’avait qu’à se contenter de baiser Margot au lieu d’ouvrir sa grande gueule pour dénigrer notre combat en le définissant comme une utopie liberticide qui allait conduire la civilisation à sa perte.

Telle avait été la justification d’Armand pour la correction infligée à Serge. Le jeune anarchiste avait ensuite conclu tout en faisant monter de force Margot dans le camion utilisé par la troupe : "Bien sûr connard, que nous allons la détruire ta civilisation de merde".


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Ces souvenirs douloureux ont fini par s’estomper de la mémoire de Serge et il serait bien futile et stupide de les laisser remonter à la surface à ce moment. Mais le cœur et la raison ne font pas toujours bon ménage et le septuagénaire peine à masquer son émotion en voyant Margot s’approcher de sa démarche chaloupée pour saluer le petit groupe constitué des deux voyageurs et de leurs hôtesses.


— Ça fait bien longtemps, déclare Margot avec nostalgie, après avoir fait une accolade aux trois femmes et tendu la main à Wolfgang.


Elle aussi, a du mal à maîtriser son trouble alors que face à elle, Serge, l’homme qu’elle a aimé comme nul autre, la fixe le regard éperdu.

Et l’esprit perturbé du septuagénaire ne peut admettre que c’est bien Margot qui l’accueille aujourd’hui. Si bien que sonné par ces retrouvailles improbables, il se met à tituber.

Heureusement Wolfgang qui se demande quelle mouche est en train de piquer son ami parvient à le retenir avant qu’il s’effondre sur le carrelage de la grande salle.

Avec difficulté, il parvient à conduire Serge jusqu’à un fauteuil adossé au mur de l’entrée. Margot s’approche alors du septuagénaire et pose sa main sur son bras.

L’homme lâche un rire amer avant de se parler.

— Ainsi, tu descends d’une famille aristocratique. Quelle ironie!

— En effet, même s’il s’agit d’une noblesse d’empire qui, comme tu le sais, est dénigrée aussi bien par les roturiers que par ceux dont les ancêtres ont obtenu leurs titres grâce à leur flagornerie auprès du roi.

— Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé, lorsque nous nous sommes connus, il y a plus de vingt ans?

— Qu’est ce que ça aurait changé ? J’étais une rebelle. Avec mes camarades révolutionnaires, nous voulions changer le monde justement pour que les origines d’un individu ne soient plus un problème. Et puis tu es arrivé, et je me suis mise à douter.

— Pourquoi as-tu suivi le groupe alors ? Pourquoi n’es-tu pas restée avec moi? Je t’aimais et je suis sûr que tu m’aimais aussi.

— Bien sûr que j’étais amoureuse, mais j’ai voulu croire que mon combat était bien plus important que mes sentiments.


Serge a bien du mal à accepter les informations délivrées par son ex maîtresse. Mais sa soif de comprendre est la plus forte. Alors il continue inlassablement à questionner Margot.

— Par quelles péripéties es-tu passée pour te retrouver dans ce coin perdu ?

— Le groupe s’est radicalisé. Nous nous sommes armés et nous avons commencé à réaliser des actions violentes et des sabotages. Et ce qui devait arriver a fini par arriver:un jour ça a dérapé.

Un une femme qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment s’est retrouvée handicapée à cause de nous.

Après cet événement, les flics ne nous ont plus lâchés. L’allégresse commune des débuts à fait place au doute et à la peur. Armand, notre chef, est devenu incontrôlable et certains dont je faisais partie ont préféré quitter le groupe. Armand ne l’a pas supporté. J’ai compris que si je ne mettais pas assez de distance entre lui et moi, il allait me forcer à le suivre voire faire pire encore si je m’opposais à lui. Faute de mieux, je suis allée demander de l’aide à mes parents. Il se trouve qu’un ami d’enfance de mon père s’était établi douze ans plus tôt dans la province de Chubut. Mes parents ont fait en sorte que je puisse traverser l’Atlantique pour le rejoindre.

— Et ensuite ? Lâche Serge avide de tout connaître de la vie de celle qu’il a tant aimée.

— J’ai bricolé de petit métier en petit métier. Je ne manquais pas de soupirants et j’ai pu vivre ainsi sans me poser de questions. Puis mes parents se sont séparés. Et avec l’argent du divorce, ma mère est venue s’installer ici. Et elle m’a invitée à vivre avec elle en compagnie de celui qui est désormais mon mari.


Un long silence fait suite à la confession de Margot. Serge ne peut retenir une larme. Il comprend qu’il n’a jamais cessé d’aimer cette femme qui le considère d’un regard apaisé. Mais il comprend aussi que la jeune femme révoltée qu’il a connu vingt ans plus tôt n’existe plus.

Lorsqu’un hidalgo au visage souriant s’approche de Margot et enlace tendrement sa taille, la plaie brièvement réouverte par cette rencontre improbable au bout du monde se referme à jamais dans le cœur de Serge.


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