Le site de l'histoire érotique
  • Histoire érotique écrite par
  • Fantasme
  • Publié le
  • Lue 4 437 fois
  • 45 J'aime
  • 1 Commentaire

La route de Lesbos

Chapitre 1

Lesbienne

C’est un triste matin dominical, comme Michèle Seigner les déteste. Sombre, maussade, comme son humeur. Debout devant la baie vitrée, elle parcoure le parc du regard. L’aube se lève, impitoyable, donnant de bien ternes couleurs aux arbres majestueux, pins et eucalyptus, qui projettent leur ombre sur une vaste pelouse habituellement bien entretenue. Elle contemple tous ces arbres bercés par le vent, un fort mistral qui fait également onduler et frissonner tous ses massifs de géraniums, hortensias et fuchsias. Epines et pétales parsèment le sol, donnant à son jardin des allures d’abandon. Elle pourrait profiter de cette journée de repos pour jardiner, se consacrer à ses loisirs, à ses plaisirs, faire comme tout le monde. Mais elle sait que ce ne sera pas un dimanche comme les autres. Pourtant, elle aurait aimé passer quelques minutes dans son jardin, juste derrière la tonnelle, dans son sanctuaire luxuriant et multicolore. Un havre de paix où elle aime se réfugier lorsqu’elle a besoin d’être seule, de réfléchir, trouver un remède à ses soucis ou à ses problèmes.

C’est la solution de facilité, une forme de lâcheté qu’elle a si longtemps maîtrisée. Mais cela fait un an qu’elle n’en peut plus, la coupe est pleine, rien ne peut soigner ce qui la ronge de l’intérieur, un vide qu’elle ne s’explique pas, un trou béant qui n’a aucun nom. Rester ici ne sert plus à rien. Elle hésite toujours, la valise à ses pieds. Les forces lui manquent. Comment peut-on tourner le dos à quinze ans de vie commune ? Comment peut-elle douter ainsi de tout ce qu’elle a construit, et se laisser ainsi si facilement submergée par le doute, la culpabilité, la panique, des sentiments si intenses et si complexes qu’elle ne sait plus où elle en est. La réponse n’est plus ici, dans sa maison, leur maison, à elle et ses enfants, où la routine va reprendre inexorablement ses droits. Un mouvement derrière elle l’arrache à ses sombres pensées.

Son mari vient d’apparaître dans le séjour, s’appuyant contre la porte comme si les forces lui manquaient. Son visage est livide, d’un blanc cireux. Il garde les yeux fixés sur la valise, un long moment. Puis son regard reflète la plus grande incompréhension lorsqu’il la regarde de nouveau, un regard de chien battu, triste et malheureux. Un regard qui supplie et qui veut l’attendrir. Elle ne le supporte pas, s’affole, de peur de céder encore, comme elle le fait depuis tant d’années. Elle se sauve précipitamment, fuyant comme une voleuse de sa propre maison. Elle se retrouve prés de sa voiture sans s’en rendre compte. Elle s’appuie contre la portière, les jambes tremblantes. Puis, brusquement, part d’un fou rire qu’elle est incapable de maîtriser.

C’est de la peur, de la tristesse, du soulagement, un mélange de tout ça, trop d’émotions qui la gagnent et la font craquer. Et, surtout, de l’étonnement. Incroyable, elle l’a fait ! Elle a toujours cédé à la facilité, reculé devant l’effort, comme vaincue d’avance par les obstacles à franchir, mais cette fois-ci elle l’a fait ! C’est dans un état second qu’elle enclenche l’ouverture centralisée des portes. Les loquets remontent avec un claquement sec quand elle entend un bruit de pas précipité derrière elle. C’est son mari qui court vers elle, toujours en caleçon et torse nu. Christelle pose vite sa valise dans le coffre avant de gagner la place du chauffeur, met le contact et baisse à regret la vitre de son côté. Il se penche, essoufflé, cherchant ses yeux alors qu’elle cherche à éviter son regard

— Chérie, je t’en prie, ne t’en va pas.

— On s’est déjà tout dit.

— Mais tu ne peux pas nous abandonner comme ça ! J’ai besoin de toi, les enfants ont besoin de toi !

— Non, par pitié, ne mêle pas les enfants à ça, pas de chantage affectif s’il te plait ! Je prends le large parce que j’en ai marre de vivre dans ton ombre, j’ai besoin de grandir, d’être libre, de redevenir moi-même. Merde, est-ce que c’est si dur à comprendre !

Le regard de son mari reste fixé sur elle, mais sans la voir, perdu ailleurs. Il ne comprend toujours pas, la regarde comme si elle était une autre femme, si lointaine, si étrangère. Ses mains tremblent alors qu’il lisse d’un geste nerveux ses cheveux trempés par la pluie qui vient de tomber.

— Très bien, fais comme tu le sens…

Puis son visage s’assombrit, prenant une expression dure et implacable alors que ses yeux irradient de colère. Son ton alors résigné prend une intonation agressive :

— Allez, casse-toi, une semaine, quinze jours, toi qui est si longue à prendre des décisions et à t’engager ! Mais il n’est pas dit que je tu seras la bienvenue lorsque tu rentreras ! Moi aussi je pourrai avoir mes petites crises existentielles, tu risques de perdre beaucoup plus que tu ne le crois…

— Je sais, mais c’est un risque à prendre…

Sa voix se brise sur cette ultime phrase. Tout est dit. Il lui jette un dernier regard furibond, puis s’éloigne lentement. La pluie tombe toujours en minuscules coups d’épingle sur le pare-brise alors qu’elle manœuvre pour sortir de la propriété. Il lui faut un terrible effort de volonté pour ne pas regarder derrière elle, dans son rétroviseur, cette splendide demeure dans laquelle elle a vécu tant de choses avec toute sa famille. Tout son corps se raidit dans une insensibilité métallique tandis qu’elle passe devant le lourd portail en fer forgé. Ne pas penser, ne pas céder, ne pas regretter, tels sont les mots d’ordre qui s’entrechoquent dans sa tête et auxquels elle doit s’accrocher de toutes ses forces. Des impératifs si désespérés qu’elle ne réalise toujours pas ce qu’elle vient de faire alors qu’elle quitte la ville.

Le temps morne et pluvieux qui s’est abattu sur le département ne semble pas s’améliorer, bien au contraire… Elle conduit prudemment, dans le battement incessant des essuie-glaces et le bruit monotone de la pluie sur le toit. La route serpente dangereusement, mouillée et glissante, avec une visibilité réduite. C’est sans réfléchir qu’elle prend l’autoroute et roule sur la voie de droite, sans ralentir, sans accélérer, d’une vitesse constante, à travers une pluie fine et poudreuse. Les vitres embuées ne révèlent qu’un paysage gris qu’elle ne voit même pas. L’asphalte luisant défile sous les roues de la voiture avec cette même régularité monotone. Elle sursaute brusquement lorsqu’un camion la double dans un concert de Klaxon exaspéré. Sa voiture fait une embardée et elle se retrouve engagée dans une bretelle de sortie sans qu’elle l’ait voulue. Tant pis, elle part de toute façon au hasard, allant là où le destin la mènera. Le camion qui l’a effrayée l’a sortie de sa torpeur, mais elle regrette presque cet état second dans lequel elle s’était cloîtrée. Maintenant, elle est submergée par les souvenirs, les remords, il lui est impossible de faire le vide dans sa tête.

— Mon Dieu, qu’ai-je fait ? murmure t-elle alors que les larmes coulent sans qu’elle puisse les retenir. C’est à cet instant qu’elle aperçoit une femme plantée au bord de la route, pouce levé, qui sautille sur place à son approche. Sur le bas-côté, un break d’un gris terne clignote de tous ses feux de détresse. Michèle hésite une brève seconde, puis se décide à se garer devant la voiture apparemment en panne. Vite, elle essuie du revers de la main les larmes qui ruissellent sur son visage. Cette femme en détresse lui apparaît comme un signe du destin, au moment même où elle allait de nouveau sombrer dans la déprime. Pour un homme, jamais elle ne se serait arrêtée, c’était courir un trop grand danger, mais avec une femme elle ne risquait strictement rien, et tous les moyens lui semblaient bons pour se changer les idées et ne plus broyer du noir. Cette dernière se penche par la vitre que Michèle vient d’entrouvrir.

— Ouf, je commençais à désespérer. Merci de vous arrêter.

D’emblée, Michèle a un mouvement de recul. Elle enregistre avec méfiance les vêtements ringards et bon marché que la femme porte avec une aisance déconcertante, comme si cela été de la grande marque. De plus, elle la trouve froide et inquiétante avec sa large bouche qui arbore une expression rigide, presque cruelle, accentuée par son teint pâle presque maladif. Heureusement, ses cheveux d’un noir épais donnent un peu d’éclat, en harmonie avec de grands yeux sombres qui brûlent d’une lumière intérieure, vifs et perçants. Un regard qui a quelque chose de dément, de sauvage. Jusqu’au moment où cette femme sourit, un sourire radieux, resplendissant, qui éclaire son visage et l’irradie toute entière. Cela efface d’un coup sa première impression, et Michèle se traite mentalement de vieux jeu en répondant tardivement.

— C’est rien. Entre femmes, il faut bien s’entraider.

— Pour ça, vous avez raison. Il n’y a rien de tel que la solidarité féminine.

— Qu’est-ce qui vous est arrivée exactement ?

— Je ne sais pas. Je roulais tranquillement et, brusquement, de la fumée partout, et la voiture qui se la joue cahotante et bringuebalante comme une locomotive prête à exploser ! Vous savez, j’y connais rien en mécanique, c’est aussi complexe et décourageant qu’un mec, j’ai pas envie de me salir à y fourrer mes mains…

Michèle se surprend à rire. L’inconnue, ravie, l’observe avec gaieté en partant d’un grand rire spontané.

— Où est-ce que je vous dépose ? demande Michèle.

— Je ne sais pas, ça dépend… Vous allez où ?

Le visage de Michèle se ferme

— Je ne sais pas.

La femme éclate encore de rire.

— C’est sûr qu’on ne risque pas d’aller très loin !"

Michèle se déride, appréciant la situation qui prend une tournure comique.

— Bon, fermez toujours votre voiture et prenez ce que vous avez à prendre. Pour la destination, on verra après.

La femme se précipite vers son véhicule immobilisé, refermant dans un claquement sec le capot du moteur ouvert et se penchant ensuite sur le siège arrière. Elle y ressort avec un sac de sport. Michèle, de sa fenêtre entrouverte, lui crie :

— Mettez-le dans le coffre.

La femme s’exécute. La portière côté passager s’ouvre aussitôt après, laissant surgir la femme qui s’assoit vivement avec un soupir de soulagement. Elle est trempée jusqu’aux os. Le pull –over mouillé qu’elle porte lui colle si étroitement à la peau qu’il en est presque transparent, dévoilant des seins lourds et épais qui oscillent alors qu’elle se laisse tomber sur le siège. Le jean sale et usé la serre prés du corps, accentuant le côté marginal et un peu négligé de la femme. Michèle, encore une fois, s’efforce de ne pas se fier aux apparences. De toute façon, à cause de son éducation, elle a toujours eu le défaut d’être trop sévère et rigide. Une rigueur qu’elle se promet de corriger si elle veut un jour croquer la vie à pleines dents. Se sentant observée, la femme lui jette un regard aussi insolent qu’insistant, prenant son temps pour la détailler de haut en bas. Gênée, Michèle détourne les yeux, se concentrant sur la route alors qu’elle redémarre.

— Vous n’avez pas de chance de tomber en panne un dimanche. Aucun garagiste ne sera ouvert.

— Pas grave. Une poubelle pareille, personne ne me la volera, ça peut bien attendre jusqu’à Lundi.

Elle joue avec une boucle de ses cheveux noirs, tirant la mèche jusqu’à l’ossature du nez, et se forçant à loucher pour la regarder s’entortiller dés qu’elle la lâche. A la dérobade, Michèle l’observe. Elle est ravie de sa présence, amusée par son franc parler et ses manières décontractées.

— Quel temps de chien ! s’exclame la femme en s’étirant langoureusement, faisant davantage saillir sa poitrine. J’en ai la chair de poule ! Regardez comme mes seins pointent !

Michèle rougit en jetant un bref regard sur les seins agressifs. Puis, vite, comme prise en défaut, détourne le regard. Sans complexe, la femme la toise avec une petit sourire amusé, enchaînant aussitôt sur un ton enjoué

— Encore merci de vous être arrêtée. C’est vraiment sympa. Moi, c’est Catherine.

— Michèle Seigner.

— Très joli prénom, j’aime beaucoup. Tu viens d’où ?

— De Nice.

— Moi, de Grasse. T’es en voyage d’affaire ou en vacances ? J’ai vu ta valise dans le coffre…

Michèle ne répond pas tout de suite. Catherine, surprise, est témoin de son changement. Pourquoi ce froncement de sourcils, cette crispation des lèvres ? C’est comme si une ombre passait sur son visage, une ombre d’une tristesse infinie. Emue, elle s’excuse :

— Pardon, je ne voulais pas être indiscrète.

— Non, ce n’est pas grave.

Son menton se met à trembler, et c’est au prix d’un terrible effort qu’elle réussit à refouler ses larmes. Catherine l’observe maintenant différemment, avec un mélange de compassion et d’étonnement. Michèle s’en rend compte.

— Excusez-moi, ne faites pas attention. Je traverse des moments pénibles, mais cela va passer.

— Pas de problème. Mais tu sais, tu peux te confier à moi. C’est plus facile de parler à une inconnue. Je sais écouter.

— C’est gentil, mais ce sont des problèmes que je dois régler toute seule, comme une grande fille.

— Comme tu veux, mais je parie que c’est à cause d’un mec. Pas vrai ?

— Exact, et pas n’importe lequel. C’est mon mari.

— Maris, amants, ils se valent tous, aussi nuls les uns que les autres… A croire que nous sommes masochistes, ces crétins-là ne sont bons qu’à nous faire souffrir.

— Exact, et c’est la raison pour laquelle j’ai pris le large.

— Oouah, tu l’as quitté ?

Michèle garde un instant le silence avant de se décider à répondre :

— Oui, et c’est fait longtemps que j’aurais dû le faire.

— Excellent, j’adore ça ! s’exclame Catherine avec un enthousiasme tel que ses longs cheveux indisciplinés s’agitent furieusement. Des cheveux aussi noirs et sombres que ses yeux, avec le même éclat lumineux et irisé dés que la lumière s’y accroche, et ce détail attire le regard de Michèle qui, du coin de l’œil, la contemple beaucoup plus qu’elle ne le devrait. Cette femme, avec ses épaules de nageuse, une silhouette à la fois robuste et voluptueuse, mélange force, vitalité et sex-appeal pour un résultat spectaculaire. Mais ce qui l’impressionne plus, c’est cette façon féline et sauvage qu’elle a de bouger, comme un animal indomptable. Une femme qui n’a pas froid aux yeux, directe, qui sait ce qu’elle veut. Bref, tout son contraire. Si elle a une ligne à couper le souffle, son visage est beaucoup plus quelconque, sans beauté particulière. Des traits figés, froids, marqués par le poids des épreuves qui ne l’ont sans doute pas épargnées. Puis, à chaque fois qu’elle sourit, le miracle se produit, elle rajeunit de dix ans, rayonne toute entière, avec plus de charme et de charisme que la plus parfaite des top-modéles. Ce qui est actuellement le cas alors qu’elle est enjouée et curieuse, un intérêt sincère qui ravit Michèle.

— C’est une rupture provisoire ou définitive ?

Je ne sais pas encore. C’est pour ça que je suis partie, pour prendre du recul, pour faire le point...

Catherine esquisse une moue boudeuse, comme déçue.

— Oh, rien n’est fait alors… Dommage. Tu vois, moi, ça fait longtemps que je ne m’embarrasse plus d’aucun mec, c’est trop d’emmerdes. Mais toi, t’avais certainement des raisons pour attendre, non ?

— La principale, ce sont les enfants. Mais je crois qu’en fin de compte cela m’allait bien de me trouver cette excuse, un faux prétexte pour camoufler mes faiblesses, ma lâcheté…

Elle parle à voix basse. Son fin visage est marqué par la fatigue et le chagrin. Catherine l’observe sans s’en cacher, avec une infinie tendresse.

— Dis, t’es pas tendre avec toi.

— Peut-être, mais c’est la stricte vérité. Jean –Benoît a toujours eu une très forte influence sur moi, il me dominait totalement, il me domine toujours, et je suis encore sous le choc de lui avoir échappé, cela me paraît irréel, j’ai du mal à réaliser…

— T’as bien fait de quitter ce gros nase. Jean- Benoît, mais c’est prout prout comme prénom, c’est fichtrement bourgeois !

Le sourire amer de Michèle se fait plus sincère.

— Oh, mais il l’est terriblement. Il est issu d’une famille très riche, dernier et légitime rejeton du clan Seigner. Son père règne en despote sur la fortune familiale et les quelques casinos dont il est propriétaire.

— T’as épousé un fils à papa, quoi…

Michèle quitte un instant ses yeux de la route, l’observant avec amusement

— Oui, vous avez tout compris. Mais on va bien ensemble. Je suis aussi une petite fille aisée et gâtée pourrie, je n’ai jamais manqué de rien, mes parents sont également très fortunés.

— Ça, je m’en étais doutée… Et tu as combien d’enfants ?

— Deux. Julien a trois ans, et Marie bientôt un an.

— T’es bien jeune pour tout ça.

— Vingt cinq ans. J’avoue paniquer assez vite, être maman c’est tant de responsabilités, trop de concessions. Souvent, je ne me sens pas prête pour assumer mon rôle de mère, je m’en sens incapable, pas assez mûre ou forte, je ne sais pas…

— C’est normal que tu te poses des questions. Et ton rôle de femme, tu l’assumes ?

Michèle hoche tristement de la tête en répondant sur un ton monocorde.

— De moins en moins. Avec un autre homme, je crois que j’aurais pu. Mais il est tellement ambitieux et égocentrique qu’il est incapable d’aimer réellement. Mon dieu, comme j’ai pu être aveugle et naïve !

Sa bouche esquisse une moue douloureuse.

— Attends, je ne comprends pas là ! Comment as-tu pu épouser un mec pareil ?

— Parce que je n’ai rien vue ! C’est un homme charmeur, élégant, extrêmement intelligent et instruit, et c’est ce personnage là qui m’a séduite. Je croyais au début qu’il m’aimait d’un amour sincère. Il me couvait de cadeaux, me sortait dans les plus somptueuses soirées mondaines, m’invitait dans les plus grands restaurants, me complimentait sans cesse. Il avait tout pour m’impressionner, c’est un beau gosse, possédant de surcroît la richesse et le pouvoir, et il savait me rendre belle et importante. Je vivais un rêve de princesse, et je n’ai pas hésité une seconde lorsqu’il m’a demandé en mariage. Mais c’est après qu’il a montré peu à peu son vrai visage.

— C’est à dire ?

— Il est devenu possessif, autoritaire, pour ne pas dire tyrannique… C’est lui qui dirige ma vie, décide de tout, gère le moindre détail et planifie chaque minute de mon emploi du temps. Plus d’argent, plus de liberté, ou si peu lorsque je réussissais à l’amadouer, si Monsieur était dans ses bons jours... Mais le pire de tout ça c’est que je lui servais en vérité de…

Elle cherche ses mots, un instant trop émue pour s’exprimer de façon claire et précise. Elle finit par poursuivre :

— Faire-valoir, c’est ça, son faire-valoir… Ma beauté et mon éducation servaient ses ambitions, j’étais utile, la potiche de luxe qu’on expose partout dans les soirées importantes, parce que cela fait bien de se montrer aux bras d’une femme qui en jette. Il aimait montrer sa réussite personnelle, sa jolie épouse docile, ses beaux enfants, sa splendide villa, ses voitures de sport, pour accéder ainsi plus facilement à sa réussite professionnelle. Un homme célibataire n’a aucune chance d’atteindre les plus hautes sphères de la politique, alors il m’emmène partout, me présente aux membres influents de son parti, me traîne dans les repas les plus barbants qui soient… Et moi, idiote que je suis, je me laisse faire, allant là où il me dit d’aller, comme un bon toutou bien dressé et obéissant…

— Pas si obéissant que ça puisque tu as finis par te faire la belle.

— Il y’ a longtemps que j’aurais dû le faire. Et moi qui croyais que le mariage signifiait liberté et indépendance. Mes parents m’ont toujours surprotégées, me cloîtrant dans une bulle confortable, avec eux j’étais déconnectée de la vérité, dans un monde de luxe et d’existence facile. J’ai quitté une prison dorée pour aller dans une autre bien pire. J’étouffe, j’en peux plus, j’ai besoin d’air…

— Ça y ’est, c’est fait, t’as largué les amarres et t’as bien fait. Mieux vaut tard que jamais...

Michèle tourne la tête dans sa direction et s’enquiert :

— Et vous ? Parlez-moi un peu de votre vie, de vos projets, de tout quoi !

— Oh ! Rien d’extraordinaire... Je vais là où le vent me mène, en me fiant à ma bonne étoile.

Une pointe d’admiration vibre dans la voix de Michèle.

— Quelle chance, être libre comme le vent. Mais vous avez bien un travail ?

— Pour quoi faire ? Me faire exploiter ou sauter par un patron qui, comme tous les mecs, ne pense qu’à ça ? Non - merci…

— Mais comment vous vivez alors ?

— Au jour le jour.

Ses réponses sont sèches. Michèle ignore ses réticences et insiste :

— Et votre enfance ?

— Père mort à usine, mère toxicomane, j’ai passé toute ma jeunesse à être trimballée de famille d’accueil en famille d’accueil car personne ne me supportait. D’autres questions ?

C’est dit sur un ton si froid que Michèle en a la chair de poule. Brusquement, ses états d’âme lui paraissent si insignifiants qu’elle a honte d’avoir déballé ses petits problèmes de façon si mélodramatique. Catherine, consciente du malaise, tente de renouer le contact en reprenant sur un ton plus léger.

— Mais t’en fais pas, il y’a longtemps que j’ai tourné la page. Tu comprendras toutefois pourquoi je n’aime pas trop parler de moi…

— Je comprends.

— Dis, tu te laisses combien de temps pour prendre une décision définitive sur ton couple.

— Une semaine.

— Et pendant cette semaine, tu vas aller où ?

— Comme vous, là où le vent me mènera.

L’atmosphère s’est détendue, Michèle a retrouvé sa volubilité.

— Et tu vas vivre comment ? Ton con de mari, si tout est à son nom – ce dont je ne doute pas un instant- est du genre à te couper les vivres, juste pour te prouver qu’il t’es indispensable, que tu ne peux pas vivre sans lui, ce qui est typiquement masculin...

Un sourire satisfait éclaire le visage de Michèle tandis qu’elle se vante :

— Je l’avais prévue. J’ai mis suffisamment de liquide de côté pour vivre royalement pendant un bon mois. Fuguer, je veux bien, mais être dans la misère, ça il en est hors de question ! Autant faire les choses dans le luxe et l’abondance, au diable l’avarice !

Catherine la toise avec amusement.

— Toi, t’es une petite futée. Le problème d’argent étant résolu, comment tu vas faire pour le sexe ?

— Hein ?

Michèle croit avoir mal entendue.

— Oui, comment tu vas faire pour vivre une semaine sans cul ? Une semaine, c’est l’enfer. Moi, jamais je ne pourrai !

Michèle sent le feu lui monter au visage tandis qu’elle lui jette un regard surpris. Celle-ci ne semble pas gênée ou embarrassée d’avoir posé une telle question, et c’est avec un naturel désarmant qu’elle remarque :

— Oh ! Excuse-moi, c’est vrai que cela ne devait pas être trop votre problème… Question cul, cela devait pas être marrant tous les jours avec un type pareil ?

Etrangement, Michèle se sent en confiance. Cette femme est d’une franchise et spontanéité qui la change tellement de ce milieu bourgeois et hypocrite qu’elle côtoie régulièrement, et parler lui fait tellement de bien. Depuis qu’elle se livre comme elle ne l’a jamais fait, sa lassitude et son anxiété ont disparus. La raideur de son cou ne l’enlace plus, les muscles de ses épaules se sont relâchés et, plus que tout, son cœur n’est plus pris dans un étau. Elle continue donc :

— Notre vie sexuelle a été a l’image de notre vie sentimentale, c’est à dire médiocre… Avec lui, l’amour est une chose totalement désincarnée, sans érotisme, ni chair ni émotion. C’est un moyen comme un autre de me posséder, me dominer, une spécialité dans laquelle il excelle, mais sans jamais se préoccuper de ce dont j’avais envie réellement. Des fois, il lui arrivait d’être tendre et attentionné, mais tout dépendait de ses humeurs… Bon, je crois que je vais arrêter là, je dois vous ennuyer avec tous mes problèmes.

Elle se tait brusquement, regrettant d’en avoir déjà trop dit. Catherine l’observe d’un air pensif, un sourire énigmatique sur les lèvres.

— Pas du tout, c’est passionnant. Tu vois, c’est plus facile de se confier à une inconnue qui n’en est plus une après toutes ces confidences ! Alors, maintenant, par pitié, arrête de me vouvoyer, je prends un sacré coup de vieux là…

— Désolée, j’ai du mal à tutoyer.

— Hé ! T’es pas dans tes soirées mondaines ici. En tout cas, tu parles drôlement bien, on voit que tu as de l’éducation.

Elle se tait un long moment. Michèle, elle, garde aussi le silence, réfléchissant à tout ce qu’elle vient de dire. Elle a vidé son sac, un flot ininterrompu de regrets, de rancœur, avec le sentiment absolu d’avoir gâché sa vie et d’avoir fait le bon choix de partir. Un départ tardif mais nécessaire. Elle se sent plus légère, et remercie le destin d’avoir placé cette femme sur sa route. Elle est aussi surprise que ravie de l’aisance avec laquelle elles s’entendent, alors que tout les sépare. Le ronronnement du moteur est durant quelques kilomètres le seul bruit monotone qui emplit discrètement l’habitacle de la voiture. La route serpente dans l’obscurité épaisse d’une forêt de pins, et sur des kilomètres le faîte incliné des arbres en bordure forme un tunnel frais et obscur. Catherine est sous le charme, troublée par l’intimité du moment; elle a l’impression qu’elles sont seules au monde, perdues sur une route déserte. Une pensée étrangement agréable… Elle a eu aussitôt un petit pincement au cœur lorsqu’elle l’a vue derrière le volant, superbe, divine, avec sa longue chevelure rousse et flamboyante qui rayonne autour d’un visage tout aussi lumineux. Un teint de porcelaine, des traits délicats, une peau blanche et laiteuse, des yeux bleus extraordinaires, un corps aux courbes harmonieuses, il ne lui en a pas fallu plus pour être séduite. Une beauté à la fois glamour et fragile, avec ce petit air triste si touchant, comme si elle était hantée par un lourd secret, une évidente détresse qui l’a aussitôt émue. C’est dans l’immédiat qu’elle a eu envie de la faire sourire, la libérer, lui apporter de la fantaisie et de la gaieté. Et plus elle la regarde, ou plutôt la dévore du regard, et plus elle se sent attirée, un désir grandissant, lancinant, comme elle n’en avait pas connue depuis longtemps. La tendresse a fait place à des pulsions beaucoup plus animales qu’elle ne fait rien pour retenir. Au contraire… Michèle sent le changement, comme de l’électricité qui semble grésiller. Elle devine les yeux insistants qui brillent dans la semi-obscurité, braqués sur elle comme des feux ardents. Elle garde le nez pointé sur le volant, horriblement mal à l’aise. Sa conduite devient maladroite, elle négocie un virage trop vite qui fait déraper la voiture dans un crissement de pneus. Le ciel bas et brumeux se mêle toujours à une pluie fine, ce qui ne l’aide pas à avoir une maîtrise parfaite du véhicule. Pour rompre le silence, elle s’empresse de commenter :

— Quel temps de chien, on y voit de moins en moins !

— Michèle, tu sais que t’es drôlement jolie ?

La déclaration est dite si brusquement et hors de propos qu’elle ne trouve rien à répondre. A côté d’elle, Catherine s’agite nerveusement, comme si elle était assise sur des charbons ardents. Avec une souplesse étonnante, elle choisit la position tailleur, écartant négligemment ses cuisses qu’elle caresse doucement par dessus le jean, du bout des ongles.

— Ouais, t’es drôlement jolie… répète t-elle.

— Merci... est le seul mot que Michèle parvient à articuler faiblement.

— Jolie à croquer, continue l’autre avec une insistance qui en devient lourde.

Elle se cambre en arrière, passant ses mains dans les cheveux dans un lent et sensuel mouvement. Cela a pour effet de gonfler davantage sa poitrine, et elle continue de s’étirer de façon lascive, comme une chatte qui prend ses aises. Son short remonte davantage, glissant sur des jambes couleur de miel, musclées, éclatantes de soleil et de jeunesse. Michèle, crispée, ne comprend pas ce brusque changement de comportement. C’est si déplacé et provoquant qu’elle perd contenance. Elle a toujours été galvanisée par les fortes personnalités, redevenant une petite fille facilement impressionnable, admirative ou craintive. Tendue, elle garde les yeux fixés sur la route. Elle ne réagit pas davantage lorsque la femme ordonne soudainement d’une voix basse.

— Mets-toi sur le bas-côté.

C’est si imprévisible qu’il faut un moment à Michèle pour que la phrase arrive à son cerveau.

— Quoi ?

— Merde, mets-toi sur le bas-côté ! explose brusquement Catherine.

Affolée, Michèle donne un grand coup de frein en braquant sur la droite. La voiture s’arrête à un mètre d’un gigantesque eucalyptus qui projette son ombre immense sur la profonde végétation qui les entoure. Michèle tourne un visage inquiet vers sa passagère, ne comprenant toujours pas.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai envie de toi.

— Comment ?

— T’es sourde ou quoi ? J’ai terriblement envie de toi. Là, maintenant.

Pour Michèle, cela paraît si absurde et inconcevable qu’elle en reste bouche bée. Pour Catherine, au contraire, il n’y a là rien de surprenant, c’est dans la logique des choses, une pulsion tout ce qu’il y’a de plus naturelle à assouvir tout aussi naturellement.

— Mais c’est impossible, on… on ne peut pas ! s’étrangle Michèle en la regardant avec des yeux exorbités, comme si elle avait à faire à une folle.

Elle croit vivre un cauchemar. Cette femme était sympathique il n’y avait pas deux minutes, avenante et pleine de sollicitude, et maintenant elle est méconnaissable, mauvaise et agressive, avec cette lueur dans les yeux qui ne lui plait pas du tout.

— Qu’est-ce qui te paraît impossible ? Cela te choque que je te dise franchement ce que je pense ? Tu me plais énormément, voilà, je te le dis. Désolée, mais j’y peux rien, c’est comme ça, et j’ai pas l’habitude d’être hypocrite ou tourner autour du pot pendant des lustres alors que je veux baiser avec une envie que tu ne peux même pas imaginer !

— Mais cela ne se fait pas comme ça !

— Quoi, qu’est-ce qui ne se fait pas comme ça ? C’est parce qu’on ne se connaît pas assez ou parce que nous sommes deux femmes ?

— Mais tout !

L’indignation la fait suffoquer.

— Toi, t’es trop coincée pour avoir déjà essayée avec une femme, je me trompe ?

— Bien sûr, je n’ai jamais essayée et j’en ai aucune envie. Je ne suis pas lesbienne !

— Comment peux-tu le savoir si t’as jamais essayée ?

— Je le sais, c’est tout.

— Tu ne crois pas à l’amour entre femmes ?

— Si, mais ce n’est pas fait pour moi. Et vous ne me parlez pas d’amour là, mais de sexe. Mais pour le sexe il faut du sentiment, et j’en ai aucun pour vous.

— Les sentiments peuvent venir après le sexe. Crois-moi que si je te fais jouir comme une folle les liens vont vite se créer ça va créer ! Essaye et on en reparlera après.

Michèle se racle la gorge, essayant de prendre un ton ferme qui s’enroue dés les premiers mots

— Je vous ai déjà dit que cela ne m’intéresse pas, alors n’insistez pas.

Catherine fait la sourde oreille, aussi peu convaincue qu’impressionnée.

— Michèle, j’en ai rien a foutre de ton avis. Tu me plais énormément. Je veux t’embrasser, te caresser, te donner du plaisir comme aucun mec ne t’en a donné. Tu m’excites tellement ! Regarde ! lui souffle t-elle d’une voix rauque en lui emprisonnant la main pour la plaquer contre son sein gauche.

Michèle sent au creux de sa main le contact doux et tiède du sein épais qui semble brusquement gonfler. Elle veut se dégager, mais Catherine lui presse davantage la main sur sa poitrine d’un geste brusque et possessif.

— Sens comme j’en ai envie !

Encouragée par son silence, elle la prend de son bras libre par la taille et la serre sans violence contre elle.

— Dis-moi que t’en as envie toi aussi.

— Non !

— Tu n’aimes pas le sexe ?

— Si, mais pas comme ça, et pas avec une femme.

— Si tu aimes le sexe tu vas aimer les femmes aussi.

Elle ne cesse de la provoquer, l’enlaçant plus étroitement, plongeant ses yeux brûlants dans les siens, quêtant du regard un abandon ou un acquiescement. Son manque de combativité l’encourage à aller plus loin. Elle rapproche brusquement son visage, lèvres entrouvertes. Michèle esquive le baiser qui effleure le coin de sa bouche. Puis, dans un sursaut de révolte, réussit à la repousser un peu. Catherine repart à l’attaque, mais la physionomie de Michèle prend une expression d’épouvante si pathétique qu’elle se laisse se laisse un instant attendrir. Cette femme est si fragile emotionnellement qu’elle pourrait abuser de la situation, user de la force pour la posséder, mais elle préfère attendre encore un peu. Sa résistance l’exalte, une attente lente et sensuelle qu’elle savoure avec délectation. Sa victoire n’en sera que plus grande...

— Tu ne veux vraiment pas coucher avec moi ?

— Non, bien sûr que non.

— Tu ne veux pas prendre ton pied ? En général, les femmes adorent ça, prendre et donner du plaisir…

— Peut-être, mais pas moi.

— T’es frigide ?

— Bien sûr que non, ça n’a rien à voir…

— Alors je ne comprends pas. Le sexe est tellement agréable. Tiens, tu trouverais ça super agréable si je te léchais le sexe pendant des heures, je ne connais aucune femme qui n’aime pas ça…

Michèle est si offusquée qu’elle ne trouve rien à répondre. L’autre continue.

— Je suis certaine que ton mari ne t’a jamais léché le sexe. Après ce que tu m’as dit sur lui, je l’imagine très bien, propre sur lui, si sage et coincé, à faire ça à la va-vite, sans imagination… Moi, de l’imagination, j’en ai à revendre, je suis passionnée aussi, je pourrai te montrer des trucs que tu n’oserais même pas imaginer dans tes rêves les plus fous… Allez, dis-moi la vérité, entre femmes on peut tout se dire. Est-ce que ton mari te lèche le sexe ?

— Oui, bien évidemment.

Son regard est fuyant. Elle maudit la brève hésitation qu’elle a eu avant de répliquer. Elle a menti, et elle n’a jamais su mentir. Son mari a toujours eu du désintérêt pour cette partie intime d’elle-même, utilisant simplement le sexe comme une arme pour affirmer son pouvoir, satisfaire sa supériorité de mâle conquérant. Le fait qu’il n’aime pas lui prodiguer le cunnilinctus, osant à peine lui regarder le sexe, avait quelque chose de blessant, comme s’il cherchait à lui faire détester sa propre féminité, à ne pas la mettre en valeur. Elle ne peut s’empêcher d’y penser alors que le regard de Catherine l’épie dans la pénombre, brillant et incisif.

— Tu mens, affirme celle-ci sur un ton catégorique. Tu m’en as suffisamment dit sur lui pour savoir que ce n’est pas son genre à faire ça.

Michèle ne proteste pas, un silence qui ne peut que la trahir, mais étrangement elle ne se sent plus la force de se draper dans un manteau de dignité froissée. A quoi bon puisqu’elle a été assez stupide pour se livrer à cette femme, des aveux que celle-ci utilise maintenant contre elle, pour la contrer avec une logique imparable. La voix de Catherine se fait de nouveau entendre, plus rauque, plus douce, comme une voluptueuse caresse.

— Lécher le sexe d’une femme est la caresse la plus gratifiante et la plus excitante qui existe, c’est lui rendre hommage, rendre hommage à sa féminité, à ce qu’elle a de plus beau et de plus secret. Bon sang ! Je ne m’en lasserai jamais, c’est trop fort, la reconnaissance et la découverte de l’autre… Tu ne sais pas ce que tu rates à ne pas te laisser faire, crois-moi que tu ne le regretteras pas, tu en redemanderas même…

Tout en parlant, elle ne cesse de la fixer intensément, un regard brûlant qui subjugue.

— Laisse-moi te lécher partout, partout…

Elle la défie toujours du regard en l’enlaçant. Michèle semble paralysée, tremblante de la tête aux pieds. Les mots crus et excitants que prononcent cette femme prennent corps et existence, enflammant ses sens. Elle s’en laisse bercer, en état d’hypnose. Cette femme exerce sur elle une sorte de fascination, ses façons directes, son désir primitif et impétueux ont quelque chose de troublant et d’inquiétant. Jamais on ne lui a dit des choses pareilles, jamais on ne l’a désiré si violemment, et cette fièvre est communicative. Elle s’en rend compte, veut échapper à son emprise :

— Non, je vous en prie, arrêtez…

Elle se ressaisit, se tortille pour s’écarter, bredouille :

— Prenez tout mon argent, j’ai beaucoup d’espèces, mais je vous en prie… laissez-moi tranquille…

L’émotion lui coupe la parole. Catherine reste tout prés d’elle, sans la toucher. Elle veux qu’elle sente sa présence, son parfum, son désir.

— C’est toi que je veux, pas ton sale fric.

Puis elle tend son bras droit d’un geste nerveux, lui touchant la joue. Michèle tente de s’éloigner encore, mais se retrouve coincée contre la portière. Elle ne bouge plus, pétrifiée, interdite. Fermement, Catherine lui cloue les bras aux côtés, la tenant à sa merci. Sa voix est rauque lorsqu’elle lui souffle prés de l’oreille :

— Michèle, tu es belle, si belle… Je veux t’embrasser toute la nuit, de la tête aux pieds, millimètre par millimètre, explorer ton corps magnifique sans rien oublier, te faire vibrer et crier…

Michèle est comme ensorcelée, dans l’incapacité de protester. Son silence a quelque chose de terrifiant, comme si elle avait inconsciemment envie que la femme mette en pratique ce qu’elle lui promet de façon si ardente.

Catherine maintient sa prise en l’attirant à elle. Michèle gémit, fermant les yeux comme pour échapper à ce qui l’attend. Catherine en profite pour lui lécher la bouche, sur toute la longueur, savamment et doucement. De surprise, Michèle ouvre les yeux à ce simple contact, puis les referme. Sa bouche reste également close tandis que Catherine la promène toujours langoureusement, de façon paresseuse. C’est si agaçant que Michèle finit par entrouvrir ses lèvres. Aussitôt, une langue fébrile glisse entre ses dents et visite fougueusement l’intérieur de sa bouche, quémandant un échange qu’elle ne lui accorde pas, se contentant de se laisser embrasser. Son cœur se met à battre plus vite devant l’insistance de la bouche audacieuse qui ne cesse de la relancer et la provoquer avec un art divin, exigeant toujours de sa part une réaction, comme cette langue qui la fouille d’une manière experte.

C’est un contact doux, ardent et mouillé, si terriblement grisant que, malgré elle, par instinct, sa langue se met aussi en mouvement, allant timidement à la rencontre de celle de sa partenaire. Elles se nouent et se frottent délicieusement l’une contre l’autre, dans un baiser de plus en plus fougueux et audacieux. Paniquée, Michèle réalise brusquement ce qu’elle fait. Haletante, elle s’écarte pour reprendre son souffle et ses esprits. Catherine ne lui laisse aucun répit. Elle l’embrasse dans le cou, remonte jusqu’au lobe de l’oreille qu’elle mordille tendrement. Michèle sursaute, s’accroche à elle comme une noyée en se faisant toute molle. En revenant à sa bouche, Catherine la contemple une seconde, avec avidité, comme une proie à dévorer. Michèle a le feu aux joues, son menton tremble. Elle croise son regard, et y lit une telle ardeur qu’elle se sent perdue. Catherine profite de ce désarroi pour glisser une main sur sa gorge, effleurant le col du chemisier avant de défaire le premier bouton.

Au fur et à mesure qu’elle la déshabille, ses gestes se font plus fébriles, plus impatients, fixant fiévreusement la peau nue, blanche et délicate du cou, puis la naissance des seins fermes et laiteux qui tendent avec insolence le soutien-gorge qu’elle dégrafe prestement. Sa respiration s’accélére en dévoilant le galbe parfait d’un sein, qu’elle effleure du bout des doigts. Michèle sursaute. Catherine se dépêche de libérer les derniers boutons, et Michèle la laisse toujours faire. Se laisser dévêtir par une femme lui monte à la tête, elle râle et pousse un petit cri éperdu lorsque sa partenaire lui dégage l’autre sein en écartant complètement le chemisier. Sans force, elle bascule en arrière, nouant ses mains autour de son cou alors qu’elles reprennent leur baiser, encore plus brûlant.

Catherine ne s’attarde pas, laissant descendre sa bouche dans le cou qu’elle embrasse fougueusement, tandis que sa main droite se referme sur un sein, le caresse. Michèle laisse échapper une sourde plainte, se crispant brusquement. De ses deux mains, Catherine touche maintenant sa poitrine, passant lascivement un pouce sur les bouts qui se dressent instinctivement sous la caresse.

Michèle pousse des soupirs encore plus forts lorsque la bouche se mêle au jeu, atteignant le doux renflement de ses seins. D’abord, Catherine garde les lèvres serrés, saisissant les pointes pour les agacer du bout de la langue, puis aspirant doucement en même temps. Ensuite, elle laisse sa langue ramollir, tournant autour des aréoles en suivant le tracé pour finir par picorer les extrémités d’une façon diabolique, passant d’un sein à un autre pour maintenir la fièvre érotique qui vient de posséder sa nouvelle conquête, pour ne plus la lâcher. Gênée par l’espace restreint du véhicule, Catherine ouvre la portière du véhicule pour libérer ses jambes à l’extérieur. C’est avec plus de liberté qu’elle s’étend sur le corps à moitié nu, continuant de le faire vibrer en léchant le ventre, le nombril, et redescendant encore et encore, jusqu’aux cuisses. Elle agrippe la jupe, la retrousse vers le haut, sans cesser de parcourir ses lèvres tout le long des jambes couleur de porcelaine, musclées, éclatantes de soleil et de jeunesse. La respiration qui s’interrompt lui laisse deviner l’effet que ce contact lui procure, et elle colle du coup plus étroitement sa bouche sur la peau nue, prés de l’aine, affirmant sa prise en lui tenant la taille. Michèle s’accroche au volant, les yeux clos, le souffle court. Elle écarte insensiblement les cuisses et bascule son bassin vers l’avant, soulevant ses fesses sur le siège passager, en équilibre sur les coudes pour ne pas écraser son dos sur le levier de vitesse. Lorsqu’elle pose sa bouche sur le fin tissu de son string, Catherine a la joie de constater que sa partenaire s’ouvre davantage, écartant résolument ses cuisses, bandant ses muscles pour appuyer son pubis en avant, cherchant le contact le plus étroit entre son intimité et la bouche féminine qui, espiègle et joueuse, se contente de se frotter contre le sous-vêtement.

Catherine prend un malin plaisir à promener ses lèvres sur la culotte, glissant sur la chair intime, dessus et au bord, retardant l’intrusion tant attendue avec un sadisme redoutable. Quand elle y met la langue, jouant de la pointe sur le clitoris qu’elle sent durcir sous le sting, Michèle ne peut retenir un cri. Sa bouche reste longtemps entrouverte sur un râle stupéfait, avec un souffle si bruyant et rapide qu’elle semble suffoquer. Elle se cambre davantage, faisant saillir sa poitrine nue qu’elle se caresse elle-même d’une seule main, avec une fougue incontrôlable, pétrissant ses seins en de larges mouvements tournants. L’autre main, toujours agrippée au volant, lâche à cet instant prise, faisant retomber Michèle sur le levier de vitesse. Le choc est douloureux, brisant net le charme. C’est presque hystérique que Michèle se redresse et la repousse avec l’énergie du désespoir. Catherine veut reprendre les choses là où elles en étaient restées mais le visage de sa victime prend un air si malheureux et apeuré qu’elle sent ses résolutions faiblir.

Après tout, ce n’est que partie remise…

A SUIVRE...


Diffuse en direct !
Regarder son live