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Le satin de Noêl

Chapitre 2

Les Anges heureux

Histoire médaillée
Erotique

Texte pour le concours "Conte de noël"    -volet II



Octobre… Un samedi matin !


La bise souffle déjà sur les campagnes et les villes. L’air frais, pour ne pas dire froid laisse présager de la fin d’un automne qui résiste encore à un hiver prévisible. Je n’ai pas revu Nicolas, n’ai pas eu d’autres aventures non plus. Mon cœur est vide, tout comme ma vie qui se décline en jours monotones. Je suis de repos et c’est l’heure d’aller faire mes courses pour la semaine à venir. Le vent, il court depuis la veille, un crachin l’accompagne qui rend moroses les alentours de ma maison. Un pantalon de jean, un chandail de laine au col roulé, et mon manteau, je suis prête à me rendre au marché du village. Je viens tout juste de saisir mon sac et les clés de ma voiture, lorsque je reste figée par le carillon de la porte d’entrée.


Je n’attends pourtant personne. Bon ! Qui que ce soit, je vais ouvrir. Un tour de clé, puis ma main appuie sur la clenche. Le panneau de chêne pivote sans bruit et je prends une gifle magistrale. Je reste là, médusée par la présence insolite de cette personne qui a les tifs dégoulinants, les vêtements mouillés.


— Bonjour ! Vous êtes bien Marine…

— Bonjour ! Oui c’est moi. Mais… que me voulez-vous ?

— Je peux entrer ? Juste une minute ? Ce ne sera pas long, rassurez-vous, je ne vous veux aucun mal. Juste discuter.


Que faire ? Que dire ? Bien entendu que je sais qui est là. Je m’efface pour qu’elle entre. Sandra ! Plus de ventre alourdi, pas de Pierre non plus dans les parages et l’autre-là qui me dévisage.


— Vous savez qui je suis, n’est-ce pas ?

— Euh… je vous ai vu une fois, dans le supermarché où je vais faire mes courses. Mais…

— Oh… j’ai toujours su pour vous et Pierre. Mais… je me suis aussi tue pour des raisons que je ne tiens pas à évoquer ici.

— Bon ! Venez. Vous voulez prendre un café ? Je m’apprêtais à aller au marché. Je travaille la semaine… et le samedi est réservé à la mangeaille.

— Je vois. Mais je devais venir vous parler…

—… ? Je… je ne vois pas vraiment ce que nous avons à nous dire.

— Nous avons partagé le même homme et j’ai besoin de vous rencontrer depuis qu’il est parti. Il me faut me raccrocher à ce qu’il était… vous avez fait aussi partie de son existence.

— Mais… il vous a donc abandonnée aussi avec deux enfants ?

— Abandonnée ? Je ne sais pas si c’est bien le bon mot…

— Ce n’est pas ce que vous venez de me dire ? J’ai mal saisi ?

— Il existe des tas de manières de partir et quelque part, je crois que vous et moi sommes étroitement liées par celle de Pierre.

—… ? J’ai du mal de piger.

— Le jour même de votre séparation, j’ai su, j’ai compris que vous aviez rompu.

— Il m’a toujours menti, et sans doute à vous également.

— Il a eu beaucoup de mal à choisir. Sans doute serait-il revenu vers vous si vous l’aviez voulu… ou attendu. Mais je crois que j’aurais préféré cela à sa disparition...

— Vous voulez bien me dire ce qui se passe, là ? Que me voulez-vous ? Parce que j’avoue que ça me fait tout bizarre de vous voir chez moi. Où donc est parti Pierre ?

— Vous ne lisez donc pas la presse ?

— Ben, j’avoue que non. Je n’ai pas le temps pour cela.

— Il a eu un accident de voiture, début septembre. La police pense qu’il a jeté son véhicule dans un arbre délibérément. Il n’arrivait plus à vivre sans vous.

— Mais… non ! Vous ne pouvez pas dire cela. Ça ne peut pas être à cause de moi, ou pour moi. Il vous avait vous et puis… ses enfants…

— Je voulais vous le dire. Mais malgré ses deux fils, Pierre projetait de me quitter. Et je suis chez vous ce matin parce que j’ai mal de son abandon. J’avais… j’ai besoin de connaitre celle qui a pris le cœur de mon mari. Parce qu’il vous aimait comme un fou.

— Mais… comment pouvez-vous penser cela ?

— Il me parlait de vous tout le temps. Il a aussi laissé une lettre… où il me raconte son amour pour vous, pour moi et pour nos enfants.

— Je… je suis désolée. Mais ce fameux jour où je vous ai aperçue avec un ventre si rond… enceinte, je n’ai pas voulu continuer. Il repoussait toujours une séparation qu’il ne désirait sans doute pas. Ça ne fait pas de moi une coupable pour son geste désespéré, si ?

— Pas plus que je ne le suis. C’est juste qu’il n’arrivait plus à gérer cet état. Il vous aimait, il m’aimait et n’a pas su trouver le bon équilibre. Surtout après votre rejet… avant il passait deux soirs par semaine ici et une sorte d’entente, de petit arrangement lui permettait de vivre ses deux amours.

— Si vous saviez, pourquoi ne pas en avoir discuté avec lui ? Je suis navrée d’apprendre… ce que vous me rapportez là. Mais malheureusement, j’ai fait un choix aussi… votre bébé en gestation m’a ouvert les yeux. Jamais je n’ai su, sauf en vous apercevant, que vous étiez… enceinte. Je vous le promets.

— Mais je sais tout ceci. J’ai seulement besoin de vous voir, de vous connaitre, de parler de Pierre avec vous. De savoir comment il était avec vous. De savoir ce que vous échangiez tous les deux. Lui ne peut plus m’en parler, vous êtes encore la seule qui puisse me faire affronter mes démons. J’ai besoin de vous… autant que lui. Vous saisissez ma démarche ?

— Je… Non, pas trop. J’en suis navrée.

— Je ne veux rien d’autre que discuter avec vous, partager ce mari qui n’est plus là. Savoir ce que vous aviez de si attirant qu’il en soit devenu malade ; lorsque vous l’avez rejeté.

—… ?

— Je peux concevoir ce que mon intrusion dans votre existence peut montrer d’étrange ou de dérangeant. Mais vous seule pouvez me remettre les idées en place et guérir mes blessures. Au début, je vous en ai vraiment beaucoup voulu. Mais connaissant mon Pierre, il ne pouvait y avoir entre lui et vous qu’un grand amour pour qu’il mette en danger notre couple.

—… je n’ai appris votre existence que bien longtemps après… notre première rencontre ! De plus il me promettait toujours de venir vivre ici. Je suis… désolée, je ne peux rien pour vous et apprendre son décès de cette manière, c’est… pardon.


Je détourne mon visage. Elle n’a pas besoin de voir ces larmes qui coulent de mes yeux embués depuis ses révélations. Mais elle tend le bras vers moi. Sa patte accroche mon menton.


— Pleurez ! Ça soulage, vous savez. Je pleure encore souvent moi aussi.

—…

— Allons ! Je ne suis pas votre ennemie, je ne veux que vous connaitre. Vous êtes très jolie, plus que moi sans doute et je peux tout à fait comprendre pourquoi il est tombé amoureux de vous.


La femme, la chevelure plus sèche qui vire au blond cendré, a des traits très fins et son sourire me désarme. Il émane d’elle une certaine maitrise et un je ne sais quoi qui la rend forte. Je sais, je sens très bien soudain pourquoi Pierre ne pouvait pas la quitter pour moi. Il y a dans les gestes de cette nana que je voudrais haïr, une tendresse infinie que je me m’explique pas. Je suis pourtant celle qui lui a volé une part de l’amour de son homme et elle est là qui me secoue délicatement, pour me permettre d’avancer. Son bras entoure mes épaules, elle me berce gentiment contre elle.


À tel point que mon visage se niche sans vraiment que je m’en rende compte contre sa poitrine. Là, un cœur bat, dans un bruit très sourd, mais terriblement perceptible pour mon oreille. Puis je réalise que ma joue se frotte sur un de ses seins et que j’en apprécie d’autant plus le contact avec le satin doux de son corsage. De plus, mes larmes qui ne se tarissent plus forment déjà une auréole sombre sur la matière délicate de son vêtement. Pourquoi me fait-elle soudain penser à une mère qui câlinerait son enfant ?


— Ça va aller ! Ça va passer ! Vous savez, j’ai réagi comme vous lorsque j’ai compris qu’il ne saurait jamais trancher entre nous deux.

—…


Je renifle et le son de sa voix, clair et cristallin me donne comme des frissons. Sa main lisse mes cheveux avec une lenteur qui rajoute encore au trouble qui m’envahit.


— Je crois, Marine, je suis même sûre que nous devions nous rencontrer. S’il était encore là, je sais que ce serait son plus grand bonheur.

— Mais… vous ne m’en voulez pas ? Je vous aurais volé votre mari… si Pierre avait voulu…

— En amour, personne ne vole rien à personne. On s’aime et c’est tout. La vie est ainsi faite que les choses et les sentiments surtout évoluent. « Notre homme » lui non plus ne savait pas comment faire.


Elle vient d’appuyer sur le « notre ». Une façon de m’indiquer, de me guider vers ce qu’elle pense vraiment ?  J’ai des difficultés à suivre le cheminement de la pensée de celle qui me berce toujours. J’y trouve un réconfort incroyable. Cette Sandra a une force de caractère qui m’impressionne. Puis, je dois avouer que depuis que Pierre et moi, nous sommes séparés, je n’ai pas retrouvé mes marques, mes repères. Là, cette femme qui me cajole, elle a quelque chose de celui que j’ai aimé par-dessus tout. Il me revient tout de même en mémoire qu’elle a deux enfants. Alors je me dois d’avoir un sursaut.


— Et vos enfants… ceux de Pierre… comment vont-ils ?

— Oh… le dernier, lui ne se rend compte de rien. Pour Liam le plus âgé, c’est plus compliqué. Pour le moment, ils sont chez leur grand-mère… le temps que je redresse un peu la barre. Moi aussi, vous savez, j’ai largement tangué suite à l’abandon de mon mari.

— Vous croyez qu’il a fait cela à cause de moi ? C’est ça ?

— Pas du tout. Il a fait un choix, mauvais, mais personne ne doit ni ne peut être tenu pour responsable ou se sentir coupable. Il a pris une décision malheureuse, mais c’était la sienne. Et nous n’y pouvons plus rien, vous et moi.

— Alors… pourquoi êtes-vous ici, chez moi, ce matin ?

— Je voulais connaitre le second amour de mon mari. À n’en plus douter, il avait bon gout et la tête sur les épaules. Son choix et ses difficultés à surtout en faire un sont une preuve de son attachement pour vous, Marine.

—… Pourquoi êtes-vous aussi gentille avec moi ?

— Je pense que s’il avait mis le problème sur la table, nous aurions trouvé un accord ! Nous aurions pu… comment vous dire cela, nous entendre sur un sujet très chaud, brulant par certains aspects ?

—… ? Je ne comprends pas où vous voulez en venir.

— Eh bien, réfléchissez plus en profondeur à ce que je viens de vous dire. Je vais rentrer chez moi avec le sentiment que vous allez réagir à mes paroles. Que celles-ci vont faire leur petit bonhomme de chemin dans votre esprit. Vous êtes belle, intelligente et je sens que nous avons encore une longue route à partager.

— À partager… ? Je ne suis pas certaine de saisir tous vos propos.

— Mais si… je sais bien que si ! Avec un peu de recul, vous allez avoir une idée plus nette de mes paroles. Je suis là pour vous dire que ce que Pierre aurait aimé, nous pouvons lui offrir, même si lui n’est plus avec nous pour… l’apprécier. Je vous laisse. Voici mon numéro de téléphone. Appelez-moi si vous avez un peu le bourdon ! Ou plus simplement lorsque vous en aurez envie…

— Mais…

— Chut ! Je compte sur vous pour repenser à tout ceci dans le calme. J’aime bien votre maison, votre parfum aussi. Vous êtes… une femme bien Marine. Mais Pierre avait beaucoup de gout n’est-ce pas ? À bientôt donc ?

—…


Je la suis lorsqu’elle quitte ma maison. Sur le pas de la porte, elle se retourne et ses yeux brillent d’un éclat tout particulier. Moi… je me sens toute molle, envahie par un trouble si étrange. Mince alors ! Son visage qui s’approche du mien, pourquoi est-ce que je ferme les paupières comme pour qu’elle… la bouche rouge rubis frôle ma joue, pas très loin de la commissure de mes propres lippes. Et ce sentiment de manque qui me serre l’estomac, de quoi provient-il ? Je sens qu’en moi, il y a mille et une contradictions. Accentuées encore par cette paume qui accompagne son geste sur le pas de la porte, une caresse sur mes cheveux et un sourire si énigmatique.


— xxXxx —


Novembre…


Les platanes de l’allée ont des aspects de squelettes. Décharnées, dépouillées de leurs dernières feuilles, les branches grincent sous le vent de novembre. Je n’ai pas revu Sandra, mais nous nous parlons quotidiennement au téléphone. Sa voix reste d’un calme et d’une zénitude qui me fait toujours un drôle d’effet. Nos discussions sont toujours d’ordre général, nous n’abordons pas le sujet de sa venue chez moi. Alors là, ce vendredi soir, lorsque je reçois un SMS de sa part qui m’invite à venir diner demain soir, j’ai d’un coup un emballement du palpitant qui me tétanise. Pourquoi cette invitation ?


Malgré cette frousse bizarre qui s’infiltre partout en moi, qui hérisse chacun des pores de ma peau dans une chair de poule inexplicable, je ne cherche nullement à fuir. Oui ! Je vais m’y rendre chez Pierre. Voir où il a vécu si longtemps avec sa famille, peut-être retrouver quelque part un soupçon de son odeur. Un peu de son parfum qui a sans doute imprégné chacun des meubles de cette demeure où il a vécu heureux… avec une autre. Malsaine ma réaction ? Je m’en contrefiche de cette possibilité. Nos échanges, je veux dire ces coups de téléphone si fréquents entre Sandra et moi sont un fil ténu qui me raccroche à cet homme.


Oui ! Je vais jouer la curieuse. Mais est-ce vraiment le bon motif pour revoir la jolie blonde ? Une étrange amitié est née entre nous deux. Je n’arrive pas à arracher de ma caboche ses mots mystérieux de notre première rencontre. Ils n’ont d’énigmatiques que leur teneur, pour ma compréhension. L’épouse de Pierre me les a envoyés dans le creux de l’oreille sciemment. Et malgré toutes mes réflexions ultérieures à son passage, impossible d’en déchiffrer le message. Je n’ai pas une seconde d’hésitation pour accepter cette soirée chez Sandra. J’ai comme l’impression que j’ai un nouveau rendez-vous posthume avec… Pierre.


Quelques roses, une bouteille de vin, c’est ma modeste contribution à cette invitation. Je suis à l’heure. À vingt heures pétantes, mon doigt fébrile enfonce le bouton de la sonnette. Et les talons qui martèlent le sol m’indiquent aussi que celle qui est dans la maison va m’ouvrir. Si j’ai mis un temps infini à me pomponner pour l’occasion, Sandra elle aussi a fière allure. Elle est… comment dire, sur son trente-et-un. Une petite jupe portefeuille noire, un chemisier cintré, sombre aussi, juste orné sur le sein gauche d’une rose rouge. Des escarpins aux talons fins comme des aiguilles, elle est maquillée sobrement.


— Ah… bonsoir Marine.

— Bonsoir Sandra… tenez et surtout mille fois merci pour cette invitation !

— Entrez… elles sont magnifiques… tout comme vous !


Elles… les roses blanches du bouquet bien sûr ! Elle me fait entrer et je suis, une fois le vestibule passé, dans une salle à manger où deux couverts sont dressés.


— Je mets ces jolies dames blanches dans un vase et nous prenons l’apéritif ?

—… euh… comme vous voulez !

— Pour le vin… j’ai déjà préparé la carafe et mis à décanter celui dont Pierre raffolait…

— Il buvait surtout du blanc ? Non ?

— Vous avez une bonne mémoire. Le chablis… son péché mignon, il est bien frais comme il l’aimait. Vous allez voir. J’arrive… passez au salon… la pièce là, devant vous. Installez-vous, j’en ai pour juste une petite minute.


Les trois pas qui me séparent de cette autre pièce, je les fais en marchant sur des œufs. C’est très spécial de me retrouver ici, chez celui qui a tant compté pour moi. J’ai beaucoup de peine à imaginer que je vais diner en tête à tête avec celle qui a longtemps été ma rivale. Là, un long meuble dans lequel la télé est installée et sur les étagères qui entourent le poste, des cadres. Ceux d’une famille souriante. Un enfant et un couple, figés à tout jamais dans une pose heureuse.


— C’est… Liam ! Notre ainé… il a cinq ans maintenant. Son père lui manque. Sur l’autre cadre, il s’agit de Jules, il n’a pas eu le bonheur de connaitre son papa.

— Ils sont beaux vos petits…

— C’est un peu grâce à eux que je survis… vous savez ! Et un peu… pour vous aussi !

—… pardon ? Pour moi ? Je… je ne comprends pas.

— Allons, vous êtes une femme intelligente. Il ne peut en être autrement ! Pierre ne se serait pas entiché d’une de ces sottes qui ne savent pas aligner trois mots.

— Mais…

— Je vous ai invité ce soir pour que nous parlions de lui, de ce qu’il aurait pu avoir si… il n’avait pas abandonné le navire d’une manière un peu lâche.

— Vous lui en voulez de ce qu’il a fait ?

— Il existait des tas de solutions. Je voudrais lui faire un vrai cadeau pour Noël… nous avons encore quelques semaines devant nous pour qu’ensemble nous lui rendions hommage.

— Vous êtes certaine que vous allez bien, Sandra ?

— Mais oui. Rassurez-vous, je ne vais pas vous faire de mal… je veux juste que de là où il est, Pierre sache que toutes les deux nous pouvions le rendre heureux. Il est trop tard pour qu’il en profite vraiment, mais vous et moi pouvons faire en sorte que ça devienne un vrai cadeau…

— Je ne suis pas certaine de bien comprendre ce que vous attendez de moi, Sandra.

— Vous avez réfléchi à ce que je vous ai dit lors de notre première rencontre ?

— J’avoue que je n’ai pas là non plus, tout assimilé… peut-être pouvez-vous m’en dire plus.

— Ben… si nous commencions par oublier ces « vous » sentencieux ? Un tutoiement va faciliter grandement notre relation, qu’en penses-tu, Marine ?

— Si vous… si tu veux oui !

— À la bonne heure… trinquons donc à une amitié naissante entre les deux femmes de la vie de notre Pierre…

—…


Le vin aux couleurs d’or est une pure merveille et nos verres s’entrechoquent dans un mouvement fraternel amical. Elle est belle, cette femme qui me regarde d’une façon si bizarre. Quelque part au fond de ses prunelles, une certaine impression, c’est presque amoureusement qu’elle me reluque. Le pire de cette affaire, c’est bien que je ne suis pas loin d’être dans un même état et elle me bouleverse par le petit côté obscur de notre diner. Tout ce qu’elle apporte sur la table, ce sont les plats que je sais que Pierre affectionnait. Ce tête à tête a quelque chose de rituel, de familier aussi et tous les gestes de la femme blonde sont dirigés dans un but de séduction.


Y a-t-il besoin de me pousser beaucoup pour que je m’engouffre dans la brèche ? Les reliefs du repas sont abandonnés sur la table de la salle à manger et je ne tente rien pour la freiner, alors que sa menotte se saisit de mon poignet. Pas la moindre trace de violence pour m’entrainer vers le canapé où nous nous asseyons côte à côte. De nouveau ma tête se niche sur cet espace où j’ai déjà tant pleuré. Mais il n’y a pas de larme cette fois, seulement une incroyable fébrilité et des tremblements sans nom. La patte douce qui lisse ma chevelure, la délicatesse de ses mouvements répétitifs sur mon épaule, je me sens… envoutée.


La main libre qui relève mon menton… mes paupières qui se ferment dans l’attente de l’arrivée imminente de sa bouche sur la mienne, tout concourt à me rendre complice de cette ivresse charnelle. C’est… un peu comme si Pierre m’embrassait par personne interposée. Pour Sandra est-ce que c’est la même chose ? Il n’est plus temps pour les questions. La langue qui flirte avec la mienne m’apporte un gout de miel qui coule dans ma gorge. Rendre coup pour coup dans une aventure dont je ne maitrise aucun des paramètres, voilà qui me rend dépendante de celle qui m’embrasse.


Nos doigts s’égarent enfin sur des vêtements devenus gênants, encombrants serait plus simple à dire. Un savant et langoureux effeuillage qui nous rend à l’état naturel de notre naissance, et enfin les jeux entre deux adultes qui débutent là sur le canapé sont de l’ordre de l’immoralité pure. Mais nous n’avons que faire de ce que pourraient bien penser les autres. Nous sommes seules au monde, dans un duo où plane l’ombre de l’absent. Nos corps s’épousent dans de nombreuses figures libres, et la découverte d’une autre forme de sexualité s’accompagne de ce fabuleux bonheur de connaitre enfin cette autre qui tenait éloigné de moi notre Pierre.


Je déguste ces endroits où il a sans doute mis si souvent sa bouche aussi, et j’avoue que Sandra qui ne se prive pas non plus d’explorer ce qui chez moi ressemble à ce que je lèche chez elle, m’amène tout tranquillement à un point de non-retour. Je suis surprise également de sentir son corps qui vibre sous mes doigts. Nos gémissements s’entremêlent dans une pièce qui a connu bien d’autres ébats surement. Et je reviens à toutes ses lèvres, aimants qui attirent mes baisers les plus suaves. Elle non plus n’abandonne rien de ce qui lui passe sous la langue. Et un baiser fou, rempli de nos sécrétions les plus intimes nous fait partager l’ivresse de l’instant magique d’une jouissance que plus rien ne saurait interdire.


Exsangues, avachies sur la carpette du salon entre table basse et divan, nous nous roulons encore et encore dans un bouquet de sensations, des pelles qui frisent l’impertinence. Nous restons là, longuement enlacées à nous faire des bisous, à nous contempler dans cette nudité pourtant si crue. La partie vient de prendre fin, mais elle n’est chez moi que le prolongement d’un amour perdu… un moment d’infinies sensations pour celle qui vient de tout me donner, et qui a évidemment tout pris. Je n’ose pas ouvrir la bouche, de peur que mes paroles ne viennent briser le charme de l’instant de grâce que je viens de vivre.


Songe-t-elle exactement de la même manière ? Dix fois, je lis sur ses lèvres tremblantes un message qui ne sort pas de sa gorge. Une crainte identique à celle que j’ai, habite-t-elle celle qui m’offre le plus beau des cadeaux ? Son amour pour un homme, son amour à partager. Et c’est sans mots dire qu’au but de longues minutes de silence, nous renouvelons l’acte d’amour, serment éternel des amoureux. Cette fois, elle adjoint à ces jeux de mains pour vilaines, des jouets pour des joutes plus vraies que nature. Et j’apprécie hautement le fait qu’elle me prenne, me reprenne, que nous alternions également les possessions.


Je découvre là, les amours si curieuses entre personnes du même sexe et sais désormais ce qu’elle voulait me dire lors de notre rencontre initiale. Oui… si Pierre nous l’avait demandé, sans doute serait-il là entre nous ! Non ! Finalement pas « entre », mais plus surement contre ou plus exactement en nous. Et dans chaque mouvement de nos corps pour aller chercher l’orgasme, c’est bel et bien lui que j’entraperçois dans la folie de nos jeux féminins. Les ongles qui griffent ma peau alors que nos deux ventres se caressent, chatte contre chatte, me montrent combien Sandra apprécie mes attentions toutes particulières, combien elle aime aussi ces instants magiques.


Je suis restée tout le week-end dans la maison. Sandra et moi avons fait l’amour partout. Toujours avec une fougue et un allant égal à ceux qu’elle me distillait, j’ai rendu caresse pour caresse. Puis est venu le temps de nous quitter. Mais ce n’est que pour mieux nous retrouver chaque fin de semaine, parfois quelques soirs aussi en semaine. Les jours succèdent aux jours et il ne s’en passe plus sans que nous nous appelions. Quelque chose de bien plus fort que moi, que nous, nous presse de nous rencontrer chaque fois que c’est possible.


J’ai aussi fait la connaissance de Liam et Jules, deux bouts de choux très beaux. Eux aussi ont des airs de ce Pierre qui nous manque. Mais bizarrement, nous faisons, Sandra et moi, de moins en moins allusion à lui. Nous vivons plus pour nous que pour lui désormais. Je me fais l’effet d’une adoptée dans cette nouvelle famille qui me tombe du ciel. Et les fêtes de fin d’année approchent à grands pas. Nos projets ? Là encore, c’est très curieux, nous prenons le bon, sans penser trop aux lendemains, ceux qui risquent fort de nous faire déchanter. C’est si bon de croire en un avenir meilleur.


— xxXxx —


Décembre…


Nous sommes les quatre collés aux vitres de la véranda. Les petits yeux s’émerveillent et ronds comme des soucoupes, ils guettent les papillons blancs qui dégringolent des gros nuages que la nuit nous interdit de visualiser. Liam sourit à cette neige qui s’accumule lentement en un tapis vierge de toutes traces. Sandra porte le plus jeune, Jules qui ne comprend sans doute pas cette magie de la nuit du père Noël. Dans la salle à manger, le sapin est là, avec ses guirlandes clignotantes et ses anges. Les branches de l’arbre en pot croulent sous le poids des boules fragiles et multicolores. Au-dessus de la cheminée où crépitent des flammes rouge et bleues, deux longues chaussettes rayées de rouges, de blanc et de vert attendent le passage du vieux barbu.


— Bon… les enfants, c’est l’heure d’aller au bain. Ensuite un gros dodo et demain… le père Noël sera peut-être venu si vous avez été sages… Tatie Marine va te lire une histoire, Liam pendant que je vais baigner ton petit frère.

— Tu vas me lire quoi tatie ?

— Ben… si nous allions choisir ensemble dans le grand livre ?

— Oui…


Il bat des mains. Je jette un coup d’œil sur sa maman qui sourit. Nos regards se croisent et je veux lire dans celui qui me scrute une sorte de petit bonheur. La chambre du gamin, puis d’une voix que je veux la plus douce possible, je narre à Liam les péripéties d’une grenouille qui veut devenir aussi grosse qu’un bœuf. Au bout de quelques minutes, le minot s’est endormi et je quitte sans bruit la chambre où il repose. Dans la salle de bain, Sandra en est à frictionner le petit. Puis lui aussi rejoint son berceau. Nous sommes seules, dans un face à face très spécial.


— Tu aimes ces fêtes de fin d’année, Marine ? Moi je ne supporte plus celles-ci. La neige, c’est beau de loin, mais je déteste le froid et le mauvais temps. Plus encore depuis que Pierre… il me manque en cet instant.

— C’est juste beau pour les enfants, Noël. Moi non plus ce n’est pas ma période préférée… encore que cette année si particulière, je veuille croire un peu en la magie de cette nuit du vingt-quatre décembre. Ne sois pas triste… il nous sourit, j’en suis sûre.

— Tu as raison… bon ! Occupons-nous des présents des petits… Demain la maison sera pleine du boucan de ton cadeau… je ne sais pas si c’était une si bonne idée que cette trompette pour Liam.

— Oh ! Un peu de bruit va nous réveiller, non ?

— Tu veux manger un morceau ?

— Pour la buche, on verra tout à l’heure, non ? Est-ce que je t’ai déjà dit que tu étais très belle, Sandra ?

— Tu n’arrêtes pas de me le répéter, je vais finir par le croire.

— Tant mieux, parce que c’est vrai… et puis… j’ai moi aussi un cadeau pour toi.

— Un cadeau, Marine ? Dis-moi…

— Viens ! Viens !


Le salon est là, qui nous voit prendre place sur le divan. Là sur un fauteuil, un paquet au papier chatoyant et enrubanné n’attend que ses mains pour être décacheté. Nos visages qui viennent à la rencontre l’un de l’autre ne peuvent que faire s’accoler nos lèvres, nos bouches remplies de cette envie qui prouve l’amour que nous nous vouons. Nos doigts s’entrecroisent, au gré d’un réel empressement qui nous submerge. Je la sens trembler autant que moi alors que notre étreinte se fait plus câline. Cette nuit… celle des rênes, celle de la magie de Noël, de l’aboutissement d’une longue quête pour les enfants que nous sommes restés, nous laisse rêveuses.


Un baiser qui n’a rien de chaste nous cueille devant l’âtre où le feu fait crépiter le bois qui brule. Nous sommes serrées l’une contre l’autre et de fil en aiguille, ostensiblement nos gestes nous ramènent au sexe qui va nous emporter vers un moment rare. Sa voix aussi juste un peu voilée, presque rauque qui chatouille mes oreilles.


— Marine… je… je t’aime et ne peux plus me passer de toi. Tu es le prolongement de notre Pierre. Promets-moi que tu ne me quitteras jamais !

—… Je… comment te promettre un truc pareil ? Je ne veux pas te mentir. Moi aussi, je suis amoureuse de toi Sandra, mais je ne peux pas savoir de quoi demain sera fait. Et je ne tiens nullement à te faire du mal. Les promesses non tenues, je ne sais pas en faire.

— Oh… ta peau est douce, mon cœur bat aussi fort qu’il a battu pour notre homme. Je te veux, je suis à toi et plus rien ne compte que ces instants où nous sommes ensemble.

— J’ai aussi Sandra, cette incroyable envie d’être toujours à tes côtés… je me sens heureuse de te connaitre et c’est lui, ce Pierre qui n’a pas su choisir qui nous a rapprochées…

— Viens… fais-moi l’amour ! Je veux vous sentir, tous les deux. Prenez soin de moi, comme je veux vous câliner.


— xxXxx —



Un autre Noël… vingt ans plus tard.


Il y a six couverts sur la nappe blanche jonchée de branches d’épicéa. Quatre sont ressortis de fête en fête depuis notre premier Noël. Les deux autres sont pour des invitées très spéciales. Sandra a des cheveux dont l’or vire à la neige. Les miens sont aussi plus clairsemés. Liam et Jules vont arriver, en compagnie de leurs petites amies. Un grand moment dans une existence que nous partageons elle et moi, depuis de nombreuses années. Les enfants, devenus grands viennent fêter Noël avec leur mère et celle qu’ils considèrent comme une tante. Bon ! Une tatie un peu différente il est vrai. Mais Sandra et moi n’avons aucun regret.


J’ai toujours, et elle aussi, assumée pleinement cet état de fait. Nous vivons ensemble pour le meilleur et sans le pire. Loin des commérages et des ragots, les potins ne nous intéressent pas. Soudées par le souvenir du même homme qui n’a traversé ma vie que quelques années, le père de ses deux jeunes hommes qui entrent dans l’existence en nous choyant. Bien des saisons se sont écoulées depuis ce Noël de toutes nos amours. Son visage sur la photographie est toujours proche du téléviseur. Celui-ci est différent, plus moderne, reflet de notre temps, avec son écran plat et sa taille plus conséquente.


Jules arrive d’abord et la jeunette brune qui lui cramponne le bras a une bonne bouille et un sourire éblouissant. Une voie royale qui s’ouvre devant eux, quoi ! Puis c’est au tour de Delphine, la petite fiancée de notre Liam. Plus mûre, plus femme bien sûr, avec quelques années de plus que les cadets, elle embellit à chacun de ses passages à la maison. Puis il y a ses hanches qui s’arrondissent, son ventre qui se gonfle, annonciateur d’une nouvelle vie. Sandra est heureuse, moi aussi, et même si les garçons ne sont pas tout à fait les miens, je les aime tout autant.


Pierre est là, enfermé dans nos cœurs, dans nos mémoires, omniprésent et je me suis souvent demandé ce qu’aurait été ma vie si je ne l’avais jamais rencontré. La cheminée, le feu de bois, tout est identique à ce Noël précurseur de tous les suivants. Ce soir, comme ce soir-là, un paquet non ouvert est de nouveau posé sur le fauteuil. Plus tout à fait identique à celui de ce jour-là, mais si ressemblant cependant. Ce cadeau que j’ai offert à ma Sandra, qu’elle n’a jamais ouvert, et qui d’année en année ressort de l’armoire où il dort depuis ce temps.


Sans doute que ce qu’il contient n’est fait que de souvenirs, que si elle le décachetait ce soir, ce qu’elle y découvrirait ne la séduirait plus en totalité. Mais c’est un trait d’union qui nous oblige à nous rappeler cette fameuse nuit, cette réunion de nos cœurs plus que de nos corps. Encore que les deux se sont trouvés indissociables en toutes circonstances. La passion de la chair si elle est toujours aussi présente se dilue dans tant de petits gestes plus simples, plus tendres.


Oui… Sandra et moi, une longue histoire d’amour, un joli conte de Noël. C’est au tour de nos deux jeunes de prendre leur envol, de vivre ce qui peut se vivre. Toutes les deux nous leur avons inculqué ces valeurs qui étaient les nôtres ! La tolérance, le respect, l’estime de soi et des autres… Une ombre plane sur nos existences, celle d’un homme qui nous soude comme les doigts d’une même main… nous n’avons de leçon à donner à personne, mais pas plus à en recevoir. Nous n’avons pas fait de promesses que nous ne pouvions tenir et je ne sais toujours pas de quoi demain sera fait.


J’ai seulement appris que l’amour d’un homme peut nous rendre plus fortes, même au-delà de sa présence…


Fin !





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