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[Sci-fi] Fièvre rose

Chapitre 2

Introduction

Divers

Propulsé(e) par les hélices du fond de la cavité, je suis expulsé(e) en dehors du tuyau. Je me trouve alors dans une vaste salle surplombée d’un dôme en acier. Je grelotte, mouillé(e) de la tête aux pieds et choqué(e) par la brutalité des derniers évènements. De partout, des hermaphrodites splendides descendent de courts tubes raccordés à des cuves. Ces réservoirs m’évoquent les installations des grandes distilleries de rhum. J’ai la gueule de bois.


— Toi là, avec moi !


Un androgyne en blouse blanche, de parmi les nu (e)s, m’intime de le suivre puis empoigne carrément ma main pour précipiter le déplacement. J’ai le flash de mon retour forcé au cabinet de Camille. Je suis cette fois pleinement volontaire, impatient (e) de ce qui va suivre. Pendant le trajet vers la salle de contrôle, mes sens sont à vif. Je lèche l’eau sucrée salée qui reste sur ma bouche, prends une grande respiration et me délecte du parfum humain qui émane de la pièce. Je retrouve peu à peu ma température idéale grâce à la chaleur humaine des corps grouillants.


Des cheveux et des poils, noirs, bruns, auburn, châtains, roux, blonds vénitiens, blonds et blanc neige; frisés et lisses, fins et épais, des peaux lisses et rugueuses, fermes et lâches, roses, claires, laiteuses, noires et mates, une diversité de formes et de corpulence impressionnante, des seins de tout acabit, des visages durs et doux, des yeux comme des joyaux multicolores et des sexes d’une variété exhaustive: il ne manque rien au spectacle. Nous lorgnons avec envie les uns sur les autres sans aucune pudeur ni gêne, mais chacun de nous est arraché aux autres par une blouse blanche énergique et déterminée qui nous amène à des sorties opposées.


— Bien.


Tout s’enchaînant très vite, je me retrouve assis (e) en face à face devant mon guide besogneux qui fait vibrer les cordes de la chemise cartonnée rose qu’il referme. Que de souvenirs ! Nous sommes dans un cabinet médical des plus banals qui contraste avec le reste des lieux. La personne en face de moi est belle, mais ce n’est pas nouveau. Je suis aussi pétri (e) d’amour pour tout ce qui m’entoure qu’avant la transformation. Je souris. Je me suis trouvé(e) si beau en objet, tout à l’heure, dans la cuve que j’en ai oublié que c’est mon pain quotidien. J’étais bien, seul (e) avec moi-même, alors j’ai érotisé la situation comme je le fais partout où je reste un moment. Je suis certain de ne pas être, ni mieux ni moins bien bâti qu’avant ma transformation. La diversité constatée sous le dôme vient me confirmer que les cuves ne sont pas l’instrument d’une standardisation des masses et que tout ici est question d’attitude et de disposition d’esprit.


— Vous pouvez m’appeler Gabby. Je serais votre référent (e) pendant votre éveil. Je vais commencer par vous poser quelques questions d’usage. Vous souvenez-vous de qui vous êtes ?


Le visage de Gabby s’adoucit. Je suis mis (e) à l’aise.


— Euh, je suis Lou.


Gabby me regarde d’un sourire amusé et ajoute :


— Mais encore ?

— J’étais chez le docteur Camille. Je...


Je ne sais pas trop quoi dire. J’attends la réaction de Gabby en me mordillant la lèvre inférieure, sans pensées particulières.


— Mmmh. C’est pas gagné.


Gabby saisit une feuille volante sur le bureau, la balaie du regard et continue son interrogatoire :


— Bon, je vais vous poser des questions plus précises.


Après un interrogatoire et des tests psychocognitifs interminables, je suis conduit (e) vers une autre salle. Je soupire d’ennui. Je dois passer une nouvelle batterie de tests, physiques cette fois. Puis, enfin, me voilà relâché(e). Je vais sortir, découvrir la cité, faire des rencontres improbables, toucher le merveilleux du doigt : je suis excité(e), euphorique et ne tiens plus en place.

*


— Lou, arrêtez de vous faire du mouron. Vous n’êtes pas moins capable que les autres et puis, là-bas, vous n’aurez plus ce genre de problème.


Le docteur Camille ramène à mes yeux le dépliant publicitaire de Fièvre rose, " la cité du plaisir " comme ils l’appellent tous. J’ai honte. Je me sens sale comme après la seule fois où je me suis rendu dans un bordel. Il est de notoriété publique que la vie est facile là bas, mais tout le monde sait aussi que c’est un départ sans retour. Il est bien possible de revenir "au monde réel" après Fièvre rose, mais personne ne tient le coup plus que quelques jours, et toujours le revenant retourne à Fièvre rose pour ne plus jamais revenir. Je sais bien qu’il ne s’agit pas là de relations sexuelles tarifées, de consentements tout relatifs et d’une marchandisation plus ou moins assumée de la chair humaine, mais tout de même. Fièvre rose est une machine à digérer les passions humaines, les flatter, les assouvir et les régénérer à l’infini.


Fièvre rose est un lieu de luxure, un monde d’orgies, de jeu, de repos, de méditation, de théâtre et d’intimité collective permanente, un lieu d’excès et de folies où l’on prend son pied par des chemins insoupçonnés et tortueux.


Ce sont surtout deux choses qui nous freinent, à nous qui sommes restés dans "le vrai monde". Nous avons tous eu vent d’abord des jeux de rôles vicieux, pervers et toujours plus extrêmes qui se déroulent à Fièvre rose. Partagés entre l’envie et la peur, nous ne nous résignons pas à laisser libre cours à toutes nos fantaisies jusqu’au point extrême de ne plus vivre que pour elles. Nous sommes trop fiers. Nous voulons croire qu’une vie d’étude, de labeur et d’inquiétudes plus authentique est souhaitable. Nous refusons de nous plier aux statistiques qui disent que les désillusions et les lassitudes que prévoyaient les pessimistes n’ont, tout bien considéré, jamais lieu là bas. La deuxième chose, non des moindres, touche à la question de la mort humaine. Cette réalité impérieuse n’est plus là bas qu’une mise en scène supplémentaire, un raccourci vers le sas de recommencement permanent où nous sommes accueillis à notre arrivée. La vie s’y déroule "ad infinitum".


Beaucoup s’y refusent malgré la possibilité toujours présente du retour parmi les mortels. Nous savons qu’une fois là-bas, nous renoncerons certainement à la mort. Cette certitude nous donne le vertige, enfin, jusqu’à y céder, comme moi, aujourd’hui, convaincu par des racoleurs déguisés en médecins pour se donner prestance et expertise.


J’ai beau savoir le procédé malhonnête et que les faussaires en blouses blanches me manipulent en exploitant mes faiblesses, cette fois cela y est. Je consens et me laisse entraîner jusqu’à l’extase promise.


— Lou ?!


Le docteur Camille me sort de mes pensées et continue à s’adresser à moi pour les dernières informations et formalités.


— Je tiens à vous rappeler, pour vous rassurer, que nous ne laissons jamais se produire là bas des évènements qui pourraient nuire au bien-être et à l’intégrité de chacun. Ainsi, malgré tout ce qui peut s’entendre ici, il n’y a aucune dérive à Fièvre rose. Nous nous assurons du consentement éclairé de nos participants à chacune des activités qui s’y déroule et vous êtes libres à tout moment d’interrompre l’une d’entre elles si vous ressentez une gêne quelconque. Bien. Ceci étant dit, nous pouvons passer à la présentation des premiers évènements qui se tiendront sur place pour vous.


Le docteur Camille marque une courte pause pour me permettre de digérer ses propos, puis passe à la suite :


— Vous entrerez dans les lieux depuis "les cuves". Vous y serez plongé(e) en anesthésie générale, le temps de vous y forger votre nouvelle enveloppe corporelle. Vous devriez être familier à ce stade avec les détails de votre transformation prochaine; mais quelques rappels : vous deviendrez "parfaitement" androgyne en possession de chacun des attributs féminins et masculins et ce n’est pas tout, puisque vous vous découvrirez de nouvelles zones érogènes. Les actes sexuels vous permettront, selon les positions et les modes de pénétration, de vivre avec vos partenaires des expériences relationnelles inédites.


Camille sourit, marque une nouvelle pause et termine sa présentation :


— Une fois la transformation achevée; vous resterez quelque temps conscients; en adaptation dans le liquide de la cuve; mais cela ne devrait pas être désagréable. Après ce long moment à respirer du liquide nutritif, le retour à l’air libre sera un peu rude, mais ce sera très bref. Pour le reste, nous avons déjà discuté de l’essentiel lors de nos précédents entretiens. Bien que rares sont ceux qui optent pour un retour après avoir goûté à Fièvre rose, vous le savez, il est toujours possible. De plus, tout est prévu pour que vous vous intégriez à votre rythme. Je vous laisse, à présent, découvrir Fièvre rose, par vous-même. Nous en avons fini, je crois.


L’hôtesse d’accueil m’accompagne à la mise en cuve puis nous nous séparons. Je respire profondément et me détends, me laissant guider dans l’instrument par les instructions bienveillantes du personnel de la clinique. Je lâche prise. Je ferme les yeux.

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