Le site de l'histoire érotique
  • Histoire érotique écrite par
  • Fantasme
  • Publié le
  • Lue 6 032 fois
  • 12 J'aime
  • 2 Commentaires

La Secte du plaisir

Chapitre 1

Lesbienne

JUIN 2011.


Espagne, désert de Tabernas.


Rachel a brusquement conscience d’un danger, mais il est trop tard. L’homme qui la saisit par derrière ne lui laisse aucune échappatoire, l’enserrant si fort qu’elle en a le souffle coupé. Malgré tout, elle se débat avec l’énergie du désespoir, réussissant à décocher quelques coups de pied, avec une telle fureur que l’homme qui la maintient pousse un cri

de douleur. Sans pour autant relâcher sa prise. Pire, il lui plante le canon de son arme, un révolver, contre sa tempe.


— Cesse de bouger, sale garce, ou je t’éclate la tête.


Un sourire sinistre élargit le visage de l’homme. Mais la panique qui saisit Rachel est plus forte que tout. Une poussée d’adrénaline qui décuple son instinct de survie. Elle baisse la tête pour l’expédier sèchement en arrière. La mâchoire de son agresseur craque violemment, avec un bruit désagréable lorsque les dents s’entrechoquent. Sonné, il relâche son étreinte. Elle en profite pour donner un coup de coude dans le plexus de l’homme avant de pivoter pour lui expédier son poing dans le ventre. Toujours dans le même mouvement, du plat de la main, elle frappe le poing qui enserre le révolver, le faisant tomber sur le sol. Avec une vitesse surprenante, elle se laisse tomber par terre, rampant pour s’emparer de l’arme. Ce contact rassurant lui insuffle un regain de courage. Elle se redresse, pointant le révolver sur l’homme qui vient de l’agresser.


— Mais que voulez-vous ? s’indigne t-elle.


La boule qui vient de se former dans sa gorge lui brise la voix.


— Et toi, Rachel, que veux-tu exactement ? lui répond une autre voix.


Une femme brune vient d’entrer dans la chambre. Une femme splendide, à la démarche féline, pleine d’assurance, ignorant la peur alors que l’arme se braque dans sa direction.


Rachel, surprise, a juste la force de croasser :


— Maud ?


— Oui. Et je te repose ma question : que viens-tu faire ici ? Et qui es-tu exactement ?


— Mais tu le sais. Et tu me connais. Tout cela est ridicule…


— Vraiment ? Alors comment cela se fait-il que ton passé comporte des zones d’ombre et que certains détails demeurent totalement incohérents ?


— Je… Je ne comprends pas…


— Tu vois, Rachel, nous avons l’habitude d’enquêter sur tous les nouveaux disciples

qui viennent rejoindre notre cause. Une enquête très poussée, ce qui a révélé pas mal de contradictions en ce qui te concerne.


Rachel est en état de choc. Livide, elle ne sait plus quoi répondre. Tout va si vite. Déjà, l’attaque qu’elle vient de subir l’a littéralement abasourdie, et c’est un vrai miracle qu’elle s’en soit sortie indemne. Mais, déjà, une autre menace pèse sur elle, risquant de

réduire à néant tous ses efforts. Des mois de préparation…


Maud lui adresse un sourire engageant.


— Rachel, je ne suis pas ton ennemie. Bien au contraire… Je suis la seule à te défendre

car je suis persuadée que nous trouverons des réponses logiques et anodines à tout cela, et que tout finira bien. En attendant, s’il te plaît, pose cette arme.


Rachel est perdue. Elle jette des regards désemparés à Maud et l’homme qui l’accompagne, le cerveau paralysé par une panique sans nom. En s’engageant dans cette mission périlleuse, elle ignorait jusqu’ici les conséquences et les risques qui l’attendaient. Le danger, jusqu’à présent, n’était pour elle qu’une chose abstraite.


Elle est maintenant confrontée de plein fouet à ce danger. Et il est effrayant.


Sans cesser de sourire, Maud reprend la parole :


— Si ce n’est pas toi qui nous donne les réponses, nous chercherons à les obtenir par d’autres moyens. En interrogeant par exemple les autres filles avec qui tu traines souvent… Françoise… Ou Lucie qui, à force de rester avec toi, doit en savoir beaucoup sur ton compte…


A ce dernier nom, Rachel sent tout espoir l’abandonner. Non, pas Lucie ! C’est pour elle qu’elle est venue jusqu’ici, abandonnant sa petite vie trop tranquille, son mari, son enfant, en quête d’une vérité qu’elle était prête à obtenir. Vaincue, elle baisse son arme. L’homme s’en empare brusquement.


Alors Maud esquisse un sourire carnassier qui, là, n’a plus rien d’engageant, dévoilant son vrai visage.


— C’est bien, Rachel… Maintenant, nous allons pouvoir bavarder longuement toutes les deux… Comme des amies intimes qui n’ont aucun secret l’une pour l’autre…


Le regard insistant qui la dévore des yeux lui donne des frissons. Elle a l’impression que son cœur s’arrête de battre lorsque Maud exige d’une voix autoritaire :


— Allez, déshabille-toi !


— Hein ?


— Je n’aime pas me répéter. Ôte tes vêtements. Sans exception.


Les yeux agrandis par l’horreur, Rachel avale difficilement sa salive. Elle jette un regard désemparé à l’homme qui l’a auparavant agressé. De ce côté-là, elle n’a aucun soutien à espérer.

Bien au contraire, l’homme se passe une langue gourmande sur les lèvres, les yeux brillants, comme savourant d’avance la suite des événements. Fébrile, c’est lui qui s’impatiente :


— Alors, tu te dépêches ma belle !


Les mains tremblantes, elle obéit. De toute façon, elle n’a pas le choix. La seule chose à faire est de se montrer docile et de gagner du temps, en espérant que la situation se retourne plus tard à son avantage. Pour cela, il lui faut savoir ce qui leur a mis la puce à

l’oreille, le détail incohérent sur son faux passé. Si elle l’apprend, elle pourra toujours ensuite inventer une histoire pour tenter de retomber sur ses pattes. Mentir et improviser.


Sans les quitter des yeux, les défiant presque du regard, elle fait passer sa robe au-dessus de sa tête. Elle se retrouve aussitôt en sous-vêtement. Si elle espérait gagner du temps en retirant plusieurs épaisseurs de vêtements, c’est un essai perdu d’avance. Ici, en plein désert de Tabernas, la chaleur avoisine les 35 degrés, et la climatisation dans certaines pièces de l’hacienda atténue à peine la température étouffante.

Aussi, tous les membres de la communauté sont vêtus très légèrement, sans aucune pudeur, en parfaite osmose avec l’état d’esprit qui prône l’échange et l’amour libre. Un partage que Rachel s’est jusqu’ici refusé, se dérobant à toutes avances, inclus les tentatives de séduction du grand Maître, le chef spirituel à tous. Des refus pour l’instant pardonnés puisqu’elle était nouvelle…


Quand elle n’a plus sur elle que ses sous-vêtements, un dernier réflexe de pudeur la fait hésiter.


— Et alors ? la presse Maud. J’ai dit tout, sans exception.


Elle lève les bras, dégrafant son soutien-gorge. Ses seins jaillissent, fermes et splendides, accrochés hauts, avec des auréoles brunes qui pointent fièrement.


Maud et son compagnon semblent fascinés. Leurs yeux sont lumineux, des fentes luisantes qui fixent chaque perfection de ce corps offert, attentifs comme ceux de prédateurs affamés. Ils se mettent à briller davantage quand elle retire son slip en le faisant glisser nerveusement le long de ses jambes, l’envoyant promener du bout des pieds à quelques mètres.


— Et bien, voilà un joli spectacle ! s’extasie l’homme d’une voix caverneuse.


Le corps parcouru de frissons, Rachel les défie du regard, s’accrochant au peu de courage qu’il lui reste. Au lieu de croiser ses bras sur sa poitrine ou se cacher le sexe, elle ferme les poings et garde ses bras le long du corps, avec bravade, tête haute et port altier. Inconsciente de la beauté insolente de son corps qui peut attiser bien des désirs malsains. Sa taille élancée, son cou gracile, ses longs cheveux d’’un noir flamboyant cascadant en vagues soyeuses sur ses épaules et sa gorge, son ventre plat et surtout son sexe que l’homme ne cesse de fixer d’un regard salace. Autant d’atouts voluptueux qui font presque baver ce dernier, avec un petit sourire pervers qui en dit long sur ses pensées. Son regard est focalisé sur l’entrejambe, fixant avec insistance les replis intimes qui se devinent au cœur du fin buisson parfaitement épilé, aux poils bruns.


Ses rêves érotiques s’éparpillent en mille morceaux lorsque Maud le remet sèchement à l’ordre.


— Ne t’excite pas, elle n’est pas pour toi. On a encore quelques points à éclaircir sur son cas et, en attendant, personne ne la touche. Attache-là aux montants du lit. Et en laissant de côté tes mains baladeuses sinon je les couperai moi-même à la machette. Allez, exécution !


C’est presque à regret qu’elle jette un dernier regard sur la femme nue avant de quitter la pièce.


Rachel ferme les yeux et, pour ne plus penser à l’humiliation du moment présent, laisse vagabonder ses esprits dans le passé, se rappelant les derniers évènements qui l’ont amenée jusqu’ici.




Quinze jours plus tôt.


Elle contemple dans la cour les épicéas bercés par le mistral et le mur de pierres inachevé qui la protège à peine de ses voisins. Préférant observer, à travers la baie vitrée, le paysage extérieur plutôt que son propre reflet sur le verre qui lui renvoie une image peu flatteuse. L’image d’une femme à cran, fatiguée, exaspérée. Comme lisant ses pensées, la voix derrière elle la ramène à une triste vérité.


— N’y va pas, chérie. Tu es a bout de nerfs et cette histoire va mal se terminer, je le sens.


Lasse, elle se retourne vers lui. Son mari, Vincent. Trapu, puissant, une force tranquille qui rassure. Il porte sur son visage large une épaisse moustache et de longs favoris qui se mêlent à ses cheveux broussailleux aussi noirs que ses yeux. Un regard sombre qui exprime le mécontentement, la contrariété, l’inquiétude, autant de sentiments négatifs qui veulent la persuader de tout arrêter, faire marche-arrière.


— Je ne peux pas. Pas si proche du but. Et je me suis trop investie, tu le sais.


— Oui, mais tu fonces tête baissée dans une aventure dangereuse qui va vite te dépasser. Tu n’es pas faite pour ce genre de mission, un truc débile à la James Bond, mais là ce n’est plus du cinéma, c’est la vraie vie, avec tous ses dangers. Merde, t’es inconsciente ou quoi !


Il prend une profonde inspiration et pousse un lent soupire de colère. Et, comme d’habitude, elle tente de rationaliser et de nier l’évidence.


— Ne voie pas le danger partout. Si je suis démasquée, ils me chasseront, c’est tout. Retour à la case départ. Mais au moins j’aurai essayée.


— Et alors, même si tu réussissais à la ramener à la maison, ça servirait à quoi ? A rien je vais te dire. Car, la prochaine fois, elle va nous refaire un de ces plans foireux, à disparaitre de nouveau, à se laisser embarquer dans une sale affaire, à nous pourrir la vie quoi, encore et encore ! Parce que c’est dans sa nature ! A se foutre en l’air et à se détruire ! Mais, bon sang, qu’elle le fasse seule, et qu’elle arrête de t’entraîner dans sa chute, à briser notre mariage, on se déchire tout le temps à cause d’elle, elle est la cause de nos disputes permanentes !


Sa vois est plus mordante, son débit plus haché. Il veut blesser et faire mal, la ramener sur la voie de la raison, mais il ne fait au contraire que la rendre plus forte et déterminée. Furieux, il appuie sur un point plus sensible.


— Et Philippe, je vais lui dire quoi si jamais tu ne revenais plus à la maison ? Que sa mère nous a abandonné et qu’elle y a laissé sa vie, pour un combat perdu d’avance !


Au prénom de son fils, elle sent ses yeux se mouiller.


— Philippe pense que je pars pour un stage professionnel, tu le sais très bien. Et ne le mêle pas à ça.


— Si, car même à ton propre fils tu mens. Bravo, bel exemple ! Une relation mère-fils basée sur le mensonge ! Car, un moment, il faudra bien qu’il apprenne, surtout si tu devais ne jamais revenir !


— Je reviendrai. Et je pars pour la bonne cause.


Là, il éclate de rire. Avec méchanceté.


— Ta sœur, une bonne cause ? Laisse-moi rire ! C’est une délinquante, une paumée incurable, tout juste bonne à foutre notre vie en l’air !


Rachel sent sa colère monter et fait son possible pour ne pas s’en prendre encore à lui. Elle ne veut pas partir ainsi sur une dispute. Son visage prend une expression si attristée qu’il se radoucit et, avant qu’elle ne prenne la valise à ses pieds, il lui tend ses bras en tremblant, d’un geste qui trahit son agitation intérieure.


— Viens-là.


Avec un sanglot, elle se laisse aller dans ses bras et il la serre dans ses bras puissants.


— Espèce de tête de mule... lui dit-il tendrement.


Elle reste appuyée contre lui, les yeux fermés. Il lui embrasse le front en lui caressant les cheveux.


— Chérie, j’ai tellement peur qu’il t’arrive quelque chose...


Il penche son visage vers ses lèvres et glisse tendrement ses mains sur les parties de son corps qu’il préfère, la chute de son dos et ses fesses hautes et fermes. Un corps qui, en toutes circonstances, est d’une sensualité extraordinaire.


Elle se laisse faire, et souhaite que son corps réagisse aux caresses de son mari, mais cela lui semble impossible. Encore une fois...


Elle s’arrache à son étreinte lorsque qu’un coup de klaxon intempestif retentit dans la rue.


— C’est mon taxi. Je dois y aller.


Elle saisit sa valise. Alors qu’il ne cesse de l’observer, dans une supplique silencieuse, elle fuit son regard.


Puis, sans un mot, sans un regard en arrière, elle ouvre la porte et sort de la maison.


Sans faire un geste pour retenir ses larmes, pour ne pas trahir son désarroi...


Quelques heures plus tard...


Alors que la jeep négocie le virage en cahotant dangereusement, Rachel a l’impression de plonger dans un véritable paysage de far west. Une terre aride de collines érodées, de pierres calcaires et jaunies, de canyons et rios desséchés. Paysage lunaire au sol fissuré où le soleil cogne implacablement. Tel est le désert de Tabernas, dans l’arrière-pays d’Almeria, en Andalousie.


Rachel se laisse conduire, goûtant le charme de ce paysage unique qui ressemble à l’Ouest américain. Elle peut presque imaginer des bandits mexicains dévaler sur leurs chevaux les pentes abruptes des collines.


— C’est ici que de nombreux films ont été tournés, n’est-ce pas ? demande t-elle pour briser le silence.


— Exact. Certains films de Sergio Léone et de nombreux westerns spaghettis, entres

autres… Il est vrai que le paysage s’y prête, un vrai décor de cinéma grandeur- nature.


La femme qui conduit, belle et rayonnante, déborde de calme et d’assurance derrière son volant.


Elle tourne violemment le volant pour faire rebondir la jeep dans le lit asséché d’un rio, soulevant une traînée de poussière.


— Et un endroit terriblement isolé, constate Rachel avec dépit.


Tout autour d’eux, c’est une immensité sauvage et désolée, entre vastes plaines arides ou chaîne de montagnes nues. Rien ni personne pour rappeler la civilisation. Et que dire de

la chaleur étouffante qui découragerait quiconque de venir s’installer dans ce monde perdu.


La femme lui adresse un regard appuyé.


— Oui, l’endroit idéal pour une secte qui veut s’isoler du reste du monde.


Une phrase lourde de sous-entendus, pour la mettre en garde d’une situation périlleuse où elle se retrouvera seule.


Rachel ne relève pas. Mais cette parole la ramène à une triste vérité, l’enjeu de sa présence ici. Elle n’est pas là pour faire du tourisme, loin de là. Sa démarche dans ce coin reculé du fond de l’Espagne est beaucoup plus grave. Dangereuse même…


La femme sent son inquiétude et en profite pour insister.


— Tu es vraiment certaine de continuer ?


— Oui. Rien au monde ne me fera changer d’avis.


La femme insiste avec plus de gravité :


— Infiltrer ce genre de société secrète est un travail de flic ou d’agent des Renseignements Généraux. C’est une mission à haut risque. En aucun cas le boulot d’une femme…


Elle hésite avant de continuer :


— D’une femme mariée, mère de famille, et plus apte à manier les chiffres et les bilans des entreprises qui te paient pour gérer leur comptabilité. Rien à voir avec les opérations clandestines ou…


— Je sais tout cela, on en a suffisamment parlé, la coupe-t-elle avec agacement. Ma décision est prise.


La voix est ferme, le ton sans appel.


La conductrice reste un moment silencieuse.

Elle sait tout discours inutile. Rachel a cette détermination farouche de celle qui ira jusqu’au bout et, malgré elle, elle la respecte pour son courage.


Le silence s’établit, aussi menaçant qu’étouffant, comme un prélude de ce qui l’attend. Le cœur de Rachel se serre.

Elle pense à ce qui l’attend. Même si elle a tout prévu, faux papiers d’identité, faux passé, elle ne peut s’empêcher d’avoir peur. Mais le compte à rebours est lancé. Jamais elle ne pourrait se le pardonner si elle devait abandonner si près du but. Faire marche-arrière après tous ses efforts ?

Non, impossible… Ce serait faire preuve d’ une lâcheté qui la détruirait aussi sûrement qu’un cancer qui vous ronge de l’intérieur.


— Et ton mari, il n’a toujours pas changé d’avis ?


La conductrice pose cette question d’un ton innocent. Mais Rachel n’est pas dupe. Elle sait qu’elle veut semer le doute, la dissuader de commettre cette folie.


— Non, mais peu importe. Ce n’est pas sa sœur qui a disparu deux longues années. Et ce n’est pas sa sœur qui s’est fait endoctrinée par une sordide secte. Maintenant que j’ai retrouvé sa trace je ferai tout pour la sortir de là.


— Contre son gré ?


Là, elle ne dit rien. Elle ignore la réponse. Ce dont elle est sûre, c’est que sa sœur cadette a disparu deux ans sans donner signe de vie. Et qu’elle a vécu les années les plus longues et douloureuses de sa vie, imaginant le pire, enlèvement, viol, meurtre… Avant d’apprendre par la détective privée à qui elle avait confié l’enquête – celle qui conduit hardiment en plein désert de Tabernas - que sa sœur était vivante, intégrée au sein d’une mystérieuse communauté dont les ramifications politiques et financières dépassaient l’entendement, prônant et interprétant la Bible selon l’existence d’une présence divine et extra-terrestre qui sauverait quelques élus de l’Apocalypse. Isolement, refus du progrès, liberté sexuelle, et d’autres inepties auxquelles Rachel ne pourrait jamais adhérer. Pourtant, il lui faudrait faire semblant. Mentir et improviser comme elle l’avait déjà fait dans l’un des Centres de la secte, un bureau cossu dans la banlieue sud de Paris, au cœur des Yvelines, là où l’on recevait et sélectionnait les futurs membres.

Trois mois plus tôt, grâce à Clara Sinclair, la détective privée, elle avait poussé la porte du Centre et avait joué à la perfection son rôle : celui d’une femme perdue, divorcée, en perte de repères, qui avait quitté sa province natale pour tenter sa chance à Paris. Le profil idéal de la paumée, l’orpheline, la paria, la fragile, celle qui correspond parfaitement aux critères de sélection pour intéresser ce genre de secte. Avec bienveillance et sollicitude, une jolie femme l’avait écoutée et conseillée, lui vantant les bienfaits de leur précepte, cherchant à l’influencer pour que Rachel vienne grossir les rangs de leurs adeptes. Cette femme, Maud, était une très belle femme au charme ravageur. De longs cheveux brillants, noir corbeau et très lisses, encadrant un visage ovale aux lignes pures. Des yeux couleur saphir, avec des reflets rieurs et espiègles. Un petit nez retroussé, légèrement épais au niveau de ses narines. Des lèvres pleines, sensuellement dessinées, et un rien aguicheuses. Mais, pour Rachel, ce fut surtout sa gentillesse qui emporta son adhésion. Aussi douce qu’attentionnée, à l’écoute de ses malheurs, compatissante, et le courant était si bien passé qu’elles s’étaient revues à trois reprises. Jusqu’au jour où, enfin, elle lui avait proposé un stage dans une de leur « ferme », annonçant cette invitation comme un véritable honneur, réservée à peu d’élus. Et, évidemment, Rachel avait accepté. En suivant le même parcours que sa sœur, elle approchait enfin du but.


La détective écrase à cet instant l’accélérateur, faisant rebondir la Jeep à l’assaut d’une colline. Elle longe un instant un large canyon, creusé de profonds ravins, laissant le véhicule au bord du vide, avant de bifurquer franchement face à la pente. Une difficulté qui, au lieu de l’inquiéter, avait provoqué un sourire espiègle, comme un défi à relever. Rachel lui jette un regard intrigué. Décidément, cette femme ne cessait de la surprendre. Elle regarde les longs doigts effilés de la jeune femme, serrés sur le volant, n’arrivant pas à les imaginer tenant une arme à feu. Ayant pris garde de se renseigner sur la détective avant de l’embaucher, elle avait appris que celle-ci était auparavant lieutenant à la police-criminelle, l’une des plus brillantes, avant de démissionner pour raisons familiales. Pour créer aussitôt une agence de détective privé, l’une des plus réputées de la Côte d’Azur, avec à son actif de nombreuses enquêtes résolues.


Rachel ne cesse de l’observer à la dérobée, se demandant encore par quel miracle cette fille si saine et si belle pouvait aimer flirter avec le danger. Ses cheveux d’un roux flamboyant illuminent un visage d’une grande pureté et ses magnifiques yeux verts ont la limpidité des lacs de haute montagne. Un physique de top-modèle qui ne se prête vraiment pas à ce métier d’homme.


Secouée violemment, Rachel s’accroche à la poignée au-dessus de la portière. Elle écarquille les yeux lorsque, parvenu au somment de la colline, la Jeep négocie lentement sa descente. Une vaste plaine s’étend à perte de vue, dont la terre jaunie et ridée semble crier sa soif, où seules quelques plantes grasses, cactus et grenadiers, semblent pouvoir survivre. Et, construit en plein milieu de cette désolation, la « ferme » ou plutôt une immense hacienda formée d’édifices séparés, en chaux blanche, avec annexes, patios, et une chapelle. Les tourelles d’un temple, au fond, pointent vers le ciel, à moitié dissimulées. Tout le périmètre est entouré d’un mur, où quelques cavaliers armés patrouillent lentement, avec une entrée permettant de contrôler les entrées et les sorties. Un complexe sécurisé qui, planté en plein milieu du désert, semble irréel, incongru.


La Jeep s’y dirige. Clara, un peu inquiète, marmonne entre ses dents :


— Une ferme ça ? Une vraie prison, oui !


Puis, se tournant vers Claire, tient bon de préciser encore.


— Je t’avais prévenue. L’endroit est sinistre, complétement coupé du monde extérieur. Une fois là-dedans, je ne pourrai plus rien pour toi.


A plusieurs reprises, Clara avait tenté de prendre sa place, s’infiltrer dans la secte, mais Rachel n’avait rien voulu savoir, aussi bornée qu’une mule, prétextant qu’il était de son devoir de s’y rendre elle-même, l’obligation familiale d’une sœur aînée qui avait toujours été présente pour soutenir et sauver sa cadette.


— Écoute, Rachel, il est toujours temps de renoncer. Je ne peux pas te laisser t’y rendre seule, c’est de la folie. On repousse et je t’accompagne, on s’infiltre toutes les deux, on reprend tout à zéro.


— Continue.


Clara hausse les épaules. Ce n’est pas faute d’avoir essayé une dernière fois, et elle ne compte plus les occasions où elle a tout tenté pour la dissuader de commettre cette folie.


Le silence se fait pesant lorsqu’elle arrête la Jeep devant une barrière fermée. Un garde armé, chapeau de paille sur la tête pour se protéger du soleil, avance lentement, comme si chaque pas lui pesait.


— Que venez-vous faire ici ? C’est une propriété privée.


— Je suis attendue, répond Rachel en sortant du véhicule.


Elle lui tend sa convocation et sa carte d’identité. Tout en gardant les yeux rivés sur les papiers, l’homme décroche une radio de son ceinturon et se met à parler en espagnol. Il hoche la tête.


— Très bien, vous pouvez passer.


Comme elle fait mine de remonter dans la Jeep, il l’arrête d’un geste autoritaire.


— Non. A pieds. Et seule.


Sans un mot, elle sort sa valise. Un dernier regard vers Clara, avec un bref sourire rassurant, et elle se dirige vers une large cour où un homme vient à sa rencontre.


Clara, en faisant marche-arrière, prend son temps pour manœuvrer. Elle garde les yeux rivés le plus longtemps possible sur Rachel. Sur sa silhouette splendide, svelte et élancée, ses courbes gracieuses, sa démarche langoureuse, ses longs cheveux noirs qui ondulent… Une superbe femme qui se jette dans la gueule du loup.


Une brebis dans la tanière.


Elle disparait derrière un bâtiment.


Clara, le cœur serré, a l’impression à cet instant que l’immense propriété l’avale d’un coup.




Au fond de l’hacienda, dissimulé derrière la chapelle et deux vastes bâtiments blancs, le temple semble irréel, un édifice imposant se dressant au milieu des bâtiments en chaux. Ses tours, tourelles et terrasses sont construites en blocs de pierres ocres, et les statues décoratives qui couvrent l’extérieur représentent une multitude d’hommes nus et de femmes voluptueuses, dont les actes sexuels ou positions lascives sont sculptées dans la pierre, avec une précision troublante de vérité.


Lucie, en franchissant l’entrée, cligne des yeux de surprise en se retrouvant dans un jardin paradisiaque. Elle ne s’y habituerait jamais. C’est à chaque fois le même émerveillement en se promenant au milieu de tous ces massifs de fleurs multicolores, hibiscus ou bougainvilliers, noyés dans la palmeraie, avec des allées de bambous. Un cadre onirique digne d’une carte postale, enchanteur et apaisant.


Deux jeunes filles, entretenant les fleurs avec soin, se lèvent d’un bond en l’apercevant et et viennent en courant d’un pas léger à sa rencontre. Riant et sautant de joie, elles l’embrassent, se disputant ses faveurs.


— Bonjours, Lucie. Je suis tellement heureuse de te revoir.


C’est Manon, mince, les cheveux couleur de miel, avenante et adorable. Sa peau crémeuse semble translucide et ses petits seins nus semblent ceux d’une adolescente.


— Bienvenue parmi nous, Lucie, l’accueille la seconde avec un sourire espiègle.


C’est Christelle, une peau de rousse sans tâche, avec un hâle doré qui brille comme de l’ivoire, aux formes sensuelles. Elle est splendide, dans le plein épanouissement de sa féminité.


En retrouvant ses complices de jeux interdits, Lucie réprime un frisson de plaisir. Avec la légèreté de papillons, les deux prêtresses, vêtues de simples robes en safran, lui prennent la main en gloussant de joie, l’entrainant et la précédant à l’intérieur du temple, dans de longs couloirs frais et ombragés, laissant derrière elles d’agréables effluves de parfum capiteux. Les deux jeunes femmes sont fraîches et parfumées, de vraies tentatrices, la promesse de volupté délicieuse...


Après l’avoir entrainée dans une longue série de galeries, elles finissent par entrer dans une splendide cour où le soleil se reflète sur une fontaine qui alimente un grand bassin. Les deux prêtresses ôtent leur robe et y plongent toutes nues en poussant des exclamations ravies, s’arrosant et se taquinant. Puis, constatant que Lucie reste sur le bord, Christelle sort de l’eau, son corps superbe et cheveux ruisselants, pour venir la chercher. Elle lui enlève sa tunique en riant et la tire vers le bassin, non sans jeter en même temps des regards admiratifs sur les formes affriolantes de Lucie. Grande et sculpturale, jeune et ravissante, Lucie a tout pour elle. De longues jambes et des fesses rondes et fermes. Des seins lourds et épais, splendides de jeunesse. Un visage doux et avenant, aux traits réguliers bien dessinés, avec des yeux d’un bleu turquoise étonnant, des cheveux d’un auburn flamboyant, coupés courts à la garçonne, des dents blanches et parfaites. Une vraie lolita sensuelle et lascive.


A peine dans l’eau, elles l’encerclent, l’éclaboussent et batifolent avec l’insouciance des êtres innocents. Toute pudeur oubliée, Lucie se joint à leurs ébats, riant à gorge déployée, consciente des mains baladeuses qui se cherchent sous l’eau, des caresses déguisées qui se font de plus en plus précises. Bientôt, elle se retrouve prisonnière des deux femmes, poussant des cris de plaisir alors que celles-ci usent et abusent de leur talent pour faire monter l’excitation.


Manon presse son corps soyeux contre le dos de Lucie, en l’embrassant sur la nuque et lui agaçant les oreilles, son ventre mouillé sur ses fesses, bougeant des hanches pour mieux épouser ses formes. Par devant, Christelle embrasse Lucie d’un baiser affamé, la délaissant de temps en temps pour chercher la bouche de Manon, l’enlaçant de ses bras et ses jambes, avec une fougue croissante.


Puis, introduisant sa main entre les cuisses de la jeune Lucie, elle remonte lentement jusqu’au barrage du buisson intime et faufile ses doigts parmi les bouclettes soyeuses.


— Oh, oui ! l’encourage Lucie dans un râlé.


Entrouvrant la brûlante vallée, Christelle s’enfonce dans les moiteurs d’une féminité secrète, alors que Manon entreprend la même caresse intime, mais par derrière, pénétrant délicatement l’orifice anal.


— Oui, c’est bon... gémit Lucie en se tortillant de plaisir.


Ces deux femmes la rendaient folles, avec une maîtrise parfaite de l’art amoureux, l’emportant assez vite vers un orgasme dévastateur.




Rachel est presque soulagée lorsqu’elle se retrouve seule dans la chambre qui lui est attribuée. Elle se sent lasse et fatiguée. Elle paie cher son refus de se plier à certaines règles de la secte, où tout le monde appartient à tout le monde, une rébellion qui lui vaut les tâches les plus contraignantes et ingrates, de la lessive au ménage, en passant par la cuisine. Alors que d’autres vivent d’oisiveté et de plaisirs. C’est avec horreur qu’elle avait constaté que sa sœur faisait partie des favorites, ce qui voulait dire qu’elle avait fait don de son corps au grand Maître, obéissant aux coutumes des disciples, ce qui la révoltait. Une colère d’autant plus grande qu’elles n’avaient pas pu encore discuter et s’expliquer. Lors de leur première rencontre, en se croisant sous une charmille dans les jardins du temple, le premier réflexe de Lucie avait été de se précipiter vers elle pour l’embrasser, mais Rachel avait stoppé net son élan d’un regard impérieux, avec un geste discret de la tête. La moindre faute et c’était sa couverture qui sautait, ce dont elle ne pouvait se permettre en étant si proche du but. En deux jours, elles s’étaient croisées à trois reprises, feignant à chaque fois l’indifférence, ce qui était une torture pour Rachel qui n’en pouvait plus d’attendre.


Elle se sent abattue, effondrée. Et terriblement frustrée. Être si près et si loin en même temps... Constamment épiée. Même la nuit il lui est impossible de s’échapper pour tenter de retrouver sa sœur, l’hacienda étant constamment surveillée et gardée. Même sa chambre ressemble davantage à une cellule, dépourvue d’issue, sans fenêtre. Alors il lui faut faire preuve de patience, elle n’avait pas d’autre choix que d’attendre le moment propice et s’enfuir à la première occasion avec Lucie. La possibilité que celle-ci ne veuille pas la suivre n’était même pas envisageable.


Dépitée, elle se fait violence pour se déshabiller, décidée à prendre une douche. Contrairement à la plupart des disciples qui avaient droit à des tuniques ou robes en safran, elle devait se contenter de ses affaires qu’elle avait emporté dans sa valise, sans doute pour la démarquer des autres, comme une mauvaise élève que l’on veut désigner. Mais c’était là son dernier souci, elle tirait même une certaine fierté à ne pas faire comme les autres, à sortir du moule. Des ressources insoupçonnées dont elle ne prenait conscience que dans le danger et l’aventure, ce qui jusqu’ici avait été impossible, de par sa vie banale, triste et routinière. Elle ressent même une certaine excitation à se débrouiller comme une vraie héroïne de film d’espionnage, réussissant à mentir, à protéger sa couverture, à s’infiltrer ainsi sans le moindre entraînement. Oui, elle se sent vivante et intrépide, audacieuse, une exaltation qui la sort de sa vie si ordinaire. Et en espérant que tous ses efforts soient récompensés et s’achèvent sur un dénouement heureux.


Elle est en petite culotte lorsque la porte derrière elle s’ouvre brusquement. Avec un petit cri effrayé, elle se protège aussitôt la poitrine en faisant un petit bond de côté. Puis son visage tendu s’illumine soudain d’une joie immense en reconnaissant la personne qui vient d’entrer. C’est Lucie qui, avec précaution, referme en douceur la porte derrière elle. Puis les deux femmes, en pleurant de joie, se jettent dans les bras l’une de l’autre, s’étreignant avec ardeur, s’embrassant, riant et pleurant à la fois. C’est un moment de joie indicible, un sentiment d’euphorie, de soulagement, de complicité retrouvée. Lucie essuie ses larmes et s’éclaircit la voix avant de demander impatiemment :


— Rachel, mais qu’est ce que tu fais ici ? T’es folle ou quoi ?


Rachel lui adresse un sourire hardi, plein de confiance.


— C’est pour toi que je suis ici, ma chérie, pour te sortir de cet enfer !


Elle l’observe avec appréhension, attendant qu’elle réagisse, la remercie, approuve sa décision et sa témérité à venir la secourir. Mais rien ne vient. Lucie se dégage avec froideur et l’observe à son tour, avec beaucoup moins de tendresse.


— Ah ? Et tu crois quoi ? Que je vais te suivre comme un gentil toutou bien sage que l’on remet dans sa niche !


Déboussolée, Rachel s’agite nerveusement.


— Non, non, bien sûr que non... Mais je pense pouvoir te raisonner et te faire comprendre que ta place n’est pas ici, dans cette... cette secte bizarre. Ta place est parmi les tiens, ta famille, tous ceux qui se font un sang-d’encre pour toi...


Lucie la coupe brutalement.


— Une secte bizarre ? Que ma place n’est pas ici ? Merde, Rachel, c’est quoi ce bordel ? Tu ne vas pas recommencer avec ta morale à trois balles tout de même !


A son tour, Rachel sent sa colère monter. Voilà, c’est reparti, leurs disputes incessantes et intempestives, deux sœurs qui s’adoraient mais, jamais sur la même longueur d’onde, passaient leur temps à se chamailler et à se contredire, partant toutes les deux dans des excès de colère et d’incompréhension, aussi têtues l’une que l’autre.


Entre elles, les sentiments avaient toujours été aussi complexes que passionnels. Même si elles se considéraient comme de vraies sœurs, nées de pères différents, elles étaient l’opposé l’une de l’autre. Élevées par une mère séductrice, frivole et croqueuse d’hommes, souvent absente pour des raisons sentimentales, Rachel avait vite endossé le rôle de mère de famille, intelligente, forte, dégourdie, trop vite mâture et consciencieuse, accaparée par tant de responsabilités qu’il n’ y avait pas de place pour la futilité et la bagatelle... Et ne voulant surtout pas ressembler à sa mère, affichant au contraire une attitude sage et raisonnable... Tout le contraire de Lucie qui était coquette, féminine, superficielle, à l’image d’une mère qu’elle idolâtrait et qui lui manquait tant. Puis, avec l’âge, prenant peu à peu conscience de l’abandon et du désintérêt d’une mère inconséquente, Lucie était devenue coléreuse, fugueuse, à fleur de peau, une écorchée vive qui se cherchait et se cherche encore... Rachel avait passé son temps à la protéger, la couvrir, la sortant de la drogue et de l’alcool, la libérant de petits copains peu fréquentables, de vrais voyous, jusqu’au jour où, lasse, elle avait baissé les bras, rencontrant celui qui allait devenir l’homme de sa vie, traçant avec lui sa propre destinée. Et, étrangement, du moment où Rachel cessa de protéger et couver Lucie, celle-ci redevint un peu plus raisonnable - sans être un modèle de vertu tout de même - et prit plaisir à voir s’agrandir une nouvelle famille, à être demoiselle d’honneur pour le mariage, puis une tante comblée lorsque Philippe vît le jour. Un bonheur par procuration qui ne pouvait masquer ses blessures, où le passé vint reprendre ses droits, dans l’excès, le scandale et la provocation, jusqu’à ce jour fatidique où elle disparut pour de bon, endoctrinée par cette maudite secte. Alors, pleine de fiel et de rancœur, elle crache maintenant son venin, trop heureuse de se défouler.


— Oui, une secte bizarre qui prône le sexe libre, ou tout le monde couche avec tout le monde, ou ce pervers de gourou se pavane avec ses favorites comme un sultan avec son harem ! Et toi, tu fais partie de ses favorites aussi ? T’as couché avec lui comme toutes les autres, guidée comme d’habitudes par tes... tes instincts primaires où il faut obligatoirement coucher pour plaire et exister !


Ses émotions suivent leur propre cours comme un torrent incontrôlable que rien ne peut arrêter. Tumultueux et invincible. Elle sait qu’elle se montre injuste, blessante, tirant des conclusions hâtives sans aucune preuve, mais elle a peur pour sa sœur, peur de tout.


Des larmes de rage coulent sur les joues de Lucie. A son tour, elle veut faire mal, rabaisser, et s’emporte sans pouvoir se retenir.


— Voilà le retour de la vierge effarouchée, la sainte dans toute sa splendeur ! Rien que le mot sexe est une abomination à déclencher les flammes de l’enfer ! Dis, grande sœur, c’est pas parce que tu n’as connu dans ta chienne de vie qu’un seul mec, ton mari, et que tu n’as aucune expérience, que t’es nulle au lit au point que Vincent a failli te quitter pour une plus jeune, que tout le monde doit mener cette vie de merde !


Abasourdie, Rachel ne répond pas. Six mois en arrière, elle a frôlé la rupture nette et définitive avec Vincent qui, las de leur passion qui se fanait, dégoûté de rapports sexuels de plus en plus rares et fades, avait fini par trouver ailleurs ce qu’il n’avait plus à la maison. Follement amoureuse de son mari, perdu sans lui, elle s’était remise en question, lui avait pardonné, s’était battue pour le récupérer. Et, sexuellement parlant, s’efforçait depuis de faire des efforts, même si cela ne lui venait pas naturellement, ne retrouvant ni la fougue ni cette curiosité qui avait auparavant dicté ses envies au début de leur rencontre. Elle n’y pouvait rien, mettant cela sur l’usure du temps, la routine qui émousse le désir, son manque d’expérience, ou tout simplement sur sa libido peu volcanique et démonstrative. A moins que, tout simplement, quelque chose s’était brisé en elle, depuis la trahison de son mari, une rancœur enfouie, qui avait fermé de façon définitive tous les vannes d’un désir déjà peu exubérant.


Peu importe. Elle n’est pas là pour débattre sur sa vie sexuelle. Ses retrouvailles avec Lucie tournent à la catastrophe, un vrai désastre qu’elle veut atténuer en prenant un chemin plus raisonnable. Inspirant à fond, elle se lève et arpente la chambre d’un pas qu’elle cherche à maîtriser, lent et mesuré. Il faut qu’elle se calme. Elle est pourtant dans un tel état d’exaspération qu’elle en oublie sa tenue indécente, tout juste vêtue d’une simple culotte en soie rose pâle.


Tandis qu’elle fait les cent pas, Lucie la regarde sans mot dire. Et plus elle la regarde, si belle, si farouche, rayonnante dans sa nudité, sa colère retombe doucement. Elle est perdue dans la contemplation de ce corps étonnamment bien proportionné, splendide, et elle est reste stupéfaite, comme si elle n’avait jamais remarqué sa poitrine ferme, insolemment dressée, ses jambes fuselées, son ventre plat, et toutes ces courbes harmonieuses qui appellent le désir. Un corps souple fait pour l’amour qui, si elle en croyait son beau-frère qui lui avait fait auparavant quelques confidences avant de ne plus pouvoir la supporter, ne se pliait jamais totalement aux affres de la passion. Elle se sent honteuse et désorientée lorsque, l’espace d’un éclair, elle l’imagine en amante fougueuse et passionnée dans les bras de Maud ou Christelle. Depuis ses relations saphiques, elle ne regarde plus les femmes de la même façon, et découvre maintenant sa sœur d’une autre façon, un être de chair et de tentation, beau et attirant. Elle s’imagine elle-même en amante de Rachel, et cette idée lui parait si stimulante et audacieuse que le feu de la passion lui monte aux joues, lui brûlant le visage. Déroutée, elle s’efforce de laisser dériver ses pensées dans des directions plus sages. Leur conversation n’est pas terminée et elle doit convaincre Rachel de la laisser seule juge de son destin, qu’elle doit la laisser ici et repartir seule.


Assise sur le lit, elle tapote le sommier à sa gauche, l’invitant à la rejoindre. Rachel suit son regard et lui sourit, apparemment soulagée de voir sa sœur dans de meilleures dispositions. Elle se laisse vite tomber à côté d’elle. Puis l’écoute, silencieuse et attentive, ses choix, ses motivations, toutes les raisons qui la poussent à rester ici. Lucie sent que sa sœur se recroqueville à mesure qu’elle argumente avec le plus de conviction possible, même si elle n’est toujours pas d’accord. Peu importe. D’accord ou pas d’accord, Lucie se doit de la convaincre de partir vite de cet endroit, avant qu’elle ne soit démasquée. Rachel, en l’écoutant ainsi, si naïve, si endoctrinée, ne peut s’empêcher de sangloter.


— Je t’ai toujours protégée, dit-elle péniblement. Et si je pars, qui va te protéger ?


Lucie, n’y tenant plus, se jette dans ses bras, s’accroche à elle, comme elle le faisait quand elle était une enfant effrayée et perdue, rebelle et haineuse, en voulant à la terre entière de se sentir si mal dans sa peau.


Rachel, d’un geste naturel, se met à lui caresser les cheveux et Lucie, comme hypnotisée, se calme, son visage pressé contre sa poitrine, sentant sa chaleur, sa douceur, sa peau exquise, son enivrante odeur féminine. Et ne pouvant détacher ses yeux de la superbe poitrine qui, à quelques centimètres, semblait la narguer, deux coupoles de chair à la peau veloutée, dont les délicats bourgeons violacés se raidissaient sous la fraicheur de la nuit... A moins que... A moins que la sage et respectable mère de famille soit à son tour gagnée par un trouble inconnu, d’où le frémissement des tétons qui s’étiraient de façon significative. A cette idée, une passion tumultueuse et interdite la saisit brutalement, la faisant trembler comme si on l’avait branchée sur une prise électrique.


Rachel se méprend sur l’origine du frisson et la serre davantage contre elle, approchant le visage enfoui plus prés sur sa poitrine.


— Pauvre chérie, t’as froid ! la plaint-elle d’une voix apaisante.


Le visage de Lucie s’empourpre d’un feu brûlant, les traits déformés par une pulsion animale qu’elle a de plus en plus de mal à contenir. Hésitant sur la suite des événements, se posant mille questions. Consciente d’être un monstre de perversité depuis qu’elle s’était enflammée dans des amours saphiques.


L’effet avait été dévastateur lorsqu’elle avait gouté pour la première fois aux délices lesbiens. Loin de rester insensible ou indifférente, elle avait éprouvé des émotions et des sensations dont elle n’avait jamais imaginé l’existence. D’abord dans les bras de Manon, puis ceux de Maud, puis Manon et Christelle ensemble. Des souvenirs qui la laissaient en feu. Et des expériences qu’elle voulait revivre parce qu’elle trouvait ces plaisirs-là fascinant et extrêmement troublant !


Et voir sa sœur nue contre elle, si belle et si désirable, la possédait d’une ardeur primitive, effrayante dans sa violence, y répondant d’un imperceptible mouvement du bassin pour mieux se coller, l’appelant en silence avec un bruit de gorge qui ressemble à un feulement qu’ont certains fauves que le désir oppresse.


En proie à la plus grande agitation, elle est dans un terrible émoi sexuel qui lui laisse la gorge sèche, affolée par des pensées impures qui la font aussi culpabiliser. Elle est terrifiée à l’idée de se laisser aller à ses pulsions, même si cela est la situation la plus excitante de sa vie, celle de briser un tabou, goûter au fruit défendu de l’inceste. Et comment cela se passerait-il si elles franchissaient l’interdit ? Et Rachel, mariée et profondément hétéro, certainement trop sage et coincée, se révélerait-elle au contraire ardente et endurante, avec cette perversité des femmes au sommet de leur épanouissement sexuel, découvrant tardivement leur vraie nature ?


Honteuse de sa fièvre érotique qui la poussait à la pire folie, elle n’y tint plus, entrouvrant les lèvres, prête à saisir le mamelon qui la tentait comme la plus délicieux des péchés. Avec la même pulsion animale qu’un chaton cherchant à téter, tenaillé par la faim.


Un cri d’alarme retentit alors dans la nuit, un garde qui hurle après une personne qui ne respecte pas le couvre-feu. Une voix effrayée y répond, puis le calme revient.


A contre cœur, Lucie s’écarte. Le charme est brisé et, pire que tout, elle se sent maintenant sale et coupable.


— Je t’aime, grande sœur, lui dit-elle sur un ton peiné. Et si tu m’aimes aussi, pars d’ici le plus vite, seule. Je ne reviendrai jamais à la maison. Ma maison, c’est ici maintenant...


Dans un bruissement de soie, elle glisse par la porte entrouverte et disparait dans la nuit, laissant Rachel désarçonnée. Elle se reprend et veut partir à sa poursuite mais ses jambes vacillent et elle doit se rasseoir sur le lit, seule avec ses larmes qui ne cessent de former une flaque à ses pieds.

Diffuse en direct !
Regarder son live