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De Sophie Durocher: Genèse d'un amour saphique

Chapitre 2

D'Alicia LeBel: L'autre versant de la montagne

Lesbienne

À la suite de ce touchant témoignage de la part de mon amoureuse de toujours, c’est à sa demande que je vous livre aujourd’hui le mien. Bien que les événements soient les mêmes, ils sont racontés, comme vous pourrez le constater, selon mon point de vue personnel. Plusieurs d’entre vous, chers lecteurs et lectrices, seront probablement surpris de nous voir revivre notre histoire d’amour sous un tout nouvel angle, parce que, contrairement à ma biche d’amour, je n’ai pas toujours eu des sentiments très tendres envers ma Sophie. Bref, je vous laisse en juger par vous-mêmes...



 Sophie Durocher? Cela n’a jamais été le coup de foudre avec elle. Au contraire! J’avais même l’impression qu’on me l’avait toujours imposée et ce, dès ma plus tendre enfance. L’unique chose que l’on semblait avoir en commun elle et moi était notre ressemblance avec nos mères respectives. Alors que mes cheveux étaient noirs et raides, Sophie arborait quant à elle une soyeuse chevelure rousse légèrement ondulée. Mais cette fille m’exaspérait tellement, je la trouvais accaparante, mal élevée et surtout, pleurnicharde. Alors moi, éprouver des sentiments à l’égard de cette fille? Mais sur quelle planète vivez-vous donc?



 Enfant, je n’ai pas connu mon père, contrairement à cette petite garce, ce qui m’a immédiatement rendue jalouse d’elle. Après que Maman m’eût expliqué que dans une famille normale il y a un papa et une maman et que mon papa nous avait quittées pour ne plus revenir, je ne supportais pas l’injustice de voir mon amie entourée de ses deux parents et moi de ma mère uniquement.



 Pour me consoler, j’avais alors mis sur le compte de la présence du père de Sophie ses mauvaises habitudes : si elle me paraissait si turbulente, c’était à cause de son père qui n’avait rien de la douceur et du calme d’une mère. Lorsqu’elle pleurnichait devant moi, c’était probablement l’absence de la protection paternelle qui l’insécurisait. Lorsque toutes jeunes nous jouions ensemble, installées sur la couverture étendue à même le plancher de la cuisine, elle faisait bruyamment éclater ses flatulences en ma présence sans gêne aucune; sans doute, encore une fois, l’influence néfaste du paternel car nos mères se comportaient toujours devant nous comme si leurs systèmes digestifs étaient constamment au neutre. En fait, c’est plutôt de leurs bouches qu’émanaient d’étranges mélodies où se mêlaient bruits de succion et gémissements gutturaux.



 Mais comme le mentionnait ma petite biche, nous considérions la chose normale : sans que nous le sachions vraiment, nos mères se gouinaient allègrement lorsque nous nous trouvions toutes à notre domicile. Après tout, c’est beaucoup plus agréable à voir que d’observer deux voisines se crêper constamment le chignon!



 Ce que je détestais le plus, c’était que Sophie semblait m’imposer ses horaires. Pour commencer, lorsque, à l’âge de quatre ans, c’était pour elle l’heure de la sieste, ce l’était aussi pour moi. Et quand elle commençait à faire ses pétarades, assise devant moi sur le sol de la cuisine, je devenais rapidement exaspérée et j’appelais ma mère Sonia:



 -Maman, Sophie n’arrête pas de péter!



 C’était alors pour moi une parole de trop...



 -Ta copine est due pour le petit pot, me dit alors Mère. Et toi aussi tu vas y aller.

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 -Mais j’ai pas envie, Maman!



 -Tu iras quand même!



 On se retrouvait donc dans la salle de bain, trônant chacune face à l’autre sur son petit pot. Sophie ne disait rien, me souriant ingénument alors qu’elle vaquait à ses ’occupations’.



 Pour la petite rouquine, ce n’était jamais long, contrairement à moi qui étais constamment constipée.



 -Maman, disait-elle alors à Jasmine sa mère, viens essuyer mon péteux!



 Et voilà la maman de Sophie qui termine devant moi l’hygiène de sa fille chérie. À voir ce petit derrière rose qui s’exposait sans aucune gêne à ma vue, je me demandais comment il était possible qu’il fût à l’origine d’un si déplaisant tintamarre...



 Et voilà mon amie d’enfance repartie jouer. Quant à moi, après une rapide vérification sur place, ma mère me disait :



 -Toi t’as rien fait. Tu vas rester encore un peu.



  Je poirotais donc sur mon pot jusqu’à ce que mes petites fesses en soient marquées.



 Temps perdu (et peine perdue aussi) car pour ce genre d’activités je savais que mon système fonctionnait selon un horaire bien à lui.



 C’est donc au bout de plusieurs minutes qui me paraissaient une éternité que Maman revenait me chercher :



 -Sophie te réclame à grands pleurs pour que tu viennes jouer avec elle. Tu vas donc aller la retrouver.



 À moitié heureuse et à moitié frustrée, je retrouvais donc mon amie d’enfance, celle qui gérait (à son insu bien sûr) la tenue de mes moindres activités.



 Car cette satanée garce m’imposait ses horaires jusqu’à leurs moindres détails! Et moi qui n’ai jamais aimé me laisser mener par le bout du nez, je trouvais tout cela absolument inacceptable.



 -Qu’est-ce que tu fais à nos Barbie? je lui demandais une fois de retour auprès d’elle.



 -Ben tu vois, je les déshabille car il fait chaud! me répondait Sophie d’un air de ’Regarde autour de toi avant de poser des questions stupides!’



 Moi, je ne trouvais pas qu’il faisait si chaud que ça, mais c’est en observant nos mères que je compris: un à un, elles se débarrassaient mutuellement de leurs vêtements, en notre présence, dans la cuisine. Tout en gloussant de plaisir et en ricanant, elles ne se retrouvèrent qu’en petites culottes et en soutifs qu’elles s’apprêtaient à dégrafer tout en se dirigeant coquinement vers la chambre à coucher de Maman.



 Ce qui se passait après, on en avait aucune idée. Nous entendions cependant au loin Jasmine gémir et Sonia ricaner joyeusement avant de les voir regagner la cuisine où Sophie et moi nous nous trouvions toujours. Et soudainement nos deux mères n’avaient plus chaud car elles s’étaient complètement rhabillées... Alors à notre tour de recouvrir nos poupées de leurs élégants vêtements.



 Le contact physique à cinq ans? Ça, c’était à la demande de Sophie. À force de voir Sonia et Jasmine agir, mon amie avait profité de notre présence dans ma chambre située à l’étage pour me demander d’expérimenter avec elle ’le goût d’une langue’. Je trouvais le prétexte tout à fait farfelu. En fait, tout cela me rebutait d’avance. Alors j’ai dit ’Non, ça me tente pas!’ Était-ce le ton dont j’avais usé à ce moment ou le simple fait de la frustration reliée à mon refus? Je vis une fois de plus la petite garce faire sa moue, sur le point d’éclater en sanglots. On s’amusait pourtant ferme autour de ma maison de poupée et je savais que les pleurs de Sophie auraient alerté nos parents qui nous auraient aussitôt fait redescendre avec elles. C’est donc un peu à contrecœur que j’adossai ma copine sur le mur. Un jour ou l’autre, on l’aurait fait, de toute façon, comme tous les enfants finissent par le faire. Dès que les bouts de nos langues se furent touchés, Sophie me repoussa violemment en grimaçant de dégoût:



 -Ouach, c’est dégueu, Ali! Je vais dire à ma mère de dire à ta mère de bien te brosser les dents. Ne me fais plus jamais ça!



 -Mais c’est toi qui voulais...



 -Je vais le dire à ma mère... tu pues de la bouche!



 Et voilà. Un peu espiègle, un peu braillarde, un brin péteuse et un rien manipulatrice...



 Le jour de l’incident relié à la colère de Monsieur Durocher, le père de Sophie, fut toutefois un tournant dans ma vie de petite fille. Comme déjà relaté, nous étions cette fois-là exceptionnellement toutes les quatre au domicile de Sophie et de ses parents quand Jérôme, rentrant subitement du travail, surprit nos deux mères en train de s’embrasser, disons-le franchement, très, très fort. Violence verbale, injures, coups sur la table, je fus personnellement impressionnée et marquée par la scène de jalousie de l’homme de la maison. Mais ce qui m’affecta le plus, ce fut notre départ précipité, chassées par le père de Sophie:



 -Viens, Ali, me dit alors Maman. On ramasse tes affaires et on s’en va chez nous. N’oublie rien, nous ne reviendrons peut-être plus ici.



 Dur retour à la maison. On avait laissé une Sophie en pleurs et sa mère en proie à une crise. Même Maman pleurait sans retenue, je n’avais jamais vu nos mères dans un tel émoi. Dans ma petite tête d’enfant, j’étais sûre qu’il venait de se passer quelque chose de grave. Nos mamans étaient tellement en douceur entre elles, elles respiraient tellement le bonheur jusqu’à ce que le père de Sophie vienne s’en mêler, usant de son pouvoir masculin pour nous effrayer toutes.



 C’est au cours des jours suivants que je réalisai l’ampleur du drame: Sophie et sa maman ne venaient plus chez nous à l’occasion de leurs visites quotidiennes. Plus de communication ni de contact. Je me retrouvai seule avec mes petits jeux, ma poupée Barbie, ma maison de poupée... Quel ennui!



 -Maman, viens jouer avec moi!



 -Je ne peux pas, ma jolie, j’ai à faire en bas. Qu’aimerais-tu manger pour souper?



 -J’ai pas faim, et je m’ennuie de Sophie!



 Oui, je m’ennuyais de ma petite garce de copine, de cette fille détestable qui régissait toutes mes habitudes de vie. Sans elle, j’avais perdu tous mes repères! Un vide immense, que dis-je, un gouffre sans fin s’était créé dans mon cœur et soudain j’ai commencé à ressentir des sentiments positifs pour ma petite rouquine, tout simplement parce qu’elle n’était plus là!



 En sa présence, je ne me rendais pas compte à quel point cette petite ingénue de cinq ans remplissait ma vie. Sans elle je me trouvais soudainement si insignifiante!



 Dès le moment où nos fréquentations reprirent, je ne la vis plus jamais de la même façon. Cette petite personne comblait mon existence, lui donnait un certain sens, mais comment, et pourquoi?



 C’est lorsque nous nous mîmes à fréquenter l’école qu’une lumière s’alluma enfin dans ma tête. Deux événements marquants m’apportèrent une révélation sur l’importance de nos relations.  Il faut d’abord savoir que nous étions inséparables, autant dans la classe où nos pupitres étaient adjacents l’un à l’autre que sur le chemin nous amenant à l’école.



 Sophie était de taille normale pour son âge, bien que semblant plus frêle que moi, ayant pour ma part hérité de mon père d’une corpulence légèrement plus musclée. De plus ma jeune voisine et compagne de classe affichait devant tous un regard innocent, accentué par d’éternelles couettes rousses suspendues au-dessus de ses oreilles, faisant d’elle une cible de choix pour les gaillards plus âgés que nous. Ainsi ornée de ses lulus, son allure de gamine, son nez retroussé et ses taches de rousseur attiraient souvent en effet les quolibets et les mauvais tours des garçons qui nous entouraient, ce qui ne manquait pas de nous agacer à la longue.



 C’est ainsi qu’un beau matin, alors que nous cheminions tranquillement sur la rue en direction de l’école, le grand Bastien nous aborda:



 -Salut, les p’tites filles. Dis donc, Sophie la Carotte, t’as donc une belle boîte à lunch ce matin!



 Et en moins de deux, le chenapan d’agripper l’objet des mains de ma copine pour ensuite s’enfuir au galop!



 Malgré la rapidité du geste et notre vive surprise, sans réfléchir je laissai rapidement sur le trottoir une Sophie qui éclatait en pleurs afin de me mettre à la poursuite de ce balourd que mon excellente forme physique permit vite de rattraper. Un violent coup porté au ventre, un autre à la figure, et le chapardeur laissait tomber non seulement la boîte à lunch de Sophie mais également la sienne. Sans doute impressionné par ma réaction et mes talents de pugiliste, le pauvre prit la fuite sans demander son reste.



 Vous vous demandez probablement comment j’avais acquis cette attitude agressive? Très simple. C’est que ma mère Sonia avait constamment cherché à compenser l’absence de mon père par des jeux dans lesquels elle et moi faisions semblant de nous battre. C’était sa façon à elle de m’inculquer quelques notions de self-defense, sachant pourtant très bien qu’un homme eût été mieux placé pour jouer ce rôle. Ce faisant, Sonia avait si bien réussi dans mon cas qu’elle avait pratiquement fait de moi un garçon manqué. Je n’avais cependant aucunement l’apparence d’un Tom-boy, au contraire! J’étais certes un peu musclée, c’est vrai, mais mon habillement de même que mon allure générale me faisaient toujours paraître comme la petite fille rangée, féminine et discrète... tant que je n’avais pas à sortir mes griffes! En fait, il y avait des fois où Sophie semblait même moins féminine que moi, portant à l’occasion le pantalon jean auquel je continuais de préférer les délicates robes de fillettes.



 Revenant à l’événement, je me souviendrai toujours des yeux de Sophie alors qu’étant tranquillement retournée vers elle je lui ramenais son bien. Un mélange à la fois de surprise, d’admiration et de reconnaissance. Les larmes coulaient encore sur ses joues:



 -Ali, merci! Pourquoi, pourquoi t’as fait ça?



 -J’ai réagi sans penser. En fait, c’était plus fort que moi. Je ne pouvais pas supporter cet affront que ce nigaud t’avait fait.



 C’est spontanément que Sophie déposa alors par terre l’objet que je venais de lui remettre afin de pouvoir m’enlacer de ses deux maigres bras et me déposer sur la joue un bisou tiède et empreint de gratitude.



 -T’es une fille cool! m’avait-elle alors chuchoté.



 Malgré le stoïcisme que j’affichai à ce moment, je dois reconnaître que, pour la première fois de mes sept ans, mon cœur fut bizarrement secoué de sentir son étreinte sur ma taille, ses chaudes lèvres sur ma joue ainsi que sa voix encore à moitié brisée mais combien mielleuse.



 Le second événement eut lieu quelques semaines plus tard, dans la cour de récréation. Des garçons s’étaient encore une fois attroupés d’une façon espiègle autour de Sophie alors que, un peu en retrait, je pratiquais quelques paniers avec mon ballon.



 -Salut la Carotte, tu t’ennuies sans nous? Aimerais-tu qu’on te fasse quelques petites minouches sous ta belle robe?



 -Ah vous! Fichez-moi donc la paix, bande de connards!



 -Z’avez vu, les gars? Ses taches de rousseur sont plus foncées quand elle me parle! Je me demande si elle ne devient pas aussi plus foncée ailleurs!



 Ce jour-là, ce fut la goutte de trop. Mon vase se mit à déborder. Il y avait déjà plusieurs jours que Sosoph faisait ainsi l’objet de harcèlement de la part de cette gang de malotrus. Tout en continuant de dribbler avec le ballon, je m’approchai du groupe:



 -Vous, là! Laissez ma copine tranquille, sinon...



 -Oh que voyez-vous? rétorqua le leader du trio. Voilà la grande Alicia LeBel qui veut s’en mêler!



 Mon ballon sous le bras, je vis le bâtard s’approcher de moi.



 -Sache, Mademoiselle la sportive, qu’on t’as pas sonné. Si tu désires toi aussi des petites chatouilles, tu n’as qu’à prendre un numéro!



 Mon réflexe fut aussi rapide qu’inattendu: moins de deux mètres nous séparait. D’un geste précis, je balançai vivement le ballon en direction de la figure de l’assaillant avant d’attaquer ses jambes d’un violent coup de pied pour ensuite le ruer de coups supplémentaires une fois rendu au sol. Sidérés par mon geste, les deux autres lâchèrent Sophie.



 -Qui est le prochain, les gars? m’adressai-je alors à eux. Allons, mettez-vous en ligne si vous n’êtes pas des mauviettes!



 Le combat n’eut pas lieu. Un coup de sifflet se fit entendre.



 -Mademoiselle LeBel!



 C’était la surveillante. Elle avait tout vu de l’altercation. Résultat numéro 1: Sophie ne fut plus jamais l’objet de harcèlement de la part des garçons et ce, même en mon absence. Résultat numéro 2: une semaine de retenue après les classes pour la fille ’qui a perturbé l’ordre et donné le mauvais exemple’.



 Le même soir, j’eus ma révélation.



 Ayant expié ma première journée de punition à l’école, je retrouvai Sophie chez elle pour y effectuer, comme à l’habitude, nos travaux scolaires. Dès mon arrivée, je fus surprise par la forte odeur de brûlé régnant au domicile des Durocher. Accompagnée de sa mère, Sophie m’accueillit à la porte:



 -Tiens, Ali, c’est pour toi, fit-elle alors en me présentant une rose rouge fraîchement cueillie provenant de leur jardin.



 Silencieuse, j’acceptai l’offrande des mains de la petite rouquine. Jasmine sa mère prit la parole:



 -Elle t’avait préparé un beau gâteau pour te remercier de ton geste à l’école face aux garçons. Elle m’a tout raconté à son retour cet après-midi.



 -Voudrais-tu le voir? me demanda timidement sa fille.



 Je les suivis toutes les deux jusqu’à la cuisine. Sur le comptoir se trouvait le gâteau en question, presque entièrement carbonisé et dégageant encore de piquantes senteurs de brûlé.



 -C’était son premier, me précisa Jasmine. Elle voulait tellement le réussir. Pour toi.



 Sur ces mots, Sophie éclata en sanglots et se jeta à mon cou.



 -Tu lui en feras un nouveau, ma puce, tenta de la consoler sa mère en déposant une main sur son épaule. Tu sais, c’est l’intention qui compte!



 Là-dessus, mon cœur connut un émoi sans précédent. Cette jeune compagne que j’avais défendue plus tôt dans la journée se sentait si redevable envers moi, si reconnaissante, mais pourtant si incapable d’exprimer à leur juste valeur les sentiments qu’elle éprouvait pour moi. Et je sentais très bien que c’était ce qui l’attristait le plus. C’est à ce moment précis que je compris tout ce que cette fille représentait pour moi. Elle qui était si fragile de corps et de cœur et qui dorénavant était détachée du giron maternel avait besoin de protection, et c’était maintenant à moi de lui en donner l’assurance.



 Sophie venait de me faire comprendre pourquoi moi aussi j’avais besoin d’elle. Elle était devenue ma protégée. J’étais devenue sa protectrice.



 Malgré toute l’émotion que je vivais à cet instant, je m’efforçai de rester impassible, à l’image d’un homme fort, comme mon père l’aurait probablement fait dans ces circonstances où il faut se montrer fort. J’acceptai donc l’étreinte de Sophie, mais sans plus.



 Cette soirée m’avait bouleversée, bien que j’avais décidé de continuer de jouer la tough.



 Comme Sophie l’a mentionné elle-même dans le chapitre précédent, arriva notre puberté. Période de changements physiques et hormonaux pour chacune d’entre nous, de questionnement, de vision d’avenir. Depuis longtemps une routine s’était installée entre Sophie et moi: aller-retour à l’école, travaux de soirée en alternance chez l’une ou chez l’autre, un peu de social comme pour tous les jeunes de notre âge.



 Placées côte à côte devant le miroir de ma chambre, Sophie et moi comparions la progression de nos courbes respectives. Contrairement à ma compagne, la nature m’avantageait déjà assez bien. Sophie, en revanche, se plaignait de sa poitrine encore trop menue pour elle.



 -Mes seins ne poussent pas! se désola-t-elle un soir.



 -Mais si, sois patiente un peu! tentais-je de l’encourager.



 J’avais beau être la protectrice de cette fille, je savais bien qu’un jour elle se dénicherait un mec qui prendrait ma relève. Je m’efforçais donc de valoriser ses traits féminins afin de la motiver dans des visions d’avenir avec un éventuel homme. Je voyais déjà Sophie se détacher du lien de protection qui nous unissait depuis longtemps en éprouvant cependant une certaine tristesse. Car je commençais à me poser la question : sans Sophie à mes côtés, qu’est-ce que je deviens, moi?



 Puis un jour, tout a basculé dans ma tête. Nous étions alors âgées de treize ans.



 Une fois de plus, nous étions ce soir-là dans ma chambre à finir de fignoler un travail quand soudain je vis une Sophie grimaçant de douleur se lever et se diriger vers moi.



 -Ali, j’ai tellement mal au ventre, si tu savais!



 Les crampes menstruelles de Sophie étaient violentes. La douleur déformait son visage rendu blême par l’intense inconfort qu’elles lui causaient. Je me trouvais cependant impuissante à apaiser sa peine, à la défendre contre cet ennemi invisible tapi au fond de son être. Je l’ai donc accueillie spontanément dans mes bras et l’ai serrée très fort contre moi.



 -Ça va aller, ma belle. Respire bien, ça va passer.



 Pendant les cinq minutes qui nous unirent ainsi, je sentis mon cœur se mettre soudain à palpiter pour ma petite protégée et une chaleur envahir mon bas-ventre. C’est à ce moment-là que je réalisai que quelque chose de spécial était en train de se passer entre nous et j’avais presque la certitude que Sophie vivait à cet instant la même expérience que moi.



 -Ali, je..., me dit-elle alors au cours de cette étreinte.



 J’étais presque sûre que j’allais me faire adresser quelque chose d’important. Une déclaration, peut-être?



 -Oui, ma jolie?



 -Non. Rien.



 Ce court échange m’avait beaucoup plus parlé qu’il n’en paraissait.



 J’ai alors commencé à penser que ma compagne éprouvait peut-être de profonds sentiments à mon égard.



 Puis vinrent nos seize ans. Sophie faisait partie de l’équipe de volley-ball dont j’étais la capitaine. À la fin de chaque partie, nous nous attendions dans le vestiaire avant de reprendre le chemin de la maison. Je savais qu’elle m’observait discrètement lorsque je me changeais et qu’elle admirait secrètement mes formes à la fois féminines et athlétiques quand je n’étais qu’en sous-vêtements. J’affectionnais les petites culottes à motifs de papillons. Le papillon avait toujours représenté pour moi la liberté, la force et l’harmonie de la nature.



 D’une semaine à l’autre, j’apportais des changements à mes dessous, portant de fois en fois des vêtements de plus en plus sexy, toujours ornés de papillons, cependant. Jusqu’à ce que j’en fusse rendue au J-string turquoise arborant sur le devant mon éternel lépidoptère. Non, je ne laissais pas Sophie indifférente, je le voyais bien, et je m’en réjouissais intérieurement. J’en devenais cependant extrêmement troublée : étais-je en train d’éprouver des sentiments saphiques à l’égard de ma protégée? C’est alors que je consultai ma chère mère:



 -Est-ce normal, Maman, que Sophie et moi...



 Elle me coupa la parole en riant:



 -...que vous vous plaisiez l’une l’autre? Mais absolument!



 Un long silence fut ma seule réaction.



 -Cela fait des années qu’on vous observe, Jasmine et moi. Toi et ta copine êtes vraiment faites pour vivre ensemble. Et toi, t’as jamais rien remarqué entre nous deux, sa mère et moi?



 -Ben, vous semblez bien vous entendre, répondis-je candidement.



 -Nous sommes toutes deux lesbiennes, grande idiote! Après toutes ces années, fallait-il qu’on te fasse un dessin?



 Je me souviens qu’à ce moment, j’ai dû m’asseoir et faire une pause. Nos mères en relation saphique! Mais bien sûr, quelle idiote j’étais! Toutes ces scènes d’embrassade auxquelles nous avions assisté lorsque nous étions encore des gamines, installées sur notre couverture, Sophie et moi. Ces départs furtifs vers la chambre à coucher des parents suivis de ces exclamations de plaisirs gomorrhéens, tous ces souvenirs remontaient soudain à la surface de ma mémoire.



 C’est ainsi que, presque sans surprise, je découvris mon propre penchant homosexuel. Je comprenais maintenant pourquoi les garçons ne m’avaient jamais vraiment intéressée, eux que je voyais plutôt comme des machos dont la priorité première était d’afficher fièrement les attributs physiques dont leur testostérone les avait dotés. Mais je ne me sentais pas prête à faire le pas, à ouvrir mon cœur à celle qui occupait maintenant toutes mes pensées.



 L’école avait repris ses activités. C’était la fin de la saison de volley-ball et la célébration de notre premier championnat à la suite de notre ultime match de finale. L’euphorie inondait le vestiaire. Après les festivités de circonstance, Sophie et moi étions encore une fois restées seules au vestiaire du centre sportif. Je suis partie prendre ma douche, ayant oublié dans mon excitation ma serviette sur le banc près de mon casier. Sophie s’était absentée quelques moments. Je crois que c’était pour aller prendre un rafraîchissement.



 En me savonnant, je revivais les moments-clés du dernier match, réanalysant nos stratégies de jeu mais surtout revoyant l’incident ayant provoqué la surprise générale alors qu’une joueuse de l’équipe adverse, sans doute frustrée de voir le match tourner en leur défaveur, avait vivement pris Sophie à partie en l’accrochant par son maillot pour finalement la déculotter presque complètement, exposant ainsi son petit slip de coton bleu à la vue de tous. Une fois de plus j’avais dû intervenir, non seulement comme leader de l’équipe mais aussi comme protectrice de mon attaquante centrale préférée. Le souvenir de la vue de cette petite culotte à la fourche trempée me faisait mouiller sous les jets d’eau, appelant ainsi mes doigts à faire entrer mon bouton d’amour dans une danse folle alors que je me pinçais violemment les tétons, ce qui me procura presque immédiatement un délicieux orgasme.



 Légèrement obnubilée par toutes ces pensées, je sortis enfin de la cabine de douche dans le but de rapidement récupérer ma serviette laissée sur le banc.



 Elle était là, devant moi, à moins de deux mètres. Sophie. Et moi, toujours nue et ruisselante d’eau (et probablement aussi de cyprine) sur le petit tapis de caoutchouc, les deux seins au garde-à-vous, la minette sans doute encore écarlate et le clito pulsant de ses derniers spasmes de plaisir, devant celle qui m’aimait. Mon cœur s’arrêta, j’étais tétanisée par la surprise. Je la vis alors, gardant toujours le silence, un large sourire gêné qu’elle tentait de cacher de ses deux mains. Je sentais que ses yeux me dévoraient avec avidité. Je n’avais jamais programmé de réaction pour ce genre de situation. Aussi c’est tout à fait maladroitement que ma bouche s’ouvrit alors que de mes deux mains je tentais de cacher du mieux possible mes parties sensibles et intimes:



 -Sophie, t’as pas honte?



 Trois secondes passèrent. Une éternité dans la circonstance. L’expression de Sophie changea radicalement. Sans dire un seul mot, elle recula de deux pas, se retourna brusquement et disparut de ma vue.



 Toujours sur le tapis sur lequel je dégouttais, je me mordais les lèvres d’avoir eu une réaction si bête. J’aurais très bien pu profiter de la circonstance pour lui faire discrètement savoir que j’étais heureuse de lui plaire, que moi aussi je la trouvais désirable, que j’étais follement amoureuse d’elle au final. Mais non. Ma réaction avait sèchement condamné son comportement voyeuriste et je venais de rejeter du revers de la main les avances que son regard m’adressait.



 Ma soirée à la maison se passa dans l’amertume. Je devais pourtant la passer chez ma copine, à faire mes travaux scolaires en sa compagnie comme à l’accoutumée.



 -Sophie ne pourra te recevoir ce soir, m’avait répondu sa mère Jasmine au téléphone un peu plus tôt. Elle se dit légèrement indisposée.



 -Elle est souffrante?



 -Elle n’est pas dans son assiette, mais n’a pas voulu me dire pourquoi.



 Bien sûr, mais je savais, moi!



 Les jours suivants furent un enfer. Sophie semblait me bouder, m’ignorer même. Nous marchions une derrière l’autre sur le chemin vers l’école. En classe, elle ne s’adressait à moi que rarement, sans jamais me regarder dans les yeux. Le plus souvent possible, elle faisait comme si je n’existais pas. N’est-ce pas passionnant quand nos pupitres sont côte à côte?



 Même Maman se doutait qu’il s’était passé quelque chose entre nous:



 -Tu ne vas plus chez Sophie pour faire tes devoirs?



 -Bof, les travaux d’équipe sont finis pour le moment et la saison de volley est terminée, alors...


Ma mère avait alors fait une pause, pensive, puis :



-Je crois que je vais devoir parler à Jasmine...



 Plus que jamais, le souvenir de Sophie hantait mon esprit. Surtout la nuit lorsque plus rien d’autre n’occupait mes pensées. Je sanglotais silencieusement dans mon oreiller, me maudissant d’avoir eu un tel comportement avec ma meilleure amie, celle qui ne voulait sans doute rien d’autre que de vivre une belle histoire d’amour avec moi. Je venais de briser son rêve... et le mien. J’envisageai donc de la voir et de lui parler. De lui expliquer que ce n’était pas sa bévue, que c’était la mienne. Que si ç’avait été à refaire, je me serais avancée vers elle afin qu’elle puisse poser ses doigts fébriles sur mon corps ruisselant d’eau. Que je lui aurais demandé de saisir la serviette et de m’éponger doucement pendant qu’on s’échangerait un doux baiser.



 Je n’eus cependant pas le loisir de préparer mon plaidoyer. Sans que je m’y attende, j’entendis un soir des pas gravir l’escalier menant à la chambre que j’occupais.



 C’était Sophie, accompagnée de sa mère Jasmine, l’amante de ma mère.



 Par un petit mot d’introduction l’adulte m’invita d’abord à entendre jusqu’au bout ce que sa fille avait à me dire.



 -Ça y est, m’étais-je alors dit, ce sera la fin. Sophie va mettre un terme à des années d’amitié et se cherchera sans doute ailleurs une âme sœur. Assise sur le bord de mon lit, je m’efforçais de rester impassible, tout en sentant mes yeux se gonfler d’eau.



 -Ali, commença-t-elle, c’est très dur pour moi ce que je vais te dire.



 Sa voix était chevrotante. À ces mots, je voyais bien que je devais m’attendre au pire. La pauvre fille. Elle était sans aucun doute encore toute bouleversée.



 -Je ne sais pas par où commencer...



 Le double supplice de devoir annoncer une mauvaise nouvelle en plus d’avoir à trouver la façon la moins blessante de le faire.



 -Ali, je crois que... Je crois que...



 Moi, je ne croyais pas. Je savais que j’aimais cette fille, cette petite ingénue qui s’était toujours appuyée sur moi. Et je la voyais encore ici devant moi, implorant mon aide à mots couverts afin de l’aider à s’exprimer, à me révéler quelque chose de si important. Soit qu’elle désirait rompre avant même qu’on se soit engagées, soit qu’elle voulait enfin me déclarer sa flamme. Je décidai donc de l’aider, en misant sur la seconde option. Prenant la relève de son discours hésitant, je pris rapidement une respiration puis me lançai:



 -Moi aussi je t’aime! Dis-le-moi, Sophie, dis-moi que tu éprouves aussi des sentiments pour moi!



 -Oui Ali, je t’aime! fit-elle alors en éclatant en sanglots. Je t’ai toujours aimée!



 Je crois que mon cœur à ce moment recula de dix battements afin de pleinement revivre la magie de cette dernière réplique! Quel moment féérique! Quelle délivrance pour nos âmes et nos cœurs!



 -J’avais tellement peur que tu viennes m’annoncer une triste nouvelle. Je ne me voyais pas vivre sans toi! Viens, Sophie, embrasse-moi!



 D’un même bond nous nous levâmes pour nous enlacer, mêlant à l’unisson nos pleurs et nos gémissements de joie. Le reste de l’histoire, ma petite biche d’amour vous l’a déjà raconté dans le chapitre précédent. Alors vous m’excuserez: la tough qui vient de vous écrire, la Tom-boy de l’histoire est maintenant de nouveau trop subjuguée par l’émotion pour vous relater la suite de ce conte de fée. Je vous invite en revanche à lire notre première histoire, L’Envol des tourterelles, qui vous détaillera non seulement notre nuit de noces mais également le drame qui entoura le début de notre vie commune.



 Ah j’oubliais: Moi aussi je t’aime, ma chérie. Mes yeux se délectent de tes charmes. Mes oreilles boivent le son de ta voix suave et s’enchantent de tes mélodies. Tes parfums m’enivrent et ma langue ne cesse d’apprécier les capiteuses saveurs de ton intimité.



 Je serai toujours là pour toi, belle biche d’amour.


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