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Je ne suis rien

Chapitre 4

Six heures du matin

Hétéro

Je me couche à six heures du matin, le chant des oiseaux et des travailleurs pour seule berceuse. Carcasse traînée d’un appart à un autre, effluves d’alcool et de tabac froid. J’étais si belle. Chevelure en pagaille s’éparpille sur un pull gris distendu. Des traces du repas, de la fête et de l’homme de la veille sur le jean. Besoin de le retirer, l’abandonner là, à mes chevilles. Mes chaussures de soirée me ressemblent, plus la soirée dure, plus elles finissent usées, éclatées. Reebook blanches grisées par mes excès, les lacets sont décousus, la semelle dégueule de plus en plus, mais jusqu’ici elles tiennent. Elles n’ont rien de spécial, trop dégueulasses pour que je les lace quand je me déplace, juste jetées dans un coin quand je me prélasse ou quand on m’enlace. Rester un moment comme ça, en chaussettes, flash à la main, dernier joint entre l’oreille et ce qui s’apparentait à une casquette il y a un an encore. Savourer la fatigue, les restes d’ivresse, avoir envie de se jeter sur mon canapé couvert de classeurs. 


  

 Vider le flash dans l’évier, arracher l’extrémité de la fusée. Balcon, à mon tour d’être arrachée, repenser à ce garçon sur j’ai flashé. Repenser à ce garçon qui m’a clashé, et à sa meuf qui s’est fâchée. Elle me rabâche les mêmes conneries, jalouse de qui, jalouse de nous, mais j’me mâche mes joues. Empêcheuse de baiser en rond, juste envie de la shlasser, de voir son chemisier tâché. Première taffe de hash soulève ma poitrine, un choc dans mes pensées. Le métal froid de la chaise accentue la brûlure de mes poumons, ralentit tout autour de moi. De plus en plus affalée, je me sens avalée par l’épuisement. La nuit hivernale peine à étouffer l’éveil de ma ville. La brise se fait de plus en plus mordante sur mes cuisses nues, en parcourt les stries et me pétrifie. Du mouvement chez le voisin, des chocs, des voix, le train-train du matin me sort de ma soirée. Il est temps de rentrer, s’engouffrer à même le matelas, s’endormi – souffle encombré me rappelle à l’ordre. Glaire après glaire, il semble clair qu’énergisant et fumée font mauvais ménage, en moi. Des palpitations de droite à gauche, ma tête tourne et ma chambre semble me scruter de haut en bas.


  

 Roulée en boule, glacée, enfouie sous trois couvertures, mon âme vadrouille à la recherche d’un peu de chaleur. Mon âme parcourt le temps, remonte le temps, la rue, les escaliers, toque à la porte de mes souvenirs de la soirée. Quitter mon appartement jusqu’à mon entrée dans ma résidence, trois portes à ouvrir, deux chutes de clé, un éclat de rire. La rue et ses lueurs, la rue et ses clameurs, des jeunes au balcon entrain de chanter. Passer par les ruelles, des parcs pour éviter des flics plus beurrés que moi. Sac à main autour du cou, paranoïa agrippée à ma lacrymogène, insouciance enroulée autour d’un flash douteux chipé sur le départ. Le départ de la soirée, chassés par des voisins insultés mais si patients. Chassés, mais pourquoi ? Je n’étais pas là.


  

 Me revoir allongée à tes côtés et te voir m’aimer en levrette. Voyeuse de mes propres ébats, j’aime me souvenir, me repenser assise sur tes cuisses. Agiter mes hanches, te sentir râcler en moi et entendre tes râles contre moi. Ponctuer mes cris étouffés d’un coup de rein en arrière, écraser ma poitrine contre ton torse, cherche tes lèvres. Te sentir me quitter, apprécier ce sentiment de vide et la douceur de tes mains contre mes fesses, mes cuisses, moi. Tes doigts emmêlés sous mon nombril, les poils dressés alors qu’ils descendent, toujours plus bas. Bout de ton index en guise de sésame pour que je m’ouvre à toi, les yeux mi-clos, le visage enfoui contre ton épaule. Bout de ton gland émerge contre ma paume, à peine humide, à peine durci. 


  

 Arrêter de remonter le temps, m’asseoir dans un creux de mon crâne et nous regarder, nous admirer. Mes émotions montent dans les aigus, le souffle s’accélère, les pensées chauffées par le souvenir de ton amour, le souvenir de ma désirabilité. A mon tour sentir mes cuisses se serrer, se tremper à cette idée. Le sentiment étrange de mon égo qui durcit, de mes couilles qui poussent. J’aimerais te dire qu’il n’y a que dans tes bras que je me sens bien, mais la vérité c’est qu’une paire de draps me suffit. L’attention que vous m’offrez me plaît, m’excite, me met en transe. Aucun mérite à me baiser, l’acte est devenu banal, en soirée on me la met comme on danse. Et pourtant, chaque aventure, chaque corps ajouté à la liste, chaque regard fasciné sont autant de doigts effleurant mon corps, comme tant d’onguents contre de mon âme.


  

                Aime toi et Dieu te le rendra. Ou est-ce aime toi et Dieu t’aidera ? Peu importe. J’ai voulu m’aimer ce soir-là. La tenue est simple mais efficace. Mèches brunes rabattues sur les épaules, petit pull gris, basique, jean marine au-dessus des inévitables Reeboks grisées. Les accords sont faciles, je le serai tout autant. La musique est bonne, mais moins que moi. Verre après verre, mes déhanchements deviennent gigotements, jusqu’à ne plus ressembler qu’à des convulsions. Taper du pied pour t’en faire, mon regard braqué dans le tien. Parce que ta meuf est partie, parce que ta meuf est jalousie, parce que ta meuf a bien vu ce que tu regardais. On a passé la soirée ensemble, accoudés autour des mêmes cendriers, attablés devant les mêmes gobelets. Je crois qu’on a parlé aussi, mais je n’avais pas envie de t’écouter. Oh naïf. Emerveillée je te regardais, des étoiles dans les yeux, mais n’en avais que pour ta crasseuse entrain de se décomposer. Plus je te dévisageais, plus mon regard glissait sur tes lèvres, plus je sentais le sien s’humidifier. Sortie en grande pompe sous prétextes bidons. Remballe tes excuses et tes petites pompes, ton chien je lui ai passé le collier et ce soir c’est à moi qu’il va la coller. Fallait avoir plus confiance en toi, fallait me chasser, fallait porter tes couilles au lieu de cacher ta haine derrière sourires hypocrites. Aime toi et Dieu te le rendra, mais cette nuit, il est à moi.


  

                A cette simple idée mon âme se tord, à genoux, les cuisses écartées. J’ai l’impression d’autant me sentir vivre dans ton amour que dans sa haine. Vous voir vous mordre les lèvres, toi à l’idée de me faire couler, elle pour ne pas pleurer. Le souffle coupé par vagues d’émotions, ma poitrine se lève, mon bassin se creuse. Trop d’informations contradictoires, la scène devient chaotique. Incapable de me concentrer sur autre chose, je me vois couchée au sol, la main serrée entre les jambes. Un mouvement frénétique, incontrôlable, index trempé, pubis martelé à coup de phalanges. Le rythme se saccade, freine jusqu’à s’arrêter brutalement. Des petites secousses d’émotions positives me transpercent, je me sens bien. Enfin capable de poser le doigt sur la conclusion évidente qui m’échappait : j’ai passé un bon moment, le reste n’importe pas. Je suis venue, et on ne revient pas en arrière. 


  

                Le reste de la soirée, lui, ne me viendra pas. Les poings serrés, le sourire aux lèvres, je m’endors à l’orgasme de mes souvenirs. Cette nuit je ne rêverai pas, mais je ne penserai pas non plus. Demain pour seuls rappels de la veille, un cul de joint dans le cendrier, un jean froissé et deux chaussures usées.


  

 « Ton sourire pour dernier Soleil de ma vie

 Le Diable fait tout pour que je l’éteigne

 Incapable de faire la différence entre pute et pote

 Faudrait que je rentre mais cette nuit je bloque

 Je le raccompagne chez lui pour pas qu’il se sente trop seul

 Je me dis pas qu’à sa place ça pourrait être mon propre frère

 T’as l’impression que je le kiffe, mais dans mon cœur j’ai le mort

 Sans scrupule, je le quitte trop bizarre, aucun remords

 Trop attachée à ma petite routine, à traîner jusqu’à pas d’heure

 Je rentre chez moi fonce-dée, je me couche, Papa se lève pour fajir »

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