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Tel est pris... qui croyait se faire prendre !

Chapitre unique

Gay

Axel était un homme suractif qui vivait sa semaine à cent à l’heure. Tout y était consacré à son travail qu’il menait avec succès. Mais quand venait le vendredi en fin de journée, le rituel était immuable. Axel rentrait chez lui vers dix-huit heures, se déshabillait dans son salon, passait dans la salle de bain, se regardait, nu, dans le miroir.

A quarante-huit ans il se trouvait encore potable. Un vague bedon, surtout des poignées d’amour. Celles que ses amants adoraient. Les cuisses musclées du coureur à pied, les épaules larges du nageur invétéré.

Quand il se retournait il surveillait ses fesses, plutôt plates et musclées, la faute à un excès de vélo sur route. Triathlète il était, triathlète il entendait rester.

Son corps plaisait toujours. Ses amants l’appréciaient, le devant comme l’arrière. Le poids des ans ne paraissait que sur ses articulations, douloureuses après l’effort sportif. Sur sa capacité de récupération aussi, alors que ses performances stagnaient, avant qu’inévitablement elles commencent à lentement régresser. Sur sa vitalité enfin, qui s’affaiblissait elle aussi. Il ne connaissait plus les multiples érections incontrôlées de sa jeunesse. Il ne pouvait plus jouir trois fois dans la nuit. Et il lui arrivait de bander un peu mou.

La première fois qu’il avait connu un début de panne il avait paniqué, amplifiant le phénomène. Mais son amant était fougueux. S’était-il rendu compte de sa faiblesse ? Même pas sûr tant il alternait exubérance charnelle avec la plus grande des sensualités. Il avait su le faire durcir à nouveau. Et profiter pleinement de ce durcissement entre ses fesses adeptes des plaisirs sauvages.

A la réflexion, et pour avoir échangé avec des hommes plus âgés rencontrés dans des bars et clubs gays, la baisse de vitalité étant inévitable, il lui fallait faire contre mauvaise fortune bon cœur. Prendre un joli fessier mâle était un délice. Se faire prendre par un garçon vigoureux était un extase. C’est vers une multiplication d’extases qu’il se dirigerait.

Il aimait partager, prendre et de plus en plus s’offrir. Surtout à des hommes plus jeunes, plus beaux, plus secs.

Alors, face à son miroir, il vérifiait qu’il pourrait toujours plaire. Être désiré. Exciter des garçons. Il ne demandait que cela. 

Ce soir-là il se rassura : son corps était encore séduisant, à défaut d’être affriolant. Ses efforts pour s’entretenir, son hygiène de vie, ses exercice physiques quotidiens seraient une fois de plus payants.

L’examen fait, il allait se laver consciencieusement, à l’extérieur de son anatomie comme à l’intérieur. Il se parfumait délicatement, ni trop, ni trop peu. Il mettait une chemise moderne, un slip sexy, un pantalon moulant, des baskets blanches.

Il sortait enfin de chez lui après s’être assuré que l’appartement était en ordre, laissant une ambiance lumineuse chaleureuse. On ne savait jamais, il lui arrivait de rentrer avec un compagnon d’un soir.

Il se savait incapable d’aimer car incapable de fidélité. Jamais il n’avait vécu plus de quelques semaines avec le même garçon, ses yeux tombant toujours sur un autre qui avait le grand mérite de l’inconnu, de la nouveauté.

 

A dix-neuf heures et six minutes, plusieurs hommes regardèrent l’heure, les plus âgés sur leur montre, les plus jeunes sur leur portable. Dans ce bar gay, tous ou presque se connaissaient. Ou bien n’allaient pas tarder à se connaître. Au sens biblique du terme, comme au sens social.

Comme chaque vendredi, beaucoup sourirent légèrement. Certains remuaient la tête négativement. Une commune situation les réunissait qu’un nouveau ne pouvait pas capter.

Trois minutes plus tard Axel entra dans le bar. Les sourires s’élargirent. Des hochements de tête, nombreux, semblaient signifier : « je vous l’avais bien dit ! ». Axel rendit les sourires aux habitués.

Il connaissait la plupart. Toujours dans les deux sens du terme « connaitre ». Qu’il ait forniqué avec l’un ou l’autre ou bien qu’il ait pleinement participé avec eux à une soirée d’emportements collectifs ardus, quand ils n’étaient pas hard du cul, il savait tout ou presque des préférences charnelles de chacun.

Il fit la bise à plusieurs, échangea quelques mots, alla s’assoir, seul.

Il aimait sa petite table ronde dans l’angle. Celle sur laquelle le panonceau « réservé » assurait sa disponibilité pour l’habitué qu’il était. Il pouvait surveiller quasiment toute la pièce, voir ceux qui entraient, repérer les impatients debout au bar. Car nombreux étaient ceux qui, après un long moment de chasse bredouille, remuaient du bassin accoudés au zinc, espérant attirer l’attention des amateurs de pénétration fessière. 

C’était une sorte de jeu, de signal échangé, que seuls les habitués percevaient. C’étaient ces garçons-là, en fin de soirée, avec qui, de plus en plus souvent, Axel concluait un accord charnel. Des garçons en manque de virilité en eux, mais suffisamment jeunes et vigoureux pour offrir après s’être offerts.

Sans qu’Axel ne le demande le patron déposa un verre d’eau pétillante sur sa table. Les habitudes bien ancrées, ils bavardèrent un instant. La patron la laissa en disant simplement : « on est vendredi aujourd’hui ». Et il jeta un œil sur sa montre.

De nouveaux sourires. Le rituel était exécuté. Un fidèle expliqua à son nouvel ami ignorant les coutumes du lieu qu’Axel avait pour habitude d’arriver soit, comme il disait, à dix-huit heures et soixante-six minutes, soit à dix-huit heures et soixante-neuf minutes, suivant ses envies sexuelles du moment. La plupart du temps, après sa semaine chargée de travail, il préférait le soixante neuf le vendredi soir. Et le soixante-six le samedi soir quand, après une bonne nuit de sommeil, il retrouvait toute son ardeur vitale.

Parfois il arrivait à dix-huit heures et soixante-six minutes le vendredi soir quand il avait besoin de se défouler. Mais c’était plutôt rare.

En tous cas chacun savait quelle était son humeur charnelle du moment, et c’était bien cela l’essentiel.

 

Axel badinait avec un trentenaire chauve depuis un moment quand un couple entra dans le bar. Tout de suite son œil expert en mâles fut attiré. Il ne savait pas lequel des deux hommes l’attirait le plus, entre le bel homme proche de la soixantaine, et le jeune gars beau comme un diable de vingt-cinq ans qui lui tenait la main. 

L’homme, une superbe crinière blanche bouclée, propre sur lui, genre beau gosse parfaitement bien vieilli en fut de chêne, l’impressionnait. Un superbe mâle alpha qui tomba son manteau sur une chaise et s’assit face à son compagnon, au milieu du bar.

Axel remarqua un léger laisser-aller ventral et se dit que le visage de cet homme sur son corps à lui ferait des ravages ! Toujours ce léger complexe sur sa beauté faciale toute relative ; selon lui, car aucun de ses amants n’avait jamais eut l’idée de lui dire qu’il était banal de visage.

Le garçon était splendide, épaules larges, visage d’ange, fin sourire aux lèvres. Il aurait pu être le fils de l’autre si le teint de sa peau avait été identique. Mais non. Assis face à lui il gardait sa main tendrement posée sur celle de l’ainé. Comme deux amoureux, naturellement.

Quel âge pouvait avoir le garçon ? Vingt-cinq ans tout au plus. Et l’homme ? Plus du double, assurément. Ils se noyaient dans le regard l’un de l’autre, se disant des mots de velours. Tout dans leur gestuelle montrait une grande complicité, une tendresse exacerbée.

Axel les regarda longuement. Il était loin d’être le seul ; de nombreux hommes jetaient constamment des coups d’œil vers celui qu’ils avaient peut-être été, et aussi vers celui qu’ils seraient peut-être. L’âge du binôme encadrait l’âge de la majorité des gays en chasse.

Le couple dégustait un Old Fashioned partagé entre eux, chacun avec une paille qui les conduisait à rapprocher leur front, les faisant rentrer dans leur zone d’intimité dans des regards d’un érotisme absolu. Quand le verre fut vide, ils en commandèrent un second. Et répétèrent leur danse amoureuse.

Axel avait, lui, commandé un whisky Laphroaig, preuve de sa perplexité dans cet environnement nouveau et perturbant.

Au troisième verre posé sur la table, le jeune homme se leva, tapota sur l’épaule de son ami qui se releva à son tour en saisissant son Old Fashioned d’une main ferme. Ils se dirigèrent vers la table d’Axel, écartèrent deux chaises, s’assirent face à lui.

Etonné, Axel les salua courtoisement. Chacun se présenta à commencer par Brice, l’ainé. Puis Hector, d’une voix grave et douce.

Axel s’imagina aussitôt en Achille combattant cet Hector sous les murs de Troie, puis tirant son corps nu comme un trophée, sous le nez envieux de tous les présents du bar accoudés en haut des murailles infranchissables. De près le garçon était encore plus beau avec son nez aquilin, son front haut recouvert d’une fine chevelure, son menton volontaire, ses pommettes creuses.

La voix d’Hector était bien plus enivrante que la voix d’Elvis pour un Axel subjugué par tant de beauté.

Ils parlèrent de tout et de rien, mais surtout de la liberté du lieu où leur attirance sexuelle pouvait s’exprimer sans tabou. Brice rappela que dans sa jeunesse ces lieux n’existaient quasiment pas, si ce n’est dans des bas-fonds sordides, toujours avec la crainte d’une descente de la police de la morale. Hector se moqua gentiment de son grand âge, avant de caresser à nouveau sa main en lui disant que c’était cela qu’il aimait en lui : une sagesse extrême pour une jeunesse juste un peu plus longue que la sienne.

Ils dissertèrent sur la sagesse ou la folie du corps quand elles s’expriment entre mâles amoureux des mâles. Ils reconnurent que la sagesse préalable conduisait généralement à une folie charnelle totale. Une folie totale, mais gaie, respectueuse, amoureuse.

L’amour entre hommes, dans le sens du sentiment amoureux, fut un sujet qu’Hector tenta d’animer. Mais ni Axel, lucide sur son infirmité en la matière, ni Brice, retenu par on ne sait quelle prudence, n’embrayèrent et ne s’engagèrent sur ce chemin délicat.

Pour parler sexe, crument, ils furent tous trois plus à l’aise. Tout en les écoutant, Axel les visualisait en train de faire l’amour, farouchement, dans les postures les plus impudiques qu’un homme puisse imaginer. Alors, spontanément, l’effluve du whisky aidant, il livra quelques-unes de ses pratiques préférées en chantonnant dans sa tête, sur un air de Diane Tell « je suis gay, et quand on est gay, on dit, bien sûr, ces choses-là… ».

Le patron vint spontanément déposer un verre d’eau pétillante devant Axel qui le regarda étonné.

– Je n’ai rien demandé !

– Tu parles tellement que tu dois avoir soif ! C’est rare de te voir aussi bavard. La présence de nos deux amis, peut-être ?

– Et tu ne veux pas non plus m’apporter un bavoir ?

– J’y ai pensé, j’avoue. Mais je n’ai pas osé ! ricana le patron en s’éloignant.

Hector, ne comprenant pas, interrogea silencieusement son vis-à-vis.

– Il sous-entend que je bave de désir devant vous… répondit Axel.

Hector enregistra lentement l’information. Petit à petit son visage s’éclaira d’un sourire égrillard.

– Faites-vous partie de ces hommes qui, en érection, excité face à une jolie proie, laissent échapper par le bout de votre sexe, en filet continu, du liquide pré-séminal visqueux ? Une abondante rosée du plaisir ?

Interloqué, Axel resta un moment silencieux. Il se souvenait de ces moments où, effectivement, un filet séminal s’était écoulé de son méat alors qu’en érection complète il s’excitait devant un homme, parfois parce qu’il le massait, parfois parce qu’il le photographiait, toujours parce qu’il le regardait en le désirant farouchement.

Cela lui arrivait moins souvent avec le temps. La dernière fois était cinq mois en arrière ou un jeunot de vingt ans à peine lui avait demandé de le guider dans sa première fois.

Il se décida à répondre dans la même tonalité.

– Si nous étions nus tous deux dans la même pièce, vous avez raison, non seulement je serai incapable de retenir une puissante érection, mais, qui plus est, vous avez toutes les qualités corporelles pour faire bouillir mes testicules et déclencher une incontrôlable fuite continue.

– Autrement dit, vous pourriez mouiller pour moi, comme une petite femelle en chaleur, prêt à se faire ensemencer ?

– Femelle… Chaleur… Je suis un homme, catégorie mâle, qu’un superbe mâle comme vous pourrait mettre en rut. Je préfère cette expression animale pour dire que vous me faites bander. Et je ne refuserais pas l’offrande de votre sexe en moi. Mes orifices apprécieraient !

– Vous bander, là ? répliqua l’éphèbe avec une légère brusquerie.

– Oui. Un peu. Franchement. Pas complètement.

– A son âge c’est déjà bien ! dit Hector en déposant un baiser sur les lèvres de son ami.

Brice s’exprima enfin.

– C’est l’aspect cruel de la jeunesse : elle nous rappelle tant de bons souvenirs ! Hector sait qu’il est beau. Il sait qu’il ne laisse personne indifférent, femme ou homme. Il joue avec nos émotions. Surtout nos émotions physiques, à nous, les hommes qui apprécions la pureté de ses courbes.

– Tous les jeunes sont pareils. Et sans doute nous l’avons été à son âge. Vous avez une merveilleuse chance de connaitre la pureté de ses courbes…

– C’est parce que Brice est un homme merveilleux. En plus d’être un merveilleux amant ! ajouta Hector.

– Alors vous avez tous deux une merveilleuse chance !

 

La conversation, à peine moins allusive, se prolongea encore un moment. Jusqu’à ce qu’Hector se lève pour partir aux toilettes.

Axel vit distinctement trois hommes, plutôt des trentenaires, se lever et lui emboiter le pas.

– Ils tentent leur chance ! dit Brice, philosophe.

– Ils en ont une, de chance ? demanda aussitôt Axel.

– Parfois il peut se laisser sucer par de jolies bouches avides. Juste pour le plaisir, un peu sadique, de voir des hommes à ses pieds, bouches ouvertes, bavant de désir… On y revient, à la bave…

– Il y a de quoi, franchement ! Vous êtes un homme particulièrement chanceux de l’avoir !

– Je sais parfaitement ma chance. Je sais la jalousie que je suscite… Je sais aussi que satisfaire une telle beauté m’est de plus en plus difficile, vous savez ?

Axel ne répondit rien. Son silence incita à la confession.

– Cela fait plus de deux ans que je vis ce rêve éveillé avec lui… Il n’aime que les hommes mûrs… Ne me parlez pas de relation au père, quand vous l’avez dans les bras, fi de la psychologie ! Il n’aime rien tant que d’être nu. Nu devant moi, chaque jour. Un paradis ! Qui parfois se transforme en enfer… Quand ses besoins sexuels s’exacerbent… Il n’est pas facile de satisfaire charnellement un jeune mâle comme lui… Il m’est de moins en moins facile de le satisfaire… Le prendre de temps en temps, je sais encore faire. Il aime cela. Même s’il aimerait que cela arrive plus fréquemment… Non… C’est quand lui me prend que l’enfer, parfois, se rapproche… Il n’est pas que divinement beau, vous savez ? Il est aussi diablement bien pourvu. Et d’une endurance hors du commun… Il peut me sodomiser pendant un temps infini, mettre mon corps en loque, poursuivre en moi quelques soient mes gémissements de douleur… Excité, il ne sait plus s’arrêter. Il aime cela, bourriner longuement, dans des postures multiples, toutes plus indécentes, sans se soucier de faire souffrir… Si vous saviez ce qu’il me fait faire !

– C’est avec l’âge qu’on apprend à respecter le plaisir de son partenaire… A donner… 

– Je sais bien ! Et c’est cela que j’aime en lui ! Si je voulais un homme qui guide mon plaisir, ce serait pour moi mortellement ennuyeux ! Lui sait m’embarquer dans des contrées inconnues, toutes plus sauvages les unes que les autres, m’émerveillant toujours plus quelles que soient les difficultés physiques !

– N’avez-vous pas peur qu’il vous entraine trop loin ?

– Non ! Il m’aime ! Sincèrement. A sa manière, toujours tendre et douce, sauf quand l’heure animale a sonné. Non. Rassurez-vous. Il a toujours su s’arrêter à temps… Même s’il repousse sans cesse les limites…

– Tant mieux.

– Ce qui ne m’empêche pas d’être épuisé, d’être de plus en plus en plus souvent dans l’obligation de le repousser, de repousser ses ardeurs…

– Et bien sûr cela vous fait peur. Vous craignez qu’il ne se lasse et en trouve un autre…

– Oui et non. Bien sûr qu’il me quittera un jour pour un autre. Ce jour-là, bien que je m’y prépare depuis le premier jour, il me brisera. Mais je survivrais. Car je sais qu’à ce stade de ma vie, très riche sur le plan charnel, c’est le souvenir des plaisirs corporels qui vous enveloppe… Non, il ne me quittera pas de suite. Il est conscient de mes limites physiques. Il les respecte. Elles l’émeuvent, en fait… Après chaque ébat sauvage il s’émeut, il me remercie de lui avoir autant donné de moi, il m’enlace, il s’en veut de sa sauvagerie… C’est un tendre, vous savez ? Alors nous avons depuis un petit moment fixé une règle : il peut emmener chez nous un autre homme, l’aimer comme il le veut pendant que je me repose. Il suffit que je le sache. Il suffit que…

– Et vous n’en êtes pas jaloux ? le coupa Axel, regrettant aussitôt de montrer son intérêt.

– Non. Car c’est toujours dans mes bras qu’il revient se blottir après avoir joui plusieurs fois dans un autre… Il en a besoin, vous savez. Il doit exprimer sa vitalité qui est, je dois le reconnaitre, exceptionnelle…

 

Leur conversation s’interrompit par un mouvement dans la salle. Les regards des clients se tournèrent vers un Hector revenant gaillardement des toilettes, suivi des trois hommes, l’air enjoué. L’un d’eux passa ostensiblement sa langue sur ses lèvres dans une mimique gourmande. Plusieurs hommes, tout aussi gourmand que lui de ces choses qu’on ne fait qu’aux mâles, gloussèrent joyeusement.

 La démarche chaloupée du jeune Apollon s’arrêta devant la table des deux hommes. Hector lança à son amant :

– C’est particulièrement agréable ici ! Il nous faudra revenir !

Il se rassit face aux deux autres, l’air victorieux. Axel jeta un œil vers celui qui avait révélé à l’assemblée la réalité de leur occupation. Il hocha la tête d’un air entendu, indiquant que la friandise avait été délicieuse.

– Les hommes ici sont particulièrement doués en gâteries… glissa Hector à Axel.

Pour aussitôt se tourner vers Brice :

– Mais aucun ne te vaut ! J’ai beau essayer de temps en temps, le meilleur c’est toujours toi !

– Parce que tu as su me guider vers ce que tu préfères… Eux ne savent pas.

– Ils m’ont mis en forme, en tous cas ! J’aime vraiment cet endroit. Et vous m’êtes très sympathique… Monsieur ?

– Axel.

– Moi c’est Hector. L’homme de ma vie se prénomme Brice. Vraiment, je suis très heureux d’avoir fait votre connaissance.

– Oserais-je avouer que moi de même ?

– Je suis sûr que si je frotte mon pied sur votre entrejambe, je le vérifierais immédiatement !

– Qu’est-ce qui vous empêche de le faire ?

– La retenue, mon cher ! Un peu de décence ! Vous savez bien qu’on ne parle pas de ces choses-là, qu’on ne les montre pas ! surtout quand n est un monstre de pédéraste de la pire espèce !

– Monstre ? Pire espèce…

– Je parle de moi, bien sûr. Et de mon homme, évidemment.

– Je l’entendais bien ainsi !

Hector se leva, roula somptueusement son bassin jusqu’au bar, demanda quelque chose au patron avant de revenir se rassoir, accompagné de nombreux regards concupiscents.

Peu après le patron revint avec un nouveau verre d’Old Fashioned. Axel ne remarqua pas immédiatement les trois pailles plongées dedans. Quand il les vit, il rougit légèrement. Non pas de gêne ; plutôt de plaisir. Hector sourit.

– Partageriez-vous ce nectar avec nous, très cher ?

– Pourquoi pas…

– Voilà bien peu d’enthousiasme ! J’aime les hommes enthousiastes !

– Hector ! tenta de le calmer Brice.

– Pardon. Il a raison, Brice. C’est avec une immense joie que je partagerais ce nectar avec vous deux !

– J’en étais sûr ! s’écria Hector, le visage radieux.

Avant de déposer ses lèvres pulpeuses sur sa paille tout en en dirigeant une autre vers celles d’Axel.

Axel Approcha son visage, déposa ses lèvres sur la paille, aspira en même temps que le jeune séditieux. Ils burent une gorgée, yeux dans les yeux, se promettant silencieusement une lutte farouche sous le regard amusé de l’ainé.

La conversation, badine, reprit, sans retenue ni tabou.

Le verre se vida rapidement, sans que Brice n’y touche. Mine de rien, c’est lui qui relançait les échanges entre Axel et Hector, tenant des propos prudes que les deux autres s’empressaient de traduire en mots franchement crus, mais jamais vulgaires.

Avec une brusquerie toute juvénile, Hector se leva à moitié, murmura quelques paroles dans l’oreille de Brice, salua brièvement Axel et dit :

– Allons, cet endroit m’a échauffé les sangs. Cher Brice, n’est-il pas temps de rentrer ? J’ai une féroce faim de votre anatomie !

Les trois hommes rirent. Hector traversa le bar jusqu’à la sortie et disparut dans la nuit. Déconcerté, Axel regarda Brice en l’interrogeant du regard.

– Je suis désolé mon cher. C’est tout lui, cela. Il est… quelque peu nature. Cela a des avantages au lit. En société c’est plus délicat à gérer…

– Certes. Mais je vous félicite, cela a plus d’avantages pour vous que d’inconvénients.

Sans répondre à la remarque, Brice regarda brusquement Axel d’un regard grave.

– Vous lui plaisez, vous savez ?

– Ah ?

– Et il vous plait, c’est évident. Mais comment pourrait-il en être autrement… Voudriez-vous vous occuper de lui la nuit prochaine ?

– Pardon ?

– Je vais le prendre en charge, ce soir. Vous l’avez mis en feu. Je vais déguster ! Et je vous en remercie du fonds du cœur… Mais demain je crains de ne plus avoir la force de lui donner ce qu’il attend d’un mâle… Voudriez-vous vous en charger ?

– Je… Je ne sais pas… C’est… Inattendu…

– Oui ou non ?

– Oui !

– Merci !

– Mais je ne…

– N’ayez aucun scrupule pour moi, bien au contraire, vous me rendez un immense service. Vous le savez, j’ai passé l’âge d’autant de fougue.

– Je comprends…

– Alors, si vous voulez bien passer la nuit prochaine à l’aimer comme il l’entend, je pourrai reprendre des forces… Pourtant…

– Pourtant ?

– C’est un peu délicat…

– La délicatesse, dans ce bar… Dites-moi tout. Pourtant ?

– Pourtant j’ai deux demandes à vous faire. Désagréables.

– Dites toujours.

– C’est très terre à terre. Trivial même… Avez-vous un résultat récent de non-contamination aux IST ? Faire l’amour à Hector c’est se donner totalement, sans aucune protection…

– A cru. Je comprends. Ce n’est pas trivial. C’est la preuve que vous tenez à lui. Vous avez cent fois raison. Oui. Oui, j’ai le résultat d’un dépistage de moins de deux semaines… Depuis, je n’ai pas eu de pratique à risque.

– C’est-à-dire ?

– C’est maintenant que c’est un peu délicat… Mais je vous dois la vérité… Je me suis fait sodomiser par trois hommes depuis ce dépistage. Tous les trois avec préservatif.

– Pas de fellation ?

– Non… J’étais, comment dire… à leur service.

– Je vois. C’est souvent pareil pour moi vis-à-vis d’Hector. Je vous crois. Vous me voyez rassuré… Vous viendrez avec ?

– Vous me donnerez le même document d’Hector ?

– Cela coule de source ! Vous donnerez le papier, nous vous donnerons le nôtre, vous serez rassuré. Et vous pourrez complètement vous laisser aller. Car c’est cela l’important. Pour vous. Pour lui. Se laisser complètement aller…

– Parfait. Vous aviez une seconde demande ?

– Celle-là est bien plus délicate encore…

– Dois-je vous dire que j’ai compris que la délicatesse ne fait pas partie des habitudes d’Hector ? Ni des miennes ?

– Bien sûr. C’est une demande… Personnelle… Voyez-vous, j’ai beau être large d’esprit, très large, même, le savoir dans vos bras, vous qui êtes si séduisant et bien fait de votre personne, cela me perturbe un peu quand même… La jalousie… Nous pouvons la combattre, elle est toujours présente, prête à surgir au pire moment…

– Je vous promets que je ne vous volerais pas votre ami. J’en suis incapable d’ailleurs… Je ne sais pas vivre en couple. C’est aussi pour cela que je suis particulièrement admiratif de votre couple !

– Alors pour le prouver… Je voudrais que vous acceptiez que je vous paye. Cent euros. C’est beaucoup et peu à la fois. Pour vous comme pour moi ce n’est pas grand-chose. C’est le prix, bas, des ébats tarifés. C’est vexant pour vous. Mais pour moi cela signifie que c’est une prestation que vous exécutez, un service que vous rendez. Pas une relation affective, sentimentale. C’est totalement idiot, je sais. Mais cela me rassure. Je ne veux pas le perdre. Même si tôt ou tard je vais le perdre. Il m’est trop cher. Pour le garder il me prend au moins deux fois par jour. Sauvagement. Toujours. C’est le prix à payer. Alors ce prix je veux le déléguer. Pour une nuit. Pour supporter. Pour le garder…

Axel regarda l’homme fier subitement devenu vieux. Tout son être lui dictait de refuser. Être payé pour faire l’amour à un garçon, être payé pour être le jouet sexuel d’un garçon, jamais il ne pourrait l’accepter. Payer un garçon pour lui faire l’amour, il avait déjà donné. Quelques fois. L’amertume du jour d’après était trop chère. On n’achète pas un corps. C’était une conviction, sincère, sur laquelle il défaillait parfois, rarement, mais à laquelle il tenait. On ne paye pas pour du sexe. On ne se fait pas payer pour du sexe.

Le regard de Brice était une supplique. La supplique d’un homme fragile qui repousse tant qu’il peut la vieillesse en se jetant corps et âme entre les bras d’un jeune homme, prêt à tout supporter. Était-il, lui, Axel, si différent ?

Ce n’était pas Axel qui était rémunéré. C’était lui, par son mentor. Le prix de la honte de sa propre déchéance. Le prix de la réassurance.

Le silence entre eux, violent, s’éternisait. Brice ne cessait de supplier. Axel, lui, combattait. Ses démons intérieurs. Ses pulsions. La folie de la proposition. Le scandale de l’achat de son corps. La certitude qu’il n’avait pas besoin de cela pour jouir.

Il trépignait. Il savait parfaitement que le premier qui parlerait perdrait. Il s’en voulait. Dans quelle galère s’était-il mis ? Juste pour un splendide garçon pas fait pour lui ?

Qu’y pouvait-il, lui, si cet Adonis préférait les vieux, les hommes mûrs comme il disait. Des quadras, des quinquas, il y en a plein la ville ! Pourquoi lui ?

Parce qu’il avait été choisi. Volontairement. Naturellement. Franchement.

– D’accord ! lança-t-il d’une voix sourde.

– Ah ! s’écria le vieux beau qui d’un coup redevint cet homme sûr de lui, altier, fier.

Brice tendit la main. Axel la serra, sans rien ajouter, scellant leur accord.

Discrètement Brice sortit deux billets de cinquante euros pliés sous une carte de visite grand format. Axel la prit, la lut. « Brice de Galandard Du Cuq, associé, Financière Du Cuq, 66 rue Nicolau, Saint Denis. »

– Oui, je sais… dit Brice. Mon nom est surprenant. Je suis d’une vieille famille de la noblesse française. Mon arbre généalogique remonte au onzième siècle… Les croisades…

– Ce n’est pas votre nom qui m’étonne. C’est l’adresse. Saint Denis. Je vous imaginais plutôt dans un riche hôtel particulier du seizième arrondissement…

– Vous oubliez que c’est à Saint Denis que les rois de France étaient couronnés ! Ce n’est pas parce que cette ville est devenue un coupe-gorge qu’elle n’a pas eue sa richesse, sa noblesse ! Ma famille a toujours été au service du roi de France. Je m’emploie à préserver la demeure familiale. A Saint Denis, c’est surprenant, mais c’est ainsi. Vous verrez. Vingt-et-une heures demain ? Cela vous va ?

– Vingt-et-une heure ? Oui. Pourquoi pas.

– La météo s’annonce médiocre. Mettez votre GPS, vous trouverez. Et ne vous inquiétez pas, autour de chez moi ce ne sont qu’entrepôts sinistres de banlieue… N’ayez pas peur. La grille sera ouverte. Vous vous garerez dans la cour. Je la refermerai après vous. Pendant que…

– Je vous en remercie. Ce n’est pas un coupe-gorge j’espère ?

– Ni un coupe-gorge, ni un coupe-queue ! Bien au contraire !

– On dit un coupe-file aujourd’hui… Quand on va au Louvre, évidemment…

– Je ne sais pas si je vous verrai demain. C’est selon. En tous cas j’ai été enchanté. Nous nous reverrons certainement. Je ne doute pas que vous vous occuperez magnifiquement de mon Hector.

– J’y compte bien ! Promis !

Les deux hommes se serrèrent la main. Brice se leva, remis gracieusement son manteau sur ses épaules, alla au bar régler sa note puis sortit après avoir fait un léger geste de la main, très féminin, à Axel.

 

Plusieurs clients rejoignirent Axel en se moquant gentiment de lui. Personne n’ayant vu l’échange de carte et d’argent, tous considérèrent qu’il avait fait chou blanc avec le jeune homme. Il fut bombardé de question, et se contenta de répondre que c’était un couple surprenant, certes, mais très attachant. Et très amoureux.

De manière surprenante deux hommes lui firent des avances explicites. Trentenaires, plutôt beaux gosses, en d’autres temps il aurait plongé sexe dressé entre leurs bras. Mais ce soir-là leur beauté lui semblait d’une banalité affligeante en comparaison à celle d’Hector qui avait envahi son esprit. Et son corps, au vu de son érection constante, rien que de penser à ce qu’ils feraient le lendemain soir ensemble.

En attendant il imaginait le bel Hector sodomisant sauvagement un Brice nu, attaché, suant et grognant sous les assauts de son amant. Il souriait, se disant que bientôt ce serait lui qui profiterait de sa flamboyance charnelle.

Au bout d’un moment il se laissa entrainer par un des trentenaires, le plus athlétique, dans les toilettes. Dans ce bar gay n’était installé que deux lavabos, une cabine WC fermée, une autre sans porte pour les voyeurs, trois urinoirs sans séparation, comme il se doit.

Deux hommes étaient en pleine sodomie dans la cabine ouverte, pantalons aux chevilles, peu dérangés par quelques visiteurs curieux.

Le trentenaire dégrafa son pantalon, sortit un pénis gonflé et mou, alla se soulager pendant qu’Axel lui caressait une fesse. Après avoir secoué son sexe pour en faire tomber la dernière goutte, l’homme se retourna, Axel s’agenouilla, et la verge trouva sa place naturelle entre les lèvres affamées.

Axel savait faire grossir et durcir un sexe dans sa bouche. Il savait suçoter délicatement un joli bonbon rose. Il se régalait des saveurs mélangées de sueur, d’urine et de sperme. C’était son fumet préféré. Il savait offrir de bonnes fellations. Il donna, comme toujours, le meilleur de lui-même.

Peu lui importait que des hommes entrent et sortent des toilettes, le regardent faire, sa crinière tenue en main par le sucé qui lui besognait la bouche. Entre gays on n’a pas honte de se faire voir. Au contraire. Cela peut donner des idées à certains.

Un homme lui proposa de retirer son pantalon et de le sodomiser. Il refusa, disant qu’il se contenterait de faire une gâterie.

Ce n’était d’ailleurs pas à ce trentenaire à peine connu qu’il faisait sa fellation. Dans son esprit perturbé, c’était à Hector. Un Hector nu, sublime, le visage embelli par son petit sourire espiègle. C’était le membre désiré qu’il suçait. Un membre qui bientôt viendrait fouiller sans ménagement ses entrailles, perçant ses fesses, le bourrinant sauvagement.

Que c’était bon de sucer ce sexe enveloppé du souvenir d’Hector ! Il ne souhaitait rien tant que d’être pris sauvagement par derrière. Mais il savait qu’il lui fallait garder des forces, de l’énergie, de la vitalité, de la capacité de résistance, avant d’affronter à corps nu cet Hector resplendissant de sa propre nudité, sous les acclamations d’un public d’homos déchainés.

C’est ainsi qu’il imaginait son ébat : nus sans complexe sous les murs de Troie, acclamés par des hommes nus frayant copieusement les uns avec les autres.

L’homme éjacula brusquement sur sa joue et dans son cou. Axel se laissa arroser d’une abondante semence délicieusement odorante. Il regretta juste, une fois de plus, de devoir laver sa chemise imbibée.

C’était souvent comme cela entre hommes. Du moins pour les coups vite faits, quand la nudité n’est pas possible.

Alors qu’il se nettoyait au lavabo avec de l’essuie-main en papier sans écouter vraiment les remerciements du sucé, il se souvenait qu’il avait parfois été nu dans ce bar, en fin de soirée, quand les derniers moments se transforment en orgie. C’était interdit bien sûr. Mais les dérapages, parfois, sont incontrôlables.

Axel ne tarda pas à rentrer. Il prit une nouvelle douche et se coucha, le corps en ébullition, incapable de trouver un sommeil réparateur, sans cesse attiré par le besoin de jouir, d’évacuer toute la pression séminale accumulée.

 

 

Il pleuvait dans le ciel de Paris. Dans celui de Saint Denis aussi. Abondamment. Dans une nuit noire. 

Axel s’égara dans Saint Denis, peu rassuré par les quartiers traversés. L’environnement était glauque, d’une infinie tristesse en ce samedi soir. Une ambiance de film d’horreur de troisième zone. La zone… Elle était là, tout autour de lui.

Il eut un moment de doute en se disant que Brice s’était moqué de lui, qu’un noble ne peut pas habiter dans ce Saint Denis abandonné par la société. Quelques immeubles flambant neufs puis le stade de France le rassura.

La rue Ampère. Puis la rue Nicolau. Qui était ce Nicolau ? Un général d’empire ?

Il n’eut pas le temps de chercher dans ses souvenirs historiques. Il vit la grille, en fer forgée ; la cour, éclairée ; la jolie façade d’un manoir de style restauration. Il entra dans la cour. Quelques voitures y étaient rangées. Il se gara soigneusement, coupa le moteur, regarda la façade, sourit en se disant « bel Hector, me voilà ! ».

Il sortit de la voiture qu’il verrouilla en se dirigeant d’un pas ferme vers l’entrée, sous une pluie battante. Il regarda sa montre. Deux minutes avant vingt-et-une heure. Parfait. Tout était parfait. Il s’était soigneusement lavé. Il était prêt à tout, excité comme rarement.

Une sonnerie ancienne répondit à son appel. Il attendit, abrité sous le porche. La porte d’entrée, majestueuse, s’ouvrit.

Il s’était attendu à être accueilli par Hector. Au pire par Brice. Mais il se trouva nez à nez avec un homme élégant, au style légèrement suranné, à l’intonation particulièrement « vieille France ».

L’homme lui souhaita la bienvenue, le fit entrer, prit son manteau, alla le poser dans un coin.

Puis il revint vers lui, pencha la tête, demanda :

– Avez-vous pris le papier ?

– Le papier ? Quel…

– Votre dernier dépistage…

– Ah oui, bien sûr, le voilà ! répondit Axel en le sortant de la poche de sa veste en tweed.

Il avait trouvé amusant de mettre cette vieille veste dans ces circonstances. Il allait chez un noble, foutre-Dieu !

L’homme prit plusieurs minutes pour lire attentivement le document médical. Il le rendit en disant :

– Parfait !

Puis il fit quelques pas de côté pour prendre sur un papier sur une table et le lui tendre. Axel le prit et le lut. « Hector Malouin, 66 rue Nicolau, Saint Denis. » Le dépistage était complet ; systématiquement négatif. Axel le rendit, s’amusant à dire simplement :

– Parfait !

L’autre ne réagit pas mais désigna une porte vers laquelle il entraina l’invité de la maison. Axel regarda quelques tableaux aux murs, une horrible tapisserie de chasse d’Aubusson, une sculpture ancienne d’un lanceur de disque nu face à un Poséidon tout en puissance dans une même nudité. Il était bien dans une demeure gay.

L’homme ouvrit la porte et s’effaça pour laisser passer Axel. Ce qu’il vit lui coupa le souffle. Dans le salon d’une quarantaine de mètres carrés trônait un grand lit au centre. Un peu plus loin un grand fauteuil en velours. Une cloison recouverte de miroirs dans le plus pur style salle de danse. En face une croix de Saint André, une cage avec barreaux, un cheval de saut.

Il se dit qu’il ne manquait plus qu’un sling. Il mit quelques secondes à repérer les chaines qui pendaient du plafond. Il n’avait aucun doute sur son usage.

Ainsi cette salle était le lieu des ébats sauvages de Brice et d’Hector. Il se lécha machinalement les babines. Ce soir ce serait son tour !

L’homme le quitta en lui souhaitant de passer une excellente soirée. Axel répondit un bravache :

– C’est probable !

– Le jeune Monsieur ne va pas tarder à arriver.

La porte se referma. Axel était seul. 

Il en profita pour faire le tour du salon. Il tâta la souplesse du matelas, caressa le drap d’une grande douceur. Il examina attentivement la grande croix, se disant qu’il y serait bien, Hector aussi.

Car il avait un stratagème. Se faire baiser sauvagement d’abord en résistant absolument à toute éjaculation de sa part. Puis, quand Hector aurait joui une ou deux fois en lui, il le prendrait à son tour, lui rappelant qu’au combat il fallait aussi savoir encaisser.

Il avait visionné pour la xième fois un film de Rocky Balboa, il ne savait plus lequel. Mais le scénario était sans cesse le même avec Stallone : faire le beau au départ, se faire massacrer ensuite, se révolter dans les dernières minutes pour, dans un sursaut d’énergie, vaincre son adversaire. En l’occurrence, massacrer au finish le joli petit cul d’Hector.

Brice avait présenté son éphèbe comme particulièrement endurant. Axel se savait tout aussi endurant du fessier. Il ne le leur avait pas dit, mais plusieurs fois il avait été le point central d’un farouche gang bang, quand plusieurs hommes s’étaient succédé en lui, le sodomisant les uns après les autres. C’était un vieux fantasme de soldat : prendre tout un régiment dans le cul. Il dégustait, mais il adorait cela.

Il se pencha contre le cheval de saut. Un rescapé en cuir de quelque gymnase de collège. Il remua son fessier lascivement, impatient de sentir un sexe en lui. L’odeur du cuir le réjouit. De la chair, du cuir, des chaines… Il n’était pas adepte des pratiques sado-maso, mais une fois de temps en temps, un peu de piment, il n’était pas contre.

Tout à coup la lumière de la pièce se tamisa légèrement. L’ambiance du lieu devint plus intime. Et Hector entra, brusquement. Juste au moment où un riff de guitare électrique se mit à résonner.

Axel sourit. Baiser en musique. Du hard rock. Il avait reconnu un morceau de ZZ Top. Cela allait être sportif !

Il se dirigea vers Hector en le saluant. Le garçon l’arrêta d’un geste.

– Pas de blabla ! C’est bien que tu sois là. Tu es prêt à tout ?

– Et toi ? demanda-t-il, bravache ?

– Occupe-toi de tes fesses ! Pas des miennes. C’est toi qui vas déguster. Tu es là pour cela, non ?

– Absolument ! J’espère bien que tu es à la hauteur de ta réputation !

– Ne t’inquiète pas. Déshabille-toi. En musique. Fais-moi bander. Car pour l’instant, le compte n’y est pas.

– Un strip-tease ?  D’accord !

Axel mit plus de dix minutes à s’effeuiller en dansant au rythme endiablé de la musique. Il en déchira un poignet de sa chemise, ce qui déclencha un sourire sardonique chez le jeune voyeur qui lui tournait autour, comme un torero dans l’arène. Axel exultait. C’était puissant, sauvage, animal. Bien avant que les chairs ne se mettent à gémir.

Son torse-nu lui valut des claques dans le dos, des flancs accrochés par les mains avide d’Hector aux yeux de braise. Ce que découvrait le jeune homme lui plaisait au plus haut point. Il avait face à lui un vrai mâle.

Retirer le pantalon sans choir fut toute une histoire. Axel y réussit à peu près, s’asseyant sur le bord du lit pour retirer le vêtement inutile. Sans cesse il était resté face à son adversaire du soir. Il n’était pas question pour lui de tourner le dos. Non pas qu’il eut peur de se faire prendre ; bien au contraire. Mais il voulait montrer ce qu’il portait, en-dessous ; faire la surprise.

Hector ne cachait pas son excitation de voir cet homme viril en slip. Un slip déformé par son excitation que le tissu moulait avantageusement. Axel bandait complètement, quand bien même il remuait sans cesse sur ses pieds.

Le corps maintenant en nage, il faisait face au jeune guerrier en dansant, mains au-dessus de la tête, comme pour se livrer, comme pour le provoquer. Sûr de l’exciter.

Les jeunes mains tentaient de toucher le corps qui s’effaçait à leur approche. Hector comprit que le mâle sous ses yeux devrait être combattu et soumis de force.

– Tant mieux ! dit-il tout haut, sans s’occuper que l’autre ne lisait pas dans ses pensées.

Dans ses pensées, non. Dans les mouvements de son corps, oui.

Axel sut qu’Hector était en complète érection ; parce que son érection, sous son pantalon, le gênait. Il sut l’impérieux désir qu’il avait de le soumettre à ses caprices de mâle actif ; parce que ses yeux cherchaient à voir ses fesses. Il sut qu’il se réjouissait de l’avoir choisi, lui, Axel ; parce que tout son être était tourné vers lui, sans plus aucune retenue.

Alors qu’il s’était laissé lentement acculer contre la croix de Saint André, brusquement, Axel se retourna et recula son bassin, en position de totale soumission. Hector écarquillé les yeux. Il n’avait pas deviné. Il n’avait pas vu. Axel portait un jockstrap, impossible à deviner de face, mais livrant ses splendides fesses sans défense une fois de dos.

Un « yes ! » sortit de la gorge du plus jeune qui se précipita pour aller pétrir cette chair ferme et douce, ronde et glabre. Il massa sans ménagement le cadeau fessier, laissant parfois une main monter jusqu’aux épaules avant de redescendre d’un coup pour claquer sèchement la chair sans défense.

Axel recula encore le bassin. La fessée s’amplifia. En cadence comme en force. Axel exultait. C’était exquis ! Il imaginait ses fesses rougies sous les coups. Il sentait surtout sa chair s’échauffer, se détendre, s’ouvrir.

La correction dura. Méthodique. Intense. Merveilleuse. Axel remuait de plus en plus obscènement son fessier, écartant les cuisses, espérant qu’à tout moment il se fasse pénétrer d’un coup.

Mais Hector cessa brusquement sa déculottée, passa une main entre les jambes de sa victime, écarta le tissu du slip, s’empara du sexe bandé et tira en arrière. Axel ne put que reculer, fesses en tête, fermement tenu en main, vers le lit qu’ils contournèrent.

Hector le laissa contre le matelas en lui interdisant de bouger. Il passa sa main sous un oreiller pour en sortir un flacon de gel anal. Il s’en imbiba les doigts et demanda, sans attendre de réponse :

– Maintenant que tu as le fessier bien chaud, voyons voir si tu as le conduit bien souple !

Un doigt lubrifié s’introduisit aussitôt dans la corolle anale. Axel grogna. Mais ne bougea pas, si ce n’est pour améliorer son équilibre en écartant davantage les cuisses.

Le doigt, de toute évidence habitué à masser un rectum, s’empressa de faire le tour de l’intérieur du propriétaire. Il le fit si bien qu’Axel se mit à gémir sans retenue. Un doigt, pendant de longues minutes. Puis un second, qui entra sans aucune difficulté. Puis un troisième, qui écarta davantage encore les chairs intimes.

Hector prit grand soin de détendre l’anus et le conduit ; mais aussi de masser la prostate, bien souple, du presque quinqua.

Il remuait encore du bassin, comme lors de la fessée, mais cette fois pour se faire doigter. Profondément. Intensément. Soigneusement. Il facilitait les intromissions comme il pouvait, par de lascifs mouvements de son corps. C’était pour lui divinement bon. Jamais on ne l’avait préparé aussi longuement. Si Hector avait l’endurance pénienne promise, cela promettait la plus torride de toutes ses soirées sexuelles !

Alors qu’il devinait sa corolle anale maintenant grande ouverte, alors qu’il savait qu’Hector la regardait avidement quand il écartait ses deux fesses, une violente claque le fit tomber sur le lit. Hector s’écria :

– Cela suffit ! Maintenant suce-moi, homme !

La douloureuse surprise disparut immédiatement, chassée par un élan de gloutonnerie avancée. Axel bondit en arrière et se redressa.

Comme si la brusquerie de son mouvement l’avait inquiété, Hector se recula d’un pas, puis petit à petit alors que, les yeux lançant des flammes de désir, Axel, à quatre pattes, remuant toujours le cul, s’approchait de lui.

Hector heurta du dos le grand miroir. Il regarda à droite et à gauche, comme s’il voulait fuir. Mais il était piégé. Tout juste se décala-t-il aux trois-quarts perpendiculaire à la cloison. Axel leva ses mains qui accrochèrent la ceinture de son pantalon. L’ustensile fut arraché d’un geste avant de voler dans la pièce.

Suivant la ceinture du regard, Hector déclara au moment où elle retomba au sol :

– Tu la veux, hein, ma queue dans ton beau cul ! Montre-moi que tu la veux en toi !

Aussitôt Axel se remit à remuer lascivement du bassin, l’anus grand ouvert, espérant presque qu’un autre mâle allait surgir pour l’emplir d’un coup de son dard bien dur.

Il était pourtant bien occupé à défaire le bouton du pantalon. Puis chacun des boutons de la braguette. Pourquoi Hector n’avait-il pas mis une braguette en zip ? Pour le faire bouillir, bien sûr. Brice aussi devait régulièrement être à ses pieds, doigts tremblants, à tenter de défaire un à un les cruels boutons. L’attente était insupportable. L’effort surhumain. Pourquoi ce sexe n’était-il pas encore dans sa bouche ?

Enfin l’avant-dernier bouton céda. Axel n’hésita pas. Il tira le pantalon vers le bas, faisant apparaitre un splendide slip blanc trempé, odorant, moulant un splendide phallus. Le pantalon aux genoux, la main d’Axel passa sous l’élastique de la cuisse pour caresser les testicules doucereux, puis pour passer entre la peau du ventre et le membre, le libérant d’un coup de son emprise textile.

Les yeux d’Axel admirent le sexe rutilant. Enfin la verge du bel d’Hector était à lui, somptueuse, tendue à exploser, dure, parfumées de la plus mâle des senteurs. Le temps suspendit son vol. Hector devina le bonheur de celui qu’il avait choisi. Il en fut fier et heureux : Axel, ce bel inconnu mature, était à son image, transi d’amour pour le masculin partagé. La nuit allait être à la hauteur. Il l’avait pressenti. Il en était maintenant certain.

Les lèvres affamées avalèrent délicatement le gland ruisselant de semence. Un nectar pré-séminal d’une saveur exquise qui fit grogner le gourmand de bonheur. Le jeune guerrier également, qui apprécia à sa juste valeur l’art fellatoire du mâle qu’il avait choisi.

Tandis qu’Axel se régalait, Hector se débarrassa de ses mocassins puis fit glisser son pantalon jusqu’aux chevilles avant de s’en débarrasser. Le suceur, en habitué de la chose, entreprit de déboutonner la chemise. Bientôt elle fut grande ouverte. Hector l’arracha puis la lança au loin, sans plus de ménagement que pour ses chaussures.

Axel se souvint de l’éjaculation faciale qu’il avait reçu la veille, et de sa chemise tâchée. Au moins celle-là resterait propre. Froissée, mais propre.

Hector était enfin nu. Magnifique ! Un corps imberbe, une peau claire, une musculature fine, une perfection masculine ! Aucun poil pubien, le jeune mâle s’épilait consciencieusement. Un éphèbe. Un merveilleux éphèbe !

Alors que le sexe entier était dans sa gorge, Axel s’entendit dire :

– Présente-moi ton joli cul, homme, je vais maintenant t’enculer, comme on ne t’a jamais enculé !

– Vantard ! s’écria Axel une fois le sexe sorti de sa bouche. Montre-moi ce que tu sais offrir à un homme !

Une demi-heure plus tard Axel regrettait amèrement d’avoir dit cela. Brice ne l’avait pas trompé. Hector n’était pas seulement beau comme un dieu grec, Il était aussi fort et endurant comme un dieu grec !

Axel avait commencé par se mettre en levrette pour lui présenter son fessier. Le long de la cloison, il put voir dans le miroir le sexe magnifique entrer d’un coup entre ses fesses. Il en eut le souffle coupé.

Quarante ans de sodomies ne justifiaient pas qu’on l’encule d’un seul coup de reins jusqu’à la garde ! Ses chairs hurlèrent leur douleur, tentant de rejeter l’intrus. Mais Hector s’accrocha aux flancs comme une moule au rocher. Axel ne put pas l’expulser.

Au contraire, après une suspension de quelques secondes indispensables, il commença à queuter l’homme mature, mitraillant son conduit de va et vient farouches.

Vaincu, Axel ploya, relevant la tête pour aspirer de l’air avant de la laisser lentement tomber au sol. Le front contre le parquet, il reçut la pire correction anale de sa longue expérience homosexuelle.

Hector, voyant bien qu’il ne répliquerait plus, le fessait tout en le pistonnant, se prenant pour un farouche hun galopant dans les steppes arides, lui flattant les flancs, se penchant sur son encolure pour le féliciter.

Axel se désintéressait des « c’est bien », « tu es un bon mâle gentil au cul bien étroit », « brave bête qui aime se faire enculer » et autres « la chevauchée ne fait que commencer, garde des forces ! »… Il se focalisait sur sa respiration. Prendre de l’air, absolument. Calmer les battements de son cœur. Car il avait parfaitement saisi que la nuit allait être longue, et intense.

Malgré l’intense douleur il se concentrait sur la faible chaleur anale, sur le balbutiement de plaisir. Il savait que les sensations allaient tôt ou tard s’inverser. Résister ! Tenir !

Il eut envie de hurler de rage quand le sexe sortit de lui, qu’une main ferme s’empara de son jockstrap pour le tirer en arrière. Malgré la douleur son cul se sentait orphelin. Il avait un impérieux besoin de le reprendre en lui.

Hector le traina jusqu’à la croix de Saint André. Axel se redressa.

Il s’accrocha aux montants alors qu’Hector le ligotait sans conviction ; une simple cordelette de coton enroulée deux fois autour de ses poignets, sans nœud. Il aurait presque préféré être sérieusement attaché : il allait lui falloir s’accrocher, se tenir, pendant que son fessier dérouillerait.

Hector commença par lui arracher le slip qui se déchira après plusieurs tentatives. Axel regretta d’avoir emmené son sous-vêtement préféré. Il l’aimait bien, pour son confort, et parce que de face on ne devinait pas sa particularité arrière. Retrouverait-il le même ?

Mais Axel exultait pourtant : il était enfin nu, soumis au bel Hector nu, tous deux en complète érection, se donnant tout le plaisir que chacun escomptait. Il regarda le corps d’Hector. Il se dit qu’il était le plus chanceux des hommes. Se faire maltraiter analement par un jeune mâle en rut au corps parfait ! Un rêve !

Hector le fessa à nouveau. Puis le pénétra encore. Et encore. Variant les cadences, les intensités. Jambes écartées il semblait à Axel que son conduit se détendait. La douleur s’estompait, restant juste présente à la marge, comme pour relever d’un zest épicé leur ébat.

Bientôt on ne savait plus qui du phallus allait chercher l’anus, ou de l’anus se reculer pour s’approcher du phallus. Les amants du soir étaient en phase. L’un enculait joyeusement. L’autre recevait lyriquement, tant sa gorge émettait les sons tantôt rauques, tantôt aigus, de celui qui ne se maitrise plus mais ne veut pas rompre.

L’enculade avait été intensément longue. Hector s’arrêta pourtant, se collant dans le dos de son amant, l’enlaçant, le caressant, attrapant son visage pour le retourner et l’embrasser en murmurant « mon homme… ».

Axel se laissa faire, acceptant avec joie les douceurs épidermiques. Hector sentait bon la sueur et le sperme. Sa langue était d’or, se promenant dans sa bouche avec une tendresse exceptionnelle. Ses doigts sans pudeur savaient flatter sa peau détrempée par l’effort.

Surtout, Axel avait besoin de reposer son rectum si jouissivement maltraité. Ses bras et ses jambes commençaient à trembler. Depuis combien de temps les avait-il écartées ?

C’est Hector qui le détacha. Libre, il le retourna, colla sexe et ventre contre le sien, l’embrassa à nouveau. 

Les bras d’Axel se refermèrent sur ce corps si pur et si sévère. Ses mains s’emparèrent du jeune fessier et s’en régalèrent. Il sentit les mouvement de bas en haut du ventre d’Hector contre le sien. Le garçon aimait cela, se faire peloter le fessier. Quand un doigt effleura sa corolle anale avant de la caresser, Axel comprit qu’effectivement Hector était comme lui, versatile. Il était bien décidé à s’occuper de ce magnifique petit cul.

Dans l’immédiat il s’étonnait : il lui semblait que cela faisait bien plus d’une heure qu’Hector avait pénétré dans la pièce, le faisant bander. Son excitation ne faiblissait pas. Il se sentit d’un coup rasséréné : il était à la hauteur des attentes du jeune mâle.

Hector s’écarta finalement pour lui désigner les autres accessoires.

– Que préfères-tu pour te faire sauter ? La cage ou bien le cheval de saut ?

Axel ne réfléchit pas longtemps avant de s’approcher du cheval de saut et de s’y accrocher, fesses en arrières. Le bombardement anal reprit, sans concession, mais plus tendrement. Comme si les baisers échangés avaient modifié leur relation. Comme si les baisers qu’Hector volait régulièrement entre deux pistonnades l’attendrissaient.

Bras sur le cheval de saut, fessier complètement reculé, Axel encaissait encore. Jusqu’à ce qu’Hector lui montre où se tenir de dos contre l’agrès. Axel s’accrocha et remonta spontanément les jambes qu’il reposa sur les épaules de son amant. Son bassin s’abaissa lentement. Il sentit le gland gluant glisser entre ses fesses, trouver son trou béant, entrer à nouveau dedans.

Les doigts fins d’Hector s’emparèrent des tétons qu’ils firent grossir sans que le cadencement de ses hanches ne ralentisse. Il pinçait fortement à chaque fois que son vit heurtait le fond du conduit enflammé. Axel gémissait, souffrait, se réjouissait de ce double traitement si bon parce que si sauvage.

La posture n’était pas des plus agréables, mais elle était excitante. Axel voyait Hector se cambrer pour l’enculer alors que son sexe raide battait en l’air, cognant contre son ventre. C’était physique, joyeux, puissant.

Mais ils retombèrent au sol, Hector retenant de justesse son amant avant de le précipiter dans la cage.

Ce coup-là c’est Hector qui s’agenouilla et ouvrit la bouche.

Axel dirigea son sexe tendu à travers les barreaux jusque dans la bouche du jeune mâle. Les lèvres se refermèrent aussitôt et l’éphèbe grogna du même plaisir gustatif qu’Axel, bien plus tôt.

Il se laissa sucer un moment avant de retrouver son esprit bravache. Arrachant son phallus d’entre les lèvres il se retourna et écrasa ses fesses contre les barreaux. Hector, poussant un cri de joie, se releva passa son sexe entre les barres d’acier et, fermement, renouvela une terrible salve enculatoire.

C’est à nouveau en rythme, sous l’infernale cadence du hard-rock que la sodomie se poursuivit.

Axel ne se dégagea que pour se précipiter sur le lit, se jetant dos contre le drap et relever les jambes.

C’est lentement qu’Hector le rejoint, tournant autour du lit, dard tendu vers l’espoir, pour admirer la bête, l’impatiente beauté de l’homme, le somptueux cul relevé. Il lisait dans ses yeux l’insatiable désir d’être analement maltraité. Il voyait ce fessier hurlant de solitude.

Après de longues minutes exploratoires il monta sur le lit, s’approcha du corps soumis, s’y accrocha, le pénétra à nouveau d’un coup sec.

Sa sodomie fut plus douce, plus sensuelle, enrichie d’un très long baiser gourmand. Les bras d’Axel s’étaient refermés sur le cou de son amant, emprisonnant ses lèvres contre les siennes alors qu’il se faisait gentiment queuter.

Le rythme de l’enculade s’accéléra au fur et à mesure que le souffle du jeune taureau s’affaiblissait. Axel exultait. Il lui dit à plusieurs reprises :

– Viens en moi ! Jouit en moi ! Ensemence-moi !

Hector n’avait pas d’autre intention. Il mitrailla plus férocement encore avant de relever la tête en poussant un terrible hululement de jouissance tandis que de puissantes giclées séminales s’épanchaient loin dans le conduit réjoui.

Axel n’attendit pas longtemps après la fin de l’orage orgasmique pour se redresser d’un coup, s’emparer du corps sans force du guerrier, le soulever, le reposer à quatre pattes, en levrette.

Non seulement Hector ne refusa pas son sort mais il assura son équilibre de bête soumise en écartant davantage les cuisses. Axel troua le tube de gel et, à son tour, enfonça ses doigts visqueux dans le petit anus malicieux.

Hector gémit. De plus en plus fort au fur et à mesure que l’indigne massage progressait et écartait les chairs. A son tour il remua du bassin pour inciter son compagnon à se hâter de le pénétrer. 

Mais Axel, en amant d’expérience, fit durer le plaisir. Il n’avait pas toujours l’occasion de jouer avec un aussi joli fessier !

Contrairement à Hector qui l’avait sévèrement fessé, lui n’éprouva que le besoin de lécher et embrasser cette peau si douce et si moelleuse. L’anulingus déborda largement, sa langue parcourant vallons et sillons avant de s’engouffrer dans l’antre androgame.

Pendant ce temps, l’abondante semence d’Hector s’écoulait indignement de sa tanière à lui, ruisselant sur ses cuisses, tachant les draps. Mais il n’en avait cure. Il sentait bien ce qu’il se passait sur lui, hors de lui ; pour l’avoir vu plus d’une fois sur un amant dans lequel il venait de jouir. C’était laid, abject, avilissant ; mais si bon !

Il se lubrifia le sexe tout en le branlant légèrement pour lui rendre son implacable dureté. Il se mit en position. Il claqua enfin doucement la croupe de sa monture. Et s’enfonça en elle, progressivement, attentif au plaisir du jeune guerrier vaincu.

Il prit son temps pour se frayer l’étroit chemin, le parcourir, le labourer, alors qu’Hector gémissait de plus en plus fort, le visage enfoui dans un oreiller.

Pourtant il stoppa sa cavalcade pour tirer le guerrier hors du lit, le coller face aux miroirs, debout, jambes écartées. Et replonger en lui, l’enculant tout en disant des mots aussi crus que son mâle traitement.

Front contre la glace, Hector cherchait de l’air, tout en chantant grassement son plaisir. La main d’Axel vérifia ce qu’il pressentait : la verge de l’enculé qui avait mollie était maintenant bien redressée.

Il la branla doucement pour lui rendre tout sa dureté, ayant la tentation de le faire jouir contre le miroir. Mais ce serait du gâchis : il ne l’aurait plus en lui. Or, ses chairs anales qui se refermaient lui disaient bien qu’il avait encore besoin d’être besogné.

Il coucha donc le jeunot sur le dos, tira ses jambes en l’air, les écarta, fit apparaitre le trou béant, y replongea avidement.

Hector n’avait que les épaules au sol pour se retenir. Tout le reste était tenu par un Axel surpuissant dont le sexe allait et venait en lui à la verticale.

La posture était instable. Ils la stoppèrent d’un commun accord avant qu’Axel n’entraine le tas de chair soumise contre la croix de Saint André.

Le supplice fut long, subtil, facétieux. Axel alternant effleurement et caresses sensuelles avec des ruades anales terrible. Il fessa durement le méchant garçon avant de pétrir, lécher et embrasser son fessier, puis de le percuter délicatement d’abord, ardemment ensuite.

Hector se laissa faire gaiement, lançant après un long moment de sévère traitement :

– Tu te venges, hein ? De tout ce que tu as pris. De tout ce que je t’ai fait. Queue pour queue, cul pour cul !

Axel ne répondit pas, se contentant d’un sourire sardonique. Bien sûr il avait envie de jouer sévèrement avec ce garçon si ardant dans son expression sexuelle. Mais la réalité était qu’il avait besoin de reprendre des forces après quelques coïts anaux. Il n’avait pas l’endurance du jeunot. Il se savait incapable de fouiller son cul en continu. Alors il alternait, afin de reprendre des forces, de retarder l’inexorable orgasme.

Il renvoya le corps meurtri du garçon au bout du lit. Hector se mit à genoux, visage sur le matelas, cul tendu vers l’arrière. Axel se finit en lui, dans un final digne d’une symphonie Wagnérienne. Ce n’étaient pourtant que les Rolling-Stones qui hurlaient dans les haut-parleurs. Mais Hector hurla son bonheur de sentir le feu d’artifice séminal en lui tandis qu’Axel grognait bestialement en déchargeant toute son ardeur.

 

Les deux mâles, épuisés d’avoir tant baisé, s’effondrèrent sur le lit ? Petit à petit leur corps se rapprochèrent et s’enlacèrent.

Ils s’embrassèrent langoureusement alors que des doigts se refermaient lentement sur le sexe amant tout mou, pour le triturer, pour mieux l’exciter puis pour sentir l’afflux de sang qui le gonflait. Chacun se réjouissait d’à nouveau sentir battre les veines de la verge, la soudaine fermeté des muscles, la douceur du gland gonflé. Et bientôt pour le lustrer, le liquide séminal s’étant remis à couler.

Hector susurra entre les lèvres de son amant, comme s’il voulait que personne ne l’entende :

– Le plus dur baisera l’autre !

– Alors ce sera toi ! répondit Axel, lucide sur sa vitalité. Je veux que tu me baises encore plus fort !

Il ne fut pas déçu. Il encaissa de cent manières différentes le sexe vibrionnant entre ses fesses. Il éructa, il grogna, il gémit d’être si sévèrement puni. Mais à aucun moment il ne se déroba ; au contraire, toujours il cherchait le dard, il l’appelait, il le suppliait de revenir en lui.

Il fut mitraillé contre le mur de glace, dans la croix de Saint André, sur le lit, dans la cage, sur le cheval de saut. Dix fois il repoussa Hector dans le fauteuil pour se jeter sur lui, s’assoir sur son dard, s’empaler, monter aux cieux et descendre au fondement, faisant coulisser le vit en lui, de face comme de dos, jambes le plus souvent écartées.

Ils avaient perdu la sensation du temps. Seule la sensation coïtale comptait, leur corps en nage, les odeurs terribles de sueur et de sperme, la saveur en bouche de la chair amante, la musique obsédante pour accompagner leur ébat obscène.

Une dernière ruade anale. A quatre pattes, bras et jambes écartées telle une araignée, Axel accueillit sans réaliser son second ensemencement de la nuit.

L’orgasme mit un terme au combat. Hector resta un long moment en lui, tout entier occupé à reprendre son souffle. Quand il se retira, le corps d’Axel s’effondra sur le drap. Son sexe tendu heurta douloureusement le matelas. Il gémit, avait de sourire, puis de rire ; franchement. Il venait de réaliser que pendant tout leur sauvage ébat, nonobstant la rapide récupération post éjaculatoire, il n’avait pas cessé de bander. Tout comme le jeune guerrier. Moins fermement, mais quand même, il avait assuré en mâle déchainé. Son ego en fut flatté. Comme quoi, quand un beau garçon flatte sa croupe, pour son être est flatté…

Il s’endormit comme une masse. Tout juste sentit-il deux bras soulever ses hanches pour le décoller du matelas en écartant ses cuisses. Puis une main frôler ses fesses pour attraper sa hampe encore dure. Une main qui commença à le masturber.

Il sentit alors la semence d’Hector s’écouler de son anus qui maintenant devenait douloureux. Mais il apprécia surtout la sensation masturbatoire. Il ne se rebella pas quand les mains qui le saisissaient le mirent dans la curieuse position d’avoir la tête dans l’oreiller, les jambes bien droites et écartées, le fessier au sommet, le sexe bandé en train d’être branlé.

Il se laissa masturber en râlant son plaisir. Un doigt en profita pour lui masser la corolle anale lubrifiée par le semence amante. Combien étaient-ils pour lui donner cette ultime gâterie ? Il n’en avait cure. Il n’avait plus de force. Il voulait simplement jouir. Et surtout, dormir.

Son éjaculation percuta le dessous de son menton. La main tenant fermement son membre accompagna la descente de ses jambes qu’elles maintinrent écartées. Quelqu’un lui mit les bras en croix. Il sentit la langue d’Hector s’insérer entre ses lèvres pour un ultime baiser auquel il répondit en gémissant. Mais était-ce vraiment la langue du bel Hector ?

Il réalisa que la musique qui n’avait pas cessé de baisser après l’orgasme de son dompteur était maintenant éteinte. Il n’y avait plus de bruit. Juste le frôlement d’une présence. Laquelle ? 

Peu lui importait. Au stade où il en était un régiment pouvait venir se vider en lui. Il n’avait plus la force de repousser quelque assaut que ce soit. Il avait été vaincu. De la plus belle des manières. De la plus sauvage des manières.

Il avait résisté. Rendu coup pour coup. Mais il le reconnaissait, Hector l’avait dompté.

Il savait que quoi que lui demande le jeune guerrier troyen, quoi qu’il lui fasse, il l’accepterait. L’ébat avait été trop titanesque pour dire non. Il lui appartenait. Corps et âme.

Plus tard, bien plus tard lui sembla-t-il, il sentit un chaud édredon recouvrir sa peau nue. Il n’avait pas bougé, gardant les jambes et les bras écartées, sentant toujours la semence couler et sécher à moitié en tirant sur sa pilosité.

 

 

Peu à peu les paupières d’Axel s’ouvrirent. Une faible lumière tamisée. Il était dans le lit, au centre du salon des plaisirs, en complète érection.

Quelle heure était-il ?

Il resta un long moment à naviguer entre plaisir moelleux du lieux et souvenir merveilleux du corps d’Hector. Il finit par repousser d’un geste la couette. Puis, une minute plus tard, à poser un pieds à terre. 

Il s’assit longtemps sur le bord du lit, dard dressé vers le ciel des plaisirs, à scruter chaque partie de la pièce, à se souvenir de ce qu’il avait pris dans le cul à chaque endroit, à sourire de ce qu’il avait mis au jeune insolent.

Il fit le tour de la pièce en laissant ses doigts caresser les objets, s’exaltant encore de tout ce qu’il avait vécu. Certes il avait très mal au cul. Mais cela avait été si bon !

Brusquement il se mit à chercher ses vêtements mais ne les trouva pas. Perturbé, il se décida à quitter la pièce.

Il tourna la poignée, ouvrit la porte, sortit dans le hall du manoir. Il regarda à droite puis à gauche, ne comprit pas bien l’ordonnancement du lieu. Mais son interrogation s’arrêta lorsqu’il vit surgir Brice depuis une petite porte. Un Brice entièrement nu. Un corps encore bien fait, bien entretenu, poilu. Une verge épaisse, circoncise. Mais au repos, contrairement à la sienne.

Réalisant dans quel état animal il était, Axel déglutit difficilement. Brice lui sourit.

– Pas de chichi entre nous, mon cher ami. Hector m’a dit tout le plaisir qu’il a pris avec vous ! Je crois même que vous l’avez calmé pour deux jours ! je vous en suis infiniment reconnaissant !

– Où est-il, Hector ?

– Il dort. Vous l’avez épuisé. Après votre ébat, incroyablement long, il est venu se réfugier dans mes bras, dans notre lit. Il m’a raconté. Par le menu. Tout ce que vous avez reçu. Tout ce que vous avez donné. Je suis admiratif de votre vigueur ! Anale comme coïtale ! Jamais je n’ai tenu autant que vous sous les coups fougueux de mon bel amant ! Je vous avais dit qu’il était endurant, vous l’avez été autant que lui ! 

– Sans doute…

– Et vous avez su le corriger. Bravo ! Je reconnais avoir du mal à inverser les rôles après l’avoir laissé d’exprimer virilement en moi…

– Ce n’était pas gagné d’avance, en effet… Mais dites-moi, mes vêtements ? Où sont-ils ?

– Ne voulez-vous pas prendre une douche, avant ? Venez, je vais vous aider à vous laver. Je dois moi-même nettoyer ma peau, mes fesses… Figurez-vous que moi aussi j’ai dégusté ! Vous savez inspirer les mâles virils !

– C’est un reproche ?

– Non. Le plus beau des compliments. Je vous suis doublement reconnaissant : vous avez non seulement offert un moment unique à mon Hector, mais en plus m’avez permis de prendre également un intense plaisir. Merci !

– De rien !

Les deux hommes se souriaient. En vieux pédés expérimentés, ils se comprenaient parfaitement. Axel suivit Brice qui le conduisit dans une étrange salle de bain. C’était plutôt une grande douche collective avec des miroirs au lieu de carrelage. 

L’ainé posa une main sur la fesse du héros de la veille. Comme Axel souriait, Brice déposa un chaste baiser sur ses lèvres. Sans retirer sa main du tendre épiderme fessier.

Une vague de reconnaissance envahit l’esprit d’Axel qui réalisa tout ce qu’il devait au propriétaire des lieux. Il posa sa main derrière la nuque de son hôte, approcha ses lèvres, l’embrassa franchement.

Les deux corps s’unirent alors, ventre contre ventre, tandis que les langues se découvraient et que les mains s’emparaient des globes fessiers pour les pétrir.

Axel apprécia de sentir le pénis du vieux Brice durcir, et bientôt bondir entre leurs pubis. Il sourit, heureux de provoquer l’effet mâle chez cet homme qui avait pourtant dû exulter à peine quelques heures plus tôt.

Il se recula, regarda le corps de l’homme d’un œil approbateur. Pas de doute, l’homme était encore bien foutu avec sa belle verge épaisse.

– Je comprends Hector, vous êtes superbe !

– Il faut aimer les vieux !

– Hector apprécie les hommes matures, c’est l’essentiel. Je vous suis très reconnaissant de m’avoir convaincu de passer entre ses mains.

– Et son sexe ! Surtout !

– Entre autres ! Il est bien plus qu’un sexe !

– Vous avez raison, bien sûr… Me trouvez-vous à votre goût ? Aimez-vous les amants d’âge divers ?

– L’âge m’importe peu. C’est la beauté qui compte. Intérieure et corporelle…

– Puis-je vous laver le corps ? Entièrement ?

– Avec joie ! Car vous m’autoriserez à en faire de même avec le vôtre…

– Evidemment !

Les deux hommes s’embrassèrent à nouveau alors que Brice les entrainait sous une pomme de douche.

Ils mouillèrent leur corps. Ils caressèrent leur peau, se tâtèrent le sexe, se flattant la croupe et les bourses. Chacun savonna l’autre, sans aucune gêne, offrant ostensiblement leurs fesses souillées à l’action lavante de l’ami.

Cela fit durcir presque complètement Brice. Axel s’agenouilla et entreprit une fellation attentive. Le beau morceau épais se prolongeant par un champignon proéminent était délicieux. L’hôte apprécia. Et se laissa sucer longuement en caressant la crinière mouillée de son invité.

Ils changèrent de rôle, Brice démontrant qu’il était un suceur hors pair.

Ils mirent pourtant un terme à la gâterie quand Brice regarda l’adversaire d’Hector en demandant : 

– Ensemble ? Jusqu’au bout ?

– Avec joie ! J’ai faim de…

– Sperme ! Appelons les choses par leur nom, voulez-vous ? Je me demande si votre semence a une saveur différente de celle de mon Hector…

– Il n’y a qu’une seule manière de le savoir ! Seriez-vous comme un moi un amateur de liqueur mâle ?

– Oh que oui !

 

 Chacun sécha suavement le corps de l’autre. Des baisers fleurirent, sur les lèvres, les tétons, les pubis, les sexes toujours tendus, les cous, les fesses, les anus dévoilés par des mains coquines.

Brice entraina son invité dans le salon. Ils se jetèrent sur le lit sans penser à fermer la porte, riant en voyant les nombreuses tâches séminales. Ils se mirent tête-bêche pour se régaler du membre de l’autre. Axel était au-dessus pendant un moment avant de glisser latéralement. Chacun offrait son bas ventre à la gourmandise amie. Chacun grognait en suçant avidement.

Axel pensait à Hector, s’imaginant être tendrement avec lui après leur nuit barbare. Il comprit que Brice aussi qui râla un « Hector… » plein de nostalgie. Deux hommes, très matures, se suçant mutuellement, en rêvant du même jeune mâle ; c’était pathétique se dit Axel, pourtant incapable d’arrêter.

Ils jouir l’un après l’autre, d’une faible quantité de semence. Si Brice avala tout, Axel se recula au dernier moment pour n’accueillir que partiellement le sperme en bouche, le plus gros éclaboussant son visage. Il préférait ainsi, c’était plus sage.

Ils étaient encore chacun entre les cuisses de l’autre à se nettoyer mutuellement le sexe quand l’homme pénétra dans le salon. Axel sursauta en reconnaissant le majordome qui l’avait accueilli. Surpris dans une posture très intime, sa verge amollit rapidement.

Les deux gourmands se redressèrent. Brice approcha le visage de son invité pour l’embrasser savoureusement en disant :

– C’était délicieux ! Merci.

– Réciproquement ! répliqua Axel qui cherchait quelque chose d’intelligent à dire. 

Verge molle mais encore gonflée, nu, il était face à l’homme toujours tiré à quatre épingles qui tendait une petite serviette essuie-mains blanche à Brice. L’hôte des lieux se nettoya tranquillement la verge devant les deux autres hommes avant de passer la serviette à son invité. 

Axel ne trouva rien de mieux à faire que de ’’essuyer à son tour la verge et les bourses qui avaient été bien léchées. Ce n’est qu’une fois fini qu’il réalisa qu’il avait des coulures séminales sur le visage. Bien que la serviette soit loin d’être immaculée, il essuya son menton, sa joue, son cou avec.

Brice lui prit la serviette des mains pour essuyer une petite trace sur le lobe de l’oreille. Le majordome les regardait faire, le visage toujours aussi inexpressif. L’odeur du linge ne rassura pas Axel. Lui qui adorait la liqueur mâle la trouvait brusquement désagréable.

Sur une demande de Brice, l’homme ressortit pour revenir peu après avec les vêtements d’Axel. Ce qui restait de son jockstrap était posé en haut de la pile de linge plié, juste au-dessus d’un slip blanc.

– Je suis désolé, très cher, j’aurais dû vous prévenir qu’Hector adore arracher et mettre en loque les sous-vêtements de ses amants. Il me coûte une fortune en slips ! Laissez-moi vous offrir un de mes slips. Ce n’est pas grand-chose, je les achète par dizaine ; du bas de gamme…

– C’est ce que je vois. Mais je vous comprends. Si cela doit finir en chiffon…

Axel enfila le slip sous le regard brillant de Brice, et intéressé de l’homme. Au service d’un couple homosexuel qui s’adonnait à des soirées sexe torrides, l’homme était évidemment lui-même homosexuel. Son petit air précieux avec ses lèvres coincées et son fessier serré semblait montrer qu’il était du genre pervers. 

Axel n’avait pas envie de le vérifier. Aussi se rhabilla-t-il entièrement sous la surveillance de deux paires d’yeux qui ne le quittaient pas. En d’autres circonstances cela l’aurait excité. Mais maintenant le charme était tombé. Il regrettait sa gâterie avec son hôte. Mais il avait l’habitude de ressentir ce petit goût amer du regret au fond du palais, en spécialiste des coups d’un soir pas toujours glorieux.

Une fois habillé il demanda :

– Hector ?

– Il dort. Dit Brice. Il ne faut pas le déranger. Il a besoin de récupérer après toute l’énergie qu’il vous a consacré.

– Je comprends.

– Je vous demande de ne pas revenir, de ne pas chercher à nous revoir, à le revoir.

– Ce n’était pas mon intention, mentit-il. Il est à vous. Je n’étais qu’un ornement. C’est déjà beaucoup. J’ai apprécié.

– Un ornement ! Vous avez été bien plus que cela. Mais vous avez raison : il est à moi. Du moins jusqu’à ce qu’il en décide autrement.

C’était dit avec un ton d’une absolue froideur. Le majordome fit un pas menaçant en avant vers Axel, comme s’il allait lui casser la figure. Axel comprit qu’il ne fallait pas y revenir.

– Rassurez-vous, je ne tenterai pas de vous le prendre. Je vous suis extrêmement reconnaissant de m’avoir permis de le connaitre aussi intimement.

– Vous êtes un sage. Vous êtes comme moi : vous vous réjouissez de ce que vous avez. Vous ne cherchez pas à avoir toujours plus. C’est comme cela qu’on vit heureux ! Je vous salue mon cher Axel. Et je vous remercie à mon tour… Nous vous raccompagnons ?

Brice, toujours nu, mais fier, passa devant, sortit du salon, se dirigea vers la porte d’entrée. Axel jeta un dernier coup d’œil dans l’antre de ses amours sauvages et lui emboita le pas avec le majordome sur ses talons.

Brice ouvrit grand la porte d’entrée, se décalant sur le côté pour le laisser sortir ; à moins que ce fut pour ne pas être vu de l’extérieur. Il tendit sa main à son invité qu’il avait quand même rémunéré pour sa fougue sexuelle.

– Ce fut un plaisir, très cher.

– Un plaisir partagé ! Du moins par notre bel Hector interposé…

– Mon bel Hector ! insista l’hôte, peu partageur.

Avant de dire au majordome : 

– Gildas, raccompagnez-donc Monsieur à sa voiture puis fermez la grille derrière lui, s’il vous plait.

– Bien Monsieur.

Axel sortit pour traverser la cour et se diriger vers sa voiture. Plus loin, sur le trottoir, deux hommes, plutôt jeunes et mignons, semblaient se chamailler comme le font deux amoureux. 

Axel ne les quitta pas des yeux jusqu’à ce que sa portière se referme sur lui. Gildas, le majordome – mais était-il vraiment un domestique ou bien un complice des chaudes nuits du trio ? – ouvrit la grille en grand. 

Les amoureux transis s’écartèrent. Axel sortit de la cour et prit immédiatement la route, la tête perturbée emplie de chaudes images qu’une sourde douleur anale ne calmait pas.

Il se dépêcha de quitter Saint Denis pour rejoindre son appartement où il se lava le visage avant de replonger nu entre ses draps.

 

Il était à peine quatorze heures ce jeudi quand Axel entra dans son bar gay habituel. Le patron l’accueillit avec étonnement, lui qui ne l’avait quasiment jamais vu en semaine.

Axel expliqua qu’il avait un rendez-vous pas loin et qu’il avait juste ressenti le besoin de boire un café dans un abri sûr et connu. En réalité l’homosexuel mature, bien qu’habitué aux rencontres éphémères, n’arrivait pas à se sortir de la tête les images d’Hector, de la beauté de son visage, de son anatomie somptueuse, de la verdeur de son sexe, de ses magnifiques fesses qu’il rêvait encore de lécher, de peloter, de percer.

Il vivait avec le souvenir d’Hector nuit et jour, où qu’il soit, au travail ou chez lui. Et il souriait, béatement, enchanté de l’incroyable nuit sauvage partagée.

Le patron lui proposa sa table habituelle et lui emmena son café. Il s’assit en face et entama une discrète conversation au cours de laquelle il dit :

– Si cela t’intéresse il circule depuis deux jours une édition limitée d’un film de cul incroyable. Plus de quatre heures de scènes d’une absolue folie au cours de laquelle un mec de nos âges s’est fait défoncer la rondelle par un Adonis tout droit sorti de l’Olympe. Les gars vendent cela vingt-cinq euros : crois-moi, ça les vaut !

– Un vieux qui se fait enculer par un jeune, banal ! On a vu cela cent fois ! J’en ai une vingtaine des films comme ça dans ma vidéothèque !

– Oui, mais là, en plus, cela se passe dans une pièce avec des miroirs sans teint. De l’autre côté une vingtaine d’hommes les mataient, avant de se monter dessus, les uns sur les autres, pour une orgie de toute beauté. Tu verrais cela : vingt gars qui baisent en regardant un mec se faire enculer férocement sur son lit, sur une croix, en cage... Les mecs ont tous payé cent euros pour voir ça. Parce que ce n’étaient pas des acteurs, mais des amateurs qui se sont offerts un beau spectacle. Tous ! Super sympa ! A part la musique, trop forte…

– Bof… Je ne vois pas ce qu’il y a de très original…

– Comme tu veux.

Axel resta encore un petit quart d’heure à rêvasser d’Hector avant de partir retrouver son auto pour rentrer à son bureau.

Avançant lentement dans les bouchons infernaux, il repensait à Hector, à ce qu’il avait pris dans le cul, par terre, douloureusement ; sur le lit, rudement et tendrement ; contre le miroir, férocement ; sur la croix, ardemment ; sur le cheval de saut où il s’était câbré ; sur le fauteuil où il s’était empalé et pistonné ; dans la cage où enfin Hector l’avait sucé…

Le lit, la croix, la cage… Le miroir sans teint ! Axel sortit de son monde de souvenir pour enfin enregistrer l’information donnée. Vingt hommes en train de mater un gars de son âge se faire défoncer par un Adonis… 

Petit à petit il réalisa que ce ne pouvait qu’être lui. A un carrefour il fit une dangereuse manœuvre pour changer de direction et se diriger vers Saint Denis. Il retrouva la route. De jour, sans pluie, tout lui semblait différent. Il passa devant ce qu’il avait cru être des hangars mais qui étaient un studio de cinéma. Il tourna dans la rue Nicolau. Il s’arrêta devant le soixante-neuf. La grille, la cour, la façade étaient toujours là.

Il s’ébroua, cherchant à comprendre. Il se gara devant la grille, sortit de sa voiture, tenta d’entrer. La serrure était verrouillée. Il avança sur le trottoir pour voir s’il n’y avait pas une seconde entrée au manoir… Le manoir… Effaré, il comprit en avançant que ce n’était qu’un décor de cinéma, une façade sur un entrepôt. Un grand bâtiment en bardage acier…

Pas de manoir ! Des studios de cinéma. Pas de doute, il s’était fait avoir ! C’est bien lui qui avait été filmé ! A se faire baiser par Hector devant vingt gars s’envoyant en l’air ! La honte !

Brice ! Quel… Salaud ! 

Il retrouva dans sa poche la carte de visite de son piégeur. « Brice de Galandard Du Cuq, associé, Financière Du Cuq, 66 rue Nicolau, Saint Denis. » Galant, dard, du cul, niquer ! Il s’était bien fait niquer ! Le Brice du dard galant dans le cul n’était qu’un arnaqueur !

La rage s’empara de lui. Comment s’était-il fait piéger aussi facilement ?

Il tourna autour du bâtiment, cherchant une entrée. Peu à peu la réponse éclata, évidente : il s’était laissé aveuglé par la beauté d’Hector pour qui il aurait fait n’importe quoi ! Hector : l’hameçon de cette affaire… Hector : si beau, si chaud, si jouissif…

Retrouvant sa voiture devant la grille, il vit surgir un gardien portant l’uniforme d’une société de sécurité. Le gardien, virulent, costaud, lui intima l’ordre de dégager au plus vite.

Axel réussit à le calmer en promettant qu’il allait bien sûr vider les lieux. Il l’interrogea sur la destination du site, demandant si c’était bien là qu’on tournait des films.

Le gardien, fier comme un bar-tabac, étala sa connaissance du sujet. Il révéla que oui, de nombreux films étaient tournés ici. Cette cour et cette façade étaient filmées plusieurs fois par mois dans des téléfilms grand public. Dès qu’un réalisateur voulait une façade XIXème siècle pas trop cher, c’était filmé là.

Axel l’interrogea sur l’intérieur, affirmant qu’étant un peu de la partie, il croyait savoir qu’il y avait un décor de salon. L’autre déballa tout. Le bâtiment contenait plusieurs décors qui servaient pour la télévision. A la question « mais pas seulement, non ? » appuyé par un clin d’œil, il avoua que de nombreux films pornographiques étaient tournés à l’intérieur. Salon, chambre, étable, salle de bain… plusieurs fausses pièces accueillait des acteurs X en action.

Il quitta le gardien en remontant dans sa voiture et en repartant. La salle de douche avec parois vitrées… Avait-il aussi été filmé avec Brice sous la douche ? Et en pleine fellation réciproque dans le salon ? 

Il comprit que son départ avait été minutieusement préparé, le majordome pour l’occuper, le petit couple efféminé s’engueulant sur le trottoir : tout cela n’avait pour seul objectif que d’éviter qu’il ne regarde de trop près le bâtiment et qu’il ne se rende compte que c’était du toc. Doués les arnaqueurs ! Pas seulement au lit !

Il croyait se faire prendre, il voulait être pris, il l’avait doublement été !

Dépité, il ne retourna pas au travail mais, en état second, dériva dans Paris avant de se retrouver dans son bar fétiche, là où tout avait commencé.

Il commanda un double whisky Laphroaig. Le patron comprit qu’il avait compris. Il s’occupa de deux clients avant de le rejoindre à sa table.

– OK tu t’es fait baisé !

– En beauté !

– Au propre comme au figuré…

– Tu as vu ?

– Pas tout, loin de là. Un bout. Dix minutes. Putain, qu’est-ce que tu as pris !

– C’était divin !

– J’entends bien, mais chapeau bas l’artiste ! 

– Merci. Mais je me suis bien fait baisé !

– C’est sûr. Ce garçon est un incroyable queutard ! Beau comme un ange !

– Je confirme : beau et bon comme un ange !

– Mais tu vois, là où tu m’as le plus impressionné, c’est qu’après avoir pris ce que tu as pris, tu as eu la force de t’occuper sérieusement de son joli petit cul !

– Toi, tu as vu plus de dix minutes…

– C’est vrai…

– Tu n’es pas complice de ces deux enfoirés, au moins ?

– Je te jure que non ! Je les ai vu pour la première fois quand ils sont rentrés. Mais j’ai bien vu qu’ils cherchaient un mec à se mettre sous la dent…

– Tu veux que je te dise ? Je ne suis pas sûr de regretter… 

– Je te comprends.

– Si c’était à refaire… Enfin, filmé, pas trop… Qui sait quel mec va se branler en regardant ça !

– Un pédé, c’est sûr ! Et un sévère ! Âmes chastes s’abstenir ! Et tu verrais la partouze de l’autre côté du miroir ! Ouah ! De la grande baise !

– D’où la musique, trop forte… C’était pour que je ne les entende pas…

– Pour que tu restes concentré sur ton Adonis…

– Sacré garçon !

– Il faut que je te dise…

– Quoi encore ? Quelle mauvaise nouvelle as-tu à me transmettre ? Le film passe samedi soir sur Canal plus ? Il a été diffusé à mon boulot ?

– Non. Rassure-toi là-dessus : le film se vend sous le manteau, dans la communauté gay plutôt hard et SM. Par bouche à oreille. Tu ne le trouveras pas en sex-shop.

– Bouche à oreille… Bite au cul…

– Ne sois pas vulgaire ! Ta prestation est tellement époustouflante que ça se diffuse très vite. Y compris ici…

– Ah ? Tous tes habitués l’ont vu ?

– Pas tous, non. Seulement les plus chauds. Et pour l’instant les plus jeunes…

– Pourquoi les plus jeunes ?

– Parce que les moins jeunes se projettent sur toi et n’ont pas trop envie de se faire mettre sévèrement pendant plus d’une heure ! C’est le sous-titre du film : « le quinqua qui se fait mettre sévèrement pendant plus d’une heure. ». Non, ils s’imaginent plutôt être le bel Hector, baiseur insatiable, d’une endurance à toute épreuve… Et donc…

– Et donc ?

– Et donc il y en a déjà quatre qui m’ont demandé si c’était bien toi le super passif qui aimait se faire défoncer, et rendre la monnaie de sa pièce à un beau mec. J’ai confirmé.

– Sympa !

– Pour toi ! Tu vas voir, dès demain, toi qui as du mal à aimanté des petits minets, tu vas en avoir tout plein qui maintenant vont te tourner autour, te draguer, te supplier de les choisir !

– Il n’y en a pas un qui arrive à la cheville d’Hector !

– Certainement ! Ce garçon est au-dessus du lot. Mais des petits lots bien jeunes et bien frais, rien que pour toi, ne me dis pas que craches dessus ?

L’œil éteint par la fatigue, la frustration, et le verre vide de whisky se mit peu à peu à s’allumer. Axel redressa la tête, inspecta la salle du bar. Un jeune de vingt ans avait le visage tourné vers eux. Avait-il visionné le film ?

Les deux amis se regardèrent. Leur sourire s’élargit progressivement avant de se transformer en éclat de rire. Ils s’étaient compris.

Le patron se leva pour revenir à son comptoir. Axel lui lança :

– Tu es jaloux ?

– Très !

 

Les émotions de la journée lui tombèrent brusquement sur les épaules. Il n’aurait pas dû boire d’alcool ; plutôt faire du sport. Il se dit que, quand même, avec la diffusion de sa performance sexuelle, il était mal.

« Mâle » rectifia-t-il en voyant le jeune s’assoir devant lui, tout sourire.

«Je suis mâle, et quand on est mâle, on fait, bien sûr, ces choses-là…»

Le garçon, pas aussi beau qu’Hector, presqu’aussi bien fait, l’œil salace, allait devoir lui donner des gages d’abord !


Fin

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