Le site de l'histoire érotique
  • Histoire érotique écrite par
  • Fantasme
  • Publié le
  • Lue 2 040 fois
  • 31 J'aime
  • 2 Commentaires

Un tour du côté de chez Swann

Chapitre 1

Petites chamailleries entre amoureux

Erotique

Aux heures sombres venues de ce dernier jour d’octobre, les rues s’animent. Sous les lumières blafardes des lampadaires, une cohorte de nains informes se met en branle.

« Hou… hou… hou… »

« Dring ! Dring… »

Les sonneries des portes se mettent à grelotter. Swann entrouvre le battant de chêne et l’armée des gnomes miniatures encadre déjà le rayon de lumière qui s’évade sur le trottoir.


— La vie ou les bonbons… la vie ou les bonbons !


Grimés, costumés, sorcières et Frankenstein, corsaires ou fantômes de poche immobiles tendent, mi-hurlants, mi-riants, paniers et sachets. La jeune femme s’empresse sous la « menace » de remplir ces derniers, des friandises réclamées. Alors leur « larcin » exécuté, les lampions vacillants, tenus à bout de tentacules minuscules, les elfes nocturnes s’enfuient déjà vers d’autres corps de citrouilles évidés.


Illuminés par les flammes tremblotantes de bougies sur les rebords de fenêtres, des ilots de complaisance deviennent point de mire pour des gnomes en costumes d’un autre monde. La horde sauvage file, et continue sa tournée de sucreries. La porte de Swann se referme sur la nuit des « rançonneurs » de bonbecs. Dans son panier, quelques naufragés, oubliés sur le fond d’osier vont faire le bonheur de son mari.


Lui, affalé sur un canapé de cuir roux, ne quitte pas des yeux l’écran où deux équipes se disputent un ballon ovale. Des quintaux de chairs qui éprouvent leurs muscles dans un stade aux clameurs étranges. Un univers fait d’hommes vrais, auquel la brune est totalement réfractaire. Elle longe le long siège, et se trouve happée par deux bras solides. Une grosse patte plonge dans le reliquat sucré qui dirige derechef le sujet volé, vers une bouche gourmande.


— xxxXXxxx —


Swann, trente-huit ans depuis deux mois, brune aux yeux presque verts, sourit à son grand escogriffe de mari. Barth, pris par son match télévisé ne semble pas plus troublé que cela de cette présence féminine habituelle. Le rugby… c’est son moment détente et rien ne peut le sortir de cette fenêtre ouverte sur le match. Alors la femme doit patienter… au moins le temps de deux mi-temps réglementaires. Ainsi, pour tuer le temps, la salle de bain toute proche l’invite à une douche prometteuse.


Un lent effeuillage, puis l’éponge naturelle enduite d’un gel douche onctueux et odorant flirte avec son corps nu. Lentement, l’ivresse monte en elle et Swann se caresse plus qu’elle ne se lave. Elle prend pourtant bien soin de ne pas avancer trop rapidement sur le chemin de la volupté. Non ! Juste mettre en éveil ces parties intimes dont Barth est friand. Se préparer à un assaut plus… musclé de la part de son sportif de salon ! Doucement, degré après degré, chaque frottement la rapproche de la jouissance.


Finalement, elle coupe le jet tiède, s’essuie consciencieusement. Dans le salon, la clameur hystérique montant des tribunes et des gradins s’est tue. C’est donc juste vêtue d’une nuisette affriolante, transparente, qu’elle regagne le coin sofa occupé par son mari. Le son du téléviseur coupé, l’image neigeuse laisse à penser que l’homme attend sa belle. La tête penchée sur un accoudoir, il digère la victoire… ou la défaite de l’équipe qu’il soutient ?


Eh bien ! Pas du tout. Les yeux clos, le spectateur attentif s’est envolé pour le pays des songes. La chatte n’a pas l’intention d’en rester pourtant là. Souplement, félinement même, la femme vient se caler contre le dormeur épuisé par un match éprouvant sans doute.


— Barth… ah non ! Tu ne peux pas m’abandonner de la sorte.

— Hein ! Quoi ? Qu’est-ce que tu dis mon ange…

— Tu ne vas pas t’en tirer à si bon compte… Que tu regardes le rugby ne t’autorise pas à me délaisser…

— Je suis crevé mon amour… ça ne peut pas attendre demain matin ?

— Non mon petit bonhomme… ça ne peut pas attendre comme tu dis…

— Pff… comment tu fais pour avoir toujours envie de faire l’amour ?

— Je pense à ça… c’est aussi simple que de regarder un match à la télé…


Elle rit et sa main vient de se coller sur la braguette close du jean de son homme. Sous les doigts, la forme amorphe de ce qui devrait dans un instant lui donner toute satisfaction. Mais lui se tortille, comme pour échapper à cette fatalité. Tiré de son sommeil, il ne se sent pas d’attaque. Lui dire serait faire mal gratuitement à cette femme qu’il chérit plus que tout. Alors, il la laisse tripoter sur le tissu…


Bien sûr, il ne faut que quelques secondes aux deux mimines féminines pour retirer tout ce qui fait barrage entre ses doigts et ce qu’elle convoite. Il ne fait rien pour l’empêcher de le défringuer. Il prie le Bon Dieu muettement, pour que l’adage qui dit que l’appétit vient en mangeant soit… bel et bien vrai. Cette fois, la bouche remplace la main… et entre les lèvres, la salive qui fait coulisser le bâton encore bien mollasson.


Elle se contorsionne de mille manières et pour finir, deux fesses rondes sentant le jasmin se tournent vers le visage de Barth. La vue de ce derrière aguicheur permet un sursaut d’orgueil à sa bête qui enfin réagit. Les deux cuisses qui s’entrouvrent en enjambant le visage masculin offrent un spectacle… suffisamment érotique pour que les choses prennent formes. Swann sait ce qu’elle veut et se montre persuasive.


Le rugbyman de boudoir devient acteur pornographique dans une partie de jambes en l’air savamment orchestrée par son épouse. Les clameurs guerrières des spectateurs sportifs font place aux gémissements plus feutrés d’une pénétration audacieuse. Oubliées la fatigue et la somnolence. Cette fois, le mâle est dans l’arène d’un jeu bien plus plaisant. C’est lui le héros de ce divertissement sexuel réclamé par Madame.


Pas de temps imparti pour se donner un plaisir à chaque fois renouvelé. Juste la savoir ruisselante et jouissante sous son pieu qui la transperce. Enfin le round prend fin avec un long soupir de l’homme et les spasmes de la belle. Puis deux formes alanguies s’immobilisent l’une contre l’autre sur le sofa qui en a déjà tant vu de ces assauts. Barth reprend ses esprits et il flatte d’une paume langoureuse la joue de la brune qui ronronne encore. Il sait qu’elle aime cette après-dégustation, qu’il a appris à domestiquer.


Les câlins qui suivent ne sont plus pour enflammer, mais plutôt pour apaiser et elle adore ces instants qui font suite au corps à corps dispendieux en énergie. Instant fragile aussi où deux cœurs se remettent à battre plus régulièrement et à l’unisson.


— Je t’aime mon chéri…

— Swann… tu es merveilleuse comme toujours…

— Humm ! Tu crois que tous les hommes sont comme toi ?

— Je n’en sais rien et puis… je m’en fous ! Je suis moi et le reste ne m’intéresse pas !

— Mais tu as bien eu des tas d’expériences avant moi… Alors tu dois bien savoir…

— Je t’aime et c’est bien cela qui fait la différence… entre ce que je vis là et ce que j’ai vécu.

— Oui… mais moi, je n’ai que toi comme référence… alors, pas de point de comparaison !


Il rit. Comment lui expliquer ce qui ne peut l’être ? Elle est là, lui aussi et ça suffit à son bonheur. Bien sûr, avec ses douze ans de plus qu’elle, il en a connu d’autres des femmes. Des tendres, des amoureuses, des voraces, des pas intéressées aussi par le cul. Mais elle… elle a pour elle un atout indéniable, la jeunesse… et ça… ça n’a pas de prix. Alors… la rassurer l’aide également à se rasséréner. Et puis… peut-être à la garder encore et encore suffisamment proche de lui.


— Je t’aime Swann ! Pour ce que tu es, pour ce que tu me donnes.

— Je t’aime aussi Barth ! Merci pour ces moments de bonheur. Je vois bien que tu refuses toujours de me répondre. Comment veux-tu que je sache, si tu ne me dis rien…

— Tu ne t’es donc jamais dit que c’est parce que je ne sais pas ? Que je n’ai aucune réponse à tes questionnements ? Que je ne les comprends, du reste, pas toujours, ma chérie ?

— … ? Embrasse-moi idiot ! Au lieu de dire des bêtises… je sais bien que tu ne veux pas me raconter comment c’était… avec les autres… Combien il y en a eu déjà ?

— … ! Si un jour tu me quittes pour un autre… aimerais-tu que je parle de ce que nous faisions au lit ?

— … au lit ? Tu as raison… demain je dois me lever ! Il est déjà si tard… viens mon chéri, j’ai un peu froid. Nous serons mieux dans les draps, sous la couette.

— Je peux te réchauffer, si tu en as encore envie…

— Humm ! Si tu me prends par les sentiments… mais pas ici ! Dans notre chambre, pourquoi pas ?


Si le second round est plus modéré, Barth n’est pas moins attentif aux plaintes de bonheur de son épouse. Il ne veut pas faire l’amour avec elle si elle n’en tire pas un certain bénéfice. Il s’applique donc et en bon ouvrier, la jouissance de sa femme devient sa récompense. Swann est heureuse, comblée et demain au lever, ses grands yeux cernés attesteront de cet amour partagé. Elle aussi se livre sans restriction, sans appréhension. Corps et âme, dévouée à cet homme dont elle est folle amoureuse.


— xxxXXxxx —


Les fantômes d’octobre ont laissé place aux brumes de novembre. Le temps d’hiver qui raccourcit les jours offre également des nuits plus longues. Chez les amoureux, les ébats nombreux se font durant ces créneaux à la lueur de lumières tamisées où les ombres se projettent sur les murs. Swann de plus en plus gourmande ne se fait pas prier pour revenir à la charge et Barth se ménage en journée des siestes réparatrices. Le privilège de l’âge, conduit sinon à la sagesse, du moins à une obligation de récupération.


Avec ce ralentissement de ses prouesses physiques s’ajoute un doute légitime. Celui-là insidieusement altère le jugement, et provoque la peur. L’homme sait bien que plus la compagne est jeune, plus les chances de la perdre apparaissent au lit. Cruel dilemme que de vouloir la combler, mais de ne plus être en mesure de le faire. Ou de moins en moins souvent, surtout ! Elle ne se plaint jamais, mais lui le sait. Bientôt… il ne sera plus en mesure d’assumer les désirs de sa jeune nana.


La quarantaine de Swann se profile à l’horizon d’un autre printemps. Ses années « mures » se veulent éblouissantes. Chez Barth, un sentiment d’impuissance latent vient lui rappeler que les mois qui passent, s’ils sont épanouissants pour sa belle dame, sont plus lourds à porter chez lui. Comment lui dire que bientôt, les accouplements vont lui être de plus en plus difficiles ? Comment lui dire ce qui le mine ? Elle, en pleine possession de ses moyens, demande des efforts trop soutenus à son corps mâle fatigué.


Les avantages de s’afficher aux bras d’une jeunette peu à peu se transforment en tourments intraduisibles. Une espèce de jalousie qui mène au bord du gouffre cet amour qui ne ressemble à aucun autre. Plus son épouse l’assure de son dévouement en le caressant physiquement, et plus les doutes s’installent, douloureux et pervers. Le pire de l’histoire, c’est l’impossibilité totale à communiquer ses incertitudes, les traduire en mots à cette bienaimée qu’il vénère.


De fil en aiguille les problèmes psychologiques finissent par rejaillir sur sa sexualité. Ce qui ne devrait rester qu’hésitations et tâtonnements se dessine en perte de confiance, en érections mal contenues, voire parfois absentes et Barth cherche de plus en plus à éviter les joutes amoureuses. Il se couche de plus en plus tard, attend que sa belle dorme pour rejoindre le lit de moins en moins conjugal. Depuis quelque temps, les défaillances sont visibles. Swann ne dit rien, mais dans sa tête, quelques questions se posent, plus fréquentes.


C’est ainsi qu’un soir de trop de besoins, elle finit par crever l’abcès. Plus moyen de reculer, de botter en touche. Il est au pied du mur, et si c’est bien là que l’on voit le maçon, c’est sur les draps que se déclinent les bons ou mauvais amants.


— Tu peux m’expliquer pourquoi tu m’évites, Barth ?

— Je ne t’évite pas mon ange ! Comment peux-tu seulement imaginer cela ?

— Allons ! Ne me raconte pas d’histoire ! Je sens bien que tu n’as plus envie de moi, de mon corps. Est-ce que je suis devenue si moche à tes yeux ? J’ai grossi ? Ou pire, tu as quelqu’un d’autre ? C’est cela ? Tu as rencontré une autre femme ?

— … ? Tu es folle ? Ma femme est devenue folle. Que vas-tu inventer là ? Je suis dans une mauvaise passe, un passage à vide.

— Au point de me délaisser ? Ne crois pas que je sois dupe. Il se passe un truc dont tu ne veux pas me parler ? Je t’aime moi et j’ai besoin de toi… Il n’y a pas si longtemps nous faisions l’amour presque chaque jour, et même souvent plusieurs fois. Désormais, c’est tout juste si tu me touches une fois par semaine…

— Tu ne t’es jamais dit que je prenais de l’âge ? Que je suis un peu… usé ?

— Usé ? Fatigué tu veux dire ! Je peux saisir que tu le sois, mais alors pourquoi ne jamais en parler ? Tu laisses la porte ouverte à toutes les suppositions. Quand moi, certaines fois où je n’avais pas envie d’être tripotée, touchée… j’ai toujours été assez honnête pour t’en donner les raisons. J’attends de toi une réciprocité similaire…

— Ce n’est pas facile pour un mec d’avouer… des difficultés dans ce domaine. Mais tu as raison ! J’aurais dû être plus franc avec toi… Tu sais bien aussi que je préfère ne rien faire que ne pas te sentir, te voir, t’entendre jouir. Ça m’est insupportable !

— Et pour moi donc ? Me savoir moins désirée ? Moins désirable peut-être… tu imagines dans quel état d’esprit, ça peut me mettre ?

— Mais ce n’est absolument pas le cas… Un jour tu m’as posé des questions sur mes expériences… celles d’avant notre rencontre. Et bien… je crois que nous pouvons aujourd’hui en discuter.

— Tu as donc bien fait une autre rencontre… Je m’en doutais depuis un moment.

— Mais non ! Bon sang, ne va pas te faire des idées fausses… les années que j’ai de plus que toi, font la différence. Je ne veux pas te perdre et si tu prends un jour un amant, ce ne sera que justice ! Je ne veux pas te voir me quitter…

— … ? Je ne pige pas ce que tu essaies de me dire de façon maladroite. Explique-toi !


Un long silence s’installe entre les deux. Elle, toujours allongée contre lui, se pelotonne un peu plus, dans l’attente de ce qu’il va surement raconter. Swann ne veut pas croire qu’il a une maitresse et que c’est pour cette raison qu’il la désire moins. Elle reste dans l’expectative, tétanisée par la peur. Lui ne sait toujours pas par quel bout débuter son récit. Alors pour gagner du temps, il cajole le visage tant aimé de son épouse. Elle ne bronche plus, se laissant gagner par une émotion qu’elle traduit de suite par des larmes.


— Moi non plus… je ne veux pas te perdre Barth. Je t’aime, encore plus fort, et j’ai peur…

— Tu ne dois pas avoir de craintes. Jamais une femme ne m’a rendu aussi heureux que toi. Je n’ai jamais eu l’idée de faire un pas de travers, pas une seule fois, je n’ai songé à te tromper, tu peux me croire.

— Alors pourquoi ne me fais-tu plus l’amour… comme avant ?

— Je suis fatigué… mon corps est usé, j’ai beaucoup d’années de plus que toi et mon Dieu, elles sont pesantes. Il me faut bien plus de temps pour récupérer après nos fredaines. Alors oui ; il y a des jours où je suis en forme et ça marche, mais les mauvais moments sont plus nombreux aussi. J’ai plus de mal à… bander…

— Pourquoi tu n’en parles pas ? Pourquoi attendre la crise pour me le dire… moi je me suis imaginé mille morts, mille malheurs.

— J’ai surtout peur que si je ne te donne plus satisfaction, tu partes, tu me quittes !

— Il existe des solutions non ? Comme consulter un médecin dans un premier temps. Au lieu de me faire des cachotteries, ce serait plus intelligent…

— Je ne suis qu’un pauvre homme…

— Arrête ! Je te connais mieux que personne. Et tu sais bien que jamais, je ne t’abandonnerai pour une affaire de cul… je m’en passerai voilà tout !

— Allons ! Tu sais comme moi que ça deviendrait très vite une obsession. Tu aimes trop cela pour t’en priver.


Barth se tait, sa compagne aussi. Mais lors de ces mots qui l’obligent à songer vraiment à ce qu’il raconte, elle se surprend à lui donner raison sur au moins le point le plus important. Elle ne peut nier qu’elle aime faire l’amour. Avec lui bien sûr, puisqu’elle n’a jamais eu dans sa vie aucun autre homme. Pas de comparaison possible, mais elle est d’accord. S’il ne la touche plus… ça risque de devenir très vite ingérable. Le fait d’en dialoguer avec son homme fait déjà remonter en elle des chaleurs qu’elle ne veut pas ignorer.


Alors, sans trop y prendre garde, elle le caresse à cet endroit qui lui donne satisfaction, qui lui donnait ? Non ! Ça fonctionne toujours puisque la tige sous ces effleurements délicats s’est redressée. Swann est fière de la prouesse que le sexe de son homme réalise. Il bande ! Pourquoi vouloir à tout prix se déprécier à ses yeux ? Lui dire qu’il a du mal, qu’il est moins performant ? Elle a l’exact contraire sous la main. Insensiblement, elle va plus loin, sans montrer son trouble. Et c’est elle qui ce soir, chevauche l’éperon chaud bouillant.


Le jeu perdure encore et encore et puis, fidèles à leurs habitudes, ils restent collés à la fin de ce corps à corps qui les a essoufflés. Swann a une question qui lui brule les lèvres, mais est-ce bien le bon moment pour la poser ? Elle estime qu’il n’y en a ni de meilleur ni de pire et elle se lance.


— Dis-moi mon amour… pourquoi tiens-tu tellement à me laisser croire que tu ne bandes plus ? Je viens d’en avoir un contre-exemple flagrant. Ne me raconte pas d’histoire ! Je ne suis pas aussi oie blanche que tu le penses.

— Mais… c’est plus un ressenti, une vision globale de la chose que je veux que tu saisisses. Bien entendu que je ne suis pas tout à fait à l’agonie sexuelle ! Mais de plus en plus souvent, j’ai besoin de reprendre mon souffle, mes coups de reins sont moins… percutants. Et puis le laps de temps entre chaque « partie » s’allonge davantage. Je sais que tu vois parfaitement de quoi je parle.

— Et si tu me disais le fond véritable de ta pensée, la vraie raison ? Si tu n’as pas de maitresse, qu’est-ce qui se passe ?

— Ça nous avancerait à quoi ? Dormons, je crois que c’est ce dont nous avons le plus besoin maintenant ! Avoir les idées claires et la tête bien en place.

— Tu rêves si tu penses t’en tirer par une pirouette… nous devrons bien à un moment ou à un autre avoir cette mise au point que je te réclame là ! Alors maintenant, demain ou dans une semaine, tu vas devoir affronter tes démons et surtout… surtout mon cœur, me rassurer sur tes intentions réelles. Je sais moi que quelque chose ne tourne pas rond là… et il va falloir que tu craches le morceau.


Elle donne de petits coups de son index tendu sur le front de Barth. Par-là, elle désigne en la frappant gentiment, sa caboche dure comme du bois. Elle se retourne enfin, puisqu’il souhaite dormir. Mais il sait, il a compris qu’il ne perd rien pour attendre. Cette fois, dans sa cervelle, ça cogite de plus en plus et chacun à l’hôtel du cul tourné, chacun cherche un sommeil qui ne veut pas venir. Ce n’est qu’à l’aube naissante qu’enfin, Swann glisse vers un univers sans lune ni rêve.


— xxxXXxxx —


Happée par les tâches quotidiennes, la brune en oublie pour un temps sa question existentielle. Il serait plus juste de dire qu’elle la range dans un coin de son crâne. Les jours « avec » alternent aux jours « sans ». Le train-train de la vie reprend le dessus. Mais elle demeure ancrée au fond de sa mémoire, cette petite lumière rouge qui clignote plus fort à certains moments. Ils refont ensemble ces gestes, ces danses qui les entrainent dans des émois intimes dont il est bien difficile de mesurer l’impact sur le bonheur des éléments qui forment ce couple.


Swann en femme avisée choisit son heure pour faire rejaillir de son cerveau cette hantise qu’elle y loge depuis leur dernier débat presque houleux. Elle connait son homme mieux que personne. C’est donc juste après une partie de fin de soirée du genre câline, qu’elle remet le sujet à l’ordre du jour.


— Tu ne veux pas que nous reparlions un peu de « tes fatigues » ?

— Hein ?

— Ce que tu as éludé l’autre fois… ne fait pas l’innocent. Tu as une maitresse ou il y a un truc que je ne pige pas complètement.

— Mais non ! Tu ne peux pas remettre encore ça… tu es incorrigible !

— Je préfère savoir à quoi m’en tenir une bonne fois pour toutes.

— Écoute…

— Je ne fais que cela… attendre et écouter.

— Ben… J’ai peut-être besoin de booster ma libido. Tu vois…

— Pas du tout ! Alors raconte-moi ça de manière plus explicite.

— Tu dis que tu n’as aucune expérience avant moi… alors, gagnes en quelques-unes tant que tu le peux.

— C’est de l’hébreu… ce que tu me préconises là !

— Pour être plus clair… Prends-toi un amant et puis ainsi tu auras de quoi faire la comparaison… qu’on en finisse.

— Tu deviens fou ? Qui t’a parlé de ce genre de… plan.

— Personne ! Enfin si… moi je t’en parle et puis si je suis au courant ce ne serait pas vraiment me tromper.

— … ? On ne peut jamais discuter sérieusement avec toi.

— Je n’ai jamais été plus sérieux. Qui te dit que je ne serais pas d’accord ?

— … je n’en reviens pas ! Comment peux-tu seulement imaginer que ce soit possible ? Je ne suis pas une salope et puis… tu ne serais pas jaloux de me savoir dans les pattes d’un autre ?

— Te savoir… ou te voir, ça pourrait être plutôt… comment te dire ça ? Bandant ! Quant à être courroucé ou hargneux, si c’est avec moi que tu t’affranchis de tes limites… je ne sais pas… ça pourrait nous apporter un peu de piment.

— … Incroyable ! « TU » me proposes de baiser avec un autre type devant toi ? Je me trompe là ou pas ?

— Pas devant… avec moi ! Nuance singulière qui fait toute la différence. Tu choisis et nous en discutons !

— Je choisis ? Monsieur Barth va me sortir un catalogue des plus beaux étalons de notre région et il me suffira de piocher dans celui-là ! C’est tout bête quoi ! Comment oses-tu ? Tu te rends compte ?

— Oui ! Et c’est pour cela que je ne voulais pas t’en parler… j’ai ce fantasme depuis… quelque temps.

— Au point que tu en débandes en ma présence ? C’est ça ?

— Pas du tout… mais Swann, c’est toi qui veux savoir, qui poses des questions. Alors je suis franc et honnête, je te dis ce qui me travaille depuis un certain temps. Alors, ne viens pas te plaindre de ma loyauté.

— Tu… tu as vraiment pensé à ce genre de…

— Chut ma belle ! Pas de mots trop définitifs. Je ne te demande pas d’adhérer à mes envies, je ne fais que les étaler au grand jour et il n’y a aucune obligation pour toi de changer ta ligne de conduite. Je te respecte trop pour… te faire faire ce que tu ne désires pas. Ce genre de truc c’est de son plein gré qu’on le fait. Je présume que ce serait mieux de le vivre toi et moi.

— Mieux que quoi ? Tu veux le faire avec une autre ?

— Mais non ! Je te répète juste que tu m’as posé des questions et que j’y apporte ma seule réponse. Le faire avec toi, sinon non ! Et puis tu sais je te connais, je suis certain que tu vas gamberger encore longtemps pour savoir si j’ai une maitresse ou une connerie de cet acabit dans ma vie, alors tu sais pourquoi parfois… je suis un peu… mou !

— Ça te donne envie ? Tu bandes ? Rien que d’en parler… Non ! Je ne veux pas croire que tu puisses humainement penser que je pourrais… avoir l’audace de faire ce genre de… plan.

— C’est la première fois qui coute… et je suis sûr que si tu voulais essayer… peut-être serais-tu conquise par cet échange si spécial.

— Mais c’est que c’est vrai ! Pas possible !

— Quoi ?

— Tu bandes réellement en discutant de… tu t’imagines… tu… que je puisse faire ça avec un inconnu, même devant toi ?

— Je te donnerais la main, te guiderais. Je serais là à te préserver de toutes atteintes, de toutes violences.

— Barth ! Barth… comment as-tu pu seulement en rêver ? Jamais de la v… !


Son mari vient de lui mettre sa main devant la bouche, pour la faire taire, pour la calmer, mais aussi pour se frotter contre sa peau. Et c’est à la missionnaire qu’il lui monte sur le ventre. Elle ne dit rien, écarte simplement les deux cuisses et se laisse prendre. Ils font l’amour avec une forme de vigueur qui n’était plus de mise depuis un temps certain. Il est redevenu l’homme qu’elle connait depuis toujours.


Comment une simple discussion, un fantasme dévoilé peuvent-ils lui redonner cette force et cette puissance ? La femme ne s’explique pas ce revirement de situation. Elle en reste pantoise. Et puis les jours qui suivent cette discussion, elle se met à réfléchir à la situation. Barth n’aborde plus le sujet, elle non plus. Mais son esprit se met parfois à vagabonder, ses pensées sont presque salaces alors qu’ils font l’amour. Elle qui n’a jamais eu de problème particulier avec sa manière de la baiser, se trouve dans une situation plus que délicate.


Elle se demande trop souvent désormais, comment ça serait avec un autre. Combien de fois tente-t-elle de se focaliser sur les parties qu’ils jouent en duo ? Certains soirs, elles sont totalement gâchées. Son corps, trop pris par ces images qu’il a fait naitre en elle, n’est pas rassasié par les gestes amoureux qu’il lui distille pourtant avec une évidente tendresse. La panique la gagne de se savoir si vulnérable et sujette à ce manque trop visible. Est-il si dupe de son trouble ?


Barth ne fait plus aucune allusion à sa demande bizarre. Alors, c’est bien elle qui se met à gamberger de façon malsaine. Elle songe d’un coup qu’il attend son heure, qu’il sait parfaitement que ses plus bas instincts vont la faire dériver vers ce que lui a suggéré. Il est patient le bougre, enfin… c’est ce que l’esprit enfiévré de la brune lui rappelle sans cesse.


Chaque déshabillage dans l’intimité qui les amène à faire l’amour se trouve perverti dès le début par les pensées idiotes de cette femme amoureuse. Si son mari en promène de toutes pareilles, il n’en montre rien. Sauf peut-être un regain de forme dans ses performances. Plus d’endurance, plus de vitalité projettent des doutes de plus grandes ampleurs que les précédents chez elle. Mais puisque c’est à son profit, dans le bon sens songe-t-elle, pourquoi lui couper les ailes en le stressant ou le pressant d’interrogations douteuses.


Alors, prendre et donner sans afficher d’états d’âme particuliers… devient la norme, règle muette établie pour un statu quo de bon aloi. Swann furète depuis la révélation du rêve de son mari, sur la toile. Il existe des sites de rencontres partout et pas forcément pour se marier. Il lui arrive désormais souvent de trouver à certains un charme spécifique, sans pour autant avoir envie de faire connaissance réellement. Elle en oublie aussi une prudence mère de sureté. Ses passages répétés sur ces lieux de débauche virtuels laissent des traces.


Barth ne s’avance plus et n’est plus du tout enclin à revenir sur ses fantasmes. Mais les ordinateurs sont de grands espions et il s’aperçoit très rapidement que son épouse traine longuement sur des profils de types correspondants à ce qu’il lui a insufflé. Le poison est donc dans le cerveau de sa belle. C’est pourquoi il laisse faire et souhaite ardemment qu’un jour ou l’autre, elle ose franchir le pas. En attendant, ça lui donne un coup de fouet et sa libido en berne avant, a repris du service.


Inutile donc de rappeler à sa douce son ambition de la voir faire l’amour devant… ou plutôt avec un autre, mais devant lui. Si elle doit y venir, ça se fera tout naturellement. Il est sûr que Swann est assez ouverte d’esprit pour comprendre ses angoisses et qu’elle saura de quel côté se ranger le jour où elle l’aura décidée. Donc, pas de précipitations ni de piqure de rappel qui ne ferait que la braquer. Et si elle ne voulait jamais, au moins profite-t-il de ces pulsions sexuelles engendrées par le rêve que les pensées de sa femme développent.


Barth a cependant noté un petit détail qui lui donne un espoir pour une suite favorable à ses attentes. Les soirs où elle est demandeuse, sont de plus en plus souvent ceux qui succèdent à ses sessions prolongées sur internet. Les grandes oreilles et les yeux invisibles de la toile sont là pour lui démontrer qu’il a raison. Elle se gorge d’images érotiques, voire pornographiques avant de se glisser dans leur couche. Et bien entendu qu’il assume parfaitement cette nouvelle situation, puisqu’il en est le principal instigateur et l’unique bénéficiaire. Un service gagnant-gagnant en quelque sorte !


— xxxXXxxx —


C’est à la fin du déjeuner d’un samedi ordinaire au départ, que la tournure des événements change brutalement. Barth se frotte à sa belle alors qu’elle finit de ranger sa cuisine. Et naturellement, elle répond favorablement aux avances non masquées de ce mari qui la désire. Alors que les mains de son homme fouillent sous sa robe, il lui murmure des cochonneries à l’oreille. Elle glousse et sur le plan de travail bordant l’évier et la plaque de cuisson, la bonne pâte est pétrie tout en douceur.


— Je t’aime un peu… salope ! Je vais te baiser là, comme ça, sans fioriture.

— … Humm ! Des promesses, juste des promesses… voyons vos actes monsieur mon homme !

— Tu ne perds rien pour attendre. Une bonne fessée, pour te voir le cul rougir… ça te dirait quelques bonnes claques sur le cul… hein !

— Qu’est-ce que tu attends ? Ça te fait bander au moins de le croire ?

— Oui… touche ! Vas-y touche, ne fais pas la Sainte-Nitouche ! Sois la salope dont je rêve.

— Mon Dieu… j’ai épousé un vieux pervers.

— Ça te déplait ? Pas si sûr, si j’en crois…

— Eh ! Là ! Tu en as trop dit… ou pas assez ! Qu’est-ce que tu sous-entends par ces mots ? « Pas si sûr, si j’en crois… » Qu’est-ce que tu devrais croire, ou qui ?

— Ben… franchement… tu n’as pas encore compris que les ordinateurs gardent toujours une trace, même infime de ce que l’on y cherche ou regarde ?

— Quoi ? C’est du charabia ce que tu me racontes là !

— Non ! Tu sais très bien que je me suis aperçu que tu traines souvent sur des sites… un peu… border-line.

— … ? Ça veut dire quoi ? Tu m’espionnes donc ?

— Pas du tout ! Mais vide les cookies et le cache des sites où tu vas… draguer peut-être.

— Tu me prends pour qui ? Une pute ou quoi ?

— Ben… juste la petite salope dont je suis amoureux depuis bien des années… et à qui je vais mettre une bonne raclée… amoureuse seulement ! Rassure-toi !

— Oh ! Je ne suis pas inquiète. Seulement, je ne vois pas vraiment ce que tu aurais pu trouver sur notre ordinateur…

— Faisons l’amour, puis je te donnerai un cours d’informatique. Une leçon à retenir de ce que beaucoup de gens ignorent et qui peut les piéger si on y jette un œil de plus près.

— … ? Salaud… tu m’espionnes donc bien ?

— Ne retourne pas les rôles, veux-tu… pour le moment, c’est toi la cochonne et tu mérites donc une punition… tu vas me remercier… après !

— Pas trop fort hein ! Sinon je refuse…

— Allons, tu ne seras jamais une femme battue. Je suis fou… mais de toi seulement !

— Humm !


Par cette lapidaire onomatopée, elle lui signifie donc son plein accord et ils font l’amour avec une hargne toute particulière. Elle crie un peu, pour la galerie, parce qu’à aucun instant il n’a donné de vrais coups. Dans sa caboche trotte l’insidieuse idée qu’il l’a démasquée et elle se surprend à avoir envie d’en parler. Oui… finalement, un galop d’essai… juste pour savoir, sentir ce que ça ferait si… un inconnu… était à sa place à lui pour ce genre de jeu. Elle tente vainement de chasser cette incroyable pensée de son esprit. Mais les flashs qui se bousculent sous sa tignasse ne lui laissent guère de répit.


Elle en jouit à la seule idée d’effleurer de la main, de la bouche, une queue inconnue. Ça lui fait une peur monstrueuse qui instantanément se transforme en une liquéfaction que Barth peut mettre sur le compte de sa « fessée » bien dosée. Il lui montre qu’il n’est pas aveugle.


— Ben, dis donc ! Si tu n’apprécies pas, tu me diras ce que tu aimes ma chérie. Ça me donne des regrets de n’avoir pas osé plus tôt.

— … quoi ? Osé quoi ?

— De te bousculer un peu. Tu mouilles comme jamais… ça te dégouline sur les cuisses…

— Tais-toi ! Prends-moi… vite, viens en moi… prends-moi là, comme ça ! Oui, j’ai envie de te sentir en moi, baise-moi ! Tais-toi, je t’en supplie et agis.

— … Ah-ah ! Ma belle qui quémande du sexe brutal… je vais t’en donner… mais laisse-moi savourer ce plaisir inédit… Nous approchons du but.

— Fais-moi l’amour, bon sang… oui je te veux, oui ! J’en ai envie…

— Tu me donneras ce que je te demande ?

— Tu as déjà tout ce que tu veux, alors… ne me laisse pas comme ça, avec le feu au ventre.

— Promets-moi… que tu me donneras satisfaction.

— Je ne t’ai jamais laissé en plan, tu as déjà tout… alors c’est à moi d’être satisfaite, là.

— Oui, mais avant… jure-moi que tu es d’accord…

— Je te le promets… prends-moi salaud… baise-moi mon amour.

— Avec plaisir ma chérie…


La jouissance de l’après-déjeuner est explosive. Sans arrière-pensée dans un registre plus brutal, ils se font l’amour. Lui n’hésite qu’une fraction de seconde pour récompenser le fessier de la dame, si bien découvert. Elle sait bien qu’il ne dépassera pas le stade de la décence loyale et c’est un amusement plus érotique que bestial qui se déroule dans ce lieu où habituellement, elle règne en maitresse. Le résultat déborde d’espérances mal contenues.


Swann jouit avec force cris, plus amoureux que de détresse. Et la possession de son corps par son mâle dominant clôt la fête des sens qu’elle réclame depuis quelques minutes. Bien sûr cette autre façon de se tripoter, de se toucher, somme toute plus primale que d’ordinaire n’est pas pour lui déplaire. De plus, elle grimpe aux rideaux avec une facilité déconcertante. Reste que les câlins qui terminent cette joute plus musclée sont remplis d’une tendresse latente. Baisers langoureux et caresses aux accents dégoulinant d’une sexualité aboutie que ni elle ni lui ne réfute.


Après la tempête revient toujours le calme ! Au creux de la vague, épanouie et heureuse, la belle épouse savoure un répit ineffable. Dans sa tête, tourne encore les derniers mots d’une conversation déjà éloignée. Elle se souvient d’avoir promis quelque chose à son mari, sans trop pouvoir dire quoi. N’a-t-il pas profité de son égarement passager pour lui extorquer un assentiment dont elle pourrait pâtir ? Pas de quoi encore fouetter un chat, mais matière à réfléchir sereinement, alors que les doigts se nouent en arabesques doucereuses.


Elle voudrait revenir sur cette promesse, sans pour cela trouver le joint, afin de l’aborder sans avoir l’air d’une idiote. Lui revient aussi cette affaire d’espionnage par le biais de leur ordinateur. La solution est donc du coup toute trouvée.


— C’est quoi cette histoire de traces sur notre PC, dont tu m’as rebattu les oreilles ? Je ne fais rien de mal, enfin… rien qui justifie que tu imagines que je fais… des choses dans ton dos !

— Je sais bien ! Mais ne nie pas que tu vas sur des sites de rencontres.

— … ? Et comment peux-tu être aussi sûr de toi ? Même si j’y allais, et je ne dis pas que je vais en consulter, je ne suis pas assez bête pour les garder en mémoire.

— Ça, c’est ce que les néophytes croient. La toile a des pièges partout. Tu peux parfaitement refermer le site en question alors que la mémoire de la machine garde un sillage de ceux que tu as visités. C’est pour cela, que de temps en temps, il faut vider les cookies ou les caches.

— Je ne saisis pas !

— Ben par exemple… juste pour que tu comprennes… et tu pourras faire l’essai toi-même. Va sur un site marchand d’internet. N’importe lequel pour éventuellement acheter… disons un lave-linge. Tu consultes une page et puis tu refermes ta bécane. Lors de l’ouverture suivante, tu vas recevoir des dizaines de pubs concernant des lave-linge. C’est pareil pour les sites un peu… limites.

— … ? Donc, tu sais où je navigue sur notre ordinateur ? Tu repasses derrière moi pour me pister ?

— C’est arrivé que je consulte aussi les pages que tu es allée lire… sans que cela compromette notre bonne entente.

— Tu… c’est un peu dégueulasse non, comme procédé ? Je pourrais m’en offusquer. Et tout à l’heure… tu m’as fait promettre quoi au juste ? Que je ne sois pas encore prise en porte à faux !

— Tu devrais bien t’en souvenir. Je ne t’ai demandé que ce dont nous parlons depuis… un moment.

— Ce à quoi tu songes, tu rêves ? C’est bien cela que tu m’as fait jurer ? Tu ne tiens pas compte de ce que j’ai dit et redit ?

— Mais bien sûr que si ! Je ne ferai et tu peux me faire confiance, rien sans ton approbation. Le fait également que tu surfes sur des sites « coquins » me montre que tu n’es pas aussi insensible que tu veux le dire à une expérience qui te fait défaut.

— … aller voir et franchir le pas, il y a une sacrée différence. Je ne sais pas seulement si je serais capable de…

— Ne sois pas au premier abord hostile et réfractaire à tout dès que j’ouvre la bouche. Je te laisse toute latitude pour avancer à ton rythme, voir à ne jamais bouger si tu ne veux pas…

— Tu te rends compte de ce que ça représente pour moi ? Si je te demandais moi d’aller voir une autre femme, pour baiser avec elle, devant moi…

— Humm !

— Remarque que tu as raison ! C’est un mauvais exemple. Je suis certaine que tous les hommes de la terre ont un jour fait ce genre de rêve… tu ne dois pas être une exception.

— Mais toi, dis-moi franchement, tu n’as jamais eu une seule fois envie d’un autre homme ?

— … Non ! Tu m’as toujours suffi.

— Alors pourquoi ces voyages sur les sites… bizarres.

— Je voulais juste comprendre…

— Et pas un seul de ces types qui postent des annonces ne t’a tapé dans l’œil ? Il en est quelques-uns sur lesquels tu as fait plusieurs aller et retour…

— Salaud ! Je savais bien que tu me surveillais.

— Pas vraiment… et je dois dire que le dernier en date me paraissait… pas trop mal !

— Pas trop mal ? Tu laisserais ce mec… cet inconnu coucher avec moi ? Si tu savais que je couche avec ce type… tu n’aurais pas un soupçon de jalousie ?

— Je t’ai déjà expliqué que je serais là et que je te donnerais la main…

— Comment ça ? Je n’entrave rien à tes propos.

— Prends-moi pour un idiot aussi ! Je te guiderais sur le chemin, je t’embrasserais… tu me sucerais aussi alors que lui te prendrait… je crois que ce serait… bandant.

— … ? Je vois que monsieur se fait son petit cinoche. Mais c’est vrai que tu rebandes…

— Alors… profitons-en… C’est bon de te faire l’amour, même si c’est moins… vigoureux la seconde fois.

— Viens… sur le canapé… cette fois c’est moi qui te chevauche…


Et c’est avec des rêves de fornications clandestines que les deux-là se retrouvent à se donner l’un à l’autre. Le ver est dans la pomme, Swann le sent bien. Barth quant à lui ne peut guère réfuter que cette trique qu’il arbore ne soit pas due à ces visions presque réelles du bel inconnu que sa douce a déniché sur ce foutu internet. Mais pour l’heure, il se contente de subir les assauts de tendresse d’une épouse déchainée… Comme si quelque part… le gaillard était déjà avec eux. Mais ne l’est-il pas, dans un coin de leur tête ?


— xxxXXxxx —


Les soirs qui suivent cette étrange conversation lui et elle vont ensemble sur cette page où des tas de types proposent leur service trois-pièces d’une manière plus ou moins poétique. Et quelque part, Barth sent d’un coup une sorte d’engouement de sa femme pour ces moments de détente pris en commun. Il revient sans rien laisser paraitre de son trouble sur des visages, ceux-là même qu’elle a consulté seule avant leur mise au point. Souvent ça se termine par des câlins, prélude à des heures plus chaudes.


Swann se laisse aller sur leur lit, mais aussi un peu partout dans la maison. Un regain de vitalité, une succession de possessions, pas forcément très longues, très romanesques. Juste de quoi maintenir un climat dans lequel ils restent deux amants harmonieusement soudés. Qu’y a-t-il dans ces têtes, alors que les gémissements et les soupirs se mêlent en chansons d’amour ? Barth rêve-t-il de cet autre aux traits souriants ? Son épouse ressent elle ce feu qui le dévore dès qu’il imagine des mains étrangères la caressant ?


Puis sont-ce seulement des pattes sur elle qui le font rebander plus violemment ? Ne la voit-il pas aller bien plus profondément dans un abandon de son corps qu’il aimerait réel ? Tout se bouscule dans leurs caboches, débouchant sur des scènes affolantes où Swann hurle comme une louve. Et l’obsession de cet homme à amener sa femme vers ce qu’il nomme pudiquement « libertinage » ou « coquinerie » grandit de nuit en nuit.


Ne dit-on pas aussi que parfois monsieur propose et madame dispose ? Aucun d’eux ne parle de ce don d’elle, mais il reste latent, presque palpable, et le désir s’en trouve grandement augmenté. N’est-ce donc pas suffisant pour assurer un nouvel équilibre à ce couple qui retrouve un second souffle ? Leur sexualité y gagne en quantité, mais qu’en est-il de la qualité ? Le mari ne se hasarde plus à demander à sa belle si elle est totalement satisfaite de ce qu’il lui apporte. C’est de toute façon impossible à mesurer.


Alors ce soir-là, comment expliquer un dialogue complètement surréaliste qui tombe comme un cheveu sur la soupe ? C’est bien Swann qui s’engage dans un couplet des plus spécial !


— Barth… tu n’as jamais été tenté de faire l’amour avec un autre homme ?

— Hein ? Pourquoi tu me demandes ce genre de truc ? Je ne suis pas homo… loin de là ma chérie.

— Mais jamais donc, ça ne t’a effleuré l’esprit ?

— Mais non ! Je ne vois pas où tu veux en venir. Je t’aime toi et tu es une femme, il me semble.

— Bien sûr, mais alors pourquoi les mecs rêvent-ils toujours de voir leur femme avec un autre type, voire une femme et jamais ils ne songent à se laisser baiser par un autre de leur congénère ?

— … Ben… c’est dans l’ordre des choses non ? Je suppose que les homos… doivent avoir une interprétation divergente sur la question. Si tu me racontais un peu plus en détail ce qui t’amène à me parler de ça ?

— C’est très simple… tu rêves de me voir avec un autre, je le sais, le ressens dans tous ces délicieux moments qui nous fournissent une vie de couple riche en moments tendres. Alors je vais te donner une réponse qui va te plaire… ou pas ! Mais après celle-ci, nous ne reviendrons pas sur ce point.

— … ? Dois-je comprendre que tu serais… d’accord pour me faire plaisir ?

— Disons que si toi aussi tu t’en sens le courage, pourquoi pas ! Mais, parce qu’il y a un mais… moi aussi j’aimerais te voir dans les bras d’un homme. Et pas seulement pour ME caresser, si tu me suis bien.

— Tu… tu n’es pas sérieuse là ?

— Oh que si ! Ce que moi je peux faire, tu dois être capable de le réaliser toi aussi. Et t’imaginer avec une queue comme la tienne dans la bouche, celle-là même qui viendrait de me prendre… tu réalises le tableau ?

— Mais… je ne suis pas…

— Pas homo mon chéri ? Tu te répètes et ça n’a surement rien de désobligeant de sucer l’amant de sa femme, tu ne crois pas ? Ce qui serait bon pour moi pourrait donc être malsain pour toi ? Alors mon chéri, ce n’est pas négociable. Ou tu me donnes satisfaction et tu as ce que tu veux, ou nous en restons là, une bonne fois pour toutes !

— … ! Je…

— Non ! Tu n’es en rien obligé de décider de suite… et puis si un jour tu te décides… alors tu n’auras pas à m’en parler… tu n’auras seulement qu’à réaliser les recherches et amener notre… « étalon » le moment venu.

— … Tu… je suis sûr que tu es folle je ne suis pas…

— Pas homo… encore cette obsession ? Un homme qui couche avec des femmes et des mecs n’est pas homosexuel, mais bisexuel… grande nuance…

— Dans les termes peut-être ! Mais au final… je ne sais pas du tout…

— La balle, mon amour, la balle est dans ton camp. ! Et notre joute verbale m’a donné des frissons… alors, viens me faire l’amour…


— xxxXXxxx —


A suivre…

Diffuse en direct !
Regarder son live